Z comme Zakat

Le bus traversait un quartier où on ne voyait absolument aucun major Thompson, aucune miss Marple et le plus comique était la réflexion d’une dame qu’il y avait tout de même moins d’étrangers à Londres que chez elle, réflexion qu’elle faisait au moment même où on traversait des kilomètres de rues où hommes et femmes portaient tous les signes extérieurs de leur appartenance à l’islam 😉

C’est à ce moment-là que l’Adrienne a vu une grande affiche publicitaire qui montrait une petite fille souriante dans un décor de maisons en ruines: « Zakat means we can eat today« 

Zakat! se dit-elle joyeusement, car elle venait d’apprendre le mot la semaine d’avant, avec Nabila.

Zakat, c’est le devoir de donner une aumône proportionnelle à ce qu’on gagne.
Il existe même des sites permettant de faire le calcul du pourcentage dû.

Comme le zakat est principalement lié au mois de Ramadan, alors que les besoins ne se limitent évidemment pas à un mois dans l’année, on essaie d’engager les musulmans à donner l’aumône toute l’année durant, pour que les petites filles dans les ruines puissent manger tous les jours.

X c’est l’inconnu

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

C’est incroyable le nombre de choses qui peuvent se passer en deux ans!

Ainsi par exemple, les deux filles de belle-sœur numéro 2 ont trouvé un compagnon et ont fait un bébé.

L’Adrienne n’a vu bébés et compagnons qu’en photo sur whatsapp.

Et chez Monsieur Filleul est né un petit garçon qui a déjà quinze mois.

Bref, sur la centaine de personnes qui seront à la fête, l’Adrienne en connaîtra moins de dix.

Huit, si elle compte bien 😉

V comme voyage, voyage

– Je ne comprends pas, dit la mère de l’Adrienne au téléphone, toi qui aimes tant le train, pourquoi tu veux absolument venir en auto!

Il faut trois secondes à l’Adrienne éberluée pour savoir comment y répondre calmement:

– Mais tu sais bien qu’il y a ces cadres? Ces deux peintures que tu voulais garder?

Sans compter qu’ils encombrent le couloir depuis deux ans. Le plus grand fait 128 cm sur 100, même pas sûr que ça y rentre, dans la voiture achetée spécialement avant les vacances au lieu d’attendre la fin de l’année.
Et qu’il y a aussi un gros sac avec des affaires que la mère avait oubliées à l’appartement, le jour du départ et qu’elle a bien demandé de lui apporter.
Comment mettrait-on tout cela dans une valise dans le train?

– Oh! fait-elle, ces cadres! Tu peux les garder!

Et elle ajoute même:

– Tu n’aurais jamais dû les prendre chez toi!

Faites donc plaisir au gens 😉

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Bref, aujourd’hui l’Adrienne prend la route pour aller passer huit jours chez sa mère.

Stupeur et tremblements

– Visiter des jardins anglais, dit l’homme aux trois hectares, c’est tellement déprimant!

Assise devant lui, l’Adrienne ne peut manquer d’entendre la suite.

– Vous rentrez chez vous et vous vous dites: je vais changer tout ça! Vous enlevez, vous rajoutez, mais vous n’obtenez jamais la même chose.

Jusque-là, à la limite, on peut le comprendre. Il y a des gens qui ne peuvent admirer sans vouloir posséder.
Mais attendez la suite:

– Pour mon jardin, j’avais fait appel à un grand nom, vous le connaissez peut-être? Jacques Wirtz.
Alors il m’avait tout planté, tout, tout, et moi je lui dis: mais pourquoi des petites plantes comme ça?

On sentait encore l’irritation dans sa voix!

– Il m’a répondu que c’était mieux de planter des petites plantes et que ça allait s’étoffer, c’était l’affaire de deux trois ans et dans cinq ans ce serait magnifique.
Mais moi je ne voulais pas attendre cinq ans pour avoir un beau jardin!
Alors on est allé en Angleterre, on a visité des jardins, et au retour j’ai vu mes petites plantes, et bien, j’ai tout fait enlever pour planter des plus grandes…

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Photo prise à Glyndebourne le 17 juin dernier

O comme Opéra

Photo de Joonas ku00e4u00e4riu00e4inen sur Pexels.com

Vous vous souvenez de ces trois rendez-vous ratés avec Mozart pour cause d’éternelle pandémie? Ces trois opéras avec Da Ponte que l’Adrienne attendait avec joie et impatience depuis des mois? Le 5 février 2020 elle y croyait encore et quelques jours plus tard tout était annulé.

Vous vous souvenez aussi de son émotion en avril dernier, quand elle a constaté qu’il suffirait de sauter par-dessus le Channel pour assister à des réjouissances mozartiennes?

Et bien c’est fait: elle a écouté les conseils épicuriens (« on ne vit qu’une fois » a dit Mme Chapeau), pris un passeport international, pris le train, et la voilà prête à partager avec vous ce soir même un grand moment festif, un verre de bulles qui pétillent à la main 🙂

Merveilleuses retrouvailles pour un plaisir immense et éphémère qu’est le spectacle vivant!

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Merci à Émilie d’avoir repris ses Plumes avec – sous le thème des retrouvailles – les mots imposés suivants:

EMOTION, PARTAGER, FESTIF, REJOUISSANCE, RENDEZ-VOUS, IMPATIENCE, SE SOUVENIR, JOIE, VERRE, PETILLER, EPICURIEN, ETERNEL et EPHEMERE.

Y comme YYY

– Vous qui êtes curieux de tout et vraiment intéressé pour tout savoir, dit finement la guide à Jef, il y a une chose que vous avez sûrement déjà remarquée mais que vous ne m’avez pas encore demandée…

Jef s’arrête, tout interdit.
Bravo Madame la guide, sourit l’Adrienne.

– Vous aurez sûrement remarqué que ma plaque d’immatriculation commence par YYY?

Jef ne l’avait pas remarqué mais bien sûr il a sa fierté et ne l’avoue pas 😉

– Et bien, une plaque comme celle-là, c’est pour indiquer que j’ai trois enfants. Et que donc je ne paie pas de taxe.

L’Adrienne, qui subodore une bonne petite blague que se permet la guide envers un emm…, examine attentivement toutes les plaques d’immatriculation qu’elle rencontre, jour après jour, et toutes les voitures du parking où la guide a rangé son auto.

Aucune plaque n’a les trois lettres YYY.

Aujourd’hui encore derrière son écran l’Adrienne sourit.
Aucun des sites consultés sur la politique de natalité en Grèce ne parle d’exonération de taxes, uniquement d’une récente prime par naissance comme seule tentative de faire remonter la courbe.

Bien joué, Madame la guide 🙂

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Photo prise en descendant de Mystras, la guide à l’avant-plan et oui, Jef est visible aussi.

Bien sûr, si quelqu’un a envie de creuser, de vérifier et de contre-vérifier, no problem: l’Adrienne aussi aime tout savoir 🙂

W comme wie, wat, waar, waarom, welk, wanneer

Avant-hier est arrivé le formulaire d’enquête de satisfaction à propos du voyage en Grèce.

Il y avait deux choses que l’Adrienne tenait à cœur de dire tout en le formulant le plus diplomatiquement possible.

D’abord concernant l’accompagnateur – en néerlandais: reisleider, « dirigeant-responsable-organisateur », ce qui est plus proche de la vérité vu qu’il décide de tout 😉 – qu’il ne devait pas se croire obligé de combler chaque minute du trajet de bus par des explications au micro, aussi intéressantes soient-elles: le touriste a parfois besoin de laisser reposer ses oreilles, de laisser se décanter toute l’information reçue, d’admirer le paysage…
Et de toute façon, une foule de dates et de noms s’oublie aussi vite qu’elle lui tombe dessus.

Ensuite à propos des guides, auxquels elle a donné un cinq sur cinq en les félicitant pour leur érudition, leur enthousiasme, leur courtoisie et la façon dont ils géraient les remarques blessantes ou les blagues idiotes à leur adresse.

L’Adrienne a juste dû se retenir d’ajouter « de la part de Jef » 🙂

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Sur la photo, le premier guide, à Argos. Pendant qu’il parlait, il devait sans cesse remonter son masque sur le nez; et dans le fond Gerda, la gagnante de la course à Olympie 🙂

V comme von Stackelberg

C’est tout de même incroyable, se dit l’Adrienne, cette désinvolture, cette évidente facilité avec laquelle certains s’approprient les biens culturels d’autres, pour leurs propres musées et pour leur propre commerce, et ceci non seulement dans des régions lointaines auxquelles on se croit supérieur, mais aussi en Europe et jusque dans ce fameux « berceau » de notre civilisation qu’est la Grèce!

Stupéfaite, oui, une fois de plus 😉 de constater que chaque expédition archéologique en Grèce, jusqu’au 19e siècle, a agi de cette façon: on y va, on prend ce qui est transportable, on revend ce qui a de la valeur marchande.
Comme c’est « à la mode », on n’a aucun mal à trouver des musées et des particuliers prêts à y mettre le prix.

C’est donc aussi ce qui est arrivé à Bassae, avec une « expédition » – qui était une sorte de « Grand Tour » – organisée principalement par des Britanniques et à laquelle participait Otto von Stackelberg, qui a fait de merveilleux dessins qu’on peut voir ici, comme l’illustration ci-dessus.

Pour ceux que ça intéresse, la biographie de von Stackelberg et des infos sur l’expédition sont ici.

Détail frappant – mais est-ce un détail? – les Grecs vivant sur place aux alentours de Bassae, font à tous ces gens qui viennent les dépouiller de leurs « antiquités » et autres « vieilles pierres », le meilleur accueil.

Von Stackelberg raconte dans son journal comment le dimanche, bergers et bergères viennent chanter dans le temple d’Apollon – reconnu par l’Unesco depuis 1986 – accompagnés de la lyra et danser le syrto de la région: hommes et femmes dansent ensemble mais ne se touchent pas, ils forment une ligne en tenant à la main une longue bande de tissu qui, pour von Stackelberg, est un rappel du fil d’Ariane.

T comme Tour de France

La liste des départements, en dernière page du guide rouge Michelin, était encore parfaitement alphabétique: le 59, c’était le Nord.

C’est le premier que mini-Adrienne ait su et il a été le déclencheur pour avoir envie de connaître tous les autres.

Le 59, dans les années septante :-), n’était pas une destination de vacances: des amis des grands-parents leur avaient vanté l’énoooorme grand magasin Auchan, son assortiment et ses prix imbattables.
Grand-père et grand-mère ont donc décidé d’y aller voir par eux-mêmes.
En effet, c’était grand, mini-Adrienne s’y est perdue encore plus facilement que sur la plage de Middelkerke.

En route pour le repas d’anniversaire du grand-père dans le sud du pays, on traversait Givet, 08, Ardennes.
Une incongruité dans le tracé de la frontière dont bien sûr les Français avaient profité pour y coller leur centrale nucléaire 😉

Pour les vacances, le père ne connaissait qu’un pays qui vaille: la France.
Ce qui fait que mini-Adrienne y a connu un tas de premières fois.

Première syncope vers quatre ans à Éguilles (13).
Oui, elle s’en souvient encore.

Premier bol de framboises à la crème, probablement la même année, à Artemare, dans l’Ain (01).
Inoubliable!

Première crème de marrons dans la Drôme (26) à Die.
Première et dernière fois, d’ailleurs 😉

Deux fois frôlé la noyade, la première fois à huit ans dans la baie du Mont-Saint-Michel (50) – la marée remonte au galop et la plage est immense – la deuxième fois quelques années plus tard, dans l’Atlantique (Landes, 40) – il y a de vicieux tourbillons en certains endroits et il ne faut jamais surestimer ses capacités de nageuse.

Première fois une escalade dans les Pyrénées, grâce à monsieur Ferranet, qui était basque (64).

Première fois du camping sous la tente, en Ardèche (07).

Et la première fois que mini-Adrienne a vu Paris – à condition de ne pas compter ce jour où dans le smog au-dessus de la ville, elle a aperçu au loin, depuis le périphérique, la pointe de la tour Eiffel – la première fois sur du pavé de Paris, c’était un retour de vacances où le père avait pris une mauvaise bifurcation et s’était retrouvé dans le centre (75).

Vous imaginez probablement l’ambiance qu’il y avait dans la voiture à ce moment-là 😉

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Merci à Joe Krapov pour l’illustration et les consignes:

1)
Listez dix villes de France de dix départements différents, qui apparaissent ou non sur la carte ci-dessous, et dans lesquelles vous êtes déjà allé·e. Dites quand c’était, ce que vous y avez fait d’original ou racontez une courte anecdote, pas plus d’une phrase, à leur sujet.

2) [facultatif]
Ensuite passez la feuille à votre voisin·e. Qui devra romancer ces éléments de votre vie ou dresser un portrait de vous, de manière fictionnelle, à partir d’eux. Ou faire ce qu’il ou elle veut à partir de ça !