W comme wagon de train

La dame avait visiblement envie de papoter, et après un échange de regards par-dessus les sourires masqués, elle s’est lancée dans l’anecdote dès que l’Adrienne était assise:

– Il y avait là une femme qui voyageait sans billet.
– Ah bon!
– Et elle a sorti toutes sortes d’excuses… mais la conductrice a tenu bon… elle a dit qu’il fallait payer…
– Ah oui, bien sûr!
– Alors elle a dit qu’elle avait oublié son portefeuille.
– Faut oser!

Dix minutes plus tard, l’Adrienne savait tout sur les principes éducatifs de la dame, appliqués à son fils et à sa fille aujourd’hui adultes.

Puis elles ont beaucoup ri en discutant de leurs petites manies, dès qu’elles sortaient de chez elles, à vérifier si elles avaient bien pensé à tout, et à toutes les « choses utiles » qu’elles trimbalaient dans leur sac, comme des stylos et du papier au cas où il faudrait écrire quelque chose et des masques en réserve au cas où…

Au cas où quoi, au fait?

Bref, ça a bien rigolé pour peu de chose 🙂

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l’image a déjà servi mais elle me plaît toujours autant 🙂

7 merveilles

Attendre le train et entendre quatre jeunes discuter des mérites, trucs et astuces de la vente en ligne en général et d’une application (V*nt*d) en particulier. Il y a donc vraiment un public pour ces choses-là, s’étonne l’Adrienne (qui, il est vrai, a l’étonnement facile)

Voir s’approcher une jeune fille sur le quai et la reconnaître à ses yeux, malgré le bob qui cache sa flamboyante chevelure et le masque devant son visage. Quel bonheur de faire une heure de route ensemble, quel grand bonheur!

Revoir une amie qu’on n’a plus vue depuis deux ans et rentrer pour la première fois depuis la pandémie dans une autre maison que la sienne.

Prendre un repas chez des gens au lieu de manger seule devant son ordi. Quel événement!

Voir que la ville a fait aménager un bel espace vert en tenant compte de tous les paramètres possibles, l’écologie, l’esthétique, le bien-être des habitants de tout âge, la sécurité…
Apprécier le guide enthousiaste, passionné, compétent.

Admirer la vue: ça existe donc vraiment, des gens qui de leur balcon voient à la fois l’Atomium et le Palais royal – photo ci-dessus – et peuvent constater d’un coup d’œil au drapeau si le Roi est là ou pas 🙂

Rentrer chez soi tout heureuse malgré une heure de trajet supplémentaire à cause de l’orage qui a fait tomber un arbre sur la ligne, obligeant le train à un grand détour.

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Tu vois, explique Madame à E*** venu tenir une longue conversation philosophique lundi dernier, chaque matin il faudrait s’émerveiller de recevoir en cadeau une journée de plus.

W comme wagon de train

Des millions de Belges ont applaudi quand fin juin le gouvernement a décidé – parmi les mesures supposées relancer l’économie après le confinement – d’offrir à chaque Belge un Railpass gratuit, donc dix voyages entre deux destinations en Belgique.

Ceux qui n’ont pas applaudi, ce sont les responsables de la SNCB, vu que la gratuité se paie, comme chacun sait.

L’idée du gouvernement était de nous donner des envies de découvertes dans notre propre pays, puisque les voyages à l’étranger étaient fortement déconseillés. Ces dix trajets auraient dû être valables du premier juillet au 31 décembre.

Bref, de tout cela est sorti un compromis, la SNCB préférant probablement garder le billet payant pendant les vacances d’été, le Railpass ne serait valable que d’octobre à mars avec comme limite supplémentaire qu’il n’y aurait qu’au maximum un aller-retour par mois. En compensation, il y aurait donc 12 trajets au lieu de 10.

Vous devinez la suite: reconfinement fin octobre, fermeture des musées, des cafés, des restaurants et de la grosse majorité des hôtels…

L’Adrienne a sur sa cheminée un magnifique Railpass presque neuf 😉

Première fois

Reprendre le train après sept mois, c’est comme une « première fois ».

C’est avec le masque.
C’est avec la distance.
C’est avec un contrôleur qui ne touche pas le billet mais y jette juste un regard, de loin.
C’est un peu spécial comme ambiance.
Un peu bizarre.
Les gens s’observent.

Bref, on est content d’avoir laissé la voiture, finalement, et d’avoir pu lire tout son saoul pendant des heures 🙂

W comme wagon de train

Lidewij met 2 treinbegeleiders

Des entretiens à cœur ouvert avec des gens passionnés par leur métier, voilà ce qu’on voit et entend dans ce reportage réalisé sur le trajet qui va d’Ostende à Eupen, une ligne qui traverse donc tout le pays et est une de celles à plus forte affluence… neuf cents passagers en temps normal, à peine trente la première semaine de la phase 1 du déconfinement.

Pendant tout un mois, entre le moment où les entreprises ont pu reprendre le travail in situ et celui où les cafés et restaurants ont rouvert, la journaliste a pris ce même train dans les deux sens, avec chaque fois la même jeune conductrice, les mêmes contrôleurs, le même agent de la sécurité…

Trains quasiment vides au début, donc – avec juste quelques personnes des rares secteurs fonctionnant encore, in casu des infirmières – et qui se remplissent un peu au fil des semaines.

Chaque rencontre est un petit document humain, car comme le disent les contrôleurs dans ce reportage, le masque et les autres mesures mettent de la distance entre les gens et eux – sans compter une certaine peur, en plus, parfois – mais en même temps on ressent qu’il y a un réel besoin de communiquer, de se raconter, de s’épancher même.

Le vieux monsieur qui a mis son masque à l’envers (« ah! c’est pour ça qu’il me glisse tout le temps du nez! »), la dame à déambulateur (qu’elle appelle avec humour sa mercedes décapotable – elle y a d’ailleurs accroché le fameux emblème) qui peut enfin retourner à son appartement à la mer, les amoureux qui ont été séparés deux mois à cause du confinement (« ça fait sept mois qu’on est ensemble, moins deux, donc en fait ça ne fait que cinq »), la jeune étudiante qui va à son examen (mais qui n’a « pas eu le temps d’étudier »), le réfugié guinéen qui rêve de l’Angleterre (où personne, croit-il, ne vit dans la rue comme lui)…

Het leven zoals het is, dit-on chez nous, la vie comme elle est.

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source de la photo et article ici.

 

H comme Heilstollen

DSCI7609 (2)

L’Adrienne était en avance pour le train – ça n’étonnera personne – mais ô surprise, une autre dame était déjà installée sur le banc au soleil.

La conversation s’engage et au bout d’un bon quart d’heure, quand le train arrive, la dame reste accrochée à l’Adrienne et prend place sur le siège en face d’elle.

Avoir sorti le livre pour la lecture ne la décourage pas: elle a servi plus d’une heure trente de (presque) monologue.

Il faut le faire, se dit l’Adrienne, qui admire beaucoup les gens qui n’éprouvent aucun problème à vous abreuver des leurs.

C’est ainsi que cette dame en est venue à parler de son arthrose et des merveilleuses cures de santé qu’elle a passées dans le sud de l’Allemagne. (1)

Et surtout, insiste-t-elle, comme si la valise de l’Adrienne était déjà prête et les billets pris, surtout n’allez pas prévoir des excursions ou des promenades dans les alentours! Ce sont des soins qui vont vous épuiser!

Voilà exactement ce qu’il faut dire à l’Adrienne pour la dissuader d’aller à Bad Gastein 🙂

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(1) vérification faite sur le site https://www.gasteiner-heilstollen.com/en/ il semblerait que la dame croyait être en Allemagne alors qu’elle était en Autriche 🙂

photo prise à Ostende samedi matin à hauteur de l’école de voile