Septième étape

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D’abord, une dame est passée dans chaque maison pour faire signer un papier par lequel on donnait son accord d’être exproprié. Même si on n’était pas d’accord. C’était vers 2016.

En 2018, les haies et les arbustes des jardinets ont été arrachés à la grue aussi facilement que des fétus de paille.

En 2019, la terre des jardinets a été ouverte pour renouveler les conduites de l’eau, du gaz, de l’électricité, les câbles divers pour le téléphone, internet, la télé.

Le béton de la route a été cassé avec une telle force qu’on a craint que nos maisonnettes ne s’écroulent en même temps.

Un tronçon à la fois, la route a été creusée comme pour y installer des piscines: d’énormes collecteurs d’eau de pluie en béton y ont été placés. Les modèles carrés ont été coulés sur place, les ronds ont été apportés.

Enfin, ces dernières semaines la route a été refaite, ainsi que des trottoirs et une piste cyclable. Ici et là, un arbre a été planté. Des liquidambars. Les marquages au sol ont été refaits.

Et demain comme prévu la route sera rouverte à la circulation.

***

La photo a été prise le matin du 21 avril: les arbres ont été apportés – petite motte, long fût, branches déjà tout en feuilles – plantés le lendemain… ils auront bien du mérite s’ils s’en sortent tous vivants en 2021!

 

Z comme Zand

brown sand

Lundi en fin d’après-midi, l’Adrienne avait enfin un beau trottoir tout neuf.
Recouvert de divers gros tas de sable clair.

Alors vous la connaissez, elle a pris une petite brosse et a commencé à introduire patiemment le sable dans les interstices entre les pavés.

– Faut laisser ce travail aux ouvriers! dit un homme qui passait là avec son chien.

Non tenu en laisse, le chien, et qui s’est dépêché d’aller lever la patte sur le magnifique plant de citronnelle.

– Vous croyez que les ouvriers vont brosser le trottoir? Demain?

– Ah! demain, je n’en sais rien, mais c’est leur travail, pas le nôtre!

Ils ont continué à deviser pendant que le chien explorait le couloir, le jardin et les jambes de l’Adrienne.

– Et ce trou, là? fait l’homme en désignant l’aération de la petite cave, vous allez le laisser ouvert?

– Les ouvriers ont cassé la pierre qui était posée dessus, dit l’Adrienne.

– S’il pleut, vous allez avoir de l’eau dans votre cave!

Hélas! ne parlez pas de ce genre de malheur à l’Adrienne! Mais elle ne lui a pas raconté ses mésaventures aquatiques.

Bref, de fil en aiguille il a proposé de venir dès le lendemain lui faire un peu de travail de maçonnerie pour fermer tout ça.

Donc depuis mardi soir, l’Adrienne n’a plus de trou d’aération à sa cave.

Et le plus beau de tout: vous savez qui c’est, ce charmant voisin?

Celui qui jusqu’à l’an dernier venait chaque quinzaine, le jour des immondices, déposer ses sacs de canettes de bière.

Oui, celui-là même!

Photo de Negative Space sur Pexels.com

Y comme y a qu’à

shallow focus photography of couple ants holding book figurine

L’ami au téléphone était en train d’expliquer à l’Adrienne que la jardinerie AVEVE était rouverte depuis la veille mais qu’il ne s’y était pas du tout senti à l’aise, trop de monde, pas assez de distance, bref il déconseillait d’y aller, même s’ils avaient encore quelques paquets de farine dans les rayons 😉

– Pourtant, dit l’Adrienne, faudrait que j’y aille, j’ai une invasion de fourmis dans la cuisine…

– Oh! fait-il, attends! ma femme a un bon remède, pas besoin de sortir de chez toi!

En effet, l’épouse explique qu’il suffit de verser un peu de farine là où entrent les fourmis:

– Elles s’en repaissent, paraît-il, et disparaissent comme par enchantement!

L’Adrienne aurait bien essayé ce miraculeux remède, oui mais justement, c’est la farine qui manque.

– Ça marcherait aussi avec de la fécule de maïs ou de riz, tu crois? C’est tout ce qui me reste!

– Sans doute! dit l’amie. En tout cas, ça vaut le coup d’essayer!

C’est ainsi que depuis une quinzaine de jours, les fourmis de l’Adrienne se repaissent de fécule.

Et non, elles n’ont pas encore disparu 😉

Photo de Pixabay sur Pexels.com

T comme Tantale

by Jean-Michel Folon | Jean michel folon, Folon et Michel

Avant de partager avec vous son cabinet, l’ophtalmo veut s’assurer que vous ne toussez pas. C’est ce que dit une affichette très artisanale placardée sur toutes les portes.

Ce n’est pas qu’il soit pinailleur – c’est un homme d’un naturel courtois et affable – mais ne tergiversons pas et passons au désinfectant tout ce que le patient précédent pourrait avoir touché.

D’ailleurs, regardez ses pauvres mains, à la peau rongée par les produits qu’il passe et repasse deux fois par quart d’heure sur tous ses appareils. Et sur le boîtier pour le paiement par carte, même si désormais vous payez sans contact.

Allons-nous vers un abêtissement des relations humaines ou au contraire vers un monde plus véritablement convivial? Vers plus de conscience verte ou plus d’emballages et autres plastiques que jamais? Chi lo sà?

Mais vous espérez être bientôt débarrassée de cette nouvelle forme du supplice de Tantale: l’interdiction de porter la main au visage, de se gratter le nez ou de se frotter les yeux.

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Ecrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés suivants: cabinet – tergiverser – Tantale – abêtissement – pinailleur – emballage – partager – convivial – sniper.

L’image représente un Folon qui est accroché dans la salle d’attente de l’ophtalmo.

Défi du 20

132 - Copie

L’Adrienne avait un grand jardin, des arbres et des fleurs de toute beauté et un tas de matériel, comme la brouette de la photo.

Quand elle est venue habiter en ville, elle a trouvé le jardin si petit en comparaison de celui d’avant qu’elle n’a pas jugé utile de déménager tout son matériel de jardinage.
La fidèle brouette est restée là-bas.

Ce qui fait qu’aujourd’hui elle trimbale son tas de terre à l’aide de deux seaux…

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pour le défi du 20 mars, il fallait utiliser beauté + brouette

photo dans le jardin d’avant, prise 28 mars 2011, après une première tonte de gazon qui était surtout un ramassage de feuilles mortes – le magnolia soulangeana commence à montrer un peu de couleur 🙂

K comme Kilimandjaro

« Où tu pourras dormiiiiir » chante l’Adrienne – que ne ferait-elle pas pour se délivrer de ses insomnies – et dans la rivière des conseils reçus aucun ne fonctionne.

– Moi je prends un berlingot de lait bien sucré et je dors comme un bébé, dit tante Simone.

– Je me couche, je prends un magazine et le repos vient tout seul, dit l’ami Philippe, qui s’endort paisiblement sur un article scientifique concernant le dernier virus à la mode ou la planète engorgée de déchets.

– J’ai arrêté de manger le soir et je m’en porte beaucoup mieux, fait l’amie en remontant son châle genre bohème autour de son joli cou marmoréen.

Le jeûne, elle y croit.

Ce n’est pas l’avis de tout le monde, se souvient l’Adrienne:

Ensuite, les gens faits vinrent à s’apercevoir que le jeûne les irritait, leur donnait mal à la tête, les empêchait de dormir. On mît ensuite sur le compte du jeûne, tous les petits accidents qui assiègent l’homme à l’époque du printemps, tels que les affections vernales, les éblouissements, les saignements de nez et autres symptômes d’effervescence qui signalent le renouvellement de la nature. De sorte que l’un ne jeûnait pas, parce qu’il se croyait malade, l’autre parce qu’il l’avait été ; et un troisième parce qu’il craignait de le devenir

Mais que serait la vie sans ses petites aspérités 🙂

Prenez bien soin de vous! 

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texte écrit pour Olivia Billington – merci à elle! – avec les mots imposés suivants: berlingot – repos – engorger – rivière – virus – bohème – marmoréen – aspérité – vernal.

La citation en bleu est de Brillat-Savarin, La physiologie du goût, éd. 1825, p.247.

J comme Jaguar

L’Adrienne pataugeait dans la boue devant chez elle, en route pour faire les courses, quand elle a vu un homme en détresse – oui, vous lisez bien, un homme en détresse – lui faire de grands signes pour attirer son attention.

– Je dois être à la rue du F***, crie-t-il, c’est par où?
– Alors là, à pied vous y seriez très vite, sauf qu’en ce moment, même à pied on ne passe pas… et en voiture, c’est compliqué, à cause des travaux.
– Oui, j’ai remarqué, fait-il.
– Vous avez un GPS? demande l’Adrienne, qui se rendra compte du ridicule de sa question quand elle verra la bagnole, cinq minutes plus tard.

Bref, il devait faire demi-tour, s’y retrouver dans le labyrinthe du nouveau quartier résidentiel, remonter jusqu’à l’entrée de la ville puis redescendre par la grand-rue et ne pas rater le bon embranchement, sur sa droite.

Pas évident pour quelqu’un qui ne connaît pas le patelin et qui va manquer son rendez-vous avec un mort. Il aurait déjà dû y être. Au funérarium.

– Vous savez quoi, dit l’Adrienne, en voyant qu’il restait planté là sans avoir l’air de bien enregistrer ses explications – données déjà au moins deux ou trois fois, moult gestes à l’appui – je vais monter dans votre voiture et vous accompagner jusque-là.

Ce n’est qu’après avoir ouvert la portière et posé un premier soulier – fort crotté – sur l’élégant tapis assorti aux coussins de cuir beige clair, que l’Adrienne a vu les sigles et constaté qu’elle embarquait dans la bagnole préférée de sa mère. Une Jaguar.

Une Jaguar XJ (1) – pour cinq à six minutes de confort et la voix de Madame GPS qui a fini par être d’accord avec les indications que donnait l’Adrienne.

Au dernier embranchement 😉

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(1) c’est de là aussi que vient l’illustration