R comme repos!

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Quel silence, la nuit, depuis que les travaux à la rue ont atteint la maison de l’Adrienne, rendant toute circulation impossible!

Quel calme monacal succède à la tonitruante symphonie des jours, ce mélange étrange de cris d’enfants – miracle quotidien des voix suraigües poussées à l’extrême sans qu’elles ne se cassent – et du bruit des camions, des remorques, des bennes, des chenilles qui compromettent l’intégrité des murs de la maison – combien de fois déjà n’ont-ils pas tremblé, au point que l’Adrienne craint de les voir se fissurer ou s’écrouler…

Et pour ceux ou celles ayant le culte de la propreté, l’autre prix à payer c’est la couche de poussière de terre et de sable, épaisse comme le doigt, qui s’accumule chaque jour et s’infiltre jusque dans les armoires de la cuisine.

Rien n’est parfait, soupira le renard 🙂

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écrit pour les Plumes d’Asphodèle reprises par Emilie – que je remercie – avec les mots imposés suivants: SILENCE – BRUIT – DOIGT – SYMPHONIE – DISCRETION – CALME – MOUCHARDER – MONACAL – MIRACLE –  plus trois en bonus que vous utiliserez si cela vous en dit : CULTE – CRI – COMPROMETTRE

L’Adrienne ayant reçu une éducation très stricte, elle n’a évidemment pas utilisé ‘moucharder’ 🙂

photo prise dans ma rue le 9 septembre

7 exemples

Ça fait bien une cinquantaine d’années que dans la petite ville de l’Adrienne il est question de construire une route qui permettrait à la circulation – surtout celle des poids lourds – d’éviter le centre ville. Depuis cinquante ans, tout le monde est bien d’accord que c’est absolument nécessaire – aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain – mais le tracé suscite chaque fois mille polémiques: chacun veut ce contournement mais personne ne veut qu’une route vienne gâcher sa jolie vue sur les collines boisées.

La même chose se passe pour les éoliennes prévues par le conseil communal: dès que les plans ont été connus, un comité s’est formé contre leur installation.

Idem pour un autre projet écologique, pour les traitements des déchets ménagers. Avant de savoir exactement de quoi il retournait, un groupe d’action était déjà constitué.

Une des plus grandes usines textiles – une des rares à être restées actives après la crise de la fin des années soixante et les délocalisations – a eu toutes les peines du monde à recevoir le permis de bâtir, au moment où elle avait besoin de plus d’espace pour ses activités. Etre propriétaire des terrains depuis le 19e siècle n’était pas un argument. Etre un des principaux employeurs de la ville non plus.

Par bonheur, une maison d’accueil pour des malades du SIDA, qui se retrouvent sans appui et sans logement, fonctionne paisiblement depuis 1998, aidée uniquement par des dons privés. Il a juste fallu, au début, bien informer les gens. La maladie faisait très peur.

Par bonheur, les jardins d’enfants et terrains de jeux se multiplient: aucun voisinage ne se plaint du bruit que cela entraîne. C’est déjà arrivé ailleurs…

Par bonheur, une ancienne carrière de sable qui allait être utilisée pour y enfouir des déchets un peu louches a également vu naître un comité pour sa défense. La ministre pas très verte a dû retirer le permis aux exploitants.

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Nimby, proposait Walrus pour le 575e Défi du samedi. Un acronyme qui veut dire ‘not in my backyard’, pas dans mon jardin. Merci à Walrus pour le jeu et les illustrations 🙂

A comme Antoinette

Alors que l’autre dimanche l’Adrienne raccompagne une amie jusqu’à sa voiture qu’elle a dû laisser sur l’avenue, vu que la rue est en travaux, elles passent devant toute la rangée de maisons ouvrières qui la bordent.

– Tiens! fait Antoinette en en désignant une particulièrement basse et étroite, il y a donc des maisons qui sont encore plus petites que la tienne!

Que voulez-vous que l’Adrienne réponde à ça?

Elle a ri, bien sûr, et elle a dit oui, en effet, il en existe d’encore plus petites.

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Puis samedi en rentrant de Bruxelles en train, elle a le sourire aux lèvres en repensant à une question posée la veille par Tania: « Tu n’as jamais pensé à t’installer à Bruxelles? »

Et au « standing » qu’aurait eu cette habitation-là, si elle en avait cherché une dans la capitale 🙂

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Retour de vacances ? demandait le Goût-des-autres pour son devoir du lundi.

C’est la rentrée. Même pour Hopper qui dans ce tableau a l’air de nous poser des questions étranges et indiscrètes. À quoi peut-elle penser qui lui donne cet air ?
Je n’en sais rien mais je compte sur vous pour le dire lundi.
Après tout, c’est aussi la rentrée pour vous et moi…

 

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les photos en tête du billet sont celles de la maison d’avant, son jardin et son environnement – la dernière est celle de la fenêtre-sur-rue de la maison d’aujourd’hui.

U comme urbex

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L’Adrienne ne s’en rendait pas compte, mais les fois où elle a exploré une usine désaffectée ou une maison en ruine, elle s’adonnait à l’urbex.

Plus fort encore, le jour où elle n’a pas résisté à la tentation d’aller visiter les caves de son école, elle se laissait aller à la cataphilie.

Rien de moins.

C’est expliqué ici: « L’exploration urbaine, abrégé urbex (de l’anglais urban exploration), est une activité consistant à visiter des lieux construits et abandonnés par l’homme, mais cette pratique inclut également la visite de lieux interdits, cachés ou difficiles d’accès, tel que des tunnels de métro, des catacombes, des chantiers de constructions/rénovations et des rooftop (sommets d’immeubles, monuments…). La pratique regroupe ainsi diverses activités dites « underground » comme la ‘cataphilie‘, la ‘toiturophilie’. L’explorateur urbain est communément désigné par le néologisme urbexeur. »

Un site avec des lieux et des photos ici, principalement au Canada, mais également en France ou en Belgique.

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photo prise dans ma rue juste avant la démolition totale d’une usine textile, sa cheminée et sa maison de maître. Ainsi que son grand jardin et ses beaux arbres, dont un magnifique saule pleureur. Il y a bien de quoi pleurer…

M comme mills

Ce qu’on remarque surtout dans le paysage urbain, ce sont ces massives anciennes usines, installées le long du canal qui va de Leeds à Liverpool, de grands bâtiments aujourd’hui recyclés en habitations, pour la plupart.

Il reste peu de cheminées. Il y en a une, bien conservée, de forme octogonale.

Ces usines, mills en anglais, datent du 19e siècle, quand la révolution industrielle a fait passer la région – exactement comme ma ville – de la filature ou du tissage à domicile, artisanal, aux filatures, teintureries et tissages à grande échelle.

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photo prise le long du canal, le vendredi 12 juillet, par 20°C sans pluie.

– S’il ne pleut pas pendant 3 jours, dit le marié, il faudra arroser le jardin.
– Ah bon? fait l’Adrienne, incrédule. Vraiment?
– Ah oui! sinon ça ne pousse pas.

L’Adrienne regarde autour d’elle: une petite pelouse bien verte et bien drue, quelques arbustes, quelques fleurs, une terre humide… qui ont dû se passer toute une semaine des soins de leurs propriétaires et de l’eau du ciel. Car – étonnamment, peut-être – il n’a pas plu ces derniers jours.

– Et arroser quoi, exactement? demande-t-elle.
– Tout!
– Tout?
– Oui, tout.

Ils sont vraiment daft, ces Anglais.

M comme mœurs

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– La musique adoucit les mœurs, se dit l’Adrienne.

Alors, après avoir refermé la porte sur deux voisines venues réclamer que ce tas de terre, dans son jardin, ces « mauvaises herbes », tout ça doit disparaître au plus vite… alors donc, l’Adrienne, le cœur gros, va chercher le réconfort de son piano.

C’est vrai que depuis l’installation de l’abri pour l’auto, il y a là un tas de terre qui attend que l’Adrienne ait trouvé quelqu’un apte à réaliser ce qu’elle a en tête, deux grands carrés de potager surélevé.

C’est vrai que chez l’Adrienne, ce n’est pas un « beau gazon » stérile et des bordures nettes, passées au glyphosate. Depuis qu’elle a semé de la roquette, il y en a partout. De même que l’oignon et la mâche montés en graine.

Parfois une belle étrangère s’installe, apportée par le vent, comme cette magnifique digitale en pleine floraison ce mois-ci. Ou un buddleia, que les voisines abhorrent autant que les papillons l’adorent.

Sur le tas de terre de l’Adrienne, les dernières butineuses sont à la fête.

Alors tout en pianotant péniblement, elle réfléchit à une solution qui satisferait tout le monde, les reines du pulvérisateur et l’amoureuse de la nature.

Elle n’en trouve pas: jamais le jardin de l’Adrienne ne sera conforme à leurs souhaits.

R comme respire!

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La maison a plus que jamais une allure de bicoque délabrée, depuis que la rue est le théâtre de travaux successifs en vue du jour J.

Depuis des mois, les piétons sont obligés de louvoyer tels des matelots ivres, entre des pavés descellés, des trous de tailles diverses, des monticules de gravats, des câbles attendant d’être raccordés…

Couverte de poussière de sable, son jardin rempli de pissenlits parmi les hautes herbes – la tondeuse n’est plus passée depuis février – la maison fait le gros dos en attendant des jours meilleurs.

Quant aux habitants, s’ils se sentent un peu les fantoches de l’histoire, à subir des désagréments et des coûts dont ils se seraient bien passés, ils espèrent qu’en retour ils pourront enfin passer des nuits au calme, où l’esprit comme le corps trouveront le repos dont ils ont si fort besoin.

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Les mots récoltés chez Olivia: ivre – travaux – fantoche – matelot – esprit – théâtre – bicoque – allure