R comme roses

C’est fin mai déjà que l’Adrienne a vu fleurir sa toute première rose, du rosier Anisette planté à l’automne dernier.

Belle fleur légèrement rosée, parfum très agréable, plus même que son nom ne l’indique 🙂
Tout est donc bien.

A Charleston House l’Adrienne est tombée en arrêt devant une autre rose qu’elle a tout de suite reconnue et appelée par son petit nom:

– Felicia!

L’inoubliable parfum de Felicia!

Felicia faisait partie de la petite collection de rosiers anciens que l’Adrienne avait achetés chez Lens, pour son jardin d’autrefois.

Quel bonheur de pouvoir y remettre le nez 🙂

Photo prise le 18 juin à Charleston House.

Où il y avait aussi les copines de Felicia, Cornelia et Penelope 🙂

L comme Liszt

– Ce piano, explique-t-il en montrant le Carl Bechstein Konzertflügel de 1870, un des nombreux instruments de sa vaste collection, ce piano ne peut être comparé à aucun instrument moderne, qui ressemblent tous à des produits ikea.

Oui, il a dit ikea 😉

Pourquoi?

Par exemple, parce que tous les bois sont « séchés » en quelques minutes dans des machines qui ne les sèchent pas à cœur et que tous les fabricants de pianos ne trouvent la « matière première » que chez deux fournisseurs au monde, de sorte que tous ont à peu près la même qualité, le même son.

Voilà qui a fait plaisir à l’Adrienne, qui trouvait déjà fort excessif d’avoir à débourser mille euros pour son Roland 😉

– Celui-ci, poursuit-il, c’est une qualité comme on n’en fait plus. Un jour qu’on l’a transporté de Belgique au Portugal, par camion, en plein hiver, l’accordeur qui l’attendait à Lisbonne a cru qu’on avait voulu se moquer de lui. « Vous me faites venir pour accorder un piano mais il n’y a rien à accorder! Le son est parfait! Vous vouliez tester mes compétences, c’est ça? » Il a fallu lui expliquer qu’en effet, ce piano ne « bougeait » pas malgré le transport. Une perfection de son.

Bref, le concert était instructif, le lieu enchanteur et l’Adrienne fort heureuse que de grands musiciens veuillent se produire dans sa petite ville 🙂

Z comme zut!

– Ah zut! s’est exclamée l’Adrienne en apprenant il y a quelque peu la mort de Miss.Tic.

Et comme une sorte d’hommage elle est allée voir tout ce qu’elle pouvait trouver sur les œuvres laissées ça et là par l’artiste sur les murs de Paris.

– Encore une bonne raison d’aller à Paris, a-t-elle soupiré.

Elle a eu envie de dire un deuxième zut – un bien gros, bien fort – quand elle a appris la cause de ce décès qu’elle juge prématuré.
Sale maladie!

D’ailleurs au moment où elle écrit ce billet, juste après la parution du devoir de lakévio du Goût, on est vendredi matin et c’est le jour anniversaire d’une mort encore bien plus prématurée.

Alors c’est tout naturellement que l’Adrienne a lâché un troisième zut, en retournant chez Monsieur le Goût pour faire un copier-coller du lien vers son blog, et qu’elle a vu qu’entre-temps il avait ajouté dix mots imposés.

Zut et flûte.

Crotte zut flûte

***

Merci à Monsieur le Goût pour l’image et les consignes:

Miss Tic, que vous connaissez sûrement, est morte il y a quelques jours.
J’ai vu pour la première fois ses traces sur les murs de mon quartier il y a près de cinquante ans. J’avais été frappé par ce pochoir. Et vous ?
Ce qui serait gentil, ce serait que vous y mettiez les mots suivants :

Mathématique
Papillon
Coquelicot
Terre
Soleil
Branche
Équation
Somme
Produit
Égal

Le défi du 20

Dans son jardinet de ville, l’Adrienne est bien heureuse de voir des familles de moineaux.
Ils vivent en groupe dans une haie ou un trou de mur sous une corniche.

Au début, il y avait un couple de pies dans le jardin de la petite école d’en face. Mais les nichées n’ont pas résisté à la voracité des corneilles, ces véritables rats des villes.

Quelques maisons plus loin, un homme élève des pigeons.
On n’a jamais réussi à savoir s’ils les mettait dans un panier en direction du nord de la France avec ces « convoyeurs » qui attendaient dans les flash-info à la radio de l’enfance chez les grands-parents.

Et puis il y a l’étang près de la bibliothèque, où dès les débuts du printemps, on compte et recompte les canetons qui s’agitent autour des mamans canes.

Et on prend bien sûr chaque fois une photo.

Avec attendrissement 🙂

Merci à Passiflore pour ses excellents Défis du 20 – ce mois-ci: cinq oiseaux.

T comme trottoir

Le trottoir était encombré de « nains » qui réalisaient une drôle de gymnastique, les bras levés au-dessus de la tête.

L’Adrienne se demandait pourquoi ils restaient les mains en l’air en regardant le verger.

– Ils arrivent trop tard, se dit-elle, la floraison se termine, c’était bien plus joli la semaine dernière. Et les quatre agneaux ont bien grandi, ils ne sont plus si blancs ni si attendrissants…

Mais ce n’étaient ni les agneaux ni les floraisons qui les occupaient:

– Regardez cet arbre-là, demandait la maîtresse, et faites avec vos bras la forme qu’il a… Est-ce que c’est la forme d’une pomme ou d’une poire?

Bref, le soleil brillait, ils prenaient l’air, apprenaient le mot « kruin » et pourraient expliquer le soir à papa et maman comment reconnaître un poirier, gestes à l’appui…

Pas mal, à trois ans 🙂

L comme langue

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

Une petite fille déjà obèse se tenait au milieu du trottoir, refusant de bouger.
Cris, pleurs, dans sa jupette en tulle rose et son T-shirt I am a little Princess.
Rose aussi, évidemment.

Deux ou trois mètres plus loin, la maman avec la poussette du petit frère attendait que l’orage passe.

Pourquoi pleure-t-on avec une telle conviction rageuse, quand on a cinq ans et qu’on est en pleine rue? se demandait l’Adrienne, qui avait comme d’habitude très envie d’intervenir.
Un sourire, un « bonjour, Princesse! » font parfois des miracles.

La maman exhortait la petite dans une langue que l’Adrienne n’a pas réussi à « classer », ce n’était ni une langue germanique, ni romane, ni slave, ni de l’arabe…
Le temps d’analyser la situation pour évaluer si on avait plus de chances d’être comprise avec un « Dag, Prinses! » ou un « Bonjour, Princesse! », l’Adrienne était passée, avec ses deux sacs de courses aux épaules, et la Little Princess hurlait toujours.

Cette langue-là est universelle.

J comme jubé

Dans la grande pièce où on fait attendre l’Adrienne – comme d’habitude arrivée au rendez-vous avant l’heure – il y a une sorte de jubé tout en bois.

Jubé au sens où ce mot s’emploie en Belgique, où il peut aussi désigner une sorte de tribune où se trouve l’orgue.

C’est ainsi que le père de l’Adrienne désignait ce balcon de pierre derrière lequel lui et ses copains s’amusaient beaucoup avec leur chorale, à la messe de neuf heures et demie.

– Je parie, disait la mère, que vous n’avez même pas entendu le prêche!
– Si, si! répliquait-il.

Et mini-Adrienne savait bien qu’il était possible de bavarder et d’avoir tout suivi quand même: c’est ce qu’elle faisait au cours de néerlandais. Mais elle se gardait bien d’intervenir dans la discussion.

Personne, au service social, ne semblait intéressé par l’architecture des lieux, aussi l’Adrienne est-elle restée avec ses questions: que fait cette sorte de jubé dans cette salle, alors qu’on n’est ni dans une église, ni dans une chapelle, ni dans un château?

Mais elle est reconnaissante à la dame qui avait besoin d’une interprète: ça lui a permis d’accéder à des lieux que sans ça, elle n’aurait jamais vus!

D comme désert

Finalement, c’est l’Oncle qui a sauvé l’Adrienne du bruit et de la fureur du Tour de Flandre.
Il lui téléphone la veille:

– Il avait été question qu’on aille boire un verre ensemble, dit-il, je ne sais pas quand ça t’arrange? Demain, peut-être?

A l’heure dite, l’Adrienne quitte sa maison pour le centre ville.
A droite et à gauche de chez elle, il y a force policiers et autres types à brassard.
Mais plus elle va vers le centre, plus le calme extrême, anormal, devient évident.
Une ville morte.
Un désert.
Pas un piéton.
Pas une auto.

L’oncle, qui a mal aux pieds et une hanche toute neuve, peut se permettre de marcher au milieu de la rue: il trouve l’asphalte plus confortable que les trottoirs 😉

A peine deux autres tables occupées au café où ils se rendent en pèlerinage.

Calme plat, là aussi: il n’y a ni grand écran, ni télé pour perpétuer le mythe du « flandrien » souffrant sur les pavés et les côtes du tour.

Le serveur suit la course sur son smartphone, en douce 🙂
Il a reconnu l’Adrienne mais de quelle école la connaît-il?
Il en a tant fait!
Elle lui rafraîchit la mémoire:

– Tu es celui à qui j’ai dit une ou deux fois que c’était bien dommage de laisser tant de talent inoccupé…

Il a le même sourire qu’il y a quatre ou cinq ans et voyez, elle peut être contente, il a trouvé sa vocation:

– Je travaille ici à temps plein, dit-il fièrement.

Le café bu, l’Oncle et l’Adrienne trottinent vers un autre endroit où il veut l’emmener.
Son « stamcafé« , comme on dit chez nous: celui où il a ses habitudes et où il n’a pas besoin de commander, on sait ce qu’il prend.
Celui où l’Adrienne est allée la toute dernière fois avec sa Tantine.

Là aussi, une ancienne élève. Elle vient d’avoir eu son premier bébé. Quelques hommes accoudés au comptoir suivent la course.

Vers cinq heures, l’oncle dit:

– La course se termine en principe et on ne sait même pas qui a gagné.

Et en effet, la fête du cyclisme se terminait, les gens commençaient à affluer dans les rues, portant des casquettes jaunes et des drapeaux belges.

Sur le chemin du retour, on pouvait voir des carrefours vides et des terrasses qui se remplissaient.

Vive le vélo!

***

photo prise lors d’une des nombreuses courses des années « ville »

Premier avril

– On a tous reçu un mail de la direction, raconte collègue-amie, pour nous dire que le premier avril on doit libérer le parking de l’école avant dix-sept heures. On a cru que c’était un poisson d’avril, mais non! c’est pour le tour de Flandre!

En effet, le lendemain les seize mille amateurs inscrits (1) pour effectuer le parcours vont terroriser (2) la ville toute la journée.
Le surlendemain ce seront les pro, précédés et suivis de colonnes de voitures tonitruantes, de motos vrombissantes et survolés par les hélicoptères de la police et de la presse.

Bref, ce sera joyeux.

Surtout chez les voisins, qui devront régler leur sono encore plus fort que d’habitude 😉

***

(1) et, on peut le supposer, des non inscrits qui en profiteront pour passer avant et après…

(2) en néerlandais pour ‘wielertourist‘ (cyclotouriste) on dit généralement par moquerie (et critique) ‘wielerterrorist‘ (cycloterroriste)

Dernier train

Bien sûr, chacun aurait pu tranquillement rester chez lui et suivre toute l’affaire « en streaming », comme c’est la mode depuis l’époque covid.

Ou simplement lire le programme, vu que la brochure de la nouvelle saison était arrivée dans les boîtes aux lettres deux jours avant.

Mais c’était compter sans la fan-attitude de tous ceux qui avaient tenu à être là, à s’asseoir dans les fauteuils de velours rouge et à respirer l’air désormais extrêmement bien ventilé à l’intérieur de la grande salle de la Monnaie.

– Je viens exprès de Gand par le train, dit un monsieur à l’Adrienne.
– Oh moi je viens d’encore plus loin, fait-elle, j’ai dû prendre DEUX trains pour arriver ici 🙂

Bref, ça rigolait dur en attendant l’ouverture des portes.

– Je m’en voudrais de vous faire attendre une minute de plus, dit Peter de Caluwe, étant donné que tout le monde est arrivé si bien à l’heure.

Et c’est vrai que ça avait quelque chose de touchant de voir tous ces gens pressés d’entendre ce qu’ils auraient pu lire ou écouter chez eux.
Mais comme chacun sait, c’est quand on a eu très soif qu’on apprécie le verre d’eau.

Vu que ça commençait à six heures et demie et que le dernier train pour la ville de l’Adrienne repartait moins d’une heure plus tard, elle avait même été obligée de réserver une nuit d’hôtel.

Quand on aime on ne compte pas…

Mais au fait si, elle avait compté et pris une chambre minable où ni l’internet ni la télé ne marchaient.
Par bonheur l’eau chaude ne coulait pas froide (merci Daninos!) et l'(unique) café du petit déjeuner n’était pas mauvais.

De toute façon, rien ne pouvait altérer son bonheur d’être là 🙂

***

photo prise à la Monnaie le 24 mars dernier