N comme niksen

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Au rayon des gourous annonciateurs de bonheur, les mots d’ordre se suivent et se ressemblent.

Rappelez-vous: on nous a dit qu’il fallait prendre exemple sur les Danois et leur ‘hygge’. Sur les Suédois et leur ‘lagom’.

Ensuite, les Ecossais ont déclaré qu’ils avaient exactement la même chose en magasin, sauf que chez eux ça s’appelle ‘cosagach‘.

Remarquez en passant que tous ces mots d’ordre viennent du nord de l’Europe.

Ce qui nous amène logiquement en Flandre et aux Pays-Bas, qui connaissent eux aussi ce remède: le repos qui répare, c’est « niksen ».

Niksen, ça veut dire ne rien faire.

Les chats connaissent ça depuis toujours et n’ont pas eu besoin de Time magazine pour le leur apprendre 🙂

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écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés: rien, repos, tout, rayon, réparer et annonciateur.

Et merci à Cici (prononcer TchiTchi) pour l’illustration 🙂

X c’est l’inconnu

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« Comment servir de la meilleure musique à vos hôtes », titrait un article de journal vendredi dernier.

Voyons cela, se dit l’Adrienne, que le chapeau de l’article emballe déjà: « Het meest onderschatte ingrediënt bij een goede maaltijd? Dat moet de muziek zijn. », L’ingrédient le plus sous-estimé d’un repas réussi? C’est sûrement la musique. 

En effet, qui ne s’est jamais senti énervé ou irrité par certaines musiques au restaurant? 

D’autant plus emballée, l’Adrienne, que la personne interviewée est une spécialiste de la musique dite classique, qui a travaillé plusieurs années pour la chaîne classique flamande (Klara).

L’article est long, plein de conseils, d’exemples et d’anecdotes, mais de musique ‘classique’… point.

Jusqu’à la fin, au dernier paragraphe, où on peut lire ceci:

« En klassieke muziek, haar biotoop? ‘Wordt totaal niet gevraagd. Alleen voor de Leuvense Faculty Club, ’s ochtends, heb ik een lijst gemaakt, omdat de historiek van deze plek dat dicteert. Maar klassiek, vroeger het etiket van chic en rijk, wordt nu ­geassocieerd met dikke nekken, met onuitstaanbare mensen die in das en kostuum uit eten gaan. De tijden veranderen.’ »

Et la musique classique, son biotope? ‘On n’en demande absolument pas. Ce n’est que pour le Faculty Club de Louvain, en matinée, que j’ai fait une liste [classique], parce que l’histoire du lieu l’impose. Mais le classique, qui avait autrefois l’étiquette chic et riche, se trouve associé aujourd’hui aux grosses têtes, à ces gens insupportables qui se mettent en costume cravate pour aller manger. Les temps changent.’

Traduction de l’Adrienne, qui ne s’en est pas encore remise et essaie de se consoler avec un proverbe, « Onbekend maakt onbemind« , on n’aime pas parce qu’on ne connaît pas. Ou comme disent nos voisins hollandais: « Wat de boer niet kent, dat lust hij niet« .

Mais les temps changeront sûrement encore, Monsieur Neveu, qui n’a pas tout à fait vingt ans, se met en costume cravate pour aller au resto 🙂

photo prise au printemps dernier pour la réunion des anciennes élèves

W comme wolken

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Isa a peint le bleu du ciel.

Elle a dessiné des nuages blancs et doux comme du coton.

De sa plus belle écriture, elle a tracé un joli message pour son papa: Papa, ik ben in de wolken voor jou! (1)

Puis elle a signé son œuvre.

Le vendredi avant la fête des pères, la peinture était sèche et le cadeau prêt à être emporté à la maison pour être offert au papa le jour J.

Et puis… et puis il s’est passé quelque chose. Qui a fait que le joli travail a été abandonné sur le seuil d’une maison vide, juste à côté de l’école.

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(1) l’expression en néerlandais ‘in de wolken zijn’ veut dire ‘être aux anges’, être très heureux.

7 conseils

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La nipotina trouve l’endroit absolument gezellig (1). Il est vrai que de là où j’étais assise, j’avais de quoi occuper les yeux.

Vieilles plaques publicitaires en métal peint, agrandissements de photos anciennes sépia, objets divers des milieux ruraux d’autrefois… et cette affiche sentencieuse, en anglais of course, la langue qui met tout le monde d’accord et que soi-disant tout le monde comprend 🙂

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La table laissée par quatre cyclotouristes et à droite, la nipotina, cachée derrière le menu.

(1) gezellig n’a pas d’équivalent en français, c’est un adjectif qui permet d’émettre une opinion toute personnelle sur ce qu’on trouve à la fois agréable, sympathique et convivial comme ambiance, décor, lieu ou personne.

T comme tussentaal

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Samedi matin, l’Adrienne a failli s’étrangler dans son café en lisant cette question existentielle typiquement flamande: dois-je élever mon enfant dans la langue néerlandaise standardisée? Cette langue, argumente l’auteur de l’article, n’existe pas puisque personne ne la parle.

Toute sa vie déjà l’Adrienne – et avec elle tous les Flamands – ont été confrontés à cette question de la koinè: faut-il imiter la façon de parler hollandaise? faut-il bannir les mots typiquement flamands?

Depuis toujours, la réponse à ces questions a été: oui! Un oui virulent: il n’y a qu’une norme, c’est le néerlandais de la Hollande. Donc on est élevés à coups de ‘ne dites pas… mais dites’ et on se sent ‘mal dans sa langue’, infériorisés, à vie.

Pourtant, quand on rencontre des Hollandais, on se rend compte qu’eux non plus ne parlent pas la koinè… Chaque région a ses accents et ses typicités lexicales, pas seulement en Flandre. Mais le Hollandais le fait sans le moindre complexe, apparemment.

Des générations de profs ont enseigné à des générations de petits Flamands qu’il faut dire ‘jij bent’ et non ‘gij zijt’, ‘ham’ et pas ‘hesp’, ‘schooletui’ et pas ‘pennenzak’. La liste est longue, très longue, et donne surtout le sentiment que dès qu’on ouvre la bouche, on commet des impairs.

Ces mots imposés ‘d’en haut’ servent souvent à égayer les repas de famille, quand les enfants organisent un petit concours pour tester les adultes sur leur savoir fraîchement acquis avec leurs instituteurs. Mais dans la vie courante, personne ne les utilise. Si chez le boucher on disait ‘een plakje ham’, il n’est pas certain qu’il comprenne qu’on veut une tranche de jambon.

Bref, la question continue de donner des débats houleux, à forte charge émotionnelle, débats dans lesquels les arguments deviennent très vite ad hominem.

C’est pourtant une question essentielle, car si les Flamands maîtrisent la koinè tout en ne l’utilisant pas, que doivent faire les nouveaux arrivants, de plus en plus nombreux, à qui on apprend la langue standard mais qui se rendent très vite compte qu’elle ne leur est que peu utile dans la vie quotidienne?

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source de l’illustration ici sous le titre ‘Le Flamand adore son dialecte mais ne le parle presque plus‘ la ‘tussentaal‘ a remplacé les dialectes, une sorte de koinè pour la Flandre – un autre article sur le sujet ici et une étude sur le cas des jeunes de Flandre Occidentale ici.

V comme vacarme

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C’est quand le vacarme a cessé depuis trop longtemps que Romane s’inquiète.

Pourquoi n’entend-on plus rien, derrière la porte? Devrait-elle ouvrir et aller voir?

Elle reste là un long moment, la main sur la hanche, à essayer d’entendre ce qui se passe de l’autre côté.

Va-t-elle prendre la clé? Attendre encore? Appeler?

Elle colle son oreille à la porte. Rien. Absolument rien. C’est tout à fait étrange. Tout à fait inhabituel.

Que s’est-il passé, cette fois?

D’habitude, la petite crie et pleure un peu, puis se résigne et mange sa soupe.

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source du tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie.

Le mot ‘vacarme’ a une étymologie assez surprenante, il vient du moyen néerlandais – « wacharme », correspondant à l' »ocharme » encore employé en Flandre aujourd’hui – qui exprime apitoiement et compassion.

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Aalscholvers! se dit l’Adrienne en passant devant un arbre mort où de grands oiseaux de mer se tiennent tous dans le même sens, avec l’air de ne pas y toucher, alors que probablement ils gardent l’œil sur la surface de l’eau, au cas où un poisson se ferait voir.

Aalscholvers… ?

C’est à des moments comme celui-là que l’Adrienne se dit que c’est une drôle de chose, le bilinguisme: on ne sait jamais dans quelle langue le mot, la phrase, la pensée arriveront en tête. 

Photo prise à Ostende le 31 octobre.