F comme fantaisie

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Ma petite maîtresse – la bougresse –

m’aimait beaucoup – sans licou – au cou.

elle me soignait – du poignet –

me caressait – avec succès.

Quand il faisait mauvais – sans duvet –

et que nous ne pouvions pas sortir – sans pâtir –

elle venait me voir dans mon écurie – sans tilbury –

elle m’apportait du pain – et son calepin – 

de l’herbe fraîche – pour ma crèche – rêche, rêche.

des feuilles de salade – à m’en rendre malade –

des carottes – par pleines bottes –

elle restait avec moi – et son siamois –

longtemps, bien longtemps – son chat mécontent –

elle me parlait – de notre valet – laid, laid.

croyant que je ne la comprenais pas – ni ses appâts –

elle me contait – qu’il la montait!

ses petits chagrins – je suis un bourrin –

quelquefois elle pleurait – aujourd’hui j’en brairais!

***

photo et consignes chez Lakévio:

/…/ Ma petite maîtresse m’aimait beaucoup ; elle me soignait, me caressait. Quand il faisait mauvais et que nous ne pouvions pas sortir, elle venait me voir dans mon écurie ; elle m’apportait du pain, de l’herbe fraîche, des feuilles de salade, des carottes; elle restait avec moi longtemps, bien longtemps; elle me parlait, croyant que je ne la comprenais pas; elle me contait ses petits chagrins, quelquefois elle pleurait. /…/

Voici un court texte de quelques lignes. (Vous aurez reconnu Les Mémoires d’un Ane de notre chère Comtesse de Ségur). Le jeu sera d’en doubler le volume à l’aide d’adjectifs, d’adverbes et de propositions relatives ou subjonctives (qui, que, quoi, dont, où, lequel, duquel, avec laquelle, parce que, pour que, depuis que, pendant que, etc…) Rappelez-vous vos cours de grammaire ! Ben, quoi ? C’est la classe, ici !)

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Première séance

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Eunice serre contre elle son petit sac avec les précieux pourboires. Cet argent si durement gagné et pour lequel il faut sourire à toutes les âneries, accepter les mains baladeuses, supporter les exigences, ramasser les papiers sales entre deux séances.

Eunice est fatiguée. Appuyée contre le mur dont elle sent la moulure de bois lui scier le dos, elle a mal aux pieds. Elle n’aurait pas dû mettre ces escarpins noirs, trop hauts, trop élégants pour ce genre de travail. Elle ne sait pas ce qui lui a pris. Un sursaut d’élégance pour compenser cet uniforme bleu nuit qu’elle trouve si mal seyant?

Eunice ne regarde plus l’écran depuis longtemps. Elle suit les films comme le font les aveugles: les mots, le ton, le bruitage, l’accompagnement musical lui suffisent pour tout comprendre sans rien voir. Là, en ce moment, par exemple, elle sait que les héros en sont arrivés au baiser tant attendu. En gros plan.

Debout sous les lampes qui accentuent sa blondeur dorée, le menton dans la main, Eunice se demande quand viendra son tour de rencontrer l’homme qui lui proposera autre chose que ses mains aux fesses.

Elle ne sait pas que celui qui est là chaque samedi à la première séance ne vient pas pour le film: c’est elle qu’il regarde en silence, sans jamais oser l’aborder.

***

tableau (Edward Hopper, New York Movie, 1939) et consignes chez Lakévio, que je remercie!

T comme terrain d’entente

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Tu verras, tu ne le regretteras pas! C’est exactement ce que tu cherches! La vraie maison de famille, de celles qui se transmettaient autrefois de génération à génération, avec son grenier plein de souvenirs, son cellier, ses hautes fenêtres aux volets de bois, un vrai perron avec des vasques de fleurs, un jardin bien aménagé, avec de grands arbres et une belle allée tout autour… Le rêve!

Et le prix, je t’ai dit le prix, n’est-ce pas que c’est renversant, tout ça pour une somme finalement dérisoire, ça ne se trouve que dans ces coins de province où on ne se rend pas compte de la vraie valeur marchande d’une aussi belle demeure!

Et l’intérieur! Ah! l’intérieur! tout est encore authentique, du sol au plafond! Les tomettes anciennes, les moulures, les boiseries, les baignoires aux pieds de lions, tout je te dis! Moi quand je l’ai vu, j’en suis restée muette! Je te le dis en confiance, faut pas hésiter, téléphone tout de suite au notaire pour lui signifier ton accord. Tu imagines que ça te passe sous le nez?

Non, elle n’imaginait pas. L’affaire a été vite conclue.

Vingt ans bientôt que personne n’en voulait, de cette baraque. Surtout depuis qu’on savait quelles intentions avait la commune concernant les terrains des alentours…

Si tu réussis à la refiler à quelqu’un, avait dit Maître P***, je t’offre 15% sur la vente. Rubis sur l’ongle.

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Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

P comme pentimenti

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C’est un tout petit tableau, il ne fait qu’à peine 22 cm sur 17, son support n’est qu’un simple carton et non une toile, c’est une des premières oeuvres de James Ensor.

Nous sommes en juillet 1876, l’artiste est né en avril 1860, il n’a donc que 16 ans quand il peint cette cabine de plage.

Il me semble qu’on ne peut qu’admirer la maîtrise qu’il a déjà de la lumière et des couleurs du ciel, du sable et de la mer. Si j’avais un appartement à Ostende, c’est ce genre de reproduction que j’accrocherais au mur, et ces couleurs-là que je choisirais pour la déco. Ce en quoi je ne serais sûrement pas très originale 🙂

C’est à propos de cette petite oeuvre que j’ai revu un mot que je n’avais plus entendu depuis longtemps, pentimento, pentimenti au pluriel. Il signifie regret, repentir, remords, dans son sens courant et en peinture il s’emploie pour désigner cette sorte de retouche effectuée par le peintre qui change d’idée en cours de réalisation. On repeint par-dessus le vase, le modèle ou un détail du tableau pour le déplacer, le changer ou le faire disparaître.

Mais bien sûr, pour les amis de Mozart, le mot pentimento ne peut que faire penser au « Pentiti, scellerato! Pentiti!« , repens-toi, scélérat, adressé par le Commandeur à don Giovanni (vers 4’28 »)

O comme ombre et lumière

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C’est ainsi qu’il les aime, jeunes et inexpérimentées, ne se plaignant de rien, trouvant naturelles toutes ses exigences concernant la pose, trop heureuses d’avoir été élues, flattées d’y voir un hommage à leur beauté.

Car belles, elles le sont. Les traits fins, l’œil clair, les cheveux un peu fous dans un savant coiffé décoiffé. Il aime particulièrement le contraste d’une peau très blanche et des cheveux sombres. De l’œil très bleu souligné par une belle arcade sourcilière noire.

Pour celle-ci, il a choisi d’accentuer ce contraste en lui faisant mettre cet ample lainage rouge vif. La pomme à côté semble bien fade mais elle n’est là que pour donner une clé de plus à ceux qui n’auraient pas encore compris qu’elle représente l’Eve éternelle. 

– C’est ta faute aussi, lui dit-il ce soir-là alors qu’elle pleurniche sur le divan de son atelier. Tu n’as qu’à pas être si belle.

***

tableau et consignes chez Lakévio – présenter la femme comme une Eve ne pouvait que me faire penser au dernier en date à n’avoir pas pu « résister à la tentation », l’artiste flamand Jan Fabre.

H comme heureusement!

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C’est mon dernier soir ici et personne ne le sait. Seule maman se doute de quelque chose, elle a encore fouillé mon armoire, mes tiroirs, mon lit. Elle n’a rien trouvé, bien sûr. Heureusement que je la connais bien! Loi numéro 1: ce que tu veux cacher, ne le cache jamais dans ta chambre, c’est là qu’on cherchera! Vu que c’est moi qui suis chargée d’épousseter, il n’y a pas de meilleure planque pour mes sous et mes papiers que le gros buste de Beethoven, sur le piano. Une idée géniale que j’ai eue là! De années que c’est ma cachette-secrète-jamais-découverte!

Mais qu’est-ce qui se passe, ce soir? J’ai beau agiter ma main sous leur nez, faire de grands gestes de théâtre, ni Huguette ni Francine ne remarquent ma bague! Huguette a ce sourire béat et ce regard absent déjà toute la journée, et Francine ne cesse de l’observer en douce, qu’est-ce qu’elle mijote encore? Sait-elle quelque chose que je ne sais pas? C’est énervant, à la fin!

Huguette nous cache quelque chose… Maintenant j’en suis sûre! Maman a raison de se méfier, elle est de trop belle humeur, trop douce, trop complaisante. Et en même temps elle a l’esprit ailleurs, ça se voit. Ah! c’est une sacrée sainte nitouche, notre sœur aînée! Je crois qu’il est temps d’aller voir sous sa cachette secrète. Des années qu’elle pense que le buste de Beethoven est un abri sûr, hahaha! 

***

Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

B comme bonjour!

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Juillet et août semblent éternels

Quand on s’ennuie sur une plage,

Qu’on fait des siestes sous l’ombrelle

Ou qu’on peaufine son bronzage.

Mais quand on change de manuel,

Quand le jardin devient bocage,

Le bureau un souk, un bordel,

L’école le seul paysage,

Au milieu des congés annuels,

Elle frise le surmenage.

***

Dizain en octosyllabes écrit pour le devoir de Lakévio qui demandait des rimes croisées en -el et en -age.

Comme le premier septembre tombait un samedi, c’est ce matin que les petits Belges reprennent le chemin de l’école.