L comme liberté, j’écris ton nom

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C’est le thème de la semaine de la poésie, la liberté. Tous les profs de néerlandais ont fait participer leurs élèves, qui ont écrit de fort jolies choses, souvent drôles, spirituelles, sensées ou vécues. 

Vrijheid.

Puis un midi une élève arrive complètement bouleversée au bureau des coordinatrices.

En état de choc.

Pendant la pause, son père l’a vue passer dans la rue, alors qu’elle allait s’acheter un pain garni. Or elle n’était pas seule: il y avait des garçons. Hé oui, nous sommes une école mixte, ce monsieur devrait le savoir. Mais il s’est mis à vociférer, à traiter sa fille de ‘sale pute’ et à lui promettre la punition qu’elle mérite quand elle rentrerait, ce soir-là.

C’est ainsi que Madame a appris que cette jeune fille reçoit des coups.
Que sa mère reçoit des coups.
Que sa sœur reçoit des coups.

Alors vous comprenez, avec une urgence comme celle-là, et aussi quelques autres, Madame n’a pas eu le temps de répondre aux commentaires, ces derniers jours.

N comme nondidjou!

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C’était mercredi soir. Le téléphone sonne. L’Adrienne décroche, se disant que c’est probablement sa mère.

– Bonsoir, c’est Iris, pour un travail de fin d’année j’aimerais vous poser quelques questions.

A ce moment-là, bien sûr, l’Adrienne redevient Madame et coopère avec la gentille étudiante.

– J’aimerais savoir dans quoi vous trouvez la consolation en cas de deuil…  

Voilà un bien curieux hasard, se dit l’Adrienne, qui se trouve précisément à la veille d’un enterrement. Qui pense tout de suite à F***, dont depuis dix ans rien ne la console. A ses grands-parents. A son père. 

Bref, la fine mouche à l’autre bout du fil a tôt fait de mener la conversation sur les chemins du Seigneur…

– Ce n’est pas pour un travail de fin d’études, lui dit l’Adrienne un peu fâchée de s’être fait avoir pendant cinq bonnes minutes, c’est pour me convertir que vous m’appelez!

– Oui, répond la prénommée Iris, qui ne peut tout de même pas mentir jusqu’au bout.

Sa religion devrait en tout cas le lui interdire.

F comme fou de dieu

Ça commence comme un péplum: 

Cela se passe en Corinthe, en Grèce, vers l’an 50 après Jésus-Christ – mais personne, bien sûr, ne se doute alors qu’il vit « après Jésus-Christ ». Au début, on voit arriver un prédicateur itinérant qui ouvre un modeste atelier de tisserand. Sans bouger de derrière son métier, celui qu’on appellera plus tard saint Paul file sa toile et, de proche en proche, l’étend sur toute la ville. Chauve, barbu, terrassé par de brusques attaques d’une maladie mystérieuse, il raconte d’une voix basse et insinuante l’histoire d’un prophète crucifié vingt ans plus tôt en Judée. 

Emmanuel Carrère, Le Royaume, P.O.L. 2014, p.12 

Vous voyez le décor? le personnage? Le film commence… 

Mais en fait, ça ne commence pas comme un péplum. Ça commence, comme tous les livres de Carrère depuis de nombreuses années, par un « je » qui prend beaucoup de place dans l’histoire racontée. Qui pousse son ego jusqu’à nous livrer les choses les plus intimes – comme sa façon de faire jouir une femme ou quelle sorte de films porno il aime regarder. Qui se plaît à répéter qu’il est un nanti et une intelligence supérieure, deux choses qui lui rendront « la porte étroite ». 

Or, cette porte, il n’a pas à s’en préoccuper, puisqu’il ne cesse de dire qu’il n’a pas la foi. Et le « Je ne sais pas » sur lequel se termine le livre à la page 630 (oui, c’est un gros pavé tongue-out) n’est pas sa réponse à une question existentielle ou ontologique, mais une réaffirmation de ce qu’il est comme être humain, à ses propres yeux: 

Ce livre que j’achève là, je l’ai écrit […] encombré de ce que je suis: un intelligent, un riche, un homme d’en haut […] 

et la réponse à la question qu’il se pose comme écrivain: ai-je été fidèle au jeune homme que j’ai été et à la foi que j’ai eue à un moment de ma vie? 

Bref, ce gros pavé mélange érudition, invention et égotisme, dans un bon dosage qui fait qu’on tourne allègrement les pages en ayant l’impression qu’on est près, très près de ce qui s’est réellement passé aux débuts du christianisme. 

A l’issue de cette lecture, je me suis demandé ce qu’en pensaient les exégètes et autres biblistes et à mon grand étonnement, mis à part quelques réserves sur les parties « inventées », les « trous de l’histoire » comblés par l’imaginaire de l’auteur, la critique catholique est presque unanimement élogieuse. 

Sans doute parce que ce livre est un merveilleux cours de catéchisme et que Carrère a bien pris soin de ne rien écrire qui puisse heurter ceux qui ont la foi. 

Evidemment, vu qu’il est intelligent tongue-out 

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résumé, lecture en ligne, bio, biblio et toutes les infos possibles sur le site de l’éditeur P.O.L. 

des résumés de critiques ici

et beaucoup d’avis de lecteurs ici

 

G comme Gotlib

Dimanche dernier, j’étais tranquillement chez moi à tapoter l’ordi quand la nouvelle est arrivée sur le blog de Pierre Maury. Il titrait: « Gotlib, fini de rire. » 

Ça a tout de suite jeté un froid et j’aurais bien aimé me réchauffer aux vieux albums Pilote, avec sa Rubrique-à-brac, sa coccinelle, ce bon vieux Newton, et tous les autres délirants personnages. 

Malheureusement, mon frère habite à 850 kilomètres.

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source Télérama 13-03-2014

site officiel

Les 7 oeuvres de miséricorde

« Connaissez-vous les 7 oeuvres de miséricorde? » nous demande la formatrice.

Et nous voilà tous à réfléchir, petit groupe de profs et coordinateurs venus des quatre coins de la Flandre pour participer à une session intitulée « activerende werkvormen » (1). Et en effet, nous étions tout de suite très actifs et commencions à énumérer:

– Donner à manger à ceux qui ont faim, commença quelqu’un.
– Donner à boire à ceux qui ont soif, dis-je en l’honneur de mon grand-père qui aimait répéter, quand il nous servait du vin, « de dorstigen lessen is een werk van barmhartigheid« . (2)
– Vêtir ceux qui sont nus…
– Soigner les malades…

La formatrice comptait sur ses doigts en souriant à nos efforts de mémoire:

– En voilà déjà quatre, dit-elle pour nous encourager à continuer à remuer nos souvenirs.
– Rendre visite aux prisonniers, dis-je, parce que cette petite phrase de l’évangile de Mathieu m’a toujours intriguée et j’ai déjà envisagé de suivre son injonction Clin d'œil

Puis comme plus rien ne venait et que tout profs que nous étions, nous commencions à nous comporter comme des élèves dissipés et à rigoler entre nous (« Plus personne ne connaît ça de nos jours hahaha » – « ça date de mon catéchisme, ça fait loin hahaha »), la formatrice nous donna les deux réponses manquantes:

– Ensevelir les morts…
– Ah oui, bien sûr!
– Et accueillir l’étranger…

Silence dans la classe…

– Ne trouverz-vous pas bizarre, conclut-elle, que ce soit précisément celui-là qu’on ait oublié?

 ***

(1) méthode pour rendre tous les élèves « actifs » en classe
(2) Abreuver les assoiffés est une oeuvre de miséricorde

B comme bouddhisme

La lecture de mon journal m’apporte quotidiennement son lot de surprises. Ainsi par exemple, le week-end dernier s’affichait un titre qui a tout de suite attiré mon attention:

Dalai lama wil misschien niet reïncarneren

Ce qui veut dire: le Dalaï lama ne veut peut-être pas se réincarner.

Je ne sais pas où vous en êtes avec la connaissance du bouddhisme tibétain, mais personnellement j’ai été fort étonnée d’apprendre que la réincarnation est un choix:

« Reïncarnatie moet een vrijwillige keuze blijven, van de persoon in kwestie » (1) a-t-il déclaré.

Autre sujet de ma stupéfaction: il sait qu’il vivra encore 14 ans, car il a également dit ceci:

« Pas als ik 90 jaar ben, zal ik andere leiders en aanhangers van het Tibetaanse boeddhisme raadplegen » (2)

***

No comment. Je me retire sur la pointe des pieds, ne sachant trop que penser, et vous laisse le lien vers l’articulet. Il paraît que ces choses peuvent être lues sur son site personnel. Je suis trop perplexe pour réfléchir Incertain

http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=GO43G5BHQ&_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=middagmail

***

(1) « La réincarnation doit rester un choix que la personne concernée fait de son plein gré »

(2) « Ce n’est que quand j’aurai atteint l’âge de 90 ans que je consulterai d’autres responsables et fidèles du bouddhisme tibétain. »

Question existentielle

Proférer des imprécations contre Dieu, est-ce un acte de foi?

Je poserai la question autrement:

Peut-on dire qu’on ne croit pas en Dieu et en même temps être parfois très fâché(e) contre lui?

***

Je sais, chers lecteurs, chères lectrices, je ne raconte que des bêtises aujourd’hui…

et ça le jour de la Saint-Léon!

C’est un comble Clin d'œil