Septième étape

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D’abord, une dame est passée dans chaque maison pour faire signer un papier par lequel on donnait son accord d’être exproprié. Même si on n’était pas d’accord. C’était vers 2016.

En 2018, les haies et les arbustes des jardinets ont été arrachés à la grue aussi facilement que des fétus de paille.

En 2019, la terre des jardinets a été ouverte pour renouveler les conduites de l’eau, du gaz, de l’électricité, les câbles divers pour le téléphone, internet, la télé.

Le béton de la route a été cassé avec une telle force qu’on a craint que nos maisonnettes ne s’écroulent en même temps.

Un tronçon à la fois, la route a été creusée comme pour y installer des piscines: d’énormes collecteurs d’eau de pluie en béton y ont été placés. Les modèles carrés ont été coulés sur place, les ronds ont été apportés.

Enfin, ces dernières semaines la route a été refaite, ainsi que des trottoirs et une piste cyclable. Ici et là, un arbre a été planté. Des liquidambars. Les marquages au sol ont été refaits.

Et demain comme prévu la route sera rouverte à la circulation.

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La photo a été prise le matin du 21 avril: les arbres ont été apportés – petite motte, long fût, branches déjà tout en feuilles – plantés le lendemain… ils auront bien du mérite s’ils s’en sortent tous vivants en 2021!

 

M comme mystère(s)

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Une photo proposée à votre sagacité 🙂
Quel est cet objet mystère avec vue sur le ciel?

Et puis un autre mystère, bien plus mystérieux encore, c’est la question de savoir pourquoi les gens de nombreux pays – à commencer par l’Australie mais les USA et la Grande-Bretagne ont suivi – se sont rués sur le papier toilette, ont dévalisé les rayons des magasins et se sont même battus pour en remplir leur caddie…

Du papier WC, c’est vraiment la dernière chose à laquelle l’Adrienne aurait pensé, surtout que chez soi, on a au minimum un lavabo et donc tout le loisir de sortir bien propre d’une visite aux ‘cabinets’

La question a été posée au professeur Dimitrios Tsivrikos (University College London), un spécialiste du comportement. Il explique qu’en cas de stress, de panique, d’incertitude, dus au manque d’info et aux messages contradictoires véhiculés, on entre dans un cercle vicieux qui nous rend de plus en plus irrationnels.

On va alors essayer de reprendre le contrôle (ce qu’il appelle entrer en « survival modus ») en achetant de quoi tenir le coup au moins deux mois. On va au supermarché, on voit des rayons qui se vident – le personnel n’a pas le temps de réapprovisionner – on voit ce que les autres achètent, on voit les grands paquets de papier WC – grand volume, petit prix – ça a quelque chose de rassurant par sa taille et sa durée.

On en remplit son caddie.
Parce que c’est grand, rassurant et pas cher.
Et comme on est en mode irrationnel, on va jusqu’à se battre pour avoir le dernier.

R comme rubberwood

Vous vous souvenez d’Oliver Hardy et Tryphon Tournesolqui après avoir sonné chez l’Adrienne pour réparer sa connexion internet, l’avaient épatée par leurs connaissances en musique?

Et bien, ce n’est pas tout 🙂

Au moment de sortir, Oliver Hardy se tourne vers l’escalier et déclare devant l’Adrienne, interloquée:

Rubberwood!
– S’il vous le dit, c’est que c’est vrai, ajoute fièrement Tryphon Tournesol. C’est un pro!
– Et c’est bon, ça, rubberwood? s’enquiert-elle auprès de l’expert.

Oliver fait une petite moue, on sent une hésitation, puis il donne son verdict:

– Ce n’est pas mauvais… Et c’est surtout beaucoup moins cher que le hêtre.

Rubberwood, en français on dit plutôt hévéa, un arbre qu’on plante pour son latex, principalement en Asie du Sud-Est, et qu’on abat quand il ne produit plus assez. Son bois est alors récupéré pour du mobilier ou des escaliers… et on replante.

Mais ce que l’Adrienne ne s’explique pas – et ce qu’elle n’a pas osé demander – c’est pourquoi cet homme, qui a à peine une quarantaine d’années et qui semble si passionné par le bois et la menuiserie, a délaissé les copeaux pour les installations téléphoniques…

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texte écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: musique – cigogne – arbre – quarantaine – hésitation – envoûtement – copeaux – sonner

image du site de la FAO.

J comme Jaguar

L’Adrienne pataugeait dans la boue devant chez elle, en route pour faire les courses, quand elle a vu un homme en détresse – oui, vous lisez bien, un homme en détresse – lui faire de grands signes pour attirer son attention.

– Je dois être à la rue du F***, crie-t-il, c’est par où?
– Alors là, à pied vous y seriez très vite, sauf qu’en ce moment, même à pied on ne passe pas… et en voiture, c’est compliqué, à cause des travaux.
– Oui, j’ai remarqué, fait-il.
– Vous avez un GPS? demande l’Adrienne, qui se rendra compte du ridicule de sa question quand elle verra la bagnole, cinq minutes plus tard.

Bref, il devait faire demi-tour, s’y retrouver dans le labyrinthe du nouveau quartier résidentiel, remonter jusqu’à l’entrée de la ville puis redescendre par la grand-rue et ne pas rater le bon embranchement, sur sa droite.

Pas évident pour quelqu’un qui ne connaît pas le patelin et qui va manquer son rendez-vous avec un mort. Il aurait déjà dû y être. Au funérarium.

– Vous savez quoi, dit l’Adrienne, en voyant qu’il restait planté là sans avoir l’air de bien enregistrer ses explications – données déjà au moins deux ou trois fois, moult gestes à l’appui – je vais monter dans votre voiture et vous accompagner jusque-là.

Ce n’est qu’après avoir ouvert la portière et posé un premier soulier – fort crotté – sur l’élégant tapis assorti aux coussins de cuir beige clair, que l’Adrienne a vu les sigles et constaté qu’elle embarquait dans la bagnole préférée de sa mère. Une Jaguar.

Une Jaguar XJ (1) – pour cinq à six minutes de confort et la voix de Madame GPS qui a fini par être d’accord avec les indications que donnait l’Adrienne.

Au dernier embranchement 😉

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(1) c’est de là aussi que vient l’illustration

D comme don Giovanni

Vous vous souvenez peut-être de la charmante voisine Casque d’or?

Et de la hâte qu’avaient mise ses héritiers à mettre en vente sa maison?

C’est le week-end dernier que l’Adrienne a fait la connaissance des acquéreurs.

En ouvrant sa boite aux lettres pour en retirer son journal – heureusement que cette distribution-là se fait par des services indépendants de la Poste et que ni la boue ni la nuit ne font peur au valeureux qui vient le déposer un peu avant six heures du matin – bref donc un samedi matin sur le pas de sa porte l’Adrienne s’est retrouvée à serrer la main d’un homme qui venait déposer de gros sacs de plâtre et des outils divers.

– L’acte est signé depuis une quinzaine de jours, dit-il, alors je vais faire quelques travaux avant de la louer.

Un malin, cet homme-là, puisqu’il possède une petite entreprise de rénovation et qu’il va la mettre aux normes, avec l’aide de son fils, d’un week-end à l’autre.

Un malin, mais un bruyant.

Ça fore, ça cogne, ça tape… et ça met la radio à fond la caisse. Malheureusement pas le genre de musique qui plaît à l’Adrienne 😉

Alors elle qui supporte déjà toute la semaine le vacarme des camions, tracteurs, grues et autres engins indispensables aux travaux à la rue, ressort ses quelques CD, à commencer par le Don Giovanni dans la version ci-dessus, un vieux machin remastérisé en 2002 mais qui reste une des interprétations de référence.

Disons que c’est une petite révision avant d’aller le voir à la Monnaie en mars prochain 🙂

Info sur le site de la Monnaie ici.

Première impression

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Pour ceux que ça intéresse: les petits piquets métalliques et le bord fraîchement bétonné indiquent où sera la voie carrossable et quel espace sera réservé au trottoir et à la piste cyclable.
On commence à avoir une première impression de l’aspect final…

Les deux derniers hortensias, qui avaient survécu à toutes les avanies précédentes, ont été définitivement piétinés.

Mais la fin des travaux est en vue: il semble que la date finale – vers le 20 mai 2020 – sera respectée.

En attendant cet heureux jour, on patauge dans la boue.

Vous savez bien, celle qui est jugée trop dangereuse pour la sécurité du facteur 😉

Dernière mode

L’Adrienne devrait cesser de s’inquiéter pour la peinture qui s’écaille sur la façade, pour les taches noires d’humidité dans le bureau – malgré les injections par une firme spécialisée, photo 1 – , pour le papier peint qui se décolle dans les toilettes et le salon, pour tout ce qui est brisé, abîmé, cassé ou manquant: il paraît que c’est la dernière mode.

Car même l’instagrammable est donc sujet aux variations de la mode et l’ère du clean, du léché, du parfaitement lisse serait passée.

C’est en tout cas ce qu’affirme le magazine féminin que lit la mère de l’Adrienne, et il lui a même trouvé un nom, une référence et des origines au-dessus de tout soupçon: c’est le wabi-sabi.

L’adepte du wabi-sabi, affirme-t-on, aime la peinture écaillée, les taches de peintures, les petits trous dans le mur. Ce qui est vieux, usé, imparfait.

Tiens, se dit l’Adrienne en montant se coucher, le plancher à l’étage, il est drôlement wabi-sabi!

L comme laconique

Dans toutes les boites de la rue, une lettre laconique annonce jeudi qu’à partir du lendemain le courrier ne sera plus distribué.

Pour des raisons de sécurité!

« Vanaf 13 december t.e.m. einde werken zal uw straat niet veilig toegankelijk zijn voor uw postbode » A partir du 13 décembre et jusqu’à la fin des travaux, votre rue n’est plus accessible en toute sécurité pour votre facteur.

Par contre, il faut bien qu’elle le soit pour ceux qui y habitent, même pour les mémés se déplaçant avec leur déambulateur, vu qu’ils devront se rendre dans le centre pour aller chercher leur courrier à la poste.

Ceux qui seront le plus à la fête sont les abonnés au journal par la poste… Les portes du bureau ne s’ouvrent qu’à 09.30 h., sont fermées entre 12.30 et 13.30 h. et le soir à 17.00 h.