T comme Tintin

Pour ceux que ça intéresse, les livres de Serge Tisseron sont ici.

– M’enfin! s’énerve tante Alicia, ce n’est tout de même pas si compliqué!

Pourtant oui, ça l’était. Je continuais à confondre les oncles et les cousins, les tantes et les cousines. Tout le monde me semblait avoir le même âge, sur ces photos.

– Bon, je te le répète une dernière fois, après c’est à toi.

Observe bien la photo de mariage des grands-parents: ils ont déjà la trentaine et à peu près l’air qu’ils ont gardé, cette face réjouie de gens bien nourris et contents de leur sort. Tu ne peux pas te tromper, il me semble! Après tu as leurs enfants: Dimitri, le militaire, Alexis, le banquier – il a bien une tête de banquier, ne me dis pas le contraire! – et Georges, l’érudit, avec ses petites lunettes rondes et son air ahuri. Bon.

Leurs épouses, je te l’accorde, on pourrait les confondre, retiens bien un signe distinctif: Sonia a le nez pointu, Eva les joues rondes et Margarita est cette opulente qui aime bien montrer sa jolie voix.

Avec ça, tu en sais assez pour te présenter à eux et tu verras, si tu dis que tu es la fille d’Anastasia, les quelques anecdotes que je t’ai racontées suffiront à semer le doute dans leur esprit… et si tu te montres assez fine, ta fortune est faite!

Consigne: Généalogie fictive et Tintinesque chez Joe Krapov

L’animateur a lu dans le « Nouveau nouveau magasin d’écriture » de Hubert Haddad l’entresort n° 8 dans lequel il est dit : » S’inventer une généalogie extravagante à partir de la lecture d’une vieille liste de mariage d’un de vos ascendants. »

Il suggère que chacun.e s’invente une généalogie fictive à partir des pages de garde des albums de Tintin de Hergé. Autrement dit : tous ces personnages sont des membres de votre famille d’un jour. Racontez-nous qui ils sont.

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J comme journaliste

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L’Adrienne ne sait pas si c’est dû à sa dégaine chaussures plates et col roulé, mais le responsable du stand l’a prise pour une journaliste et invitée à faire des photos et demander tout renseignement qu’il lui fallait.

C’était pourtant l’avant-dernier jour de la BRAFA et on peut supposer que les journalistes étaient passés depuis longtemps, laissant la place, ce dernier samedi midi, aux ultimes badauds.

Dont l’Adrienne. Qui bien sûr l’a détrompé – non, elle n’était pas journaliste pour une revue culturelle ou artistique – mais elle a trouvé la méprise d’autant plus comique que c’était le stand de Tintin et Hergé 🙂

Avec, il est vrai, de magnifiques planches originales. Comme celle ci-dessus, du Crabe aux pinces d’or.

– Si vous achetez les trois, dit l’homme, ce n’est que 2 millions.

Elle se demande encore si elle a bien entendu 😉

E comme ectoplasme

Bien sûr, quand vous avez vu ce titre, vous avez pensé au bougre d’ectoplasme du Capitaine Haddock.

C’est normal, c’est aussi la première chose à laquelle l’Adrienne a pensé en voyant cette consigne de Walrus au Défi du samedi.

Mais le soir, en cherchant dans le programme télé s’il y avait quelque chose d’intéressant, elle est tombée sur ceci:

Chasseur de fantômes«Silent Jill», l’animatrice et youtubeuse, se rend en région Liégeoise en compagnie d’un chasseur de fantômes. Ensemble, ils explorent un sanatorium abandonné dans l’espoir d’assister à des phénomènes paranormaux.

Rien que ça.

En 2018.

On pourrait croire que les gens sont tous allés à l’école.

Qu’ils ont reçu un minimum de cours de sciences.

Qu’on leur a un peu ouvert l’esprit critique.

Mais au lieu de l’esprit critique, c’est esprit es-tu là

Bougres d’ectoplasmes!

ectoplasme

ectoplasme: émanation visible du corps du médium (Petit Robert, p.539)

Merci à Walrus et au Défi du samedi, où j’ai pris l’illustration.

K comme krak

L’Adrienne était tranquillement occupée à son bureau

quand tout à coup

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Krak! Dzinng!

La corde qui retenait

le cadre des ancêtres

accroché à son clou

venait de céder

dans la pièce d’à côté…

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La famille tout entière

s’est retrouvée par terre

dans mille bris de verre…

***

Comme l’Adrienne n’est pas superstitieuse, elle ne croit pas que cela aura des conséquences négatives pour les deux personnes encore vivantes figurant sur la photo parmi les arrière-grands-parents, les grands-oncles et les petits-cousins cool

P comme photos

Je possède une photo de mon père et cinq photos de ma mère (au dos de la photo de mon père, j’ai essayé d’écrire, à la craie…)
La deuxième photo […] ma mère a un grand chapeau de feutre entouré d’un galon, et qui lui couvre les yeux. Une perle est passée dans le lobe de son oreille. Elle sourit.
Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, p.45 et p. 73-75

Je possède une photo…

Je possède une photo de mon père à dix-huit ans, sans doute la première où il porte un pantalon long. Sur celles de l’adolescence, il est soit en culotte courte, soit en pantalon de golf, comme Tintin… dont il a d’ailleurs aussi la coiffure, même si c’est sans le faire exprès : jusqu’à la fin de sa vie, il a gardé sur le dessus du front une grosse mèche de cheveux qui tenait absolument à boucler vers l’arrière.

Il sourit sur cette photo, chose assez rare pour être soulignée. Généralement, il garde un air sérieux en fixant l’objectif, exactement comme moi durant toute mon enfance, alors qu’on me priait, exhortait, menaçait pour que je sourie. Je faisais des efforts, je croyais sourire, mais mon expression était de plus en plus triste, jusqu’au bord des larmes. Ça énervait beaucoup mon père, cette incapacité. Si j’avais su alors qu’il en avait été de même pour lui, ça m’aurait rassurée.

Son veston de laine sombre est bien boutonné, sa cravate bien nouée, sa raie bien nette. Toute sa vie, il a eu un peigne en poche et se recoiffait au moindre coup de vent ou après avoir ôté son chapeau.

– Une des choses dont je me souviens, m’a dit l’autre jour l’ami Gaëtan, c’est que la seule et unique fois où j’ai vu ton père, j’ai remarqué comme sa raie était bien tracée.

***

Je possède de nombreuses photos de ma mère à dix-huit ans. On l’a habillée comme une princesse et emmenée chez un grand photographe. Ses cheveux ont été savamment bouclés dans une coupe courte qui la met en valeur. Autour du cou, elle porte un gros collier à trois rangs de perles. Au poignet droit, le lourd bracelet d’or qu’elle a reçu de ses parents pour son 18e anniversaire et qui a été réalisé par un orfèvre tout spécialement pour elle d’après un croquis. Il représente des feuilles dont j’ai toujours pensé que c’était du lierre.

Elle est assise sur une banquette qui disparaît complètement sous les plis lâches et soyeux de la jupe. Elle a les bras nus et pose délicatement les mains sur les genoux. Sur la première prise, le corps est en profil et la tête tournée vers l’objectif. Elle sourit en ployant légèrement son joli cou, sa taille fine.

Sur les autres photos, elle est debout et de face. Celles-là n’ont pas été jugées assez bonnes pour en faire un agrandissement à accrocher au salon.

– Moi ? se récrie-t-elle avec véhémence. Moi, une enfant gâtée ? Pas du tout ! Absolument pas du tout !

Ce n’est pas ce que racontent les photos.

***

pour les fans de Perec
une belle interview de l’auteur ici

http://www.youtube.com/watch?v=AwMTvi3XdPU

(durée 25 minutes)