P comme panifiable

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La farine et la levure sèche étaient déjà dans le bol, bien mélangées, l’Adrienne tenait le gobelet d’eau en main et au moment de l’y verser elle est prise d’un doute: la farine d’avoine est-elle bien panifiable?

La réponse est non, évidemment 🙂

Le pain n’est pas devenu plus épais qu’une galette.

Chez l’Adrienne, de temps en temps c’est z’azis puis ze réflécis 😉

Mais qu’à cela ne tienne, le goût était excellent 🙂

X c’est l’inconnu

Le 28 avril, dit l’affiche, est la journée de la sécurité et de la santé au travail, comme le rappelle sur le mode humoristique cette affiche de la campagne de l’an dernier:

Dix doigts, dix orteils, qui sait combien il t’en restera si tu ne fais pas attention?

Mais comme le dit en conclusion la petite phrase du dessous: la sécurité au travail, il n’y a pas de quoi rire.

Et c’est très vrai, évidemment.
Beau-frère numéro 3 y a perdu tout un bras à l’âge de 18 ans.

T comme trottoir

Le trottoir était encombré de « nains » qui réalisaient une drôle de gymnastique, les bras levés au-dessus de la tête.

L’Adrienne se demandait pourquoi ils restaient les mains en l’air en regardant le verger.

– Ils arrivent trop tard, se dit-elle, la floraison se termine, c’était bien plus joli la semaine dernière. Et les quatre agneaux ont bien grandi, ils ne sont plus si blancs ni si attendrissants…

Mais ce n’étaient ni les agneaux ni les floraisons qui les occupaient:

– Regardez cet arbre-là, demandait la maîtresse, et faites avec vos bras la forme qu’il a… Est-ce que c’est la forme d’une pomme ou d’une poire?

Bref, le soleil brillait, ils prenaient l’air, apprenaient le mot « kruin » et pourraient expliquer le soir à papa et maman comment reconnaître un poirier, gestes à l’appui…

Pas mal, à trois ans 🙂

L comme langue

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Une petite fille déjà obèse se tenait au milieu du trottoir, refusant de bouger.
Cris, pleurs, dans sa jupette en tulle rose et son T-shirt I am a little Princess.
Rose aussi, évidemment.

Deux ou trois mètres plus loin, la maman avec la poussette du petit frère attendait que l’orage passe.

Pourquoi pleure-t-on avec une telle conviction rageuse, quand on a cinq ans et qu’on est en pleine rue? se demandait l’Adrienne, qui avait comme d’habitude très envie d’intervenir.
Un sourire, un « bonjour, Princesse! » font parfois des miracles.

La maman exhortait la petite dans une langue que l’Adrienne n’a pas réussi à « classer », ce n’était ni une langue germanique, ni romane, ni slave, ni de l’arabe…
Le temps d’analyser la situation pour évaluer si on avait plus de chances d’être comprise avec un « Dag, Prinses! » ou un « Bonjour, Princesse! », l’Adrienne était passée, avec ses deux sacs de courses aux épaules, et la Little Princess hurlait toujours.

Cette langue-là est universelle.

C comme chanter

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Mardi matin, l’Adrienne découvre un joyeux message de Sofie (quelle Sofie? qui est cette Sofie? connais pas cette Sofie!) l’invitant à chanter ensemble:

« Ik voel me heel gelukkig dat ik samen met u de komende weken mag zingen en plezier maken. » Je me sens si heureuse de pouvoir chanter et m’amuser avec vous dans les prochaines semaines.

Et autres gentillesses.

Ce n’est que tout en bas de la page qu’on peut lire que chacun de ces « heureux moments où on chantera et s’amusera ensemble » coûtera 15 €.

Le bonheur a un prix 🙂

I comme indignez-vous!

Le voisin a une installation pour chanter en public, un gros bac noir servant d’ampli, un micro, des baffles, tout ce qu’il faut pour faire beaucoup de bruit.

En plus, il a une voix désagréable, abîmée par une vie de tabagisme et un emphysème pulmonaire.
Et il ne chante que des trucs débiles…
(opinion tout à fait subjective, qu’il ne partage probablement pas ;-))

En train de lire dans son fauteuil, l’Adrienne sursaute dès les premiers crachotements – l’installation couine et crachote des décibels gratuits avant que le chanteur ne s’y mette à son tour – et se dit « Allons faire un tour, ce sera peut-être terminé quand je reviens, dans une heure ou deux. »

Bref, c’était concert le mardi de midi jusqu’au soir, le mercredi toute la journée et quand il a rallumé le feu le jeudi, l’Adrienne a perdu son équanimité légendaire: elle a tapé contre le mur.

Fort.
Sans un mot.
Avec le livre le plus lourd qu’elle ait sous la main, les neuf cents grammes de la biographie de Bruegel l’Ancien par Leen Huet.

Miracle: ça s’est arrêté net.

Quatre jours plus tard, on sonne à la porte.
C’est le voisin.
Pour demander si une conduite d’eau passe dans ce mur mitoyen parce que de son côté il y a des problèmes d’humidité.

L’Adrienne lui montre les faïences authentiques 1922 auxquelles personne n’a touché depuis les cent ans qu’elles sont là: s’il y a de l’humidité chez lui, ce ne peut être que la baraka.

La baraka de l’Adrienne, bien sûr, qui espère chaque jour qu’ils finiront par déménager.

Oui, indignez-vous 😉

U comme urgence

Annoncer sa « bonne résolution » à quelques personnes choisies de son entourage, c’est une tactique éprouvée: ça aide à la tenir dans la durée.

Aussi, l’Adrienne s’est-elle empressée de communiquer à l’ami de toujours – celui qui prétend qu’il l’a vue naître – cette belle intention de marcher une heure chaque jour.

– Excellent! fait-il, enthousiaste. On devrait le faire ensemble.
– Avec plaisir, dit l’Adrienne, bien qu’elle connaisse déjà la suite 😉

En effet, l’ami est jeune retraité – depuis le premier octobre – et il a en principe tout le temps qu’il faut.
Mais c’est sans compter sur ceux qui comptent sur lui, ses enfants, qu’il a pourtant « établis » – comme on dit dans les romans du tournant du 20e siècle – en leur transmettant à chacun des affaires qui marchent.

Premier jour, premier message:
– Ce ne sera pas pour aujourd’hui, F* a besoin de moi au bureau.

Deuxième jour:
– Désolé, vraiment, je dois aller faire un constat.

Troisième jour:
– On organise une réunion de travail avec le comptable.

Etc.

Même le samedi et le dimanche, vu que dans ce petit empire qu’il a construit pour ses enfants, il y a aussi un (grand) magasin.

Bref, ce n’est que le 23 janvier que le message était positif:
– Je suis libre entre deux heures et quart et quatre heures, cet après-midi, ça te va?

Or l’urgence, ce n’est pas d’aider ses enfants, mais de penser un peu à lui.
En 2021, il a eu un gros avertissement cardiaque.
Et deux ordres: se reposer et faire de la marche.

Vous comprenez, maintenant, que l’Adrienne s’inquiète?

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la photo a été prise .

N comme nonante

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– C’est bien au numéro 90 que tu habites? demande l’Adrienne à l’amie qui fête son anniversaire ces jours-ci.

Évidemment, vous commencez à la connaître, elle lui pose la question APRES avoir posté la carte de vœux.

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– Quel orgueil! On dirait bien que tu en es fière! dirait sa mère si elle lui racontait cette anecdote.

Et l’Adrienne qui croyait que l’autodérision est une forme d’humour 🙂

L comme limousine

– Tu as une nouvelle voiture? demande l’amie à qui l’Adrienne ouvre sa porte.

Elle montre le bel exemplaire long et sombre et rutilant garé juste devant et oui, elle est sérieuse: comme chaque fois qu’elle vient et qu’une bagnole est garée devant chez l’Adrienne, elle lui pose cette question:

– Tu as une nouvelle voiture?

C’est ainsi que tous ceux qui passent devant sa maison pensent que les poubelles ou autres choses qui traînent devant chez elle lui appartiennent 😉

Comme le jour où quelqu’un avait déposé (ou perdu?) un matelas sur son bout de trottoir et que sa directrice s’était étonnée, en route pour l’école, de voir ça là, alors que l’Adrienne est tellement « écolo » 😉

I comme incroyable!

C’est tout de même incroyable, se dit l’Adrienne en traversant la place du marché de la ville voisine, incroyable par les temps qui courent, pandémie et écologie, tant de raisons pour repenser sérieusement certaines choses…

En ce lundi midi, on était en train de démonter la grande patinoire qui avait été installée pour la période des fêtes.

Or pendant toute cette période, il a fait exceptionnellement doux, des températures record jamais notées, allant jusqu’à 15°C.
Et là, maintenant qu’on démonte, il gèle.

Puis l’Adrienne a repris sa petite auto pour rentrer chez elle.
Mais à la sortie de la ville voisine, paf! grand contrôle de police!

Avez-vous ceci et montrez-moi cela, et puis ce papier-là aussi! Bon, soufflez là-dedans… non! plus fort!

Vous connaissez le scénario.

Mais l’Adrienne, ah! l’Adrienne avait oublié à la maison son portefeuille avec son permis de conduire.

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photo prise à une expo à Bruxelles en septembre 2019