L comme longue attente

En la forêt de Longue Attente
Notre Adrienne a froid aux pieds.
S’en va, cette journée présente,
Par le chemin des écoliers.
Car de train elle s’est trompée
Pour enfin rentrer au logis
En sa cité fort détrempée ;
Pour la longue attente elle a pris
L’hôtellerie de Pensée.

(Mais papier et stylo aussi)

 wagon de train (1) - kopie.JPG

 L’Adrienne, coincée pendant deux heures dans une gare, a de tendres pensées pour son vieux copain Charles d’Orléans qui lui pardonnera sûrement d’être pastiché Langue tirée

 http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_d_orleans/en_la_foret_de_longue_attente.html

P comme parodies et pastiches

 miletune47.JPG

http://miletune.over-blog.com/2013/11/sujet-semaine-47.html

Ballade des (in)vendus

Frères humains qui passez par ici
Arrêtez-vous, admirez-nous aussi,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Vous sortirez votre portemonnaie.
Vous nous voyez ci attachés aux pieds
Et notre chair qui est trop peu 
nourrie,

Nous fait dans le dos de drôles de plis,
Nos pieds nus sous des pantalons trop courts.
De notre mal personne ne s’en rie :
Mais priez Dieu que tous nous veuillent un jour!

P comme poésie

Ballade – Christine de Pisan (1364-1431)

Pisan

Christine de Pisan offre son livre à Isabeau de Bavière (miniature du XVe siècle)


Seulette suis et seulette veuil être,
Seulette m’a mon doux ami laissée,
Seulette suis, sans compagnon ni maître,
Seulette suis, dolente et courroucée,

Seulette suis en langueur mésaisée[1],
Seulette suis plus que nulle égarée,
Seulette suis sans ami demeurée.

Seulette suis à huis ou à fenêtre,
Seulette suis en un anglet muciée[2],
Seulette suis pour moi de pleurs repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, riens n’est qui tant me siée,

Seulette suis en ma chambre enserrée,
Seulette suis sans ami demeurée.

Seulette suis partout et en tout être,
Seulette suis, ou je voise[3] ou je siée,
Seulette suis plus qu’autre rien terrestre,
Seulette suis, de chacun délaissée,
Seulette suis, durement abaissée,
Seulette suis souvent toute éplorée,

Seulette suis sans ami demeurée.

Princes, or est ma douleur commencée :
Seulette suis de tout deuil menacée,
Seulette suis plus teinte que morée[4],
Seulette suis sans ami demeurée.

[1] malheureuse, qui a de la peine, qui souffre
[2]cachée, soustraite aux regards
[3]où que j’aille
[4]plus sombre que le brun