O comme ombre

Une des plus belles photos parmi celles exposées sous les Venetiaanse Gaanderijen à Ostende en ce moment, montre une femme noire et un homme blanc se tenant par la main sous l’ombre de la statue équestre de Léopold II.

Cette symbolique de l’ombre est aussi évoquée dans un poème d’Ahmed Morsi, natif d’Alexandrie d’où il émigre vers les Etats-Unis à l’âge de 44 ans, ce qui lui inspire entre autres ceci:

Quand il quitta Alexandrie
savait-il
que son corps ne jetterait plus
d’ombre courte ou longue,
sur les pavés de ses rues

***

photo prise à Ostende le 10 novembre dernier et extrait d’un poème d’Ahmed Morsi (°1930) trouvé à l’expo Alexandrie (Bruxelles, Bozar)

Et j’oubliais que ces ombres tombaient pile poil pour l’agenda ironique de novembre, alors que je ne comptais même plus y participer.

Comme on peut se tromper…

N comme Non, rien de rien

Non, rien de rien – ou presque rien – n’est resté le long de la digue d’Ostende, de tous ces hôtels privés ou pour touristes, principalement à cause des nombreux bombardements en 40-45.

Cet hôtel-ci, par exemple, était au départ l’hôtel particulier que le consul du Brésil s’était fait construire en 1879, la grande époque de dom Pedro II.

Par la suite, comme on peut le voir sur la photo, il est devenu hôtel de tourisme mais les cariatides révèlent le lien du bâtiment avec le Brésil.

Celles du rez-de-chaussée ont survécu aux bombes et aux démolitions et sont exposées près de l’ancien château d’eau.

Où on peut les découvrir en sortant du Bosje, comme le 11 novembre dernier 🙂

Pour les photos historiques d’Ostende, source ici

M comme myxomycètes

– Il ne faut pas, précise le guide à un groupe de gens penchés au-dessus d’un tas de bûches en train de se décomposer, il ne faut pas confondre ça avec des champignons! Ce ne sont pas des champignons, ce sont des myxomycètes.

Les deux ou trois chiens présents à cet exposé s’en fichent royalement et préfèrent tirer sur leur laisse pour s’intéresser à l’Adrienne, qui a encore le temps d’entendre d’autres précisions:

Het zijn boomwratten (traduction littérale: des verrues d’arbre) maar we noemen ze liever « babybilletjes » (mais on préfère les appeler des petites fesses de bébé).

***

photo prise le 11 novembre à la sortie du Bosje, où des tas d’énormes sapins de Noël attendent d’être mis en place pour les festivités de décembre…

L comme littoral

N’est-ce pas qu’il est beau, le littoral, vu depuis le sentier des dunes (GR 5A) entre Ostende et Bredene?

Une belle promenade samedi matin, avec une météo ‘anormale’ pour un 12 novembre, qui donne l’occasion d’un billet qu’on aurait aussi pu appeler ‘L comme léger’.

De boog kan niet altijd gespannen zijn‘, comme on dit chez nous, ‘l’arc ne peut pas toujours être tendu’, et paraît-il qu’on le disait déjà chez Horace, ‘Non semper tendit arcum Apollo

Bref.

Espérons que monsieur le Goût reprendra du service pour lundi prochain 🙂

Bonne journée à tous!

Premier!

Dans une de ces nombreuses écoles où Madame a été réaffectée, il y avait deux Rita au secrétariat, et ce qui faisait beaucoup rigoler – elles les premières – c’est que l’une s’appelait Van Boven (d’en haut) et l’autre Van Beneden (d’en bas)

Alors quand Madame a vu sur le site d’Ostende qu’un certain Pierre-Joseph Van Beneden avait fondé le premier laboratoire et le premier aquarium destinés à l’étude de la biologie marine, en 1843, elle a d’abord pensé aux deux Rita avant de s’intéresser à Pierre-Joseph 🙂

Qui pourtant vaut plus que la peine qu’on le sorte de l’oubli!

Comme disent dédaigneusement nos voisins hollandais, vous les Belges, vous ne savez pas vous vendre 😉

***

L’illustration (source ici, où on peut voir aussi un portrait du monsieur) montre l’emplacement de cet institut, au 19e siècle, sur l’Oosteroever d’Ostende, dans l’huîtrière de la famille Valcke-Deknuyt.

Z comme Zand

Quand un bus ou un tram n’est pas en service, avant de le quitter son conducteur met l’affichage adéquat, « hors service », par exemple, « en pause », « en route vers le dépôt », ou des variantes comme « mijn collega pikt je op« , mon collègue vous emmènera.

Ce tram ostendais a fait dans l’humour et l’originalité, « zand gevuld » peut se comprendre de diverses façons, mais zand=sable, le rapport avec les lieux est évident.

Bref, ça a bien fait rire l’Adrienne et ceci clôturera la série ostendaise de juillet 2022 🙂

X c’est l’inconnu

Il y a des jours comme ça, qui s’annoncent bien, on a le matin tôt une bonne conversation avec le marchand de légumes, on se réjouit de voir Hajar l’après-midi et peut-être de bons amis le dimanche suivant.

Puis la voisine vient sonner, très remontée, et vous accuse de l’avoir dénoncée à la police, ce qui est totalement faux mais comment le lui prouver?

En passant elle vous apprend encore tout le mal qu’on dit de vous, en particulier sur votre façon très personnelle de voir le jardinage 😉

Et le soir, Hajar partie, vous constatez que votre billet du jour a fâché quelques personnes et que vous auriez mieux fait de garder vos petites opinions pour vous.

Puis la voisine revient, tout sucre tout miel, elle vous appelle « zoetje » (1) comme si vous étiez meilleures copines, et elle vous annonce qu’en janvier, son mari, le chien, le chat, les poules, le coq et elle déménagent.

– On n’en peut plus de vivre ici, dit-elle, ça me rend malade un voisinage comme ça!

***

photo prise à Ostende: la façade arrière de la gare, toujours barricadée, était tout à fait inconnue de l’Adrienne jusqu’au matin du 18 juillet dernier.

(1) mot gentil équivalent au ‘sweetie’ anglo-américain

V comme Vanden Broecke

Sous les arcades des Venetiaanse Gaanderijen il y a toujours de chouettes expos de photos et cette photo-ci était particulièrement attirante grâce à la citation de Bernard-Marie Koltès par l’acteur flamand Bruno Vanden Broecke.

Dans l’interview qui a paru en mars 2021 dans le Standaard (rappelez-vous, pandémie, théâtres fermés…) il explique « ça fera bientôt quatorze ans que je porte en moi cette citation de Bernard-Marie Koltès » reçue d’un ami alors qu’ils travaillaient à une représentation de la pièce de Koltès, Dans la solitude des champs de coton.

« Sur scène il ne faut pas se montrer triste, il faut montrer qu’on essaie de ne pas pleurer » explique-t-il.

Et aussi: « Ne reste pas accroché dans la déprime s’il t’arrive un malheur, ressaisis-toi. La mort de ma mère quand j’avais vingt-cinq ans a été un des coups durs de ma vie mais paradoxalement ça m’a aussi donné de la force. Je la vois encore devant la fenêtre un matin de mars, elle ne savait pas si elle tiendrait jusqu’à l’été. Nous savions que c’était son dernier printemps, la dernière fois qu’elle verrait des fleurs s’épanouir. »

Mais elle arrivait à jouir de la beauté de l’instant et a dit: « Regarde! L’herbe est si verte! »

***

‘Al bijna veertien jaar draag ik deze uitspraak van de Franse theaterauteur BERNARD-MARIE KOLTÈS mee. Mijn boezemvriend Raven Ruëll reikte me ze aan tijdens onze heropvoering van Koltès’ stuk In de eenzaamheid van de katoenvelden. Het is een waardevol inzicht voor mijn vak: op het toneel moet je immers niet tonen dat je triest bent, je moet tonen dat je probeert niet te wenen.’

‘Zoals een prisma kun je dit citaat van allerlei kanten bekijken. Wat er ook in zit: blijf bij tegenslag niet hangen in zwaarmoedigheid, herpak jezelf. De dood van mijn moeder op mijn 25ste was een van de hardste klappen in mijn leven, maar paradoxaal genoeg heeft het me ook veel kracht gegeven. Ik zie haar nog voor het raam staan op een ochtend in maart, toen ze niet wist of ze de zomer nog zou halen. We wisten dat dit haar laatste lente was, de laatste keer dat ze bloemen zou zien uitbotten. Ze zei: “Maar Bruintje, kijk! Dat gras is zó groen!” (glimlacht) Ze was de schoonheid van de dag intens aan het drinken … Natuurlijk moet je soms bezig zijn met de toekomst, maar het is zonde om zo vaak voorbij te gaan aan het potentiële geluk in het hier en nu.’

‘De dingen die mij helpen als het minder gaat – lezen, muziekmaken, lopen … – maken dat ik niet bezig ben met wat morgen komt. Iedereen krijgt klappen in dit leven, ieder van ons heeft weleens het gevoel van een vrije val. Maar ik blijf nooit meer te lang in negatieve gevoelens hangen: elke hartslag is er toch één dichter bij je laatste.’

Vergezeld van een oude Hasselblad-camera reist Alexia Leysen van mens tot mens, op zoek naar ieders comfort words : woorden die kracht geven wanneer het leven moeilijk doet.

T comme Tôt

Tôt le matin la digue est à l’ombre des immeubles qui la bordent et jusqu’à huit heures la plage appartient aux chiens avec leurs promeneurs.

Qu’il y ait des poubelles tous les vingt pas, que ce soit sur le sable ou sur la digue, n’empêche pas qu’il faille une armée d’hommes en orange pour que tout soit impeccable et que les sales touristes puissent recommencer à salir.

Malgré les températures déjà élevées – pour une Adrienne – et malgré les recommandations à cause de la canicule, on voit autant de joggeurs que d’habitude le long de la plage ou dans le Bosje.

L’Adrienne a décidé de ne plus s’étonner de rien.

Mais c’est difficile 😉

***

photo prise à Ostende le matin du 18 juillet.

Stupeur et tremblements

Il y a quelques années, l’Adrienne a vu un reportage sur les femmes des Émirats arabes et une des choses qui l’ont frappée, c’était le manque crucial de vitamine D chez la plupart d’entre elles, sinon toutes, alors qu’elles vivent dans un pays qui ne manque pas de soleil.

Mais voilà, celles que montrait le reportage passent de leur intérieur climatisé à la voiture climatisée au shopping mall climatisé et sont si bien enveloppées de tissus que le soleil n’atteint jamais leur peau.

– C’est tout de même incroyable! s’était exclamée l’Adrienne.

Puis ces jours derniers elle y a repensé: elle fuit le soleil, cache sa peau d’ultra-blanche, reste à l’intérieur dès que le thermomètre grimpe…

Ce n’est évidemment pas comme ça qu’elle va atteindre le bon niveau de vitamine D!

Et elle n’a même pas eu la présence d’esprit d’investir dans une chambre hôtel climatisée 😉

***

Mais que lit-elle ce matin?

En plus d’être énergivores, les systèmes de climatisation réchauffent davantage la planète qu’ils ne refroidissent nos intérieurs.

Allons, on remballe ses envies de fraîcheur factice, on va vers l’automne 😉