Adrienne rigole

Je me demande si tu ne t’ennuies pas trop, écrit la mère de l’Adrienne à la veille de l’an neuf.

Voilà qui l’a beaucoup, beaucoup fait rire!

Se rendrait-elle compte à quel point elle représentait un full time job?

Ou est-ce elle qui s’ennuie?

Bref.

En tout cas, elle devrait savoir que l’Adrienne ne s’ennuie jamais.

Ni quand elle était enfant, ni aujourd’hui.

V comme vieille dame

Quand le matin de Noël le téléphone sonne chez l’Adrienne, elle décroche de sa voix la plus joyeuse, croyant souhaiter une bonne fête à sa mère.

Mais c’était la vieille dame.

C’est vrai qu’elle rappelle régulièrement depuis le 9 août et qu’elles ont ensemble à chaque fois à peu près la même conversation.

Mais qu’importe.

Ça fait drôlement plaisir.

***

Tous mes vœux de succès à une autre Vieille dame, celle de Bonheur du Jour!

Bravo pour cette centième 🙂

G comme grand gagnant

La lecture d’une interview anonymée avec la dame qui accueille les ‘grands gagnants’ de la loterie nationale ne pouvait que rappeler le souvenir du grand-père, qui attendait chaque samedi soir les résultats du tirage.

Comme il jouait chaque semaine les mêmes numéros fétiches – des dates d’anniversaire – il n’avait pas besoin de vérifier son billet et en voyant les ‘boules’ tomber les unes après les autres, il disait tôt ou tard en direction de grand-mère: « Adrienne, ‘t is weire van mijn broek« , ce qui revient à dire que c’est encore raté.

Grand-mère haussait les épaules, confortée dans l’idée que c’était de l’argent jeté par les fenêtres, mais grand-père était convaincu que son tour viendrait, un jour ou l’autre.

Parfois les deux ou trois premières boules semblaient lui donner raison, la tension montait, il se redressait de son fauteuil, appelait grand-mère qui le priait de se calmer, tu vas encore faire un infarctus!

On la sentait soulagée quand dans la seconde suivante venait le « ‘t Is weire van mijn broek » et qu’il se laissait retomber dans son fauteuil.

Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’on en ferait, de cet argent, disait-elle, ça n’apporterait que des problèmes et des soucis.
– Oh moi je saurais bien quoi en faire, disait grand-père.

***

Et pour ceux qui aiment les chiffres: en 15 ans de métier, la dame a accueilli un millier de gagnants de plus d’un million d’euros, une soixantaine par an. Son travail consiste surtout à les aider à préserver leur anonymat.

B comme baromètre

La première chose qu’il fait le matin en pénétrant dans la cuisine-pièce à vivre-et-à tout faire, là où il y a aussi les deux bergères en skaï bleu, le poêle à charbon et la télé, c’est un léger toc-toc au baromètre.

Mini-Adrienne n’a jamais compris cette passion pour le temps qu’il a fait, qu’il fait et qu’il fera, quatre saisons sur quatre, qu’on ait à sortir ou pas, et même les jours où ce n’est pas difficile à constater à l’œil nu, juste en regardant dehors. Mais grand-père y met un point d’honneur, chaque matin au lever, chaque soir au coucher, un toc-toc au baromètre.

Douce maison du côté heureux de l’enfance, quand grand-père enlaçait grand-mère, l’arrachant à sa vaisselle, pour danser ‘La vie en rose’.

Douce maison des moments heureux où mini-Adrienne se disait que ça existait donc dans la vie en vrai, des gens qui s’aiment.

Merci, oh merci d’avoir été là. Tant de choses encore à vous dire…

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Merci à Joe Krapov pour ses consignes de Chansons d’Anne Sylvestre:

Cette grande dame vient de nous quitter ce jour. Elle laisse derrière elle des tonnes de chansons dont le moins qu’on puisse dire est que les radios et télévisions ne les ont pas largement diffusées et c’est grand dommage.

Nous jouons aujourd’hui avec une grosse centaine de titres de son répertoire. Il vous est demandé d’écrire un texte, sur le sujet de votre choix, dans lequel au moins cinq de ces titres seront insérés. Cinq n’étant pas limitatif.

Abel, Caïn, mon fils – Agressivement vôtre – Antoinette a peur du loup – Aveu – Bal des champignons – Baptiste – Berceuse aux petits vampires – Berceuse pour moi – Berceuse pour un ouragan – BergèreBleu – Ca va m’faire drôle – Carcasse – Ce merveilleux été – Ces bêtes-là – C’est un veau – C’était ce soir – Chanson dégagée – Chansonnette franco-québécoise – Chat c’est toi l’chat – Clémence en vacances – Coïncidences – Comme Higelin – Comme un personnage de Sempé – Comment je m’appelle – Dans la vie en vrai – Dans le brouillard d’automne – Dans ma fusée – Depuis l’temps que j’l’attends mon prince charmant – Des fleurs pour Gabrielle – Dis-moi Pauline – Douce maison – Douce-amère – Douze petits cochons – Écrire pour ne pas mourir – Éléonore – Faites-moi plutôt la cour – Faites-nous des chansons – Famille pour famille – Fausse sortie – Flocon papillon – Flou – Frangines – Grand’ mère – Grégoire ou Sébastien – Gulliverte – Histoire ancienne – Il me manquait une chanson – Il s’appelait Richard – J’ai de bonnes nouvelles – J’ai le cœur à l’ombre – J’ai une maison pleine de fenêtres – Java d’autre chose – Je cherche mon chemin – Je n’suis pas si bête – Je pense à Noël – Je suis un dinosaure – Je suis une vieille dame – Je te cherchais déjà – Jérémie – J’suis un bas bleu – La chambre d’or – La chanson de l’ortie – La douzième – La faute à Eve – La femme du vent – La payse – La peau de l’ours – La p’tite hirondelle – La Rochelle par la mer – La Romanée Conti – La rose de décembre – La rose des vents – La serpente – La vache engagée – La vaisselle – Lâchez-moi – L’année prochaine – L’autre et l’une – Lazare et Cécile – Le baromètre – Le centre du motif – Le géranium – Le jour où ça craquera – Le pauvre pierre – Le pêcheur de perles – Le petit maçon – Le western – L’enfant qui pleure – Les amours de l’été – Les années qui cognent – Les beaux enfants – Les blondes – Les cathédrales – Les gens qui doutent – Les pierres dans mon jardin – Les punaises – L’éternelle histoire – Lettre anonyme à Jules – Lettre ouverte à Élise – L’histoire de Jeanne-Marie – L’honneur – Lonlère – Madame ma voisine – Maman elle est pas si bien qu’ça – Marie – Marie géographie – Mariette et Françoise – Marine – Maryvonne – Maumariée – Me v’la – Même pas un coup de cœur – Merci, oh merci – Mes sabots de bois – Moire et satin – Mon grand-père Louis – Mon mari est parti – Mon mystère – Mon vélo est blanc – Mousse – Non tu n’as pas de nom – Oh ! Les nuages – Oiseaux – On s’est connu – Par les champs inondés – Partie simple – Pas difficile – Pas encore pas déjà – Petit bonhomme – Philomène – Plate prière – Plus personne à Paris – Porteuse d’eau – Portraits de mes aïeules – Pour qu’on m’apprivoise – Pour une petite chanteuse – Pour une solitude – Priez pour la Terre – Quand on dansait la vie en roseQuatre saisons – Que vous êtes beaux – Regrets d’une punaise – Rien qu’une fois faire des vagues – Ronde madeleine – Rose – Si je ne parle pas – Si la pluie te mouille – Si le renard tousse – S’il fallait faire la guerre – S’ils filent tous dans la lune – Sur un fil – Tant de choses à vous dire – T’en souviens-tu, la Seine – Thérèse – Tiens-toi droit – Très gentille et désespérée – Trop tard pour être une star – Tu es la terre – Un bateau mais demain – Un cœur sur les bras – Un mur pour pleurer – Une chanson grise en do – Une dame de Dijon – Une sorcière comme les autres – Valse-marine – V’la l’printemps gnan gnan – Vous m’avez tant aimée – Xavier.

***

J’ai utilisé les 13 mis en gras – l’illustration a servi à un devoir de Lakévio

Question existentielle

Elle parle.
Elle parle.
Elle se plaint.

Des restrictions dans son quotidien.
De la fermeté des mesures.
Des sacrifices à faire.
Des compromis nécessaires.

Puis elle demande « et toi, comment tu vas? ».

Mais on peut tout de suite avaler sa réponse parce qu’elle enchaîne sans l’attendre.

Sur sa voisine hystérique « qui ne fait attention à rien ».
Sur ces papiers à remplir pour chaque petite sortie.
Sur le romarin qui a fleuri dans le jardin de son fils.
Sur la crème au chocolat qu’elle a mangée.

Et que la mode n’est plus aux vestes cintrées alors que ce sont précisément celles-là qu’elle a emportées.

Expliquez-moi: quelle est donc l’utilité du téléphone?

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: utilité – restriction – fermeté – hystérique – couchette – papier – avaler – romarin – compromis – sacrifice – cintrer – crème + le thème: téléphone.

F comme Figaro

Jozefien coupe les cheveux de ses voisins âgés, traduit l’Adrienne pour le petit journal de quartier.

Alors évidemment elle revoit son grand-père, peigne et ciseaux à la main, le menton tremblant, en train de couper les cheveux du petit frère, qui n’était pas capable de se tenir tranquille quelques minutes.

– C’est une véritable girouette, cet enfant! disait-il.

Mais ce n’était pas la faute du petit frère: c’était la faute d’un bruit du dehors ou dans le couloir ou d’une porte que quelqu’un ouvrait à l’étage.

– Je vais finir par lui couper dans l’oreille! disait-il à la mère, et son menton tremblait si fort que mini-Adrienne avait peur qu’il refasse un infarctus.

Mais bien sûr la mère donnait raison à son fils:

– C’est que ça dure trop longtemps! répondait-elle.

Elle savait bien pourquoi elle ne l’emmenait pas chez un vrai coiffeur 😉

Y comme y a pas que

Cousin numéro trois est marathonien. Champion de triathlon. Amateur des parcours les plus lourds, de ces ‘trails’ où il faut grimper des dénivelés boueux.

Apparemment, il n’est pas le seul.
Apparemment, le ‘trail’ ne leur suffit pas.
Il leur faut de l’ultra-trail.
Et c’est l’équipe belge qui vient de remporter les championnats du monde de cette discipline, devant les Etats-Unis.

Course d’endurance et ‘last man standing‘, comme dans le film They shoot horses, don’t they.

Ce last man standing, c’étaient deux Belges, dont un incroyable champion qui s’appelle Karel Sabbe et est dentiste à Gand:

« Cette fois, il vient de repousser les limites physiologiques de l’être humain puisque jamais avant lui un homme n’avait couru 75 heures, plus de trois jours et trois nuits donc, parcourant 503 kilomètres sans s’arrêter. »

Tout ce que vous voulez savoir sur cette compétition: ici.

L comme Léon

Avant que Madame ait le droit d’instruire le petit Léon, sa maman vient comme l’autre fois lui faire passer un test 😉

– Vous savez, vous, ce que c’est des démi… des déter… quelque chose?
– Des déterminants? C’est mon boulot de savoir ça, dit Madame. Envoyez-le-moi!

Petit Léon est un enfant qui stresse déjà pour l’examen de fin d’études primaires qu’il aura en juin. Son instituteur et ses parents y sont pour quelque chose, évidemment.

Il a marqué de quatre étoiles un exercice dont « le Maître » a dit qu’ils en auraient sûrement un de ce genre… en juin.

– C’est bien de le savoir à l’avance, dit Madame pour le rassurer, on a encore des tas de mois pour s’entraîner!

Mais petit Léon, ce qui lui manque le plus, c’est la confiance en lui.

Alors pendant plus de deux heures, sur le canapé de Madame, il s’entraîne à reconnaître verbe, adverbe, adjectif, nom, préposition, conjonction… et déterminants.

Puis, au détour d’un exemple qu’il a choisi – verbe? manger! adverbe? beaucoup! – il confie à Madame que son frère – un grand échalas de seize ans – mange beaucoup, vraiment beaucoup, qu’il vide le frigo et que ça énerve le papa.

– Ah! mais c’est normal qu’il mange tellement! c’est normal à son âge!

Et devant l’air inquiet que garde le petit Léon elle ajoute même la phrase-cliché-qui-tue:

– Il est en pleine croissance!
– Oui c’est vrai, répond-il comme un grand, mais mon papa il se fâche quand même.
– Il a peut-être oublié que lui-même à cet âge mangeait beaucoup aussi, sourit Madame.
– Oh non! il dit qu’à Noël il mangeait deux dindes à lui tout seul!

Madame n’a pas osé rire.

– Deux dindes! elle a dit, en testant une mimique admirative, alors petit Léon ce grand sensible a ajouté:

– J’ai toujours peur, quand ils se disputent, que ça ne s’arrête pas.

***

sur la photo un autre petit Léon, à peu près au même âge, fier de son tout nouveau vélo.

Y comme Yaka

Yaka Modeler

Yaka, c’est ce merveilleux pays où vit le petit frère. Et dont régulièrement il envoie des injonctions:

– Yaka envoyer un mail.
– Yaka téléphoner.
– Yaka leur dire ceci. Leur demander cela.
– Yaka chercher.
– Yaka régler.

Et toujours c’est urgent. A faire plutôt la veille que le jour même.

Et toujours c’est simple.

Alors cette nuit l’Adrienne s’est dit qu’elle devrait avoir l’audace de lui répondre:

– Yaka le faire toi-même.

Juste une fois.

Pour voir ce que ça donnerait 😉

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source de la photo ici.