O comme oligocène

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Oui, c’est magique!

Ce que vous croyez être une sculpture moderne est en réalité une « gogotte« , c’est-à-dire « une concrétion gréseuse qui allie fortuitement quartz et calcium. Sa forme onirique, qui paraît empruntée à l’art contemporain, est due en réalité à l’érosion naturelle du sol au fil des millénaires. Œuvre minéralogique, chaque gogotte revêt une forme unique, quasi mystique, qui ouvre l’imaginaire individuel à des interprétations infinies.
Réputé pour sa pureté et sa finesse depuis le XVIIe siècle, le sable de Fontainebleau donne à la gogotte son aspect porcelainé. » (fin de citation d’Alain R. Truong)

Celle exposée à la Brafa est énorme et en lisant l’étiquette on a un instant de doute: gogotte? 30 millions d’années? est-ce une blague?

Non, ce n’en est pas une: voilà une sculpture « naturelle » qui nous renvoie en direct à l’oligocène.

Si ça vous intéresse, vous pouvez aller voir ici ou ici à quoi la faune et la flore ressemblaient il y a 30 millions d’années.

D’homme il n’était point encore question 🙂

Photo prise le 2 février à la Brafa, au stand Theatrum Mundi, qui propose un cabinet de curiosités pour le 21e siècle. 

G comme Girls!

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– Combien, ces danseuses? demande la vieille dame d’un air hautain.

Le prix énoncé ne semble pas l’émouvoir. Il s’agit pourtant d’une somme qui permettrait largement d’acquérir et de meubler quatre ou cinq maisons comme celle de l’Adrienne, une pour chaque Girl, en quelque sorte.

L’oeuvre n’est pas datée de manière précise, on estime qu’elle a été réalisée vers 1930. Par un spécialiste du genre, un artiste d’origine roumaine dont l’Adrienne n’avait jamais entendu parler, Demetre (Dumitru, en roumain) Chiparus (1886-1947).

On pourrait objecter que toutes ses danseuses – celles de la photo mais aussi les autres – se ressemblent. Qu’il est répétitif.

Mais il n’empêche que ces statuettes dégagent beaucoup de charme. Et que si elles ne coûtaient pas quatre ou cinq maisons, on les verrait bien sur le meuble de grand-mère Adrienne. Vu qu’il date de la même époque.

Ou sur le manteau de cheminée. Made in 1922 🙂

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photo prise à la Brafa le 2 février 2019, Les Girls, Demetre Chiparus.

F comme Folon

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La valise invite au voyage. Elle est ouverte et des oiseaux la traversent.

Liberté. Evasion. 

Juste l’esquisse d’un paysage: dunes de sable? montagnes couvertes de neige? rochers? 

Qu’importe! Ce qui compte, c’est la liberté, l’évasion.

Et voyager léger 🙂

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photo prise à la Brafa – il y a deux ans je vous montrais un autre Folon.

J’aime Folon 🙂

D comme drakkar

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Cette sculpture face à la mer, le long de la Saebraut à Reykjavik, ne s’appelle pas drakkar mais Sólfar, ce qui veut dire – explique le Routard 2018/19 – Voyageur du soleil.

Cette oeuvre en acier inoxydable a été créée par Jón Gunnar Árnason et inaugurée en 1990, plus d’un an après la mort de l’artiste. Il est décédé en avril 89 des suites d’une leucémie. Il était le gagnant du concours, lancé en 1986 à l’occasion du bicentenaire de la ville (1), mais n’a donc pas pu voir son oeuvre in situ.

Et pour donner raison au guide, qui écrit que « c’est le monument le plus photographié de la capitale » (p.95), je l’ai pris en photo sous trois angles différents 🙂

Parce qu’il est bien joli, je trouve.

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Photo prise le 2 janvier entre onze heures et midi, contrairement à ce qu’on pourrait croire en voyant la faible luminosité 😉

(1) on estime que les premiers colons norvégiens sont arrivés dans la zone en 874 mais des découvertes archéologiques ont permis de conclure que des Celtes y étaient déjà installés au siècle précédent. Cependant, la date retenue comme fondatrice de la ville est celle de la charte accordée par la couronne danoise en 1786.
L’histoire du pays est retracée au Musée national d’Islande.

L comme Louise et Xavier

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L’Ostendais Xavier Tricot peut se vanter d’avoir été très ami avec Louise Bourgeois, jusqu’à la mort de celle-ci.

En 2006 il lui a consacré une expo pour son 95e anniversaire, Un salon pour Louise Bourgeois. Il y confrontait des oeuvres de l’artiste franco-américaine à d’autres qu’elle avait choisies, pour ses affinités ou son admiration envers leur auteur.

Au fil de ces longues années d’amitié, Xavier Tricot a ainsi pu collectionner un nombre d’oeuvres de Louise Bourgeois, comme celles avec des messages d’amitié, des questions ‘existentielles’ et autres clins d’œil qu’elle lui envoyait pour ses anniversaires ou avec ses vœux de nouvel an. 

Toutes ces oeuvres ainsi que le reste de sa vaste collection, Xavier Tricot les a léguées au musée de sa ville qui en expose une partie en ce moment aux Venetiaanse Gaanderijen.

L’expo est ouverte jusqu’au 20 janvier 2019 et gratuite mais les photos sont interdites. On m’a permis de prendre celle-ci, où on voit Xavier Tricot dans la maison de James Ensor à Ostende. Elle se trouve en ouverture de l’expo et est l’oeuvre du photographe Henri Cartier-Bresson, comme on peut le voir dans sa dédicace.

F comme fritte

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Dans la salle du Neues Museum qui lui est réservée, la belle princesse s’ennuie.

Qu’on ait interdit de la photographier, passe encore, on la trouve des milliers de fois sur le WWW et dans tellement de livres qu’elle est le visage de femme le plus connu au monde. Juste un peu concurrencée par une mystérieuse Italienne 😉

Mais qu’on interdise à ses admirateurs de parler? de chuchoter? Plus le moindre petit compliment, plus aucune platitude comique, nul émerveillement, plus rien ne traverse l’épaisse paroi de verre.

Silence total, sauf un « chut » sévère de temps en temps de la part de la gardienne, toujours sur le qui-vive, toujours de mauvaise humeur, toujours à taper sur l’épaule d’un contre-venant qui sort son portable pour une discrète photo.

Ses admirateurs ont juste le droit de se remplir les yeux de sa beauté d’une symétrie parfaite, du bleu (poudre de fritte, coloré avec de l’oxyde cuivrique), du vert (fritte en poudre, coloré avec du cuivre et de l’oxyde de fer), du blanc, du noir, du jaune et du rouge clair de sa peau.

source de la photo wikimedia commons

N comme Nel

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Quand il la voit pour la première fois, il a vingt ans. C’est un grand Flamand blond aux yeux bleus, un solide gaillard, à peine sorti de l’atelier de menuiserie de son père pour perfectionner son art à Bruxelles. 

Elle est une petite brune de 16 ans, une francophone de Schaarbeek. Hélène, qu’il appellera Nel et qui sera la femme de sa vie. Ils se marient trois ans plus tard, en 1905, et seule la guerre les séparera. La guerre, puis la mort de Rik, en 1916. 

Ils ont donc droit à une dizaine d’années ensemble, comme mon grand-père et la petite Yvonne. Pour Rik et Nel, ce sont dix intenses années de production artistique et de vie de couple fusionnelle. 

C’est Nel qu’il peint, dessine, sculpte. Nel avec sa « plus jolie robe » – celle qui est à rayures rouges et blanches – ou Nel nue. Nel en pleine activité ménagère – à son repassage, par exemple – ou au repos, lisant le journal. Nel en souriante santé ou alitée et malade. 

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fusain de 1912, Nu au fauteuil d’osier

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aquarelle et encre de Chine, 1915, Le mouillage du linge 

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Nel au chapeau rouge (1909)

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Nel en blouse blanche (La femme en blanc) 

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Femme en noir lisant le journal (1912)

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La malade au châle blanc (1912) 

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Malade au lit (aquarelle sans date)

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trois fois Nel en sculpture

vous avez jusqu’au 2 juillet pour y aller cool