I comme incitation

– Tiens! dit l’Adrienne au maraîcher bio qui vient chaque semaine au marché de sa ville, vous avez du fromage frais de chèvre qui vient d’ici à côté!

– Oui c’est tout près d’ici! c’est un petit éleveur qui n’a que huit chèvres et qui se lève tous les matins à quatre heures pour les traire…

C’est là que l’Adrienne aurait dû avoir la présence d’esprit de demander ah bon, pourquoi à quatre heures du matin, mais sa tête était déjà ailleurs, bien loin, dans l’Ardèche des années 1970.

– Vous connaissez peut-être Pierre Rabhi? l’interrompt-elle.

Il ouvre de grands yeux puis répond:

– Pierre Rabhi? celui qui a écrit des livres? ah bien sûr, que je le connais!

Alors l’Adrienne lui raconte comment, petite fille en vacances au camping en Ardèche, elle a mangé pour la première fois du fromage de chèvre.

Celui de Pierre Rabhi.

Jamais égalé depuis.

Il y avait bien d’autres échoppes proposant des fromages de chèvre au marché des Vans, pourquoi ses parents s’étaient-ils tout de suite tournés vers ce petit homme brun et sa modeste petite table de fromages sous leur voilage blanc?

– Je crois, dit-elle, que ce qui a tout de suite inspiré confiance à ma mère, c’était son impeccable chemise blanche.

Le jeune homme la regarde d’un air ahuri.

– Sa chemise blanche?

Et la jeune fille qui l’aide à servir les clients lui dit en riant et en montrant du doigt son vieux pull informe:

– Tu sais ce qui te reste à faire, samedi prochain 🙂

B comme belle saison

C’est la belle saison où les lutins en veste jaune fluo viennent au parc ramasser des marrons.

En classe ils y piqueront des bâtonnets pour en faire des petits chiens, des bonshommes et même tous les animaux de la terre.

Avec un peu d’imagination, bien sûr 😉

Comme l’ont fait avant eux leurs parents, leurs grands-parents, leurs arrière-grands-parents.

Le bonheur de faire crisser les feuilles mortes.
De s’en mettre plein les poches.

Faut bien que les mamans, ce soir, aient leur part de ce bonheur 🙂

Dernière fois

C’était le 13 février, la dernière fois que l’Adrienne a pu chanter avec ses Geitenwollensokkers et oui, ça fait loin.
Un jeudi soir par mois de chants et de rires.
Beaucoup de rires.

Le chef de chœur est un violoncelliste professionnel qui poursuit une belle carrière de soliste et qui a annoncé qu’il ne pourrait plus combiner tout ça avec la chorale.
Surtout qu’entre-temps son foyer s’est encore agrandi.

On le comprend très bien, c’est déjà un miracle qu’un musicien de sa trempe veuille s’occuper d’une chorale d’amateurs dont certains croient mieux connaître la musique que lui 😉

Hier matin, il envoie la vidéo ci-dessus en promettant une petite demi-heure de bonheur à ceux qui la regarderaient.

Et bien vous savez quoi?

Au bout de six minutes, l’Adrienne était déjà en train de pleurer.

Oui, c’est beau.
C’est même très beau.
Ça donne envie de déménager tout de suite en Suisse.

Mais qu’est-ce que ça fait ressentir le manque.
Les manques.

Enfin, jugez vous-même, si vous avez l’envie et 26 minutes de temps.

M comme moineau

Toute contente, l’Adrienne, de voir ce moineau posé sur la clôture des framboisiers, dimanche dernier.

Il faudrait qu’elle lui trouve de quoi nicher, l’an prochain, parce que le voisin a enlevé de son mur – désormais nu et blanc – le revêtement derrière lequel un couple avait élevé ses petits, l’été dernier.

Tout savoir sur nos moineaux?

C’est ici!

U comme urticant

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

Les années précédentes l’Adrienne ne l’avait pas remarqué – il est vrai qu’au fil des ans la récolte devient plus conséquente, donc aussi le temps passé sous le feuillage – mais après la première grosse cueillette de figues, elle avait des rougeurs sur les bras et le décolleté, avec ce genre de démangeaisons comme après un bain d’orties.

Donc ces dernières semaines, elle met un pull manches longues, boutonné jusqu’au menton, avant de s’aventurer entre les branches de son arbre, alors qu’il faisait 30° à peu près tous les jours.

– Et dire, soliloque l’Adrienne, que selon la Genèse c’est avec des feuilles de figuier qu’Adam et Eve ont dû couvrir leur nudité…

Voilà un dieu bien cruel!

T comme tas

Une des choses les plus spectaculaires lors d’une promenade dans les bois de conifères de l’Eifel, ces énormes fourmilières patiemment construites par des armées de Formica rufa.

En voyant le nombre de ces énormes tas, l’Adrienne en a pris des photos, pour montrer à Monsieur le Goût à quel point la fourmi se porte bien, suite à un de leurs récents échanges de commentaires.

Las! que peut-on lire sur wikisaitout?

Que cette espèce a le statut NT, c’est-à-dire « quasi menacé ».

R comme retour

Il faisait dans l’Eifel aussi chaud et aussi sec qu’ici.

Avoir 26° un 20 septembre – comme la veille – c’est du jamais vu.

Le cheval n’a plus rien à brouter et se débat avec une croûte de pain.

Le vêtement de pluie qu’on avait emporté « au cas où » a pu rester dans le sac au dos.
Avec les chaussettes 😉

On aurait pu voyager encore plus léger.

Le défi du 20

On a mis tant de hargne à détruire leur habitat et leur nourriture que les seules hirondelles que l’on voit encore sur les fils téléphoniques de septembre sont en papier. D’ailleurs il n’y a plus non plus de fil téléphonique 😉

***

Pour le Défi du 20 chez Antiblues qui imposait hargne et hirondelle. Photo prise à l’école primaire pas loin de chez moi 🙂

P comme préhistoire

La petite hélicolimace

Vous voulez-voir un animal préhistorique?

En voici un 🙂

Il mesure à peine deux centimètres et traîne une petite coquille tout à fait inutile puisqu’elle ne fait que 4 mm (où es-tu, Darwin?).

On vient de (re)découvrir ce petit gastéropode en Belgique dans la province de Liège, comme on nous l’explique bien sur le site de Natagora. C’est aussi de là que vient la photo ci-dessus.

Son petit nom familier est hélicolimace (joli, n’est-ce pas, ça nous ferait presque aimer ces bestioles ;-)) et son nom savant Daudebardia brevipes.

Alstublieft!

Jusqu’à présent cette petite bête vivait donc heureuse et cachée, espérons que des milliers de promeneurs ne se précipitent pas dans son précieux habitat!

N comme nature, nature!

La Retraite sentimentale - Colette - Folio

À travers les allées rompues sous la vigne vierge qui tend vers nous ses avides crochets, je l’emmène jusqu’au jardin d’en bas, terrasse chaude, étroit jardin de curé où je soigne mes fleurs communes, phlox que le soleil violace, aconits dont le bleu se délaie, soucis ronds et vermeils comme des mandarines, beaux œillets d’Inde en velours marron et jaune comme des frelons, nichés au petit fer, serrés dans leur calice qui éclate… Le long de l’espalier, un rideau de rosiers défend le pied des pêchers et des abricotiers et je caresse des yeux, en passant, les abricots déjà mûrs, chair lisse que le soleil rehausse de grains de beauté noirs.

Colette, La retraite sentimentale, titre qui clôt la série des Claudine, p.150 – d’autres larges extraits à lire ici. – source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici.

Colette est toujours au mieux de sa forme quand elle parle de nature, de jardins, de fleurs, de fruits ou d’animaux 🙂