H comme haar

Il y avait comme un air de griserie dans le parc, dimanche matin. Depuis la veille, les terrasses étaient ouvertes et on voyait des gens installés sous les parasols, bien sagement espacés avec un maximum de quatre par table.

D’autres marchaient pressés, un bouquet de fleurs à la main, pour une épouse, une maman.

Bref, un air de fête.

Madame avait décidé de s’offrir un cappuccino à la terrasse d’une ancienne élève que son Bac+5 en sociologie n’avait pas empêchée de se lancer dans la reprise d’un café.
Juste avant la pandémie.
Vous comprenez donc la sympathie de Madame.

Il faisait un temps à lunettes de soleil, aussi se promenait-elle en jupette et sandalettes.
Erreur fatale.

– Tu me reconnais avec le masque? demande-t-elle à Marie, puisque ça fait tout de même une paire d’années qu’elles ne se sont plus vues.
U bent geen haar veranderd! (1) répond-elle.

Ce qui a beaucoup fait rire Madame, parce que si quelque chose a bien changé, ce sont ses cheveux, qui ont cessé d’être courts.

Le cappuccino ressemblait à un latte – avec la pandémie, Marie n’a pas eu l’occasion d’exercer ses talents de barista – mais la conversation était fort agréable.

C’est au moment de payer que Madame a compris que le temps chaud lui avait été fatal: son portefeuille et sa carte de banque étaient restés dans la poche de son manteau.

Par bonheur, il lui restait un billet de 5 €.

Sans cela, le geste de sympathie aurait dû s’appliquer en sens inverse 🙂

***

(1) littéralement, l’expression en néerlandais se traduit par « vous n’avez pas changé d’un cheveu » (haar = cheveu)

Merci à Monsieur le Goût pour ses consignes:

M. Caillebotte n’a pas peint que le pont de l’Europe, la gare Saint Lazare, des « racleurs de parquet » ou les trottoirs parisiens. Non, il a peint aussi de la verdure. Et pas que celle de sa propriété d’Yerres. Je vous soumets cette toile qui me prouve que là où je me suis promené il y a peu était beaucoup plus touffu il y a 150 ans qu’aujourd’hui. Les bancs n’ont cependant pas changé. Que vous dit cette toile ? Un souvenir de parc bien loin de celui-ci apparaît dans ma cervelle noyée dans son habituel « cafouillon » matinal…

V comme vie parisienne

78ème Devoir de Lakevio du Goût

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Quand on vient du Louvre, qu’on s’est baladé dans les Tuileries et qu’on se dirige vers le Petit Palais, on passe forcément par Concorde.

Si pour faire un peu plus court – car le touriste à Paris n’a aucun mal à faire ses dix mille pas par jour – on essaie de traverser la place de la Concorde, au lieu d’en faire tout le tour, on risque sa vie à chaque pas.

Pour ce qui est du trafic, on est mieux à Rome qu’à Paris: non pas qu’il y ait moins de voitures, mais les chauffeurs italiens ont le chic de vous laisser slalomer entre eux sans vous rendre sourds à coups de klaxon ni vous insulter en paroles et en gestes obscènes.

If you go to Rome, do as the Romans do, disait la mère de Muanza.

Ce n’est pas seulement vrai au sens figuré 😉

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne:

Pivoine m’a suggéré cette image. Elle l’a aimée. Je vous la soumets. Comme nombre d’entre nous, elle aime les aquarelles de John Salminen. J’espère qu’après avoir suggéré celle-ci, elle se donnera la peine de nous soumettre à son tour le fruit de ses pensées. Je vous ai quelquefois parlé de cette fontaine. Elle a retenu l’attention de John Salminen, de Pivoine et de votre serviteur qui a déjà tartiné sur le sujet. Mais à vous, que dit-elle ? Quels souvenirs vous rappelle-t-elle ? Racontez à votre tour vos pérégrinations dans le dédale de votre mémoire.

Question existentielle

77 ème Devoir de Lakevio du Goût

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Elle, ce qu’elle aime, ce sont les gens.
Les regarder vivre.
Observer leurs gestes, leurs mimiques.

Mais combien de temps peut-on faire durer un milk-shake à la banane?

Elle craint le moment où toutes les tables seront prises.
Quand le serveur aura cet air pincé pour lui signifier qu’elle abuse. Ou qu’il faut consommer davantage.

Elle, ce qu’elle aime, c’est s’installer à une terrasse pour observer les gens.

Avec du papier et des crayons.

***

Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne:

Elle fait une drôle de tête… Est-elle indécise face au menu ? Est-elle indécise sur la conduite à tenir ? Est-elle triste ou en colère ?
J’espère en savoir plus lundi. À vous de jouer !

Y comme y a pas moyen

74ème Devoir de Lakevio du Goût.

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« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue… »

Non, non ça ne va pas être possible!

Oh mon dieu seigneur, non et non et non!
J’en suis incapable!
Ah mon dieu seigneur mais pourquoi c’est tombé sur moi!

Ainsi se lamentait cette pauvre Suzanne, qui pouvait bien prier et allumer des cierges, ça ne changerait rien: c’est elle qui allait devoir jouer le rôle de Phèdre, pour la représentation de fin d’année scolaire, alors que ce qu’elle aurait voulu, c’est juste faire une toute petite récitation, un tout petit poème, tiens, celui de Verlaine, par exemple, juste quatorze petits vers faciles à retenir et pouvoir vite, vite quitter la scène sur un

« Et qu’il bruit avec un murmure charmant
Le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées ! « 

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne 74:

Que peut donc être en train de faire cette jeune femme, assise à son bureau, peinte par Carl Larsson ? Le savez-vous ? Je le sais parce que je la connais.
Je sais même que ça devrait commencer par :
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ».
Et se terminer sur
« Et qu’il bruit avec un murmure charmant, le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées. »

22 rencontres (17 ter)

73ème devoir de Lakevio du Goût

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Je suis devant un mur, écrit Lynn à Madame. Je ne sais vraiment pas quoi faire. Et ça me stresse terriblement.

– Je comprends, répond Madame.

C’était mardi dernier. Lynn était convoquée pour recevoir la première dose de vaccin le lendemain.

Mais devinez quoi: précisément celui que tous nos pays voisins venaient de mettre ‘on hold‘, par un effet de dominos auquel la Belgique avait préféré ne pas participer.

Ici, on continuerait à l’utiliser.

Lynn, avec qui Madame avait déjà échangé sur le même sujet quelques semaines auparavant, avait dès le départ été difficile à convaincre de se laisser vacciner.
Elle est sur fb à peu près 24 h sur 24 et il est clair qu’on y trouve plus d' »anti » que de « pro »: les complotistes et autres propagandistes y sont infiniment plus actifs que les scientifiques.

– Je suis devant un mur, écrit-elle.

Puis elle raconte à Madame qu’elle élève entièrement seule ses deux petits enfants, alors vous imaginez, si elle devait mourir d’une thrombose?
Elle peut vous citer des exemples lus ici et là, de jeunes femmes de son âge à qui c’est arrivé.

– Je comprends, répond Madame, qui s’en voudrait d’avoir l’air de lui forcer la main.

Mais qui est bien contente quand le lendemain Lynn lui écrit, photo à l’appui:

– Voilà, c’est fait!

Et elle a un grand sourire:

– J’ai pensé, dit-elle en conclusion, que je me sentirais encore plus mal si je ne me faisais pas vacciner.

***

Texte écrit selon la consigne de Monsieur le Goût:

Il me semble que Lakevio a déjà donné cette toile comme sujet de devoir. Mais j’aime ce mur. Je le connais ce mur… Je connais même le trottoir et le caniveau qui le bordent. Et vous ? Si ce mur vous inspire, dites-le lundi…

Le tableau avait déjà servi chez Lakévio, comme on peut le voir ici.

F comme femmes

71ème devoir de Lakevio du Goût.

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C’est bien ma veine!

Juste le week-end de Pentecôte, qu’on est quatre jours à la mer, qu’il fait beau, et tout et tout!

Paf!

Moi qui aime tant me laisser porter par les vagues… jouer avec elles comme quand j’étais une gamine…

Évidemment, j’ai mes règles!

***

Le tableau proposé par Monsieur le Goût pour ce lundi m’a rappelé les histoires de ma grand-mère Adrienne et l’énorme progrès réalisé en deux ou trois générations pour rendre les règles un peu moins inconfortables pour les femmes.

***

Pourquoi cet accoutrement si différent ? Pourquoi est-elle là. Pour se baigner ? Pour s’amuser ? Pour regarder les autres ? Pour autre chose ?
Pourtant elle se distingue de tous. Pourquoi ? Si vous le savez, dites le lundi…

Première!?

70ème devoir de Lakevio du Goût.

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Et voilà!
Encore arrivée la première!

Ou alors vraiment très en avance, se dit-elle au bout d’un certain temps.
Évidemment, sans montre ni GSM, difficile de se faire une idée.

Ou alors elle s’était trompée de jour?
Ce ne serait pas la première fois que ça lui arrive…

Bref, elle ne sait pas comment ça s’est fait, mais la bouteille a été ouverte, puis bue…

Et c’est alors seulement que ça lui est revenu:

– Pu***!!! M***e!!!

Elle avait complètement oublié qu’elle s’était inscrite à la Tournée minérale.

***

Que diable fait-elle là ? Qu’est-il arrivé ?Qu’attend-elle ? Attend-elle seulement quelque chose ? J’espère savoir ce que vous en avez pensé lundi. J’espère évidemment avoir quelque chose à vous en dire…

22 rencontres (16 ter)

69ème devoir de Lakevio du Goût

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A seize ans, Simon était le plus grand casse-cou de toute l’école. Ce qui n’est pas peu dire: si vous rassemblez une centaine de garçons de cet âge, il y a de la concurrence.

Son truc, c’était le BMX. Un vélo spécialement conçu pour faire toutes sortes d’acrobaties, comme de se projeter d’un coup sur une balustrade ou n’importe quel autre ‘obstacle’ en ville.

Vous comprenez que le FLE ne l’intéressait pas.
Pas le temps.
Dans le garage de ses parents, il avait installé son propre skatepark et s’entraînait, s’entraînait, s’entraînait.

Alors évidemment, les rues en pente, les murets, les parapets, les marches d’escalier, quel formidable terrain de jeu pour le free style!

– Tu ne devrais pas porter un casque? te protéger les genoux? les coudes? s’inquiétait Madame, à qui il avait envoyé un petit film pour démontrer son savoir-faire.

Mais Simon riait.

Bref, depuis que Madame s’intéressait à ses acrobaties, il condescendait à faire un petit effort en FLE.

– Mais franchement, Madame, à quoi ça va me servir?

Elle l’a revu, des années plus tard, dans un train.

Devinez quoi?

Il avait son BMX 🙂

***

Je ne sais pas si vous aimez les toiles de Maurice Utrillo. Quant à moi, je les aime. Elles m’inspirent toujours quelque chose. Et vous ? Aurez vous quelque histoire à raconter lundi, ayant cette toile pour support à votre imagination ?

M comme Modiano

Devoir de Lakevio du Goût No 68

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« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »

Bien sûr on se souvient de Dora Bruder, de l’enquête du narrateur, cinquante ans après les faits, et on pourrait rejouer ce triste doublé-dédoublé, comme le négatif d’une photo d’autrefois, en repensant à une petite fille de 1970 qui prépare sa fugue, elle aussi.

Elle sait que le moment idéal n’est pas « un jour de froid et de grisaille« , mais que ces jours-là viendront, et qu’il faut les prévoir.

Elle n’a pas douze ans mais elle sait que la vraie solitude ne peut être pire que celle qu’elle vit.

Elle se revoit à la minute exacte où elle regarde par la fenêtre de sa chambre et se rend brusquement compte que là, derrière le bosquet, derrière la colline, il y a une grand-route et juste après, il y a sa grand-mère.

C’est la minute exacte où elle sait que son projet n’est pas « en suspens« : elle ne fuguera pas.

***

Cette toile de Pissarro vous inspire-t-elle ? Je l’espère, dit Monsieur Le Goût. Le mieux serait que vous commençassiez ce devoir par :
« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »
Et que vous le terminassiez par :
« Je vais laisser cette lettre en suspens… »