Z comme zozotte

La Retraite sentimentale - Colette - Folio

Étonnement de l’Adrienne, quand à la page 60 de la Retraite sentimentale, Annie, la vieille amie de Claudine se traite de « zozotte ».

Ce ne serait donc pas un belgicisme, dû au néerlandais « zot » (sot, en français), comme elle le pensait?

Pas de réponse dans le petit Robert,  selon lequel le mot ‘sot’ serait d’origine inconnue.

Cherchons donc plus loin.

ÉTYMOLOGIE

Picard, sot, fou, mains sottes, mains engourdies par le froid ; wallon, so, sott ; espagn. et portug. zote ; angl. et anglo-saxon, sot ; holl. zot ; bas-lat. sottus. Origine inconnue.

Voilà ce qu’en dit le Littré.

C’est fou 🙂

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Toutes les références et tous les liens pour l’illustration et le livre de Colette ont déjà été donnés ici, le 16 août.

O comme objet inconnu

L’Île du Point Némo

Holmes fit une courte pause et leva un doigt, requérant l’attention de Canterel sur la suite: « Pour épaissir ce que les habitants du cru appellent déjà le “mystère des trois arpions”, il convient de noter qu’il met en scène trois pieds droits de pointure différente, mais chaussés du même modèle de basket.»
— De quelle marque? demanda Canterel.
— Anankè…
— J’espère que vous n’avez pas fait tout ce chemin uniquement pour me raconter ça ?
Il introduisit une langue de chat dans le mouille-biscuit que Miss Sherrington avait déposé près de sa tasse et trempa l’ensemble quelques secondes dans son thé.
— Anankè, dites-vous ? reprit-il en portant le biscuit humecté à ses lèvres.
— Oui, dit Holmes. Le « destin », l’inaltérable « nécessité» des Grecs…
— Sauf que cette marque n’existe pas, continua Grimod en humant son verre de whisky.
— Mais qu’en revanche, ajouta Holmes, c’est le nom de la pierre précieuse qui a été volée cette semaine au cœur du même triangle, à Eilean Donan Castle…

Jean-Marie Blas de Roblès, L’île du Point Némo, éd. Zulma, 2014, p.18-19

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Si quelqu’un sait à quoi ressemble un trempe-biscuit, qu’il le fasse savoir, une petite recherche g**gl* ne mène qu’à des cochoncetés, comme on dit chez Zazie (celle du métro :-))

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Image de couverture et toute l’info ici sur le site des éditions Zulma.
Premières pages à lire ici ou un autre extrait à écouter ici.

E comme exnovation

DSCI7571

« Vers une économie durable: les défis de l’exnovation » lit l’Adrienne un matin de juin.

C’est fou le nombre de mots nouveaux qui apparaissent ces temps-ci!

« Des chercheurs de l’IGEAT ont obtenu un financement d’Innoviris pour mener à bien leur projet GOSETE sur l’exnovation en Région bruxelloise, soit les processus de déstabilisation, déclin et abandon des modes de production et de consommation non durables. »

Vivement que Monsieur le Goût revienne de vacances et qu’on puisse amuser nos lundis avec ses tableaux 😉

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article ici. photo du 30 août 2019 (Bruxelles, expo à la Villa Empain)

A comme Auroy

dicorona

Si vous avez un compte twitter, vous pouvez aller voir ce qu’y fait Olivier Auroy et recevoir chaque jour votre tranche de rigolade sous forme de mots-valises inspirés par des phénomènes actuels, comme le mot ‘fouting’ fabriqué avec ‘je m’en f…’ et ‘footing’. Faire son fouting, c’est ce que fait le joggeur qui se fiche pas mal des interdits.

Extrait d’un article de l’ADN:

La situation est inédite, et les mots nous manquent parfois pour décrire les phénomènes nouveaux que nous vivons. Alors Olivier Auroy les invente, avec humour.

Coronavirer, fouting, calameeting… ces mots ne nous disent rien et pourtant, ils décrivent des situations que nous connaissons bien. Le verbe « coronavirer » désigne le fait d’imposer le chômage partiel – une situation qui concerne désormais 8,7 millions de Français. Le « fouting » est pratiqué par les sportifs qui se moquent des règles. Et le « calameeting » est ce qui arrive à ceux qui tentent une visioconférence avec une mauvaise connexion Internet.

Ces mots ne sont pas encore dans le Larousse mais proviennent du « Dicorona » d’Olivier Auroy. Fondateur de l’agence Onomaturge – littéralement « celui qui fabrique les mots » – et auteur, c’est un spécialiste de la création de mots. Et pendant le confinement, il s’en donne à cœur joie. « Quand ce virus s’est manifesté, je me suis rendu compte qu’il pointait des phénomènes, des situations qu’on n’avait jamais connues. Il fallait donc les nommer », explique Olivier Auroy au Parisien.

Sur Twitter et sur LinkedIn, il publie chaque jour ses créations assorties de leur définition. C’est drôle mais aussi très juste. Ainsi, après un mois de confinement, l’allergîte nous semble être une vraie pathologie. Petite sélection de ces nouveaux mots du confinement.

Pour ceux qui ne plaisantent pas au supermarché

Olivier Auroy@olivierauroy

définition 30.
PÉNURIXE n. f. -2020
Pugilat ayant pour objet la conquête du dernier rouleau de PQ.

Pour ceux qui ont dû annuler leurs vacances

Olivier Auroy@olivierauroy

définition 32.
PÂQUEDUC n. m. – 2020
Vacances de printemps suspendues au confinement.

Pour ceux qui n’ont pas prévu de se mettre au yoga

Olivier Auroy@olivierauroy

Le en mode sport, ou pas.
Définition 48.
IMMOBÉSITÉ n. f. – 2020
Surpoids causé par l’inactivité forcée.

Pour ceux qui sont là tous les soirs à 20h

Olivier Auroy@olivierauroy

Définition 24 du pour préparer le rituel de 20h.
MÉDICÂLINER v. tr. -2020
Applaudir le personnel soignant.

Pour ceux qui rêvent du monde d’après

Olivier Auroy@olivierauroy

Dimanche, c’est Définition 31
MUTOPIE n. f. – 2020
Illusion d’un après Covid.

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source de l’illustration, autres exemples et interview de l’auteur ici.

R comme renoncement

alcohol alcoholic bar blur

Il avait dû renoncer à l’alcool, lui qui était capable de vous dire rien qu’au nez si un champagne était composé de plus ou moins de pinot noir, de meunier ou de chardonnay. Une décision qui avait été âprement négociée par sa femme et par son patron: l’alcool ou le boulot, l’alcool ou le foyer. Il était légitimement fier d’y avoir réussi.

Par contre là où il était indécrottable, c’était au niveau du vocabulaire. Même l’arrivée de deux enfants dans son couple n’avait rien changé dans sa façon peu civilisée de s’exprimer: quand-ce qu’on bouffe?, c’est quoi ce fricot de m...?, arrête de bâfrer!

Ce qui rend d’autant plus étonnant le choix d’un mot savant lorsqu’il avait à déclarer, autour d’une table ou lors d’un apéro, « non merci, je ne bois pas d’alcool ». Désormais il disait « non merci, je suis abstème« .

Et depuis qu’il employait ce mot-là, on ne le regardait plus de travers comme un ancien alcoolo, mais avec la déférence due à un grand malade.

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écrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés: fricot – bâfrer – fuir – abstème – meunier – négocier.

Photo de Joonas Kääriäinen sur Pexels.com

R comme Robot Robbie

Link thumbnail

C’est l’invention d’un entrepreneur limbourgeois et elle n’existe pour le moment qu’à un exemplaire (prototype) mais le robot a été testé sur plusieurs chantiers et a reçu les réactions enthousiastes des ouvriers du bâtiment, tant il leur facilite la tâche, surtout en épargnant leur dos, vu que Robbie – c’est le nom du robot – les aide principalement en soulevant et plaçant au bon endroit tout ce qui est pesant.

Pour les jeunes, c’est comme un jouet, et pour les plus âgés, qui commencent à souffrir du dos, c’est un cadeau. Pour l’entrepreneur et ses clients aussi, puisqu’il permet de manipuler des ‘briques’ d’une plus grande dimension – elles sont fabriquées spécialement pour lui – et de terminer le gros oeuvre deux fois plus vite. 

Ce n’est pas à proprement parler un ‘robot’, nous explique-t-on, c’est un ‘cobot’, une machine qui travaille en duo avec l’homme. Un robot collaboratif.

Bref.

Encore un nouveau mot à mettre au dictionnaire.

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info, vidéo et source de la photo ici

P comme pofigisme

Vous le sentez, ce joli printemps? cette légèreté de l’air? cette belle lumière sur les jardins publics? et leurs bancs qui vous tendent les bras?

Vous n’avez pas envie de vous claquemurer? vous voulez manger une bonne glace au soleil? courir dans les bois? construire une cabane avec les enfants? installer des nichoirs?

Malheureusement pour votre sécurité, des tas de gens en manque de créativité ont eu la même idée et notre ministre de la santé s’en trouve fort fâchée. Parce que bien sûr sa seule pensée est de nous protéger et de nous inciter maternellement au cocooning.

Malheureusement, elle l’a fait dans une langue qui supporte mal la vulgarité: le néerlandais, contrairement au français qui peut impunément placer des vocables tels « casse-couilles » dans une conversation, n’accepte pas le mélange des genres. Soit tu t’adresses aux gens en « algemeen beschaafd« , soit non. Et tu es vulgaire.

Or, qu’a-t-elle dit? 

L’image contient peut-être : 1 personne, mème, texte qui dit ’BLIJF IN U DAN STAAT ER MINDER @stagramgroupmedia VOLK VOOR MIJ IN FRIETKOT’

Ecrit pour le jeu d’Olivia Billington (printemps – légèreté – maternel – manger – candélabre – lumière – casse-couilles – banc) et celui d’Emilie Berd (sécurité – jardin – kot – créativité – nichoir – cocooning – protéger – courir – claquemurer – pensée – cabane – bras – bon) – le mot du titre, pofigisme, vient de la consigne de Miletune

« Le pofigisme est une résignation joyeuse, désespérée face à ce qui advient. Les adeptes du pofigisme, écrasés par l’inéluctabilité des choses, ne comprennent pas qu’on s’agite dans l’existence. Ils accueillent les oscillations du destin sans chercher à en entraver l’élan. Ils s’abandonnent à vivre. » Source: un mot par jour.

Le mot ‘kot‘ est parfaitement belge – ce qui signifie qu’il a les mêmes significations et usages, qu’on soit du côté flamand ou francophone – et il n’est pas vulgaire quand il désigne la chambre d’étudiant, la cabane, l’appentis.
Ou même le frietkot, la baraque à frites, comme dans la photo ci-dessus.

Il le devient si on l’utilise, comme l’a fait notre ministre, pour désigner la maison, le foyer.

H comme Hollande

Nederland wil af van bijnaam ‘Holland’

Nos voisins du nord font savoir au monde qu’ils ne veulent plus qu’on les appelle Hollandais ni qu’on appelle leur pays la Hollande, parce que ce nom ne recouvre pas l’entièreté du territoire et surtout parce qu’il fait penser à des sabots, des tulipes et des moulins à vent.

De bijnaam ‘Holland’ doet volgens de Nederlandse overheid teveel denken aan klompen, tulpen en windmolens. 

Ce sont pourtant ces images-là précisément que les mêmes autorités hollandaises (oups! pardon) et tout leur marketing utilisent sans cesse…

Bref.

En français, nous devrons uniquement dire les Pays-Bas (équivalent de Nederland, le nom officiel du pays), mais comment nommerons-nous les habitants?

article et source de la photo ici.

W comme winkelhieren

Woensdag 18 december

Comme chaque année, le dictionnaire Van Dale a organisé le concours du néologisme (de l’année, donc) et le gagnant pour la Flandre est le mot ‘winkelhieren‘.

Il est formé à l’aide du verbe ‘winkelen‘ (faire les magasins, faire des courses) dans lequel on a intercalé l’adverbe ‘hier‘ (ici).

Le néologisme ainsi formé veut donc dire ‘acheter local’.

C’est ce mot-là qui a remporté le plus de voix en Flandre, avec en seconde position ‘klimaatspijbelaar‘, mot inventé pour désigner les jeunes qui vont manifester le jeudi au lieu d’aller à l’école.

Les Hollandais ont choisi ‘boomer‘, un mot dépréciatif pour qualifier la génération née après-guerre (les baby-boomers) dans ce qu’elle a de plus négatif: vieux fossile, personne arriérée, aux idées conservatrices. Chez eux aussi ‘klimaatspijbelaar‘ vient en deuxième position.

J’aime bien le dessin de Lectrr dans le journal De Standaard. Marie s’interroge à propos des cadeaux apportés par les Mages: de l’encens et de la myrrhe, passe encore, mais des chicons? (endives)

Et Joseph lui répond que Melchior tenait absolument à acheter local 😉

source de l’image ici.

le dictionnaire Van Dale ici.

un article en français ici.

O comme obsédé

DSCI7562 (2)

« Obsédé sexuel » disait le petit frère, qui avait le chic de rapporter de la cour de l’école – ou des réunions de louveteaux, dans ce cas-ci – les termes les plus choisis.

Parfois le père essayait mollement un « Tu sais au moins ce que ça veut dire? »

Parfois la mère s’insurgeait: « Arrête avec ça! C’est vulgaire! »

Peine perdue: il allait falloir d’autres tactiques.

Par exemple, s’attaquer au nerf de la guerre:

« Dorénavant, tu mettras un franc dans cette tirelire chaque fois que tu diras un vilain mot », dit la mère, qui avait dû trouver ce conseil dans son magazine féminin.

Mais au bout de quelques jours, quand il disait une grossièreté, la mère faisait la sourde oreille et le père continuait de lire son journal.

Peut-être que si on ne réagit plus, ça s’arrêtera tout seul? ont-ils dû penser.

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écrit pour le Défi du samedi avec le thème imposé: obsédé!

Merci Walrus 🙂