U comme ultimes perles

portrait of young woman

C’est avec le plus grand sérieux que J raconte comment le roi Laios et la reine Jacotte sont allés consulter l’oracle de Delphes.

–  Jacotte? a failli dire Madame, mais elle s’est retenue parce qu’elle devait se mordre trop fort les lèvres pour ne pas rire.

Qu’A précise que Charles d’Orléans s’est vêtu de broderie parce qu’il fait chaud.

Qu’Y révèle qu’il y a une chute dans cette histoire mais qu’on ne la voit qu’à la fin.

Que T estime que Victor Hugo met des fleurs bizarres sur la tombe d’une fille, surtout que le houx vert, ça pique.

M reste lui aussi très sérieux quand il déclare prudemment à propos de l’Ode à Cassandre: « C’est un poème, je pense… »

Et Madame, quant à elle, a eu beaucoup de mal à garder son sérieux en entendant d’aussi jolies perles.

Photo de Pixabay sur Pexels.com

P comme perles

tippex

Il y a celle qui a tellement confiance en elle qu’elle a apporté trois ‘souris’ de tipp-ex.

Celui qui avoue naïvement qu’il a fait des recherches sur le texte qu’il devait préparer pour l’oral, mais que sur cet extrait-là il n’a rien trouvé. Ça se remarque à son analyse – très personnelle – de l’arrivée de Charles Bovary dans son collège.

Celui qui dit: le texte, je ne l’ai lu qu’une fois, je n’avais pas le temps. Voilà pourtant plus de trois semaines qu’ils connaissent l’horaire des examens et que Madame leur conseille de bien planifier leur travail.

Celui qui tient à introduire Madame dans son sport préféré, le muay thaï mais elle continue à ne pas comprendre ce qu’il peut y avoir d’amusant à taper sur quelqu’un jusqu’à ce qu’il soit KO. Ou l’inverse. Ma mère refuse de venir me voir boxer, dit-il. Je la comprends, dit Madame, je ne viendrai pas te voir non plus.

Celui qui veut convertir Madame à la série pour ado qu’il regarde assidûment sur netflix. Il lui a même apporté les photos des acteurs. Madame fait de son mieux pour ne pas montrer ce qu’elle pense du niveau de cette série apparemment très addictive et s’étonne qu’un jeune homme aussi intelligent puisse admirer ces bêtises.

Celui qui, la veille au soir de l’examen, s’est soudain rappelé qu’il devait parler à l’oral d’un sujet de son choix et a vite imprimé un entrefilet sur les gilets jaunes, sans avoir cependant nulle opinion sur ces manifestations. Pourquoi tu as choisi ça? demande Madame. Parce que c’est un article que je comprenais tout de suite, répond-il.

Celui qui n’a pas apporté de texte ni d’article, mais un livre « d’images » sur son lieu de vie précédent, La Flèche, où il a vécu de ses deux à douze ans à cause du travail de son père. C’est là que Madame a remercié mentalement Joe Krapov, grâce à qui elle a tout de suite pu réagir en disant joyeusement: La Flèche? Tu as habité la Sarthe?

Et elle a failli ajouter « toi aussi » 🙂

source de la photo wikipédia

Questions pour mes champions

Jana montre qu’elle n’est pas trop mécontente de son tirage au sort: A une Passante, de Baudelaire, piece of cake

Elle explique avec l’assurance de ceux qui tutoient les grands auteurs: 

– Charles est assis à une terrasse, il est en train de boire un verre… 

Stupeur de Madame, qui se souvient d’avoir expliqué ce que c’est « le grand deuil », une rue assourdissante, un feston, un ourlet, et même d’avoir mimé la scène, en balançant sa jupe.  

Oui, oui. Même ça. Mais elle n’a point parlé de terrasse de café. 

Jana prend des airs de conspiratrice pour continuer sa lecture du poème: 

– Moi, dit-elle, moi je pense que la dame, elle a une jupe fendue… 

Madame en reste sans voix. 

– Parce qu’elle montre sa jambe, explique Jana. 

Conclusion: le film que Madame se fait dans la tête à la lecture du poème est sans doute fort différent de celui que se font certains de ses élèves… 

Voyons à quoi ressemble le vôtre:  

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! 

Charles Baudelaire, Tableaux parisiens, in Les Fleurs du Mal 

P comme Premières Perles

Les premières perles de l’année scolaire sont arrivées avec les premières pluies d’automne: c’est dire que la saison est bonne, elles se sont fait attendre les unes comme les autres. cool 

Voici la toute première et provisoirement unique perle d’élève: 

« J’ai une bonne santé parce que je vais chaque samedi chez le curé. » 

Madame n’a pas osé demander ce que ça signifiait tongue-out 

*** 

A l’entretien parents-professeurs, Madame a dû un peu jouer à la directrice et accueillir les papas et les mamans. 

– Bonjour, monsieur, dit-elle à un papa-tout-seul et tout fringant, qui visiblement ne savait pas de quel côté se diriger. Je peux vous aider? 

– J’attends mon ex-femme et ma fille. 

– Vous avez rendez-vous avec quel prof?

– Je ne sais pas! 

Pourtant, il était là sur invitation téléphonique.

Comme la moitié des profs se trouvaient dans la salle du rez-de-chaussée et l’autre moitié dans celle juste au-dessus, Madame demande, afin de pouvoir le diriger du bon côté des escaliers: 

– Votre fille est dans quelle classe? 

– Je ne sais pas! 

– Vous savez en quelle année elle est? 

– Je ne sais pas… en cinquième, je pense. (1) Oui, c’est ça, en cinquième! 

– Alors je devrais la connaître… Comment s’appelle-t-elle? 

Heureusement il se souvenait du nom de sa fille. Mais à Madame, ce nom ne disait rien du tout. Vérification faite sur son ordinateur, Madame constate que ce papa s’est trompé. Non pas d’un an, mais de deux: sa fille n’est qu’en troisième. (2) 

– Elle est en troisième économique, dit Madame en essayant de cacher sa stupeur (3) 

– Ah oui, économique, c’est ça! 

Comme quoi on peut être un jeune cadre dynamique au look arrogant, avoir une fille unique et juste savoir comment elle s’appelle. 

*** 

(1) la cinquième correspond à la première, en France. Sa fille devrait donc avoir 16 ans.

(2) la troisième, c’est la seule année qui ait le même nom en France et en Belgique. Sa fille n’a donc que 14 ans. 

(3) et ses tremblements… parce que je ne sais pas ce que vous en pensez, mais un père qui ne sait même pas en quelle année est sa fille…

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quelques-uns des petits chéris de Madame, à la fenêtre avec leur prof d’histoire

N comme nouvelles perles

Les premiers oraux d’hier ont donné quelques moments d’hilarité – fort bien contenue, rassurez-vous.

– Nous disons que nous sommes des crétins mais nous n’agissons pas en crétins.

Madame se pince les lèvres devant ce beau commentaire d’un passage de Montesquieu et n’ose même pas dire à R* qu’il a un problème de prononciation:

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

Montesquieu, De l’esprit des lois, XV, 5

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tous les chéris de Madame font partie de son programme cool

 

P comme perles

Si je vous dis ‘session d’examens’ vous pensez ‘saison des perles’ et vous n’avez pas tort. Il y en avait effectivement quelques-unes. 

Malheureusement, je n’ai pas trouvé le temps de les collecter. 

Et de toute façon, les perles de mes élèves auraient pâli en comparaison de celles récoltées par ma collègue d’histoire.

Qui, après des semaines passées sur le Consulat et l’Empire, reçoit cette question à la veille de l’examen:

– Napoléon, qui c’est?

Non, franchement, aussi fort que ça, je n’ai pas.

//media-service.vara.nl/player.php?id=325080

http://www.bartvanloo.info/boeken-napoleon.html

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Stupeur et tremblements de rire

Madame a eu beaucoup de mal, à l’examen d’hier, vraiment beaucoup de mal à garder son sérieux.

Elle a fait tout ce qu’elle a pu pour ne pas éclater de rire quand James, qui analysait l’Ode à Cassandre, a dit:

– Il lui a montré que la rose était affamée.

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Par contre, elle ne s’est pas gênée pour éclater de rire quand il a déclaré:

– Il veut dire qu’elle doit l’aimer maintenant qu’elle est jeune et belle parce qu’elle va vite devenir vieille et moche.

le bilan du 20

Dans la marge de son texte argumentatif sur les méfaits de l’alcool, Fred signale à Madame, entre deux parenthèses, que la phrase à côté contient des rimes.

Ine déplore que la météo nous rende malades, surtout les enfants, écrit-elle, « qui attirent plus vite les maladies. »

A l’oral, Madame constate que S*** a repris un de ses tics de langage: « Mais bon bref », conclut-il.

Et R*** tient à convaincre que pour une fois, elle a tout étudié à fond. Au lieu d’être soulagée que l’entretien se termine, elle insiste:

– J’ai aussi appris tous les arguments!

Alors que voulez-vous? Madame se résigne:

– Vas-y! Je t’écoute.

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Madame aspire au repos…
(avec ou sans rimes)
Quel bonheur c’est pour bientôt!

L comme Lumières

– C’est un texte du 20e siècle, c’est le siècle des Lumières!

Madame lève un sourcil – sans doute même les deux – toujours cet étonnement, surtout dans ce cas-ci: une bonne élève peut-elle dire une « énormité » pareille?

– Non? ce n’est pas le siècle des Lumières? C’est pourtant ce que j’avais noté sur ma feuille.

***

Vendredi soir, gros coup de blues chez Madame, qui a fait passer un ultime examen de FLE à sa classe « maths fortes ». Elle s’interroge avec anxiété. Qu’auront-ils finalement appris avec elle?

***

– Voltaire? Ah! c’est justement ce texte-là que je ne connais pas bien! Mais vous pouvez m’interroger sur n’importe quel autre, vous verrez!

– Montesquieu? Je n’ai jamais de chance avec les questions! C’est le texte le plus difficile!

Et deux autres ont confondu Colette avec Amélie Nothomb. Ou le contraire.

– Elle a appris à boire à l’âge de trois ans!

– Qui? Amélie Nothomb?

– Ben oui, son père lui donnait de la liqueur!

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ici, ils avaient confondu l’Égypte ancienne avec les Contes des Mille et une nuits et les petits royaumes aux pétrodollars, c’était sans doute déjà un signe

Langue tirée

Bilan du 20

Bilan des examens de décembre

premier prix pour le mot juste:

« Il avait 16 ans quand il a écrit ce truc »
(à propos de Rimbaud et de son Cabaret-Vert)

premier prix pour l’élève prévoyant:

à Simon, qui est venu à l’examen écrit
sans le moindre « instrument scripteur »

ex-aequo avec quelques enrhumés
venus sans le moindre mouchoir

 prix François-Marie Arouet:

– C’est ton opinion à toi, ça?
– Ben oui, il n’y a pas de matières inutiles.
(dit-il comme s’il était l’auteur de Jeannot et Colin)

prix spécial pour avoir bien fait rire le prof:

« Elle est heureuse, oui, mais comme une vache dans son pré »
(à propos de la vieille femme dans l’histoire du bon bramin)

prix pour les meilleures recommandations:

Madame fait des découvertes grâce à
M***, fan de K-pop, dont les yeux brillent quand elle dit « qu’ils sont trop beaux, ces chanteurs coréens »

et à
G***, fan d’Eminem, qui conseille d’écouter Headlights
https://www.youtube.com/watch?v=7bDLIV96LD4
(parce que dans sa relation à sa mère, elle a vécu un peu le même parcours)

à J***, qui lui a confié son pseudo de rappeur pour qu’elle puisse aller l’admirer et l’écouter sur youtube… et s’ébahir en voyant la maturité de ses textes
(je ne veux pas être un mouton, lui a-t-il dit;
qu’il se rassure: il ne l’est pas)