R comme refrains

En quittant Ostende dans le brouillard, mercredi dernier, on aperçoit une inscription qu’on n’avait pas remarquée avant. Elle est en patois ostendais, « zeg nie toet ziens« , ne dis pas au revoir.

– Kèskecèksa? se demande l’Adrienne en route vers la gare.

Un premier indice de réponse se trouve dans sa situation, entre l’Oosteroever, le quartier des pêcheurs, du port de pêche et de la criée aux poissons, et le « vistrap » où les épouses vendent la pêche de la nuit précédente.

Ostende a eu au siècle dernier deux dames, femmes, filles, sœurs de pêcheurs qui ont joui d’une belle notoriété locale comme chanteuses de « Oostendse levensliederen« , la chanson réaliste aux thèmes liés à la mer et à Ostende.

D’où cette petite phrase extraite de l’une d’elles.

Juste derrière, si vous agrandissez la photo, vous pouvez voir les notes des premières mesures du Plat pays de Jacques Brel, qui commence par les mots « Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague… »

Si quelqu’un veut une traduction, il n’a qu’à demander 😉

C’est une déclaration d’amour à son homme qu’elle appelle « son capitaine de la marine » même s’il n’en a ni les galons, ni le képi à dorures.

Le plat pays dans la version de Pierre Rapsat:

Z comme zonnetje

« C’est l’automne », a-t-on écrit en grandes lettres sur cette vitrine ostendaise, « alors c’est moi-même qui serai het zonnetje in huis« .

Ce qui veut dire littéralement « le petit soleil de la maison ».
Donc: être le rayon de soleil, au sens figuré.

Mais vous aviez compris, n’est-ce pas 🙂

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photo prise à Ostende le 22 octobre – pour ceux qui veulent savoir ce que fait OverKop Oostende c’est ici ou ici.

Y comme yard

106ème devoir de Lakevio du Goût

Les voyez-vous, à l’arrière-plan du tableau, ces chalutiers à vapeur en route vers l’Angleterre?

Ils ont quitté Ostende pour Milford Haven, où il en arrive quotidiennement en cette mi-septembre de 1914. D’autres seront envoyés au port de Fleetwood. Tous seront embrigadés pour la défense de l’espace maritime anglais et l’indispensable approvisionnement.

Parmi eux, il y a Louis Ponjaert.
Il est le schipper du O.151, Nadine, que la Société des Pêcheries ostendaises vient d’acquérir en janvier de cette année-là.

L’homme a tout juste cinquante ans.
C’est lui qui sera une sorte de recordman du sauvetage en mer. Le 25 décembre 1914 il sauve 42 membres de l’équipage d’un navire marchand anglais torpillé par les Allemands et le 30 mars 1917 il réussit l’exploit de sauver l’équipage entier du Liverpool, 73 personnes.

Nombreux sont les pêcheurs ostendais à être victimes d’un U-boot ou de mines. Mais Louis Ponjaert réussit à rentrer à Ostende après la guerre et continuera son travail de schipper – commandant d’un bateau de pêche – sur le O.151 jusqu’en 1921.

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Ceci n’est pas une fiction – sources oostendse visserij in 14-18.pdf et ici – Pour ceux qui souhaiteraient prononcer correctement Ponjaert, dites « ponne » puis « yarte » – Merci à monsieur Le Goût pour sa consigne:

Mais que diable fait cette barque vide au bord de l’eau ? Au moins ça m’inspire… Mais vous ? J’espère que lundi vous aurez dit quelque chose sur cette embarcation mystérieuse.

T comme thuis

Pour les Ostendais, le monde se divise en trois catégories: il y a les natifs, « echte Ostendenoaren » qui maîtrisent le parler local, les touristes qu’ils aiment autant voir partir que (re)venir, et les « aangespoelden » comme on dit pour ce que la mer fait échouer sur les plages: des gens de l’intérieur du pays qui ont choisi de vivre à Ostende.

Sandra Bekkari – on peut la voir en photo ici – appartient à la première catégorie: native d’Ostende, elle a acquis une certaine notoriété dans le nord du pays grâce à une émission culinaire et des livres de cuisine.

A la limite entre Mariakerke et Ostende, un grand cadre de bois pour photos instagrammables a été installé avec une citation de cette dernière: « Als ik de Oostendse zee ruik, voel ik me thuis« .

Ce qui est traduit de la façon suivante:

« L’odeur du foyer? » s’est écriée l’Adrienne. L’air de la mer, c’est l’odeur du foyer?

Si elle avait eu du badigeon, elle l’aurait remplacé par:

« Quand je sens la mer à Ostende, je me sens chez moi ».

Voilà 🙂

ça devait être dit 🙂

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photos prises à Ostende le 14 novembre

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P.S.: je connais quelqu’un qui va se dire « elle fait encore sa prof » 😉

Z comme zalig!

C’était jour de grand vent à Ostende et sur la plage rugissante, avec la marée montante, il n’y avait que quelques adeptes de cerfs-volants.

La digue aussi on l’avait quasiment pour soi seul, il fallait se tenir penché pour ne pas être renversé par la rafale et réussir à avancer un peu tout de même.

Alors quand l’Adrienne a croisé une dame luttant dans l’autre sens contre les éléments, elle a reconnu cette étincelle de bonheur dans ses yeux (bleus) et lui a lancé un:

Zalig, hé!

« Zalig« , c’est le degré supérieur de ce qui est agréable et rend heureux 🙂

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photo prise à Ostende le 22 octobre

W comme Wasted Rita

C’est tout à fait par hasard qu’au détour d’une rue l’Adrienne a remarqué ces panneaux au message humoristique.

Une petite recherche effectuée le lendemain a permis de découvrir que l’auteur en est Wasted Rita, dans le cadre de la manifestation annuelle The Crystal Ship, dont il a déjà souvent été question ici.

Pour une raison inexpliquée sur le site, les deux plaques ne se trouvent plus sur leur lieu d’origine – installation en 2019 au coin Sint Sebastiaanstraat / Christinastraat – mais comme vous pouvez le voir sur la photo, c’est au coin Amsterdamstraat / Stockholmstraat.

L’artiste portugaise a aussi sévi à Besançon, de sorte qu’il existe au moins une vidéo d’elle en français 🙂

T comme touriste

En revenant de chez sa carissima nipotina, l’Adrienne a fait les touristes et s’est arrêtée devant cette œuvre en inox réalisée par l’artiste américain Michael Ray Charles.

Elle avait d’abord été placée à Zeebruges pour l’expo Beaufort de 2006 mais la ville d’Ostende l’a achetée après l’expo et installée dans le parc.

On voit tout de suite que ce sont comme des douilles (géantes) puis on remarque les deux encoches dans la pointe et on reconnaît l’allure typique des membres du Ku-Klux-Klan.

Son titre, The Three Graces, prend ainsi une tout autre signification.

Beaufort 2006, c’est aussi l’année où Maman, l’araignée géante de Louise Bourgeois a été installée sur la tombe de James Ensor à Mariakerke (Ostende).

La ville aurait bien aimé l’acquérir mais Louise Bourgeois en demandait 594.390 euro (tout de suite) et 1.585.040 euro supplémentaires à payer dans les cinq ans. 
Bref, des prix pour rois du pétrole 😉

Tout sur l’expo triennale Beaufort ici. La dernière a donc eu lieu en 2021.

R comme répertoire

C’est demain que les voisins de l’Adrienne organisent chez eux leur fête de mariage et comme ils l’en avaient prévenue, « de temps en temps » la musique allait « un peu fort » ces dernières semaines, parce qu’ils préparaient le programme des festivités.

Ce qui fait que l’Adrienne en connaît déjà tout le répertoire et qu’elle a pu constater qu’aujourd’hui encore, un mariage de Flandre se doit de comporter UNE chanson en français, l’indéboulonnable Connemara.

Personne n’en comprend les paroles et tout le monde s’en f…, il s’agit de faire lalala en agitant sa serviette de table 🙂

Bref, demain l’Adrienne va à Ostende.

La mer y est moins mythique mais ses oreilles s’y porteront mieux 🙂

G comme garnaal

Le 17 octobre aura lieu à Ostende le premier concours de la meilleure croquette aux crevettes.

A se demander pourquoi la ville a attendu si longtemps, vu que c’est une de ses plus grandes fiertés: les bateaux des « petits pêcheurs » qui ne sortent qu’une nuit et vendent le produit de leur pêche le matin, sans passer par la criée.
Plus frais que frais 😉

L’Ostendais qui se respecte va se fournir chez eux, au Platten trap, où les bateaux sont amarrés et où il a son fournisseur favori.

C’est surtout pour les crevettes que ça a son importance, puisqu’elles sont triées – on rejette les trop petites à la mer – et cuites la nuit même, sur le bateau.
Faut que le chef tienne bien sa montre à l’œil 😉
Belle-maman et beau-papa avaient évidemment leur adresse, « leur » bateau, « leur » épouse de marin au patois puissant qui leur faisait le prix d’amis, celui affiché étant « pour les touristes ».

Bref, l’Adrienne a appris de sa belle-famille que la crevette se pèle et se consomme le jour de sa pêche et s’il en reste, elles pourront servir à confectionner des croquettes, après qu’on aura préparé un fumet avec les carapaces.

Le premier examen que passait la nouvelle recrue de la famille consistait en deux parties: est-elle capable de lever proprement des filets si on lui sert une sole entière? et est-elle capable de peler des crevettes sans réduire les petites bêtes en bouillie 😉

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avec toute ma gratitude pour une belle-maman et un beau-papa de premier choix, comme leurs crevettes et leurs croquettes 🙂

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Ci-dessous une autre fierté – mais pas ostendaise – les pêcheurs à cheval de Koksijde et un chef qui met leurs produits à l’honneur – rectification: comme le fait remarquer Mme Chapeau, les pêcheurs à cheval dont d’Oostduinkerke.
Merci à elle!