D comme daft

Si tout se passe comme prévu, hier l’Adrienne a posé le pied – de préférence les deux pieds – sur le sol britannique. Ou plus exactement anglais, le nord de l’Angleterre. Le pays du Brexit et des stiff upper lips.

Pour se préparer au choc culturel, l’Adrienne a lu le bouquin ci-dessous, rédigé et publié en 2017 par deux spécialistes de la Grande-Bretagne, l’un journaliste, l’autre historien. Au chapitre 1, il s’agit de l’importance (bien connue) des traditions.

Mais il commence par le mot ‘daft’:

‘Daft’. Het is geen wasproduct, maar het is het Engelse woord voor ‘gek’. De Engelsen houden wel van dingen die een beetje ‘daft’ zijn. Zoals het feit dat de Lord Chancellor bij de jaarlijkse officiële opening van het parlement zijden kousen draagt en een goud geborduurde ‘robe’. Vaak zie je op zijn of haar hoofd nog een lange grijze pruik. De minister biedt al knielend een stoffen handtas aan de koningin aan, die op een gouden troon zit en een blinkende kroon draagt. Zij haalt daaruit de toespraak van haar premier. Die levert deze op een geitenvel. In juni 2017 werd dat moment verschillende dagen uitgesteld, omdat de inkt immers enkele dagen de tijd nodig heeft om te drogen. Een deel van de pers vond dat het land zich belachelijk maakte. ‘Daft’. Maar de perkamentenmaker – ja, dat is een officiële functie – verweerde zich. ‘Het ligt niet aan het geitenvel. De regering gebruikte de foute inkt!’ Met andere woorden, de traditie maakt zich niet belachelijk, het is de regering die er geen verstand van heeft.

‘Daft’. Ce n’est pas une lessive, c’est le mot anglais pour ‘fou’. Les Anglais aiment les choses un peu folles. Comme le fait que le Lord Chancellor, à l’ouverture officielle du Parlement, chaque année, porte des bas de soie et une robe brodée d’or. Souvent aussi une longue perruque grise. C’est à genoux que le ministre offre un sac en tissu à la reine, assise sur un trône en or et portant une couronne scintillante. De ce sac, elle sort le discours de son Premier ministre. Qui lui est livré sur du chevreau. En juin 2017, cet instant a été remis de plusieurs jours, parce que l’encre a besoin de quelques jours pour sécher. Une partie de la presse a trouvé que le pays se ridiculisait. ‘Daft’. Mais le préparateur du parchemin – oui, c’est une fonction officielle – s’est défendu en disant: ‘Ce n’était pas à cause du chevreau. Le gouvernement a utilisé la mauvaise encre!’ En d’autres mots, la tradition ne se rend pas ridicule, c’est le gouvernement qui n’y connaît rien.

(traduction de l’Adrienne)

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lire les premières pages ici.

les auteurs en podcast ici.

la définition du dictionnaire Cambridge ici.

L comme lecture imposée

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Le mot chiffonne l’Adrienne depuis la première fois qu’elle l’a rencontré. Elle avait dix-sept ans et c’était dans une lecture imposée, La Reine morte, de Montherlant.

Son prof de français préféré – enfin quelqu’un qui était à la hauteur, après cinq années à s’ennuyer ferme et à ânonner du FLE avec une ignoble méthode audio-visuelle – son prof préféré, donc, à l’époque ne disposait pas des moyens actuels permettant de montrer tout de suite avec les copains g**gl* et wikisaitout n’importe quel objet, fleur, animal, pays ou personnage qui serait inconnu de ses élèves. A l’époque l’Adrienne a dû se contenter d’une définition genre « instrument pour la navigation » qui ne l’a pas du tout aidée ni à se représenter la chose ni à en comprendre le fonctionnement.

Aux pages 29-30 de son édition Folio de l’époque, l’Adrienne relit ce souvenir que raconte le roi, Ferrante, à son fils Pedro:

Pedro, je vais vous rappeler un petit épisode de votre enfance. Vous aviez onze ou douze ans. Je vous avais fait cadeau, pour la nouvelle année, d’un merveilleux petit astrolabe. Il n’y avait que quelques heures que ce jouet était entre vos mains, quand vous apparaissez, le visage défait, comme prêt aux larmes. « Qu’y a-t-il? » D’abord, vous ne voulez rien dire; je vous presse; enfin vous avouez: vous avez cassé l’astrolabe. Je vous dis tout ce que mérite une telle sottise, car l’objet était un vrai chef-d’oeuvre. Durant un long moment, vous me laissez faire tempête. Et soudain votre visage s’éclaire, vous me regardez avec des yeux pleins de malice, et vous me dites: « Ce n’est pas vrai. L’astrolabe est en parfait état. » Je ne comprends pas: « Mais alors pourquoi? » Et vous, avec un innocent sourire: « Sire, j’aime bien quand vous êtes en colère… »

Et c’est une lecture qui continue de la mettre mal à l’aise…

***

texte écrit pour le Défi du samedi, d’où vient l’illustration ci-dessus.

 

C comme challenge

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Vous l’aurez sans doute aussi remarqué, on dit de moins en moins ‘défi’ et de plus en plus ‘challenge’ 🙂

Celui que par chez nous on propose pour le mois d’avril, c’est comme l’an dernier à la même époque « dertig dagen zonder klagen« : essayer de vivre tout un mois sans se plaindre.

Dans l’hebdo féminin que lit ma mère, on incite ces dames à un challenge maison propre et bien rangée: « en 21 jours, nous allons faire souffler un vent de fraîcheur dans votre habitat« .

D’où le choix de l’illustration qui a servi de consigne un jour chez lakévio 😉

D comme decolletéportemonnee

decolletéportemonnee

Il est toujours amusant de constater comme nos voisins hollandais aiment les mots français, voyez ce « decolletéportemonnee » que le journal flamand a appelé « boezembeugel », ce qui veut dire à peu près la même chose 🙂

On y apprend que cette mini-pochette à mettre à l’intérieur d’un bonnet de soutien-gorge a obtenu le prix du public fin 2012 mais apparemment il n’est que pleinement commercialisé depuis peu.

Le mot a intégré le dictionnaire après avoir remporté 15 % des voix pour désigner le néologisme de l’année. La pochette est juste assez grande pour contenir une carte bancaire ou quelques billets, permettant de sortir en boîte et de danser sans avoir à se soucier d’un sac à main.

Bien, bien, me dis-je, mais je doute que ce soit vraiment invisible sous un léger vêtement, et certainement au moment de sortir discrètement mes sous de mon décolleté 🙂 

Et surtout, comme je fais sans sac à main, pour les clés de la maison? le carnet? le stylo? le mouchoir? le téléphone? 

info article et source de la photo © Hemaontwerpwedstrijd.nl    ici.

J comme jarðepli

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Une des rares choses qui ont le temps de pousser et de mûrir en plein air pendant le court été islandais, à part quelques baies pour la confiture, c’est la pomme de terre, qui comme on peut le voir sur ce menu de nouvel an, se dit ‘jarðepli’. Prononcez [ˈjarð.ɛhplɪ] avec l’accent tonique (comme toujours en islandais) sur la première syllabe et le ð comme le th dans l’anglais ‘that’. Jarðepli’, exactement comme en français ou en néerlandais (aardappel), c’est la pomme qui pousse dans le sol.

La nipotina, qui ne conçoit pas de 25 ni de 31 décembre sans homard, a été satisfaite. Dans le cas du homard, c’est le mot français qui vient de l’ancien nordique, humar.

Et pour le vin, c’est l’inverse 🙂

C’est ainsi que les mots voyagent comme les gens.

I comme idée et inspiration

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Je vous ai déjà parlé de ces commentaires indésirables qui, pour une raison que j’ignore, s’attachent en particulier à un billet sur Hubert Haddad.

Peut-être ici un début d’explication 🙂

What you said made a bunch of sense. But, consider this, what if you were to create a awesome headline? I ain’t saying your information isn’t good., but suppose you added a title that grabbed a person’s attention? I mean H comme Hubert Haddad – Adrienne is a little vanilla.
You might peek at Yahoo’s home page and see how they create news headlines to get people interested.
You might add a related video or a picture or two to grab readers excited about everything’ve got to say.

Ce qui permet d’apprendre une nouvelle expression, it is a little vanilla… expression qui n’est pas dans mon Cambridge en ligne ni dans mon Van Daele.

Et en même temps une belle illustration du spice up your English!

Ah! les joies d’internet 🙂

en photo, des pâtisseries bruxelloises qui montrent bien que je ne suis pas vanilla, mais plutôt dark chocolate ou raspberry 🙂

Première fois

Première fois que l’Adrienne lit une histoire (La Robe) de Rémy de Gourmont et voilà une phrase avec un mot tout beau tout nouveau:

« Il n’était pas de ces fous qui s’éprennent d’une sydonie »

Sydonie, subst. fém.

COUT. Tête ou mannequin de carton ou de bois sur lequel la modiste ou la couturière essayent les chapeaux et les robes. Les têtes [de l’artiste Bouguereau] sont banales, ce sont ces sydonies qu’on voit tourner dans la devanture des coiffeurs (HuysmansArt mod., 1883, p. 26).Quand, par hasard, son front se montrait nu, coiffé de ses petits bandeaux plats (…) on ne pouvait s’empêcher de penser à la sydonie des modistes de village (MontesquiouMém., t. 1, 1921, p. 270).

Prononc.: [sidɔni]. Étymol. et Hist. Av. 1872 arg. (Larch. 1872, p. 225 qui cite Lespès). Mot d’arg. propre à la région parisienne, cf. aussi VillatteParisismen, d’orig. inconnue.
Voilà ce qu’en dit le CNRTL.
Question: comment faisaient les lecteurs de 1924 (date de la dixième édition des Histoires magiques) qui n’avaient pas de dictionnaire d’argot et n’étaient pas Parisiens?