O comme orgueil et préjugés

Janvier est l’époque des discours des chefs de parti et sous prétexte de joyeux rassemblements de nouvel an on constate qu’en réalité les sabres sont déjà bien affûtés en vue des élections communales et régionales de 2024.

Oui, 2024.

On constate qu’il n’est jamais trop tôt pour ressortir les vieilles recettes, celles qui marchent depuis la nuit des temps, Nacht und Nebel, celles de l’orgueil et des préjugés d’un « nous » forcément supérieur à tous les autres, ces « ils » et ces « eux » d’où provient tout le mal.

Alors que la réalité est tellement plus simple – et en même temps beaucoup moins vendeuse – non ce n’est pas « eux », ces autres pauvres ploucs qui vont t’appauvrir.

Ce sont ces 1% de riches toujours plus riches qui t’appauvrissent.

***

L’illustration est celle d’un billet de novembre dernier.

Dernier défi

Des souvenirs d’enfance et de grand-mère Adrienne sont remontés en force dès la découverte du mot proposé par Walrus pour le dernier défi du samedi de l’année: élixir.

Élixir! Déjà rien que le mot avec tout ce qu’il avait de mystérieux. Il semblait sorti tout droit des contes de mille et une nuits. En tout cas dans l’imagination fertile de la petite.

Un « dé à coudre » d’Elixir d’Anvers, c’est ce que prenaient les dames, après les repas de fête, quand les hommes passaient au cognac.
Mini-Adrienne ne pouvait que constater que les hommes et les femmes ne buvaient jamais les mêmes sortes d’alcool.

L’Élixir d’Anvers était supposé avoir des vertus thérapeutiques. Tant de choses qu’on croyait bonnes pour la santé quand l’Adrienne était petite fille!

Mais allez savoir pourquoi, elle-même n’a jamais voulu y goûter: que ce soit l’odeur de l’élixir, du cognac ou du whisky, elle n’aime RIEN de tout ça…

Allez, bon passage à l’an neuf, et restez prudents 😉

U comme Urbi et Orbi

Depuis quelques semaines déjà l’Adrienne se chante des chants de Noël dans sa cuisine, son bureau et sa salle de bains 😉

Ici dans la vidéo il s’agit de variations à l’orgue sur un chant traditionnel qu’on pourrait traduire par « un petit enfant est né sur la terre »

De 0’47″à 01’00 » on a la mélodie exacte.

Vous trouverez le texte et la partition ici, aux pages 21-22.

A chanter avec l’accent ouest-flamand, de préférence 😉

Bon Noël à vous tous!

***

le texte est d’une naïveté adorable, « ‘t At pap uit een pannetje, ‘t en maakt’ hem niet vuil, en ‘t viel op de aarde en ‘t en had er geen buil. » il mangeait sa panade sans se salir et il est tombé sur la terre sans se faire une bosse 😉

N comme Nicole (et Hugo)

En 1971, c’est au tour de la Flandre d’envoyer sa participation à Eurosong: le duo Nicole et Hugo chante « Goeiemorgen morgen« , c’est-à-dire « Bonjour », le salut du matin.

Qu’ils n’ont finalement pas pu interpréter lors du concours, la chanteuse étant malade, mais qui est tout de même un vrai « tube » en Flandre.

Et voilà que ces dernières semaines on lit dans la presse que ce vieux tube de 1971 fait un gros succès en Ukraine, où il est repris sur tous les réseaux sociaux – voir la vidéo – on nous explique que c’est une forme de protestation joyeuse, la prononciation du mot néerlandais « goeie » ayant en ukrainien un sens… scabreux et injurieux 😉

Alors, comme l’explique la jeune ukrainienne dans la vidéo ci-dessus (0’47 ») quand le matin il n’y a pas d’électricité, pas de lumière, c’est un « goeie morgen« , un matin de m…

Le même message ci-dessous en français:

1971, c’est aussi l’année où Nicole et Hugo se sont mariés et le couple a continué de chanter jusqu’à la maladie de Nicole, qui est décédée en novembre dernier.

***

Pour ceux qui comprennent le néerlandais, un chouette article sur la créativité lexicale des Ukrainiens.

J comme jeunesse

C’est l’été de ses vingt ans et depuis le printemps déjà, Louis sent qu’il a changé.
Qu’il n’est plus un enfant.
Qu’il veut prendre ses propres décisions.

Mais le père est intransigeant.
Louis sait qu’il ne cèdera sur rien, ni sur ses prérogatives de chef de famille et de maître absolu de son exploitation agricole, ni sur les choix amoureux de son fils.

Parce que c’est ainsi que tout a commencé, à la fin de l’hiver: quand il a été question du meilleur endroit pour y semer le lin et quand il a vu sur lui le regard et le sourire de Schellebelle.

Le père serre les poings, serre la mâchoire, serre son lourd bâton, celui avec lequel il portera le coup fatal.

– Tout est de la faute de cette effrontée, rugit-il. Je t’interdis de t’approcher d’elle.

Louis obéit et attend son heure.
Même si ça lui crève le cœur de voir Schellebelle rire et bavarder avec les journaliers, ses semblables.

Alors il voudrait ne pas être le fils du maître et avoir le droit de batifoler, lui aussi.

Et avoir la certitude d’être aimé pour lui-même.

***

Merci à Monsieur le Goût pour son 146e devoir:

« La multiplicité des interprétations possible de cette toile de Léon Augustin Lhermitte m’a amusé. Elle devrait vous inspirer autant qu’elle m’a inspiré en la voyant. Même mieux encore j’espère. »

Le tableau m’a tout de suite fait penser à l’intrigue d’un roman de Stijn Streuvels, paru en 1907, De Vlaschaard (Le champ de lin).

Pour ceux que ça intéresse, il y a deux billets où j’ai traduit des extraits d’une autre œuvre de Streuvels: ici et ici.

C comme cadeau!

Dans la ville de l’Adrienne on est bien contents et bien émus de ce beau geste: en remerciement pour l’aide apportée lors des inondations de l’été 2021, la commune de La Roche-en-Ardenne offre un sapin de Noël.

Merci les amis wallons!

***

photo prise le 30 novembre dernier, les ouvriers communaux sont en plein dans les travaux de décoration 🙂

W comme werra

L’origine étymologique du mot français ‘guerre’ est germanique, c’est ‘werra‘ et vous vous demandez sans doute quel est le rapport avec la photo des collines boisées.

L’Adrienne s’y promenait samedi dernier, l’automne était riche de couleurs mais là, dans ces creux et ces bosses, en 14-18, les Allemands avaient rasé tous les arbres – nos collines sans leurs arbres, on frémit à l’idée! – et creusé des tranchées.

On peut encore en voir de « beaux restes » même si aujourd’hui les arbres sont bien là.

Mais l’Adrienne était en sandales, donc pas équipée pour aller voir les tranchées 😉 et de toute façon, juste savoir qu’elles sont là lui suffit.

***

photo de derrière chez moi le 22 octobre dernier

O comme Outlaw

Rien à voir avec Lucky Luke, cet Outlaw Project mais on comprend que le nom choisi est un clin d’œil.

On est loin des méfaits des frères Dalton, on est plutôt dans le fait divers ou comme sur l’illustration ci-dessus, la poursuite judiciaire d’une femme qui n’a pas envoyé son fils à l’école tous les jours, comme la loi l’y oblige.

Dans la colonne ‘aard der feiten‘ (nature des faits qui ont donné lieu à une poursuite judiciaire) on a noté le mot ‘Schoolverzuim‘, absentéisme scolaire. Ce qui coûte une amende de 5 ou de 10 francs.

Comme tant d’autres beaux projets, celui-ci non plus n’est pas possible sans l’aide de nombreux bénévoles: répertorier et encoder, c’est un travail qui prend des heures.

source ici

T comme Taalgrens

Frontière linguistique, taalgrens, c’est un mot que le père de l’Adrienne détestait: il ne voulait pas l’entendre. Il voulait en nier l’existence. Ou plutôt: continuer à croire que les francophones apprendraient le néerlandais et les Flamands le français.

A Bruxelles le week-end dernier, l’Adrienne a pu constater que cette frontière est bien réelle: lors de la visite du Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles, le groupe néerlandophone ne connaissait aucun nom de ceux donnés aux diverses salles du bâtiment.

Même le guide avait dû se renseigner pour savoir qui était Amélie Nothomb, qu’il appelait systématiquement Nathalie Nothomb (vous imaginez à quel point l’Adrienne a dû se retenir pour ne pas le corriger ;-)) et en entrant dans la salle Maurane il demande à la cantonade:

– Quelqu’un ici connaît Maurane?
– Oui, fait l’Adrienne.

Apparemment, il ne voulait pas la croire:

– Ah bon? et c’est quoi? un peintre?
– Une chanteuse.

Le type avait ses idées sur la frontière linguistique et culturelle et aurait aimé qu’elles soient entièrement partagées. Confirmées.

Que José van Dam soit inconnu, passons, mais Philippe Gelück et son Chat?

Puis le groupe arrive dans la salle Eddy Merckx, que tout le monde connaissait, évidemment.

Et là son réflexe territorial lui fait dire:

– Je ne sais vraiment pas pourquoi ils ont choisi Eddy Merckx: il est Flamand! Il y a tout de même aussi de grands sportifs wallons?
– Ben oui, a dit quelqu’un, Justine Hénin.

Bref, une journée du patrimoine fort instructive.

Il aurait été intéressant de faire l’exercice inverse et d’accompagner un groupe francophone en visite au parlement flamand.

Photos prises à Bruxelles aux Journées du Patrimoine le 17 septembre dernier.

7 phrases

C’était pendant la première année du nouveau millénaire que j’ai eu en mains un livre qui m’a fait comprendre que pendant vingt ans j’avais habité dans la maison d’un ancien SS. Non que je n’aie reçu quelques signes: même le notaire, le jour où nous avions visité la maison ensemble, avait évoqué en passant les habitants précédents; je n’y avais prêté que peu d’attention. Peut-être que je le refoulais, imprégné comme je l’étais depuis des années par les poèmes douloureux de Paul Celan, les témoignages de Primo Levi, les innombrables livres et documentaires qui vous laissent sans voix, par l’impossibilité de toute une génération de décrire l’impensable. Là je voyais mes souvenirs intimes envahis par une réalité que je pouvais à peine m’imaginer, mais que je ne pouvais plus repousser. C’était comme si des spectres surgissaient dans les pièces que j’avais si bien connues; je voulais leur poser des questions mais ils passaient au travers de moi. Rien ne me déplaisait plus qu’écrire sur cette sorte de gens qui se mettaient à hanter ma propre vie.

Stefan Hertmans, De Opgang, De Bezige Bij, 2020, p.7 (incipit) Traduction de l’Adrienne.

Het was in het eerste jaar van het nieuwe millennium dat ik een boek in handen kreeg waaruit ik begreep dat ik twintig jaar in het huis van een voormalige ss-man had gewoond. Niet dat ik geen signalen had gekregen: zelfs de notaris had me, op de dag dat ik het huis met hem bezocht, terloops op de vorige bewoners gewezen; ik had er toen weinig aandacht voor. Misschien verdrong ik het ook, doordrenkt als ik jarenlang was geweest van de pijnlijke gedichten van Paul Celan, de getuigenissen van Primo Levi, de talloze boeken en documentaires die je sprakeloos achterlieten, de onmogelijkheid van een hele generatie om het ondenkbare te beschrijven. Nu zag ik mijn intieme herinneringen doordrongen raken van een werkelijkheid die ik me amper kon voorstellen, maar die ik ook niet meer kon wegduwen. Het was alsof er schimmen opdoemden in de kamers die ik zo goed had gekend; ik wilde ze vragen stellen, maar ze liepen dwars door me heen. Niets stond me zozeer tegen dan schrijven over het soort mens dat nu als een spook door mijn eigen leven begon te banjeren.

Stefan Hertmans, De Opgang, De Bezige Bij, 2020, p.7 (incipit)

Lire les premières pages en néerlandais ici – a paru chez Gallimard sous le titre Une Ascension dans une traduction d’Isabelle Rosselin, info ici et lecture des premières pages en français d’Isabelle ici 🙂