F comme file

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La presse l’avait annoncé pendant le week-end de Pâques: dès le mardi 6 avril, les Belges de 18 ans et plus pourraient s’inscrire sur une liste d’attente, de sorte que s’il reste quelques doses de vaccin en fin de journée, on puisse les appeler pour leur en donner une.

Que rien ne se perde.

Excellent principe!

D’ailleurs à ce propos l’Adrienne avait eu un échange assez musclé – courtois mais ferme – avec un des responsables politiques de sa ville, un jour qu’il faisait sa pub en vantant l’excellente organisation du centre de vaccination.

Il lui avait alors certifié et juré ses grands dieux qu’aucune dose ne se perdait, qu’en fin de journée elles étaient données aux bénévoles, à la police, aux pompiers…

D’accord, avait dit l’Adrienne, mais quand ceux-là aussi seront tous vaccinés?

Bref, le gouvernement a dû se faire la même réflexion et a fini par installer la fameuse liste d’attente qu’il refusait auparavant.

Vous devinez la suite: mardi, vers dix heures et demie, l’Adrienne se rend sur le site ad hoc pour s’inscrire. Elle y apprend qu’elle est le numéro 261 321 et qu’il y a 183 432 personnes avant elle dans la file d’attente.

Et ça, rien que pour la Flandre!

Le temps d’écrire ce billet, environ une demi-heure, il y avait encore 177 201 personnes dans la queue.

Si ça vous amuse, vous pouvez calculer le nombre d’heures qu’il faudra avant qu’elle reçoive ses dix minutes pour s’inscrire sur la liste 🙂

***

ajout de ce midi, une belle illustration signée Kroll:

Sept fois

Cette fois, ça y est, ils sont morts! se dit l’Adrienne en entendant le silence total.

C’était le dimanche de Pâques et les voisins avaient eu la bonne idée de quitter la maison en laissant seuls les deux chiens.

Qui ont d’abord manifesté leur mécontentement en aboiements.
Puis leur désespoir en hurlements.
Et qui ont fini par passer leur frustration l’un sur l’autre: et vas-y que je te mords, et vas-y que je couine, je mords, je couine, je mords, je couine…

Paf! Boum! gros fracas de choses qui tombent… et plus rien.
Plus un bruit.

Cette fois, ça y est, ils sont morts! se dit l’Adrienne.

Hélas, c’était Pâques: ils ont ressuscité.

R comme résultat

C’est une histoire qui ressemble à celle du canard de Robert Lamoureux.

Vous savez donc déjà comment elle se termine, désolée de vous ôter la joie du suspense 😉

Un jeudi matin, l’Adrienne se rend à son supermarché préféré, alléchée par une pub pour son café L*v*zz*, pensez donc, 1 + 1 gratis.

Oui, ce genre d’arnaque marche.

Hélas, dans le rayon elle ne trouve pas celui qu’elle aime, celui qui fait 8/10 sur l’échelle du goût, selon son emballage.
Elle s’enquiert auprès d’une employée, peut-être est-il encore dans la réserve?

– Ah non, il n’y en a pas, revenez lundi.

En effet, le samedi matin, il n’y était toujours pas.
Mais pas davantage le lundi.
Nouvelle enquête auprès du personnel:

– Ah non, on n’en recevra plus, il faudra demander à l’accueil.

Vous connaissez ce genre d’endroit qui s’appelle ‘accueil’ dans un supermarché?
Soit il est vide. Il faut sonner, une voix d’aéroport retentit toutes les cinq secondes dans le magasin pour appeler un membre du personnel et quelqu’un vient « dès que possible ».
Soit il y a une queue de gens espérant gagner des millions à la loterie, par grattage ou par tirage.
Ce jour-là, c’était la queue.

– Combien vous en voulez? demande la jeune femme à l’Adrienne tout étonnée de devoir dire à l’avance combien de paquets de café elle achèterait le jour où il y en aurait.
– Ben… un, a-t-elle répondu, de peur de sembler immodeste.

Bref, l’autre jour il y avait du L*av*zz* 8/10 dans le rayon, l’Adrienne en prend deux paquets – souvenez-vous, 1 + 1 gratis – et va au self-scan, vu que les deux caisses à l’ancienne, avec caissière, avaient du monde jusque dans les rayons.

Et là, PAF! elle tombe sur une employée qui n’a inventé ni l’eau chaude ni l’eau tiède, qui secoue la tête sans comprendre et qui l’envoie régler son histoire de café… à l’accueil.

Résultat: les deux paquets de L*v*zz* 8/10 se sont retrouvés dans les bras de la dame et l’Adrienne est sortie sans.

Très très énervée, sans dose de caféine 😉

A comme annonce

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Samedi vers midi et demi, on sonne à la porte.
C’est la voisine.

– Vous pourriez me prêter votre mixeur? Ma sœur est là et je lui ai fait de la soupe et maintenant je ne peux même pas la lui mixer!

Pas grave, a envie de dire l’Adrienne. La soupe mixée est encore moins bonne que la non mixée 😉
Mais elle s’est tue, évidemment, et est allée chercher son mixeur, qu’elle a eu en cadeau de mariage et qui a surtout servi à faire de la mayonnaise 😉

– Il se peut, dit la voisine, que vous entendiez parfois de la musique un peu forte…

Derrière le masque qu’elle a mis à la hâte, l’Adrienne se mord la langue.
La voisine a-t-elle oublié qu’on entend tout, les conversations, les jurons, les cris, tout?
On le lui a bien dit, pourtant?

– Mais voilà, poursuit-elle, on va se marier le 4 juin…
– Ah! Félicitations!
– Merci, vous serez invitée, bien sûr. Mais voilà, mon mari chante et on est en train de choisir la musique…

Il chante? cet homme qu’on entend tousser horriblement nuit et jour et qui a une voix de papier émeri?
Et que jamais jamais jamais on n’a entendu chanter, en quatre mois?

Bref.

De wonderen zijn de wereld nog niet uit.

Qui vivra jusqu’au 4 juin verra (et entendra)

Le défi du 20

Il y avait ces picotements.

Dans les mains, les doigts surtout.
Toute la peau des dix doigts.

Voilà, se dit l’Adrienne, j’ai attrapé une allergie!
Mais à quoi?

Comme elle avait justement mangé quelques mandarines, alors qu’elle n’en avait plus mangé depuis des mois, depuis l’hiver dernier, en fait, elle s’est dit que ça devait être ça.

Surtout qu’elle les avait achetées bio et en mangeait même la peau. C’est excellent, mixé et ajouté aux céréales du matin.

Bref, elle a décidé que ce ne pouvait être que ça: la malédiction des mandarines!

Impensable d’imaginer que le fauteur de trouble pourrait être le morceau de chocolat noir quotidien 🙂

***

écrit pour le Défi du 20 février, avec deux mots en M proposés par Soène: mandarine et malédiction

L comme lummelen

© UNSPLASH / KATE STONE MATHESON

Il y a trois mots en L dans l’article et ils sont tous synonymes de lézarder: lummelen, luieren, lanterfanten.
Flemmarder, paresser.

Il paraît que c’est bon pour la santé mentale et pour la créativité.

Par conséquent, c’est ce que nous ferons avec plus de conviction que jamais 🙂

Bonne créativité à vous tous!

***

si l’article entier vous intéresse, je vous l’envoie volontiers.

Z comme zut!

Zut! se dit l’Adrienne en entendant le flot de muzak envahir la maison.
Il est temps d’intervenir.

On ne peut empêcher ses voisins d’avoir certains goûts musicaux mais on peut essayer de leur faire baisser le son.

Elle prend donc sa plume la plus diplomatique pour écrire sur un ton guilleret « vous aurez sans doute déjà remarqué vous aussi à quel point le mur entre nous est fin ».
Mais non, la voisine ne l’avait pas encore remarqué, et pour cause, l’Adrienne mène une vie de souris – et même moins bruyante encore.

« Moi j’entends tout ce que vous dites, répond l’Adrienne, je comprends juste un peu moins bien quand c’est Monsieur qui parle, à cause de son dialecte gantois. »
Ce dernier détail devant servir à convaincre tout à fait la voisine que oui, zut et flûte, l’Adrienne entend tout!

« Même, ajoute-t-elle, que je me sentais fort mal à cause de ça, comme un voyeur. »

Parce que c’est régulièrement reality TV chez les nouveaux voisins.

Bref, la voisine remercie de l’avoir prévenue et conclut par un « On en tiendra compte à l’avenir! »

Quant à savoir quand c’est, « l’avenir », la question reste ouverte: ils continuent à crier dans leur téléphone et à parler si haut et si fort, alors qu’ils ne sont que deux dans la maison, que l’Adrienne – zut et flûte – continue de tout entendre.

Mais au moins elle n’a plus l’impression de faire du voyeurisme 🙂

***

et douze minutes de Mozart pour se remettre les oreilles à l’endroit 🙂

écrit pour le Défi du samedi n°648 – merci Walrus!

Adrienne rigole

Je me demande si tu ne t’ennuies pas trop, écrit la mère de l’Adrienne à la veille de l’an neuf.

Voilà qui l’a beaucoup, beaucoup fait rire!

Se rendrait-elle compte à quel point elle représentait un full time job?

Ou est-ce elle qui s’ennuie?

Bref.

En tout cas, elle devrait savoir que l’Adrienne ne s’ennuie jamais.

Ni quand elle était enfant, ni aujourd’hui.

Dernières nouvelles du front

Qui l’aurait cru, dit l’Adrienne à sa Tantine mardi dernier, qu’on prendrait rendez-vous sur le trottoir?

C’était la première fois qu’elles se revoyaient après plusieurs mois. La Tantine se remet d’un cancer, les seuls contacts se faisaient par internet.

Qui l’aurait cru, que la buée sur les lunettes ou les mérites comparés des gels hydroalcooliques deviendraient de vrais sujets de conversation chez le traiteur italien?

Qu’avec les copines on s’amuserait à mesurer laquelle va le plus loin dans la folie hygiénique au retour des courses?

Et qu’on aurait le fou rire quand la nipotina raconte qu’elle a installé un rideau de douche dans son entrée pour pouvoir serrer sa sœur dans ses bras.

Bref, après dix mois sans avoir touché un être humain, l’Adrienne s’apprête à serrer sur son cœur sa carissima.

Sans rideau de douche.

Et probablement sans internet… donc bonne année à vous tous et à bientôt!

N comme Nancy

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Nancy avait voulu savoir comment on disait ‘un bel homme’ en arabe.

Bien sûr, ça avait mis la puce à l’oreille des autres participants, surtout que juste avant, elle s’était fait répéter deux ou trois fois comment bien prononcer ‘un pain gris’.

– Nancy a clairement un projet! a déclaré Frank.
– Mais non, mais non, a dit Nancy sans grande conviction. Je vais juste tester mon arabe chez mon boulanger!

Au cours suivant, Frank a évidemment voulu savoir si le test avait été concluant.
Le ‘bel homme’ avait-il compris?

– Je n’ai pas de chance, a répondu Nancy. Il ne parle pas l’arabe.

Elle n’avait pas remarqué qu’il était Turc 🙂