V comme vin orange

Avoir eu à la fois un père et un mari tous deux très partageurs de leurs connaissances encyclopédiques dans le domaine du vin n’empêche pas que, quand l’Adrienne a vu le titre disant que « les vins oranges sont à la mode« , elle a d’abord lu et compris « vin d’oranges« .

Probablement parce qu’elle avait en tête l’amie Colo, sa recette de gâteau à l’orange de son jardin des délices sur son île merveilleuse, alors en plein dans la tourmente Hortense.

C’était le week-end dernier, et ici la nouvelle ne nous était même pas parvenue.

Ni celle de la mode du vin orange.

F comme finestrino

In Florence, they reopened one of the historic “Buchette” of the wine

C’est depuis le mois de mai qu’on peut lire dans la presse italienne – surtout toscane – que les bars, cafés, restaurants et autres gelaterie redécouvrent ces petites ouvertures dans le mur qu’il appellent là-bas une « bucchetta del vino« , littéralement un petit trou pour le vin, comme on peut le voir sur la photo.

Un site leur est consacré et on s’y congratule pour chaque bucchetta redécouverte ou rouverte – puisque certaines d’entre elles avaient été murées. Les auteurs sont aussi très fiers que leur article du 30 juillet – un altra bucchetta riaperta a Firenze – a été repris dans la presse étrangère.

Ces petites ouvertures, nous explique-t-on ici, datent principalement d’une autre ‘crise sanitaire’, les épidémies de peste de la première moitié du 17e siècle (1630-1633).

Elles permettaient de se faire livrer le vin sans qu’il y ait contact physique, en le versant directement dans un récipient que l’acheteur apportait. L’ouverture a juste la taille d’une fiasque de l’époque.

Le seul contact qui avait lieu, c’était avec les pièces de monnaie: à l’époque on conseillait de les ‘désinfecter’ avec du vinaigre.

La dernière ‘bucchetta del vino‘ florentine avait été fermée en 1958: celui qui désirait acheter du vino sfuso (vin en vrac) pouvait désormais le faire dans une épicerie située dans la même rue.

R comme renoncement

alcohol alcoholic bar blur

Il avait dû renoncer à l’alcool, lui qui était capable de vous dire rien qu’au nez si un champagne était composé de plus ou moins de pinot noir, de meunier ou de chardonnay. Une décision qui avait été âprement négociée par sa femme et par son patron: l’alcool ou le boulot, l’alcool ou le foyer. Il était légitimement fier d’y avoir réussi.

Par contre là où il était indécrottable, c’était au niveau du vocabulaire. Même l’arrivée de deux enfants dans son couple n’avait rien changé dans sa façon peu civilisée de s’exprimer: quand-ce qu’on bouffe?, c’est quoi ce fricot de m...?, arrête de bâfrer!

Ce qui rend d’autant plus étonnant le choix d’un mot savant lorsqu’il avait à déclarer, autour d’une table ou lors d’un apéro, « non merci, je ne bois pas d’alcool ». Désormais il disait « non merci, je suis abstème« .

Et depuis qu’il employait ce mot-là, on ne le regardait plus de travers comme un ancien alcoolo, mais avec la déférence due à un grand malade.

***

écrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés: fricot – bâfrer – fuir – abstème – meunier – négocier.

Photo de Joonas Kääriäinen sur Pexels.com

T comme tu t’es vu quand t’as bu?

défi 573

-Là! là il y a une tête!

Le pépé pointe sa canne vers le haut du mur.

– Ben oui, dit le fils en haussant les épaules, c’est des sculptures, il y en a partout dans cette église.

– Mais non, non, s’énerve le pépé, là! là! une tête qui bouge!

– Faudra arrêter de picoler, pépé, rigole le fils, ça ne te vaut rien, le Vosne-Romanée.

Dans la galerie supérieure qui fait le tour de la nef, Camille darde un regard qu’elle veut sérieux et menaçant à faire peur, chaque fois que le vieil homme lève la tête, puis disparaît à nouveau sans être vue des autres. Ça l’amuse toujours beaucoup de faire ce genre de blague aux touristes.

– Mais enfin! là, je vous dis! une tête rousse!

– Ah! pépé, ça suffit, s’exclament maintenant les uns et les autres, excédés. Et mémé ajoute, en marmonnant:

– Il est rond comme un boulon.

Alors, pour le punir d’avoir des visions sous l’effet de l’alcool, il est privé de vin pendant toute la suite du voyage en Bourgogne.

***

écrit pour le Défi du samedi, merci Walrus!

Y comme y a de la joie!

Sujet 21/2019 - du 25/05 au 01/06

Flessengeluk! s’écrie le beau-père en versant la dernière goutte de vin dans le verre de celui ou celle à qui il souhaite ainsi un événement heureux dans l’année, en principe un mariage ou une naissance.

En réalité, il faut ajouter ici deux corrections.

D’abord, il ne dit pas ‘flessengeluk‘, mais ‘bottelgeluk’, parce qu’il est Ostendais et qu’à Ostende on de dit pas ‘fles’, pour bouteille, mais ‘bottel’, comme en anglais.

Ensuite, il le fait généralement par plaisanterie. Avec un petit sourire en coin. Il aime bien taquiner la jeune fille, le jeune homme, en lui souhaitant un mariage dans l’année, ou une naissance de plus au père (à la mère) de famille qui estime avoir suffisamment procréé.

Dans la famille de l’Adrienne, cette expression est inconnue. En versant la dernière goutte, son père disait rituellement « un homme à la mer!« , elle ne lui a jamais demandé pourquoi et ne sait donc pas si c’est Raymond Devos qui l’avait inspiré.

L’Homme, bien sûr, partout où il allait, utilisait, traduisait, expliquait le ‘bottelgeluk’ paternel. Et il semblait bien que partout, les gens avaient quelque chose de similaire.

Comme sur la photo ci-dessus, dans une famille italienne de Perugia, où le père tient absolument à donner la dernière goutte à son (futur) gendre, ce qui fait évidemment beaucoup rire tout le monde autour de la table – un peu moins le (futur) gendre.

Un mariage ou une naissance dans l’année… Voyez la tête du père au moment où il tend la bouteille pour verser la dernière goutte.

Pour lui, ce n’est pas un jeu, pas une rigolade… mais un message (dans une bouteille) 🙂 

***

Photo de Steve McCurry – clic et clic (en fait la photo vient de cette page de son blog, Family portraits – la photo a été prise à Perugia, en Ombrie) et consigne chez Miletune.

P comme podium et privilège

eole

« Belgische fles bubbels is de beste ter wereld« , les bulles belges meilleures au monde, titre mon journal d’hier à sa page Life & Style, suite à un concours international où un mousseux (méthode traditionnelle) d’un domaine viticole belge, la Cuvée Prestige 2014 du Domaine du Chant d’Éole, a été primé.

Que nos amis français se rassurent, le vignoble belge est si peu étendu que sa production n’a aucun besoin de publicité, la demande dépasse largement l’offre. Et à ce même concours, on a aussi médaillé 261 vins français même si la concurrence internationale devient de plus en plus forte.

Pour ce qui est de la Belgique, il semblerait que le réchauffement climatique ait pour effet de faire ressembler toujours davantage le climat belge (ou plutôt wallon, dans ce cas) à celui de la Champagne. De plus, le Domaine du Chant d’Éole profiterait des bienfaits des éoliennes qui brassent l’air aux alentours.

Bref. 

L’illustration du billet vient du site du Domaine du Chant d’Éole où vous pourrez trouver toutes les infos qui vous intéressent.

X comme xérès

domecq-la-ina-fino.jpg

Il y aurait toute une étude sociologique à faire sur l’évolution de la mode dans les apéritifs. 

Ainsi, même mon père qui ne jurait que par les produits de l’œnologie française – et qui en avait une connaissance encyclopédique -, a fini par introduire chez nous quelques articles extérieurs à la France. D’abord le porto, suivi rapidement par le xérès, qui doit avoir fait son apparition vers la fin des années septante. 

Les premières bouteilles de Jerez fino muy seco sont arrivées dans de jolies boîtes en bois vernissé, portant les armoiries de leurs propriétaires. 

Elles ont servi à des rangements divers, il y en a une que ma mère utilise encore comme boite à couture. 

Sic transit etc. tongue-out 

*** 

merci à Walrus qui a proposé ce mot au Défi du samedi et qui m’a permis de raviver mes souvenirs de Pedro Domecq… 

source de la photo ici

Stupeur et tremblements

stupeur,actualité

Voilà une rubrique qui se nourrit sans problème, il faut même prendre un ticket et faire la queue au portillon: le comportement du genre humain est source constante de stupeur et tremblements, en tout cas quand on s’appelle Adrienne. 

De quoi s’agit-il cette fois? 

D’un avion de Swiss Airlines en route pour Zürich qui a dû faire un atterrissage (non prévu) à Stuttgart. 

Pourquoi? 

Parce qu’une dame était devenue fort agressive envers le personnel de bord après qu’on avait dû lui annoncer qu’on était désolés, mais que non, malheureusement, il n’y avait plus de champagne. 

Plus de champagne! 

L’histoire est relatée ici. Mais vous connaissez l’Adrienne, vous savez qu’elle ne vous raconte pas de carabistouilles

Imaginez que vous soyez un des 43 autres passagers, qu’au lieu d’arriver bien à l’heure à Zürich, vous soyez obligés de poireauter quarante-cinq minutes sur le tarmac de Stuttgart… 

Bref, tout ça pour vous demander un conseil: si vous connaissez un bon champagne pas trop cher, l’Adrienne est preneuse, elle n’a encore rien au frigo pour la venue de sa carissima nipotina cool 

*** 

la photo est une déclaration d’amour 

wij zien jullie graag 

nous vous aimons 

Passez un bon week-end!

K comme kurk et knal

2017-09-02 (2bis).JPG

Pourquoi faudrait-il se plier à l’étiquette 

et se priver du plaisir de faire sauter un bouchon? 

Kurken knallen… 

Voici l’instant magique 

juste avant les bulles 

cool 

photo prise l’autre week-end 

chez ma carissima nipotina 

*** 

et toujours je repense à mon père 

qui n’était satisfait que lorsque le bouchon 

n’avait émis qu’à peine un faible chuintement 

D comme déguster

1. 

C’est un verre à pied en simple verre blanc, celui qui porte bonheur quand on le casse, comme a dit ma tante le jour où elle en a laissé tomber un chez ma mère en l’aidant à la vaisselle. 

Il est d’un format assez petit: petit pied, rondeur très légère, petite ouverture sur le dessus. 

Le bord est fin. C’est important. 

 

2. 

Tout est est important: le pied pour faire valser le fond de vin qu’on va déguster, le verre fin et parfaitement transparent, pour admirer la robe à la lumière, l’ouverture pas trop grande, exactement à la mesure de la narine qu’on va y introduire pour humer ses parfums. 

 

3. 

Sur son galbe léger, le nom en petites lettres blanches du viticulteur qui l’a offert après la dégustation. Il porte fièrement le logo des vignerons indépendants comme un gage de qualité. De ceux qui disent le nom de l’homme qui fabrique ses fûts à la main, vous expliquent de A à Z comment ils maîtrisent la fermentation malolactique et qui dorment à côté de leurs cuves pour mieux les contrôler aux moments délicats. 

DSCI3279 (2).JPG

4. 
Le logo des vignerons indépendants représente un personnage stylisé portant sur son épaule gauche une cuve de vin. 
Ce qui ne correspond plus à aucune réalité d’aujourd’hui. 
D’autant plus qu’après trois ou quatre générations de viticulteurs de père en fils, ce sont maintenant deux jeunes femmes qui se trouvent à la tête de l’entreprise familiale. 

 

5.

Le pied est solide même si le bord supérieur est très fin. Le verre peut aller au lave-vaisselle. Cependant, après l’avoir soigneusement rincé à l’eau claire, on préfère l’essuyer à un torchon propre qu’on vient de sortir de l’armoire et dont on « casse » d’abord un peu la raideur.

Avant d’y verser du vin, on hume le verre pour s’assurer qu’aucune odeur étrangère ne viendra interférer avec la dégustation. C’est qu’on prend ces choses-là très au sérieux. 

 

6. 

Sur le galbe du verre, à l’endroit le plus large, il y a de légères stries, dues aux frottements. Car dans le secret de l’armoire, derrière la vitre opaque, les verres se touchent, se frôlent, se caressent, se griffent. 

 

7. 

Depuis leur dernier déménagement, les verres sont bousculés: ils s’entrechoquent à chaque passage d’un poids lourd. Ils émettent de plaintives musiques cristallines. Ils sont pris de soubresauts et manquent tomber de leur étagère. 

 

8. 

Finies les belles dégustations bien orchestrées: les grands crus, les beaux cépages, les années prestigieuses, les gloires du terroir ont été remplacés par la modeste bouteille de supermarché. 

Plus besoin de faire valser et goûter, le bouchon est remplacé par la capsule à vis métallique. 

 

9. 

Sur la table de travail, dans ce fouillis inextricable de papiers et de livres, juste à droite de l’ordinateur, il y a parfois un verre à pied légèrement galbé. On le remplit peu et on le déguste à petites gorgées espacées, en essayant de bien avoir le goût du vin. Comme le préconise Colette. 

Si c’est du blanc, on fait en sorte que les rayons du soleil ne viennent pas le réchauffer. 

Parfois on est tellement pris par le travail qu’on oublie complètement le verre à pied dans lequel le lendemain se trouve toujours un fond de vin. 

DSCI3280.JPG

 ***

Quatorze fois vers le même objet – à la manière de Francis Ponge.

http://www.tierslivre.net/WIPagcb/FICHES_IMPRIM/PONGE_oeillet.pdf 

et pour le projet du Hibou

semaine 27 – robe