P comme petite pomme

Le testament français

Encore enfant, je devinais que ce sourire très singulier représentait pour chaque femme une étrange petite victoire. Oui, une éphémère revanche sur les espoirs déçus, sur la grossièreté des hommes, sur la rareté des choses belles et vraies dans ce monde. Si j’avais su le dire, à l’époque, j’aurais appelé cette façon de sourire « féminité »… Mais ma langue était alors trop concrète. Je me contentais d’examiner, dans nos albums de photos, les visages féminins et de retrouver ce reflet de beauté sur certains d’entre eux.

Car ces femmes savaient que pour être belles, il fallait, quelques secondes avant que le flash ne les aveugle, prononcer ces mystérieuses syllabes françaises dont peu connaissaient le sens: » pe-tite-pomme… » Comme par enchantement, la bouche, au lieu de s’étirer dans une béatitude enjouée ou de se crisper dans un rictus anxieux, formait ce gracieux arrondi. Le visage tout entier en demeurait transfiguré. Les sourcils s’arquaient légèrement, l’ovale des joues s’allongeait. On disait  » petite pomme », et l’ombre d’une douceur lointaine et rêveuse voilait le regard, affinait les traits, laissait planer sur le cliché la lumière tamisée des jours anciens.

Andreï Makine, Le testament français, Mercure de France, 1995, p.13 (incipit)

Mesdames, vous savez ce qui vous reste à faire pour vos prochaines photos 😉

***

source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici et premières pages à lire ici.

O comme oriflamme

Quand l’Adrienne quitte un couple d’amis vendredi soir, ils l’accompagnent jusqu’à la rue, la voiture, la boite aux lettres. 

L’ami attend un paquet, dit-il. Avec impatience.

L’Adrienne rigole, tu l’auras bien à temps, ton anniversaire n’est que le 20.

Ah mais c’est que justement, ce n’est pas pour son anniversaire, le paquet aurait dû arriver pour la fête des Pères, donc le 10. Or, il n’est toujours pas là et plusieurs fois par jour, l’ami va vérifier sa boite aux lettres, comme si ça faisait avancer plus vite son schmilblick.

L’Adrienne ne demande rien mais on finit par le lui dire: l’ami attend un drapeau.

Russe.

Parce que lui, à l’occasion du Mondial, ne va pas pavoiser aux couleurs belges, mais au blanc-bleu-rouge horizontal.

Il envisage même l’installation d’un mât.

Promis, vous aurez la photo 🙂

M comme Masereel

A travers toute son oeuvre, Frans Masereel a fait preuve d’un regard critique sur son époque et d’un indéfectible pacifisme. Son engagement est aussi celui d’un homme qui a toujours voulu rester positif: il montre de la confiance en l’avenir du genre humain, malgré tout. 

Le Mu.ZEE d’Ostende lui consacre une expo qui a comme titre « la résistance en images »

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Je vous montre d’abord cette gravure sur bois, « Le voyageur » (1922) parce qu’elle symbolise bien ce qu’il a beaucoup fait dans sa vie, voyager pour aller voir ailleurs par lui-même comment les choses s’y passent ou pour se mettre en sécurité, vu ses activités antinazies. 

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« Amerika » (1922)
Il fait deux voyages en URSS  

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Char et église, 1935-36

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Moscou, maisons anciennes et nouveaux buildings, 1935 

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Ouvriers de chemin de fer en Russie, 1935-36, qui me font penser aux ‘moujiks’ dans le Général Dourakine, de la comtesse de Ségur wink

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Le Front populaire, 1936

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illustration pour le texte de Jules Laforgue (cliquer pour voir en grand) 

L’expo se termine sur la grande fresque qu’il a réalisée pour l’Exposition universelle à Paris (1937) dans laquelle il exprime – un peu à la manière des affiches russes – sa foi en l’avenir: « La famille en lecture » le fait entrer dans la compagnie de ceux qui croient que l’art, la culture, la connaissance sont indispensables au genre humain, donc aussi à l’ouvrier. 

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partie centrale du tableau

M comme Made in Belgium

Chaque mardi après la classe, elle vient chez Madame pour s’entraîner un peu à parler le français, qui pour elle n’est pas une langue seconde, mais la cinquième ou la sixième: elle connaît mieux l’ingouche, le russe, le néerlandais, l’anglais et l’allemand.  

Moi, dit-elle, je suis Russe. Mais mon pays, c’est la Belgique. 

Voilà qui fait réfléchir Madame. 

Elle est née en Ingouchie, que ses parents ont dû fuir peu après sa naissance. Les Ingouches, surtout depuis Staline, n’ont que des problèmes avec leur « mère patrie » et avec leurs voisins tchétchènes ou ossètes. 

Je me sens Russe mais je ne veux pas retourner en Russie, dit-elle. Mon pays c’est la Belgique. 

Si tu devais faire un clip promotionnel pour la Belgique, lui demande Madame, qu’est-ce que tu montrerais? 

Elle aura la réponse mardi prochain. 

Ce ne sera sûrement pas M comme Magritte – car oui, il était prévu qu’aujourd’hui elle vous parle enfin de l’expo Magritte qu’elle a vue à Beaubourg – ni les moules, le Manneken Pis, Merckx ou la mer du Nord. 

Elle est impatiente d’avoir la réponse… 

https://player.vimeo.com/video/197759892

Made in Belgium from Global Movie Production on Vimeo.

K comme kopeck

L’Adrienne n’ira sans doute jamais en Russie parce qu’elle est persuadée qu’il faut connaître la langue pour apprécier le pays et rencontrer ses habitants. Or, elle ne connaît que trois ou quatre mots de russe, grâce à la comtesse de Ségur: dourak, kopeck, isba, moujik. Autrement dit, des mots en réponse desquels on risque plus l’insulte que les félicitations tongue-out 

« Je la remerciai, et je pris de toute la vitesse de mes jambes le chemin que cette bonne fille m’avait indiqué. Je courus pendant plusieurs heures, me croyant toujours poursuivi. Mon voyage devint de plus en plus périlleux à mesure que j’approchais du centre de la Russie. J’osais à peine acheter du pain pour soutenir ma misérable existence, quand me trouvai près de Smolensk, dans les bois de votre excellent oncle, dont j’ignorais le séjour dans le pays ; je n’avais rien pris depuis deux jours et je n’avais plus un kopeck pour acheter un morceau de pain. Il y avait près d’un an que j’avais quitté Ékatérininski-Zavod, un an que j’errais inquiet et tremblant, un an que je priais Dieu de terminer mes souffrances. Elles ont trouvé une heureuse fin, grâce à la généreuse hospitalité de votre bon oncle, grâce à votre bonté à tous, dont je garderai un souvenir reconnaissant jusqu’au dernier jour de mon existence. »

Le général Dourakine, en ligne ici

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merci à l’ancienne collègue de ma mère qui m’a offert sa collection de livres de la comtesse dans cette édition Hachette des années 1930 illustrée par A. Pécoud. 

Pour ceux qui voudraient s’initier aux insultes russes, le mot « dourak » et quelques autres ici.

X c’est l’inconnu

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http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-398/

Chaque lundi après-midi, j’attends Wladimir sur le banc au bord de la Néva, sur la route de Novossaratovka. J’apporte cinq ou six livres et lui un sac de jute dans lequel il a entassé toutes les bonnes choses que sa fille lui apporte le dimanche. Boulettes au cumin, brioche aux myrtilles, koulibiac, pierogi, gâteau au fromage blanc, je ne sais jamais ce qu’il en sortira.

En échange, Wladimir ne sait pas non plus à quels extraits littéraires je vais le faire goûter. Généralement, je ne le sais pas moi-même jusqu’à la dernière minute.

Il étale sa pelisse sur le banc, je lui fais la lecture, nous cassons la croûte, il m’offre ce qui reste avant de rentrer chez lui, sa canne bien tendue devant ses pieds.

On pourrait dire que c’est elle qui connaît la route jusqu’à son appartement, deux cents mètres plus loin.

K comme Kazachstan

Natalyia est à Rome depuis longtemps mais en dehors de son trajet de métro quotidien, elle est perdue.

Le vendredi, jour de la grève du métro et des bus, elle me demande si elle peut m’accompagner à pied. Elle a peur de se perdre.

Chaque matin, à la question du prof: « Qu’avez-vous fait hier après les cours? » elle répond la même chose: « Rien de spécial. Je suis retournée à la maison. »

Elle loge chez des amis italiens.

– Pourquoi tu t’exprimes si peu en classe? je lui demande pendant qu’on fait nos cinq kilomètres à pied.
– Tous ces sujets ne m’intéressent pas, dit-elle. La culture, la musique, le cinéma, les livres…

Je n’ai pas insisté. Ce jour-là, nous avions parlé de l’immigration, elle n’avait pas ouvert la bouche non plus et pourtant la discussion avait été rude. La Russe Irina et la Polonaise Paula s’étaient exprimées très violemment contre tous ces immigrés qui avaient, selon elles, envahi l’Europe.

– Je suis allée à Londres, dit Irina, et l’Angleterre n’est plus l’Angleterre!

Ce qui m’a semblé un peu risible. D’abord parce qu’à l’âge qu’elle a – pas 25 ans – avec quelle Angleterre peut-elle comparer? Et si celle qu’elle a vue ne correspondait pas à l’idée qu’elle s’en faisait, ne serait-ce pas plutôt dû aux clichés qu’elle avait en tête? Qu’a-t-elle donc vu, à Londres, sinon une ville cosmopolite?

Mais le plus comique, c’est qu’Irina elle-même veut émigrer: elle brigue un poste de professeur dans une université européenne.

Elle apportera donc une touche slave dans la belle (mono)culture du pays où elle s’établira Langue tirée

***

Alors avec Natalyia, sur le chemin du retour, nous avons parlé des steppes et du pétrole de son pays, le Kazakhstan. Où elle aimerait devenir prof d’italien.

Mais sans la culture, les livres, la musique, le cinéma… et toutes ces choses qui ne l’intéressent pas Cool

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kazakhstan

mercoledì (3) - kopie.JPG

la Feltrinelli sur le Largo Torre Argentina, où vendredi après-midi entre 15.00 et 17.00 h j’ai lu Io e te, un chouette petit livre de Niccolò Ammaniti, le dos bien calé dans un bon fauteuil à dossier droit Sourire http://www.lepoint.fr/cinema/bertolucci-fidele-a-ammaniti-24-05-2012-1464781_35.php

H comme hasard

Les hasards de la Toile m’ont fait arriver ce matin sur le site de l’Institut polonais de Paris où je suis tombée en arrêt devant le nom de Marcel Proust.

Encore lui, me direz-vous, ce n’est pas « h comme hasard » mais « h comme hantise » Langue tirée

Vous me comprendrez peut-être quand vous aurez lu ceci (que j’ai repris du site, voir le lien au-dessous):

Après la déportation par les Russes de quatre mille officiers polonais dans le camp de Starobielsk, d’octobre 1939 jusqu’au printemps 1940, quatre cents d’entre eux furent déplacés à Griaziowietz : ils furent les seuls à échapper au massacre de Katyn.
Afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, ils imaginèrent de se donner mutuellement des cours ou des conférences.
Tandis que d’autres parlaient d’histoire, de science ou d’alpinisme, Joseph Czapski fit une série d’exposés sur la littérature française. Comme une mise en abyme, la remémoration de La Recherche du temps perdu par un prisonnier de guerre gravement malade, sans livres ni documents à sa disposition, est elle-même une véritable création, et d’autant plus que Czapski n’est ni philosophe (il s’en excuse) ni critique professionnel (il en surclasse plus d’un…), mais lecteur et artiste, qui met en valeur la nouveauté de la phrase et de la forme proustienne, tout en ramenant son théâtre prodigieux à la filiation de Saint-Simon et de Balzac.

Un lecteur qui n’a jamais lu Proust découvrira, dans ce livre miraculeusement arraché à la déchéance, un chemin tracé vers un auteur qu’on a dit, à tort, réservé aux élites ou entaché de snobisme mondain.
Livre à la fois émouvant et pénétrant, Proust contre la déchéance est constitué de causeries improvisées entre 1941 et 1942 par le peintre polonais Joseph Czapski, devant ses camarades prisonniers du camp soviétique de Griaziowietz.

PROUST CONTRE LA DÉCHÉANCE, Joseph Czapski, Editions Noir sur Blanc                                           
16 € / 150 pages

http://www.institutpolonais.fr/#/event/380

Et voici un extrait du livre, dont justement Florizelle parle aussi ce matin, et que j’ai trouvé chez elle (voir le lien à côté, Le Divan Fumoir Bohémien:

« Dans une petite salle bondée, chacun de nous parlait de ce dont il se souvenait le mieux. Je vois encore mes camarades entassés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine. Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée, aux murs de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prisonniers polonais, après une journée entière passée dans la neige et le froid, écoutaient avec un intérêt intense l’histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes psychologiques précieuses et de beauté littéraire.

La joie de participer à un effort intellectuel qui nous donnait une preuve que nous sommes encore capables de penser et de réagir à des choses de l’esprit n’ayant rien de ocmmun avec notre réalité d’alors nous colorait en rose ces heures passées dans la grande salle à manger de l’ex-couvent, cette étrange école buissonnière où nous revivions un monde qui nous semblait alors perdu pour nous pour toujours. « 

***

Alors qu’irais-je me faire du souci pour une pelouse pas tondue, des corniches à nettoyer, des dossiers à mettre en ordre et du temps qui manque pour tout?

litterature,hasard,les joies de l'internet

 

P comme Perec

Sur l’invitation de Coumarine… en brun, les citations de Perec, en noir, mes variations sur ses thèmes. Chez Perec, rien de vraiment très intime ni personnel, chez moi… euh… Sourire

(2) Je me souviens que quand j’avais sept ou huit ans, ma tante avait une Mercedes décapotable bleu ciel et que je m’étonnais qu’on veuille donner de l’argent pour une voiture qui n’avait que deux places. 

(4) Je me souviens qu’en 1990 nous avons emmené nos amis roumains voir les fêtes au Heysel à l’occasion des 60 ans (et des 40 ans de règne) du roi Baudouin et qu’il faisait un temps magnifique.

(42) Je me souviens qu’en 1968 je confondais le « Rideau de Fer » avec la « Barrière de Fer », qui était de l’autre côté de la ville où j’habitais, de sorte que je m’attendais à voir des chars russes en allant à la boucherie de l’oncle Marcel, le samedi suivant.

54 Je me souviens que Voltaire est l’anagramme de Arouet L(e) J(eune) en écrivant V au lieu de U et I au lieu de J.

(87) Je me souviens que mon père nous a dit un jour qu’il avait eu dans son enfance la toute première édition de Tintin au pays des Soviets mais qu’il l’avait prêtée à un ami qui ne la lui avait jamais rendue.

(95) Je me souviens que dans les films américains de mon enfance, tout le monde parlait le français, les cow-boys comme les indiens, et que je ne m’en suis étonnée que le jour où j’ai vu un western doublé en allemand. 

(101) Je me souviens des matchs de tennis auxquels on assistait à la mer avec mon oncle qui était tout émoustillé à l’idée de rencontrer Jacky Brichant.

105 Je me souviens de « Bébé Cadum ».

(101) Je me souviens que mon père avait un cousin Paul qui avait de splendides moustaches.

112 Je me souviens que Colette était membre de l’Académie royale de Belgique.

123 Je me souviens que la violoniste Ginette Neveu est morte dans le même avion que Marcel Cerdan.

(125) Je me souviens que je me demandais ce que c’était que cette tache sur le front de Gorbatchev.

(138) Je me souviens que nous avons vu passer une étape du Tour, lors de vacances en France, et que des gens criaient « Allez Eddy » comme des hystériques.

(145) Je me souviens que j’ai vu le Bal des Sirènes avec Esther Williams et que je me suis demandé comment elle faisait pour pouvoir rester si longtemps sous l’eau sans respirer.

152 Je me souviens que Warren Beatty est le petit frère de Shirley McLaine.

(161) Je me souviens que mon grand-père ne ratait aucun film avec Mireille Darc parce qu’il était sûr que tôt ou tard elle s’y promènerait à poil.

(167) Je me souviens qu’on chantait « Only you » avec les Platters et « Gigi l’Amoroso » avec Dalila.

(177) Je me souviens que nos profs nous parlaient au moins une fois par an du Spoutnik alors qu’on n’était même pas nées lors de son lancement.

(187) Je me souviens qu’à 18 ou 19 ans mon frère était tellement fan de Patrick Dewaere qu’il s’était fait permanenter pour avoir des bouclettes et qu’il s’était laissé pousser le même genre de moustaches.

196 Je me souviens que Marina Vlady est la sœur d’Odile Versois.

210 Je me souviens que Fausto Coppi avait une amie que l’on appelait « la Dame blanche »

(211) Je me souviens que j’avais douze ans quand j’ai découvert le Nutella chez une amie. Chez nous c’étaient de grands pots de Kwatta, bien moins chers, mais sans noisettes.

(230) Je me souviens que mon père racontait qu’à la fin de la guerre, une balle allemande avait fait voler en éclats la vitre de la chapellerie familiale.

(242) Je me souviens qu’il me racontait aussi qu’en mai 1940, alors que toute la famille était fin prête pour partir en exode, son père avait brusquement changé d’avis et décidé de rester: mon père en avait été fort déçu, il avait déjà son sac au dos avec le saucisson pour le pique-nique.

(259) Je me souviens que Charles de Gaulle a été pour moi un nom de rue avant d’être celui d’un homme politique.

265 Je me souviens de Lee Harvey Oswald.

(282) Je me souviens que Maurice Chevalier chantait en roulant les R et que je ne comprenais pas pourquoi, vu qu’il n’était pas Flamand.

(291) Je me souviens que quand il était petit , mon frère aimait les films de Jerry Lewis et Dean Martin, et encore plus ceux avec les Charlots.

(301) Je me souviens que Sidney Bechet jouait Petite Fleur.

313 Je me souviens de Bourvil.
Je me souviens d’un sketch de Bourvil dans lequel il répétait plusieurs fois en conclusion de chaque paragraphe de sa pseudo-conférence: « L’alcool,non, l’eau ferrugineuse, oui! »

(329) Je me souviens que dans Le Ménage de Caroline (Michel de Ghelderode) je jouais le rôle de Colombine mais que mes parents ne s’étaient même pas dérangés pour venir me voir.

(346) Je me souviens que des Provençaux avaient dit à mon père que le meilleur pastis était le Casanis, donc pour lui c’était « un Casanis, sinon rien ».

(363) Je me souviens du film de Kubrick, A Clockwork Orange, qui m’a causé des cauchemars pendant de longues années.

(364) Je me souviens de ma joie quand une amie de ma mère m’avait offert toute sa collection de la Comtesse de Ségur.

(382) Je me souviens des peintures d’Emile Claus qui avaient été exposées à Ostende.

(416) Je me souviens que les meilleurs amis de mes parents avaient une « Peugeot » et que je me demandais où ça allait finir parce qu’à chaque nouvel achat le chiffre augmentait: 304, 404, 504… mais alors ils sont passés à Mazda.

(451) Je me souviens d’Orson Welles quand il dit « Rosebud… » dans le film Citizen Kane.

469 Je me souviens de Brigitte Bardot quand elle chantait Sidonie a plus d’un amant, Moi je ne crains personne en Harley-Davidson ou La fin de l’été

A la demande de l’auteur, l’éditeur a laissé à la suite de cet ouvrage quelques pages blanches sur lesquelles le lecteur pourra noter les « Je me souviens » que la lecture de ceux-ci aura, espérons-le, suscités.