P comme Plassans

C’est le 2 avril qu’il est né mais par un hasard de calendrier l’Adrienne n’arrivera que le 3 dans la ville où il a passé son enfance, de ses trois à ses dix-huit ans.

Elle ne pensait pas en faire un voyage littéraire, le but était d’abord qu’il soit musical, puisqu’on y organise un joli festival de Pâques, mais voilà, la ville compte d’illustres enfants dans d’autres domaines que la musique et principalement ces deux-là, amis de toute une vie, depuis les bancs de l’école, le peintre Paul Cezanne et l’écrivain Émile Zola.

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source de l’illustration ici, dessin de la ville de Plassans réalisé par Émile Zola en préparation de son roman La conquête de Plassans (paru en 1874).

Pour tout savoir sur les similitudes entre Plassans et Aix-en-Provence, voir l’excellent article ici.

Une brochure du service du tourisme d’Aix, Sur les pas d’Émile Zola, ici.

Et Sur les pas de Cezanne, ici.

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Billet écrit le 13 janvier 2023, jour du 125e anniversaire de la publication de l’article J’accuse (Lettre ouverte au président de la République, le 13 janvier 1898 in L’Aurore)

L comme Lourdes

Il faut croire aux miracles.

C’est pour ça que tant de gens vont à Lourdes, n’est-ce pas ?

Et ici le premier miracle a déjà eu lieu avant qu’on ne parte : que mon épouse accepte de quitter sa maison pour plus de huit jours !

– On pourrait partir tous ensemble, lui avais-je dit il y a quelques mois, toi et moi, notre fille, notre gendre, ses parents et sa petite sœur, qu’est-ce que tu en dis ?
– Même pas en rêve ! qu’elle m’a répondu.

Ah ! Je ne vous dis pas le nombre de fois que j’ai dû entendre « Ça ne se passera JAMAIS ! », mais elle a fini par céder quand je lui ai annoncé que le but du voyage était Lourdes.

La constance, y a que ça de vrai.

Bref, un événement que je tenais à immortaliser par une belle photo et l’occasion s’en est présentée au cirque de Gavarnie.

On est descendus du bus, les jeunes mariés, mon épouse et moi, les parents et la petite sœur de notre gendre… et là, PAF ! Trois olibrius à lunettes sont venus se poster à côté de nous, des gens avec qui on avait à peine échangé un bonjour ou un bonsoir!

La moutarde m’est montée au nez – oui, je suis comme ça et mon épouse me connaît bien, elle a réagi au quart de tour – elle m’a dit un truc dont je ne me souviens même pas, genre « On ne va pas en faire un fromage », mais en plus convaincant.

Alors on a tous pris la pose et fait un beau sourire, même les trois olibrius, à qui mon épouse tourne légèrement le dos, histoire de bien montrer que nous n’avons rien en commun.

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Texte écrit pour cette consigne de Joe Krapov – merci à lui – avec une photo de famille qui avait déjà servi à une krapoverie de 2016 et six des phrases qu’il proposait au choix:

Ça ne se passera jamais
Nous n’avons plus rien en commun
La constance, y a que ça de vrai
Il faut croire aux miracles
Même pas en rêve
On ne va pas en faire un fromage

T comme Terremoto

– Call me Pablo, please, dit-il en souriant de toutes ses blanches dents et son regard était aussi caressant que la pression de ses doigts sur la main tendue de l’Adrienne, qui avait évidemment vingt ans de moins qu’aujourd’hui 😉

– Je vous ai réservé ce qu’il y a de mieux comme hôtel, dit-il encore, ce n’est pas à Valparaíso mais juste à côté, à Viña del Mar. Vous verrez, c’est magnifique!

En effet, c’était magnifique, un hôtel ressemblant à ceux qu’il y avait dans les années trente à la côte belge, une sorte de tarte à la crème à plusieurs étages, située sur un rocher noir, entourée sur les trois quarts par l’océan Pacifique si mal nommé.

Du bleu, du noir et du blanc et tout ça brillait au soleil, les verres fumés auraient dû exister en force cinq pour en supporter la vue en plein midi.

– N’est-ce pas, dit-il en cherchant l’approbation, que c’est le paradis, ici?
Nous n’avons qu’un seul inconvénient: c’est que la terre bouge beaucoup et souvent. Mais vous verrez, on s’habitue! Vous n’avez rien à craindre!

Cette nuit-là, en effet, la terre lui a tout de suite donné raison: elle a bougé, et beaucoup, au point que l’Adrienne, qui vivait cela pour la première fois, n’a pas tout de suite compris pourquoi son lit était secoué de cette façon.

Et par la fenêtre ouverte, on voyait et on entendait gicler les vagues jusqu’à hauteur de la terrasse.

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écrit pour le devoir 140 de Monsieur le Goût – merci à lui – qui propose un tableau d’Edward Hopper.

E comme excellent!

Excellente nouvelle! s’exclame l’Adrienne en lisant un article du Corriere annonçant qu’une ligne de train va bientôt relier Bari (Puglia) à Zeebrugge.

Deux mille kilomètres environ, quarante-huit heures de voyage.

C’est tout ce qu’elle a pu trouver comme info pour le moment, ni prix, ni parcours précis, ni haltes prévues, « la linea più lunga d’Europa » disent-ils fièrement, mais apparemment c’est pour le transport de marchandises. De Zeebrugge on peut continuer vers le Royaume-Uni ou l’Irlande et depuis Bari vers d’autres ports de la Méditerranée, en Grèce, Albanie, Turquie.

Voilà ce que l’Adrienne attend depuis longtemps, à force de regarder les documentaires « Viaggio nella bellezza » et de noter sur des feuillets tous les lieux de fouilles archéologiques qu’elle voudrait visiter…

Comme ils disent « è certamente un’esperienza di altri tempi« . A condition d’y rajouter quelques wagons de voyageurs…

Il faut juste craindre que l’avion reste encore et toujours moins cher: ces dernières semaines, les offres pour Barcelone à 16 € ou New York à 335 € refleurissent allègrement.

Adrienne rêve de voyage

« Le premier hôtel de l’espace ouvrira en 2025 », lit l’Adrienne éberluée, vendredi dernier.

Pour elle, ces choses-là en sont restées au stade « On a marché sur la lune » avec Tintin (en couleurs) puis avec Armstrong (en noir et blanc) et à part ça elle aimerait bien qu’on laisse la lune tranquille.

Elle ne veut pas savoir ce que ça va coûter – en dollars et en énergie – ni quelle sorte de gens se sont mis sur la liste pour ce tourisme spatial.

Elle ne veut pas savoir à quoi ils s’y occuperont pour passer le temps – lire des Tintin? regarder A space odyssey? – s’il y aura une piscine, un jacuzzi, un restaurant gastronomique…

Elle veut continuer à rêver aux étoiles et se dire que le petit Prince est là, quelque part 🙂

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Merci à Joe Krapov pour l’image et la consigne!

Question existentielle

Vous aussi probablement recevez de toutes parts des appels aux dons et vous non plus ne savez pas à qui ni à quoi donner en priorité, Amnesty, la Croix-Rouge, les aveugles, les réfugiés, les parturientes congolaises… et ces derniers temps le monde culturel agite lui aussi de plus en plus frénétiquement la cloche d’alarme.

Ainsi l’Adrienne vient de recevoir cet appel de son ancienne université pour l’aider à restaurer et conserver un incunable.

On est d’accord, ce livre est un fort bel objet et mérite certainement sa survie pour la postérité. C’est déjà un miracle qu’il soit arrivé jusqu’à nous, les bibliothèques ayant une fâcheuse tendance à brûler et si la combustion n’est pas spontanée, les armées d’envahisseurs s’en chargent.

(Entre parenthèses, c’est un des plus lointains souvenirs d’Henry Bauchau, il en parle dans L’enfant rieur…)

Bref, cet incunable est le fruit d’un projet ambitieux de Bernhard von Breydenbach et un des tout premiers « guides de voyage illustrés » (1486). L’itinéraire du voyage en terre sainte est donné en détail et pour les illustrations, Bernhard von Breydenbach a emmené un artiste hollandais, Erhard Reeuwijk (son nom est germanisé en Reuwich).

On peut y voir les villes traversées, les populations rencontrées, des animaux encore inconnus du public européen de l’époque, comme la girafe, et y apprendre des tas de choses sur les différents lieux, langues, alphabets, coutumes…

Le voyage a débuté le 25 avril 1483 à Rödelheim et la boucle est bouclée un an plus tard, en février 1484 à Mainz.

A Venise ils ont pris le bateau pour Corfou, Modon (Methoni, dans le Péloponnèse) et Rhodes jusqu’à Jaffa (Haïfa). Ils ont bien sûr visité des lieux bibliques comme Jérusalem ou Bethlehem, sont passés par le désert du Sinaï pour se rendre au monastère Sainte-Catherine puis sont revenus par le Caire et Alexandrie, ont pris un bateau sur le Nil jusqu’à Rosette et sont retournés à Venise pour rentrer en Allemagne.

Ouf 🙂

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La photo d’illustration vient du site de la KULeuven – où on peut en voir d’autres – et montre la prof. dr. Lieve Watteeuw avec la vue de Jérusalem dans l’incunable Peregrinatio in Terram Sanctam.

G comme GPS

– Il va faire beau ce week-end, avait dit le vendeur, profitez-en pour aller faire un tour en auto!

C’était la fin du mois de mai et en effet, l’Adrienne aurait dû « apprivoiser » sa nouvelle bagnole, au lieu de se lancer sur les routes de France un mois plus tard sans savoir comment activer les phares antibrouillards ou les essuie-glaces.

– Bah! je n’en aurai pas besoin en cette saison, s’était-elle dit. Mais évidemment sur les hauteurs de Fix il y avait une épaisse purée de pois et aux alentours de Clermont il avait drôlement draché.

Bref.

Elle avait pourtant bien lu le mode d’emploi, une fois en français et une fois en néerlandais 😉 mais elle n’en avait pas retenu grand-chose, sauf que le véhicule était conçu en pensant à sa sécurité: ainsi par exemple, il était impossible de manipuler le GPS tout en roulant.

Ce qui fait que toute la route, elle a dû bien tendre l’oreille pour comprendre ce que disait la dame du GPS: elle avait un (très) fort accent hollandais et quelques autres particularités, comme de dire les chiffres ordinaux au lieu des cardinaux.

Comme on ne peut pas non plus manipuler le GPS quand le moteur est coupé, elle a fait le chemin du retour avec la même voix hollandaise.

L’essence est trop chère et la planète bien assez polluée sans qu’on fasse tourner des moteurs juste pour tripoter des boutons 😉

Z comme Zakat

Le bus traversait un quartier où on ne voyait absolument aucun major Thompson, aucune miss Marple et le plus comique était la réflexion d’une dame qu’il y avait tout de même moins d’étrangers à Londres que chez elle, réflexion qu’elle faisait au moment même où on traversait des kilomètres de rues où hommes et femmes portaient tous les signes extérieurs de leur appartenance à l’islam 😉

C’est à ce moment-là que l’Adrienne a vu une grande affiche publicitaire qui montrait une petite fille souriante dans un décor de maisons en ruines: « Zakat means we can eat today« 

Zakat! se dit-elle joyeusement, car elle venait d’apprendre le mot la semaine d’avant, avec Nabila.

Zakat, c’est le devoir de donner une aumône proportionnelle à ce qu’on gagne.
Il existe même des sites permettant de faire le calcul du pourcentage dû.

Comme le zakat est principalement lié au mois de Ramadan, alors que les besoins ne se limitent évidemment pas à un mois dans l’année, on essaie d’engager les musulmans à donner l’aumône toute l’année durant, pour que les petites filles dans les ruines puissent manger tous les jours.

X c’est l’inconnu

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

C’est incroyable le nombre de choses qui peuvent se passer en deux ans!

Ainsi par exemple, les deux filles de belle-sœur numéro 2 ont trouvé un compagnon et ont fait un bébé.

L’Adrienne n’a vu bébés et compagnons qu’en photo sur whatsapp.

Et chez Monsieur Filleul est né un petit garçon qui a déjà quinze mois.

Bref, sur la centaine de personnes qui seront à la fête, l’Adrienne en connaîtra moins de dix.

Huit, si elle compte bien 😉

V comme voyage, voyage

– Je ne comprends pas, dit la mère de l’Adrienne au téléphone, toi qui aimes tant le train, pourquoi tu veux absolument venir en auto!

Il faut trois secondes à l’Adrienne éberluée pour savoir comment y répondre calmement:

– Mais tu sais bien qu’il y a ces cadres? Ces deux peintures que tu voulais garder?

Sans compter qu’ils encombrent le couloir depuis deux ans. Le plus grand fait 128 cm sur 100, même pas sûr que ça y rentre, dans la voiture achetée spécialement avant les vacances au lieu d’attendre la fin de l’année.
Et qu’il y a aussi un gros sac avec des affaires que la mère avait oubliées à l’appartement, le jour du départ et qu’elle a bien demandé de lui apporter.
Comment mettrait-on tout cela dans une valise dans le train?

– Oh! fait-elle, ces cadres! Tu peux les garder!

Et elle ajoute même:

– Tu n’aurais jamais dû les prendre chez toi!

Faites donc plaisir au gens 😉

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Bref, aujourd’hui l’Adrienne prend la route pour aller passer huit jours chez sa mère.