R comme renoncement

alcohol alcoholic bar blur

Il avait dû renoncer à l’alcool, lui qui était capable de vous dire rien qu’au nez si un champagne était composé de plus ou moins de pinot noir, de meunier ou de chardonnay. Une décision qui avait été âprement négociée par sa femme et par son patron: l’alcool ou le boulot, l’alcool ou le foyer. Il était légitimement fier d’y avoir réussi.

Par contre là où il était indécrottable, c’était au niveau du vocabulaire. Même l’arrivée de deux enfants dans son couple n’avait rien changé dans sa façon peu civilisée de s’exprimer: quand-ce qu’on bouffe?, c’est quoi ce fricot de m...?, arrête de bâfrer!

Ce qui rend d’autant plus étonnant le choix d’un mot savant lorsqu’il avait à déclarer, autour d’une table ou lors d’un apéro, « non merci, je ne bois pas d’alcool ». Désormais il disait « non merci, je suis abstème« .

Et depuis qu’il employait ce mot-là, on ne le regardait plus de travers comme un ancien alcoolo, mais avec la déférence due à un grand malade.

***

écrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés: fricot – bâfrer – fuir – abstème – meunier – négocier.

Photo de Joonas Kääriäinen sur Pexels.com

T comme tu t’es vu quand t’as bu?

défi 573

-Là! là il y a une tête!

Le pépé pointe sa canne vers le haut du mur.

– Ben oui, dit le fils en haussant les épaules, c’est des sculptures, il y en a partout dans cette église.

– Mais non, non, s’énerve le pépé, là! là! une tête qui bouge!

– Faudra arrêter de picoler, pépé, rigole le fils, ça ne te vaut rien, le Vosne-Romanée.

Dans la galerie supérieure qui fait le tour de la nef, Camille darde un regard qu’elle veut sérieux et menaçant à faire peur, chaque fois que le vieil homme lève la tête, puis disparaît à nouveau sans être vue des autres. Ça l’amuse toujours beaucoup de faire ce genre de blague aux touristes.

– Mais enfin! là, je vous dis! une tête rousse!

– Ah! pépé, ça suffit, s’exclament maintenant les uns et les autres, excédés. Et mémé ajoute, en marmonnant:

– Il est rond comme un boulon.

Alors, pour le punir d’avoir des visions sous l’effet de l’alcool, il est privé de vin pendant toute la suite du voyage en Bourgogne.

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écrit pour le Défi du samedi, merci Walrus!

Y comme y a de la joie!

Sujet 21/2019 - du 25/05 au 01/06

Flessengeluk! s’écrie le beau-père en versant la dernière goutte de vin dans le verre de celui ou celle à qui il souhaite ainsi un événement heureux dans l’année, en principe un mariage ou une naissance.

En réalité, il faut ajouter ici deux corrections.

D’abord, il ne dit pas ‘flessengeluk‘, mais ‘bottelgeluk’, parce qu’il est Ostendais et qu’à Ostende on de dit pas ‘fles’, pour bouteille, mais ‘bottel’, comme en anglais.

Ensuite, il le fait généralement par plaisanterie. Avec un petit sourire en coin. Il aime bien taquiner la jeune fille, le jeune homme, en lui souhaitant un mariage dans l’année, ou une naissance de plus au père (à la mère) de famille qui estime avoir suffisamment procréé.

Dans la famille de l’Adrienne, cette expression est inconnue. En versant la dernière goutte, son père disait rituellement « un homme à la mer!« , elle ne lui a jamais demandé pourquoi et ne sait donc pas si c’est Raymond Devos qui l’avait inspiré.

L’Homme, bien sûr, partout où il allait, utilisait, traduisait, expliquait le ‘bottelgeluk’ paternel. Et il semblait bien que partout, les gens avaient quelque chose de similaire.

Comme sur la photo ci-dessus, dans une famille italienne de Perugia, où le père tient absolument à donner la dernière goutte à son (futur) gendre, ce qui fait évidemment beaucoup rire tout le monde autour de la table – un peu moins le (futur) gendre.

Un mariage ou une naissance dans l’année… Voyez la tête du père au moment où il tend la bouteille pour verser la dernière goutte.

Pour lui, ce n’est pas un jeu, pas une rigolade… mais un message (dans une bouteille) 🙂 

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Photo de Steve McCurry – clic et clic (en fait la photo vient de cette page de son blog, Family portraits – la photo a été prise à Perugia, en Ombrie) et consigne chez Miletune.

P comme podium et privilège

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« Belgische fles bubbels is de beste ter wereld« , les bulles belges meilleures au monde, titre mon journal d’hier à sa page Life & Style, suite à un concours international où un mousseux (méthode traditionnelle) d’un domaine viticole belge, la Cuvée Prestige 2014 du Domaine du Chant d’Éole, a été primé.

Que nos amis français se rassurent, le vignoble belge est si peu étendu que sa production n’a aucun besoin de publicité, la demande dépasse largement l’offre. Et à ce même concours, on a aussi médaillé 261 vins français même si la concurrence internationale devient de plus en plus forte.

Pour ce qui est de la Belgique, il semblerait que le réchauffement climatique ait pour effet de faire ressembler toujours davantage le climat belge (ou plutôt wallon, dans ce cas) à celui de la Champagne. De plus, le Domaine du Chant d’Éole profiterait des bienfaits des éoliennes qui brassent l’air aux alentours.

Bref. 

L’illustration du billet vient du site du Domaine du Chant d’Éole où vous pourrez trouver toutes les infos qui vous intéressent.

X comme xérès

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Il y aurait toute une étude sociologique à faire sur l’évolution de la mode dans les apéritifs. 

Ainsi, même mon père qui ne jurait que par les produits de l’œnologie française – et qui en avait une connaissance encyclopédique -, a fini par introduire chez nous quelques articles extérieurs à la France. D’abord le porto, suivi rapidement par le xérès, qui doit avoir fait son apparition vers la fin des années septante. 

Les premières bouteilles de Jerez fino muy seco sont arrivées dans de jolies boîtes en bois vernissé, portant les armoiries de leurs propriétaires. 

Elles ont servi à des rangements divers, il y en a une que ma mère utilise encore comme boite à couture. 

Sic transit etc. tongue-out 

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merci à Walrus qui a proposé ce mot au Défi du samedi et qui m’a permis de raviver mes souvenirs de Pedro Domecq… 

source de la photo ici

Stupeur et tremblements

stupeur,actualité

Voilà une rubrique qui se nourrit sans problème, il faut même prendre un ticket et faire la queue au portillon: le comportement du genre humain est source constante de stupeur et tremblements, en tout cas quand on s’appelle Adrienne. 

De quoi s’agit-il cette fois? 

D’un avion de Swiss Airlines en route pour Zürich qui a dû faire un atterrissage (non prévu) à Stuttgart. 

Pourquoi? 

Parce qu’une dame était devenue fort agressive envers le personnel de bord après qu’on avait dû lui annoncer qu’on était désolés, mais que non, malheureusement, il n’y avait plus de champagne. 

Plus de champagne! 

L’histoire est relatée ici. Mais vous connaissez l’Adrienne, vous savez qu’elle ne vous raconte pas de carabistouilles

Imaginez que vous soyez un des 43 autres passagers, qu’au lieu d’arriver bien à l’heure à Zürich, vous soyez obligés de poireauter quarante-cinq minutes sur le tarmac de Stuttgart… 

Bref, tout ça pour vous demander un conseil: si vous connaissez un bon champagne pas trop cher, l’Adrienne est preneuse, elle n’a encore rien au frigo pour la venue de sa carissima nipotina cool 

*** 

la photo est une déclaration d’amour 

wij zien jullie graag 

nous vous aimons 

Passez un bon week-end!

K comme kurk et knal

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Pourquoi faudrait-il se plier à l’étiquette 

et se priver du plaisir de faire sauter un bouchon? 

Kurken knallen… 

Voici l’instant magique 

juste avant les bulles 

cool 

photo prise l’autre week-end 

chez ma carissima nipotina 

*** 

et toujours je repense à mon père 

qui n’était satisfait que lorsque le bouchon 

n’avait émis qu’à peine un faible chuintement