Z comme zut!

Zut! se dit l’Adrienne en entendant le flot de muzak envahir la maison.
Il est temps d’intervenir.

On ne peut empêcher ses voisins d’avoir certains goûts musicaux mais on peut essayer de leur faire baisser le son.

Elle prend donc sa plume la plus diplomatique pour écrire sur un ton guilleret « vous aurez sans doute déjà remarqué vous aussi à quel point le mur entre nous est fin ».
Mais non, la voisine ne l’avait pas encore remarqué, et pour cause, l’Adrienne mène une vie de souris – et même moins bruyante encore.

« Moi j’entends tout ce que vous dites, répond l’Adrienne, je comprends juste un peu moins bien quand c’est Monsieur qui parle, à cause de son dialecte gantois. »
Ce dernier détail devant servir à convaincre tout à fait la voisine que oui, zut et flûte, l’Adrienne entend tout!

« Même, ajoute-t-elle, que je me sentais fort mal à cause de ça, comme un voyeur. »

Parce que c’est régulièrement reality TV chez les nouveaux voisins.

Bref, la voisine remercie de l’avoir prévenue et conclut par un « On en tiendra compte à l’avenir! »

Quant à savoir quand c’est, « l’avenir », la question reste ouverte: ils continuent à crier dans leur téléphone et à parler si haut et si fort, alors qu’ils ne sont que deux dans la maison, que l’Adrienne – zut et flûte – continue de tout entendre.

Mais au moins elle n’a plus l’impression de faire du voyeurisme 🙂

***

et douze minutes de Mozart pour se remettre les oreilles à l’endroit 🙂

écrit pour le Défi du samedi n°648 – merci Walrus!

K comme krapoverie

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Une foule d’anonymes avait protesté sur les réseaux sociaux, menaçant de descendre dans les rues, même sous haute surveillance.

Pour éviter ce bras de fer, l’échevin des festivités était monté au créneau.

C’est clair, a-t-il affirmé, que le bourgmestre devra revoir sa copie. Cependant, comme vous le savez, un couac n’est pas permis. Du coup, dans l’entourage de l’échevinat, on s’est penchés sur la question. Faut-il avoir peur ou est-ce du grand n’importe quoi? Non! Ces festivités sont inscrites dans notre ADN et nous prenons votre grogne très au sérieux!

J’hallucine! a réagi l’un.
Que du bonheur! a fait l’autre.

Alors, entre improbable et incontournable, il fallait trouver le juste milieu.

Non, le carnaval n’aurait pas lieu, mais le char avec le roi et la reine des fous ferait le tour de la ville.

***

Merci à Joe Krapov pour sa consigne des mots en toc et formules en tic 🙂

Je n’ai utilisé que la première moitié des mots proposés – ils sont mis en gras – et évité soigneusement de nommer ce mal qui répand la terreur, comme il était demandé. Gardons le reste sous le coude pour une prochaine fois:

Une foule d’anonymesSous haute surveillanceBras de ferMonter au créneauC’est clairComme vous le savezRevoir sa copieUn couac – Décalé – Au chevet – Du coupDans l’entourage – Fameux – Faut-il avoir peur – C’est frais – ADNDu grand n’importe quoiGrogneJ’hallucineQue du bonheurImprobableIncontournableJuste – Jeune femme – J’ai envie de rebondir – A la maison – Reprendre la main – Perdre la vie – Le dernier des grands – C’est énorme – Ou pas – Ne bougez pas – Vous êtes en train de me dire – Plutôt – Le Quotidien – Revisiter – J’ai le sentiment – Et en même temps – Surréaliste – J’ai envie de vous demander – En effet – Tout à fait – C’est pas faux – Très attendu – Merci infiniment – On vient de l’apprendre – J’adore – Vrai – Voilà – Jeune loup – Cocher toutes les cases.

T comme trois cent quarante

Vous le savez déjà, Madame est très fière de ses anciens élèves, de celui qui ratisse des feuilles dans le parc comme de celui qui a été applaudi summa cum laude à son doctorat en astrophysique.

Alors évidemment elle est très fière aussi de celui qui est travailleur social dans la maison de quartier.

Très fière qu’il soit heureux et fier d’avoir pu distribuer 340 repas de Noël, préparés par des bénévoles pour ceux qui, dans notre ville, vivent dans la précarité.

Et des jouets collectés pour les enfants.

Bon Noël à tous!

E comme escape room

C’est en rentrant des courses hier midi et en observant combien de toits, dans la rangée de maisons, ont été refaits dans le courant de l’année, que l’Adrienne observe la disparition de plusieurs cheminées.

Bien sûr, vu qu’à peu près tout le monde en ville se chauffe au gaz, la cheminée sur le toit n’a plus aucune utilité.

Sauf pour le passage de saint Nicolas.

Il faudra, aux parents comme aux enfants, de plus en plus d’imagination et de recours à la magie pour expliquer comment le grand saint s’y est pris pour remplacer la carotte et le biscuit du petit soulier par des jouets et des bonbons 🙂

T comme traditions

Achttien meter hoge kerstboom zorgt voor kerstsfeer op Brusselse Grote Markt
© Belga Images

Je sais, écrit notre échevin des festivités – tous les jours il trouve une bonne raison de se mettre en valeur sur fb 😉 – je sais que normalement notre ville met un point d’honneur à attendre que saint Nicolas soit passé avant d’installer le sapin de Noël sur la Grand-Place, mais cette année-ci est tellement exceptionnelle et nous avons tellement besoin de (patati et patata, vous devinez la suite).

Bref, on pouvait admirer notre jeune et dynamique échevin des festivités sur une dizaine de photos formant un mini-reportage sur l’installation du fameux sapin.

Comme chaque année, il est offert par un habitant de la ville – vous savez bien, un jour après les fêtes on plante son sapin de Noël dans le jardin et vingt ans plus tard il est plus grand que la maison, envahit toute la pelouse, alors on se dit que c’est peut-être le moment de l’offrir à la ville, qui s’occupe de l’abattage et du transport.

Cette année il est donc de nouveau très majestueux avec ses onze mètres et ses deux tonnes et demie.

Bruxelles, bien sûr, fait encore mieux avec un sapin de 18 mètres en provenance du jardin d’un hôtel de Robertville, dans les Hautes Fagnes 🙂

H comme humeur

Quand dimanche dernier Monsieur Nouveau Voisin a repris dès le matin sa scie, sa perceuse et son marteau pour la huitième journée consécutive – à quoi peut-il bien les utiliser dans une maison qui vient d’être refaite à neuf de bas en haut, on se le demande – bref dimanche dernier donc, l’Adrienne a décidé d’être d’une bonne humeur INOXYDABLE.

Alors elle s’est coupé les ongles et a ouvert son piano.

Après presque un an, oui oui.

Ce qui fait qu’il a fallu recommencer par les toutes premières leçons, les toutes petites pièces d’il y a quatre ans.

Mais c’était chouette 🙂

***

Tania reconnaîtra le somptueux piano, qui ne ressemble en rien au petit Roland blanc de l’Adrienne 😉

C comme Cave canem!

Mosaïque de Cave Canem. 40x40cm - Vente de mosaïques romaines

Le 31 octobre, de nouveaux voisins se sont installés dans la maison d’à côté.

A l’époque de gentille voisine Casque d’Or, les seuls bruits qu’entendait l’Adrienne, c’était la sonnerie du téléphone ou un coup de mouchoir trompette.

A l’époque des gros travaux de Monsieur l’entrepreneur, c’était le boucan des outils et le fracas des murs qu’il faisait écrouler.

Quand l’Adrienne lui a gentiment demandé s’il envisageait d’insonoriser les murs, il lui a ri au nez: il ne voulait pas la croire quand elle lui disait qu’elle l’entendait poser un balai contre le mur ou dire ‘f*ck’ quand il faisait tomber un truc à terre.

Moi, disait-il, je n’entends rien qui vient de chez vous!

Ça peut compter comme preuve, n’est-ce pas, vu que l’Adrienne ne fait pas plus de bruit qu’une mouche.
Une mouche qui ne vrombirait pas.

Bref, les nouveaux voisins se sont installés, l’Adrienne entend Madame tousser – une toux de fumeuse – les enfants papoter, les parents discuter.
Quand ils ne parlent pas tous à la fois, elle comprend même ce qui se dit.

Ça promet, soupire-t-elle en se mettant au lit le soir du 31 octobre.

Ça promet, se dit-elle le matin du premier novembre, un dimanche pourtant, alors que les voisins la réveillent vers cinq heures et demie du matin.

Puis, comme elle a une nature optimiste, elle se dit que ça aurait pu être pire.
Qu’ils auraient pu avoir un chien, en plus.

Et bien vous savez quoi?

Une demi-heure plus tard, les aboiements ont commencé.

🙂

***

la photo est une réplique de la mosaïque trouvée à Pompéi.

B comme belle saison

C’est la belle saison où les lutins en veste jaune fluo viennent au parc ramasser des marrons.

En classe ils y piqueront des bâtonnets pour en faire des petits chiens, des bonshommes et même tous les animaux de la terre.

Avec un peu d’imagination, bien sûr 😉

Comme l’ont fait avant eux leurs parents, leurs grands-parents, leurs arrière-grands-parents.

Le bonheur de faire crisser les feuilles mortes.
De s’en mettre plein les poches.

Faut bien que les mamans, ce soir, aient leur part de ce bonheur 🙂

X c’est l’inconnu

Deux jeunes collaboratrices de l’association qui s’occupe des quartiers défavorisés ont lancé un projet lors du confinement printanier.

Elles ont sélectionné dix-sept personnes qui acceptaient de tenir un journal pendant deux semaines et ont guidé leur écriture à l’aide de quelques questions.

Elles en font le bilan aujourd’hui pour envoyer leurs conclusions aux responsables politiques de la ville et de la région.

Ces gens-là ne savent-ils donc pas qu’il y a des habitants en situation précaire?
Si, bien sûr.

Ne savent-ils pas ce que c’est que de vivre au jour le jour avec de trop petits moyens financiers?
Si, ils le devraient, en tout cas.

Alors? direz-vous.

Alors, il est important de leur remettre le nez dans cette réalité trop souvent occultée ou rejetée.
Et de voir comment de petites choses simples peuvent améliorer la situation.

Important de leur donner des exemples concrets.
De vraies tranches de vie de gens qui se débattent pour survivre et qui ont dû, en plus de leur précarité ‘habituelle’, gérer les problèmes qui se sont ajoutés à cause du confinement: la perte du petit boulot, la garde des enfants, le suivi de leur travail scolaire…
Des mamans qui ne maîtrisent pas nécessairement l’outil numérique, qui sont le seul gagne-pain, qui vivent dans une petite maison insalubre, sans terrasse ni jardin.

Car comme l’écrit une des participantes: « Personne n’est au courant de ma situation. Il y a des années que je gère tout ça toute seule. »

W comme Waldek

Dans la rue, là où on construit des appartements et où on travaille tous les jours du matin tôt au soir très tard, même le dimanche, il y a deux ou trois voitures immatriculées en Pologne.

Dans la maison de feu Casque d’Or, l’entrepreneur qui l’a rachetée pour la retaper et la louer, emploie un collègue polonais pour les travaux de peinture.

Une autre camionnette – belge celle-là mais avec inscriptions bilingues, néerlandais-polonais – offre des services de plafonnage.

Tout ça rappelle des souvenirs à l’Adrienne, quand Monsieur Mari prenait l’apéritif devant la série télévisée Thuis, juste avant le JT, et où en 2001 apparaissait pour la première fois un Polonais.

Un plombier 😉

Mais le rôle était tenu par un acteur flamand qui devait parler une sorte de sabir néerlandais aux intonations slaves, comme on peut l’entendre dans l’extrait ci-dessus.