W comme wolken

DSCI7312

Isa a peint le bleu du ciel.

Elle a dessiné des nuages blancs et doux comme du coton.

De sa plus belle écriture, elle a tracé un joli message pour son papa: Papa, ik ben in de wolken voor jou! (1)

Puis elle a signé son œuvre.

Le vendredi avant la fête des pères, la peinture était sèche et le cadeau prêt à être emporté à la maison pour être offert au papa le jour J.

Et puis… et puis il s’est passé quelque chose. Qui a fait que le joli travail a été abandonné sur le seuil d’une maison vide, juste à côté de l’école.

***

(1) l’expression en néerlandais ‘in de wolken zijn’ veut dire ‘être aux anges’, être très heureux.

O comme ook al…

De bloemenMême si le monde était en flammes, le trafic postal fonctionnait parfaitement. Des lettres voyageaient entre Gierle et Hoogstraten. Hortence y mentionnait tous les petits faits du village. Elle parlait de la plaie purulente d’une tante, de la jambe enflée d’un oncle buveur de lait. Louis la voyait debout au comptoir de son magasin, écrivant avec son petit bout de crayon à la pointe émoussée, pendant qu’il s’occupait du beurre dans le séjour. Maintenant, il achetait le beurre tout prêt à la laiterie pour le revendre au magasin. 

Ook al stond de wereld in brand, het postverkeer werkte vlekkeloos. Brieven gingen over en weer tussen Gierle en Hoogstraten. In haar brieven meldde Hortence alle kleine gebeurtenissen van het dorp. Ze had het over een stinkende etterwonde van een tante, het dikke been van een botermelk drinkende oom. Louis zag Hortence staan aan de winkeltoog, schrijvend met haar stompe potloodje, terwijl hij met zijn boter bezig was in de woonkamer. Hij kocht de boter nu kant-en-klaar in de melkerij om ze verder te verhandelen in de winkel.

Koen Peeters, De Bloemen, Meulenhoff/Manteau, 2009, début du chapitre 11 (p.61) traduction de l’Adrienne.

Le narrateur-auteur retrace une partie de la chronique familiale, en remontant jusqu’à ses grands-parents paternels, Louis Peeters et Hortence Proost. Comme point de départ, il utilise les lettres que sa grand-mère Hortence envoyait chaque semaine à ses deux fils aînés, qui étaient à l’école secondaire dans un pensionnat d’où ils ne revenaient que toutes les six semaines. C’est la guerre de 40 et leur région – en Campine – toute proche du port d’Anvers et des bassins miniers, voit de nombreux bombardements, jusqu’aux V1 et V2 en 1945.

Voici l’incipit:

Louis Peeters avait dix ans quand il a décidé de quitter la ferme familiale. C’est arrivé la première année du siècle passé, le jour où le cochon a été tué. Le gros, le gras, le patapouf qui faisait chanter la petite sœur: ‘Mas, le bon Mas,…’

Louis Peeters was tien jaar toen hij besliste om de ouderlijke boerderij te verlaten. Het gebeurde in het eerste jaar van de vorige eeuw, op de dag dat het varken werd geslacht. De dikzak, de vetzak, de papzak, over wie Louis’zusje zong: ‘Mas, lekkere Mas …’

Koen Peeters, De Bloemen, Meulenhoff/Manteau, 2009, début du chapitre 1 (p.11, incipit) traduction de l’Adrienne.

Tu vois, dit l’Adrienne à l’ami chez qui elle est en visite vendredi après-midi, tu vois pourquoi tu devrais mettre tes souvenirs sur papier?

L’ami a des tas d’histoires familiales à raconter, toutes aussi belles que celles du livre de Koen Peeters, et sept petits-enfants qui, l’Adrienne en est sûre, seraient tellement heureux de les avoir, un jour…

source de la photo ici

J comme jésus

Histoire de la bibliothèque
– Il ne mange rien, ce petit jésus? disait madame Redon chaque fois qu’elle passait le long de la table où se trouvait la famille.
Ce qu’elle ne savait pas, c’est que le petit jésus piochait dans le panier à pain dès qu’il était posé sur la table, chose que mini-Adrienne n’avait pas le droit de faire:
– On ne se sert de pain que pendant le repas, pas avant! disait la mère.
Mais à trois ans, le petit frère, à l’hôtel de la Plage, vivait de pain, de fromage et de dessert.
Aujourd’hui, chaque fois que la famille est à nouveau réunie au restaurant, le petit frère pioche dans le panier à pain dès qu’il est posé sur la table. Alors la mère raconte à sa belle-fille:
– Il ne mange rien, ce petit jésus, disait madame Redon…

G comme gentillesse

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Cette fois, se dit l’Adrienne en marchant d’un bon pas vers l’appartement de sa mère, elle ne pourra pas se plaindre que je ne lui raconte jamais rien… j’ai de quoi alimenter la conversation.

Deux heures plus tard, l’Adrienne marche de nouveau d’un bon pas en rentrant chez elle. Elle sait tout sur la voisine d’en haut, d’en bas, d’à côté. Sur l’ophtalmo, le dermato. Sur qui a dit quoi et ce qu’il faut en penser, jusqu’à la troisième génération.

Mais sa mère ne sait rien sur la boule au ventre que l’Adrienne avait la veille, en se rendant à son ultime cours de FLE. Elle ne sait rien des émotions bien douces que lui ont données ses élèves. Elle ne sait rien de rien.

Alors vous comprenez combien vous êtes précieux, vous tous ici qui prenez le temps de lire et de comprendre et de trouver les mots gentils à mettre en commentaire.

Merci à vous tous.

G comme (votre) Gentillesse et G comme (ma) Gratitude.

Première nouvelle

it's been a while

– Cette année, dit la mère de l’Adrienne, on ne pourra pas fêter ton anniversaire.

Première nouvelle! Le fêtent-elles ensemble, habituellement? Mais l’Adrienne préfère ne pas polémiquer:

– Ah? Pourquoi? qu’est-ce qu’il y a?

– Et bien, depuis deux ou trois semaines, j’ai parfois du mal à déglutir, alors je suis allée chez Christian – la mère de l’Adrienne appelle son médecin, son dentiste… par leur petit nom – et mercredi après-midi j’ai un rendez-vous à la radiologie. Je dois y être à 14.30 h.

– Si tu veux, je t’y accompagne, propose l’Adrienne.

– Oui, ce serait bien… J’ai sûrement un cancer de la gorge… Ça ne peut être que ça!

– Mais non! c’est quasiment impossible! tu n’as jamais fumé ni vécu avec des fumeurs!

– Oui, mais ces dernières années, je vis en ville, et avec tous ces gaz d’échappement…

L’Adrienne s’est tue. Ah quoi bon argumenter avec quelqu’un pour qui chaque petite tache brune sur la main est un mélanome, chaque battement de cœur un peu accéléré le signe imminent d’un infarctus. Elle est la meilleure cliente des spécialistes de la ville.

– C’est la fin, conclut la mère d’un ton dramatique. Il fallait bien que je meure de quelque chose…

***

Le mercredi suivant, elles sont toutes les deux à la radiologie. Même l’Adrienne est stressée 🙂

La gorge de la mère est examinée à fond par deux spécialistes. Quand elle réapparaît, elle ne dit rien.

– Tu sais déjà quelque chose, demande l’Adrienne, ou il faut attendre qu’ils envoient les résultats à Christian?

– Je le sais déjà, dit la mère.

Silence. L’anxiété de l’Adrienne monte de trois crans.

– Et ils t’ont dit quoi?

– Que c’est un cadeau de l’âge.

Et elle sort de la clinique en regardant bien droit devant elle.

***

écrit pour le Défi du samedi avec le thème imposé ‘histologie‘ – merci aux amis qui m’ont envoyé de chouettes cartes 🙂 (comme celle-ci, qui pourrait servir à un billet « coiffeur philosophe », si j’avais encore un coiffeur philosophe… – source de l’image ici)

 

Y comme y a de la joie!

Sujet 21/2019 - du 25/05 au 01/06

Flessengeluk! s’écrie le beau-père en versant la dernière goutte de vin dans le verre de celui ou celle à qui il souhaite ainsi un événement heureux dans l’année, en principe un mariage ou une naissance.

En réalité, il faut ajouter ici deux corrections.

D’abord, il ne dit pas ‘flessengeluk‘, mais ‘bottelgeluk’, parce qu’il est Ostendais et qu’à Ostende on de dit pas ‘fles’, pour bouteille, mais ‘bottel’, comme en anglais.

Ensuite, il le fait généralement par plaisanterie. Avec un petit sourire en coin. Il aime bien taquiner la jeune fille, le jeune homme, en lui souhaitant un mariage dans l’année, ou une naissance de plus au père (à la mère) de famille qui estime avoir suffisamment procréé.

Dans la famille de l’Adrienne, cette expression est inconnue. En versant la dernière goutte, son père disait rituellement « un homme à la mer!« , elle ne lui a jamais demandé pourquoi et ne sait donc pas si c’est Raymond Devos qui l’avait inspiré.

L’Homme, bien sûr, partout où il allait, utilisait, traduisait, expliquait le ‘bottelgeluk’ paternel. Et il semblait bien que partout, les gens avaient quelque chose de similaire.

Comme sur la photo ci-dessus, dans une famille italienne de Perugia, où le père tient absolument à donner la dernière goutte à son (futur) gendre, ce qui fait évidemment beaucoup rire tout le monde autour de la table – un peu moins le (futur) gendre.

Un mariage ou une naissance dans l’année… Voyez la tête du père au moment où il tend la bouteille pour verser la dernière goutte.

Pour lui, ce n’est pas un jeu, pas une rigolade… mais un message (dans une bouteille) 🙂 

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Photo de Steve McCurry – clic et clic (en fait la photo vient de cette page de son blog, Family portraits – la photo a été prise à Perugia, en Ombrie) et consigne chez Miletune.

Le bilan du 20

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Lui, c’est André. Sous la tignasse sombre, les sourcils froncés et l’air buté, se cache un regard bleu qu’on est toujours surpris de découvrir.

Il a vingt ans tout juste en juillet 1945 et des tonnes d’ambition. Il est celui qui transgresse. Celui qui fait fi des frayeurs du père. C’est pourtant grâce au père qu’il est encore en vie.

L’été de 1944 ses amis résistants ont tous étés tués dans un guet-apens à la ferme Miclotte. Trop jeunes, trop fous, trop inexpérimentés et se croyant invincibles, à l’approche des libérateurs et voulant tellement faire leur coup d’éclat, eux aussi. Mais pour l’empêcher d’aller à ce rendez-vous fatal, le père l’a enfermé. Il ne lui en est même pas reconnaissant. Il veut en découdre.

Alors en septembre, quand passent les libérateurs dans sa petite ville, il s’engage dans la brigade Piron. Le père a beau tempêter, cette fois il est mis devant le fait accompli. Il ne revoit son fils qu’un an plus tard. Il a enfin pu en découdre. Il a suivi la brigade jusqu’au bout, jusqu’à Arnhem. Huit mois de combats. Puis le 18 avril 1945, fin de partie.

André a vingt ans tout juste en juillet 1945 et des tonnes d’ambition. Prêt à en découdre avec la vie.

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carte en provenance du site de la brigade Piron où on voit les mouvements du 3e bataillon entre le 4 et le 18 avril 45.

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tableau et consigne chez Lakévio, que je remercie: parce que c’est l’anniversaire du Fils, je vous propose d’écrire à propos d’un des jeunes hommes peints par Michael Carson.