R comme répertoire

C’est demain que les voisins de l’Adrienne organisent chez eux leur fête de mariage et comme ils l’en avaient prévenue, « de temps en temps » la musique allait « un peu fort » ces dernières semaines, parce qu’ils préparaient le programme des festivités.

Ce qui fait que l’Adrienne en connaît déjà tout le répertoire et qu’elle a pu constater qu’aujourd’hui encore, un mariage de Flandre se doit de comporter UNE chanson en français, l’indéboulonnable Connemara.

Personne n’en comprend les paroles et tout le monde s’en f…, il s’agit de faire lalala en agitant sa serviette de table 🙂

Bref, demain l’Adrienne va à Ostende.

La mer y est moins mythique mais ses oreilles s’y porteront mieux 🙂

M comme maison

– Vous avez vraiment tout ce qui vous faut, fait petit Léon en sortant des toilettes.

Et il le répète encore une fois ou deux, l’air sérieux:

– Elle est bien votre maison. Il y a tout ce qu’il faut.

Des toilettes qu’il a trouvées très belles.
L’ami qui y a contribué se reconnaîtra 🙂

L’Adrienne bien sûr a souri.
Sa maison est fort modeste mais il est vrai que les toilettes sont neuves.

Puis elle s’est souvenue que le grand frère avait raconté une anecdote similaire, au printemps dernier.

Comme stagiaire avec son maître de stage, ils avaient lors d’un travail dans le jardin d’une dame été invités par celle-ci à se joindre à elle pour le repas de midi.

Grand frère avait été fort impressionné par le riche décor et les proportions de la maison, et par la table bien mise, « comme pour une fête », avec nappe et serviettes…

Tellement impressionné qu’il avait été très mal à l’aise et avait à peine osé bouger de peur de commettre un impair.

F comme fa

Hier l’Adrienne réfléchissait à un billet F comme Fa, dans lequel elle vous expliquerait son petit souci de casting à la chorale: non, elle n’est pas vraiment une soprano mais le chef pense que si 🙂

Alors elle qui n’arrive qu’à peine à chanter le fa dans « judicandus » devrait arriver jusqu’au la dans « homo reus« . Mission impossible, donc.

Blijven oefenen, a rigolé un ténor quand elle a dit qu’elle n’atteindrait jamais ce sol et ce la. Blijven oefenen, continuer à s’entraîner, a-t-il répété, hilare, comme si l’exercice allait y changer quelque chose, mais bon, elle a ri aussi.

Et puis dans sa boîte aux lettres elle a trouvé un courrier de la police.

Pour lui signifier que son figuier (appelé « struik« , « buisson », alors qu’il est déjà plus haut que son toit ;-)) a des branches qui envahissent le trottoir: « het voetpad is bijna volledig overwoekerd« .

Dangereux, ça!
Et une invasion du domaine public, « inname van het openbaar domein » en plus!

Bref, le billet du jour serait plutôt F comme figuier.

Ou tout autre mot en F qui vous viendrait à l’esprit après la lecture de ce billet 😉

Première fois

Pour la première fois, hier matin, l’Adrienne a osé envoyer à sa voisine un message qui ressemble à une réclamation.

Pour lui signaler poliment que pendant la nuit, alors que leurs maîtres étaient de sortie, les chiens ont hurlé à la mort.
Jusqu’à trois heures du matin.

Devinez ce que la brave dame a répondu?

Qu’elle était désolée mais qu’elle n’y pouvait rien et que s’il y a du bruit chez elle, c’est parce qu’elle ne vit pas en ermite.

En ermite.
Kluizenaar, c’est le mot qu’elle a employé.

Et c’est sans doute pour le prouver que l’après-midi, pendant plus de deux heures, elle a mis le téléphone sur « pleine puissance et mains libres » pour qu’à côté, l’Adrienne puisse bien suivre la conversation sans avoir à en deviner la moitié 🙂

***

Ce même jeudi c’était aussi la première fois que les parents du petit Léon ont eu un entretien avec ses professeurs et l’Adrienne est impatiente d’en avoir le compte-rendu!

N’est-ce pas que sa vie est trépidante 😉

L comme LOL

– C’est quoi, ça? demande petit Léon.
– Ah!ça! ce sont les voisins.

Comme vous le savez, les nouveaux voisins sont très inventifs en nuisances sonores, ils aiment faire des trous dans les murs, collectionner les chiens qui aboient – pour pouvoir gueuler dessus, probablement – et mettre leur radio ou télé sur le volume réservé aux sourds et aux malentendants, ou à ceux qui veulent le devenir.

Justement ce jour-là, l’Adrienne avait reçu d’eux l’annonce que leur fête de mariage aurait lieu chez eux le 22 octobre.

Et, précisaient-ils, il se pourrait que ce jour-là il y ait un peu de bruit.

B comme bonbons

Quand on a sonné à sa porte, l’Adrienne a été surprise d’y voir son voisin, vêtu d’une chemisette – rappelez-vous qu’il vit torse nu, même quand il va dans le centre s’acheter une bricole – mais c’était pour pouvoir y épingler un badge mentionnant le mot « seingever« .

Sur lequel il tenait l’index, pour bien en montrer toute l’importance.

Dans l’autre main, il avait un gros sac.

– Je viens vous demander votre solidarité pour notre groupe de signaleurs, a-t-il déclamé, et de son gros sac il a extirpé un sachet de bonbons.

– Oh…! a fait l’Adrienne.

Et avant qu’elle ait pu lui rétorquer qu’elle n’en mangeait jamais, il a dit:

– Pour votre petit-fils.

Ce qui était évidemment fort flatteur, vu les beaux yeux du petit Léon 😉 qui a malheureusement déjà plus de grands-mères qu’il n’en faut.

Bref, l’Adrienne a été délestée de cinq euros pour des bonbons que personne ne mangera.

La veille, petit Léon, en parlant de ses affaires de classe qu’il prêtait à la demande et qu’on lui rendait cassées ou abîmées, lui avait précisément posé cette question:

– Moi je ne sais pas dire non. Comment on fait pour dire non?

L comme leuk!

– Bonjour! C’est toi, Yana?
– Non, c’est Tyana! Et vous, vous êtes la voisine?

C’est ainsi que les présentations ont été faites, sur le trottoir, entre l’Adrienne et une blondinette de neuf ans.

– Je suppose que nous allons au même endroit, fait la gamine avec l’assurance d’une grande.

Elle était chargée d’aller faire valider les bulletins du Lotto, alors que l’Adrienne et petit Léon se rendaient à la bibliothèque. Lui ne desserrait évidemment pas les dents: en plus de sa timidité, il avait l’excuse de la langue.

– Moi je connais déjà l’anglais, dit la petite. Je sais compter jusqu’à 99 parce que je ne sais pas comment on dit cent.

Bref, ils n’avaient pas deux cents mètres à faire ensemble, mais ça a suffi à Tyana pour exprimer son soulagement de pouvoir passer en quatrième primaire, raconter qu’elle a des devoirs de vacances à faire, qu’elle connaît déjà bien le coin, qu’elle sait dire ‘bonjour’ en espagnol et qu’elle se plaît bien dans la ville de l’Adrienne:

– Ik vind het leuk, hier!

Ce qui est tout à fait rassurant, bien sûr 🙂

K comme krapoverie

Quand l’Adrienne était petite fille, en rentrant de l’école, malgré le poids du cartable et la longueur du trajet à faire, elle allait régulièrement jusqu’au gros ruisseau qui traverse sa ville, dans le but d’observer sa couleur du jour.

Généralement il était bleu marine, violet ou brun: la teinturerie en amont utilisait son eau pour les rinçages.

Puis la teinturerie a cessé ses activités, comme bon nombre d’usines textiles de la région.
L’eau est redevenue claire.
De nouvelles plantes ont colonisé ses berges.

L’usine désaffectée est devenue académie de musique et centre culturel.
Les abords, un parc.
Les bassins de la teinturerie, des étangs à nénuphars et poissons rouges.

Et le ruisseau, ses roseaux, ses herbes folles, un enchantement pour les grenouilles et les canards.

Ainsi que pour le héron 🙂

***

merci à Joe Krapov pour sa consigne du 8 juin:

1. lister les endroits où, au cours de votre vie, vous vous êtes trouvé·e au bord de l’eau (mer, rivière, lac, piscine, etc.).

2. Dans cette liste, prenez un lieu et racontez en détail, à la manière d’un chapitre d’autobiographie, ce qui vous est arrivé ou ce que vous avez ressenti.

Y comme y a de l’orage dans l’air

C’était le samedi 19 juin.

Grosse ambiance chez les voisins: quatre voix, la radio, les deux chiens et les glapissements d’un troisième.

Sapristi, se dit l’Adrienne « ik voel de bui al hangen« .
On dirait un chihuahua et j’ai la très forte impression qu’après le départ de ce couple d’amis, la bête glapissante va rester.

Ainsi soit-il.
Amen.

L’Adrienne n’a même pas besoin de boule de cristal: avec ses voisins, le pire est toujours à venir 🙂

***

l‘image illustre l’expression néerlandaise, ik voel de bui al hangen, « je sens déjà l’averse », expression utilisée quand on pressent ou devine un danger, un problème.

T comme tatoué

Je me demande, se disait l’Adrienne l’autre jour, si je reconnaîtrais mon voisin, au cas où je le rencontrerais en ville…

En effet, elle connaît surtout le son de sa voix.
Et elle ne l’a jamais vu que torse nu, les bras et le dos couverts de tatouages divers.
En short. Les mollets tatoués.

Elle se demandait donc dans quelle tenue il était allé à son mariage… et si elle l’aurait reconnu, « habillé » 🙂