X c’est l’inconnu

DSCI5653 (2).JPG

On ne sait pas combien on sera. On ne sait pas qui seront les autres. On ne sait pas comment sera le meneur de jeu. 

On ne sait pas où c’est. On ne sait pas si on trouvera une place de parking. On ne connaît ni la ville, ni l’endroit, on ne sait rien. 

On espère qu’on échappera au traditionnel tour de table des présentations. On espère qu’on échappera aux premières consignes du genre « Je me souviens ». 

C’est raté. 

Il a fallu se présenter. 

Il a fallu compléter dix fois « Je me souviens… » 

V comme vertical

On ne pense pas assez aux escaliers. 

Rien n’était plus beau dans les maisons anciennes que les escaliers. Rien n’est pus laid, plus froid, plus hostile, plus mesquin, dans les immeubles d’aujourd’hui. 

On devrait apprendre à vivre davantage dans les escaliers. Mais comment ? 

Georges Perec, Espèces d’espaces, 1974 

jeu,françois bon,souvenirs d'enfance

Chaque fois qu’en cours de route grand-mère Adrienne voyait qu’un escalier menait à la porte d’entrée d’une habitation, soit que le relief du terrain obligeait à situer les pièces de séjour à l’étage, soit par choix des propriétaires, elle ne manquait pas d’asséner que « pour habiter là, on ne pouvait pas avoir eu d’infarctus« , et quelqu’un d’autre dans la voiture ajoutait « ni s’être cassé une jambe« . 

L’escalier, c’est ce qui lui faisait peur. Celui de sa maison était raide, aux marches étroites, descendre de sa chambre à coucher était une affaire qui prenait un certain temps et beaucoup de précautions, surtout à cause de l’énorme pot de chambre qu’elle tenait d’une main et des mules à petit talon qu’elle avait aux pieds. 

« Tiens-toi bien à la rampe! » nous criait-elle chaque fois qu’elle nous voyait sur des marches et bien sûr ça nous faisait rire et on y rajoutait quelques acrobaties, parce que les jeunes c’est comme ça, on se croit invulnérable. 

Son autre escalier, celui du grenier, était encore pire: il n’y avait même pas de rampe; arrivé presque en haut, il fallait soulever la lourde trappe et l’attacher par une corde à un clou dans le mur. Quand on redescendait, les bras chargés d’échalotes ou de haricots secs, il aurait fallu deux autres mains pour détacher la trappe et la laisser doucement retomber sur nos têtes. C’est bien pour ça qu’on l’accompagnait, c’était toute une expédition dans la poussière des vieux trésors, dans l’ombre de meubles vermoulus éclairés par une petite tabatière, et la trappe nous donnait l’impression de pouvoir faire une chose utile. On se disait que grand-mère avait peur et avait besoin de notre aide pour aller chercher des pommes au grenier. 

jeu,françois bon,souvenirs d'enfance

photos de l’escalier d’Adrienne fraîchement vernis en octobre 2013 

atelier d’hiver 2016-17 chez François Bon – consigne 5 sur « la verticalité de l’habitat »

Georges Perec, Espèces d’espaces (1974), est en lecture complète ici

I comme incipit

La maison est petite, il y a trop peu de place pour les livres, ils sont entassés dans des boites – ça permet d’en mettre plus sur moins d’espace – et la mort dans l’âme j’en ai donné quelques-uns, par-ci, par-là… 

Puis, avec ce qu’on me connaît comme « suite dans les idées », j’arrive dans une ville nouvelle – Lyon, par exemple – et dès le premier jour il y a la visite obligatoire d’une librairie. 

Le second jour aussi, d’ailleurs. 

Pas pour acheter, me dis-je en entrant, vu que (etc. voir plus haut) mais pour le simple plaisir de voir et de manipuler des bouquins, de découvrir les nouveautés, de lire des incipits, des excipits et des pages 99 tongue-out

Après évidemment on sort de là avec un ou deux livres qui ont été tellement irrésistibles que les bonnes résolutions n’ont pas été tenues. 

Ce qui est le sort de la plupart des bonnes résolutions. 

« Madera était lourd. Je l’ai saisi sous les aisselles, j’ai descendu à reculons les escaliers qui conduisaient au laboratoire. Ses pieds sautaient d’une marche à l’autre, et ces rebondissements saccadés, qui suivaient le rythme inégal de ma descente, résonnaient sèchement sous la voûte étroite. Nos ombres dansaient sur les murs. Le sang coulait encore, visqueux, qui suintait de la serviette-éponge saturée, glissait en traînées rapides sur les revers de soie, se perdait dans les plis de la veste, filets glaireux, très légèrement brillants, qu’arrêtait la moindre rugosité de l’étoffe, et qui perlaient parfois jusqu’au sol, où les gouttes explosaient en tachetures étoilées. Je l’ai déposé au bas de l’escalier, tout près de la porte du laboratoire, et je suis remonté pour prendre le rasoir et éponger les taches de sang avant qu’Otto ne revienne. Mais Otto est rentré presque en même temps que moi, par l’autre porte. » 

Georges Perec, Le Condottière, coll. Points, 2013 (incipit) 

Une œuvre de jeunesse de Perec qui avait été refusée à l’époque par les maisons d’édition et dont la publication est largement posthume; une histoire de faussaire écrite en 1960, il avait 24 ans. Perec est mort en 1982, le livre a été publié 30 ans plus tard. 

condottiere.jpg

source de l’image, info et extrait ici:
http://www.seuil.com/ouvrage/le-condottiere-georges-perec/9782021030532

B comme bureau

Il y a beaucoup d’objets sur ma table de travail. Le plus ancien est sans doute un dictionnaire français-roumain de 1967 et non pas mon petit Robert comme je le croyais d’abord, vu qu’il date de 1976. Le plus récent est un kalanchoé rouge sombre apporté par une chère collègue-amie pour mon anniversaire. Je l’ai mis dans un pot de céramique blanche.

Je passe plusieurs heures par jour à ma table de travail. Parfois je souhaiterais qu’elle soit la plus vide possible. En fait, je trouve tellement pratique d’avoir un tas de choses à portée de mains qu’elle s’en trouve tout encombrée.

Elle est formée d’un contre-plaqué imitant le bois mais sa couleur est d’un beige trop jaunâtre pour faire illusion. Sur le bord, les fausses nervures imitant la nature sont complètement usées.

Je ne range pas assez souvent ma table de travail. Généralement, ça consiste à refaire de jolis tas bien droits et à tout déplacer-replacer pour pouvoir passer un chiffon humide sur sa surface. Cet aménagement de mon territoire se fait rarement au hasard. Il correspond à un des moments clés du calendrier: fêtes de fin d’année, début des vacances ou de l’année scolaire, période d’examens. Il suffit que je range quelque chose pour que je ne le retrouve plus, ce qui est la meilleure des excuses pour ne rien ranger. 

pastiche,littérature,perec,françois bon

***

à la manière de Perec 

qui continue ainsi pendant des pages 

comme on peut le voir ici: 

Notes brèves concernant les objets qui sont sur ma table de travail

http://www.tierslivre.net/WIPagcb/FICHES_IMPRIM/PEREC_TableTravail_2.pdf

O comme obsession

« Il y a deux grands clubs d’écrivains: le club Stendhal et le club Perec. Le club Stendhal ne fait pas de plan, c’est mon cas à moi. Stendhal est mon saint patron. Il ne sait pas finir ses romans et tue tout le monde.

Après, il y a le club Georges Perec, qui fait un cahier des charges. Alors c’est complètement différent: Stendhal, c’est les hystériques, et Perec, c’est les obsessionnels. »

Marie Darieussecq en conversation avec Valérie Moeneclaey, Passa Porta, le 14 mars 2014, in Les présents de l’écriture, éd. Passa Porta Les impressions nouvelles, 2015

Passa Porta.jpg

source de l’illustration

 

L comme lire et relire

Sur deux ou trois blogs de grandes lectrices où je vais, je suis chaque fois ébahie. Elles vous parlent de littérature américaine des années 50 comme si elles y étaient, peuvent vous citer différents auteurs japonais d’hier et d’aujourd’hui, connaissent évidemment tous leurs classiques.

J’adore lire mais je rame déjà à suivre ce qui se passe en francophonie ou dans le monde des lettres néerlandaises. Je n’ai toujours pas lu la Chartreuse de Parme et à peine deux livres de Hugo Claus.

« Mais comment faites-vous? » m’est-il déjà arrivé de demander à ces dames. Qui me répondent, sans rire: « Il suffit de lire un livre par jour. »

Que n’y avais-je pensé moi-même, n’est-ce pas Langue tirée

Plus fort encore, l’autre jour chez Tania, à propos de Perec: l’éloge de la relecture.

« (…) ce plaisir ne s’est jamais tari : je lis peu, mais je relis sans cesse, Flaubert et Jules Verne, Roussel et Kafka, Leiris et Queneau ; je relis les livres que j’aime et j’aime les livres que je relis, et chaque fois avec la même jouissance, que je relise vingt pages, trois chapitres, ou le livre entier : celle d’une complicité, d’une connivence, ou plus encore, au-delà, celle d’une parenté enfin retrouvée. »

Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance

http://textespretextes.blogs.lalibre.be/archive/2014/08/25/je-relis-1134087.html

***

Lire et relire, je ne demande pas mieux.

Dès que j’ai une heure devant moi, j’exhume un de mes vieux Comtesse de Ségur.

Les vacancesCool

amitié,blog,lecture,lire,lecteur

le voilà dans mon édition des années 30
et voici l’incipit:

Tout était en l’air au château de Fleurville ; Camille et Madeleine de Fleurville, Marguerite de Rosbourg, et Sophie Fichini, leurs amies, allaient et venaient, montaient et descendaient l’escalier, couraient dans les corridors, sautaient, riaient, criaient, se poussaient. Les deux mamans, Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg, souriaient à cette agitation qu’elles ne partageaient pas, mais qu’elles ne cherchaient pas à calmer; elles étaient assises dans un salon qui donnait sur le chemin d’arrivée. De minute en minute, une des petites filles passait la tête à la porte et demandait:

« Eh bien ! arrivent-ils !

– Pas encore, chère petite, répondait une des mamans.

– Ah ! tant mieux, nous n’avons pas encore fini. »

J comme je suis née

 Je suis né le samedi 7 mars 1936, vers neuf heures… par acquit de conscience, j’ai regardé dans les journaux de l’époque ce qui s’était précisément passé ce jour-là…
Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, p 36-38

Je suis née un jeudi vers treize heures.

Je ne sais plus pourquoi un jour j’ai voulu savoir quel jour de la semaine et quelle heure c’était. J’ai dû me satisfaire des réponses de ma mère. Elle ne savait plus très bien. Pourtant, à l’époque de mon questionnement, j’étais encore une enfant… et j’étais sa première-née. Quand j’entends d’autres femmes parler de leur premier accouchement, avec une telle foule de précisions, je me demande toujours si les souvenirs vagues de ma mère ont un rapport avec sa grande désillusion. Naître que fille.

Que c’était un jeudi, une recherche rapide me le confirme. Pour l’heure, bien sûr, je ne le saurai jamais. Mais ce n’est important que pour ceux qui croient au zodiaque, et je n’en suis pas.

Ce jeudi-là, précisément, une petite Portugaise conversait avec la Vierge Marie qui lui prédisait la fin imminente du monde : « Les derniers jours sont proches », lui répétait la Belle Dame sans Merci.

En ce qui me concernait, elle a failli avoir raison, parce que moins de trois semaines plus tard, je revomissais tous mes biberons.

– Sténose du pylore, dit le jeune médecin me voyant régurgiter fort à propos, sous son nez, ce qu’on m’avait fait boire avant son arrivée.

– Normalement, ajoute-t-il, ça arrive surtout aux garçons.

C’était bien la peine de naître que fille.

C comme conditionnel

Moi, j’aurais aimé aider ma mère à débarrasser la table de la cuisine après le dîner. Sur la table, il y aurait eu une toile cirée à petits carreaux bleus… Puis je serais allé chercher mon cartable, j’aurais sorti mon livre, mes cahiers et mon plumier de bois, je les aurais posés sur la table et j’aurais fait mes devoirs. C’est comme ça que ça se passait dans les livres de classe.
Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, p.99

Moi, j’aurais aimé…

Moi, j’aurais aimé que ma mère me prenne sur ses genoux et me câline. Qu’elle me dise des choses gentilles et encourageantes. Je lui aurais mis les deux bras autour du cou et je l’aurais embrassée de bon cœur, au lieu d’avoir à le faire sur commande et sans rien recevoir en retour. Elle m’aurait donné parfois un petit nom gentil, ma chérie, ou ma petite, et mon cœur en aurait fondu de bonheur. J’aurais pu parfois inviter une amie et elle nous aurait préparé des crêpes.

C’est comme ça que ça se passait dans les livres de classe.

Et pour le petit frère.

Premières lectures

J’ai dit que c’était une maison sans livres, c’était une exagération. Ma mère était abonnée à trois magazines féminins (même si l’oisiveté etc.) et mon père était un très grand lecteur de toute chose écrite, depuis le journal jusqu’aux volumes des condensés du Reader’s  Digest.

Petite fille, il m’est arrivé deux fois de recevoir un livre en cadeau d’amis en visite : un livre de conte de fées et un livre de chansons enfantines illustrées. Je dois encore les avoir quelque part.

Celui qui m’a finalement ouvert la porte à toutes les autres lectures, c’est le cadeau d’une amie de ma mère qu’on appelait madame Henriette : Heidi, de Johanna Spyri.

Quand on quitte le riant village de Mayenfeld pour gravir la montagne à l’aspect imposant et sévère qui domine cette partie de la vallée, on s’engage d’abord dans un joli sentier de plaine à travers champs et vergers. Au pied de la montagne le sentier change brusquement de direction et monte tout droit jusqu’au sommet ; à mesure qu’on s’élève, l’air devient plus vif, et l’on respire à pleines bouffées les fortes senteurs des pâturages et des herbes alpestres.
C’est ce sentier que gravissait par une brillante matinée de juin une grande et robuste fille de la contrée, tenant par la main une enfant dont le visage paraissait en feu malgré sa peau brunie. Ce n’était pas étonnant, car, en dépit de la chaleur de juin, la pauvre enfant était empaquetée comme au gros de l’hiver. Elle pouvait avoir cinq ans, mais sa véritable taille disparaissait sous une accumulation de vêtements : deux robes l’une sur l’autre, un gros mouchoir de coton rouge croisé par dessus, et d’épais souliers de montagne garnis de clous ; la pauvre petite suffoquait et avait bien de la peine à avancer.

http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre29680-chapitre151544.html

 souvenir d'enfance,lire,lecture,lecteur,père,françois bon

http://www.bons-livres.fr/livre/johanna-spyri/1118-heidi-

Je resterai éternellement reconnaissante à madame Henriette, qui a tellement bien compris mon bonheur de recevoir un livre, qu’elle m’en a offert un autre à presque chacune de ses visites : Pagnol, Le Château de ma mère, Jules Verne, La Jangada, sont deux titres qui me reviennent immédiatement en mémoire.

A peu près au même moment, j’ai eu le bonheur de recevoir d’une ancienne collègue de bureau de ma mère toute sa collection de livres de la comtesse de Ségur. C’est après la lecture des Vacances que j’ai eu l’irrépressible envie d’écrire des livres, moi aussi.

Entre-temps j’avais douze ans et enfin la permission d’aller à la bibliothèque où j’ai dû rester deux ans dans la section enfantine. J’y ai lu tout ce qu’il y avait à lire, Club des Cinq, Clan des Sept, Fantômette, Alice, je le faisais de manière systématique. Assise à mon bureau et censée travailler pour l’école, je lisais. Le soir après le souper, je lisais. Jusqu’à ce que mon père me dise :

– Finis ton chapitre et va au lit.

Car vu qu’il était lecteur lui-même, il savait combien il est dur d’arrêter sa lecture n’importe où. J’avais toujours le droit de « finir mon chapitre », même s’il comptait encore de nombreuses pages.

***

à la manière de Perec
W ou le souvenir d’enfance (
p192)

« C’est de cette époque que datent les premières lectures dont je me souvienne. Couché à plat ventre sur mon lit, je dévorais les livres que mon cousin Henri me donnait à lire. L’un de ces livres était un roman-feuilleton. Je crois qu’il s’appelait Le Tour du monde d’un petit Parisien. » 

P comme photos

Je possède une photo de mon père et cinq photos de ma mère (au dos de la photo de mon père, j’ai essayé d’écrire, à la craie…)
La deuxième photo […] ma mère a un grand chapeau de feutre entouré d’un galon, et qui lui couvre les yeux. Une perle est passée dans le lobe de son oreille. Elle sourit.
Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, p.45 et p. 73-75

Je possède une photo…

Je possède une photo de mon père à dix-huit ans, sans doute la première où il porte un pantalon long. Sur celles de l’adolescence, il est soit en culotte courte, soit en pantalon de golf, comme Tintin… dont il a d’ailleurs aussi la coiffure, même si c’est sans le faire exprès : jusqu’à la fin de sa vie, il a gardé sur le dessus du front une grosse mèche de cheveux qui tenait absolument à boucler vers l’arrière.

Il sourit sur cette photo, chose assez rare pour être soulignée. Généralement, il garde un air sérieux en fixant l’objectif, exactement comme moi durant toute mon enfance, alors qu’on me priait, exhortait, menaçait pour que je sourie. Je faisais des efforts, je croyais sourire, mais mon expression était de plus en plus triste, jusqu’au bord des larmes. Ça énervait beaucoup mon père, cette incapacité. Si j’avais su alors qu’il en avait été de même pour lui, ça m’aurait rassurée.

Son veston de laine sombre est bien boutonné, sa cravate bien nouée, sa raie bien nette. Toute sa vie, il a eu un peigne en poche et se recoiffait au moindre coup de vent ou après avoir ôté son chapeau.

– Une des choses dont je me souviens, m’a dit l’autre jour l’ami Gaëtan, c’est que la seule et unique fois où j’ai vu ton père, j’ai remarqué comme sa raie était bien tracée.

***

Je possède de nombreuses photos de ma mère à dix-huit ans. On l’a habillée comme une princesse et emmenée chez un grand photographe. Ses cheveux ont été savamment bouclés dans une coupe courte qui la met en valeur. Autour du cou, elle porte un gros collier à trois rangs de perles. Au poignet droit, le lourd bracelet d’or qu’elle a reçu de ses parents pour son 18e anniversaire et qui a été réalisé par un orfèvre tout spécialement pour elle d’après un croquis. Il représente des feuilles dont j’ai toujours pensé que c’était du lierre.

Elle est assise sur une banquette qui disparaît complètement sous les plis lâches et soyeux de la jupe. Elle a les bras nus et pose délicatement les mains sur les genoux. Sur la première prise, le corps est en profil et la tête tournée vers l’objectif. Elle sourit en ployant légèrement son joli cou, sa taille fine.

Sur les autres photos, elle est debout et de face. Celles-là n’ont pas été jugées assez bonnes pour en faire un agrandissement à accrocher au salon.

– Moi ? se récrie-t-elle avec véhémence. Moi, une enfant gâtée ? Pas du tout ! Absolument pas du tout !

Ce n’est pas ce que racontent les photos.

***

pour les fans de Perec
une belle interview de l’auteur ici

http://www.youtube.com/watch?v=AwMTvi3XdPU

(durée 25 minutes)