T comme treuil

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A Ostende, dans le cadre de la Journée du Patrimoine, en plus des activités culturelles et des conférences, il y avait de nombreuses propositions ludiques, comme celle de la photo ci-dessus: quatre personnes prennent place sur les quatre vélos reliés à des filins et ‘pédalent’ pour arriver tout en haut.

Où on s’arrête un instant pour profiter de la vue – on peut voir par exemple les éoliennes installées au large sur les bancs de sable – puis on redescend en douceur.

Au milieu d’une foule de badauds qui filment, commentent et prennent des photos 🙂

M comme Monsieur Météo

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Le week-end dernier, Belle-Maman d’Ostende aurait encore eu raison: il a fait un temps magnifique à la côte belge (1), alors que les météorologies nationale et webinesques ne parlaient que de pluie pour tout le pays.

– Les nuages de pluie, disait belle-maman, le vent de la mer les souffle jusqu’à Bruges. C’est là-bas qu’il pleut. Pas à Ostende. (2)

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(1) comme le montre cette photo prise dimanche dans le kiosque à musique, dans le parc Léopold.

(2) où on aime tant les Brugeois qu’on dit « zie je van Brugge? zet je vanachter » (tu es de Bruges? va t’asseoir dans le fond)armand pien 1

Nous qui étions de « l’intérieur du pays » (3), nous avions plutôt l’impression contraire. Nous soupçonnions Armand Pien (4) d’avoir des accointances avec le secteur Horeca côtier chaque fois qu’il annonçait qu’il ferait beau à la mer.

Luigeniere! (Menteur!) criait mon grand-père, que ça n’empêchait pas d’écouter chaque jour fidèlement le bulletin météo d’Armand Pien et d’exiger un silence religieux pour ne pas en perdre une miette. 

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(3) pour Belle-Maman, il y avait deux sortes de gens: ceux de la côte (van de kust) et ceux de l’intérieur du pays (van het binnenland), qui ne savent pas ce que c’est du poisson frais ni ce que c’est du vent.

(4) notre Monsieur Météo de la télévision flamande de 1953 à 1990, voir la photo ci-dessus en noir et blanc. Célèbre en Flandre pour y avoir introduit le mot ‘straalstroom‘, (jet-stream en bon franglais) et pour ses bulletins météo toujours présentés avec humour et pédagogie.

armand pien 2

L comme Léon

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A Ostende pour la Journée du Patrimoine, l’Adrienne se devait d’aller jeter un œil à la Spilliaert Huis (version française du site ici) pour y voir l’expo en cours.

Et c’est en relisant l’aperçu biographique qu’elle remarque que non seulement le père de Léon s’appelait Léonard – ça, elle s’en souvenait – mais qu’en plus sa mère s’appelait Léonie.

Vous qui connaissez l’Adrienne, vous savez que c’est le genre de choses qui la font beaucoup rire – elle rit facilement – mais par bonheur la foule était groupée autour d’un guide et très peu de gens se sont aperçus de son hilarité.

Parce que si on vous regarde déjà de travers quand vous riez à une expo sur Gaston Lagaffe (voir le billet de janvier 2017), que serait-ce dans un lieu voué à un homme dont toute l’œuvre respire la mélancolie et une sorte de tristesse solitaire?

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photo prise à Ostende, Spilliaert Huis, Het Leopoldpark onder de sneeuw met klimop en kiosk, 1915 (Le parc Léopold sous la neige avec lierre et kiosque), crayon, encre de Chine, aquarelle et gouache sur papier, 277 sur 267 mm.

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Question: Quel est l’autre rapport entre Gaston Lagaffe et Léon Spilliaert?

Réponse: Prunelle, le chef de bureau de Gaston, s’appelle Léon 🙂

I comme illusion

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S’il est de plus en plus admis que le niveau de la mer du Nord montera d’au moins 60 centimètres encore pendant ce siècle-ci, et si l’on sait que plusieurs de nos communes côtières ont déjà subi ce sort par le passé – disparaître en mer, comme Ostende à la fin du 14e siècle ou Wenduine en 1571 – comment peut-on alors espérer se prémunir contre ce qui va arriver?

Voilà ce que l’Adrienne se demandait à l’issue de la conférence donnée par Dries Tys, archéologue de la VUB.

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photo prise à Ostende dimanche matin, à l’heure où le sable est encore à l’ombre de la rangée d’appartements…

H comme Heilstollen

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L’Adrienne était en avance pour le train – ça n’étonnera personne – mais ô surprise, une autre dame était déjà installée sur le banc au soleil.

La conversation s’engage et au bout d’un bon quart d’heure, quand le train arrive, la dame reste accrochée à l’Adrienne et prend place sur le siège en face d’elle.

Avoir sorti le livre pour la lecture ne la décourage pas: elle a servi plus d’une heure trente de (presque) monologue.

Il faut le faire, se dit l’Adrienne, qui admire beaucoup les gens qui n’éprouvent aucun problème à vous abreuver des leurs.

C’est ainsi que cette dame en est venue à parler de son arthrose et des merveilleuses cures de santé qu’elle a passées dans le sud de l’Allemagne. (1)

Et surtout, insiste-t-elle, comme si la valise de l’Adrienne était déjà prête et les billets pris, surtout n’allez pas prévoir des excursions ou des promenades dans les alentours! Ce sont des soins qui vont vous épuiser!

Voilà exactement ce qu’il faut dire à l’Adrienne pour la dissuader d’aller à Bad Gastein 🙂

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(1) vérification faite sur le site https://www.gasteiner-heilstollen.com/en/ il semblerait que la dame croyait être en Allemagne alors qu’elle était en Autriche 🙂

photo prise à Ostende samedi matin à hauteur de l’école de voile

C comme communications

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Parmi les affiches exposées à la Villa Empain pour l’expo Flamboyant, il y a celle-ci, réalisée en 1930 par Léo Marfurt pour les Chemins de fer belges. (1)

Vous devinez sans doute ce qui a tout de suite fait rêver l’Adrienne: pouvoir aller d’Ostende à Istanbul, confortablement installée dans un train direct. Avec couchettes et wagon-restaurant.

C’est ce même train – en tout cas cette même ligne – qu’emprunte Stefan Zweig le premier août 1914 pour rentrer chez lui, au moment de la déclaration de guerre. Il monte à Ostende, traverse l’Allemagne, descend à Vienne. 

Ostende, la plage et la mer: contre l’alignement blanc des villas vient se blottir l’infiniment bleu, onde et azur. Entre les deux, multicolore, le tourbillon paisible d’une foule délassée, qui va et vient pour se voir, s’éprouver dans l’air clair et transparent, pour jouir de tout, l’azur et la mer, le luxe et la beauté, l’opulence et le repos. Mais depuis des jours il n’est plus possible de s’y mêler. La journée tout entière est soudain devenue fiévreuse, que l’on passe à attendre, attendre, jusqu’à ce qu’à midi les journaux arrivent, les nouvelles de Paris, du monde. […] On empoigne le journal, on le feuillette, résistant au vent, pour saisir les nouvelles. Les nouvelles seulement! Car dans ces journaux français, il est impossible de lire le reste, cela fait trop mal, ne suscite qu’énervement ou aigreur. Impossible de lire que l’Autriche veut violenter le monde slave, que l’Allemagne, cette brute, a soif de guerre: on ne peut plus lire cela. Cent fois elles nous ont fait sourire, les rodomontades de Paris ou du reste du monde, mais aujourd’hui, en cette heure cruciale, elles deviennent brûlantes, vous embrasent les lèvres, incapables de répondre à la parole imprimée. Tout d’un coup, le français, la langue que l’on a servie au fil des ans par amour et par goût, semble soudain prendre une résonance hostile. On se sent cerné, épié, pris dans un écheveau de contrevérités et de hargne, et l’on sent qu’il n’est qu’une chose qui, désormais, puisse nous délivrer, la fuite, le retour en Autriche.

La fin d’une époque, bien décrite dans ce premier chapitre Retour en Autriche, 1er août 1914 in Stefan Zweig, Seuls les vivants créent le monde, éd. Laffont 2018, traduction de David Sanson. L’extrait cité se trouve p.27-28.

(1) Pour un aperçu de ses affiches voir https://www.ecosia.org/images?q=l%C3%A9o+marfurt