Adrienne rigole

Je me demande si tu ne t’ennuies pas trop, écrit la mère de l’Adrienne à la veille de l’an neuf.

Voilà qui l’a beaucoup, beaucoup fait rire!

Se rendrait-elle compte à quel point elle représentait un full time job?

Ou est-ce elle qui s’ennuie?

Bref.

En tout cas, elle devrait savoir que l’Adrienne ne s’ennuie jamais.

Ni quand elle était enfant, ni aujourd’hui.

Dernières nouvelles du front

Qui l’aurait cru, dit l’Adrienne à sa Tantine mardi dernier, qu’on prendrait rendez-vous sur le trottoir?

C’était la première fois qu’elles se revoyaient après plusieurs mois. La Tantine se remet d’un cancer, les seuls contacts se faisaient par internet.

Qui l’aurait cru, que la buée sur les lunettes ou les mérites comparés des gels hydroalcooliques deviendraient de vrais sujets de conversation chez le traiteur italien?

Qu’avec les copines on s’amuserait à mesurer laquelle va le plus loin dans la folie hygiénique au retour des courses?

Et qu’on aurait le fou rire quand la nipotina raconte qu’elle a installé un rideau de douche dans son entrée pour pouvoir serrer sa sœur dans ses bras.

Bref, après dix mois sans avoir touché un être humain, l’Adrienne s’apprête à serrer sur son cœur sa carissima.

Sans rideau de douche.

Et probablement sans internet… donc bonne année à vous tous et à bientôt!

N comme Nancy

Photo de Expect Best sur Pexels.com

Nancy avait voulu savoir comment on disait ‘un bel homme’ en arabe.

Bien sûr, ça avait mis la puce à l’oreille des autres participants, surtout que juste avant, elle s’était fait répéter deux ou trois fois comment bien prononcer ‘un pain gris’.

– Nancy a clairement un projet! a déclaré Frank.
– Mais non, mais non, a dit Nancy sans grande conviction. Je vais juste tester mon arabe chez mon boulanger!

Au cours suivant, Frank a évidemment voulu savoir si le test avait été concluant.
Le ‘bel homme’ avait-il compris?

– Je n’ai pas de chance, a répondu Nancy. Il ne parle pas l’arabe.

Elle n’avait pas remarqué qu’il était Turc 🙂

O comme odorat

En ces temps un peu particuliers, certaines choses prennent une importance… particulière!

Ainsi par exemple, le moment où on ouvre le paquet de café, chaque matin, et où on met le nez dedans, pour en inspirer goulûment les effluves…

et se dire que tout va bien, on a encore un odorat en parfait état de fonctionnement 🙂

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Une étude a révélé que les troubles du goût touchent 88 % des personnes infectées et 86% présentent des troubles de l’odorat, comme on peut le lire ici. Où on explique que la cortisone pourrait être un traitement efficace.

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je vous ai remis la photo de la dernière expérience cappuccino, depuis je ne l’ai plus retentée 😉

J comme J’ai tout essayé!

J’ai tout essayé! se lamente le traiteur italien au moment où l’Adrienne déclare « Bon, je vais remettre cet ornement inutile! »

Les lunettes, c’est une très belle invention, mais elle ne s’accorde pas avec le port du masque.

J’ai tout essayé, répète-t-il, toutes les sortes de masques, toutes sortes de produits à mettre sur les verres des lunettes, même du Dr*ft, rien ne marche!

Je compatis! répond l’Adrienne.

Sur le chemin du retour, elle se dit qu’elle pourrait très bien les ranger dans un tiroir, vu qu’avec l’âge sa myopie a tellement amélioré qu’elle n’a plus besoin de lunettes, ni pour voir loin, ni pour voir près.

Embué ou non, c’est un ornement inutile 🙂

Mais si vous avez un bon truc, le traiteur italien est demandeur!

H comme humeur

Quand dimanche dernier Monsieur Nouveau Voisin a repris dès le matin sa scie, sa perceuse et son marteau pour la huitième journée consécutive – à quoi peut-il bien les utiliser dans une maison qui vient d’être refaite à neuf de bas en haut, on se le demande – bref dimanche dernier donc, l’Adrienne a décidé d’être d’une bonne humeur INOXYDABLE.

Alors elle s’est coupé les ongles et a ouvert son piano.

Après presque un an, oui oui.

Ce qui fait qu’il a fallu recommencer par les toutes premières leçons, les toutes petites pièces d’il y a quatre ans.

Mais c’était chouette 🙂

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Tania reconnaîtra le somptueux piano, qui ne ressemble en rien au petit Roland blanc de l’Adrienne 😉

D comme dormir


Souvent le matin Colo et l’Adrienne prennent le café ensemble, même si 1500 km les séparent.

Hier Colo lui a fait connaître la chanteuse et la chanson ci-dessus, dont elle n’avait jamais entendu parler.

Bien sûr, l’Adrienne l’a écoutée attentivement, tout en lisant les nombreux commentaires.

Certains l’ont bien fait rire, comme ceux qui regrettent de ne pas parler « baghette » alors qu’ils aimeraient tellement comprendre et chanter la chanson.

Le plus drôle de tous, c’est celui-ci, qui fera sûrement plaisir à Walrus: « Only the french would write a song about insomnia. »

N’est-ce pas, only the french would write a book about insomnia 🙂

C comme Cave canem!

Mosaïque de Cave Canem. 40x40cm - Vente de mosaïques romaines

Le 31 octobre, de nouveaux voisins se sont installés dans la maison d’à côté.

A l’époque de gentille voisine Casque d’Or, les seuls bruits qu’entendait l’Adrienne, c’était la sonnerie du téléphone ou un coup de mouchoir trompette.

A l’époque des gros travaux de Monsieur l’entrepreneur, c’était le boucan des outils et le fracas des murs qu’il faisait écrouler.

Quand l’Adrienne lui a gentiment demandé s’il envisageait d’insonoriser les murs, il lui a ri au nez: il ne voulait pas la croire quand elle lui disait qu’elle l’entendait poser un balai contre le mur ou dire ‘f*ck’ quand il faisait tomber un truc à terre.

Moi, disait-il, je n’entends rien qui vient de chez vous!

Ça peut compter comme preuve, n’est-ce pas, vu que l’Adrienne ne fait pas plus de bruit qu’une mouche.
Une mouche qui ne vrombirait pas.

Bref, les nouveaux voisins se sont installés, l’Adrienne entend Madame tousser – une toux de fumeuse – les enfants papoter, les parents discuter.
Quand ils ne parlent pas tous à la fois, elle comprend même ce qui se dit.

Ça promet, soupire-t-elle en se mettant au lit le soir du 31 octobre.

Ça promet, se dit-elle le matin du premier novembre, un dimanche pourtant, alors que les voisins la réveillent vers cinq heures et demie du matin.

Puis, comme elle a une nature optimiste, elle se dit que ça aurait pu être pire.
Qu’ils auraient pu avoir un chien, en plus.

Et bien vous savez quoi?

Une demi-heure plus tard, les aboiements ont commencé.

🙂

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la photo est une réplique de la mosaïque trouvée à Pompéi.

Z comme zoom

Au printemps, l’Adrienne avait fait de la résistance, préférant annuler ses cours d’histoire de la musique plutôt que de les suivre en ligne avec l’application zoom, qui ne lui semblait pas fiable.

Or nous y revoilà à l’automne – d’accord, on s’y attendait – et cette fois pour le cours d’arabe.

Ce sera zoom ou zut.

X c’est l’inconnu

Deux jeunes collaboratrices de l’association qui s’occupe des quartiers défavorisés ont lancé un projet lors du confinement printanier.

Elles ont sélectionné dix-sept personnes qui acceptaient de tenir un journal pendant deux semaines et ont guidé leur écriture à l’aide de quelques questions.

Elles en font le bilan aujourd’hui pour envoyer leurs conclusions aux responsables politiques de la ville et de la région.

Ces gens-là ne savent-ils donc pas qu’il y a des habitants en situation précaire?
Si, bien sûr.

Ne savent-ils pas ce que c’est que de vivre au jour le jour avec de trop petits moyens financiers?
Si, ils le devraient, en tout cas.

Alors? direz-vous.

Alors, il est important de leur remettre le nez dans cette réalité trop souvent occultée ou rejetée.
Et de voir comment de petites choses simples peuvent améliorer la situation.

Important de leur donner des exemples concrets.
De vraies tranches de vie de gens qui se débattent pour survivre et qui ont dû, en plus de leur précarité ‘habituelle’, gérer les problèmes qui se sont ajoutés à cause du confinement: la perte du petit boulot, la garde des enfants, le suivi de leur travail scolaire…
Des mamans qui ne maîtrisent pas nécessairement l’outil numérique, qui sont le seul gagne-pain, qui vivent dans une petite maison insalubre, sans terrasse ni jardin.

Car comme l’écrit une des participantes: « Personne n’est au courant de ma situation. Il y a des années que je gère tout ça toute seule. »