D comme démocratique?

<P>Maandag 3 augustus </P>

On entend de plus en plus deux sortes de voix, à propos des mesures sanitaires, comme le signe d’une dualité croissante dans l’opinion publique entre ceux qui se plaignent du « pas assez » et ceux qui crient au scandale antidémocratique.

Les mesures, disent ceux-ci, sont trop souvent contraires à la Constitution belge.
Elles sont donc illégales et mettent notre démocratie en danger.
Les « experts » ont pris le pouvoir, clament-ils.
Ou sont utilisés comme couverture.

Par exemple, ce couvre-feu décrété par Madame le Gouverneur de la province d’Anvers. Du jamais vu depuis l’occupation allemande et interdit par la loi belge.

Pouvoirs spéciaux, traçage des individus, fin annoncée du secret médical, tout ça est accepté par un grand nombre, vu le climat de peur qui a été créé.

Mais de plus en plus de gens commencent à se demander si ce sera « het nieuwe normaal« . Ils craignent que la majeure partie de ces mesures (comme le traçage ou la fin du secret médical) ne soient conservées dans un (hypothétique) après-corona. 

Bref, ça fait réfléchir.

***

source de l’illustration ici – le caricaturiste Lectrr réutilise un tableau de Hopper pour faire référence à un point de l’actualité anversoise, où le couvre-feu (avondklok) a été décrété. Etant donné que Nighthawks date de 1942, cette réutilisation se justifie pleinement 🙂

C comme Cambyse

Voici Bruges et sa Poortersloge (explications ici) au 15e siècle, sur le diptyque peint par le primitif flamand Gerard David en 1498. On y voit le juge Sisamnès recevant des pots-de-vin.

C’est pourquoi, le roi Cambyse II le fait arrêter. Cambyse II, c’est le 5e siècle avant notre ère, mais le peintre a choisi de représenter la scène de manière tout à fait contemporaine à l’année de la création de l’oeuvre, 1498: architecture, vêtements, décor avec des putti qui sentent déjà la Renaissance.

La punition du juge véreux est terrible: il est condamné à être écorché vif.

C’est en faisant visiter le musée Groeninge à un client asiatique que l’Adrienne s’est pleinement rendu compte que notre art ancien est un véritable cabinet des horreurs: vierges martyrisées, dont on apporte les seins ou les yeux sur un plateau, saints percés de flèches ou rôtis sur le grill, Christ crucifié agonisant…

Enfin, dans la dernière partie du diptyque, qui se lit comme une BD sans bulles, le fils du juge Sisamnès lui succède et pour se souvenir de la leçon, on lui a drapé la peau de son père défunt sur le dossier de son siège.

Oufti! comme ils disent à Liège.

U comme une heure et demie

Les plats du terroir, que ce soit en Belgique ou ailleurs, sont généralement de ceux qui ont besoin de mijoter longuement au coin du feu.
De ceux qu’on pouvait laisser accrochés dans l’âtre pendant qu’on allait travailler aux champs.

Ainsi en est-il des carbonnades, qui nécessitent au moins une heure et demie de cuisson. En tout cas selon Tante Léa 😉
Sur le Net on peut en trouver qui mentionnent une heure trois quarts.
Ou comme dans la vidéo ci-dessus, dans la version d’Alain Ducasse, qui la met deux heures au four.

Et qui reçoit des tas de commentaires parce que dans sa version, seule la bière est belge 😉

Ci-dessous une version plus « authentique », avec un ingrédient que certains jugent indispensable: les tranches de pain d’épices tartinées de moutarde forte.

Par contre, dans nos chaumières on ne les servait pas avec des frites, mais avec des pommes de terre nature.

O comme Ostende fait son cinéma

Regardez ce passage du filmAanrijding in Moscou(2008) – une collision, un accrochage à Moscou, un quartier populaire de Gand, Flandre Orientale – où on voit l’événement déclencheur de l’histoire. La traduction du dialogue se trouve sous le billet.

Matty, la quarantaine et presque autant de problèmes (en instance de divorce, trois enfants à élever, un boulot de m…, une bagnole qui tombe en ruine etc) heurte le camion de Johnny en quittant le parking du supermarché.

L’échange verbal entre les deux est, disons-le proprement, assez vif. Et en patois gantois.

A Ostende, où devait normal avoir lieu cet été le festival annuel dédié au cinéma, on a refait la même scène.

Mais avec des enfants dans les rôles de Matty et Johnny.

Et en patois ostendais.

Traduction de ce dialogue: 

– Godverdomme! (nom de dieu!)
– Maman, mais qu’est-ce que tu fais?
(à Johnny, descendu de son camion) Désolée, je faisais marche arrière… désolée!
– Désolée!?
– Oui…
– Désolée mon cul. Faudra payer, hein, Madame!
– Comment ça?
– Quoi ‘comment ça’? Une bosse dans mon camion… ça va vous coûter cher… il est assuré, au moins, votre landau? (‘kindervoiture’, jeu de mot sur voiture et landau, vu qu’elle a ses trois enfants sur la banquette arrière)
– Eh là! un peu de respect! et qui dit que c’est de ma faute?
– Eh là Madame! c’est vous qui sortez du parking, c’est vous qui faites une manœuvre! Vous n’avez pas regardé dans votre rétroviseur…
– Oui et vous, qu’est-ce que vous faites avec ce mastodonte sur le parking?
– Non, non, désolé, je le connais, ce truc-là.
– Ce truc!
– Oui, Madame, ce truc. Ce n’est pas vous qui allez me couillonner. Allez, prenez votre formulaire pour le constat.
– Oui? et où elle est, cette bosse? 
– Mais Madame! vous êtes en train de la regarder!
– Ça, ici? mais c’est une petite bosse de rien du tout! Par contre mon coffre…
– Commencez pas comme ça, hein! Je vous connais, les femmes de votre sorte! vous êtes toutes les mêmes!
(intervient un troisième personnage) Excusez-moi, madame, monsieur, je pense qu’il vaut mieux rester calme…
– Calme? Mais je suis calme! c’est monsieur le viking ici, avec son dix tonnes, qui n’est pas calme!
– Vous avez vos règles, sans doute?
– Et vous? vous vivez encore chez votre mère, je parie?
(nouvelle intervention du troisième) Madame… Monsieur…
– Maintenant je le sais!
– Quoi?
– Et bien, ce qu’on dit des types avec un camion!
Plus le camion est grand, plus la bougie est petite!

(traduction de l’Adrienne, qui s’est bien amusée :-))

B comme Black

Moors Blackamoors | Journey to the Source

Tout comme la statue de ce saint Maurice noir dans la cathédrale de Brandebourg, qui date du 13e siècle, la figure de l’homme noir est rarissime dans la littérature de la même époque.

En néerlandais, le tout premier personnage littéraire à la peau noire est Moriaen, dans une chanson de geste du cycle arthurien.

L’oeuvre originale date des environs de l’an 1200 en dialecte flamand (Flandre Occidentale et sud de la Flandre Orientale) mais les manuscrits qui la reprennent ont été rédigés un siècle plus tard en dialecte brabançon de la région de Louvain (Veltem): à la rime, on a gardé le vocabulaire d’origine, à l’intérieur des vers on a choisi les mots brabançons.

Contrairement aux autres héros arthuriens, comme Lancelot, Gauvain, Perceval… Moriaen n’a pas son équivalent dans les différentes langues européennes ayant une littérature de la « matière de Bretagne ».

Son père est Acglavael (Agloval), frère de Perchevael (Perceval), et sa mère une reine mauresque. Sa quête à lui a pour but d’obtenir la reconnaissance paternelle (la légitimité) et de réunir ses parents par le mariage. 

Doe was di swarte ridder blide
Ende scoet ane lanceloets side
Ende ontecte sijn hoeft al daer
Dat pec sward was oppenbaer
Het was di sede vanden lande
More sijn sward alse brande
Maer dat men an ridders soude prisen
Haddi also scone na sire wisen
Al was hi sward wat scaetde dat
An hem was sake di hem messat
Ende hi was langer een haluen voet
Dan enech ridder bi hem stoet
Nochtan was hi van kinscen dagen
Hem begonst so wel behagen
Doe hi horde hare tale
Dat si spraken van acglauale
Dat hi knilde ter eerden neder
Ende walewein. hiuen op weder
Ende seide hem die niemare
Dat haer gelijc een bode ware
Ende behorden tarturs houe
Di werd was van groten loue
Ende si voren beide te male
Percheuale. soeken met acglauale
Die de coninc. beide begeert

***

source de l’illustration ici.

B comme bonne blague

HOSTIE

C’est jeudi matin, après un moment de stupeur et d’incrédulité, que l’Adrienne a eu son grand, grand premier fou rire de la journée en lisant ce titre de journal: En Flandre occidentale, à la messe, il faudra ‘attraper’ son hostie si on veut communier.

Attraper l’hostie?
Va-t-on la lancer de loin?
La catapulter?
C’est quoi cette blague?

Et bien non, ce n’est pas une blague, même si elle fait bien rire: « bij de communie zullen kerkgangers hun hostie moeten ‘vangen’ » Lors de la communion il faudra attraper l’hostie.

Plus loin dans l’article on explique que le prêtre ne pourra pas déposer l’hostie dans la main du communiant, il devra « la laisser tomber respectueusement »

« Die moeten eerbiedig vallen in de handen van de kerkganger. »

***

je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi, une semaine plus tard, j’en ris encore 🙂

***

source de l’image ici où on répond à la question que faire si l’hostie tombe à terre.

I comme inconnu

streuvels.jpg

Ces dernières semaines, au Défi du samedi, Walrus s’amuse à proposer des mots comme lemniscate, quidditch, rastaquouère… qui ne font pas du tout partie du vocabulaire de l’Adrienne et pour lesquels elle a bien du mal à écrire un texte.

En voyant que pour aujourd’hui il s’agissait de sofa, elle a cru être tirée d’affaire. Pourtant, à y bien réfléchir, ce mot-là non plus elle ne l’a jamais employé.

Tout d’abord, parce que dans son enfance, il n’y avait ce meuble dans aucune des maisons où elle a été élevée.

Nul divan chez grand-mère Adrienne, mais quatre fauteuils bien rêches au salon, réservés aux jours fastes. Et avec la télé sont apparus deux fauteuils « relax » en skaï bleu.

Pas de canapé non plus chez l’autre grand-mère.

Pas de lit de repos, de méridienne, de causeuse ou d’ottomane chez les parents de l’Adrienne jusque dans les années 70 où un imposant machin de velours vert est arrivé au salon, assorti de deux autres plus petits, bref de quoi asseoir confortablement au moins six postérieurs dans une famille qui n’en comptait que quatre.

Ce qui l’a amenée à réfléchir à ce manque, à cette absence: est-ce que cela aurait une raison profonde? 

Alors elle s’est souvenue des anecdotes de l’ami G*, et de ce livre de Stijn Streuvels, avec l’histoire du fauteuil, que vous pourrez (re)lire ici.

7 autrefois

On voit ces jours-ci refleurir des passe-temps d’autrefois.
Pour se préserver de la giboulée coronavirienne, on reste chez soi.
Mais qu’y fait-on, quand tous les jours de la semaine sont des dimanches?

On se remet à la broderie des feuilles de cognassier, comme Albertine?
A l’aquarelle ou à l’herbier?

On joue au jardin avec les enfants et on leur montre ce bon vieux jeu du zébu, comme Adalbert?

On bichonne son potager et on redécouvre les légumes oubliés, par exemple ces merveilleuses feuilles de riboulaine, que ce soir on servira en crêpes, comme Arnolphe?

On accouche à domicile, parce que l’hôpital fait peur, comme Adolphine?

Une seule chose est sûre: « en de boer, hij ploegde voort« , exactement comme dans le tableau de Bruegel qui représente soi-disant la chute d’Icare: le paysan poursuit le labour, quoi qu’il arrive.

Icarus Van Buuren.jpg

source de l’image ici – participation à l’agenda ironique d’avril, suivant les consignes de Carnets paresseux, que je remercie:

voilà une poignée d’images, empruntées au Spécimen des caractères d’affiches, vignettes et fleurons des fonderies et stéréotypie de François-Nicolas Gromort. Ce qu’on en fait ? on en choisit au moins trois, au plus tant qu’on veut, on les range dans un sens ou dans un autre et on raconte l’histoire qu’elles racontent, en suivant l’ordre des images. Poème, rébus, conte, chanson, feuilleton en X épisodes, on peut faire tout ce qu’on veut tant qu’on ne perd pas le fil et qu’on s’arrête bien le dimanche 26 avril. Agenda ironique oblige, une goutte de calendrier, un soupçon de temps qui passe et une pointe d’ironie seront bienvenues. Et puis quelques mots imposés – qu’on pourra oublier ou contourner – giboulée, zébu, cognassier et riboulaine (ce qu’il veut dire, celui-là ? ça sera l’occasion de l’inventer).

 

 

 

 

 

 

C comme Closer to Van Eyck

Gabriel (detail) - Sint-Baafskathedraal Gent © www.lukasweb.be – Art in Flanders vzw, Dominique Provost (2).jpg

Ce devait être le grand événement culturel de 2020, une expo réunissant les œuvres de Van Eyck – disséminées de par le monde – avec son fameux triptyque gantois, qui a fait l’objet d’une minutieuse restauration pendant de nombreuses années.

Tout cela réuni en un seul lieu où dès l’ouverture la foule se pressait.

– Irons-nous voir Van Eyck? demandait la mère de l’Adrienne.

Bien sûr qu’elles iraient!

Sauf que…

Sauf que jusqu’à nouvel ordre, seule une visite virtuelle est possible 🙂

source de la photo ci-dessus et info sur l’expo ici.

source de la photo du panneau central: Closer to Van Eyck, où on peut cliquer sur chaque panneau et agrandir pour tout voir jusque dans les plus petits détails: les violettes, les muguets, les fraises des bois… 🙂

Premier avril

Zaterdag 28 maart

Taratata! dit le cyclotouriste, personne, dans les mesures du corona, n’a rien dit sur la distance qu’on pouvait parcourir, avec le vélo!

Ce n’est pas un poisson d’avril mais c’est une blague qui résume bien l’actualité belge – peut-être encore plus du côté de la Flandre, grande région de cyclotouristes, de coureurs cyclistes, et autres pratiquants de la petite reine s’autoproclamant « Flandrien » avec ce qu’il faut d’orgueil modeste 😉

En effet, ici toutes les courses ont été annulées – même ce monument de kermesse sportive qu’est le Tour des Flandres – et les membres des nombreux groupes de cyclotouristes sont obligés de rouler tout seuls.

Par bonheur pour eux, les ministres n’ont pas limité leur terrain de jeux à un kilomètre autour du domicile 😉

source de l’image ici.