V comme vacarme

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C’est quand le vacarme a cessé depuis trop longtemps que Romane s’inquiète.

Pourquoi n’entend-on plus rien, derrière la porte? Devrait-elle ouvrir et aller voir?

Elle reste là un long moment, la main sur la hanche, à essayer d’entendre ce qui se passe de l’autre côté.

Va-t-elle prendre la clé? Attendre encore? Appeler?

Elle colle son oreille à la porte. Rien. Absolument rien. C’est tout à fait étrange. Tout à fait inhabituel.

Que s’est-il passé, cette fois?

D’habitude, la petite crie et pleure un peu, puis se résigne et mange sa soupe.

***

source du tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie.

Le mot ‘vacarme’ a une étymologie assez surprenante, il vient du moyen néerlandais – « wacharme », correspondant à l' »ocharme » encore employé en Flandre aujourd’hui – qui exprime apitoiement et compassion.

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Aalscholvers! se dit l’Adrienne en passant devant un arbre mort où de grands oiseaux de mer se tiennent tous dans le même sens, avec l’air de ne pas y toucher, alors que probablement ils gardent l’œil sur la surface de l’eau, au cas où un poisson se ferait voir.

Aalscholvers… ?

C’est à des moments comme celui-là que l’Adrienne se dit que c’est une drôle de chose, le bilinguisme: on ne sait jamais dans quelle langue le mot, la phrase, la pensée arriveront en tête. 

Photo prise à Ostende le 31 octobre.

B comme bloemen

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« Dank u voor die bloemen » disait le pape Jean-Paul II chaque année à Pâques, et après lui son successeur également, rivalisant tous deux de multilinguisme.

La petite phrase est devenue si célèbre en Flandre et aux Pays-Bas qu’elle y est utilisée à tout propos. Surtout dans le mode comique.

Aussi, en se promenant dans Ostende dont tous les espaces verts sont ornés de chrysanthèmes blancs, violets et parme, l’Adrienne ne peut que penser « dank u voor die bloemen« 

Même si, paraît-il, le pape actuel remercie les généreux donateurs de fleurs en italien

photo prise le 2 novembre

Stupeur et tremblements

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L’Adrienne croyait qu’on parle la même langue, en Flandre et aux Pays-Bas, et que cette langue s’appelle le néerlandais.

La langue de l’école, de la télévision, des journaux, de la littérature…

Ce n’est pas l’avis de la carissima nipotina. Elle est allée en stage de yoga, y était entourée de Hollandais, et a été fort étonnée de presque les comprendre.

– Parfois je devais leur demander de répéter, me dit-elle, parce qu’ils employaient un mot que je ne connaissais pas.

Voilà qui étonne l’Adrienne, « quel mot, par exemple? » demande-t-elle. Mais la nipotina est incapable de s’en souvenir.

– Et moi, ajoute-t-elle, quand je parlais, ils me comprenaient relativement bien. Quoique… pas toujours… et pourtant, je faisais des efforts!

Il faut savoir que la nipotina est une fière Ostendaise et qu’elle trouve son dialecte si savoureux, si supérieur en beauté à tous les parlers de la terre, qu’elle l’utilise presque exclusivement.

La suite de cette histoire, c’est un beau dialogue de sourds, entre une Adrienne qui essaie d’argumenter sur le sens de l’histoire, exemple italien à l’appui, où la langue s’unifie de plus en plus entre le nord et le sud, l’école et les médias jouant leur rôle, et une nipotina qui croit tout le contraire, comme s’il y avait dérive des continents entre la Flandre et les Pays-Bas, et que notre langage de part et d’autre s’éloigne de plus en plus.

N comme nooit

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On était le lundi 10 septembre et déjà l’Adrienne avait été tellement débordée – week-end de cat-sitting ostendais compris – qu’elle n’avait pas eu une minute pour s’exercer au piano.

C’est alors qu’elle a vu ce poster dans une des classes de l’académie de musique, avec un poème du Belge Max Temmerman, né en 1975 à Brasschaat:

Ce qui
nous distingue
des animaux
c’est que très vite
nous abandonnons.

Un rien
et en suppliant
nous demandons
une interruption.

Ou nous
jetons
l’éponge.

C’est que
toujours
nous voyons
un retour possible,

rouges de honte
et dépités.

Alors
je préfère
n’importe quel
animal.

Un oiseau qui s’est arrêté de voler,
même dans une cage,
jamais encore
ce n’est arrivé.

L’Adrienne a donc décidé de persévérer. Nooit opgeven. Ne pas jeter l’éponge 🙂

PS: Ce poème, Beesten (Animaux) a eu le prix du public en 2014.

E comme errance

Fatigué d’errer entre tours de bureaux et chantiers, j’ai fini par atterrir, au détour d’une rue grouillante, dans un minuscule bar à nouilles dont les tables encombrent le trottoir. Là, j’avale mon bol de soupe au milieu de vieux Chinois indifférents. La première fois, j’ai commandé Dieu sait quel plat en montrant du doigt une phrase en chinois sur la feuille tachée servant de menu. Depuis, dès que je me pose sur un tabouret, le cuisinier m’apporte le même brouet, quelle que soit l’heure, sans attendre ma commande.

Alain Berenboom, Hong Kong Blues, éd. Genèse, Paris-Bruxelles, 2017

Moe van het dolen tussen torenflats en bouwterreinen, ben ik na een straat bomvol mensen, uiteindelijk terechtgekomen in een piepkleine noedelbar waarvan de tafels de stoep versperren. Daar drink ik mijn soep op, te midden van oude, onverschillige Chinezen. Bij mijn eerste bezoek heb ik god weet wat besteld door met de vinger te wijzen naar iets in het Chinees op het vieze blaadje dat de menukaart voorstelt. Sindsdien, zodra ik op een krukje ga zitten, brengt de kok me hetzelfde brouwsel, om het even hoe laat het is, zonder te wachten op mijn bestelling.

Traduction de l’Adrienne, réalisée pour Found in translation, Passa Porta 2018

Cela fait un mois que je tourne en rond. Les flics locaux ne veulent pas croire que j’ai perdu mon passeport. Encore moins qu’on me l’a volé. Il paraît qu’il n’y a pas de malandrins à Hong Kong. Pas un seul pickpocket, tire-laine ou vide-gousset. Pas le moindre truand, même dans les Nouveaux Territoires, réputés plus interlopes. Et les fameuses triades ? Encore une invention de romanciers en mal d’exotisme ? Non, Monsieur. Mais elles ne s’intéressent qu’aux crimes industriels, drogue en containers, escroqueries bancaires et détournements financiers. En toute légalité. Pas à des combines minables. Donc, si je n’ai plus de passeport, c’est que je l’ai vendu.

Een maand dat ik ronddool. De plaatselijke flikken willen niet geloven dat ik mijn paspoort kwijt ben. Nog minder dat het gestolen is. Naar het schijnt zijn er geen boefjes in Hongkong. Geen enkele zakkenroller, kruimeldief of jatter. Niet één gangster, zelfs niet in de New Territories, ondanks hun louche reputatie. En de beruchte triades? Is dat ook al een uitvinding van romanschrijvers op zoek naar exotisme? Neen, mijnheer. Maar ze tonen enkel interesse voor misdaad op industriële schaal, drugs in containers, bankenzwendel en geldverduistering. Volledig legaal. Geen amateuristisch gesjoemel. Bijgevolg, als ik geen paspoort meer heb, zal ik het verkocht hebben.

Z comme Zibaldone

Si l’Adrienne avait connu le mot à l’époque, elle aurait pu appeler son blog « zibaldone« , c’est-à-dire fouillis, mélanges, un peu de tout.

C’est ce qui relève de la lecture en amont des billets – momentanément jusqu’en 2013 – auxquels elle s’efforce de remettre des tags dans le vain espoir de retrouver plus facilement ce qu’on cherche, chaque fois qu’on cherche…

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Comme on dit en néerlandais, door de bomen het bos niet meer zien, on voit des arbres mais pas la forêt.

Pour le mot ‘zibaldone‘, le dictionnaire Garzanti donne 1.miscellanea letteraria, mélanges littéraires et 2.scritto, discorso disordinato, fouillis et désordre, donc 🙂