Bilan d’une vie de lectrice

Bilan que j’espère provisoire, mais qui m’a été inspiré par Virgibri (voir le lien dans la colonne de gauche et aller au 11 juillet).

J’ai un peu réfléchi et j’ai un peu de temps, allons-y.

La lectrice que j’ai commencé à être.

Petite fille, je n’avais pas de livres et on ne me racontait pas de petite histoire, ni au moment du coucher ni à aucun autre. Je sais ce que Daniel Pennac en pense, mais ça ne m’a pas empêchée d’avoir la passion des livres. J’ai reçu un jour un livre de contes. Hélas, je ne sais plus qui était ce généreux bienfaiteur de l’humanité mais je me souviens que le livre avait une couverture jaune. Je l’ai lu des tas de fois. Evidemment, je n’avais que celui-là.

Vers mes 12 ans, une ancienne collègue de ma mère qui liquidait son grenier m’a offert sa collection de Comtesse de Ségur, dans une édition du début des années 30. Les illustrations me déroutaient bien un peu, avec les dames habillées comme notre défunte reine Astrid (décédée en 1935), mais j’ai adoré ces histoires.

Puis, mon frère ayant aussi atteint l’âge de la lecture, les BD sont entrées chez nous, Tintin, Spirou, Lucky Luke,  Gaston Lagaffe… et cette petite merveille qu’était le journal Pilote

Enfin, j’ai eu la permission de m’inscrire à la bibliothèque de la ville où j’ai lu toute la littérature de jeunesse. La lecture de la série du ‘Club des cinq’ d’Enid Blyton m’a même inspiré « mon premier livre » (lol)

generaldourakine.jpg

La lectrice pré-ado et ado.

Vers mes 14 ans, un ami me prêtait ses Bob Morane. A la bibliothèque, comme j’avais à peu près tout lu dans la section enfantine, en français et en néerlandais, j’ai pu passer à la section ‘adulte’. Quel problème de trouver sans aucune aide ce qui convient à une gamine de cet âge! Vous qui commencez à me connaître, vous ne serez pas surpris d’apprendre que j’ai choisi l’ordre alphabétique pour mes découvertes de la « littérature »: j’ai d’abord exploré les auteurs classés à la lettre A Clin d'œil

Mais c’était du « bricolage »: étant à l’école en néerlandais, je n’avais pas de cours de littérature française. J’ai donc emprunté de fort gros volumes pour m’enseigner quelques rudiments et c’est ainsi que j’ai « découvert » la poésie française (comme Colomb a « découvert » l’Amérique). Mon préféré était Clément Marot: j’ai appris par cœur sa « petite épître au roi pour avoir été dérobé ».

Je me suis fabriqué ma propre anthologie en recopiant mot à mot tous les poèmes qui me plaisaient. Recopiés à la main, bien sûr, l’ordi n’avait pas encore été inventé, et classés alphabétiquement – A comme Apollinaire – dans un gros classeur que j’ai toujours.

Et tout ça pendant que ma mère croyait que je travaillais pour l’école! Car la lecture était pour elle le comble de l’oisiveté, mère de tous les vices…

TourEiffel.gif
La lectrice post-Bac.
Pour ma dernière année du secondaire, j’ai eu un bon prof de français. Dès qu’il a su que je voulais étudier les langues romanes, il a cru devoir me faire lire deux ou trois oeuvres. Je ne demandais qu’à être guidée par un expert, vu mon inculture, et j’ai donc lu La reine morte, Le petit Prince et L’Etranger. Ces deux derniers sont toujours au top trois de mes livres préférés. Ceux-là aussi, je les connais presque par coeur.
A l’université on nous a fait lire Le rouge et le noir, Les liaisons dangereuses… et d’autres encore, probablement, mais ces deux-là me sont restés. Oeuvres magistrales, elles aussi.
bressoncamus.jpg
La lectrice adulte.
Après l’université, je n’ai plus lu qu' »utile », ce qui veut dire: en fonction de mes élèves. Donc, un retour vers la littérature de jeunesse et la recherche d’auteurs dont la langue est d’un accès « facile », puisque mes élèves sont néerlandophones.
En littérature de jeunesse, le plus gros succès a été Le petit Nicolas (Sempé et Goscinny) et du côté des auteurs « faciles à lire », Oscar et la dame rose (Eric-Emmanuel Schmitt)
Ces dernières années, je re-dévore des livres. Mais ce billet est déjà fort long, et c’est un sujet dont je parle assez ailleurs, je ne voudrais pas qu’il y ait des redites
Merci, Virgibri, de m’avoir inspiré ce bilan. J’ai eu du plaisir à le faire!
oscar.jpg

N comme notes

Hier on était le 15 octobre, l’heure du premier carnet de notes (du bulletin, comme on l’appelle en Belgique) a sonné.

Il y a les élèves dont on ne parle pas beaucoup. Ils travaillent, sont en ordre, remettent de beaux devoirs, participent en classe, sont ponctuels. Les « élèves friandises » comme les appelle Daniel Pennac dans son livre Chagrin d’école.

Il y a les autres.

Le but, c’est d’essayer d’arriver à ce qu’un maximum d’entre eux fasse le plus tôt possible partie de la première catégorie. Madame a donc avec eux de ces petites conversations destinées à leur faire comprendre qu’ils sont élèves et que par conséquent leur boulot en ce moment c’est de faire ce qu’on attend d’un élève et que le dilettantisme, ce sera pour le jour où ils pourront vivre de leurs rentes.

Il y a ceux qui supplient de ne rien dire à leurs parents (mais alors, qui signe leur bulletin?). Le marchandage ne leur fait pas peur: « S’il vous plaît madame ne dites rien à mes parents et je vous promets que… ». Malheureusement, Madame a appris à connaître cette catégorie d’élèves ainsi que la valeur de leurs promesses. Les filles surtout, qui jouent de la paupière comme Louisette dans Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny.

Ceux qui promettent que ce sera mieux la prochaine fois et expliquent le pourquoi et le comment de la chose: « Je suis un diesel » dit un garçon. Ah bon? « Mes vacances ont été trop fatigantes » dit un autre (il est vrai que certains viennent à l’école pour se reposer… ).

« Ne vous inquiétez pas, Madame. Je vais me rattraper ». Ce sont surtout les mecs qui prennent de ces airs rassurants. Madame suppose qu’ils font la même chose avec leur mère: t’en fais pas, m’man!

Ceux qui disent sans rire qu’ils ont constaté que ça n’allait plus tout seul et qu’il allait falloir bosser un peu cette année. Madame peut donc être rassurée, ils ont compris! « On a des profs beaucoup plus exigeants cette année » disent-ils d’un air entendu. Ou « L’an dernier j’avais facilement la moyenne rien qu’en faisant un peu attention en cours. Mais maintenant je vais devoir étudier. »

Sont-ils touchants.

Et puis ceux qui ont eu des malheurs. Comme Agnès: « Le petit chat est mort ». Car ceux à qui il est vraiment arrivé un truc grave en sont sortis mûris et bien décidés à prendre leur vie en mains. « J’ai promis sur la tombe de mon père de mieux travailler pour l’école », dit S., dont le papa est mort à la fin des vacances. Et il tient sa promesse.