K comme Kayıp Zamanın İzinde

verdure

Il avait réussi à se faire inviter pour le café et savourait cette victoire: depuis qu’elle avait épousé le prince, il l’avait un peu perdue de vue… et il en avait perdu le sommeil. Mais ses nuits d’insomnie à chercher par quelle combinaison renouer le contact avaient fini par porter leur fruit. Il aurait dû le savoir que tôt ou tard elle ferait appel à ses connaissances en matière d’art.

– J’ai là une verdure aux oiseaux, lui avait-elle dit, dont je me demande si elle vaut la peine que je la fasse restaurer. Elle est restée longtemps dans une pièce sans rideaux, elle a fort déteint au soleil… Vous pourriez y jeter un œil de connaisseur?

Il jubilait! Il savourait ce moment de sa grande rentrée en fanfare: elle avait de nouveau besoin de lui.

Il jouait sur du velours…

Tout a très vite été réglé, la visite du château et de ses trésors, petits et grands, l’inspection de la verdure et un renouveau de papotage mondain, comme s’il ne s’était pas écoulé deux ou trois années depuis leur dernière rencontre, mais seulement deux ou trois semaines.

Il sortit de là en se vissant le monocle à l’œil droit, après un respectueux baise-main à la princesse.

Ce n’est que le lendemain qu’elle sursauta en trouvant sur la commode Louis XVI un bristol signé Arsène Lupin.

***

écrit pour Les petits cahiers d’Emilie avec les mots imposés suivants:

OISEAU – FANFARE – SOLEIL – RIDEAU – COMBINAISON – VERDURE – CAFÉ – INSOMNIE – RENOUVEAU – VELOURS – SOMMEIL – SURSAUTER – SORTIR – SAVOURER

Le titre est la traduction turque de la Recherche du temps perdu, je n’ai pu résister à la tentation de faire se rencontrer Arsène Lupin et Madame Verdurin, une fois qu’elle est devenue princesse de Guermantes: il me semble que ça s’imposait 🙂

source de l’illustration, verdure d’Audenarde, ici

35 commentaires sur « K comme Kayıp Zamanın İzinde »

  1. Ça s’imposait, tout à fait!
    Tu as agencé le tout de façon magistrale, il me serait impossible de deviner qu’il y avait des contraintes!!!
    Bon samedi dame Adrienne.

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  2. Si je m’attendais à voir apparaître Arsène Lupin dans ce billet ! qui démontre une fois de plus
    que l’impatience ne sert à rien. Et qu’oublier ses connaissances tant qu’on n’a pas besoin d’elles,
    se paie un jour… ou l’autre.

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  3. Un vulgaire bristol, alors que l’étiquette demande à tout le moins une « lettre de château », et manuscrite de surcroit ? quel goujat ! cela demande réparation, que diantre, un cartel, dans le pré qui longe la rivière à l’aube, brume et coup d’épée, et les témoins qui s’étripaillent !
    quoi, la verdure aux oiseaux disparue ? Bast, nous n’allions pas lâcher les chiens pour un vulgaire Aubusson !
    🙂

    excellente histoire et chute 🙂

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