M comme moment montmartrois

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Il rentrait chez lui quand son regard fut attiré par la silhouette de la jeune femme qui descendait les marches. Manteau rose, cheveux noirs flottant sur les épaules, grand sac avec son matériel d’aquarelliste, fugitive beauté

– Je l’aborde! se dit-il. C’est tout trouvé, je lui poserai une question sur son art, je citerai Baudelaire, car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais… puis je lui offrirai un café, ça va marcher.

Il était presque à sa hauteur et allait ouvrir la bouche quand ce sont les vannes célestes qui se sont ouvertes, une forte giboulée accompagnée de gros grêlons. Elle s’est réfugiée sous son parapluie en serrant bien son précieux sac contre elle et a dévalé les marches sans un regard pour lui.

La prochaine fois, se dit-il, ça va sûrement marcher.

***

Tableau de John Salminen et consignes chez Lakévio, que je remercie: C’est de « l’espace de l’instant » que je voudrais que vous me parliez. Histoire inattendue, éphémère, dès lundi !

I comme inspiration chez Lali

NOVOSSADIOUK (Sviatoslav)

Cher Journal,

Tu verrais comme je suis mal installée, ici, chez l’oncle Bertrand!

Tout dans cette maison est mal arrangé.

A commencer par le secrétaire sur lequel je t’écris et qui est placé de telle sorte que ma main fait de l’ombre sur le papier.

Tout, absolument tout ici est agencé pour des gauchers.

Ma pauvre chère maman avait bien raison: c’est la maison du diable.

Ta Blandine

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Tableau de Sviatoslav Novossadiouk et consignes en vos mots chez Lali, que je remercie.

F comme fuyons!

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Quand Suzanne voit sortir de chez elle à toute allure, au risque de se casser une jambe sur une des marches de son escalier, le gamin de la maison d’en face; quand elle voit sa vieille voisine Jeannette en route pour une course chez l’épicier, hâter le pas en se tenant les oreilles des deux mains; quand même le garçon qui apporte les journaux prend cette tête-là, le regard anxieux tourné vers le dernier étage, elle sait ce qui lui reste à faire.

Elle pose tranquillement son tricot, va jusqu’au fauteuil où son mari est plongé dans ses mots croisés et lui tapote l’épaule:

– André, c’est le moment. A voir l’agitation des voisins, je pense bien que le jeune homme d’en face a commencé à accorder son instrument.

Alors tous les deux rangent leur appareil auditif avant que ne déferlent les sons du gaffophone.

***

Tableau et consignes chez Lakévio: Revenons à nos maisons! En voici une, en voici deux, en voici trois ! De quoi nourrir une vie de quartier, n’est-ce pas ? Les rideaux se soulèvent… On attend les commères… lundi !

Première…

Fabian Perez CENISIENTAS OF THE NIGHT

– Antigone! Mais qu’est-ce que tu fais là, à fumer sur le balcon à quatre heures du matin!

– Je veux être la première à voir le soleil se lever, aujourd’hui.

– Tu n’es vraiment pas raisonnable.

– Va te recoucher, Ismène. Tu serais moins belle, demain.

***

Photo et consignes chez Lakévio – tableau de Fabian Pérez – Cendrillons de la nuit

 

U comme un coup de fil utile

 

Heather Buchanan newman-880

– Tu sais, pour les prochaines vacances, j’ai bien réfléchi…

– Oui ?

– Ce n’est plus tellement loin… J’y pense beaucoup! Pas toi?

– Non.

– Alors tu n’as pas de préférence? Pas d’idée? On fera comment?

– Mais, comme tu veux !

– C’est bien ce que je craignais. Alors je crois que j’ai trouvé.

– Ah bon !

– Ça ne te dérangerait pas que ma sœur nous accompagne?

– Mais non !

– Tu ne lui en veux plus pour cette histoire de l’an dernier?

– Non.

– Donc ça ne serait pas une si mauvaise idée de l’emmener?

– Pourquoi pas.

– Vous n’allez pas vous disputer ou faire la tête?

– Ah, non !

– Ce serait puéril, avoue…

– En effet.

– D’ailleurs, elle ne demande qu’à s’entendre avec toi.

– Peut-être.

– Donc je lui en parle? Ou j’attends?

– Fais pour le mieux.

– Mais en principe tu es d’accord?

– Oui.

– Alors je lui téléphone tout de suite.

– D’accord.

– Je te dirai quoi après.

– C’est ça.

– Bon, je te laisse travailler… A toute!

– A tout à l’heure.

L’affaire est dans le sac, sourit Francis en posant son téléphone sur son bureau.

***

Tableau et consignes chez Lakévio: Luce appelle Francis. Nous ne connaissons que les réponses de Francis. A vous d’imaginer  et d’intercaler ce que raconte Luce. Voici ce que dit Francis:

– Oui ? – Non. – Mais, comme tu veux ! – Ah bon ! – Mais non ! – Non – Pourquoi pas. – Ah, non ! – En effet. – Peut-être. – Fais pour le mieux. – Oui. – D’accord. – C’est ça. – A tout à l’heure.

 

 

 

P comme politesse

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Il est des hommes, lorsqu’on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu’exigent les règles de politesse, n’ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu’ils vous attirent aussitôt.

C’est une de ces contradictions que Madame relève chaque année chez ses élèves, quand il est question des relations entre les filles et les garçons, les hommes et les femmes: les filles se disent féministes et poussent de hauts cris dès que les garçons osent se croire supérieurs en l’un ou l’autre domaine. Puis, quand il est question de celui qui fera battre leur cœur, elle le rêvent bien fort en muscles, bien possessif et bien macho. Ce n’est pas le blondinet, le freluquet, le poussinet qui a la cote.

C’est exactement comme dans la chanson où Mireille Darc susurre « je ne serai jamais la femme d’un ange, les démons sont si beaux »

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Toile de Joshua Miels et consigne chez Lakévio« Il est des hommes, lorsqu’on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu’exigent les règles de politesse, n’ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu’ils vous attirent aussitôt. » extrait de  Le Lion de Joseph Kessel

Admiration, fascination, amour, amitié… Vous inclurez la phrase citée dans le portrait de votre choix.

I comme inspiration chez Lakévio

Fanny Nushka Moreaux contemporary French artist

Au moment où ils sont entrés dans le parc, la jeune femme qui était assise sur un banc s’est levée, serrant une pochette rouge vif contre sa cuisse et tenant un gobelet de café dans sa main soigneusement manucurée.

Instinctivement, Isabelle sentait qu’Aymeric avait les yeux sur cette fine silhouette, alors elle a lancé un peu vite, un peu aigrement:

– Tu l’as vue, celle-là! en décolleté plongeant et en mini-short à Bruxelles au mois de mars! Elle s’est trompée de quartier!

– C’est justement pour que je puisse te la présenter qu’elle est là. C’est ma sœur.

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Une silhouette dans la rue qui attire votre œil, dit Lakévio à propos de cette toile de Fanny Nushka-Moreaux, Une journée ensoleillée (2014). On ne distingue pas encore les traits mais on y projette toujours quelque chose.