E comme échelle des valeurs

« C’est quoi, le bonheur, pour vous? » demande Madame, qui à l’instar de son coiffeur-philosophe ne craint pas d’aborder les grandes questions existentielles Langue tirée.

Il est d’ailleurs étonnant de constater qu’à cette question-là, Madame n’a jamais dû entendre l’excuse habituelle, « je-n’ai-pas-d’inspiration ». Cette année comme les précédentes, toutes les têtes de 17 ans se penchent sur la feuille et noircissent le papier.

Car c’est aussi cela, être prof, c’est réutiliser avec le même enthousiasme ingénu les mêmes trucs, comme la première fois.

Parce que pour eux, c’est la première fois.

C’est la fin du cours. Ils ont regardé le clip « Funambule » et relu attentivement le texte de la chanson. Ils ont compris l’essentiel: ça parle de trouver son équilibre dans la vie.

http://www.youtube.com/watch?v=pYrN9nxI0gM

Madame ramasse les copies. Le soir, elle refond toutes les réponses (anonymées) en un seul document.

Comme les autres années, le trio de tête, c’est la famille, les amis et l’amour.

Comme les autres années, il y a quelques vraies perles. Une jeune fille qui a perdu son papa écrit: « Il faut avoir connu le malheur pour savoir où est le vrai bonheur. » 

Comme les autres années, Madame est émue.

 

Question existentielle

Qu’avez-vous compris récemment?

Peut-être que le tout, dans la vie, est de comprendre certaines choses.

Peut-être même que, sur ce point, l’on pourrait s’aider.

Dernièrement, chacun de nous a compris quelque chose.

Pourquoi ne pas le dire?

 http://interludephilo.wordpress.com/2014/02/02/quavez-vous-compris-recemment/

Récemment, j’ai compris qu’une année entière ne suffira pas pour mettre en ordre ma nouvelle maison ni pour déménager de l’ancienne.

Question existentielle

Pourquoi y a-t-il tant de gens, et si peu de rencontres?

Ce petit thème de méditation attend de vous une réponse brève, de forme libre…

http://interludephilo.wordpress.com/2012/03/05/pourquoi-y-a-t-il-tant-de-gens-et-si-peu-de-rencontres/

Sur les 25 000 habitants de ma petite ville, il y a ceux que je rencontre en faisant mes courses. En allant à la bibliothèque. A un événement culturel, sportif ou folklorique.

Il y a ceux que je vois à l’école. Une génération après l’autre. Leurs parents que je rencontre aux entretiens, aux fêtes et autres activités. Ou sur le parking de l’école. A la caisse du supermarché.

Il y a ceux chez qui je vais pour me faire soigner, contrôler mes dents, acheter des fleurs, changer les pneus de ma bagnole. Ceux à qui je demande des conseils de bricolage.

Il y a ceux qui sont venus faire un travail chez moi. Plombier, carreleur, menuisier, plafonneur, couvreur. Ceux qui ont installé l’électricité ou le téléphone.

J’en rencontre même alors que je suis en vacances en Slovénie ou entre deux trains dans une gare parisienne.

Si peu de rencontres, vraiment ?

Langue tirée

W comme Walter

Walter s’est inscrit comme participant à un « philocafé » dans sa belle ville au bord du fleuve.

Walter se dépêche de s’installer le premier autour de la grande table ovale.

Quand tout le monde a pris place, il se rend compte qu’il est mal là où il est. Le soleil le gêne, ou il ne voit pas assez bien le philosophe. Il faut déménager une chaise et tout le monde doit bouger, reculer ou avancer. (1)

C’est vrai qu’il y a un soleil magnifique qui entre par la grande baie vitrée. Aussi le philosophe ouvre la porte pour faire entrer un peu d’air frais et surtout de l’oxygène, le petit salon ovale étant rapidement confiné. Mais au bout de cinq minutes, Walter exige qu’on la referme.

– Je sens un petit courant d’air, dit-il. 

Le philosophe demande à tous les participants de noter la question dont ils voudraient débattre, ensuite il proposera de voter à main levée afin de choisir la question du jour. Walter ne note rien.

– Je veux qu’on discute de ceci, dit-il: C’est quoi, la philosophie?

Bref, avec un Walter dans le groupe, le philosophe a autant de boulot qu’avec une classe entière d’ados rétifs. Car être un Walter, ça signifie:

– j’impose mes réponses: il faut que les autres comprennent le plus vite possible qu’ils sont des ignares

– je parle de protons et de photons parce que je suis venu pour montrer comme je suis cultivé et érudit (2)

– je ne lève pas la main pour parler, comme c’est demandé: je parle plus fort que les autres

– je tiens à mes deux ou trois slogans et je les assène constamment: ce n’est pas le but que d’autres émettent aussi une opinion, ils sont là pour m’écouter

– je coupe immédiatement la parole à ceux qui disent des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord (3)

Et bien vous savez quoi?

L’Adrienne n’aime pas Walter même s’il lui fait aimer encore plus ses ados Rigolant

***

(1) un Walter, par définition, c’est quelqu’un que tout le monde connaît tout de suite.

(2) la preuve, je sais que « Je pense donc je suis » a été écrit par Sartre Langue tirée

(3) et je ne suis d’accord avec rien car moi seul ai raison Cool

 

Question existentielle

Qu’est-ce qui n’existe pas?

Ce petit thème de méditation attend de vous une réponse brève, de forme libre…

http://interludephilo.wordpress.com/2012/03/05/quest-ce-qui-nexiste-pas/

Il y en a qui disent que le progrès n’existe pas : tout va plus mal qu’avant, disent-ils.

Il y en a qui disent que Dieu n’existe pas : je ne l’ai jamais rencontré, disent-ils.

Il y en a qui disent que l’amour n’existe pas : ce n’est qu’une question de chimie, disent-ils.

Il y en a même qui disent que la Belgique n’existe pas…

F comme Francis, mon coiffeur philosophe

Deux fois déjà j’avais tenté de joindre mon coiffeur philosophe au téléphone pour prendre rendez-vous. Il y avait urgence, comme chaque fois que je me décide enfin à former son numéro: j’avais les cheveux dans les yeux et qui partaient dans tous les sens, un peu comme ceci

coiffeur

Je commençais à me dire qu’il était probablement parti faire sa cure de soleil égyptien, comme chaque hiver (j’en ai parlé ici: F comme Francis, mon coiffeur philosophe ) quand à la troisième tentative, Madame décroche.

– Ah ça n’ira pas! me dit-elle. Il vient d’être opéré à la hanche et il devra révalider pendant au moins six semaines…

Six semaines, ça me faisait encore un bon centimètre et demi en plus, à ce train-là je pourrais me faire des couettes façon Sheila.

– Vous ne pourriez pas me conseiller quelqu’un? ai-je demandé à Madame.

Alors elle m’a envoyée chez une collègue dont elle n’a pas peur qu’elle lui piquera sa clientèle.

J’ai eu droit à une coupe de cheveux meilleur marché que chez mon Francis et à une conversation météorologique.

Pleine de neige, de gel et de rendez-vous annulés, mais exempte de toute philosophie.

D’où, très probablement, cette différence de prix… Langue tirée