J comme Juliet

89ème devoir de Lakevio du Goût

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En se rendant au marché samedi matin, allez savoir pourquoi, Madame fredonnait Aux pays des merveilles de Juliet, lalalalalalalalala, en boucle, parce qu’elle ne connaît que le refrain.

Elle s’est dit que ça devait être à cause de la visite d’un ancien élève, quelques jours avant, comme ils avaient parlé du futur, du présent et du passé, et que dans ce passé il y avait eu une Juliette, que Madame un lundi matin n’avait pas reconnue tout de suite: Juliette était allée chez un coiffeur se faire lisser sa merveilleuse crinière blonde.

Sous le passage voûté menant au supermarché, elle était passée à un autre répertoire, cette fois à cause de l’aquarelle proposée par Monsieur le Goût pour le surlendemain: dans la discussion qui oppose le parti d’Apollinaire à celui de Maupassant, à propos de la Tour Eiffel, Madame a toujours été du côté de Maupassant, ce qui fait qu’elle chantait Sttellla, « La tour Eiffel, elle est pas belle » et que malheureusement le reste était aussi des lalalala parce que ça fait trop longtemps que cette chanson est introuvable sur internet et qu’il ne lui reste plus que des bribes de paroles en mémoire.

Les élèves n’appréciaient pas qu’on dise du mal de Paris avant même qu’ils y aient mis les pieds, donc Madame a cessé de leur faire écouter Sttellla avant le voyage et les accompagnait jusqu’au-dessous de la tour où elle entendait proférer les poncifs habituels: que c’est grand! que c’est impressionnant, vu comme ça!

Mais jamais jamais jamais elle n’a voulu y monter 🙂

***

Merci à monsieur le Goût pour l’aquarelle et les consignes:

Vous n’habitez pas forcément Paris, pas plus que vous n’en êtes autochtones. Néanmoins, je suis sûr que vous savez ce qu’est la Tour Eiffel. Peut-être même l’avez-vous gravie. À moins que l’ascenseur, plus dispendieux mais plus reposant, ne vous ait fait découvrir sans effort Paris vu d’en haut. J’en déduis que vous avez probablement quelque souvenir à raconter ou quelque opinion à nous faire partager. Votre imagination sera sûrement sollicitée par cette aquarelle de John Salminen…

V comme vie parisienne

78ème Devoir de Lakevio du Goût

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Quand on vient du Louvre, qu’on s’est baladé dans les Tuileries et qu’on se dirige vers le Petit Palais, on passe forcément par Concorde.

Si pour faire un peu plus court – car le touriste à Paris n’a aucun mal à faire ses dix mille pas par jour – on essaie de traverser la place de la Concorde, au lieu d’en faire tout le tour, on risque sa vie à chaque pas.

Pour ce qui est du trafic, on est mieux à Rome qu’à Paris: non pas qu’il y ait moins de voitures, mais les chauffeurs italiens ont le chic de vous laisser slalomer entre eux sans vous rendre sourds à coups de klaxon ni vous insulter en paroles et en gestes obscènes.

If you go to Rome, do as the Romans do, disait la mère de Muanza.

Ce n’est pas seulement vrai au sens figuré 😉

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne:

Pivoine m’a suggéré cette image. Elle l’a aimée. Je vous la soumets. Comme nombre d’entre nous, elle aime les aquarelles de John Salminen. J’espère qu’après avoir suggéré celle-ci, elle se donnera la peine de nous soumettre à son tour le fruit de ses pensées. Je vous ai quelquefois parlé de cette fontaine. Elle a retenu l’attention de John Salminen, de Pivoine et de votre serviteur qui a déjà tartiné sur le sujet. Mais à vous, que dit-elle ? Quels souvenirs vous rappelle-t-elle ? Racontez à votre tour vos pérégrinations dans le dédale de votre mémoire.

J comme j’imagine

76ème devoir de Lakevio du Goût

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Quand l’Adrienne et l’homme-de-sa-vie ont acquis une maison à eux, dans une verte campagne, il a fallu qu’elle enquête: qui, avant eux, y avait vécu? comment était leur vie?

Elle a ainsi pu remonter jusqu’aux premiers, ceux qui l’avaient construite juste après la guerre de 14 et y avaient élevé cinq enfants.

Puis des gens de la ville l’avaient rachetée mais ils n’y avaient pas tenu le coup deux ans.
Alors elle était devenue seconde résidence et enfin, le dernier lieu de séjour d’un couple de retraités.

Quand l’Adrienne est en voyage, elle voudrait faire le même genre d’enquête pour de nombreux lieux: qui a vécu ici? dans quelles circonstances?

Que ce soit pour le forum romanum ou l’île Saint-Louis, vivement qu’on invente la machine à remonter le temps: l’imagination seule ne suffit pas 🙂

7 vies

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De temps en temps l’Adrienne se dit que les anges gardiens, ça existe.

Le sien en tout cas a déjà eu fort à faire.

Avouons-le tout de suite: elle est parfois distraite en traversant une route.

Parfois, c’est pardonnable, comme quand on est à Londres et qu’on oublie que les autos roulent à gauche.

Parfois, c’est impardonnable, comme le jour où elle a traversé à pied un endroit de la « petite ceinture » où des murets indiquaient clairement que c’était interdit aux piétons. Le cœur battant et les oreilles bourdonnantes à cause des coups de klaxon des voitures sortant du tunnel.

Bref.

Elle sait pourtant depuis longtemps qu’elle a tort de vouloir prendre des raccourcis 😉

Parfois dans sa ville aussi elle oblige un automobiliste à freiner pile tout en faisant elle-même un grand bond en arrière. C’est à des occasions comme celles-là qu’elle se dit que quand elle sera tout à fait vieille, il faudra qu’elle change de tactique de survie.

Bref.

A Paris aussi – évidemment! – ça lui est arrivé. Pile sous l’arcade du tableau choisi par Monsieur Le Goût pour ce lundi. Elle admirait à droite, elle admirait à gauche, devant et derrière, le nez en l’air et l’air béat du touriste. Elle croyait bêtement que cette arcade était interdite de circulation, jusqu’à ce qu’un Fangio parisien fasse usage de ses bons réflexes, de son klaxon et de ses bons freins, tout en se martelant la tempe de l’index et en lui roulant de gros yeux furibonds.

Qui a dit que les hommes n’étaient pas « multitâches »?

***

écrit pour le devoir du lundi de Lakévio aux bons soins de Monsieur le Goût, que je remercie!

Traverser le pont du Carrousel un matin de printemps et découvrir l’entrée du Louvre sans une voiture. Qu’en pensez-vous ? Aimeriez-vous voir ça ? Je l’ai vu et fait mais il n’est pas sûr que le rêver soit moins beau. Si vous ne l’avez pas fait, imaginez-le et dites-le lundi, racontez votre rêve.

X c’est l’inconnu

Une bible bien plus ancienne que l’ouvrage signé Tante Léa  est également en possession de l’Adrienne qui ne sait plus du tout – mais alors vraiment plus du tout – comment elle est arrivée chez elle.

Elle date de 1906 et s’intitule en toute simplicité 🙂 L’Art de bien manger suivi de l’Art de choisir les vins et de les servir à table et d’un chapitre spécial, orné de figures explicatives sur le découpage. 

« Le tout recueilli et annoté par Edmond Richardin ».

On y trouve les aphorismes de Brillat-Savarin, une préface d’André Theuriet, des reproductions d’estampes expliquées par Gustave Geffroy…
Bref, vous n’avez qu’à lire la page de garde sur la photo ci-dessus et vous saurez tout 🙂 On peut même le lire en ligne sur Gallica.

Parmi les luxueux menus cités en fin de volume, voyons celui offert au prince Tenicheff (1844-1903) le premier janvier 1900 à l’Elysée Palace Hôtel

Huîtres natives.
Hors-d’oeuvre à la russe.
Crème Windsor.
Consommé Chevreuse.
Truite au bleu sauce mousseline.
Selle de chevreuil grand veneur.
Chasse royale.
Salade Palace.
Parfait de foie gras au porto.
Fonds d’artichauts au velouté.
Bombe 1900.
Corbeille de friandises.
Dessert.

L’ouvrage, en plus de son origine inconnue, ne dit pas ce qu’est la crème Windsor, le consommé Chevreuse, la chasse royale, la salade Palace… ni d’où les huîtres sont natives… justifiant ainsi triplement la place de ce billet sous le titre X c’est l’inconnu 🙂

Le défi du 20

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La photo d’illustration vient de chez Monsieur le Goût – merci à lui! – et représente l’Opéra avec un ciel bleu et des rues vides en temps de confinement.
Même le bus est presque vide…

Ci-dessous, les danseurs de l’Opéra de Paris disent merci à tous ceux qui font marcher notre quotidien – c’est sur un air bien connu du Roméo et Juliette de Prokofiev et c’est magnifique:

Pour le Défi du 20 chez Antiblues et Passiflore – il fallait utiliser confinement et ciel. Merci à eux!

H comme histoire

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Il ne faudrait pas se leurrer. La rue des Trois-Portes, de si grande réputation, n’est guère – osons le nom – qu’un boyau. Cela file d’un trait, soixante-seize mètre de long, huit de large, ça devait se compter en toises et en pieds de roi, au temps de sa jeunesse, autour de l’an mille. Ça filait entre les chais, droit dans les vignes, car Paris produisait alors du vin, du vin exécrable mais en grande quantité. Donc il exportait vers les rivages brumeux. Donc une population de métiers accessoires avait fleuri, de-ci de-là, sur les collines bien exposées. La rue des Trois-Portes avait été percée pour les commodités du voiturage. Au mieux de sa gloire elle ne compta jamais plus de trois portes, d’où l’allusion. Une de ces portes avait résisté aux fureurs du temps comme aux vilains coups des hommes, et c’était – ç’avait été – la nôtre, le massif, sinistre, increvable portail qui arborait, avec l’ostentation discrète des gens de bonne race, le nombre dix sur fond bleu, en haut à droite.

François Cavanna, Crève, Ducon!, éd. Gallimard, 2020, p.42.

***

Ceci n’est pas un devoir du Goût parce que chez lui ce sont déjà les vacances scolaires – on le remercie de nous proposer tout de même une photo et une consigne: Quand vous aurez un moment, quand vous voudrez regarder cette rue, dites ce qu’elle vous inspire.
Nous avons le temps.

La photo du Goût ne représente pas la rue des Trois-Portes, ceux qui désirent la voir « en vrai » cliquent ici.

C comme Cavanna

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Un petit extrait spécialement choisi pour faire rire Heure-Bleue 🙂

Ouais. Je m’aperçois que je suis tout connement en train de vous dire « Maubert, ça devient de la merde ». Du faux vrai vieux et du neuf en papier aluminium. C’est vrai. La preuve, c’est que le café Panis, au coin du pont, vient de se refaire une beauté, exactement comme quand il était neuf. Ça ne trompe pas. L’authentique accourt derrière les charretées de touristes chinois à gueule de fauchés qui s’instruisent. Ils ne vont d’ailleurs pas chez Panis, un troquet français c’est encore trop cher pour eux. Ils s’assemblent devant une boutique de montres fantaisie en poussant des gloussements qui doivent être des rires en chinois. Je suppose qu’ils ont reconnu les montres qu’ils ont faites eux-mêmes, dans leur usine du Yang-Tsé-Kiang.

François Cavanna, Crève, Ducon!, éd. Gallimard, 2020, p. 70.

Un livre-friandise.

Info ici et lecture des 21 premières pages ici.

R comme rousse

2019-11-01 (13)

Spéciale dédicace à Monsieur Le Goût et aux autres amateurs de rouquines, voici Carmen Gaudin, peinte par Toulouse-Lautrec vers 1884.

Né en 1864, il a donc juste vingt ans et écrit à sa mère: «Je peins une femme qui a la tête en or absolument.»

A voir au Grand Palais, ainsi que quelques autres tout aussi flamboyantes.

Lui aussi aimait les rousses 🙂

Voir l’hommage aux rousses ici.

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Photo prise le premier novembre à l’expo Toulouse-Lautrec (accessible jusqu’au 27 janvier)