N comme néerlanglish

– Pendant le confinement, commence la conférencière, j’en ai profité pour apprendre le néerlandais.

Admiration et applaudissements, bien entendu, chez tous ceux qui sont présents à l’événement.

C’est d’autant plus réjouissant et remarquable que la presse venait de publier cette semaine-là des articles sur les raisons pour lesquelles les jeunes belges francophones « refusent » d’apprendre le néerlandais.
Tous les clichés passent alors en revue, trop difficile, pas utile, c’est mieux l’anglais etc.

Bref, la musicologue américaine avait profité du confinement pour apprendre le néerlandais.

– Je vais donc m’adresser à vous dans cette langue et je remercie monsieur Untel qui a bien voulu corriger mon texte.

Malheureusement, monsieur Untel n’avait pas vérifié sa prononciation et il fallait s’accrocher pour filtrer le néerlandais dans sa prononciation anglaise, ce qui était un exercice assez épuisant, à la longue.

Mais sans doute surtout épuisant pour la conférencière, alors on va continuer de l’admirer pour ses efforts 😉

7e ciel et au-delà

Au club de lecture, les retrouvailles ont été spéciales – le mot est faible – étant donné qu’avec ce-que-vous-savez-et-que-personne-ne-voulait-nommer (mais qu’on a fini par nommer quand même 🙂 ) ça faisait bien deux ans qu’on ne s’était plus vus.

En échangeant sur nos lectures pendant cette longue période, nous avons constaté que nous avions vécu un peu les mêmes choses, et en particulier des moments, surtout les premiers mois, où se concentrer sur un livre était devenu tout à coup chose difficile.

Bref, on a écouté les conseils de lecture des uns et des autres, pris des notes 😉 et une généreuse participante, en entendant que l’Adrienne voulait lire Griet Op de Beeck, « Vele hemels boven de zevende« , qui date déjà de 2013, lui a gentiment prêté son livre.

Il est traduit en français par Isabelle Rosselin sous le titre Bien des ciels au-dessus du septième.

Et comme vous pouvez le voir ci-dessus, on en a aussi fait un film.

22 rencontres (4.7)

Bien sûr que Madame est fière de ceux qui obtiennent un doctorat en astrophysique avec la mention summa cum laude.

Bien sûr.

Ne serait-ce que parce qu’elle aime y voir la preuve que son école les a bien formés.
A jeté de bonnes bases, comme on dit.

Mais combien plus son cœur se réjouit (et se ramollit ;-)) quand il s’agit d’une Nabila pour qui le néerlandais est une deuxième ou une troisième langue et qu’après un parcours laborieux dans des classes de professionnelle – où elle n’aurait jamais dû être – elle atteint enfin son but: poursuivre des études supérieures pour devenir institutrice maternelle.

– Les premiers mois, dit-elle, ça a été vraiment dur! Je suis la seule à avoir été envoyée chez un logopède (1), j’en ai pleuré! Mais j’ai tenu bon. Je me suis dit: Nabila, tu veux faire ce métier, tu as besoin de maîtriser parfaitement le néerlandais, alors vas-y! Accroche-toi! Donne tout ce que tu peux!

Oui, elle a la vocation prof.
Au point de corriger ses sœurs et ses amies désormais quand elles parlent mal le néerlandais: ‘de’ ou ‘het’, ‘die’ ou ‘dat’, l’omission des consonnes finales, ‘gij/jij’, elle ne laisse plus rien passer.

Pour leur bien, évidemment 😉

***

(1) ce que vous Français appelez orthophoniste

U comme Un soir, un train

Est-ce que vous voudriez lui parler, demande la maman, nous il ne nous écoute pas, il se cabre tout de suite. Mais il ne peut pas savoir que je vous l’ai demandé!

Voilà le genre de situation que Madame déteste: tromper son monde. Mais bon, elle a trouvé un biais, de toute façon elle était en contact avec le jeune homme, donc c’était assez naturel de lui demander de ses nouvelles.

Alors il est venu, un lundi matin, après sa séance de fitness.

– Tout va bien! clame-t-il. Je dois juste encore repasser l’examen oral de néerlandais.

Pour cela, il a trois livres à lire, à choisir dans une courte liste.
Il a pris les trois ayant le plus petit nombre de pages, ce qui fait que dans le lot, il y avait La Métamorphose, de Kafka. C’est évidemment sur celui-là qu’il avait été interrogé.

– Mais je n’avais rien compris à ce bouquin, fait-il. Rien du tout.

Madame rigole.

– Peut-être que le plus important, dans le choix de tes livres, ce n’est pas leur longueur mais que le contenu te parle?

Il admet qu’il y a de l’idée 😉

Un autre de son trio, très court aussi, c’est De trein der traagheid, de Johan Daisne. André Delvaux s’en est inspiré pour un film. Une histoire d’à peine cinquante pages dans le genre « réalisme magique ». Pas simple non plus!
Elle commence ainsi:

« Toen ik de ogen weer opende, bemerkte ik dat mijn hele coupé sliep. Het meisje over me, met haar niet onaardig gezicht maar rouwige nagels, zat nog met haar haakwerkje in de hand. Het rustte nu roerloos – inzover ooit iets zonder beweging kan zijn in een rijdende trein – op de smoezele zakdoek in haar schoot. Aan de nogal aangerode pruillippen van het kind, bemerkte ik nog een niet weggelikte chocolavlek. Wat had ze wellustig langzaam op de partjes zitten zuigen, die ze gniepig, één na één van de reep in haar tas had afgebroken en in haar mond gestopt! »

Quand j’ai rouvert les yeux, je me suis rendu compte que tout le compartiment dormait. La jeune fille en face de moi, visage charmant mais ongles en deuil, tenait encore en main son ouvrage au crochet. Il reposait, immobile – pour autant qu’une chose puisse être immobile dans un train en marche – sur le mouchoir défraîchi posé sur ses genoux. Au rouge à lèvres sur sa moue enfantine on pouvait voir un reste de chocolat. Avec quelle volupté elle avait mis en bouche et sucé un à un les morceaux qu’elle avait cassés de la tablette dans son sac! (traduction de l’Adrienne)

Bref, Madame se fait un devoir de se rendre le jour même à la bibliothèque, pour lire les livres qu’il a choisis, ainsi ils pourront en parler ensemble, s’entraîner à l’entretien oral…

Elle lit Johan Daisne et s’attaque au cancrelat de Kafka…

Puis le soir elle reçoit un message de son hurluberlu préféré: il a finalement pris trois autres livres 🙂

O comme ode

Dans Speech: een ode, le stand-up comedian Wouter Deprez raconte comment il a découvert le langage, la lecture, l’écriture et sa vocation d’humoriste.

Plus qu’une ode à la langue, ce sont de petits textes pleins de joyeuse reconnaissance à ses parents, à sa famille, à ses instituteurs, à quelques professeurs qui ont fait ce qu’il est aujourd’hui.

Le chapitre « Mijn eerste Frans » (traduction littérale: mon premier français) raconte une première expédition familiale dans un Auchan – la famille habite en Flandre Occidentale, non loin de la frontière française.

« Ons gezin, dat nooit iets fout deed en geen wetten durfde te overtreden, probeerde nu tegen zijn aard in toch een jaarvoorraad wijn over de skreve te smokkelen. […] Mijn pa vertraagde, twee echte Franse douaniers vroegen of we quelque chose à déclarer hadden. We hadden rien à déclarer, antwoordde pa, met overdreven stoere stem. Eén douanier liep rond de auto. Met een zaklampje scheen hij de koffer in. Ik deed alsof ik geschrokken wakker schoot. De douanier zwaaide naar me, zei Pardon! Bonne nuit!, en knipte zijn lampje uit. Zonder hem te begrijpen, antwoordde ik met Oui, merci, waarmee ik mijn hele kennis van het Frans in een keer op tafel smeet. » (p.36)

Notre famille, qui ne faisait jamais rien d’illégal et n’osait entraver aucune règle, essayait ce jour-là, entièrement contre sa nature, de faire passer la frontière à des bouteilles de vin pour toute une année. […] Mon père a ralenti, deux authentiques douaniers français ont demandé si on avait quelque chose à déclarer. Nous n’avions rien à déclarer, a répondu papa d’une voix un peu trop bravache. Un douanier a fait le tour de la voiture. Il a allumé une petite lampe torche pour éclaire le coffre [c’est un break et Wouter, le cadet des quatre fils, est couché là, dans des couvertures, sur les cartons de vin]. J’ai fait comme si je m’éveillais, tout saisi. Le douanier m’a fait un signe de la main, a dit Pardon! Bonne nuit! et a éteint sa lampe. Sans le comprendre, j’ai répondu Oui! Merci! offrant ainsi d’un seul coup l’entièreté de ma connaissance du français.
(traduction de l’Adrienne)

Qui, parmi ceux qui ont connu l’époque des frontières avec douane, n’a pas ce genre d’histoire à raconter?

ça rappelle des souvenirs de retour de vacances, et le père qui déclare avec ce même air bravache qui ne lui était pas naturel, qu’il rapportait un plateau de pêches et des fromages de chèvre 😉

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

M comme Mander

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source ici

En 1604, deux ans avant sa mort, Karel van Mander, natif de Meulebeke (1) publie pour la peinture flamande ce que Vasari avait fait cinquante ans avant pour l’italienne, de sorte qu’il est aujourd’hui encore une bonne source de renseignements sur les peintres de son temps.

Peintre et poète, il a écrit son œuvre en vers. Comme il y donne aussi des tas de conseils, il y a ce passage amusant où il s’adresse aux jeunes peintres flamands qui s’apprêtent à faire le voyage en Italie (2):

Want Room is de Stadt, daer voor ander plecken
Der Schilders reyse haer veel toe wil strecken,

Car Rome est la Ville, vers laquelle avant toute autre se dirige le voyage des peintres.

Il prévient donc la jeunesse, en s’appuyant sur Pétrarque, que malgré leurs airs polis et gentils, il faut se méfier des Italiens:

Cleyn Herberghen, quaet gheselschap wilt vlieden,
En laet over u niet veel ghelts bespieden,
En u verre reyse verberght oock stille,
Zijt eerlijck en beleeft, vry van gheschille,
[…].
Leert over al kennen des Volcx manieren,
Het goede naevolghen, en vlieden t’quade,
Reyset vroech uyt, en wilt oock vroech logieren,
En om mijden plaghen oft vuyle dieren,
De bedden en lakens slaet neerstich gade:
maer sonderlinghe onthoudt u ghestade
Door lichte Vrouwen worden veel verdorven.
Van lichte Vrouwen, want boven de zonden
Mocht ghy zijn u leven daer van gheschonden.
(3)

Évitez les petites auberges et les mauvaises fréquentations, ne montrez pas tout votre argent, cachez aussi votre destination lointaine, soyez honnête et poli, ne vous disputez pas […]. Apprenez partout les usages locaux, suivez les bons, évitez les mauvais, partez de bon matin et cherchez tôt un logis, et pour éviter les maladies ou la vermine, vérifiez soigneusement les lits et les draps; mais surtout évitez toujours les femmes de mauvaise vie, car en plus du péché elles pourraient vous donner une maladie mortelle.

Karel van Mander, Het Schilder-Boeck waer in voor eerst de leerlustighe Jeught den grondt der Edel Vry Schilderconst in verscheyden deelen wort voorghedraghen, (Le livre de la peinture dans lequel on propose pour la première fois, en différentes parties, à la jeunesse avide de connaissances les fondements du noble et libre art de la peinture), extraits des paragraphes 66, 69 et 70. Traductions de l’Adrienne.

Bref, vous l’aurez compris: l’Adrienne a des envies d’Italie 😉

***

(1) Meulebeke, c’est près de là où habite l’Adrienne. Dans les années 1580, van Mander a dû quitter définitivement son patelin à cause des guerres qui ravageaient la contrée, qui a toujours été le champ de bataille favori des Français, des Espagnols et cette fois-là aussi des Hollandais, sous prétexte de religion.

(2) Il sait de quoi il parle puisqu’il l’a fait lui-même, le voyage, à l’âge de 25 ans, ainsi qu’un séjour à Florence, Terni et Rome, de 1573 à 1577.

(3) ce qui diffère surtout, entre le néerlandais de 1604 et celui d’aujourd’hui, c’est l’orthographe, et ici ou là un mot tombé en désuétude, comme ici ‘vlieden‘ ou ‘gestade‘.

G comme gagnant!

‘Ma stobbe’, ‘BAS’ en ‘fissa’: dit zijn de kinder- en tienerwoorden van 2021
source ici

C’est à ce genre de « concours » qu’on mesure à quel point on n’est plus dans le coup: l’élection du mot de l’année en « langage jeune ».
Sur les dix propositions, l’Adrienne n’en connaît que quatre 😉

Bien évidemment, les candidats à la palme n’ont que peu à voir avec le néerlandais mais sont souvent des « fabrications TikTok » généralement basées sur un mot anglais.

TikTok, évidemment, on n’y a jamais mis les pieds – façon de parler – donc si c’est là que le renouveau langagier a lieu, c’est normal qu’on ne soit pas au courant 😉

Bref, LOL est encore du nombre, on peut donc continuer à l’employer sans être ringards 🙂

***

Tout ce que vous n’avez jamais eu envie de savoir sur cette affaire se trouve ici.

Z comme zonnetje

« C’est l’automne », a-t-on écrit en grandes lettres sur cette vitrine ostendaise, « alors c’est moi-même qui serai het zonnetje in huis« .

Ce qui veut dire littéralement « le petit soleil de la maison ».
Donc: être le rayon de soleil, au sens figuré.

Mais vous aviez compris, n’est-ce pas 🙂

***

photo prise à Ostende le 22 octobre – pour ceux qui veulent savoir ce que fait OverKop Oostende c’est ici ou ici.

U comme un jeudi

L’automne très clément permet d’organiser la table de lecture au jardin de l’association quart-monde.

Pour des raisons que nous ne nous expliquons pas, nous ne sommes plus que trois ou quatre à venir depuis que l’activité a repris, au bout de tant de mois de pandémie.

Annie est en dépression, Maxim en train de devenir une vedette de la télé ;-), Marleen prise ailleurs, etc.

Agnès propose l’histoire Kleine koning December, pour la simple raison que c’est à cette page-là que le livre s’ouvre.

ça ne fait que deux pages, dit Nadine, n’est-ce pas trop peu?

Mais nous décidons que nous en profiterons pour bavarder. Agnès a apporté des cookies aux pépites de chocolat et Nathalie une thermos de café.

Après la lecture, Agnès est déçue:

– C’est une histoire pour les petits enfants! fait-elle.

Pourtant, même s’il y a des éléments de conte, ça ne manque pas de sujets de réflexion sur la vie, son début et sa fin, et tout l’apprentissage nécessaire entre les deux.

Mais ça n’intéresse pas Agnès, qui a 78 ans et commence à se sentir physiquement moins forte qu’autrefois. Elle l’a senti le matin même, en étendant son linge, précise-t-elle 😉

– Lis le poème, ordonne-t-elle à Nadine.

Et celui-là, elle l’a bien aimé. L’Adrienne aussi.

ça me fait très fort penser à ma grand-mère, dit-elle.

Ce qui n’étonne sans doute personne autour de la table, vu qu’elle évoque sa grand-mère à peu près chaque fois 😉

Le poème, le voici, pour ceux qui comprennent le néerlandais 😉

Thuiskomst

Zo gaat het al jaren

Zij aan de tafel
met de armen gekruist
als wil ze iets wiegen
dat zich niet troosten laat

en een klein meisje op een stoel
dat lacht en limonade drinkt
maar benen heeft
tot aan de grond

Zij is nog steeds mijn oma
terwijl ik overal vrouw ben moeten worden
– behalve hier bedoel ik dus –

Dan verklapt ze
dat ze oud is geworden
vraagt wanneer dat was

of ik beter heb opgelet

Caroline Wuyts, in Ik heb jouw zee van tijd, éd. DiVers, 2000

Thuiskomst peut se traduire par ‘le retour à la maison, rentrer chez soi’.

C’est ainsi depuis des années

Elle, à table,
les bras croisés,
comme pour bercer quelque chose
qui ne se laisse pas consoler

et une petite fille sur une chaise
qui rit et boit de la limonade
mais a des jambes
jusqu’à terre

Elle est toujours ma grand-mère
alors que partout j’ai dû devenir femme
– sauf ici, je veux dire –

Puis elle confie
qu’elle a vieilli
demande quand c’est arrivé

et si j’ai fait plus attention

Caroline Wuyts, in Ik heb jouw zee van tijd, éd. DiVers, 2000 – traduction de l’Adrienne.

7 sur 10

Le néerlandais va-t-il disparaître ? - VousNousIls

C’est depuis les années soixante qu’avec un zèle féroce on expurge du néerlandais tout ce qui « ne se dit pas ainsi aux Pays-Bas », alors que la langue se standardise depuis le 14e siècle principalement sur la base des parlers flamands et brabançons.

Un tas de mots parfaitement corrects et attestés depuis longtemps – on ne parle pas ici de « belgicismes » – ont été estampillés « Zuidnederlands« , ce qui se traduit par « néerlandais du sud ».

Hé oui, on est le sud des voisins du nord 😉

Recevoir l’étiquette « Zuidnederlands » équivaut à dire « folklorique ».
A éviter, donc, si on est traducteur ou écrivain.
Présentateur radio ou télé.
Journaliste.

Des chartes du bon langage sont éditées – la télé flamande a la sienne – et des comités de contrôle mis en place.

En parallèle, les dialectes disparaissent à la vitesse grand V et dans nos universités, les linguistes spécialisés en dialectologie ne peuvent que le constater depuis plus de vingt ans.

Les derniers « locuteurs natifs » à les avoir utilisés quotidiennement dans toutes les circonstances de la vie appartiennent à la génération des grands-parents de l’Adrienne, c’est-à-dire des gens nés dans le premier quart du 20e siècle.

Aujourd’hui on est donc arrivé au point où des comités, ici et là, essaient de faire revivre le parler local avec son vocabulaire particulier et ses expressions uniques.

L’Adrienne, élevée en patois par sa grand-mère jusqu’à l’âge de cinq ans, a fait dimanche dernier le test de ses connaissances patoisantes et a obtenu un 7/10.

Et bien vous savez quoi?

Elle est déçue 😉

***

pour ceux que ça intéresse et qui connaissent le néerlandais: dialectloket (université de Gand)