7 vies

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De temps en temps l’Adrienne se dit que les anges gardiens, ça existe.

Le sien en tout cas a déjà eu fort à faire.

Avouons-le tout de suite: elle est parfois distraite en traversant une route.

Parfois, c’est pardonnable, comme quand on est à Londres et qu’on oublie que les autos roulent à gauche.

Parfois, c’est impardonnable, comme le jour où elle a traversé à pied un endroit de la « petite ceinture » où des murets indiquaient clairement que c’était interdit aux piétons. Le cœur battant et les oreilles bourdonnantes à cause des coups de klaxon des voitures sortant du tunnel.

Bref.

Elle sait pourtant depuis longtemps qu’elle a tort de vouloir prendre des raccourcis 😉

Parfois dans sa ville aussi elle oblige un automobiliste à freiner pile tout en faisant elle-même un grand bond en arrière. C’est à des occasions comme celles-là qu’elle se dit que quand elle sera tout à fait vieille, il faudra qu’elle change de tactique de survie.

Bref.

A Paris aussi – évidemment! – ça lui est arrivé. Pile sous l’arcade du tableau choisi par Monsieur Le Goût pour ce lundi. Elle admirait à droite, elle admirait à gauche, devant et derrière, le nez en l’air et l’air béat du touriste. Elle croyait bêtement que cette arcade était interdite de circulation, jusqu’à ce qu’un Fangio parisien fasse usage de ses bons réflexes, de son klaxon et de ses bons freins, tout en se martelant la tempe de l’index et en lui roulant de gros yeux furibonds.

Qui a dit que les hommes n’étaient pas « multitâches »?

***

écrit pour le devoir du lundi de Lakévio aux bons soins de Monsieur le Goût, que je remercie!

Traverser le pont du Carrousel un matin de printemps et découvrir l’entrée du Louvre sans une voiture. Qu’en pensez-vous ? Aimeriez-vous voir ça ? Je l’ai vu et fait mais il n’est pas sûr que le rêver soit moins beau. Si vous ne l’avez pas fait, imaginez-le et dites-le lundi, racontez votre rêve.

X c’est l’inconnu

Une bible bien plus ancienne que l’ouvrage signé Tante Léa  est également en possession de l’Adrienne qui ne sait plus du tout – mais alors vraiment plus du tout – comment elle est arrivée chez elle.

Elle date de 1906 et s’intitule en toute simplicité 🙂 L’Art de bien manger suivi de l’Art de choisir les vins et de les servir à table et d’un chapitre spécial, orné de figures explicatives sur le découpage. 

« Le tout recueilli et annoté par Edmond Richardin ».

On y trouve les aphorismes de Brillat-Savarin, une préface d’André Theuriet, des reproductions d’estampes expliquées par Gustave Geffroy…
Bref, vous n’avez qu’à lire la page de garde sur la photo ci-dessus et vous saurez tout 🙂 On peut même le lire en ligne sur Gallica.

Parmi les luxueux menus cités en fin de volume, voyons celui offert au prince Tenicheff (1844-1903) le premier janvier 1900 à l’Elysée Palace Hôtel

Huîtres natives.
Hors-d’oeuvre à la russe.
Crème Windsor.
Consommé Chevreuse.
Truite au bleu sauce mousseline.
Selle de chevreuil grand veneur.
Chasse royale.
Salade Palace.
Parfait de foie gras au porto.
Fonds d’artichauts au velouté.
Bombe 1900.
Corbeille de friandises.
Dessert.

L’ouvrage, en plus de son origine inconnue, ne dit pas ce qu’est la crème Windsor, le consommé Chevreuse, la chasse royale, la salade Palace… ni d’où les huîtres sont natives… justifiant ainsi triplement la place de ce billet sous le titre X c’est l’inconnu 🙂

Le défi du 20

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La photo d’illustration vient de chez Monsieur le Goût – merci à lui! – et représente l’Opéra avec un ciel bleu et des rues vides en temps de confinement.
Même le bus est presque vide…

Ci-dessous, les danseurs de l’Opéra de Paris disent merci à tous ceux qui font marcher notre quotidien – c’est sur un air bien connu du Roméo et Juliette de Prokofiev et c’est magnifique:

Pour le Défi du 20 chez Antiblues et Passiflore – il fallait utiliser confinement et ciel. Merci à eux!

H comme histoire

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Il ne faudrait pas se leurrer. La rue des Trois-Portes, de si grande réputation, n’est guère – osons le nom – qu’un boyau. Cela file d’un trait, soixante-seize mètre de long, huit de large, ça devait se compter en toises et en pieds de roi, au temps de sa jeunesse, autour de l’an mille. Ça filait entre les chais, droit dans les vignes, car Paris produisait alors du vin, du vin exécrable mais en grande quantité. Donc il exportait vers les rivages brumeux. Donc une population de métiers accessoires avait fleuri, de-ci de-là, sur les collines bien exposées. La rue des Trois-Portes avait été percée pour les commodités du voiturage. Au mieux de sa gloire elle ne compta jamais plus de trois portes, d’où l’allusion. Une de ces portes avait résisté aux fureurs du temps comme aux vilains coups des hommes, et c’était – ç’avait été – la nôtre, le massif, sinistre, increvable portail qui arborait, avec l’ostentation discrète des gens de bonne race, le nombre dix sur fond bleu, en haut à droite.

François Cavanna, Crève, Ducon!, éd. Gallimard, 2020, p.42.

***

Ceci n’est pas un devoir du Goût parce que chez lui ce sont déjà les vacances scolaires – on le remercie de nous proposer tout de même une photo et une consigne: Quand vous aurez un moment, quand vous voudrez regarder cette rue, dites ce qu’elle vous inspire.
Nous avons le temps.

La photo du Goût ne représente pas la rue des Trois-Portes, ceux qui désirent la voir « en vrai » cliquent ici.

C comme Cavanna

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Un petit extrait spécialement choisi pour faire rire Heure-Bleue 🙂

Ouais. Je m’aperçois que je suis tout connement en train de vous dire « Maubert, ça devient de la merde ». Du faux vrai vieux et du neuf en papier aluminium. C’est vrai. La preuve, c’est que le café Panis, au coin du pont, vient de se refaire une beauté, exactement comme quand il était neuf. Ça ne trompe pas. L’authentique accourt derrière les charretées de touristes chinois à gueule de fauchés qui s’instruisent. Ils ne vont d’ailleurs pas chez Panis, un troquet français c’est encore trop cher pour eux. Ils s’assemblent devant une boutique de montres fantaisie en poussant des gloussements qui doivent être des rires en chinois. Je suppose qu’ils ont reconnu les montres qu’ils ont faites eux-mêmes, dans leur usine du Yang-Tsé-Kiang.

François Cavanna, Crève, Ducon!, éd. Gallimard, 2020, p. 70.

Un livre-friandise.

Info ici et lecture des 21 premières pages ici.

R comme rousse

2019-11-01 (13)

Spéciale dédicace à Monsieur Le Goût et aux autres amateurs de rouquines, voici Carmen Gaudin, peinte par Toulouse-Lautrec vers 1884.

Né en 1864, il a donc juste vingt ans et écrit à sa mère: «Je peins une femme qui a la tête en or absolument.»

A voir au Grand Palais, ainsi que quelques autres tout aussi flamboyantes.

Lui aussi aimait les rousses 🙂

Voir l’hommage aux rousses ici.

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Photo prise le premier novembre à l’expo Toulouse-Lautrec (accessible jusqu’au 27 janvier)

O comme On voit…

2019-10-30 (23)

« On voit comme on veut voir; c’est faux; cette fausseté constitue l’art. »

La citation d’Edgar Degas orne un mur de l’expo au musée d’Orsay. Elle date du 17 mai 1891. Il me semble qu’elle convient parfaitement à ce tableau photographié à l’expo, Deux hommes et deux danseuses (vers 1880).

Sur le site du musée, on la retrouve dans un autre contexte: 

Au début de l’automne 1890, Degas fait en compagnie du sculpteur Bartholomé un voyage qui le mène des portes de Paris jusqu’au cœur de la Bourgogne. Parvenu à Diénay, chez son ami le graveur Georges Jeanniot, il profite de l’atelier de celui-ci pour réaliser ses premiers monotypes en couleurs. Ce procédé de gravure permet, par impression, d’obtenir un exemplaire unique d’une oeuvre. Degas reporte alors sur la planche le souvenir des paysages entrevus. « Bartholomé, précise Jeanniot, était stupéfait de lui voir dessiner les paysages comme s’il les avait encore sous les yeux. […] l’on voyait peu à peu surgir sur la surface du métal un vallon, un ciel, […] des ornières pleines d’eau de la récente averse, des nuages orangés fuyant dans un ciel mouvementé, au-dessus de la terre rouge et verte ». Ici, le profil inégal d’une colline aux tons violacés se détache sur un ciel zébré de hachures. Le sol semble, quant à lui, labouré d’une brosse vigoureuse.

Lors de conversations avec Ludovic Halévy, Degas donne la source de ses « paysages imaginaires » : « Je me tenais à la portière des wagons, et je regardais vaguement. Ça m’a donné l’idée de faire des paysages ». Mais alors qu’Halévy suggère qu’il s’agit là d' »états d’âme », Degas réplique sèchement, récusant un « langage si prétentieux », que ce ne sont que des « états d’yeux ». L’audace technique, l’étrangeté de cette vision qui n’est d’aucun temps et d’aucun lieu distingue Degas parmi les paysagistes de son temps. En 1891, il avait prévenu : « On voit comme on veut voir ; c’est faux ; et cette fausseté constitue l’art ».

Un beau pendant à ces témoignages se trouve sur le site FranceArchives:

Paradoxes ! Dans l’imaginaire collectif, Degas est le peintre des danseuses, des champs de courses et des cafés, des nus, le peintre de la « vie moderne », le représentant d’un courant esthétique impressionniste qui privilégiait la peinture sur le motif, alors qu’il ne cessa de travailler en atelier, de mémoire ou d’imagination. Degas n’improvisait pas. L’aventure impressionniste stricto sensu, qu’il a certes toujours accompagnée, ne dura que quelques années (huit expositions de 1874 à 1886). Degas peint ses derniers pastels vers 1910 – soit quinze ans d’une oeuvre tardive encore mal connue, marquée par des « orgies de couleurs » et la simplification du dessin. « On voit comme on veut voir ; c’est faux ; et cette fausseté constitue l’art », affirme celui qui n’aura cessé d’aller de l’avant, vers les avant-gardes du XXe siècle.

Pour ceux que ça intéresse, la suite ici.

On voit comme on veut voir… et ça s’applique fort bien au tableau en tête du billet, n’est-ce pas Berthoise 😉

Un article éclairant sur la réalité des petites danseuses ici: https://www.francemusique.fr/opera/derriere-l-oeuvre-de-degas-la-terrible-realite-des-danseuses-de-l-opera-57214

 

M comme Majorelle

2019-11-02 (39)

Des journaux de 2015 et 2016 nous apprennent qu’au moment des travaux prévus aux Galeries Lafayette du boulevard Haussman, on envisageait une renaissance complète de sa beauté art nouveau.

On voulait sans doute rebondir sur la vogue actuelle de l’art de la Belle Epoque.

Malheureusement, quand après l’expo Banksy il me restait juste le temps d’une petite visite impromptue à la belle coupole qu’on commençait à préparer pour les décors de Noël, on avait beau chercher: il n’y avait dans tout le magasin, juste à côté des boutiques chic aux mannequins squelettes, que ce bout d’escalier tronqué, ne donnant que sur du vide.

Alors l’Adrienne a pris des escaliers tout banals pour monter sur le toit et admirer Paris dans la grisaille de novembre.

Vous remarquerez ci-dessous l’arc vert anis et le drapeau tricolore du Grand Palais… ainsi que quelques personnes qui viennent juste se placer devant votre objectif au moment où vous déclenchez 🙂

2019-11-02 (41)

Ecrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: impromptu – anis – squelette – rebondir – renaissance – vide