M comme monde

Dans ce monde qui bascule tranquillement vers une nouvelle « fin », où nos dirigeants nous font croire que le gros problème, c’est l’autre, l’étranger, le migrant, et qu’il faut renforcer le sentiment d’identité nationale – la recette a fait ses preuves, pourquoi en changer – d’ailleurs ces dirigeants, n’est-ce pas nous-mêmes qui les avons élus, que ce soit au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest…

Dans ce monde-là, donc, il y a un endroit où dans une bibliothèque située à cheval sur une frontière, pendant quelques heures, un père, une mère peuvent serrer dans leurs bras un fils, une fille, qu’ils n’ont plus vu.e depuis des années.

C’est au Canada, à la Haskell Library. L’article (en néerlandais) et les illustrations ici.

De jeunes Iraniens, dont la situation aux Etats-Unis est parfaitement en règle, ils y ont fait leurs études, y travaillent, mais dont le visa ne permet pas de revenir si jamais ils quittent le territoire, ont trouvé cette solution pour revoir leur famille iranienne, qui de son côté n’a plus le droit d’accès aux Etats-Unis.

Alors la famille prend l’avion jusqu’au Canada et se rend à cette petite ville frontière, où la bibliothèque leur offre pendant quelques heures la possibilité de se revoir.

Même si une affichette l’interdit, si on demande de le faire en toute discrétion et si on espère que la police des frontières le tolèrera.

Premier, première!

Allereerste kaft van Kuifje-strip geveild voor miljoen euro

L’illustration originale, qui a été la première page de couverture du premier album de Tintin, a été vendue aux enchères à Dallas (USA). Inutile, je pense, de traduire les prix ci-dessous 🙂

In het Amerikaanse Dallas is de originele illustratie van de eerste kaft van een Kuifje-strip onder de hamer gegaan voor 1,125 miljoen dollar (992.000 euro). Dat heeft het veilinghuis Heritage Auctions verklaard.

Ce dessin a été publié le 13 février 1930. Il nous montre Tintin en reportage au pays des Soviets, en train de tailler une hélice en bois pour son avion. Milou l’observe, entièrement saucissonné dans des bandages, 

De tekening werd op 13 februari 1930 gepubliceerd en toont Kuifje op reportage in het land van de Sovjets, terwijl hij uit een boomstam een propeller maakt voor zijn vliegtuig. Zijn hondje Bobby kijkt naar hem, helemaal ingepakt in verbanden.

Les aventures de Tintin au pays des Soviets ont été publiées dans Le petit Vingtième, le supplément hebdomadaire du journal belge Le Vingtième Siècle, à partir de janvier 1929. Vu son succès, la BD de Tintin passe de huit à seize pages puis est imprimée séparément, à partir du 13 février 1930, avec la planche ci-dessus en couverture. Le premier album ne paraît qu’en septembre 1930. 

Hergé publiceerde de avonturen van ‘Kuifje in het land van Sovjets’ vanaf januari 1929 elke week in de krant Le Petit Vingtième, het kinderkatern van de Belgische krant Le Vingtième Siècle. Door het succes van de strip wordt Kuifje uitgebreid van 8 naar 16 pagina’s, en vanaf 13 februari 1930 wordt de strip los van de krant gepubliceerd, met als allereerste kaft de tekening die geveild werd. In september 1930 wordt dan de eerste echte strip ‘Tintin au pays des Soviets’ gepubliceerd.

La plupart des dessins originaux se trouvent à Louvain-la-Neuve, au musée Hergé. La planche vendue à Dallas a été réalisée à l’encre de Chine et à l’aquarelle; elle est signée par Hergé, qui l’a remise aux éditeurs du journal pour servir de couverture. Elle a été retrouvée à Bruxelles. L’identité du vendeur et de l’acheteur n’ont pas été révélées.

De meeste oude kaften van de Kuifje-strips bevinden zich in het Hergé-museum in Louvain-la-Neuve. De tekening die zaterdag verkocht werd in Dallas is gemaakt met Chinese inkt en waterverf, en is door Hergé gehandtekend. De tekening werd door Hergé aan de krantenuitgever overgemaakt om op de kaft te drukken, en werd uiteindelijk in Brussel gevonden. De identiteit van de verkoper en de koper worden niet vrijgegeven.

Tintin pulvérise régulièrement des records lors de ventes aux enchères, d’autres dessins de couverture ont également atteint des sommes de plus d’un million d’euro.

Kuifje breekt regelmatig verkooprecords tijdens veilingen. Het is niet de eerste keer dat oude kaften en tekeningen voor meer dan een miljoen euro onder de hamer gaan.

traduction de l’Adrienne – source de la photo: Heritage Auctions

si vous le désirez, vous pouvez toujours faire une offre 🙂 c’est ici

source de l’article: journal De Standaard du 9 juin 2019.

L comme Lola Lafon

« Vous écrivez les jeunes  filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l’embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes. Vous interrogez notre désir brutal de les ramener à notre raison. Vous écrivez la rage de celles qui, le soir, depuis leur chambre d’enfant, rêvent aux échappées victorieuses, elles monteront à bord d’autocars brinquebalants, de trains et de voitures d’inconnus, elles fuiront la route pour la rocaille. »

Lola Lafon, Mercy, Mary, Patty, Actes Sud, 2017, p.7 (incipit)

Mery, Mary et Patty (Patricia Hearst) sont trois jeunes filles enlevées à des époques très différentes mais qui ont fait le même choix: rester avec leurs ravisseurs, dont elles épousent la cause.

Mais que ce soit une tribu indienne au 17e siècle ou un groupuscule marxiste au 20e, la société n’accepte pas ce choix. « Que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on ? » écrit Lola Lafon sur le site de son éditeur, Actes Sud.

Une narratrice dont on ne découvre l’identité que vers la moitié du roman s’adresse d’un ‘vous’ parfois assez agressif à un personnage (Gene Neveva) et raconte ces quelques mois des années 1974-75: l’enlèvement de Patty Hearst, ses messages, la préparation de son procès, la photo ci-dessus, quand Patty Hearst a changé de camp et décidé de s’appeler Tania:

« Y a-t-il quelqu’un derrière cette image? Quelqu’un à qui Tania adresse ce demi-sourire figé. Quelqu’un qui lui aurait enseigné cette posture de flingueuse, jambes écartées, sur le qui-vive, prête. Quelqu’un qui a positionné ses doigts, un par un, ça s’apprend, tout s’apprend, main droite sur la crosse, un doigt sur la détente, la main gauche ramassée au-devant du chargeur. »

Lola Lafon, Mercy, Mary, Patty, Actes Sud, 2017, p.123

Tout en ayant l’air de parler de choses relativement anciennes, ce livre est brûlant d’actualité, aussi bien quand il s’agit de suivre ou pas les chemins tout tracés que quand il s’agit des Etats-Unis, de la presse, de la logique de guerre et autres joyeusetés.

Passionnant par son contenu et par les questionnements qu’il suggère!

Critique de Télérama ici et info chez l’éditeur ici.

 

T comme Tyler

Il paraît que tous les livres d’Anne Tyler se déroulent au sein de familles au sens large – de celles où il y a une pièce rapportée ou comme dans celui-ci, trois enfants d’un précédent mariage du mari.

Au centre se trouve une femme, bien évidemment, ici elle s’appelle Rebecca, a cinquante-trois ans et n’est subitement pas trop contente de ce qu’elle est devenue.

Elle a abandonné ses études pour épouser un homme qui avait déjà trois petites filles et six ans plus tard elle était veuve avec quatre enfants. Maintenant que les quatre filles sont mariées et qu’elle est plusieurs fois grand-mère, elle se demande si elle a fait les bons choix.

Que serait-elle devenue si elle avait épousé son amoureux, Will, qu’elle a laissé tomber du jour au lendemain sans explications, pour épouser en quinze jours un divorcé avec trois enfants?

Elle qui aimait le calme, la lecture, les études, n’a plus ouvert un livre ni même lu un article un peu sérieux et vit entourée de gens, sans avoir une minute à elle.

Rebecca décide donc de se donner une seconde chance de « faire le bon choix » et recontacte Will, l’amoureux éconduit trente-cinq ans plus tôt…

Le livre a fait l’objet du téléfilm visible ci-dessus (2004) avec Blythe Danner, Peter Fonda, Faye Dunaway, Jack Palance… Il est extrêmement fidèle au texte, sauf sur un point: Rebecca, dans le livre, est une femme qui a un grave problème de surpoids. Mais l’actrice est mince comme un fil.

anne tylerLire le premier chapitre ici.

 

Question existentielle

Ça peut donc s’apprendre, le bonheur? se demande l’Adrienne en lisant ce titre dans son journal du matin « Niet gelukkig? Ga studeren in Bristol«  (« Pas heureux? Allez étudier à Bristol »)

Alors pour ceux qui comme elle se poseraient la question, voici la traduction de quelques extraits:

Plezier ervaren, dankbaarheid uitdrukken, willekeurig goede daden doen, sociale verbindingen installeren, lichaamsbeweging vergroten, beter slapen: ziedaar enkele van de oefeningen die op het programma staan van de cursus ‘Science of happiness’ die professor Bruce Hood, een psycholoog met specialisatie in de cognitieve neurowetenschappen, vanaf volgend jaar zal doceren. 

Éprouver du plaisir, exprimer de la gratitude, faire de bonnes actions, établir des rapports sociaux, faire plus d’exercices physiques, mieux dormir: voilà quelques exercices au programme du cours de ‘Science of happiness‘ que le professeur Bruce Hood, un psychologue spécialisé en neurosciences cognitives, donnera dès l’an prochain.

Vanaf september, twaalf weken lang, zullen de studenten leren of geluksgevoel genetisch bepaald is, of en hoe je er iets kunt aan doen, hoe onze geest geluksgevoelens verstoort en welke impact cultuur heeft. 

Dès le mois de septembre et pendant douze semaines, les étudiants apprendront si la disposition au bonheur est génétique, si on peut l’influencer, comment notre cerveau la perturbe et quel est l’impact culturel. 

Afgelopen weekend maakte een andere school, Eton College, bekend dat ‘dankbaarheid, vriendelijkheid en empathie’ voortaan op het curriculum zullen staan 

L’an dernier déjà Eton College avait annoncé que ‘la gratitude, la bienveillance et l’empathie’ feraient désormais partie du curriculum.

De grote inspiratie voor Bristol is de ‘Psychology and the good life’-cursus van Laurie Santos, die vorig jaar aan de Amerikaanse Yale-universiteit begon als antwoord op symptomen van stress, angst en depressie. Een kwart van de studenten volgt de lessen, die sinds kort ook online staan.

Bristol a surtout trouvé l’idée dans le cours de ‘Psychology and the good life’ de Laurie Santos, qui a débuté l’an dernier à l’université de Yale (USA) en réaction aux symptômes de stress, d’angoisse et de dépression. Un quart des étudiants ont suivi ces cours qu’on peut aussi trouver en ligne. La première partie se trouve d’ailleurs ci-dessus en tête du billet 🙂

D’où la question parfaitement logique que l’Adrienne n’est apparemment pas la seule à se poser: « Demain, un cours sur le bonheur dans chaque université?« 

N comme Nestor

Deux mille six cent vingt-quatre ans. C’est l’âge d’un cyprès qui pousse avec quelques frères et cousins dans un parc naturel de Caroline du Nord. 

N’est-ce pas magnifique, se dit l’Adrienne en sirotant son café du matin.

Mais le titre de son journal l’a d’abord induite en erreur: « één van de oudste bomen ter wereld », lit-elle, un des arbres les plus anciens. Pas le plus ancien. Pas Mathusalem. Un Nestor, donc.

La palme, si l’on peut employer ici cette expression, revient à un épicéa suédois d’environ huit mille ans.

Pourvu que les tronçonneuses leur prêtent vie… Et que les scientifiques arrêtent de prélever jusqu’au cœur de l’arbre ces baguettes leur permettant de s’amuser à des datations et autres frivolités.

Un peu de respect, que diable!

article en français ici.