L comme litanie

Saint Anatole
Ouvrez les écoles

Saint Lombard
Ouvrez les bars

Saint Laurent
Ouvrez les restaurants

Sainte Cléopâtre
Ouvrez les théâtres

Saint Corbières
Ouvrez les frontières

Saint Cochléaire
Organisez des concerts

Saint Plougastel
Offrez-nous des hôtels

Sainte Clémence
Donnez-nous des vacances

Sainte Marie
Faites qu’elles soient infinies

Litanie des confinés, d’après la Litanie des écoliers, de Maurice Carême.

T comme traduire

L’équilibriste

Une enfance entière
à jouer l’équilibriste
Le long des trottoirs
sans se douter
que la vie restant
consisterait à avancer
au beau milieu
des larges allées
qui longent le vide

Thomas Vinau, sur son blog, le 16 février

Vous qui passez régulièrement, vous savez qu’il a déjà été question quelques fois de Thomas Vinau et des envies qui prennent l’Adrienne de traduire ses poèmes.

Cette fois elle s’y est prise bien à temps pour demander et recevoir l’autorisation de le faire.

Et pour être tout à fait honnête, ce n’était pas une question de temps.

C’est une question d’audace 😉

Bref, elle a enfin osé demander et voici ce que ça donne en néerlandais:

De koorddanser

Een volle kindertijd
Koorddanser spelen
Langs de voetpaden
Zonder te vermoeden
Dat de rest van het leven
Eruit zou bestaan
Voort te gaan
Te midden van brede paden
Langs de afgrond.

C comme Carl

Une autre chose qui aurait dû avoir lieu le 2 février, c’est la rencontre à Bruxelles de deux poètes que l’Adrienne aime beaucoup, le Français Thomas Vinau et le Belge Carl Norac.

Mais comme nous tous, au lieu de se voir « en vrai » ils ont dû avoir recours aux joies d’internet, et comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus, c’est un exercice assez neuf pour eux aussi.

Mais c’est chouette à voir et à entendre, si on a une heure de repassage, de pause ou d’envie, tout simplement 🙂

Merci à eux et aux Midis de la Poésie!

***

Poème pour l’enfant au bord d’une page

La poésie fait son nid d’une main à peine ouverte,
elle peut suivre les lignes de la paume
et aussi vivre  dans un poing.
Elle est ce souffle inattendu qui patientait en toi,
ce temps posé sur l’instant, mais qui dure.
Si tu veux la dresser, change de livre,
délaisse les gens qui veulent la définir.
Elle aura toujours le coup d’aile d’avance
de l’oiseau quand tu veux l’attraper.

Un poème ne t’attend pas.
Il est là, même où tu l’ignores.
Il ne se veut pas forcément plus brillant
qu’une bruine qui s’amuse ou un soleil qui tombe.
Un poème ne fait pas pousser les fleurs :
c’est une parole entre deux lèvres
qui ne sauvera peut-être pas la Terre,
mais qui s’entendra,
se fendra d’un aveu, d’un amour, d’un combat.
Elle chantera encore quand d’autres s’agenouillent
ou s’enfuient devant la foule des bras tendus.

Aujourd’hui, tu vas écrire, me confies-tu.
Alors, vas-y, jette-toi dans la beauté.
Au bout d’une page, ou de quelques vers,
il y a parfois le début d’un univers.
Je te regarde : ce matin, tu te sens si poème
que tu crois pouvoir toucher,
pour dire le monde,
l’infini d’une seconde.

Carl Norac, source ici.

D comme dédale

Vous connaissez Jean-Pierre Duprey?

Ce nom ne disait rien à l’Adrienne quand elle a été happée par une citation d’un de ses poèmes, trouvée dans un livre de Hubert Haddad:

« Moi, je me mystère, je me mystère…
M’expliquant à la forêt, aux arbres en creux, aux oiseaux vides, hurlant avec la peau du loup dont je rêve les dents…
 »

C’est le genre de petites phrases qui donne très envie à l’Adrienne de se mettre à les traduire.

Hélas, comment traduit-on le surréalisme?

« Ik, ik mysterie mezelf, mysterie mezelf…
Leg me uit aan het woud, aan de holle bomen, aan de lege vogels, huilend met de wolvenhuid wiens tanden ik droom…« 

Quelqu’un s’y est essayé en anglais, et on peut se demander pourquoi – délibérément – le traducteur a enlevé tous les doubles fonds, les jeux de mots et autres connotations:

« I mystify, I mystify myself…
Explaining the situation to the forest, to the dugout trees, to the stuffed birds, howling, wearing wolf skin, that skin whose teeth have come to me in a dream…
 » (source ici)

***

Dans la vidéo ci-dessus, l’intéressant témoignage du frère de l’auteur. Et beaucoup d’autres.
Quelques poèmes à lire ici.

E comme Etc-iste

 photo (c) Marc Chatelain

Connaissez-vous Thomas Vinau?

L’Adrienne est fan depuis des années, fan de ses poèmes et visiteuse assidue de son blog, Etc-iste.

Et c’est ce texte publié le 3 novembre qui l’a définitivement incitée à vous parler de lui:

Je tiens la main à nos terreurs 
le temps coule sur nos joues
que devrais-je faire aujourd’hui
la fatigue nous tient debout

La suite à lire ici vu que je n’ai pas eu le temps de demander à l’auteur la permission de copier-coller 🙂

D comme défini

DSCI7278 (3)
Temps défini
Il est bon que parfois la vie
nous dépouille de tout.
Dans l’obscurité les yeux apprennent
à y voir plus clair.
Quand la solitude est le vide intense
du corps et des mains,
il y a des chemins ouverts sur le plus profond
et sur le plus distant.
Dans le silence les voix aimées
renouvellent doucement leurs mots
et les murs veillent sur le bruit infini
des pas absents.
Les lèvres qui avant furent
lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
la grandeur
de la chanson rebelle et angoissée.
Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
un son de pluie. (…)
(Trad: Colo)

Tiempo definido, Maruja Vieira

Está bien que la vida de vez en cuando
nos despoje de todo.
En la oscuridad los ojos aprenden
a ver más claramente.
Cuando la soledad es el vacío intenso
del cuerpo y de las manos,
hay caminos abiertos hacia lo más profundo
y hacia lo más distante.
En el silencio las amadas voces
renuevan dulcemente sus palabras
y los muros custodian el rumor infinito
de los ausentes pasos.
Los labios que antes fueran
sitio de amor en las calladas tardes
aprenden la grandeza
de la canción rebelde y angustiada.
Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
un repique de lluvia (…)

Bepaalde tijd – Maruja Vieira
Het is goed dat het leven af en toe
Ons van alles ontdoet.
In het donker leren de ogen
klaarder te zien.
Als de eenzaamheid de grote leegte is
van lichaam en handen,
zijn er open wegen naar meer diepgang
en naar de verte.
In de stilte hernieuwen zachtjes
de geliefde stemmen hun woorden
en de muren bewaren het eindeloze geluid
van de afwezige stappen.
De lippen die vroeger plek van liefde waren
in de stille avonden
leren de grootsheid
van het rebelse en angstig lied.
Er hangt een wind boven de hoge bomen,
en de regen tokkelt (…)
traduction de l’Adrienne – merci Colo!
photo prise à l’école année 2018-2019

Adrienne parle aux objets

Vous l’aurez remarqué, ce qui fleurit le mieux, c’est l’humour au temps du corona et c’est très bien. 

Une des petites phrases rencontrées au tout début du confinement disait que parler aux objets, quand on est seul à être confiné, c’est tout à fait normal.

Que ça ne devient inquiétant que si les objets vous répondent.

L’Adrienne parle aux objets depuis toujours. Ça commence même dès le matin, comme dans ce poème de Paul Van Ostaijen, Marc groet ‘s morgens de dingen (Le matin, Marc dit bonjour aux choses) que tous les petits enfants apprennent par cœur à l’école.

En tout cas les petits enfants du temps où l’Adrienne l’était 😉

Dag ventje met de fiets op de vaas met de bloem

ploem ploem
dag stoel naast de tafel
dag brood op de tafel
dag visserke-vis met de pijp
en
dag visserke-vis met de pet
pet en pijp
van het visserke-vis
goeiendag
Daa-ag vis
dag lieve vis
dag klein visselijn mijn
Par bonheur, jusqu’à présent, aucun objet ne lui a répondu 🙂
***

source de l’image ici et des vidéos d’humour belge au temps du corona à voir ici:

https://www.rtbf.be/embed/m?id=2617291&autoplay=0

merci à Joe Krapov pour sa consigne: Les objets confinés se confient

C’est entendu, vous êtes confiné·e chez vous. Mais vous n’êtes pas seul·e. Tous les objets qui vous entourent le sont eux aussi et depuis plus longtemps que vous. Faites-les parler ! Que peuvent nous raconter votre réfrigérateur, le fétiche arumbaya à l’oreille cassée offert par votre oncle Augustin, le miroir magique, le canapé ou la pendule du salon, l’étagère à rouleaux de papier hygiénique (non, quand même pas !) à propos de votre maison, de leur propre vie et de votre tournage en rond « sous leurs yeux » ? Objets inanimés, avez vous donc une âme ? La réponse, cette semaine, sera définitivement « oui »!

 

Z comme zwemmen

2019-01-01 (3)

Ne demandez pas à l’Adrienne comment il se fait qu’elle n’aille plus jamais nager, alors qu’elle aime tant ça. Elle ne le sait pas elle-même.

Oui, elle aime énormément l’eau et l’autre jour, en lisant ce poème, elle a tout à fait reconnu la plupart des sentiments évoqués: 

Een zwemmer is een ruiter

Zwemmen is losbandig slapen in spartelend water,
is liefhebben met elke nog bruikbare porie,
is eindeloos vrij zijn en inwendig zegevieren.

En zwemmen is de eenzaamheid betasten met vingers,
is met armen en benen aloude geheimen vertellen
aan het altijd allesbegrijpende water.

Ik moet bekennen dat ik gek ben van water.
Want in het water adem ik water
word ik een schepper die zijn schepping omhelst,
en in het water kan men nooit geheel alleen zijn
en toch nog eenzaam blijven.

Zwemmen is een beetje bijna heilig zijn.

Paul Snoek, Hercules. Gedichten, Brussel, Manteau (1960)

Le nageur est un cavalier

La natation est un sommeil libertin dans l’eau qui barbote,
c’est aimer par chaque pore encore actif,
c’est être infiniment libre et triompher à l’intérieur de soi.

Nager c’est tâter la solitude avec les doigts,
c’est raconter avec les bras et les jambes des secrets d’autrefois
à l’eau qui comprend toujours tout.

Je dois avouer que j’adore l’eau.
Dans l’eau je respire eau
je deviens un créateur qui embrasse sa création,
dans l’eau on n’est jamais tout à fait seul
tout en étant solitaire.

Nager a presque une petite odeur de sainteté.

Paul Snoek (traduction de l’Adrienne)

***

photo prise en Islande, hiver 18-19, au Blue Lagoon, fermé aussi en ce moment pour les raisons que l’on sait 😉

E comme enchifrené

Le poème de John McCrae

– Faut pas exagérer, râle le Major. Ce n’est pas parce que j’ai la voix un peu enrouée qu’il faut me regarder de cet air soupçonneux!

Il oublie que lui qui est habituellement si truculent et plein d’anecdotes savoureuses, s’exprime en ce moment par borborygmes et a constamment la larme à l’œil.

– Et puis c’est à cause de tout ce cirque, aussi! grogne-t-il en montrant les enfants venus fort nombreux d’Outre-Manche, tous avec leur poppy épinglé sur leur uniforme scolaire.
Tous sages et recueillis.

Pour rien au monde le Major n’avouerait son émotion, qu’il ira tout à l’heure noyer dans une bonne bière belge.

Une Mort subite, par exemple.

(vous aurez compris, chers lecteurs, que la tentation est trop forte et qu’il fallait la placer, celle-là 🙂 )

***

photo d’illustration ci-dessus prise sur le site du musée d’Ypres In Flanders Fields

Image illustrative de l’article In Flanders Fields

Par John McCrae — Scan of McCrea’s In Flanders fields and other poems, obtained from archive.org, converted to PNG and B&W, slight rotation, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9677477

Le poème a paru en décembre 1915 et a été écrit suite à la deuxième bataille d’Ypres, au printemps de 1915, là où pour la première fois les Allemands ont utilisé l’arme chimique. L’inspiration directe en est probablement la mort d’un ami de l’auteur, le 2 mai 1915.
John McCrea n’a pas survécu à la guerre non plus, il est décédé en janvier 1918.

In Flanders Fields (Dans les champs de Flandre – traduction de l’Adrienne) 

Dans les champs de Flandre poussent les coquelicots
Entre des rangs et des rangs de croix
Qui marquent notre place; et dans le ciel
Les alouettes volent, et continuent de chanter courageusement
Alors qu’on les entend à peine, en bas au milieu des canons.

Nous sommes les morts. Il y a quelques jours
Nous vivions, sentions l’aurore, voyions le soleil couchant,
Aimions et étions aimés et maintenant nous gisons
Dans les champs de Flandre.

Reprenez notre combat avec l’ennemi:
De nos mains qui faiblissent nous vous remettons
Le flambeau; qu’il soit vôtre, et portez-le bien haut.
Si vous manquez à votre parole envers nous qui mourons
Nous n’aurons pas de repos, même si poussent les coquelicots
Dans les champs de Flandre.

***

écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: truculent – exagérer – anecdote – borborygme – tentation – cirque – coquelicot

Merci Olivia!