N comme Nestor

Deux mille six cent vingt-quatre ans. C’est l’âge d’un cyprès qui pousse avec quelques frères et cousins dans un parc naturel de Caroline du Nord. 

N’est-ce pas magnifique, se dit l’Adrienne en sirotant son café du matin.

Mais le titre de son journal l’a d’abord induite en erreur: « één van de oudste bomen ter wereld », lit-elle, un des arbres les plus anciens. Pas le plus ancien. Pas Mathusalem. Un Nestor, donc.

La palme, si l’on peut employer ici cette expression, revient à un épicéa suédois d’environ huit mille ans.

Pourvu que les tronçonneuses leur prêtent vie… Et que les scientifiques arrêtent de prélever jusqu’au cœur de l’arbre ces baguettes leur permettant de s’amuser à des datations et autres frivolités.

Un peu de respect, que diable!

article en français ici.

R comme rester ou retourner

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Souvent Muanza est pensif.

– J’ai trente ans, dit-il. J’ai une femme, un fils. Ils sont là-bas, je suis ici. Comment savoir ce qui est le mieux pour nous? Se refaire une vie ici, attendre de pouvoir retourner là-bas…

Pierre et Marie comprennent ce combat intérieur et se gardent bien de donner des conseils. D’abord parce que c’est impossible – eux aussi connaissent la fragilité des projets humains – mais surtout parce qu’il est essentiel que Muanza prenne ses propres décisions.

– Je ne veux pas être un homme brisé. Je ne veux pas continuer à vivre de la générosité des autres. Je veux travailler, me refaire un foyer…

Il contemple le jardin, les arbres qui reverdissent à grande vitesse en ce joli printemps. Il découvre les saisons. Il a eu froid tout l’hiver. Les arbres tout noirs l’ont étonné. La neige l’a surpris et enchanté… un moment. Puis il est retourné devant les flammes du poêle.

– Est-ce que vous pourriez m’aider à faire venir Rosemund ici? dit-il finalement.

***

écrit pour Désir d’histoires d’Olivia Billington avec les mots imposés suivants:

flammebriserfragilité contemplercombatessentielgénérosité 

Photo prise sur le RaVel en ce mois d’avril 2019.

Question existentielle

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Comment voulez-vous que les patates poussent si après l’été le plus chaud et le plus sec depuis que l’Institut Royal de Météorologie existe (1833), alors que les nappes phréatiques sont toujours à un niveau si bas et si critique, qu’il devrait pleuvoir pendant des semaines sans s’arrêter pour les remettre à niveau, et qu’on a encore un printemps chaud et sec?

Comment voulez-vous que les patates poussent, me suis-je demandé hier après-midi en voyant ce champ, alors qu’on se promenait en T-shirt et que le vent balayait une terre devenue poussière.

Stupeur et tremblements

Rien qu’en lisant le journal de mardi ou mercredi derniers – c’est juste un exemple – il aurait été possible d’alimenter la rubrique ‘stupeur et tremblements‘ pour de nombreux mois. Des tas de choses tristes, horribles ou désolantes. Et parfois les trois à la fois.

L’Adrienne a décidé de ne pas en parler. N’est-ce pas que c’est courageux 😉 

Elle a décidé de montrer l’arrivée des premières cigognes à Planckendael lundi dernier, le 18 février, où elles retrouvent les nids de l’an dernier plus un certain nombre de nouveaux qui ont été aménagés cet hiver. Désormais elles ont donc 67 nids à leur disposition, ce qui devrait suffire pour les cent trente oiseaux attendus.

Une vingtaine de cigognes sont arrivées en début de semaine et on en attend encore cent dix autres. Elles reviennent d’Espagne ou du sud de la France. Celles qui ont traversé la Méditerranée pour passer l’hiver au Maroc ne sont attendues que pour avril.

Souhaitons-leur bonne route… et un bel été en Belgique! 

20 miracles de la nature (3 bis)

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Bien sûr, il y a ce petit miracle annuel des premiers chants d’oiseaux, des premières fleurs, des bulbeuses qui sortent de terre ou des bourgeons qui grossissent.

Mais dans ce qui était – il y a quatre ans – le potager de l’Adrienne, des légumes continuent de germer et de pousser sans qu’une main humaine ne s’en soit occupée.

Il a suffi de laisser monter en graines quelques oignons, plants de mâche ou de roquette, et ils reviennent fidèlement pendant les trois années suivantes. 

Ce qui n’empêche pas vos voisins de croire que vous avez un jardin « de mauvaises herbes » 😉

 

O comme oligocène

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Oui, c’est magique!

Ce que vous croyez être une sculpture moderne est en réalité une « gogotte« , c’est-à-dire « une concrétion gréseuse qui allie fortuitement quartz et calcium. Sa forme onirique, qui paraît empruntée à l’art contemporain, est due en réalité à l’érosion naturelle du sol au fil des millénaires. Œuvre minéralogique, chaque gogotte revêt une forme unique, quasi mystique, qui ouvre l’imaginaire individuel à des interprétations infinies.
Réputé pour sa pureté et sa finesse depuis le XVIIe siècle, le sable de Fontainebleau donne à la gogotte son aspect porcelainé. » (fin de citation d’Alain R. Truong)

Celle exposée à la Brafa est énorme et en lisant l’étiquette on a un instant de doute: gogotte? 30 millions d’années? est-ce une blague?

Non, ce n’en est pas une: voilà une sculpture « naturelle » qui nous renvoie en direct à l’oligocène.

Si ça vous intéresse, vous pouvez aller voir ici ou ici à quoi la faune et la flore ressemblaient il y a 30 millions d’années.

D’homme il n’était point encore question 🙂

Photo prise le 2 février à la Brafa, au stand Theatrum Mundi, qui propose un cabinet de curiosités pour le 21e siècle.