7 conseils

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La nipotina trouve l’endroit absolument gezellig (1). Il est vrai que de là où j’étais assise, j’avais de quoi occuper les yeux.

Vieilles plaques publicitaires en métal peint, agrandissements de photos anciennes sépia, objets divers des milieux ruraux d’autrefois… et cette affiche sentencieuse, en anglais of course, la langue qui met tout le monde d’accord et que soi-disant tout le monde comprend 🙂

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La table laissée par quatre cyclotouristes et à droite, la nipotina, cachée derrière le menu.

(1) gezellig n’a pas d’équivalent en français, c’est un adjectif qui permet d’émettre une opinion toute personnelle sur ce qu’on trouve à la fois agréable, sympathique et convivial comme ambiance, décor, lieu ou personne.

J comme Jaune

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L’Adrienne a de la chance: l’artiste dont les œuvres sont déjà prêtes pour la saison 2019 du Crystal Ship – et qu’elle a trouvées presque sans les chercher, sur un mur le long du Kursaal – est précisément son préféré, Jaune.

Elle sort son appareil photo mais doit patienter: un père et trois petits enfants sont accroupis devant le ballet de petits hommes jaunes aux prises avec une bombe aérosol plutôt agressive, qui se trouvait déjà peinte sur le mur par un autre graffeur et que Jaune a réutilisée.

– Regardez! explique la fillette à son père et aux deux petits frères, regardez celui-là! il y a du sang qui sort de sa bouche!

C’est vrai que c’est plus violent que d’habitude mais ça ne semble pas émouvoir les enfants.

– Et celui-là, rigole un des garçons, il perd son pantalon, on voit ses fesses!

H comme heure d’été

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En ce début d’avril, on réinstalle les cabines de plage. Bien blanches, pimpantes et rangées sur une ligne droite, toutes à égale distance les unes des autres, comme on les aime 🙂

Plus loin, de grosses pelleteuses brassent des tonnes de sable qui ont tendance chaque hiver à envahir la digue. En de nombreux endroits, les escaliers qui descendent vers la plage sont devenus des ornements inutiles.

Une petite fille, armée d’une pelle d’enfant, s’acharne à creuser pour arriver jusqu’aux marches, mettre au jour la balustrade de métal. On lui souhaite bien du courage.

Du matin au soir, c’est la passeggiata. Tous les âges, toutes les langues, toutes les couleurs, à pied, à vélo, en trottinette, en patins à roulettes…

Une seule constante: l’odeur des gaufres qui donne à toute heure des envies de nourriture; les queues sont longues devant les échoppes où bizarrement, les gens se laissent surtout tenter par des glaces.

C’est l’heure d’été 🙂

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digue d’Ostende, 7 avril, 7 heures du soir.

 

Y comme yacht

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Au moment où elle a perdu sa belle maison dans son vert paradis, l’Adrienne s’est dit, pour se consoler, qu’elle était libre d’aller s’installer ailleurs. Entièrement libre.

Cette pensée l’a étourdie pendant quelques jours. Que n’a-t-elle rêvé? Tout n’est-il pas permis quand on rêve? Du plus fou au plus modeste, comme un petit appartement à la mer, par exemple.

Deux ou trois réalités l’en ont dissuadée. D’abord – évidemment – le nerf de la guerre. Ensuite, la distance du lieu de travail, même si un jour ce travail prend fin.

Mais c’est en lisant des articles sur le réchauffement climatique qu’elle a définitivement enterré l’idée: il vaudrait mieux, si certaines prédictions se réalisent et si on pense tenir le coup encore une vingtaine d’années, s’installer à la montagne.

Ou alors carrément vivre sur un bateau.

Un de ces yachts qui se dandinent mollement dans le bassin d’Ostende, bien rangés côte à côte, des gros et des petits, des basiques et des somptueux.

Qui n’ont pas l’air de prendre la mer bien souvent, quand on voit comment leurs propriétaires s’y sont installés, en mode camping flottant.

Or, l’Adrienne adore le camping 🙂

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texte écrit pour le Défi du Samedi qui proposait Y comme yacht – en illustration, les trois voiliers que l’Adrienne s’est offerts pour un euro cinquante seulement 🙂

W comme wagon de tram

knokke petit prince

Cet après-midi, dit l’Adrienne à sa carissima nipotina, je vais prendre le tram pour aller à Knokke.

Knokke? quelle idée! La carissima, peu lui chaut la littérature française, de toute façon elle n’aime ni la marche ni le tram, elle n’aime voyager qu’en avion ou en auto et en bonne Ostendaise elle n’aime pas Knokke. 

Saint-Exupéry ou le petit Prince, ça ne lui dit rien du tout, elle a soigneusement gommé tout ce qu’elle a appris sur le sujet en secondaire pour ne retenir qu’une seule phrase: « Je ne parle pas le français ».

Souvent l’Adrienne se demande ce qui a bien pu lui faire haïr à ce point tout ce qui a rapport à cette langue et jamais elle n’est arrivée à percer ce mystère.

Bref, l’Adrienne a pris un ticket de tram, 3 € à l’aller et autant au retour, est montée en gare d’Ostende – où les lignes de tram sont en pleins travaux. Comme disait une dame, ce sera bien joli quand ce sera fait mais en attendant, c’est fort mal indiqué… en effet, les quelques voyageurs attendaient là où précisément la ligne ne partait pas.

L’Adrienne aurait dû se méfier, si ce monsieur disposait de trois places libres à côté et en face de lui, c’est parce que sous son loden vert bouteille, il y avait un taux élevé d’odeurs corporelles. Elle aussi s’est donc déplacée dès qu’elle l’a pu, ainsi que les quelques autres voyageurs qui se sont succédé à côté de lui entre les nombreuses stations.

C’est qu’il y a plus de kilomètres qu’on ne penserait et il a fallu une grosse heure pour arriver à la gare de Knokke. Terminus, tout le monde descend – sauf le monsieur en loden vert – et le soir tombe déjà. L’Adrienne ne connaît pas l’endroit et n’a pas de plan de ville. Elle ne se doutait pas que la station serait si éloignée du centre, où elle finit par arriver après l’avoir demandé trois ou quatre fois, place du Phare, juste avant la fermeture de l’office de tourisme.

Ouf! elle se saisit d’un plan des illuminations et en route vers le numéro 1 (photo ci-dessus) où elle attend vainement pendant une trentaine de minutes qu’apparaisse ce vol de canards sauvages grâce auquel le petit Prince a pu quitter sa planète. Il n’y a à voir qu’un long rayon vert et quand la voix qui récite les articles de la charte des droits de l’homme en trois langues reprend depuis le début, l’Adrienne comprend qu’il n’y aura jamais rien d’autre que ce rayon vert. 

Après ça, plus rien ne peut la séduire, elle se sent flouée et termine les trois kilomètres du circuit au pas de charge, au milieu d’une foule huppée et heureuse de tenir en main de nombreux sacs et paquets de marques prestigieuses.

Retour à la gare, qu’elle retrouve presque par miracle – elle n’a dû le demander qu’une fois et encore, elle a failli ne pas croire la brave dame qui lui disait d’aller à droite alors qu’elle pensait que c’était vers la gauche – un des derniers trams attendait justement qu’elle y monte et hop! retour à Ostende.

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Ostende, décembre 2018, parc Léopold

 

L comme Louise et Xavier

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L’Ostendais Xavier Tricot peut se vanter d’avoir été très ami avec Louise Bourgeois, jusqu’à la mort de celle-ci.

En 2006 il lui a consacré une expo pour son 95e anniversaire, Un salon pour Louise Bourgeois. Il y confrontait des oeuvres de l’artiste franco-américaine à d’autres qu’elle avait choisies, pour ses affinités ou son admiration envers leur auteur.

Au fil de ces longues années d’amitié, Xavier Tricot a ainsi pu collectionner un nombre d’oeuvres de Louise Bourgeois, comme celles avec des messages d’amitié, des questions ‘existentielles’ et autres clins d’œil qu’elle lui envoyait pour ses anniversaires ou avec ses vœux de nouvel an. 

Toutes ces oeuvres ainsi que le reste de sa vaste collection, Xavier Tricot les a léguées au musée de sa ville qui en expose une partie en ce moment aux Venetiaanse Gaanderijen.

L’expo est ouverte jusqu’au 20 janvier 2019 et gratuite mais les photos sont interdites. On m’a permis de prendre celle-ci, où on voit Xavier Tricot dans la maison de James Ensor à Ostende. Elle se trouve en ouverture de l’expo et est l’oeuvre du photographe Henri Cartier-Bresson, comme on peut le voir dans sa dédicace.