T comme tajines et tartelettes

Quand on sonne chez Maryam en plein milieu de l’après-midi, elle s’étonne. Elle n’attend personne. Elle dépose son smartphone et va ouvrir, la petite Hourya sur les talons. Ah! c’est une amie. Elle ne fait que passer. Et en effet, la conversation ne dure qu’un petit quart d’heure. Avec les préliminaires d’usage:

– Oh! mais tu as maigri, on dirait!
– Oui? tu crois? peut-être un peu, avec le Ramadan…
– Moi je maigris toujours pendant le Ramadan, dit l’amie qui est fine comme une latte.

Et à part ça, de quoi parlent-elles pendant ce quart d’heure que dure la visite?
De manger!
De nourriture. De recettes. De faire une pastilla. De la bonne adresse d’un pâtissier marocain qui vient d’ouvrir en ville…

C’est tout de même étrange, se dit l’Adrienne en rentrant chez elle, de n’avoir que ce sujet de conversation en ce moment…

Le soir, elle remarque la même chose chez l’amie S***, d’origine tunisienne, kiné et engagée dans la politique locale: dès que c’est le Ramadan, sur sa page fb le discours politique laisse la place aux recettes.

Cette année principalement de makroudh, de tajine melsouka et de briks au fromage. Il paraît que c’est excellent avec du brie 🙂

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la vidéo, c’est juste pour vous donner une idée de ce que sont les makroudh…
vous pouvez couper le son et regarder en double vitesse 😉

P comme passant punique

Je quitte l’école en marchant d’un pas que je crois être toujours aussi ferme qu’autrefois. Je me trompe: il arrive désormais qu’un autre piéton me rattrape.

Comme celui-ci, dont je sens le pas derrière moi, qui vient finalement à ma hauteur et décide d’entamer une causette:

– Bonjour! quel temps, n’est-ce pas?

Quelques gentils nuages voilent le soleil et le vent fait voleter les jupons.

– J’aime bien ce temps-là, lui dis-je. Je n’aime pas les fortes chaleurs.

– Ah! moi si! 

Puis il ajoute:

– Je suis Tunisien. Il fait toujours beau en Tunisie. Vous y êtes déjà allée?

– Ce serait trop chaud pour moi, je crains…

– Il faudrait y aller, insiste-t-il, c’est magnifique, la mer, la plage, le soleil!

Il dit encore:

– Je travaille là-bas, dans le secteur touristique.

Alors, comme j’ai affaire à un connaisseur, je lui réponds:

– Moi, si j’allais en Tunisie, ce ne serait pas pour la plage et le soleil, mais pour aller voir les sites antiques.

Il me regarde comme si j’étais tout à coup passée au chinois ou au lingala.

– Les sitantiques?

– Ben oui, des vestiges de l’Antiquité. Il y en a beaucoup en Tunisie, non?

– …

– J’irais visiter la ville de Carthage, par exemple.

Il est désolé, mais il ne voit pas du tout de quoi je parle.

 Carthage.jpg

« Ruines de Carthage » par Free On Line Photos. Sous licence No restrictions via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ruines_de_Carthage.jpg#/media/File:Ruines_de_Carthage.jpg

Les noms des rois de Carthage se mettent à défiler dans ma mémoire et rentrée chez moi, je ne cesse de me demander si on n’enseigne pas ce riche passé aux petits Tunisiens d’aujourd’hui ou si je suis juste tombée sur la « mauvaise tête » de la classe Langue tirée