K comme Klaplong

HET EILAND KLAPLONG 'Wat doet u hier?' roepen ze. 'Dit is een onbewoond eiland.' 'En wat doet u hier dan?' antwoord ik., SASKIA VANDERSTICHELE
source ici

Suite à un gros problème de santé, un journaliste a décidé de refaire l’expérience qui avait déjà été réalisée séparément par deux écrivains hollandais en 1971: vivre complètement seul pendant une semaine.
L’expérience de « l’île déserte ».

Bien sûr, il fallait d’abord en trouver une: c’est une sorte de banc de sable sur la Meuse, îlot boisé dont on ne sait trop s’il appartient à la Belgique ou aux Pays-Bas, qui lui a finalement été désigné par un bénévole de Natuurpunt – l’équivalent en Flandre de Natagora en Wallonie – et où en principe on n’a pas le droit de séjourner.
D’ailleurs le « camping sauvage » est interdit sur tout le territoire du pays.

Bref, il a baptisé son « île » Klaplong – pneumothorax, le mal qui lui est tombé dessus et l’a envoyé aux urgences, où il s’est promis de réaliser cette expérience, si son poumon s’en sortait – il en a pris « possession » à la manière des conquistadores espagnols, en lui donnant un nom et en y plantant un drapeau.

Blanc, le drapeau, comme on peut le voir sur la photo.

Il y a vécu sous la tente, en compagnie de castors, et tout se passait bien jusqu’à une nuit où son poumon l’a de nouveau fait souffrir.
Panique à bord, d’autant plus que la batterie de son portable était à plat.

Conclusion de l’expérience: ce qu’il avait voulu fuir – la bureaucratie avec ses nombreux règlements et interdits, l’espèce humaine avec toutes ses opinions qu’elle assène constamment – lui a finalement manqué.

Article ici.

H comme hello!

Voor elk kind een Fluohesje

– Hello! Hello! crient les petits enfants massés à l’entrée de la bibliothèque, avant de retourner en classe chargés de livres et tous avec leur veste fluo largement et ostensiblement sponsorisée.

Puis quelques-uns ajoutent:

– Bonjour! Bonjour!

Avec le R qui roule comme les galets d’un torrent.

– Hello! Bonjour! répond l’Adrienne en les saluant de la main.

Voilà, se dit-elle, ils n’ont que sept ans mais ont déjà bien intégré qu’il y a des francophones dans leur ville.

Ce qui lui a rappelé une conversation à Alden-Biesen, le mois dernier.

Comme toujours, il faut répondre aux questions d’usage, dont une, apparemment très importante, concerne « d’où on est« .

Et l’Adrienne sait à l’avance quels clichés il lui faudra entendre dès qu’elle aura dit le nom de sa ville.

– Il y a beaucoup de francophones, là, non? Combien il y en a?
– Je ne sais pas, impossible de le savoir puisque les recensements linguistiques sont interdits par la loi. Depuis 1961.

A-t-elle répondu au monsieur – peut-être un peu sèchement malgré son sourire – pour couper court à l’inévitable suite:

– Et beaucoup de migrants, non?

Parce que là vous allez réussir à vraiment la fâcher.

Madame s’est toujours sentie très proche de ses élèves d’origines diverses, comme eux elle se trouve toujours entre deux chaises, deux cultures, et obligée à choisir son camp.

***

illustration empruntée à une école primaire de Gistel

G comme garnaal

Le 17 octobre aura lieu à Ostende le premier concours de la meilleure croquette aux crevettes.

A se demander pourquoi la ville a attendu si longtemps, vu que c’est une de ses plus grandes fiertés: les bateaux des « petits pêcheurs » qui ne sortent qu’une nuit et vendent le produit de leur pêche le matin, sans passer par la criée.
Plus frais que frais 😉

L’Ostendais qui se respecte va se fournir chez eux, au Platten trap, où les bateaux sont amarrés et où il a son fournisseur favori.

C’est surtout pour les crevettes que ça a son importance, puisqu’elles sont triées – on rejette les trop petites à la mer – et cuites la nuit même, sur le bateau.
Faut que le chef tienne bien sa montre à l’œil 😉
Belle-maman et beau-papa avaient évidemment leur adresse, « leur » bateau, « leur » épouse de marin au patois puissant qui leur faisait le prix d’amis, celui affiché étant « pour les touristes ».

Bref, l’Adrienne a appris de sa belle-famille que la crevette se pèle et se consomme le jour de sa pêche et s’il en reste, elles pourront servir à confectionner des croquettes, après qu’on aura préparé un fumet avec les carapaces.

Le premier examen que passait la nouvelle recrue de la famille consistait en deux parties: est-elle capable de lever proprement des filets si on lui sert une sole entière? et est-elle capable de peler des crevettes sans réduire les petites bêtes en bouillie 😉

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avec toute ma gratitude pour une belle-maman et un beau-papa de premier choix, comme leurs crevettes et leurs croquettes 🙂

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Ci-dessous une autre fierté – mais pas ostendaise – les pêcheurs à cheval de Koksijde et un chef qui met leurs produits à l’honneur – rectification: comme le fait remarquer Mme Chapeau, les pêcheurs à cheval dont d’Oostduinkerke.
Merci à elle!

7 sur 10

Le néerlandais va-t-il disparaître ? - VousNousIls

C’est depuis les années soixante qu’avec un zèle féroce on expurge du néerlandais tout ce qui « ne se dit pas ainsi aux Pays-Bas », alors que la langue se standardise depuis le 14e siècle principalement sur la base des parlers flamands et brabançons.

Un tas de mots parfaitement corrects et attestés depuis longtemps – on ne parle pas ici de « belgicismes » – ont été estampillés « Zuidnederlands« , ce qui se traduit par « néerlandais du sud ».

Hé oui, on est le sud des voisins du nord 😉

Recevoir l’étiquette « Zuidnederlands » équivaut à dire « folklorique ».
A éviter, donc, si on est traducteur ou écrivain.
Présentateur radio ou télé.
Journaliste.

Des chartes du bon langage sont éditées – la télé flamande a la sienne – et des comités de contrôle mis en place.

En parallèle, les dialectes disparaissent à la vitesse grand V et dans nos universités, les linguistes spécialisés en dialectologie ne peuvent que le constater depuis plus de vingt ans.

Les derniers « locuteurs natifs » à les avoir utilisés quotidiennement dans toutes les circonstances de la vie appartiennent à la génération des grands-parents de l’Adrienne, c’est-à-dire des gens nés dans le premier quart du 20e siècle.

Aujourd’hui on est donc arrivé au point où des comités, ici et là, essaient de faire revivre le parler local avec son vocabulaire particulier et ses expressions uniques.

L’Adrienne, élevée en patois par sa grand-mère jusqu’à l’âge de cinq ans, a fait dimanche dernier le test de ses connaissances patoisantes et a obtenu un 7/10.

Et bien vous savez quoi?

Elle est déçue 😉

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pour ceux que ça intéresse et qui connaissent le néerlandais: dialectloket (université de Gand)

U comme utopie

L’Adrienne se demande quand le gourou des Flandres comprendra que l’urgence n’est pas le séparatisme ni le rattachement aux Pays-Bas.

Toutes les enquêtes menées sur le sujet montrent la même chose: ce qui préoccupe le plus les gens, en Flandre, ce n’est pas du tout ce thème-là – chaque fois on arrive à peine à 15 % de oui en faveur d’une indépendance – mais la santé, l’économie (qui paiera les retraites :-)), les migrations, le climat.

La dernière enquête date de 2019, et il y a fort à parier que si on posait la question aujourd’hui, on aurait à peu près le même trio de tête.
Ou le même quatuor.
Et qu’on n’y trouverait ni séparatisme, ni rattachisme.

La somme record de 35 millions d’euros récoltés par la Croix-Rouge de Belgique en moins d’un mois, suite aux inondations qui ont sinistrés de nombreuses communes wallonnes, le prouve.

Ainsi que l’immense vague de solidarité du « nord » envers le « sud », comme le soulignait un journaliste francophone le 12 août, « le fond de l’air est nettement belge« .

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photo prise à Schaarbeek le 4 juillet dernier.

R comme rawettes

– Vous avez un accent, dit-on à la mère de l’Adrienne, dès qu’elle ouvre la bouche, là-bas dans ce coin de France où elle vit depuis un an. Vous n’êtes pas d’ici!

– Un accent!? C’est vous qui avez un accent, ripostait feu le père de l’Adrienne, quand lors des voyages en France on lui demandait d’où il était, vu qu’il n’avait jamais l’accent du coin.

Bref, l’accent est une chose toute relative que chacun possède.

En Flandre et en Wallonie, on fait encore plus fort: dès qu’on ouvre la bouche, chacun entend de quelle ville on vient. Ostende, Bruges, Gand, Anvers, Ypres, Courtrai, Malines, Hasselt… nommez n’importe quelle ville flamande, l’accent y est différent et parfaitement reconnaissable. Pareil pour les villes wallonnes. Et Bruxelles a le sien aussi, bien sûr.

Ici en Flandre l’accent diffère – pour l’oreille avertie – entre deux patelins voisins, deux villages séparés par cinq kilomètres: quand l’Adrienne ouvrait la bouche dans sa verte campagne, on savait tout de suite qu’elle était de la ville.

Et pas une autochtone 😉

E comme éternité

Éternité

Il y a des lieux
où je ne peux plus passer
sans sourire.
Un jour on y a
raconté une blague,
volé un baiser,
eu une première idée.
A hauteur de mon oreille,
par exemple,
une nuit tu m’as promis
que l’éternité est un mensonge,
mais que ce n’était pas une raison
pour qu’entre nous
ça dure moins longtemps.
Il n’a pas fallu plus de mots
– une bouche qui parle
est belle par elle-même
et la peau a une mémoire.
Tu restes proche
de mon cou, mon nombril,
le creux de mon genou,
pour toujours.
Je ne peux aller nulle part
sans sourire.

Bart Moeyaert, traduction de l’Adrienne

Eeuwigheid

Er zijn plekken
waar ik zonder glimlach
niet meer langs kan.
Ooit is daar een grap
verteld, een kus geroofd,
iets voor het eerst gedacht.
Ter hoogte van mijn oor,
bijvoorbeeld,
heb jij me op een nacht
beloofd dat eeuwigheid
een leugen is, maar dat het
daarom tussen ons niet
minder lang gaat duren.
Meer woorden waren er
niet nodig – een mond
spreekt van zichzelf al mooi
en huid heeft een geheugen.
Jij blijft mijn hals, mijn navel,
mijn holte van mijn knie
voor altijd bij.
Zonder glimlach kan ik
aan geen plek voorbij.

Source ici.

Photo du circuit de lumières d’un hiver passé depuis longtemps, à Knokke.

P comme proverbe

« De aanhouder wint« , se dit l’Adrienne en rentrant chez elle toute contente.

Le proverbe néerlandais signifie que le gagnant est celui qui persévère.
Et de la persévérance, il en a fallu!
Pendant plus de sept ans 🙂

Voici les faits: dans la rue de l’Adrienne habite un Vlaamse Leeuw qui a apparemment très mal pris, au moment où elle est venue s’installer dans sa maison-en-ville, qu’elle refuse d’adhérer à son club de surveillance du quartier.

Or, comme il habite quelques maisons plus loin, que tous deux passent beaucoup à pied, qu’il prend souvent l’air à sa porte ou qu’il promène son chien, ils sont amenés à se croiser presque chaque jour.

Chaque fois l’Adrienne le salue, chaque fois il reste de marbre.
Au point qu’elle a failli se décourager.
Au bout de sept ans.

Et puis miracle, mercredi dernier, allez savoir pourquoi, il soulève un coin de sa bouche en réponse à son bonjour.

ça doit être sa façon de sourire.

L’Adrienne en tout cas trouve que l’événement vaut la peine d’être raconté 😉

***

En illustration pour Lazuli Biloba si elle passe par ici, la photo du yakushimanum qui fleurissait ponctuellement à chacun de mes anniversaires, dans le jardin d’autrefois 😉

Le rapport?

Son petit nom est Grumpy 🙂