T comme trajet

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L’école est à un peu plus de deux kilomètres de la maison. La petite ne commence à respirer librement que dans la dernière moitié du trajet. Alors seulement elle ose lâcher la main du petit frère et enfin changer son cartable de main. Il est lourd, le cartable, et capricieux, le petit frère. Il sait qu’il peut lui faire bondir le cœur en essayant de lâcher sa main et de faire mine d’aller sur la chaussée. Il n’aime pas marcher. Il faut le traîner. La route grimpe. Il n’a que trois ans.

Trois ans plus tard, la petite rentre seule. Pour le petit frère, la mère a trouvé une gentille voisine et sa 4L. Alors, en chemin, elle peut changer le cartable de main autant qu’elle veut. Heureusement, parce qu’il est encore plus lourd. Il lui arrive de le poser à terre, pour cueillir des primevères, observer des fourmis ou ramasser des faines. Il y a mille choses intéressantes dans la deuxième partie du trajet. Puis passe la voisine avec sa 4L qui klaxonne joyeusement. La petite sourit, agite la main et reprend son cartable. 

consigne d’écriture: s’inspirer de l’extrait ci-dessous d’Isabelle Desesquelles, Je voudrais que la nuit me prenne, Belfond, 2018

L’école est à trois kilomètres de notre maison, on y va par un chemin que nous étions les seuls à prendre ; nos marches tous les deux, matin et soir, parfois l’un derrière l’autre dans les sentes les plus étroites, elles sont au-delà de la mémoire, parce que c’est arrivé, un père et sa fille, chacun avec son cartable et nos mains qui se cherchaient, se retenaient, la pression de la sienne enserrant la mienne, comme nous y puisions une douceur. Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant quand il soupçonne que le meilleur ne va pas durer, qu’il n’est pas garanti, le bonheur ? Grâce à ses parents, à leur offrande d’amour, l’enfant ne voudra pas le croire, il balaiera son soupçon dans un câlin de sa mère, un rire de son père, et l’enchantement permanent de l’enfance, il le croira résolument. La protection de ses parents lui donnera le sentiment de l’invincible bonheur. Et on s’y arrime.

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H comme heureux!

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Le débat qui fait un tabac du tonnerre de Brest, chaque fois que Madame l’organise avec ses « seize ans », c’est quand elle leur demande pourquoi ils sont contents d’être un mec ou une fille.

La première chose que disent les garçons – et franchement ça ne rate jamais, c’est leur top 1 d’année en année – c’est qu’ils sont bien contents qu’ils ne devront jamais accoucher.

Et devinez quelle est la première chose que disent les filles? Quel bonheur ce doit être d’avoir un bébé dans le ventre, de donner la vie, d’être mère!

Similitude d’autant plus frappante qu’ils ne peuvent s’influencer mutuellement: la préparation du débat se fait en classe, par écrit et en silence.

Frappantes aussi les conclusions de part et d’autre: en 2018, disent les mecs, il n’y a plus vraiment de différences entre les garçons et les filles dans notre société. Et les filles écrivent: il faut l’égalité – c’est grave qu’il y ait encore de si grandes différences dans notre société.

Avec une logique qui leur est propre, les garçons ont comme deuxième conclusion que la vie d’un homme « est plus facile sur de nombreux points ». Chez les filles on peut lire: c’est grave qu’on doive s’inquiéter pour notre sécurité, surtout le soir, la nuit.

D’ailleurs c’est bien vrai, puisque ce sont les garçons qui le disent: je suis content d’être un mec, je risque beaucoup moins de me faire violer.

photo: le bonheur d’être enceinte, sauf que la future mère n’est pas la dame de la photo, mais le koala de Planckendael – voir le billet de l’époque 🙂

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Aalscholvers! se dit l’Adrienne en passant devant un arbre mort où de grands oiseaux de mer se tiennent tous dans le même sens, avec l’air de ne pas y toucher, alors que probablement ils gardent l’œil sur la surface de l’eau, au cas où un poisson se ferait voir.

Aalscholvers… ?

C’est à des moments comme celui-là que l’Adrienne se dit que c’est une drôle de chose, le bilinguisme: on ne sait jamais dans quelle langue le mot, la phrase, la pensée arriveront en tête. 

Photo prise à Ostende le 31 octobre.

20 miracles de la nature (19)

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Pour ceux qui ont suivi la saga du plant de tomates germé spontanément dans ce qui était autrefois le jardinet côté rue… Voici la chose, après un nouveau passage des gars du gaz et de l’électricité…

Comme il continue de faire beau, que cette plante semble supporter les pires avanies, en plus de la sécheresse persistante, piétinements, passage des chenilles d’une excavatrice, l’Adrienne continue de récolter des tomates cerises… et quelques figues 🙂