C comme causerie parisienne

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Hier matin, les élèves ont apporté un objet qui « symbolise le séjour à Paris » et Madame est impatiente d’entendre des impressions un peu plus circonstanciées que le premier jet qu’elle a recueilli jeudi.

Bien sûr, la plupart ont joué à fond « les touristes » et se sont offert un porte-clé tour Eiffel, un briquet Montmartre, une « boule de neige » Notre-Dame, un sweater Hard Rock Café Paris.

Très nombreux aussi ceux qui veulent conserver en souvenir de cet « inoubliable voyage » chaque ticket des lieux visités. Malheureusement, ceux qui ne les avaient pas encore mis en lieu sûr ont eu une maman qui est passée par là et qui a tout jeté à la poubelle avant de mettre le linge en machine 🙂

Il y a, évidemment, des tas de photos avec le groupe d’ami-e-s pour la vie, principalement devant la tour Eiffel illuminée dans la nuit – tant pis si les ami-e-s pour la vie sont un peu flou-e-s ou à peine reconnaissables – et devant le mur des « je t’aime ».

– Moi, dit F*, j’ai apporté mes baskets, parce que j’ai vraiment eu mal aux pieds.

Il avait eu deux bonnes idées: se commander des baskets neuves par Internet et les étrenner à Paris 🙂

Photo de Marta Siedlecka sur Pexels.com

B comme brèves de comptoir parisien

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– Les Parisiens, dit K*, ils n’aiment pas les touristes.
– Ah? qu’est-ce qui te le fait conclure? demande Madame.
– On saluait, on disait bonjour, et jamais on ne nous répondait.
– Tu es sûr que c’étaient des Parisiens, pas des touristes comme toi?
– Oui, oui, dit-il, tout à fait sûr!

Chacun a son lieu ou monument préféré: Versailles, Montmartre, la tour Eiffel… On ne fait pas de jaloux 🙂
Ils ont trouvé que Notre-Dame n’avait pas l’air trop mal en point – « Il ne manque que le toit, en fait », a dit H* – mais que c’était bizarre de la voir sans sa flèche.

Il faisait froid, il pleuvait, tout y était très cher – « Je me suis acheté quelques boissons et je l’ai senti dans mon porte-monnaie », dit T* – il fallait marcher des kilomètres chaque jour – « Trente kilomètres », dit F* à une Madame incrédule, « ce jour-là on en a fait trente, je vous jure! » – mais malgré tout ça, la conclusion est unanime:

– Quatre jours, c’est beaucoup trop court!

Z comme Zapprenants

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C’est chez Sophie Pouille que Madame a appris le mots: les Zapprenants. La seule différence est que Sophie a des « Zapprenants de petite taille » et Madame des Zapprenants plus grands qu’elle. Sauf une ou deux exceptions 😉

En ce moment, les Zapprenants de Madame sont en voyage à Paris, ils rentrent ce soir de quatre belles journées bien remplies.

Madame est très impatiente d’avoir leurs réactions jeudi matin à la première heure.

– Vous n’accompagnez pas? a demandé gentil G*J*K* rencontré vendredi dernier.
– Hélas non! a dit Madame, je n’ai plus l’énergie qu’il faut pour ce genre de voyage. J’ai besoin de dormir, la nuit.
– C’est vrai que nous, la nuit, on ne dort pas, a-t-il ri.
– C’est justement ça le problème, a ri Madame.

***

La photo ci-dessus a été prise le jour de l’anniversaire de la mère de Madame, qui cette année-là a été fêtée à Paris 🙂

M comme moment montmartrois

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Il rentrait chez lui quand son regard fut attiré par la silhouette de la jeune femme qui descendait les marches. Manteau rose, cheveux noirs flottant sur les épaules, grand sac avec son matériel d’aquarelliste, fugitive beauté

– Je l’aborde! se dit-il. C’est tout trouvé, je lui poserai une question sur son art, je citerai Baudelaire, car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais… puis je lui offrirai un café, ça va marcher.

Il était presque à sa hauteur et allait ouvrir la bouche quand ce sont les vannes célestes qui se sont ouvertes, une forte giboulée accompagnée de gros grêlons. Elle s’est réfugiée sous son parapluie en serrant bien son précieux sac contre elle et a dévalé les marches sans un regard pour lui.

La prochaine fois, se dit-il, ça va sûrement marcher.

***

Tableau de John Salminen et consignes chez Lakévio, que je remercie: C’est de « l’espace de l’instant » que je voudrais que vous me parliez. Histoire inattendue, éphémère, dès lundi !

Stupeur et tremblements

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Notre première expérience, chose remarquable, est celle d’une disparition. Disparue l’inspiration! Nous avions beau lire tous les journaux, éplucher les faits divers, depuis que nous étions à Paris plus rien ne nous venait, ni de l’intérieur ni de l’extérieur. Aucune Emma Bovary, aucun Lafcadio, rien. Nous avions gagné ce concours, Igor et moi, nous étions à Paris pour y écrire dans les meilleures conditions, et notre imagination était complètement à sec. Comme si d’avoir quitté la Russie nous avait vidé le cerveau, coupé les circuits qui alimentaient notre plume. Au bout de trois semaines, Igor avait cessé de se prendre pour Romain Gary et moi pour Nathalie Sarraute. Même si nous faisions durer le verre d’eau en terrasse le plus longtemps possible, à un moment notre bourse aussi serait à sec.

Et ma mère, dans sa dernière lettre, ne nous donnait pas vraiment le conseil salvateur :

« Referme un instant sur le monde la porte et la fenêtre, tourne-toi vers le journal pour toutes ses notations musicales, et commence un autre roman. » 

***

tableau et consignes chez Lakévio qui demandait

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : « Notre première expérience, chose remarquable, est celle d’une disparition. » Emprunt à Lou qui nous raconte sa Vie.

2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : « Referme un instant sur le monde la porte et la fenêtre, tourne-toi vers le journal pour toutes ses notations musicales, et commence un autre roman. » Emprunt à Anaïs qui écrit son Journal.

Entre les deux, casez ce que vous voulez !

Wagon de train pour Paris

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L’Homme est d’Ostende et vient d’une famille où on appelle « poisson frais » uniquement celui qui a été pêché dans la nuit d’avant. Par les petits bateaux qui sortent en mer le soir et rentrent avec leur pêche à l’aube. 

Tout le reste n’est pas digne de se retrouver sur leur table, c’est juste bon pour ces malheureux qui vivent à l’intérieur du pays. Ceux-là ne savent pas ce que c’est, du poisson frais. 

L’Homme n’a fait qu’une exception: c’est quand un « restaurant de la mer » s’est ouvert à Louvain. L’Homme et l’Adrienne avaient vingt et un ans et la bourse plate, mais chaque événement se devait d’être fêté par un repas aux odeurs exclusivement maritimes, chez l’Ami Michel. 

Si un jour vous allez à Paris, dit l’Ami Michel, il faut aller chez l’Ami Louis. C’est en son honneur que j’ai appelé mon resto l’Ami Michel. Il faut y aller pour l’ambiance et pour le foie gras. 

Alors ils y sont allés. 

Ils ont vu la petite salle vieillotte. Les chaises inconfortables. Les prix prohibitifs. Le personnel de salle, uniquement masculin et à leurs yeux de vingt ans, des papys. 

Ils ont vu entrer, petit à petit, les autres clients. Ils ont vu que comparés aux belles dames en manteaux de fourrure, aux hommes apparemment célèbres et fortunés, eux deux faisaient tache. Comme le disait l’Homme à cette époque, « c’est nous qui devrions être enquêteurs Michelin ou Gault&Millau, on n’en a ni l’âge ni le look ». 

Ils ont vu avec ébahissement comment les papys en veste blanche lançaient de loin et avec une infaillible dextérité les lourds manteaux de vison sur les rayonnages placés au-dessus de la tête des dîneurs, tout le long du mur. 

Ils ont été impressionnés par la façon dont le maître d’hôtel a quasiment choisi le menu à leur place: une assiette de foie gras pour deux, de l’agneau, des fraises des bois, alors que l’Homme et l’Adrienne prétendaient ne pas avoir envie de dessert. Vous imaginez ce que ça coûte, une coupelle de fraises des bois, dans un tel lieu parisien, en plein hiver? Surtout pour des gens qui ont des fraises des bois dans la nature près de chez eux… 

Bref, pour ce qui est du foie gras, l’Ami Michel avait raison: l’assiette prévue à l’époque pour une personne comptait onze belles tranches, que l’Homme et l’Adrienne se sont partagées équitablement. 

Comme c’était il y a plus de trente ans, l’Adrienne a été fort surprise de voir que l’établissement fonctionnait toujours, même si aujourd’hui la ration de foie gras pour une personne se limite à deux tranches. Tout le reste, semble-t-il, est resté pareil: clientèle huppée, prix à tomber à la renverse, visons volant vers les patères… 

https://www.simonsays.fr/l-ami-louis-est-il-le-plus-mauvais-bistrot-au-monde-suite

La photo ci-dessus est un détail d’une des photos de murs parisiens (Sébastien Jacquet)