P comme proverbe

« De aanhouder wint« , se dit l’Adrienne en rentrant chez elle toute contente.

Le proverbe néerlandais signifie que le gagnant est celui qui persévère.
Et de la persévérance, il en a fallu!
Pendant plus de sept ans 🙂

Voici les faits: dans la rue de l’Adrienne habite un Vlaamse Leeuw qui a apparemment très mal pris, au moment où elle est venue s’installer dans sa maison-en-ville, qu’elle refuse d’adhérer à son club de surveillance du quartier.

Or, comme il habite quelques maisons plus loin, que tous deux passent beaucoup à pied, qu’il prend souvent l’air à sa porte ou qu’il promène son chien, ils sont amenés à se croiser presque chaque jour.

Chaque fois l’Adrienne le salue, chaque fois il reste de marbre.
Au point qu’elle a failli se décourager.
Au bout de sept ans.

Et puis miracle, mercredi dernier, allez savoir pourquoi, il soulève un coin de sa bouche en réponse à son bonjour.

ça doit être sa façon de sourire.

L’Adrienne en tout cas trouve que l’événement vaut la peine d’être raconté 😉

***

En illustration pour Lazuli Biloba si elle passe par ici, la photo du yakushimanum qui fleurissait ponctuellement à chacun de mes anniversaires, dans le jardin d’autrefois 😉

Le rapport?

Son petit nom est Grumpy 🙂

22 rencontres (17 bis)

6b2f8-4073319178-2

Maintenant que les pharmacies vous offrent une carte de fidélité comme un vulgaire magasin à grande surface, que tous vos précédents achats se retrouvent répertoriés dans leur ordi ainsi que vos données personnelles les plus intimes, vous vous demandez si vous avez bien le droit de changer de fournisseur de pilules. 

Parce qu’au départ, il y a bien longtemps, vous aviez choisi le lieu pour sa pharmacienne, qui était une toute jeune ancienne élève venant de s’installer. Vous vous disiez qu’il fallait encourager les jeunes, surtout si c’étaient des anciens élèves, et vous y êtes devenue cliente. Non pas une de ces clientes qui rapportent gros, même si vele kleintjes maken een groot – et c’est évidemment tant mieux pour vous.

Au fil de quelques années, la pharmacie est passée de mains en mains et Madame ne sait plus très bien pourquoi elle y reste fidèle, alors qu’une demi-douzaine d’autres dans sa ville sont désormais tenues par des anciens élèves.

Alors mercredi dernier, Madame a poussé une porte différente et offert sa mince clientèle à A* et S*, les plus charmantes pharmaciennes du pays 🙂

Et croyez-le: ça fait du bien de retrouver leur sourire 🙂

*** 

vele kleintjes maken een groot, littéralement ‘beaucoup de petits font un grand’, l’équivalent des petits ruisseaux qui font les grandes rivières.

C comme concombre

– Tu sais bien que je ne supporte pas les concombres, dit Pierre avec humeur en essayant d’éliminer les éclaboussures de gazpacho sur sa cravate en soie.

Énervé. Il est énervé. En face de lui, Muanza mange avec son air de recueillement habituel. La nourriture, c’est sacré et on ne parle pas en mangeant. S’il avait été de la famille, on aurait dit qu’on y reconnaît bien la signature du grand-père, qui fermait boutique à midi pile et mangeait religieusement sa soupe à midi deux. Juste le temps de se laver les mains.

– En plus, j’ai vu qu’il n’y a plus de somnifères, j’ai pris le dernier hier soir, ajoute-t-il comme s’il y avait un rapport avec le gazpacho.

Sur sa belle cravate, les motifs lilas ont pris des teintes pourpres et à force de tirer dessus, le noeud est complètement emberlificoté.

– Et pendant que j’étais au travail, demande-t-il de manière insidieuse, vous avez fait quoi, tous les deux ?

En voyant la réaction de Marie, il se rend compte qu’il se montre bêtement jaloux, mais tant pis, c’est fait, c’est dit. Sa cravate en soie est foutue et son humeur aussi, définitivement.

Muanza n’a pas besoin de comprendre le néerlandais pour savoir que la conversation tourne mal. Il prend garde de ne pas relever la tête de son assiette et gratte consciencieusement les plus petites cavités déjà vides de son demi-tourteau.

“Mieux vaut déraper avec le pied qu’avec la langue”, comme disait sa grand-mère.

***

Ecrit pour Ecriture créative avec les mots imposés suivants:

concombre – éclaboussure – recueillement – signature – boutique – somnifère – pourpre – emberlificoter – insidieux – cavité

Les mots peuvent être utilisés au pluriel comme au singulier, et les verbes conjugués ou non. Je les ai gardés dans l’ordre.

T comme temps

2017-10-10 (1).JPG

Dans la liste il manque le mot temps tongue-out 

Or, « Temps perdu ne se rattrape pas »… 

L’Adrienne le sait très bien 

Elle a été élevée à coups de proverbes. 

DSCI5711.JPG

« Chaque chose en son temps » 

Le temps d’un casse-croûte au soleil d’octobre 

avec quelques-uns des chéris de Madame 

DSCI5723.JPG

« Il y a un temps pour tout » 

Certainement! 

Mais tout demande du temps 

Et il est bien ennuyeux  

d’être privée de clavier 

tongue-out

22 rencontres (18)

Appelons-la Claudine, puisque déjà à 16 ans, quand Madame l’avait en classe, c’était une gamine délurée, à l’esprit vif et au franc-parler faussement naïf. 

Mardi soir, Madame est allée l’écouter avec intérêt et ravissement: la petite Claudine a donné raison une fois de plus au proverbe flamand qui dit que le meilleur garde-chasse est l’ancien braconnier (1) 

Elle fait aujourd’hui du « coaching » d’élèves et leur apprend à apprendre. 

Bref, en voyant que Madame s’était dérangée pour venir l’écouter, elle a joué à l’élève stressée avant de faire un exposé évalué par son prof (2) et s’est – comme à peu près chaque ancien élève – étonnée que Madame fasse encore la classe. 

C’est que quand on a 16 ou 17 ans et le prof pas encore 25, on le considère tout de même comme un vieux tongue-out  et trente ans plus tard on se rend compte avec stupeur qu’on est des contemporains. 

prof,école,élève

(1) Stropers zijn de beste boswachters

(2) déjà à 16 ans elle était une excellente actrice dans les pièces qu’on montait à l’école cool

Adrienne est un âne

La bonne personne qui t’en parle au bon moment, et hop! tu es repartie pour un tour, alors que tu t’étais juré qu’on ne t’y prendrait plus. 

« Een ezel stoot zich geen tweemaal aan dezelfde steen », dit le proverbe en néerlandais, « un âne ne se cogne pas deux fois à la même pierre », autrement dit: si tu te laisses prendre deux fois, tu es plus bête qu’un âne. 

Il y a quelques années, je m’étais engagée dans une action « panier de légumes bio », pour un prix fixe le fermier bio du coin proposait un petit assortiment. Les inconvénients étaient nombreux – pas de choix, parfois c’est trop ou trop peu ou pas intéressant ou pas ce qui était annoncé ou pas de la fort belle qualité – bref au bout d’un an j’avais décroché et juré que (etc. voir plus haut) 

Il y a un mois, sous l’impulsion d’une gentille ancienne élève, je me suis réengagée pour un nouveau panier bio. 

Autre fournisseur et mêmes désagréments mais au prix fort: j’avais cinq petites pièces pour 13,50 €, c’est-à-dire le double de ce que ces mêmes légumes, même en bio, m’auraient coûté au supermarché. 

expert,vie quotidienne,élève

vous voulez que je vous dise? 

c’est du BROL!

M comme medèn ágan

Quand l’été dernier l’Adrienne a annoncé à l’amie Lutgart qu’elle passerait à un mi-temps dès la rentrée, celle-ci a applaudi en helléniste: 

– Μηδὲν ἄγαν! 

« Rien de trop », traduction littérale, ou « Point trop n’en faut », comme dit le proverbe en français, et « Qui trop embrasse mal étreint » (la mère de l’Adrienne ADORE ce proverbe). Bref: garder la juste mesure en toute chose. 

Car s’il est une étiquette qui colle fâcheusement à l’Adrienne, c’est qu’elle « en fait trop ». 

Or, que lit-elle hier soir dans son magazine préféré? Exactement le même message, mais délivré comme une nouveauté made in Sweden, une panacée scandinave, une sagesse suédoise appelée lagom et qui dit exactement ce que disaient les Anciens: cherchez le juste milieu en toute chose. 

Point trop n’en faut. 

DSCI4318.JPG

Ce n’est pas cette buveuse d’absinthe qui dira le contraire 

tongue-out 

tableau de Léon Spilliaert 
photographié au MSK de Gand
samedi dernier

 

 

W comme wonder

« De wonderen zijn de wereld nog niet uit » (1) 

s’est dit l’Adrienne 

quand après une troisième injonction en douze mois 

elle a fini par recevoir cette réponse: 

« Les armoires de cuisine seront livrées et installées le 10 novembre » 

maart 2013 (3).JPG

(1) parfois un miracle arrive 

(et les « trous » dans la cuisine vont finir par se remplir) 

alleluia 

cool

Y comme y a de la joie

Il y a toutes sortes d’émotions dans les souvenirs d’enfance évoqués par les élèves. La joie, la tristesse, la fierté, les regrets.

Toutes les émotions, tous les défauts humains aussi.

Est-ce pour faire bonne mesure ou est-ce pour la touche d’humour? Chaque petite histoire pourrait illustrer l’adage « On est toujours puni par où l’on pèche ».  

La gourmande est prise en flagrant délit, la bouche pleine de « pralines ».
La curieuse est tombée dans l’étang où elle voulait admirer les poissons.
Le désobéissant est resté bloqué dans l’ascenseur qu’il avait élu comme terrain de jeux.

Demain, l’élève qui un jour a fait brûler sa peluche préférée, raté complètement le petit déjeuner d’anniversaire préparé pour maman, perdu ses parents dans la foule en Allemagne, fait souffrir sa grande sœur, qui s’est fait chouchouter par une amie à qui elle avait fait croire qu’elle avait le bras cassé ou s’est ouvert la lèvre en tombant dans la cour… tous ceux-là reçoivent leur bulletin de fin d’année.

Avec de nouvelles émotions de toutes sortes, joie, tristesse, fierté regrets.

Et pour certains encore une fois la preuve qu' »on est toujours puni par où l’on pèche. » tongue-out 

30 juni (2) - kopie.JPG

Madame et ses collègues voient les vacances s’approcher…

cool 

La plus drôle, c’est celle-ci:

« Finalement, mon père a été d’accord pour qu’on ait un chien et c’est lui qui a choisi le nom. Il l’a appelé JP parce que son patron s’appelle Jean-Pierre alors ça l’amuse beaucoup de crier sur le chien. »

22! se dit l’ours

Vaut-il mieux être l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours?

Ou être l’ours qui a vu l’homme?

Il me semble que l’ours, s’il veut sauver sa peau, préférera l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours.

***

Vous connaissez tous le proverbe : « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ». Or, en cette rentrée littéraire, a été publié un livre de Joy Sorman intitulé : « La peau de l’ours ».
Nous vous proposons de laisser votre imagination vagabonder sur cette « peau d’ours », en prose ou en vers.

http://www.impromptuslitteraires.fr