Stupeur et tremblements

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Le bol de Ted ressemble à un de ces jeux de patience et de dextérité où il faut réussir à faire traverser tout un labyrinthe à une bille pour lui faire atteindre le centre.

Dès le premier matin, l’Adrienne observe ça avec stupéfaction.

– C’est pour qu’il mange moins vite? demande-t-elle au maître du chien.

En effet.

Pendant les deux ou trois jours qui restent aux maîtres avant leur départ, ils expliquent à l’Adrienne tout ce qu’elle aura à faire pour la maison, le jardin et les bêtes.

Il devient vite évident que la seule éclaircie dans la vie de Ted, le seul moment de vrai bonheur, ce sont ses trois promenades quotidiennes.

– Il faut, dit le maître, qu’il sache qu’il est tout en bas dans la hiérarchie!

Pauvre bête, se dit l’Adrienne, qui s’attache extrêmement vite à l’animal, on ne sait vraiment pas quoi inventer dans cette maison pour le contrarier.

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source de la photo (et autres articles du même genre) ici.

Texte écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: matin, bonheur, départ, reprise, éclaircie, contrarier, s’attacher. Je n’ai pas réussi à y intégrer ‘reprise’ mais je la souhaite excellente à tous ceux qui retournent au travail ces jours-ci!

O comme Où étiez-vous en 1979?

 

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– Vous le reconnaissez? demande le gentil barista chez qui l’Adrienne avait finalement pu entrer pour boire un cappuccino.

C’est qu’à York, les chiens ne sont pas les bienvenus. Or ce brave Ted avait déjà dû supporter son premier voyage en train, la foule de la gare, les flots de touristes autour de la cathédrale, des parcs et des pelouses interdites aux quadrupèdes et nulle part le moindre bol d’eau fraîche. Ah! on était bien loin de l’aimable Skipton!

– Non, dit l’Adrienne, ça ne me dit rien du tout!

– Vraiment pas?

Il insiste, incrédule. C’est toujours un moment embêtant où il faut se décider si on va avouer qu’en dehors de Wolfgang Amadé, on ne connaît pas grand-chose.

– Je vous le fais écouter, si vous voulez.

– D’accord, dit l’Adrienne.

Et il lui a déversé ceci dans les oreilles, en précisant que ce morceau était à l’origine du hip hop, et l’Adrienne a fait de son mieux pour se montrer impressionnée:

L comme luxury hot chocolate

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A Skipton, les affichettes « dog friendly » ornent presque tous les commerces. Votre quadrupède y sera accueilli avec des bols d’eau, des câlins et des exclamations élogieuses sur sa beauté et sa bonne tenue.

Mais l’expérience « Kibble Bakery » est assez unique.

L’Adrienne y était entrée un peu par hasard, avec sa mère et Monsieur Neveu, pour y boire un cappuccino. Ted les accompagnait et il pleuvait.

No problem, le quadrupède a des serviettes bien douces et bien sèches à disposition. Les humains se débrouillent.

– Do you want any treat for the dog? demande la gentille serveuse.

L’Adrienne est étonnée qu’on propose une gâterie au chien mais refuse, vu les recommandations de son maître à propos du strict régime alimentaire de Ted.

Ce n’est qu’en feuilletant le menu qu’elle comprend: il y a toute une page réservée aux petits plaisirs gustatifs du chien et Ted n’aurait rien eu à craindre pour sa santé: tout est frais, sans additifs, sans conservateurs, sans gluten, sans lactose…

De plus chanceux que Ted sont entrés après lui et ont eu droit à un « pupcake », un « woofle » ou un « doggy donut ».

L’Adrienne a relu cette page plusieurs fois, avec un mélange de stupéfaction et d’amusement.

Puis elle a prié Monsieur Neveu de la prendre en photo 🙂 

I comme instagrammable

– Ça ne va plus être possible! dit Monsieur Neveu tout à coup, avec cet air péremptoire et sans pitié qu’on peut avoir à vingt ans. Ça ne va plus être possible de t’emmener en vacances !

La mère de l’Adrienne en reste un long moment sans voix.

C’est vrai qu’elle fait parfois de drôles de choses, traverser sans regarder, se perdre dans la foule en continuant droit devant elle, comme si elle était seule au monde. C’est vrai qu’il faut l’avoir tout le temps à l’œil, comme un enfant. Sauf que ce n’est pas un enfant et qu’elle ne se laisse pas commander.

– C’est vous qui marchez trop vite, finit-elle par dire d’un ton accusateur.

C’est chaque fois son même système de défense.

– Tu vois bien, dit en riant l’Adrienne à Monsieur Neveu, que j’ai raison et que l’an prochain, au lieu de faire un voyage à l’étranger, on ira dans les Ardennes belges 😉

Voilà bien trois ans qu’au moment du choix de la destination, l’Adrienne propose la Wallonie et que Monsieur Neveu répond Amsterdam, Copenhague, Berlin, Budapest, Prague.

Sans doute la Wallonie n’est-elle pas assez instagrammable à ses yeux 😉

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un bon article sur le phénomène ici.

H comme humour anglais

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Voilà l’inscription qu’un monsieur promenait sur son ventre, en grandes lettres blanches et noires sur fond bleu, et l’Adrienne s’est demandé avec stupéfaction si le message était destiné au lecteur ou au porteur.

Pour les amateurs éventuels, ce T-shirt et d’autres sur le site anglais chargrilled

Au musée de Whitby, l’Adrienne est heureuse de pouvoir déguster tranquillement un café. Le décor est fleuri, coloré, appétissant et cosy au possible. Deux dames hypergentilles s’affairent pour servir toutes sortes de douceurs.

Puis le regard tombe sur cette plaque qui ne cadre ni avec le décor, ni avec l’ambiance: 

The deadline for complaints was yesterday.

Au cas où voudriez la même pour votre cuisine, c’est ici.

Et sur l’étroit canal reliant Leeds à Liverpool, les petites péniches qui baladent de paisibles retraités pendant une soixantaine de minutes, portent fièrement des noms prestigieux, comme Endeavour, le célèbre trois-mâts du capitaine James Cook 😉

Z comme zèle (ter)

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– Alors? dit la mère de l’Adrienne, à peine leur improbable trio était-il monté dans le train du retour vers Hull. Alors? tes activités sont déjà planifiées, pour le mois de septembre?

Mes activités pour septembre, se dit l’Adrienne interloquée. Quand on n’est que le 20 juillet et qu’on rentre de vacances dans le Yorkshire? Était-elle supposée régler ça depuis Skipton? 

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Vendredi dernier, l’Adrienne téléphone à sa mère. La semaine a été caniculaire, mais la mère de l’Adrienne refuse d’ouvrir une fenêtre du côté de la rue, en matinée ou en soirée. Ça ferait entrer des poussières. Au troisième étage.

Elle refuse aussi de se tenir tranquille aux heures les plus chaudes: elle sort pour ses promenades entre 13.30 h. et 16.30 h., point barre.

– Alors? lui dit-elle au téléphone, tu as géré ton mois d’août?
– Gérer mon mois d’août? répond l’Adrienne. Qu’est-ce que ça veut dire?
– Et bien ça veut dire profiter de tes vacances!

Décidément, l’Adrienne et sa mère ont des vues très opposées.

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Photo prise du train entre Skipton et Hull le 20 juillet dernier.
Admirez surtout les beaux gros nuages aux nuances variées de gris 😉

T comme trompe-l’œil

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En passant devant une pâtisserie de Whitby, les nouveaux mariés ont eu une soudaine envie de sucre. 

– Et toi, qu’est-ce que tu veux? a demandé l’amie.

L’Adrienne a scruté l’étalage où des tas de gâteaux  inconnus d’elle rivalisaient de beauté mais aucun ne lui faisait envie. Le sucre, elle s’en passe facilement.

Elle s’est finalement laissé tenter par la prometteuse couleur brune d’un de ces machins ronds, en bas à droite de la photo (qui date de début juillet).

– Ça s’appelle un jap, dit la vendeuse. A chocolate jap.

L’Adrienne, persuadée de mordre dans une somptuosité chocolatée, a été bien déçue: sous les vermicelles et la couche de crème, il n’y avait que du biscuit sec et le tout ne contenait que très peu de cacao.

On en revient donc toujours à la sagesse du grand-père, We reizen om te leren, on voyage pour apprendre 😉