G comme généalogie

C’est un peu par hasard et surtout grâce à l’aide d’un généalogiste chevronné que l’Adrienne a pu remonter la branche portant le patronyme de son grand-père maternel, tenez-vous bien, jusqu’à la quinzième génération 😉

Et ce qui lui fait le plus plaisir, ce qui la fait vraiment beaucoup rire, c’est de constater que ces plus anciens de la lignée de Bon-Papa étaient tous des cultivateurs-tisserands nés et morts au village de S***.

Entre 1565 et 1794, tous nés et morts à S***.

S***, c’est là où l’Adrienne et l’Homme avaient acheté la maison de leurs rêves, en pleine nature.

Or, comment a réagi Bon-Papa, le jour où ils le lui ont annoncé?

Ie S***? Woer dan z’uur kloefen verkiers andoen?

Ce qui veut dire: à S***? Là où ils mettent leurs sabots à l’envers?

Visiblement, il ne savait pas que sa famille était originaire de là-bas 😉

D comme doute

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– Tu ne peux pas savoir, dit-elle, comme je suis soulagée! Incroyablement soulagée! Et je peux enfin en parler!

Parler de quoi, se demande l’Adrienne mais elle se tait et écoute.

– Tu sais que j’ai cru que je n’étais pas la fille de mes parents?
– Ah bon? Et pourquoi donc?

Alors voilà l’histoire: c’est une affaire de groupe sanguin.
Ses parents ont un groupe sanguin différent du sien.
Elle s’est imaginé que ça n’était pas normal.

Comme elle est fille unique, elle ne pouvait pas comparer et vérifier pour un frère, une sœur, si ça se confirmait ou s’infirmait, et chaque fois qu’un médecin lui posait la question de ses « antécédents familiaux » elle se demandait si ça valait la peine de s’inquiéter de l’hérédité.

– Tu comprends, dit-elle, j’ai gardé ça pour moi pendant des années, je ne savais pas à qui le demander, n’importe quel médecin aurait tout de suite deviné qu’il s’agissait de moi, de mes parents, je ne pouvais pas leur faire ça, ici tout le monde se connaît… et personne n’aurait cru à l’histoire du bébé échangé à la clinique, ça, c’est bon pour un film, mais dans la vraie vie?

Bref, elle a enfin une réponse qui lui a permis de lever le doute sur la fidélité de sa mère ou sur toute autre hypothèse: elle est bien la fille de ses deux parents 🙂

Le jeu des 7 erreurs

Quinze jours avant la fête, Monsieur Neveu était passé à l’appartement maternel pour lui sélectionner la tenue adéquate.

L’élégance était de mise, jugeait-il, et lui-même porterait – bien évidemment – le costume, la cravate, les chaussures fermées.

Dans un dernier sursaut de volonté, le jour J la mère a tout de même préféré le confort de ses sandales à l’élégance des petits souliers dorés exigés par son petit-fils.

– Tu verras, lui avait assuré l’Adrienne, il sera bien le seul avec son costume et sa cravate!

Et en effet: on a pu admirer cent vingt personnes (moins une ou deux, donc ;-)) portant les tenues les plus estivales, tongs, bermudas, baskets, T-shirts à inscription humoristique ou publicitaire, shorts e tutti quanti.

Mais bien sûr l’Adrienne n’a fait aucune remarque 😉

Adrienne se souvient

Sans doute que ceux qui n’ont pas connu cette chose devront aller jusqu’à la huitième ligne de l’incipit, là où il y a les mots ‘maman’ et ‘me laisser sortir’, mais c’est à la première déjà que l’Adrienne a compris.
Et ressenti, comme à cinq ans.
Un flot d’émotions, très, très fortes.

« Ze zeggen dat je ogen wennen aan het donker, maar hier, in dit kleine kamertje in de hoek van de kelder is de lucht pikzwart. Vorige keer heb ik hardop geteld en toen was ik al in de zoveel-honderd en mocht ik er nog altijd niet uit, dus dat doe ik nu niet meer.
‘Ik ben bang.’ Ik zeg het hardop, en ik schrik van dat geluid. ‘Ik ben niet bang, want ik ben al negen jaar en dat is groot en grote meisjes hebben geen schrik.’ Het zal nu niet lang meer duren. Mama zal zo wel naar beneden komen en mij er weer uit laten. Ik zal sorry zeggen en beloven om het nooit meer te doen.
« 

Griet Op de Beeck, Kom hier dat ik u kus, Prometheus Amsterdam, 2020

« Ils disent que les yeux s’habituent dans le noir, mais ici, dans ce petit réduit dans le coin de la cave, le noir est total. La fois passée j’ai compté à voix haute et j’étais déjà dans des tas de centaines et je ne pouvais toujours pas sortir, alors maintenant je ne compte plus.

‘J’ai peur’. Je le dis à voix haute et ce bruit me fait saisir. ‘Je n’ai pas peur, parce que j’ai déjà neuf ans et je suis grande et les grandes filles n’ont pas peur.’ Maintenant ça ne va plus durer longtemps. Maman va bientôt descendre et me laisser sortir. Je demanderai pardon et je promettrai de ne plus jamais le faire. »
(traduction de l’Adrienne)

***

Comme vous pouvez le voir à l’illustration ci-dessus, le livre a été traduit en français par Isabelle Rosselin et a paru aux éditions Héloïse d’Ormesson en 2018.

X c’est l’inconnu

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

C’est incroyable le nombre de choses qui peuvent se passer en deux ans!

Ainsi par exemple, les deux filles de belle-sœur numéro 2 ont trouvé un compagnon et ont fait un bébé.

L’Adrienne n’a vu bébés et compagnons qu’en photo sur whatsapp.

Et chez Monsieur Filleul est né un petit garçon qui a déjà quinze mois.

Bref, sur la centaine de personnes qui seront à la fête, l’Adrienne en connaîtra moins de dix.

Huit, si elle compte bien 😉

V comme voyage, voyage

– Je ne comprends pas, dit la mère de l’Adrienne au téléphone, toi qui aimes tant le train, pourquoi tu veux absolument venir en auto!

Il faut trois secondes à l’Adrienne éberluée pour savoir comment y répondre calmement:

– Mais tu sais bien qu’il y a ces cadres? Ces deux peintures que tu voulais garder?

Sans compter qu’ils encombrent le couloir depuis deux ans. Le plus grand fait 128 cm sur 100, même pas sûr que ça y rentre, dans la voiture achetée spécialement avant les vacances au lieu d’attendre la fin de l’année.
Et qu’il y a aussi un gros sac avec des affaires que la mère avait oubliées à l’appartement, le jour du départ et qu’elle a bien demandé de lui apporter.
Comment mettrait-on tout cela dans une valise dans le train?

– Oh! fait-elle, ces cadres! Tu peux les garder!

Et elle ajoute même:

– Tu n’aurais jamais dû les prendre chez toi!

Faites donc plaisir au gens 😉

***

Bref, aujourd’hui l’Adrienne prend la route pour aller passer huit jours chez sa mère.

Première découverte

C’est aussi grâce au généalogiste dont il était question dans le billet d’hier que l’Adrienne a pu découvrir qu’une légende familiale n’était pas une légende, en fait.

Une première découverte!

En effet, une grand-tante côté paternel prétendait que si quelques-unes des descendantes de l’arrière-grand-père Ernest avaient les yeux si sombres et les cheveux si bruns, c’est parce qu’il y avait « du sang espagnol » dans la famille.

Une affirmation qui faisait toujours se soulever les épaules et lever les yeux au ciel, en premier lieu chez le père de l’Adrienne – il faut bien qu’elle tienne de quelqu’un son côté « saint Thomas », comme dit sa mère.

Bref, personne n’en avait la preuve.

Mais maintenant la preuve est là.
Même s’il faut remonter si loin que le lien avec les yeux sombres en devient de plus en plus ténu, mais soit: il y a du sang espagnol.

Essayez de suivre 😉

L’arrière-grand-père de l’arrière-grand-père Ernest s’appelle Natal. Né en 1762.
Ce prénom, assorti à un nom de famille flamand, avait semblé bizarre à l’Adrienne.
Aujourd’hui, tout s’explique: la maman de Natal a comme nom de famille García.

CQFD.

Avec encore une fois de nouvelles questions qui se posent, quand comment pourquoi Ana Josepha García est arrivée en Belgique…

(et non aucun rapport avec un sergent californien)

***

sur la photo, la très brune petite Ivonne posant fièrement avec son mari et leur premier-né, l’été de 1925.

Dernières découvertes

Samedi matin le tout premier message venait d’un généalogiste amateur rencontré sur geneanet.org – est-ce un hasard, il habite précisément la ville de l’Adrienne 😉

– J’ai là deux documents, écrit-il, qui vont probablement t’aider.

En effet, le premier est une photo de l’acte de naissance de la mère de la grand-mère paternelle.
Née en 1881.

Dans la marge, sous son numéro d’ordre et son nom de famille, est noté l’infâmant ‘illegt‘.
C’est la sage-femme qui est venue déclarer l’enfant le lendemain de sa naissance: la jeune mère, 22 ans, n’a pas de mari.

Ce qui a immédiatement rappelé à l’Adrienne un prof d’histoire affreusement cynique qui semblait prendre plaisir à ‘casser’ tous les rêves des gamines qu’il avait devant lui.
Genre « oui oui vous dites ça, mais vous verrez, vous finirez toutes braves petites femmes au foyer ».
Et autres choses du même acabit à propos de tout ce qu’on aime croire beau, à seize ans – l’amour, par exemple – et dont on découvrira bien assez tôt les épines.

Ainsi un jour – sans aucune raison, sans le moindre lien avec rien de ce qui se passait en classe à ce moment-là – s’est-il mis à se gausser des généalogistes qui, croyant trouver des ancêtres nobles, se trouvent être des bâtards.

C’est le mot qu’il a dit.

Mais l’Adrienne, en voyant ces quelques données sur une inconnue arrière-arrière-grand-mère Clémence, n’a pour elle qu’un immense amour.
Et des tas de questions.
Que lui est-il arrivé?
Était-ce par amour ou par violence?
Comment l’a-t-elle vécu?
Et la petite Zoé?

La petite Zoé a fini par avoir un papa, quand elle avait treize ans: sa mère s’est mariée, son beau-père l’a ‘reconnue’ et lui a donné son nom.

Et quand la petite Zoé devenue grande a eu son premier enfant, une petite fille, elle l’a appelée Ivonne.

Ivonne Clémence.

***

sur la photo, les trois enfants de la petite Ivonne au printemps de 1934.

Stupeur et tremblements

A la lecture quotidienne des titres de l’actualité, on ne manque pas de sujets de stupeur ni de tremblements.

Ainsi par exemple on ne sait que penser de ce couple, en Inde, qui a intenté un procès à son fils et lui demande une forte somme de dédommagement parce qu’au bout de cinq ou six ans de mariage, le fils et son épouse n’ont toujours pas d’enfant.

Ou cette « anecdote » d’une touriste hollandaise qui filme la chute fatale de son compagnon: ils voulaient impressionner grâce à un plongeon d’une falaise.

Ou que le préfet de Haute-Savoie a autorisé aux chasseurs d’abattre 170 bouquetins, une espèce pourtant protégée.

Chaque fois on se dit que l’homme est tout de même une espèce qui aime se créer ses propres problèmes alors qu’il est déjà bien assez difficile de « supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère » sans avoir à y rajouter par des comportements imbéciles.

Et le jour-même Madame en reçoit confirmation quand Nabila lui annonce qu’elle ne pourra pas venir: on a détecté un cancer chez sa maman il y a peu et la famille compte sur elle pour l’assister.

Il y a des gens, dit meilleure-amie-depuis-la-maternelle, sur qui le malheur s’acharne.

Madame va finir par le croire.

***

la phrase de la photo « Alles van waarde is weerloos« , ‘tout ce qui a de la valeur, est sans défense‘, est extraite d’un poème de Lucebert.

Premier

source ici (récap en 70 titres lors de ses 70 ans)

Le premier, c’était beau-papa.
Au téléphone, belle-maman exultait:

– C’est positif, a dit le docteur, donc tout va bien!

Elle avait compris ce que tout proche aime comprendre: les tests sont positifs, donc c’est bon.
Mais bien sûr, en jargon médical « positif » veut dire mauvais.

Jusqu’à aujourd’hui l’Adrienne ne comprend pas comment le médecin, qui a dû assister à une explosion de joie, lui aussi, vu que belle-maman avait l’émotion explosive, comment il n’a pas rectifié le tir.

Le premier, donc, c’était beau-papa.
Après, bien sûr, il y en a eu beaucoup, beaucoup d’autres.
De toutes les sortes.
Des rapides-fulgurants et des sournois-faux jetons, qui te font croire « en rémission » pour t’anéantir plus fort après des opérations et des thérapies qui te mettent le peu de vie qui te reste complètement à l’envers.

Bref, c’est à lui l’Ostendais et à tous ceux qui ont suivi que l’Adrienne a pensé, père, oncle, tantes, amies, élèves… après avoir entendu la triste nouvelle qu’Arno avait succombé, lui aussi, malgré ses efforts pour rester en vie.