T comme tapis de sable

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C’est en roulant en direction de Mons et de ses monuments un dimanche matin que l’Adrienne a repensé à ces sorties dominicales organisées par le grand-père à l’occasion de son anniversaire, fin octobre.

Par une de ces étranges pirouettes de la mémoire, elle s’est tout à coup souvenue d’un endroit où la famille s’est arrêtée une ou deux fois, pour que les hommes puissent y prendre leur « collation ».

Ça s’appelait Le tapis de sable parce qu’il y avait effectivement un énorme tableau réalisé en différentes couleurs de sable. « On ne touche pas! », criait-on au petit frère, qui aimait surtout admirer avec les doigts, « va plutôt faire un tour du côté des balançoires! »

Les hommes ayant sifflé – pardon, bu – une bière, ils battaient le rappel et chacun remontait en voiture.

Et que le ciel soit d’azur ou de grisaille, chaque fois grand-mère Adrienne répétait comme un mantra: « Het weer doet al wat het kan! », « La météo fait tout ce qu’elle peut. »

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texte écrit avec 9 des 13 mots imposés par 13 à la douzaine: sable, tapis, touche, vernaculaire, collation, azur, tissage, balançoire, siffler, adamique, pirouette, poing, monument.

Photo prise à Mons le dimanche 13 octobre, dans une rue dont les habitants se sont amusés à peindre les pavés en de multiples couleurs, de sorte qu’elle est devenue très instagrammable 😉

 

20 ans

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Bien des fois déjà l’Adrienne a dû vous parler de cette histoire de soupe qui a terni toute sa petite enfance.

Une anecdote qui pourrait servir de symbole à la faillite de ce genre d’éducation: obligée de finir l’assiette, même froide, enfermée dans le kot aux murs bleu turquoise – grand-mère Adrienne avait badigeonné les toilettes, la cave et le kot avec la même peinture à la chaux – mini-Adrienne s’est juré que quand elle serait grande…

Et elle a tenu parole.

Pendant vingt ans, à contrecœur et avec dégoût, elle a avalé sa soupe, l’ornement obligatoire de la gastronomie domestique flamande: jamais ne s’en est servie comme projectile, jamais n’a froissé l’amour-propre de la cuisinière.

Mais sur son ardoise mentale, elle traçait une barre, une par jour, qui la rapprochait de la venue de son prince sur son cheval blanc, celui qui la délivrerait.

Qui lui permettrait de jeter aux orties de l’histoire ce triste fleuron de l’art culinaire.

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Ecrit sur mon canapé le vendredi 13 à quatre heures pour 13 à la douzaine avec les mots imposés: soupe – ternir – faillite – ortie – ornement – projectile – froisser – turquoise – ardoise – prince – canapé – et le thème était: vingt.

Photo d’une famille flamande – celle du grand-père maternel – élevée à la soupe quotidienne. 

O comme obsédé

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« Obsédé sexuel » disait le petit frère, qui avait le chic de rapporter de la cour de l’école – ou des réunions de louveteaux, dans ce cas-ci – les termes les plus choisis.

Parfois le père essayait mollement un « Tu sais au moins ce que ça veut dire? »

Parfois la mère s’insurgeait: « Arrête avec ça! C’est vulgaire! »

Peine perdue: il allait falloir d’autres tactiques.

Par exemple, s’attaquer au nerf de la guerre:

« Dorénavant, tu mettras un franc dans cette tirelire chaque fois que tu diras un vilain mot », dit la mère, qui avait dû trouver ce conseil dans son magazine féminin.

Mais au bout de quelques jours, quand il disait une grossièreté, la mère faisait la sourde oreille et le père continuait de lire son journal.

Peut-être que si on ne réagit plus, ça s’arrêtera tout seul? ont-ils dû penser.

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écrit pour le Défi du samedi avec le thème imposé: obsédé!

Merci Walrus 🙂

V comme vive la famille!

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La toute première fois que l’Adrienne a reçu des fleurs, c’était pour ses 18 ans.

Un magnifique bouquet de lilas blancs d’une adorable voisine dont elle a déjà parlé ici et ici.

Une gentille dame. Vraiment. L’Adrienne aurait bien épousé son plus jeune fils, rien que pour entrer dans cette famille et avoir une si adorable belle-maman 🙂

Par hasard, l’Adrienne la rencontre et a avec elle une conversation bizarre, à propos de lilas blancs qu’elle devrait avoir reçus mais qu’elle n’a pas vus.

La voilà triplement touchée, d’abord parce que quelqu’un a pensé à son anniversaire, ensuite pour ce bouquet, le tout premier de sa vie, et justement elle adore le lilas, son parfum, tout ça, la gentille dame le savait…

L’Adrienne a peur de comprendre ce qui s’est passé avec « son » bouquet:

– Oh! dit sa mère, ces lilas blancs? je les ai donnés à Gisèle.

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Merci au Goût-des-autres pour son devoir du Goût N°5: J’aime le lilas. Et vous ? Qu’avez-vous à raconter sur le lilas ?

P comme Petit Poucet

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Petit Poucet est l’unique enfant de ses deux parents.
Le seul petit-enfant de ses quatre grands-parents.
Le seul neveu de ses quatre oncles et tantes.

Ça fait beaucoup d’amour à recevoir et sans doute aussi beaucoup d’attentes à combler.

L’Adrienne observe ce Petit Prince de quinze mois et ses premiers balbutiements. Chacun l’entoure avec empressement pour lui faire répéter les noms magiques: son premier mot sera-t-il maman? ou papa? tonton? ou tata?

Petit Poucet a mis tout le monde d’accord: son premier mot a été TRAIN 🙂

I comme instagrammable

– Ça ne va plus être possible! dit Monsieur Neveu tout à coup, avec cet air péremptoire et sans pitié qu’on peut avoir à vingt ans. Ça ne va plus être possible de t’emmener en vacances !

La mère de l’Adrienne en reste un long moment sans voix.

C’est vrai qu’elle fait parfois de drôles de choses, traverser sans regarder, se perdre dans la foule en continuant droit devant elle, comme si elle était seule au monde. C’est vrai qu’il faut l’avoir tout le temps à l’œil, comme un enfant. Sauf que ce n’est pas un enfant et qu’elle ne se laisse pas commander.

– C’est vous qui marchez trop vite, finit-elle par dire d’un ton accusateur.

C’est chaque fois son même système de défense.

– Tu vois bien, dit en riant l’Adrienne à Monsieur Neveu, que j’ai raison et que l’an prochain, au lieu de faire un voyage à l’étranger, on ira dans les Ardennes belges 😉

Voilà bien trois ans qu’au moment du choix de la destination, l’Adrienne propose la Wallonie et que Monsieur Neveu répond Amsterdam, Copenhague, Berlin, Budapest, Prague.

Sans doute la Wallonie n’est-elle pas assez instagrammable à ses yeux 😉

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un bon article sur le phénomène ici.

G comme générosité

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– Si tu veux, dit Monsieur Neveu, à la fin de l’année je te donne mon IPhone. Parce que moi, de toute façon, je vais en changer.

– En changer? s’étonne l’Adrienne. Alors qu’il marche encore très bien? Et au prix que ça coûte?

Parce qu’il faut savoir que Monsieur Neveu ne jure que par le haut du panier, chez Apple.

– Oui, il marche encore, dit-il, mais bon, il y a de nouvelles fonctionnalités et celui-ci il fatigue un peu. Il est dépassé, quoi!

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L’illustration a servi à un devoir de Lakévio.