X c’est l’inconnu

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Il y a tout un mur avec des articles de journaux américains qui ont beaucoup fait rire l’Adrienne.

Ceux de 1926 à 1928 relatent les péripéties d’une oeuvre de Brâncuși, L’oiseau dans l’espace, que le douanier avait refusé de considérer comme une oeuvre d’art. Selon lui, c’était une pièce de métal et donc il fallait payer un impôt pour son importation aux USA.

Par exemple, sous le titre Whatever this may be – it is not art on peut lire ceci:

Puzzled by the meaningless sculptures of the Rumanian artist Brancusi, the U.S. customs authorities get the advice of sane American artists and refuse to admit his work free of duty as « art ».

Ce qui donne plus ou moins textuellement:

Déconcertés par les sculptures absurdes de l’artiste roumain Brâncuși, les services douaniers des E.U. qui ont pris l’avis d’artistes américains sensés, ont refusé que son travail soit reconnu comme art et exempté de taxes. 

Ce n’est qu’à l’issue d’un procès et au bout de deux ans que l’artiste a obtenu raison.
Un journal de novembre 1928 déclare:

Futurist sculptor need not pay $4000 duty assessed by sceptical appraiser F.H.Kracke.

Le sculpteur futuriste ne doit pas payer les 4000 $ qui avaient été requis par l’estimateur sceptique, F.H. Kracke.

Voilà un « crack » qui a sa place dans la postérité.

Bien sûr, il est facile de se moquer après coup, et tout le monde n’est pas un visionnaire détecteur de futurs talents.

Il n’y a qu’une Peggy Guggenheim!

***

photo prise à l’expo Brâncuși à Bruxelles (prolongation jusqu’au 2 février) – journal américain de 1913 se moquant de l’art futuriste et cubiste.

D comme dénomination

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Lundi après-midi:

– Et il est où, cet hôtel?
– Dans la Hofstraat.
– Connais pas… ça ne me dit rien…
– C’est une rue qui donne sur les poubelles géantes oranges.
– Ah! c’est là! fait tante Suzanne, avec une moue qui en dit long sur ce qu’elle pense de l’oeuvre d’Arne Quinze.
Comme tant d’autres Ostendais, depuis son installation en 2012…

***

Mardi soir:

– Et il est où, cet hôtel? demande la carissima nipotina.
– Dans la Hofstraat.
– Connais pas… ça ne me dit rien…
– C’est une rue qui donne sur les poubelles géantes oranges.
– Hein! poubelles géantes! rit-elle. Je n’ai encore jamais entendu personne employer ce nom-là pour ces sculptures!
– Peut-être bien, mais je n’en vois pas de meilleur.
La preuve: tu as tout de suite compris de quoi je parlais!

***

Entre ceux qui ont leur appartement juste à cet endroit-là et sont quittes de leur vue sur la mer, ceux qui trouvent ça franchement laid, ceux qui déplorent que la ville ait dépensé 400 000 euro pour ces tas de ferraille, que ça rouille, que la couleur rouge de départ est déjà délavée (la photo date de l’époque ‘rouge orange’, je n’en ai plus pris récemment), que ceux qui y grimpent pour se prendre en photo finiront par avoir un accident et que ça ne peut qu’inciter à jeter ses détritus à terre… à Ostende, le consensus anti-Rock Strangers est grand!

E comme Eustache

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A Saint-Eustache, le transept était visuellement (et malheureusement) barré par une « oeuvre d’art » de l’artiste allemande Evi Keller.

J’ai pris le temps de bien faire le tour de l’intérieur de l’église en attendant qu’il soit deux heures et que s’ouvre l’atelier Brancuși et j’y ai vu « un peu de tout », ce qui fait dire ceci à certains:

« L’architecte y a fait paraître une horrible confusion du Gothique et de l’Antique et a tellement corrompu et massacré l’un et l’autre, pour ainsi dire, que l’on n’y peut rien distinguer de régulier et de supportable ; ce qui fait que l’on doit plaindre avec raison la grande dépense que l’on a faite dans cette Fabrique, sous la conduite du misérable maçon qui en a donné les dessins. »

— G. Brice, Nouvelle description de la ville de Paris5e édition, 1706.

« On voulait appliquer les formes de l’architecture romaine antique, que l’on connaissait mal, au système de construction des églises ogivales, que l’on méprisait sans les comprendre. C’est sous cette inspiration indécise que fut commencée et achevée la grande église de Saint-Eustache de Paris, monument mal conçu, mal construit, amas confus de débris empruntés de tous côtés, sans liaison et sans harmonie ; sorte de squelette gothique revêtu de haillons romains cousus ensemble comme les pièces d’un habit d’arlequin. »

— Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du xie au xvie siècle, 1854-1868.

(source: wikipédia)

Moi je l’ai trouvée naïve et émouvante, à l’image de cette oeuvre-ci, qui s’appelle « Le départ des fruits et légumes du cœur de Paris le 28 février 1969« , de Raymond Mason, et qu’on peut voir dans une des chapelles:

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J’ai essayé avec la présente sculpture de reconstituer, au mieux de mes moyens, cette vision éclatante. Mon oeuvre sera de toute évidence un pauvre substitut de mon émotion devant l’étalage superbe. J’espère au moins qu’elle parlera assez clairement au spectateur qui lit son titre : le départ des fruits et légumes du cœur de Paris pour annoncer cet autre départ, non moins définitif, de ces hommes et ces femmes symbolisées dans mon cortège et dont j’ai parlé plus haut. Un moment de silence. C’est l’homme du Moyen Âge qui s’en va. La “petite légume” de notre espèce ; il sortait de terre et prenait une forme n’importe comment. Mais c’était un homme naturel et il poussait toujours. Nous ne verrons plus pareille tête. Nous ne verrons plus jamais son pareil.

Et puis il y a l’église, une des plus remarquables qui soit, seul témoin des siècles maintenant révolus. Témoin ? Acteur elle-même, et sans doute l’acteur principal. De toute sa hauteur, elle tirait sur ces mille activités et marchandises, leur conférant une étendue grandiose, la dimension essentielle et spirituelle – cela ressenti, serait-ce sourdement, par chaque membre d’une congrégation confuse et grouillante à ses pieds.

Si vous ne me croyez pas, il reste encore une marchande de fruits et légumes adossée contre le mur de la pointe Saint-Eustache. demandez-lui si elle aurait souhaité s’appuyer sur autre chose que ces grosses pierres pendant toutes ses années de nuits froides. Aux Halles nous étions beaucoup plus près de Notre-Dame de Paris que du Ventre de Paris.”

source ici

O comme oligocène

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Oui, c’est magique!

Ce que vous croyez être une sculpture moderne est en réalité une « gogotte« , c’est-à-dire « une concrétion gréseuse qui allie fortuitement quartz et calcium. Sa forme onirique, qui paraît empruntée à l’art contemporain, est due en réalité à l’érosion naturelle du sol au fil des millénaires. Œuvre minéralogique, chaque gogotte revêt une forme unique, quasi mystique, qui ouvre l’imaginaire individuel à des interprétations infinies.
Réputé pour sa pureté et sa finesse depuis le XVIIe siècle, le sable de Fontainebleau donne à la gogotte son aspect porcelainé. » (fin de citation d’Alain R. Truong)

Celle exposée à la Brafa est énorme et en lisant l’étiquette on a un instant de doute: gogotte? 30 millions d’années? est-ce une blague?

Non, ce n’en est pas une: voilà une sculpture « naturelle » qui nous renvoie en direct à l’oligocène.

Si ça vous intéresse, vous pouvez aller voir ici ou ici à quoi la faune et la flore ressemblaient il y a 30 millions d’années.

D’homme il n’était point encore question 🙂

Photo prise le 2 février à la Brafa, au stand Theatrum Mundi, qui propose un cabinet de curiosités pour le 21e siècle. 

G comme Girls!

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– Combien, ces danseuses? demande la vieille dame d’un air hautain.

Le prix énoncé ne semble pas l’émouvoir. Il s’agit pourtant d’une somme qui permettrait largement d’acquérir et de meubler quatre ou cinq maisons comme celle de l’Adrienne, une pour chaque Girl, en quelque sorte.

L’oeuvre n’est pas datée de manière précise, on estime qu’elle a été réalisée vers 1930. Par un spécialiste du genre, un artiste d’origine roumaine dont l’Adrienne n’avait jamais entendu parler, Demetre (Dumitru, en roumain) Chiparus (1886-1947).

On pourrait objecter que toutes ses danseuses – celles de la photo mais aussi les autres – se ressemblent. Qu’il est répétitif.

Mais il n’empêche que ces statuettes dégagent beaucoup de charme. Et que si elles ne coûtaient pas quatre ou cinq maisons, on les verrait bien sur le meuble de grand-mère Adrienne. Vu qu’il date de la même époque.

Ou sur le manteau de cheminée. Made in 1922 🙂

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photo prise à la Brafa le 2 février 2019, Les Girls, Demetre Chiparus.

F comme Folon

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La valise invite au voyage. Elle est ouverte et des oiseaux la traversent.

Liberté. Evasion. 

Juste l’esquisse d’un paysage: dunes de sable? montagnes couvertes de neige? rochers? 

Qu’importe! Ce qui compte, c’est la liberté, l’évasion.

Et voyager léger 🙂

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photo prise à la Brafa – il y a deux ans je vous montrais un autre Folon.

J’aime Folon 🙂

D comme drakkar

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Cette sculpture face à la mer, le long de la Saebraut à Reykjavik, ne s’appelle pas drakkar mais Sólfar, ce qui veut dire – explique le Routard 2018/19 – Voyageur du soleil.

Cette oeuvre en acier inoxydable a été créée par Jón Gunnar Árnason et inaugurée en 1990, plus d’un an après la mort de l’artiste. Il est décédé en avril 89 des suites d’une leucémie. Il était le gagnant du concours, lancé en 1986 à l’occasion du bicentenaire de la ville (1), mais n’a donc pas pu voir son oeuvre in situ.

Et pour donner raison au guide, qui écrit que « c’est le monument le plus photographié de la capitale » (p.95), je l’ai pris en photo sous trois angles différents 🙂

Parce qu’il est bien joli, je trouve.

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Photo prise le 2 janvier entre onze heures et midi, contrairement à ce qu’on pourrait croire en voyant la faible luminosité 😉

(1) on estime que les premiers colons norvégiens sont arrivés dans la zone en 874 mais des découvertes archéologiques ont permis de conclure que des Celtes y étaient déjà installés au siècle précédent. Cependant, la date retenue comme fondatrice de la ville est celle de la charte accordée par la couronne danoise en 1786.
L’histoire du pays est retracée au Musée national d’Islande.