Question existentielle

– Non mais c’est quoi, ce délire! Cinq jours à Ibiza? Et puis quoi encore!

Cindy fréquentait depuis quelques mois un site de rencontres et ne manquait pas de faire profiter Mme de B*** de ses discours enflammés.

– Non mais franchement! Sous prétexte que j’ai mis sur mon profil que j’aime danser! Faut bien y mettre quelque chose, hein? Mais j’ai deux gosses, moi. Il est loin le temps où je passais les nuits du samedi à faire monter le thermomètre des petits mecs avec mon regard de braise – ici elle essaie le regard langoureux sous la frange – et mes déhanchements de déesse…

Ce qu’elle illustre en se trémoussant avec le tuyau de l’aspirateur.

– Je ne doute pas que vous ayez suscité des passions, fait Mme de B***, dont le subjonctif dément les paroles.

– Envoûtés qu’ils étaient, oh oui! Et puis j’ai quand même choisi le mauvais mec…

Elle tousse.
Mme de B*** se retient de dire, comme souvent:  » Vous devriez arrêter de fumer, ma petite Cindy ».
Au lieu de quoi, elle se soulève de son siège et déclare:

– Je vais aller m’installer à l’ombre sur la terrasse. Un peu de fraîcheur me fera du bien après vos histoires torrides.

Elle s’évente avec le magazine qu’elle lira au calme, puis ne se retenant plus:

– Mais dites-moi, vous en avez déjà trouvé beaucoup, comme ça, sur internet?

***

écrit en réponse à la question 18, Vous en avez trouvé beaucoup? et avec les mots imposés par Les Plumes d’Émilie : REGARD – DELIRE – PASSION – DANSER – SAMEDI – NUIT – THERMOMETRE – TOUSSER – OMBRE – FRAICHEUR – ENVOUTER – ENFLAMMER – EVENTER.

Le groupe de danseuses est une sculpture photographiée à la BRAFA il y a quelques années.

7 questions

Si tu appelles ton restaurant vietnamien Le cyclo-pousse, pourra-t-on te reprocher ton esprit colonialiste?
Et si tu n’engages que des serveuses aux yeux bridés?

Si le prof de gym demande aux filles de faire le poirier, est-il un voyeur?
Et s’il les aide en leur tenant les mollets, est-il un pédophile?

Si j’aime ce bruit étrange et beau, vibrant et unique, profond et sensible, qui sort du violoncelle de Yo-Yo Ma, suis-je élitiste?
Ou pédante?

Et si j’ai des envies d’île déserte, suis-je misanthrope?

Au fond, dit Edward Albee, on n’aime pas le bonheur. On tricote soi-même son désespoir, on se donne un mal pour ça ! (1)

***

écrit pour L’Agenda ironique de mai d’après les consignes de Laurence: intégrer au texte la citation « Un bruit étrange et beau » ainsi que les trois mots suivants: cyclo-pousse – île – poirier.

Merci Laurence!

***

(1) in Délicate balance, trad. Matthieu Galey, Éd. Robert Laffont

X c’est l’inconnu

Photo de Expect Best sur Pexels.com

Avez-vous déjà pensé à émigrer? demande le journaliste à l’auteur Stefan Hertmans.

Ce à quoi il répond: « Zeer geregeld. Wat rest er van onze vriendelijkheid en onze social skills? In Nederland en Frankrijk maakt men grapjes in de wachtrij bij de bakker. In Vlaanderen staart ieder voor zich uit. » Très souvent. Que reste-t-il de notre amabilité et de nos compétences sociales? Aux Pays-Bas et en France, on raconte des blagues en faisant la queue chez le boulanger. En Flandre, chacun regarde devant soi.

C’est même pas vrai! s’insurge l’Adrienne.

Qui jouit de la conversation amicale chaque fois qu’elle fait la queue quelque part dans sa petite ville.

Ou qui est la première à lancer une blague, comme l’autre jour chez le libraire-marchand de journaux.

Il faut dire qu’il y avait un début d’énervement dans la longue queue quand elle est arrivée: une vieille dame était venue échanger un bon-cadeau contre un livre dont elle ne connaissait ni le titre ni le nom de l’auteur 😉

– J’aurais peut-être le temps de faire un aller-retour jusque chez moi pour tondre ma pelouse, a réagi l’homme devant l’Adrienne après qu’elle avait lancé la première vanne.

Bref, ça a bien rigolé.

***

Non mais hé ho, Stefan!
Viens donc migrer dans ma Flandre à moi, ici c’est déjà un peu le Suuuud 🙂

Dernière fois?

photo qui n’a rien à voir 🙂

Chaque année à la même époque, l’Adrienne exprime le même wishful thinking: pourvu que ce soit la dernière fois qu’on passe à l’heure d’été!

Un souhait qui semblait devenir de plus en plus réalisable, vu que désormais chacun s’accorde à dire que les raisons pour lesquelles ce changement d’heure avait été décidé, à l’époque, s’avèrent totalement infondées et qu’au contraire même, c’est néfaste pour l’environnement comme pour l’humain.

Bref, l’Adrienne adhère totalement à l’Alliance internationale pour une heure naturelle 🙂

***

ah oui! le blog vient d’entrer dans l’âge bête, il a eu 13 ans le 28 mars dernier – et non, aucun rapport avec la photo, les vaches sont des animaux intelligents 🙂

Question existentielle

Elle parle.
Elle parle.
Elle se plaint.

Des restrictions dans son quotidien.
De la fermeté des mesures.
Des sacrifices à faire.
Des compromis nécessaires.

Puis elle demande « et toi, comment tu vas? ».

Mais on peut tout de suite avaler sa réponse parce qu’elle enchaîne sans l’attendre.

Sur sa voisine hystérique « qui ne fait attention à rien ».
Sur ces papiers à remplir pour chaque petite sortie.
Sur le romarin qui a fleuri dans le jardin de son fils.
Sur la crème au chocolat qu’elle a mangée.

Et que la mode n’est plus aux vestes cintrées alors que ce sont précisément celles-là qu’elle a emportées.

Expliquez-moi: quelle est donc l’utilité du téléphone?

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: utilité – restriction – fermeté – hystérique – couchette – papier – avaler – romarin – compromis – sacrifice – cintrer – crème + le thème: téléphone.

Qu’est-ce que c’est que ça?

Ça ne fait que quelques centimètres, c’est en ivoire, et la photo a été prise au musée des Beaux-Arts de Tournai.

Si vous savez ce que c’est ou si vous avez envie de proposer la solution du schmilblick, allez-y!

Vous n’aurez la réponse que lundi parce que l’Adrienne est partie complètement à l’est du pays avec sac au dos et sans PC 😉

Bon week-end à vous tous!

Question existentielle

Cartoon van de dag - juni 2013 - De Standaard

Wat gaat u doen…? Qu’allez-vous faire pour les milliers de gens qui travaillent dans le secteur culturel et qui n’ont d’autre choix que de rester chez eux à attendre que le rideau tombe définitivement? Qu’allez-vous faire pour les millions de gens qui craignent de devoir se passer encore longtemps des productions culturelles qu’ils aiment voir et entendre, parce qu’elles donnent de la couleur à leur quotidien? 

Wat gaat u doen voor de duizenden werknemers die hun brood verdienen met cultuur en die geen enkele andere keuze hebben dan thuis te zitten wachten tot het doek valt? Wat gaat u doen voor de miljoenen toeschouwers, luisteraars en lezers die nu al vrezen – en wie weet voor hoe lang – dat ze het zonder de culturele producties en evenementen, die hun dagelijks leven kleur geven, moeten doen?

C’est la question posée dans la lettre ouverte en bas de laquelle trois cents noms du secteur culturel belge ont mis leur signature.

Datée du 11 mai, elle n’a cependant pas été entendue par le gouvernement.
Pas de compensations.
Pas de perspectives.
Pas un mot pour tous ces gens qui nous sont essentiels.

Pour ceux que ça intéresse, Le Vif y a consacré un article le 14 mai.

***

Dessin humoristique de Lectrr:
– Papa, c’est quoi, des Primitifs flamands?
– Des gens qui économisent sur la culture, chérie.

Question existentielle

Peut-on avoir deux langues maternelles? demandait le titre de l’article.

Ben, évidemment! s’exclame l’Adrienne.

Mais rares sont ceux qui sont d’accord avec elle sur ce point, alors elle a lu et écouté… et s’est trouvée fort satisfaite des réponses données par la chercheuse universitaire 🙂

Le bilinguisme, explique-t-elle, peut être le résultat d’une éducation dès le berceau par deux parents parlant une langue différente. Il peut aussi survenir plus tard, si la langue de l’école n’est pas celle de la maison, par exemple.

Parfois les deux langues seront à égalité parfaite – on maîtrisera aussi bien l’une que l’autre – parfois l’une des deux sera plus dominante: tout dépendra de nombreuses circonstances. Selon toute logique, la langue dominante sera celle à laquelle on a été le plus confronté. 

Est-ce positif ou négatif?
Absolument positif, puisque tous les tests ont démontré qu’une éducation bilingue est un excellent entraînement pour le cerveau, qu’elle rend meilleur en raisonnement abstrait (et qu’elle permet de repousser l’oncle Alzheimer ;-))

Madame s’est donc empressée d’envoyer la vidéo à des anciens élèves élevant leurs enfants dans le bilinguisme et qui sont souvent pleins de doutes sur le sujet 🙂

***

pour ceux qui maîtrisent le néerlandais, encore un bon article ici de nos voisins du dessus 😉

Il n’est jamais trop tard pour apprendre une langue, même après 75 ans, concluent-ils 🙂

M comme mystère(s)

DSCI8293

Une photo proposée à votre sagacité 🙂
Quel est cet objet mystère avec vue sur le ciel?

Et puis un autre mystère, bien plus mystérieux encore, c’est la question de savoir pourquoi les gens de nombreux pays – à commencer par l’Australie mais les USA et la Grande-Bretagne ont suivi – se sont rués sur le papier toilette, ont dévalisé les rayons des magasins et se sont même battus pour en remplir leur caddie…

Du papier WC, c’est vraiment la dernière chose à laquelle l’Adrienne aurait pensé, surtout que chez soi, on a au minimum un lavabo et donc tout le loisir de sortir bien propre d’une visite aux ‘cabinets’

La question a été posée au professeur Dimitrios Tsivrikos (University College London), un spécialiste du comportement. Il explique qu’en cas de stress, de panique, d’incertitude, dus au manque d’info et aux messages contradictoires véhiculés, on entre dans un cercle vicieux qui nous rend de plus en plus irrationnels.

On va alors essayer de reprendre le contrôle (ce qu’il appelle entrer en « survival modus ») en achetant de quoi tenir le coup au moins deux mois. On va au supermarché, on voit des rayons qui se vident – le personnel n’a pas le temps de réapprovisionner – on voit ce que les autres achètent, on voit les grands paquets de papier WC – grand volume, petit prix – ça a quelque chose de rassurant par sa taille et sa durée.

On en remplit son caddie.
Parce que c’est grand, rassurant et pas cher.
Et comme on est en mode irrationnel, on va jusqu’à se battre pour avoir le dernier.