X c’est l’inconnu

Banksy, en voilà un qui sait gérer son anonymat! L’Adrienne lui retire son petit chapeau après avoir vu ici ses dernières oeuvres.

Celle-ci me parle le plus

banksy-a-paris

Photo de Cyril Zannettacci pour Libération

Un article sur les oeuvres parisiennes ici.

Publicités

Stupeur et tremblements

lakévio96

Notre première expérience, chose remarquable, est celle d’une disparition. Disparue l’inspiration! Nous avions beau lire tous les journaux, éplucher les faits divers, depuis que nous étions à Paris plus rien ne nous venait, ni de l’intérieur ni de l’extérieur. Aucune Emma Bovary, aucun Lafcadio, rien. Nous avions gagné ce concours, Igor et moi, nous étions à Paris pour y écrire dans les meilleures conditions, et notre imagination était complètement à sec. Comme si d’avoir quitté la Russie nous avait vidé le cerveau, coupé les circuits qui alimentaient notre plume. Au bout de trois semaines, Igor avait cessé de se prendre pour Romain Gary et moi pour Nathalie Sarraute. Même si nous faisions durer le verre d’eau en terrasse le plus longtemps possible, à un moment notre bourse aussi serait à sec.

Et ma mère, dans sa dernière lettre, ne nous donnait pas vraiment le conseil salvateur :

« Referme un instant sur le monde la porte et la fenêtre, tourne-toi vers le journal pour toutes ses notations musicales, et commence un autre roman. » 

***

tableau et consignes chez Lakévio qui demandait

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : « Notre première expérience, chose remarquable, est celle d’une disparition. » Emprunt à Lou qui nous raconte sa Vie.

2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : « Referme un instant sur le monde la porte et la fenêtre, tourne-toi vers le journal pour toutes ses notations musicales, et commence un autre roman. » Emprunt à Anaïs qui écrit son Journal.

Entre les deux, casez ce que vous voulez !

Wagon de train pour Paris

DSCI5728.JPG

L’Homme est d’Ostende et vient d’une famille où on appelle « poisson frais » uniquement celui qui a été pêché dans la nuit d’avant. Par les petits bateaux qui sortent en mer le soir et rentrent avec leur pêche à l’aube. 

Tout le reste n’est pas digne de se retrouver sur leur table, c’est juste bon pour ces malheureux qui vivent à l’intérieur du pays. Ceux-là ne savent pas ce que c’est, du poisson frais. 

L’Homme n’a fait qu’une exception: c’est quand un « restaurant de la mer » s’est ouvert à Louvain. L’Homme et l’Adrienne avaient vingt et un ans et la bourse plate, mais chaque événement se devait d’être fêté par un repas aux odeurs exclusivement maritimes, chez l’Ami Michel. 

Si un jour vous allez à Paris, dit l’Ami Michel, il faut aller chez l’Ami Louis. C’est en son honneur que j’ai appelé mon resto l’Ami Michel. Il faut y aller pour l’ambiance et pour le foie gras. 

Alors ils y sont allés. 

Ils ont vu la petite salle vieillotte. Les chaises inconfortables. Les prix prohibitifs. Le personnel de salle, uniquement masculin et à leurs yeux de vingt ans, des papys. 

Ils ont vu entrer, petit à petit, les autres clients. Ils ont vu que comparés aux belles dames en manteaux de fourrure, aux hommes apparemment célèbres et fortunés, eux deux faisaient tache. Comme le disait l’Homme à cette époque, « c’est nous qui devrions être enquêteurs Michelin ou Gault&Millau, on n’en a ni l’âge ni le look ». 

Ils ont vu avec ébahissement comment les papys en veste blanche lançaient de loin et avec une infaillible dextérité les lourds manteaux de vison sur les rayonnages placés au-dessus de la tête des dîneurs, tout le long du mur. 

Ils ont été impressionnés par la façon dont le maître d’hôtel a quasiment choisi le menu à leur place: une assiette de foie gras pour deux, de l’agneau, des fraises des bois, alors que l’Homme et l’Adrienne prétendaient ne pas avoir envie de dessert. Vous imaginez ce que ça coûte, une coupelle de fraises des bois, dans un tel lieu parisien, en plein hiver? Surtout pour des gens qui ont des fraises des bois dans la nature près de chez eux… 

Bref, pour ce qui est du foie gras, l’Ami Michel avait raison: l’assiette prévue à l’époque pour une personne comptait onze belles tranches, que l’Homme et l’Adrienne se sont partagées équitablement. 

Comme c’était il y a plus de trente ans, l’Adrienne a été fort surprise de voir que l’établissement fonctionnait toujours, même si aujourd’hui la ration de foie gras pour une personne se limite à deux tranches. Tout le reste, semble-t-il, est resté pareil: clientèle huppée, prix à tomber à la renverse, visons volant vers les patères… 

https://www.simonsays.fr/l-ami-louis-est-il-le-plus-mauvais-bistrot-au-monde-suite

La photo ci-dessus est un détail d’une des photos de murs parisiens (Sébastien Jacquet)

G comme grand amour

doryphore.jpg

En voyant la consigne du Défi du samedi, je me suis demandé pourquoi on avait qualifié l’envahisseur allemand de « doryphore ». 

C’est un terme que mon grand-père n’utilisait pas, peut-être que la vue de l’Allemagne dévastée avait eu sur lui l’effet thérapeutique nécessaire au pardon. 

Par contre, je constate que le terme est réutilisé de nos jours: 

Parigots, doryphores et têtes de veau

Selon un sondage publié par Marianne (mars 2011), les Français trouvent les Parisiens pas sympas (57%), pas accueillants, pas souriants (71%), snobs (71%), arrogants (66%), pas respectueux de l’environnement, pas drôles (81%), pas épanouis (61%), toujours stressés (91%), pressés (93%). (…) 

Aujourd’hui, en Centre Bretagne, le doryphore, c’est le Parisien. En région marseillaise aussi où il est vécu en envahisseur. « Il se la pète et il est ladre, il n’a pas l’esprit du sud », entend-on souvent. (…) 

Encore une preuve que le locuteur natif ne cesse de recycler son vocabulaire… 

Pour ce qui est des autres conclusions à en tirer, je vous laisse juger par vous-mêmes tongue-out

 

 

 

M comme Masereel

A travers toute son oeuvre, Frans Masereel a fait preuve d’un regard critique sur son époque et d’un indéfectible pacifisme. Son engagement est aussi celui d’un homme qui a toujours voulu rester positif: il montre de la confiance en l’avenir du genre humain, malgré tout. 

Le Mu.ZEE d’Ostende lui consacre une expo qui a comme titre « la résistance en images »

art, peinture, belge, belgique, ostende

Je vous montre d’abord cette gravure sur bois, « Le voyageur » (1922) parce qu’elle symbolise bien ce qu’il a beaucoup fait dans sa vie, voyager pour aller voir ailleurs par lui-même comment les choses s’y passent ou pour se mettre en sécurité, vu ses activités antinazies. 

art,peinture,belge,belgique,ostende

« Amerika » (1922)
Il fait deux voyages en URSS  

art,peinture,belge,belgique,ostende

Char et église, 1935-36

art,peinture,belge,belgique,ostende

Moscou, maisons anciennes et nouveaux buildings, 1935 

art,peinture,belge,belgique,ostende

Ouvriers de chemin de fer en Russie, 1935-36, qui me font penser aux ‘moujiks’ dans le Général Dourakine, de la comtesse de Ségur wink

art,peinture,belge,belgique,ostende

Le Front populaire, 1936

art,peinture,belge,belgique,ostende

illustration pour le texte de Jules Laforgue (cliquer pour voir en grand) 

L’expo se termine sur la grande fresque qu’il a réalisée pour l’Exposition universelle à Paris (1937) dans laquelle il exprime – un peu à la manière des affiches russes – sa foi en l’avenir: « La famille en lecture » le fait entrer dans la compagnie de ceux qui croient que l’art, la culture, la connaissance sont indispensables au genre humain, donc aussi à l’ouvrier. 

art,peinture,belge,belgique,ostende

partie centrale du tableau

L comme Léon

2017-04-08 (15).JPG

La vie de Léon Spilliaert, né en 1881, donc 21 ans après James Ensor, présente tout de même pas mal de similitudes avec celle du grand maître qui le précède. Lui aussi naît à Ostende dans une famille de commerçants. Son père crée et vend des parfums pour lesquels dès l’enfance le petit Léon crée et dessine de jolies étiquettes et publicités. 

Dans leur ville natale, tous deux ont fréquenté la même école, qui s’en enorgueillit aujourd’hui par une belle plaque de cuivre apposée à côté de l’entrée principale. Non, je ne l’ai pas photographiée tongue-out

2017-04-08 (24).JPG

Parmi les documents écrits, cette lettre de nouvel an permet d’admirer sa belle calligraphie. On comprend que le papa lui confie la rédaction de ses étiquettes de parfums cool 

En 1900, le jeune homme de 19 ans peut accompagner son père à l’Exposition universelle, à Paris. Il y reçoit sa première belle grande boîte de pastels. 

Léon_Spilliaert_(1903)_-_Dame_met_voile.jpg

J’y ai surtout admiré cette oeuvre que je n’avais pas encore vue, oeuvre fragile – de l’encre sur du papier – représentant une « Dame avec voile » (1903).

Avis aux amateurs: beaucoup de ses oeuvres se trouvent en photo sur wikipedia commons.

G comme grisaille grandiose

Tout amoureux de Paname le sait, il ne faut pas s’attendre à y trouver des petits moutons et des petites fleurs, surtout si on y va début janvier cool

On attend le bus place de la République. L’homme qui sort du métro allume fébrilement une cigarette.  

2017-01-04 (1).JPG

On descend à l’Hôtel de Ville, où le manège finit d’être briqué. 

2017-01-04 (3).JPG

On est heureuse d’apercevoir les tours de Notre-Dame, au loin. On se demande si les joggeurs prennent le temps d’admirer ou s’ils regardent juste leurs pieds, les passants, les obstacles et la circulation.   

2017-01-04 (4).JPG

On passe à côté de la Tour Saint-Jacques, un de nos monuments préférés à Paris. On aimerait que les « révolutionnaires » aient été un peu plus respectueux des beautés de leur ville.  

2017-01-04 (6).JPG

On traverse le Louvre, où la mode des selfies semble plus vivace que jamais. On aimerait photographier ce jeune homme qui se filme sur 360° d’un air béat. Ou cette jeune fille qui ramène sans cesse ses longs cheveux noirs sur sa droite alors que le vent les souffle à gauche…  

2017-01-04 (7).JPG

Sur l’esplanade, les queues pour l’entrée du musée s’allongent rapidement, comme le constate l’homme en anorak bleu. 

voyage, paris, hiver

A la Concorde, l’obélisque est bien dressé, la grande roue tourne doucement et seuls les touristes ne sont pas pressés. 

voyage, paris, hiver

On traverse le village de Noël en plein démontage et on arrive au but de la promenade, le Petit Palais. 

voyage,paris,hiver