P comme pause

 

maroc un-the-au-maroc by syl20

 

Vous êtes en vacances ! a dit maîtresse Lakévio vendredi dernier au lieu de donner sa consigne habituelle. Mais vu que l’Adrienne ne boit plus de thé, n’est pas en vacances et attendait le tableau de la semaine pour faire son billet du lundi… le voilà.

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I comme influence

 

jacqueline Gnott- keys

Ce n’était que fort tardivement que sœur Marie de la Miséricorde avait senti la vocation. Il avait fallu d’abord qu’elle perde l’éclat de sa jeunesse et que l’ergot du seigle ravage sa famille. Mais elle y a vu l’influence divine et c’est tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers le couvent où sa tenue correcte et son assiduité aux offices l’ont très vite fait accepter.

La plupart du temps, sœur Marie de la Miséricorde est à l’atelier des brodeuses. Elle coud au petit point de précieuses dentelles aux bordures de velours grenat pour Monseigneur l’évêque pendant que d’autres, plus habiles, brodent des symphonies de couleurs, de fleurs et d’oiseaux sur les ornements liturgiques.

Cette vie lui plaît, la douceur des jours qui s’écoulent a un effet lénifiant et le corps comme le cœur y trouvent leur compte. Sœur Marie de la Miséricorde ne reçoit jamais de visite et elle en est bien contente. Le passé est le passé, qu’il reste enfoui à jamais.

Elle en est là de ses pensées quand une main posée sur son épaule et une voix qui chuchote à son oreille viennent fracasser cette belle sérénité:

– Sœur Marie de la Miséricorde, quelqu’un vous attend au parloir…

***

Aquarelle de Jacqueline Gnott et consignes chez Lakévio, que je remercie: dix mots à caser, histoire de trouver des serrures à ces clés: tardivement – symphonie – éclat – bordure – ergot – influence – grenat – correct – fracasser – parloir

 

C comme colère

leo-putz autumn-1908

S’il croit que je vais lui demander la permission! Non mais! Pour qui se prend-il? Je fais ce que je veux!

Ce sont mes cheveux, après tout! J’ai bien le droit de les couper, si ça me chante! On n’est plus au dix-neuvième siècle!

***

tableau de Léo Putz – Autumn -1908 (détail) et consignes chez Lakévio, que je remercie: « Mais qu’a donc bien pu écrire Saul Smitger à Miss Sarah pour que celle-ci soit si en colère ? » 

Première ou dernière?

KUKHTINA (Margarita) - 1
On regarde avec ravissement tomber la première neige.
C’est toujours aussi féerique et les amies de l’Adrienne ne manquent pas de souligner que maintenant qu’elle habite en ville, elle n’a plus de souci à se faire pour les déplacements, comme à l’époque où elle vivait sur « sa montagne« . Elle peut donc en jouir sans arrière pensée, même si c’est infiniment moins joli qu’en pleine nature.
On se demande si cette première neige tant attendue – après la météo « ridicule » qu’on a eue en Islande, aux dires des Islandais eux-mêmes – sera aussi la dernière, comme il arrive souvent. On est déjà à la fin du mois de janvier et les crocus montrent le bout du nez.
On se sent en complet accord avec la lectrice de Lali, avec ses guirlandes de Noël allumées fin janvier, délaissant son livre, oubliant sa boisson chaude, entièrement prise par le spectacle des flocons, leur blancheur, leur légèreté trompeuse.
Et c’est justement parce qu’on ne sait pas si cette première neige sera aussi la dernière de la saison, qu’on s’en remplit les yeux avec tant d’avidité.
***
Photo et consignes chez Lali, que je remercie: « Les montagnes de neige, les trottoirs glacés et glissants, le froid qui brûle les joues, le vent qui traverse les vêtements, rien de tout cela ne donne envie de mettre le nez dehors en ce dimanche. Je resterai donc bien au chaud, comme a choisi de le faire la lectrice de l’illustratrice russe Margarita KukhtinaÀ vous maintenant de vous approprier la lectrice, de vous glisser dans l’illustration, de la raconter en vos mots. » 

R comme résolution

lakévio124

On comprendra que Sofie, qui revient au travail en ce début de janvier après un long congé de maternité et d’allaitement, a pris un tas de bonnes résolutions à titre privé et professionnel.

Comme elle est persuadée que c’est la même chose pour ses élèves – vu ses deux bébés, elle n’a sans doute pas eu le temps de lire la presse ‘spécialisée’, où il est clairement expliqué comment et pourquoi nous prenons mais n’arrivons pas à tenir nos bonnes résolutions – bref vu son nouvel élan et la nouvelle année, elle attend des élèves qu’ils lui fassent part des leurs.

Sujet de son premier devoir: Mes bonnes résolutions pour 2019.

– Toi, dit Madame, dubitative, à K, son latiniste préféré, en voyant chez lui cette consigne, toi tu en as pris, des bonnes résolutions?

Il secoue la tête négativement:

– Je n’en prends jamais.

– Alors qu’est-ce que tu vas faire? Répondre honnêtement que tu n’en prends pas et expliquer pourquoi?

Il fait encore non de la tête.

– Horreur! dit Madame, tu vas t’en INVENTER?

Sourires de K et du copain qui a entendu la conversation. Lui aussi s’en inventera.

– Ne me fais jamais ce coup-là! rigole Madame.

C’est ainsi que le soir même, K a tapoté un merveilleux devoir dans lequel il explique qu’au lieu donc de se laisser aller au désespoir, il a pris le parti de mélancolie active pour autant qu’il ait la puissance d’activité, ou en d’autres termes qu’il a préféré la mélancolie qui espère et qui aspire et qui cherche à celle qui, morne et stagnante, désespère.

Et il est fier de lui 🙂

***

Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie, et qui propose le devoir d’étoffe, intégrer cet Extrait d’une lettre de Vincent Van Gogh. (Lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh)

« Au lieu donc de me laisser aller au désespoir, j’ai pris le parti de mélancolie active pour autant que j’avais la puissance d’activité, ou en d’autres termes j’ai préféré la mélancolie qui espère et qui aspire et qui cherche à celle qui, morne et stagnante, désespère. »

L comme loin

Matteo était enthousiaste: cette lumière! ces grands espaces! ce charme de l’authenticité! ces inimitables tons de vieux rose! ces boiseries d’origine! ces grandes fenêtres! ces hauts plafonds!

Il virevoltait dans la grande maison, entraînant Laura à sa suite, lui montrant ceci, lui expliquant cela, où il mettrait tel meuble, à quoi il destinait telle pièce…

Laura hochait la tête, ne disait rien… il ne semblait pas remarquer son silence et poursuivait la visite avec de grands gestes, de grands élans exaltés.

Ne voyait-il donc pas que le plafond avait pris l’eau, que les murs suintaient l’humidité, que les planchers étaient pourris, les châssis à jeter, les boiseries mangées par Dieu sait quels champignons? Que tout, absolument tout était à refaire, dans cette immense baraque?

Alors quand il lui prend les deux mains et la regarde dans le fond des yeux, avec ce sourire heureux aux lèvres, béat, illuminé, attendant sa réaction à la visite, elle lui dit tout doucement:

– Est-ce que ce n’est pas un peu loin de la ville?

lakévio123

photo et consignes chez Lakévio: « Nouvelle année, nouveau départ… Aujourd’hui, on emménage ! La vieille commode a-t-elle tenu le coup ? Prendra-t-on le sofa de Tante Charlotte ? L’armoire normande ne peut pas passer par l’escalier mais la fenêtre est grande… Trier, garder, jeter… Vous serez installés lundi ! Vous pouvez, bien sûr, traiter le sujet au propre : un véritable emménagement. Mais vous pouvez aussi faire le tri au figuré : que jetez-vous, que gardez-vous de l’année passée, qu’espérez-vous obtenir de l’année nouvelle ?

I comme inspiration chez Lali

lali 607

Marjorie court aussi vite qu’elle peut, tenant solidement son parapluie à deux mains. Elle aurait dû écouter la météo, elle se sentirait moins ridicule à galoper sur ses bottes à hauts talons, tout juste bonnes pour la parade.

Dans cet ouragan de neige, François n’a pas assez de ses deux mains pour tenir son parapluie (inefficace), sa mallette et son écharpe qui s’envole.

Derrière lui, Jean court à toutes jambes, le cou enfoncé dans les épaules, le manteau au vent. Voilà bien trois ans qu’on n’avait plus eu de bourrasque pareille.

André a attaché son vélo à un poteau, abandonnant la lutte: il préfère encore rentrer à pied, il viendra le reprendre plus tard, quand la route sera déblayée.

En polo rayé à manches courtes, pantalon flottant en toile grise, son petit feutre mou vissé sur le crâne, Romain se balade tranquillement. Une main en poche. Il lit sous le blizzard. Sous ses pas, la neige fond.

Le soir, il a sa mère au téléphone:

– Alors, mon chéri, comment ça s’est passé, cette publicité pour Damart?

consigne et source de l’image chez Lali.