M comme mills

Ce qu’on remarque surtout dans le paysage urbain, ce sont ces massives anciennes usines, installées le long du canal qui va de Leeds à Liverpool, de grands bâtiments aujourd’hui recyclés en habitations, pour la plupart.

Il reste peu de cheminées. Il y en a une, bien conservée, de forme octogonale.

Ces usines, mills en anglais, datent du 19e siècle, quand la révolution industrielle a fait passer la région – exactement comme ma ville – de la filature ou du tissage à domicile, artisanal, aux filatures, teintureries et tissages à grande échelle.

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photo prise le long du canal, le vendredi 12 juillet, par 20°C sans pluie.

– S’il ne pleut pas pendant 3 jours, dit le marié, il faudra arroser le jardin.
– Ah bon? fait l’Adrienne, incrédule. Vraiment?
– Ah oui! sinon ça ne pousse pas.

L’Adrienne regarde autour d’elle: une petite pelouse bien verte et bien drue, quelques arbustes, quelques fleurs, une terre humide… qui ont dû se passer toute une semaine des soins de leurs propriétaires et de l’eau du ciel. Car – étonnamment, peut-être – il n’a pas plu ces derniers jours.

– Et arroser quoi, exactement? demande-t-elle.
– Tout!
– Tout?
– Oui, tout.

Ils sont vraiment daft, ces Anglais.

M comme mœurs

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– La musique adoucit les mœurs, se dit l’Adrienne.

Alors, après avoir refermé la porte sur deux voisines venues réclamer que ce tas de terre, dans son jardin, ces « mauvaises herbes », tout ça doit disparaître au plus vite… alors donc, l’Adrienne, le cœur gros, va chercher le réconfort de son piano.

C’est vrai que depuis l’installation de l’abri pour l’auto, il y a là un tas de terre qui attend que l’Adrienne ait trouvé quelqu’un apte à réaliser ce qu’elle a en tête, deux grands carrés de potager surélevé.

C’est vrai que chez l’Adrienne, ce n’est pas un « beau gazon » stérile et des bordures nettes, passées au glyphosate. Depuis qu’elle a semé de la roquette, il y en a partout. De même que l’oignon et la mâche montés en graine.

Parfois une belle étrangère s’installe, apportée par le vent, comme cette magnifique digitale en pleine floraison ce mois-ci. Ou un buddleia, que les voisines abhorrent autant que les papillons l’adorent.

Sur le tas de terre de l’Adrienne, les dernières butineuses sont à la fête.

Alors tout en pianotant péniblement, elle réfléchit à une solution qui satisferait tout le monde, les reines du pulvérisateur et l’amoureuse de la nature.

Elle n’en trouve pas: jamais le jardin de l’Adrienne ne sera conforme à leurs souhaits.

R comme respire!

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La maison a plus que jamais une allure de bicoque délabrée, depuis que la rue est le théâtre de travaux successifs en vue du jour J.

Depuis des mois, les piétons sont obligés de louvoyer tels des matelots ivres, entre des pavés descellés, des trous de tailles diverses, des monticules de gravats, des câbles attendant d’être raccordés…

Couverte de poussière de sable, son jardin rempli de pissenlits parmi les hautes herbes – la tondeuse n’est plus passée depuis février – la maison fait le gros dos en attendant des jours meilleurs.

Quant aux habitants, s’ils se sentent un peu les fantoches de l’histoire, à subir des désagréments et des coûts dont ils se seraient bien passés, ils espèrent qu’en retour ils pourront enfin passer des nuits au calme, où l’esprit comme le corps trouveront le repos dont ils ont si fort besoin.

***

Les mots récoltés chez Olivia: ivre – travaux – fantoche – matelot – esprit – théâtre – bicoque – allure

H comme horticulture

DSCI7286L’Adrienne, vous le savez, est allée écouter Monsieur l’Ingénieur des Travaux publics, un jeudi soir de fin avril.

– La phase 1 et la phase 2 des travaux sont à présents terminées, a-t-il déclaré en montrant un PowerPoint où tout était soigneusement listé, les aspects administratifs (expropriations et permis divers, analyse de terrain, fouille archéologique) et les travaux préparatifs (eau, gaz, téléphone, électricité). Prochaine étape, lundi 20 mai, début des gros travaux…

Etc., vous connaissez la suite.

Par conséquent, vous pouvez imaginer la surprise de l’Adrienne quand, le lundi suivant, vers les sept heures du matin, elle voit une petite pelleteuse qui s’amuse à arracher ses hortensias.

Oui, vous avez bien lu, ces précieux hortensias sauvés du précédent carnage

L’Adrienne en aurait pleuré. Le gars à la pelleteuse a dû voir son désarroi.

– Mais alors, a dit l’Adrienne, ce bout de terrain, il est à moi ou pas? Vous pouvez y faire des trous, comme ça, sans prévenir?

Elle fait de grands gestes pour expliquer que les hortensias sauvés de là (elle tend les deux bras vers la droite) elle ne les aurait pas replantés là (grand geste vers la gauche) si elle avait su que c’était pour les voir arrachés quelques mois plus tard.

Le type était un peu embêté mais pas contrariant:

– On va faire attention, a-t-il dit, comme ça vous pourrez les replanter, après.

C’était l’heure de l’école, alors l’Adrienne a essayé de ne pas trop penser à ses hortensias, ses belles tulipes, ses ruines-de-Rome, ses jacinthes…, qu’il y avait des choses bien plus graves que ça, ce qui est fait est fait, etc. etc.

Hier matin, quand les collègues arrivent dans le bureau des coordinatrices, elles disent à l’Adrienne:

– Des types sont en train de ratisser ton jardin…

– Ratisser mon jardin? fait l’Adrienne hébétée.

Et oui, en rentrant chez elle, elle a constaté que les gars de l’eau avaient replanté eux-mêmes ses hortensias…

***

photo ci-dessus: le « brol » que les gars de l’eau ont dû retirer du jardin pour le remplacer par du matériel neuf…

Adrienne aime…

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… les beaux carrelages anciens 🙂

Celui-ci appartient à une ancienne élève qui a merveilleusement bien rénové un ancien magasin du centre ville. L’Adrienne y a emmené Monsieur Neveu – vu que, comme vous le savez déjà, il a un faible pour l’élégance masculine 😉

Elle a ainsi pu faire d’une pierre deux coups:

– Tu permets que je prenne une photo de ton carrelage? a-t-elle demandé à A* pendant que Monsieur Neveu faisait ses essayages.

– Prenez toutes les photos que vous voulez! a répondu A*, institutrice reconvertie dans la mode pour hommes..

W comme wegenwerken

 

Jeudi soir, l’Adrienne a eu l’occasion d’élargir son champ d’investigations du comportement humain: toute la rue était invitée à se rendre à la petite école d’en face pour y entendre de la bouche même des responsables politiques et techniques quand et comment les travaux tant attendus auraient lieu.

Première constatation,  le public était majoritairement composé de gens qui ne sont que très indirectement concernés par les travaux. Ceux qui habitent les rues situées plus au nord et dont le seul souci est: combien de mètres en plus devrai-je faire avec ma voiture?

Deuxième constatation, les petits vieux, les quart monde, les troisièmes générations d’immigrés, toutes ces petites gens de la rue de l’Adrienne étaient absents. Il est vrai que les travaux ont été annoncés en 2006 et qu’ils ont eu le temps d’acquérir une forme de fatalisme: on verra bien quand on y sera.

Troisième constatation, alors que Monsieur l’Ingénieur demande en début et en fin d’exposé de ne poser de questions en public que dans la mesure où elles sont intéressantes pour tous, chacun y va de son petit souci personnel. Certains avec hargne et acharnement.

L’Adrienne et ses quelques voisins, les seuls vrais concernés par les travaux, se sont tus. Ou sont allés poser leur question par après, au responsable ad hoc.

Ah oui! le principal: début des travaux, le lundi 20 mai.

Et durée estimée à 150 jours ouvrables.

Un an, quoi 🙂

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Les photos ci-dessus datent de l’époque où les jardinets n’avaient pas encore été remplacés par du sable et de la caillasse. En compensation, il y aura un arbre, ici et là aux coins de rue.

G comme glycine

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Gros travaux dans la maison que la nipotina s’est achetée, où à peu près tout a été refait à neuf… 

De la chambre d’amis, on admire la glycine sur le mur d’en face. Bien que toute jeunette, elle a déjà quelques grappes fleuries et même un nid d’oiseaux datant de l’an dernier 🙂

C’est beau, la nature, et c’est presque encore plus beau en ville 🙂