I comme incipit

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Souvent je me suis couchée de bonne heure, avec l’espoir que dans ma bulle, sous la couette, tout rentrerait dans l’ordre.

Dans ma région, à ceux qui ont un souci on recommande « slaap er een nachtje over » (1): passe une bonne nuit de sommeil et demain matin tu verras ça d’un autre œil.

Il doit cependant y avoir une faille dans le système, vu que le lendemain on constate que le souci est toujours là. Les lutins ne sont pas passés, ni la bonne fée.

Et surtout, il faut arriver à dormir.

J’ai toujours lu d’un regard soupçonneux les conseils qu’on trouve de nos jours jusque dans la dernière des gazettes, des conseils et des interdits de la part des gourous du sommeil, en particulier celui-ci: éteindre tous les écrans au moins deux heures avant de se coucher.

Deux heures, vraiment?

😉

***

(1) l’équivalent du français « la nuit porte conseil ».
La traduction littérale pour « slaap » est « dors » (impératif) et « nacht » = « nuit », donc: « slaap er een nachtje over » = passe une bonne nuit de sommeil (là-dessus).

***

Deux consignes pour ce texte: les mots imposés d’Olivia Billington: souvent – ordre – soupçonneux – gazette – espoir – bulle – particulier – faille et la proposition 173 d’Ecriture créative: Vous commencerez votre texte par une phrase de Marcel Proust  : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure »

Photo prise d’une chambre avec vue 🙂

G comme GSM

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Bon, les habitués le savent, certains même depuis 2008 puisque c’est alors qu’elle en a parlé pour la première fois, l’Adrienne est téléphonophobique.

Vous savez aussi que depuis avril l’Adrienne est entrée dans le 21e siècle.

Bon.

Vous avez dû remarquer que l’été est passé et qu’un léger besoin de chauffage se fait sentir.

Chez les gens normaux, on appuie sur un bouton ou on tourne à une mollette et hop! ça se met en route.
Chez l’Adrienne, il y a chaque fois matière à suspense.
Enfin, si on peut encore parler de suspense. Vous aussi avez déjà deviné la suite.

Donc, le week-end dernier, comme la température était assez brusquement descendue à 16°, l’Adrienne a décidé de mettre du chauffage. Las, l’engin a émis deux borborygmes puis a indiqué « F 22 », ce qui dans son langage – il faut bien sûr d’abord mettre la main sur le mode d’emploi de l’appareil – veut dire: manque d’eau ou manque de pression.

Bon.

Besoin d’un homme de l’art. Attendre jusqu’au lundi. Téléphoner à celui qui a déjà dû venir la fois précédente. Son numéro n’est plus attribué. Faire une recherche internet. Y passer une demi-journée. Téléphoner à l’installateur. Quelqu’un de la firme va rappeler. Quand? Aujourd’hui peut-être ou alors demain. Sans rire! Rester collée au GSM toute la journée. L’emporter même aux toilettes. Devoir le recharger toutes les quatre heures. S’il veut bien. Souvent il ne veut pas. « En charge sur le secteur », affiche-t-il, ce vilain menteur, alors que le niveau de batterie continue de baisser.

Bref, l’Adrienne rame et n’a pas chaud… 

(d’où l’illustration, prise à Ostende, et qui a déjà servi pour un billet consacré à l’artiste et à l’expo inspirée du Radeau de la Méduse ;-))

Y comme yoga

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« Tu devrais faire du yoga. » – « Le yoga, ça te ferait le plus grand bien. » – « Pourquoi tu ne t’inscris pas à un cours de yoga? » – « Moi le yoga m’aide beaucoup! » 

Bref, la carissima nipotina en a tant et tant parlé que l’Adrienne – bien que n’ayant pas les dispositions naturelles d’une Cici (prononcer TchiTchi) – s’est inscrite pour un cours de yoga hebdomadaire.

Premier mercredi de septembre, premier cours.

L’Adrienne, de peur d’arriver en retard, de ne pas trouver l’endroit – ce n’est pas dans sa ville – est en avance de vingt minutes. Même la prof n’est pas encore arrivée 😉

Peu après neuf heures, chacun est installé dans un grand cercle pour le tour de piste habituel des présentations – du temps perdu, personne ne retient le prénom de personne, même la prof donne du Patrick au seul homme du groupe, alors qu’il avait dit s’appeler Stefaan.

La séance commence.
L’Adrienne fait de son mieux.
Se heurte à ses limites.
C’est normal, pense-t-elle, d’ailleurs la prof l’avait dit en préambule, ne pas se forcer, chacun a ses limites etc. etc.

Tout à coup une voix l’apostrophe d’un ton sévère. Deux ou trois fois, même – elle n’avait d’abord pas compris que la prof s’adressait à elle:

– C’est exprès, que vous faites tout de travers?

U comme une vie (ter)

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L’Adrienne est en train de s’habituer à ne plus être Madame. Lundi soir, dans un des couloirs de l’académie de musique, elle rencontre Alena:

– Ça me fait tout bizarre de ne plus être ta prof, lui dit-elle.
– Je comprends, répond Alena.

Un peu plus tard elle ajoute:

– Je comprends que c’est dur pour vous de nous lâcher.

Incroyable comme ils sont clairvoyants, les élèves de Madame.
Pardon, anciens élèves.
Ex-Madame.
😉 

L’Adrienne, disais-je, est en train de s’habituer à une vie sans école, sans élèves:
Il lui arrive de rester encore un peu au lit après six heures du matin.
Elle prend de longs week-ends à Ostende ou à Bruxelles – merci les amis!
Les dimanches se passent sans stress du lendemain.
C’est merveilleux.

Le 17 septembre à midi pile Madame a été rayée de la plate-forme numérique de l’école.
Juste au moment où elle avait été jeter un œil aux premiers résultats en maths et en français de « ses » élèves et qu’
elle retournait à la rubrique ‘correspondance’ dans le but d’envoyer un message de félicitations à Lilya: PAF!

« Vous n’avez pas accès à cette fonction » lit-elle en toutes lettres sur son écran.

– Voilà, se dit l’ex-Madame, il fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre.

Une nouvelle vie, donc 🙂

Une vie nouvelle!

***

photo prise lors d’une promenade vespérale le 20 septembre

R comme repos!

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Quel silence, la nuit, depuis que les travaux à la rue ont atteint la maison de l’Adrienne, rendant toute circulation impossible!

Quel calme monacal succède à la tonitruante symphonie des jours, ce mélange étrange de cris d’enfants – miracle quotidien des voix suraigües poussées à l’extrême sans qu’elles ne se cassent – et du bruit des camions, des remorques, des bennes, des chenilles qui compromettent l’intégrité des murs de la maison – combien de fois déjà n’ont-ils pas tremblé, au point que l’Adrienne craint de les voir se fissurer ou s’écrouler…

Et pour ceux ou celles ayant le culte de la propreté, l’autre prix à payer c’est la couche de poussière de terre et de sable, épaisse comme le doigt, qui s’accumule chaque jour et s’infiltre jusque dans les armoires de la cuisine.

Rien n’est parfait, soupira le renard 🙂

***

écrit pour les Plumes d’Asphodèle reprises par Emilie – que je remercie – avec les mots imposés suivants: SILENCE – BRUIT – DOIGT – SYMPHONIE – DISCRETION – CALME – MOUCHARDER – MONACAL – MIRACLE –  plus trois en bonus que vous utiliserez si cela vous en dit : CULTE – CRI – COMPROMETTRE

L’Adrienne ayant reçu une éducation très stricte, elle n’a évidemment pas utilisé ‘moucharder’ 🙂

photo prise dans ma rue le 9 septembre

Question existentielle

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Maintenant que le jardin de l’Adrienne – après le passage d’un jardinier, oui il a fallu casser la tirelire – est à peu près nu comme un ver, pourquoi maintenant les voisines ne viennent-elles pas sonner à sa porte pour la remercier et la féliciter 😉

Bon, la question n’en est pas une – d’ailleurs on n’y a pas mis de point d’interrogation – on connaît la réponse.

Pourtant on pourrait se la poser: pourquoi est-ce plus facile – pour certains en tout cas – de réclamer récriminer se plaindre exiger maugréer se lamenter protester râler rouspéter… que de faire un sourire au jour et au monde?

Et là, vous l’aurez remarqué, il y a un point d’interrogation 🙂

***

photo prise mardi dernier

A comme Antoinette

Alors que l’autre dimanche l’Adrienne raccompagne une amie jusqu’à sa voiture qu’elle a dû laisser sur l’avenue, vu que la rue est en travaux, elles passent devant toute la rangée de maisons ouvrières qui la bordent.

– Tiens! fait Antoinette en en désignant une particulièrement basse et étroite, il y a donc des maisons qui sont encore plus petites que la tienne!

Que voulez-vous que l’Adrienne réponde à ça?

Elle a ri, bien sûr, et elle a dit oui, en effet, il en existe d’encore plus petites.

***

Puis samedi en rentrant de Bruxelles en train, elle a le sourire aux lèvres en repensant à une question posée la veille par Tania: « Tu n’as jamais pensé à t’installer à Bruxelles? »

Et au « standing » qu’aurait eu cette habitation-là, si elle en avait cherché une dans la capitale 🙂

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Retour de vacances ? demandait le Goût-des-autres pour son devoir du lundi.

C’est la rentrée. Même pour Hopper qui dans ce tableau a l’air de nous poser des questions étranges et indiscrètes. À quoi peut-elle penser qui lui donne cet air ?
Je n’en sais rien mais je compte sur vous pour le dire lundi.
Après tout, c’est aussi la rentrée pour vous et moi…

 

***

les photos en tête du billet sont celles de la maison d’avant, son jardin et son environnement – la dernière est celle de la fenêtre-sur-rue de la maison d’aujourd’hui.