Question existentielle

Hier l’Adrienne était dans le train et trois dames devisaient sans crainte d’être entendues.

Pourtant deux d’entre elles disséquaient allègrement la vie amoureuse de leurs filles respectives et quand Bruxelles était presque en vue, la vieille dame qui les accompagnait – leur maman – a commencé à évoquer son désir de léguer une partie de son bien à ses petits-enfants, grâce à une vente immobilière qu’elle réaliserait.

Les filles trouvaient qu’il valait mieux que ce soit elles qui héritent – beaucoup plus simple, disaient-elles, et après nous ça va de toute façon à nos enfants.

Pas folles, les guêpes 😉

Bref tout ça était extrêmement intéressant et l’Adrienne s’est demandé si ces wagons « silencieux » auxquels pense la SNCB pour un futur proche étaient vraiment une si bonne idée 😉

L comme Lumpen

Nos gares sont de splendides monuments, les plus anciennes ont des airs de cathédrales romanes, les plus récentes semblent des fuselages aéronautiques, toutes sont des lieux de passage, on s’y quitte on s’y retrouve on s’y presse on s’y dépêche.

Mais dans les recoins, là où vous n’allez pas, là où vous ne regardez pas, il y a ceux qui ne vont nulle part.

Ils s’y sont installé un carton, une couverture, un sac fourre-tout.
Ils font les poubelles.
Ils marchandent avec les dames pipi.

Ils sont le désespoir assis sur un banc.

Ils sont les Lumpen.

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Écrit pour Bricabook 422, qui a arrêté trop longtemps ses activités et qu’on remercie d’avoir repris 🙂

7 petites phrases

– Tu n’as qu’à téléphoner le matin, pour dire que tu ne viens pas travailler parce que ta belle-fille va accoucher!

(deux dames sur le quai avant le départ du train)

– Pour une fois que je paie mon train!

(un jeune homme à son copain, dans le train)

– Et tu habites toujours chez toi?

(une dame au serveur à la terrasse d’un café bruxellois)

– Si! j’ai une salle de bains! mais je n’ai pas de lumière dans ma salle de bains!
– Ah! tu n’as pas de luminaire!

(deux hommes en discussion dans la rue)

Hier gaat dat niet gebeuren! (ça n’arrivera pas ici)

(l’employé du musée, à Bozar, à l’Adrienne qui lui dit qu’elle n’a pas de boite de soupe ni de colle forte dans son sac)

Dat is toch niet praktisch! (ce n’est quand même pas pratique!)

(l’amie à l’expo à la KBR en voyant les riches reliures de certains manuscrits exposés)

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Quand on se balade sans oreillettes et sans smartphone, on voit et on entend du choquant, du comique, du surréaliste…

Vous devinerez sans doute laquelle de ces petites phrases a le plus fait rire l’Adrienne 🙂

Dernier train

Bien sûr, chacun aurait pu tranquillement rester chez lui et suivre toute l’affaire « en streaming », comme c’est la mode depuis l’époque covid.

Ou simplement lire le programme, vu que la brochure de la nouvelle saison était arrivée dans les boîtes aux lettres deux jours avant.

Mais c’était compter sans la fan-attitude de tous ceux qui avaient tenu à être là, à s’asseoir dans les fauteuils de velours rouge et à respirer l’air désormais extrêmement bien ventilé à l’intérieur de la grande salle de la Monnaie.

– Je viens exprès de Gand par le train, dit un monsieur à l’Adrienne.
– Oh moi je viens d’encore plus loin, fait-elle, j’ai dû prendre DEUX trains pour arriver ici 🙂

Bref, ça rigolait dur en attendant l’ouverture des portes.

– Je m’en voudrais de vous faire attendre une minute de plus, dit Peter de Caluwe, étant donné que tout le monde est arrivé si bien à l’heure.

Et c’est vrai que ça avait quelque chose de touchant de voir tous ces gens pressés d’entendre ce qu’ils auraient pu lire ou écouter chez eux.
Mais comme chacun sait, c’est quand on a eu très soif qu’on apprécie le verre d’eau.

Vu que ça commençait à six heures et demie et que le dernier train pour la ville de l’Adrienne repartait moins d’une heure plus tard, elle avait même été obligée de réserver une nuit d’hôtel.

Quand on aime on ne compte pas…

Mais au fait si, elle avait compté et pris une chambre minable où ni l’internet ni la télé ne marchaient.
Par bonheur l’eau chaude ne coulait pas froide (merci Daninos!) et l'(unique) café du petit déjeuner n’était pas mauvais.

De toute façon, rien ne pouvait altérer son bonheur d’être là 🙂

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photo prise à la Monnaie le 24 mars dernier

R comme radiateur

A la gare de Gand, dans la buvette, tout est d’époque: les radiateurs, les portes, les boiseries, les faïences, les colonnes, les peintures et les fresques sur les murs et le plafond…

Sauf que maintenant c’est un St*rb*cks 😉

Le personnel aussi est d’époque – c’est-à-dire la nôtre.

La jeune fille qui vous demande votre prénom pour pouvoir l’inscrire sur le gobelet note avec aplomb ‘Kun’ (1) pour l’homme qui fait la queue devant l’Adrienne.

Le néerlandais n’est pas sa tasse de thé, à la demoiselle.

Le français non plus, d’ailleurs 😉

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photo prise à Gand samedi dernier

(1) Koen! Kun? Why not? du moment que le message passe 🙂

Première classe!

C’est sur les conseils de Monsieur Nuages que l’Adrienne, pour la première fois de sa vie, s’est offert un voyage en train en première classe.

L’argument principal en avait été qu’il y aurait beaucoup moins de monde et que ce serait donc plus sûr, rapport au covid en recrudescence.

Et bien, ça lui a vraiment coûté de gros efforts de s’accorder ce privilège: c’est dur de s’offrir un petit luxe sans culpabiliser!

Mais en voyant que le quai se remplissait drôlement, ce vendredi matin, elle s’est dit qu’elle avait eu raison d’écouter Monsieur Nuages.

Pour constater finalement que des tas de gens avaient apparemment eu la même idée: le wagon de première classe était bien rempli!

Jusqu’à l’arrivée du contrôleur, qui a tout de même dû renvoyer des personnes qui s’étaient « trompées » 😉

Au retour, c’était encore plus fort: après le passage du contrôleur, un plein wagon – sauf deux voyageurs – s’était « trompé ».

Bref, le seul train dans lequel personne ne se « trompait », c’est le tchouk-tchouk dans lequel normalement l’Adrienne a toujours la joyeuse compagnie offerte par le hasard d’une rencontre avec un-e ancien-ne élève… et qu’elle a donc manqué cette fois-ci 🙂

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Et tout ça pour quoi? Pour aller voir Lulu à la Monnaie 🙂

W comme wagon de train

La dame avait visiblement envie de papoter, et après un échange de regards par-dessus les sourires masqués, elle s’est lancée dans l’anecdote dès que l’Adrienne était assise:

– Il y avait là une femme qui voyageait sans billet.
– Ah bon!
– Et elle a sorti toutes sortes d’excuses… mais la conductrice a tenu bon… elle a dit qu’il fallait payer…
– Ah oui, bien sûr!
– Alors elle a dit qu’elle avait oublié son portefeuille.
– Faut oser!

Dix minutes plus tard, l’Adrienne savait tout sur les principes éducatifs de la dame, appliqués à son fils et à sa fille aujourd’hui adultes.

Puis elles ont beaucoup ri en discutant de leurs petites manies, dès qu’elles sortaient de chez elles, à vérifier si elles avaient bien pensé à tout, et à toutes les « choses utiles » qu’elles trimbalaient dans leur sac, comme des stylos et du papier au cas où il faudrait écrire quelque chose et des masques en réserve au cas où…

Au cas où quoi, au fait?

Bref, ça a bien rigolé pour peu de chose 🙂

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l’image a déjà servi mais elle me plaît toujours autant 🙂

7 merveilles

Attendre le train et entendre quatre jeunes discuter des mérites, trucs et astuces de la vente en ligne en général et d’une application (V*nt*d) en particulier. Il y a donc vraiment un public pour ces choses-là, s’étonne l’Adrienne (qui, il est vrai, a l’étonnement facile)

Voir s’approcher une jeune fille sur le quai et la reconnaître à ses yeux, malgré le bob qui cache sa flamboyante chevelure et le masque devant son visage. Quel bonheur de faire une heure de route ensemble, quel grand bonheur!

Revoir une amie qu’on n’a plus vue depuis deux ans et rentrer pour la première fois depuis la pandémie dans une autre maison que la sienne.

Prendre un repas chez des gens au lieu de manger seule devant son ordi. Quel événement!

Voir que la ville a fait aménager un bel espace vert en tenant compte de tous les paramètres possibles, l’écologie, l’esthétique, le bien-être des habitants de tout âge, la sécurité…
Apprécier le guide enthousiaste, passionné, compétent.

Admirer la vue: ça existe donc vraiment, des gens qui de leur balcon voient à la fois l’Atomium et le Palais royal – photo ci-dessus – et peuvent constater d’un coup d’œil au drapeau si le Roi est là ou pas 🙂

Rentrer chez soi tout heureuse malgré une heure de trajet supplémentaire à cause de l’orage qui a fait tomber un arbre sur la ligne, obligeant le train à un grand détour.

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Tu vois, explique Madame à E*** venu tenir une longue conversation philosophique lundi dernier, chaque matin il faudrait s’émerveiller de recevoir en cadeau une journée de plus.

W comme wagon de train

Des millions de Belges ont applaudi quand fin juin le gouvernement a décidé – parmi les mesures supposées relancer l’économie après le confinement – d’offrir à chaque Belge un Railpass gratuit, donc dix voyages entre deux destinations en Belgique.

Ceux qui n’ont pas applaudi, ce sont les responsables de la SNCB, vu que la gratuité se paie, comme chacun sait.

L’idée du gouvernement était de nous donner des envies de découvertes dans notre propre pays, puisque les voyages à l’étranger étaient fortement déconseillés. Ces dix trajets auraient dû être valables du premier juillet au 31 décembre.

Bref, de tout cela est sorti un compromis, la SNCB préférant probablement garder le billet payant pendant les vacances d’été, le Railpass ne serait valable que d’octobre à mars avec comme limite supplémentaire qu’il n’y aurait qu’au maximum un aller-retour par mois. En compensation, il y aurait donc 12 trajets au lieu de 10.

Vous devinez la suite: reconfinement fin octobre, fermeture des musées, des cafés, des restaurants et de la grosse majorité des hôtels…

L’Adrienne a sur sa cheminée un magnifique Railpass presque neuf 😉