7 autrefois

On voit ces jours-ci refleurir des passe-temps d’autrefois.
Pour se préserver de la giboulée coronavirienne, on reste chez soi.
Mais qu’y fait-on, quand tous les jours de la semaine sont des dimanches?

On se remet à la broderie des feuilles de cognassier, comme Albertine?
A l’aquarelle ou à l’herbier?

On joue au jardin avec les enfants et on leur montre ce bon vieux jeu du zébu, comme Adalbert?

On bichonne son potager et on redécouvre les légumes oubliés, par exemple ces merveilleuses feuilles de riboulaine, que ce soir on servira en crêpes, comme Arnolphe?

On accouche à domicile, parce que l’hôpital fait peur, comme Adolphine?

Une seule chose est sûre: « en de boer, hij ploegde voort« , exactement comme dans le tableau de Bruegel qui représente soi-disant la chute d’Icare: le paysan poursuit le labour, quoi qu’il arrive.

Icarus Van Buuren.jpg

source de l’image ici – participation à l’agenda ironique d’avril, suivant les consignes de Carnets paresseux, que je remercie:

voilà une poignée d’images, empruntées au Spécimen des caractères d’affiches, vignettes et fleurons des fonderies et stéréotypie de François-Nicolas Gromort. Ce qu’on en fait ? on en choisit au moins trois, au plus tant qu’on veut, on les range dans un sens ou dans un autre et on raconte l’histoire qu’elles racontent, en suivant l’ordre des images. Poème, rébus, conte, chanson, feuilleton en X épisodes, on peut faire tout ce qu’on veut tant qu’on ne perd pas le fil et qu’on s’arrête bien le dimanche 26 avril. Agenda ironique oblige, une goutte de calendrier, un soupçon de temps qui passe et une pointe d’ironie seront bienvenues. Et puis quelques mots imposés – qu’on pourra oublier ou contourner – giboulée, zébu, cognassier et riboulaine (ce qu’il veut dire, celui-là ? ça sera l’occasion de l’inventer).

 

 

 

 

 

 

C comme Closer to Van Eyck

Gabriel (detail) - Sint-Baafskathedraal Gent © www.lukasweb.be – Art in Flanders vzw, Dominique Provost (2).jpg

Ce devait être le grand événement culturel de 2020, une expo réunissant les œuvres de Van Eyck – disséminées de par le monde – avec son fameux triptyque gantois, qui a fait l’objet d’une minutieuse restauration pendant de nombreuses années.

Tout cela réuni en un seul lieu où dès l’ouverture la foule se pressait.

– Irons-nous voir Van Eyck? demandait la mère de l’Adrienne.

Bien sûr qu’elles iraient!

Sauf que…

Sauf que jusqu’à nouvel ordre, seule une visite virtuelle est possible 🙂

source de la photo ci-dessus et info sur l’expo ici.

source de la photo du panneau central: Closer to Van Eyck, où on peut cliquer sur chaque panneau et agrandir pour tout voir jusque dans les plus petits détails: les violettes, les muguets, les fraises des bois… 🙂

Premier avril

Zaterdag 28 maart

Taratata! dit le cyclotouriste, personne, dans les mesures du corona, n’a rien dit sur la distance qu’on pouvait parcourir, avec le vélo!

Ce n’est pas un poisson d’avril mais c’est une blague qui résume bien l’actualité belge – peut-être encore plus du côté de la Flandre, grande région de cyclotouristes, de coureurs cyclistes, et autres pratiquants de la petite reine s’autoproclamant « Flandrien » avec ce qu’il faut d’orgueil modeste 😉

En effet, ici toutes les courses ont été annulées – même ce monument de kermesse sportive qu’est le Tour des Flandres – et les membres des nombreux groupes de cyclotouristes sont obligés de rouler tout seuls.

Par bonheur pour eux, les ministres n’ont pas limité leur terrain de jeux à un kilomètre autour du domicile 😉

source de l’image ici.

Last Post

Chaque soir de l’année, peu avant huit heures, tout trafic est arrêté sous la porte de Menin, à Ypres.

Au premier coup du carillon de vingt heures, quelques membres du corps de pompiers d’Ypres sonnent le Last Post.

Chaque soir depuis 1928, en l’honneur des 54 896 soldats tombés en cet endroit pendant la guerre de 14-18.

Parfois la cérémonie est plus importante, comme on peut le voir sur ces vidéos.

Elles ont toujours lieu en présence de public, souvent fort nombreux. Mais toujours dans le recueillement total. En silence et sans applaudissements.

Alors par ces temps de corona, que fallait-il faire?

La cérémonie a toujours lieu, mais avec un seul trompettiste.

Et sans public.

Ce qui fait que la vidéo ci-dessus, prise le 10 mars, est une des dernières « normales ».

L’image contient peut-être : plein air

photo de Jan Callemein, seul et sans public.

R comme Robot Robbie

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C’est l’invention d’un entrepreneur limbourgeois et elle n’existe pour le moment qu’à un exemplaire (prototype) mais le robot a été testé sur plusieurs chantiers et a reçu les réactions enthousiastes des ouvriers du bâtiment, tant il leur facilite la tâche, surtout en épargnant leur dos, vu que Robbie – c’est le nom du robot – les aide principalement en soulevant et plaçant au bon endroit tout ce qui est pesant.

Pour les jeunes, c’est comme un jouet, et pour les plus âgés, qui commencent à souffrir du dos, c’est un cadeau. Pour l’entrepreneur et ses clients aussi, puisqu’il permet de manipuler des ‘briques’ d’une plus grande dimension – elles sont fabriquées spécialement pour lui – et de terminer le gros oeuvre deux fois plus vite. 

Ce n’est pas à proprement parler un ‘robot’, nous explique-t-on, c’est un ‘cobot’, une machine qui travaille en duo avec l’homme. Un robot collaboratif.

Bref.

Encore un nouveau mot à mettre au dictionnaire.

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info, vidéo et source de la photo ici

F comme froid

Antverpia Mercatorum Emporium

Il faisait excessivement froid, les derniers jours de janvier 1841. Les rues d’Anvers étaient en habit hivernal et brillaient d’un blanc intense; la neige ne tombait pas en doux flocons, n’enchantait pas le regard par la danse de ses milliers de petites plumes; au contraire, elle tombait dru et fouettait comme des grêlons les vitres des maisons fermées – le vent aigre venant du nord chassait vers la chaleur du poêle la plupart des gens qui se risquaient sur leur seuil.  

Het was uitermate koud in de laatste dagen der maand Januari 1841. De straten der stad Antwerpen hadden hun winterkleed aangenomen en glinsterden van zuivere witheid; de sneeuw viel echter niet bij zachte vlokken, noch verheugde het oog met hare duizende dooreenspelende pluimkens; integendeel, zij viel kletterend en als hagel tegen de vensterglazen der geslotene huizen, — en de bittere noordewind joeg de meeste burgers, die zich op hunne dorpels vertoonden, terug naar de gloeiende kachel.

Wat Eene Moeder Lijden Kan, in De Volledige werken van Hendrik Conscience. Brussel, A.N. Lebègue & Co., 1884 (la première édition date de 1843)

Incipit – traduction de l’Adrienne – à lire en entier sur de nombreux sites, dont celui du Gutenberg Project. – source de l’illustration ici (vue d’Anvers/Antwerpen – musée Vleeshuis) – idée de billet inspirée par Walrus et son commentaire d’hier 🙂

 

 

 

 

E comme enchifrené

Le poème de John McCrae

– Faut pas exagérer, râle le Major. Ce n’est pas parce que j’ai la voix un peu enrouée qu’il faut me regarder de cet air soupçonneux!

Il oublie que lui qui est habituellement si truculent et plein d’anecdotes savoureuses, s’exprime en ce moment par borborygmes et a constamment la larme à l’œil.

– Et puis c’est à cause de tout ce cirque, aussi! grogne-t-il en montrant les enfants venus fort nombreux d’Outre-Manche, tous avec leur poppy épinglé sur leur uniforme scolaire.
Tous sages et recueillis.

Pour rien au monde le Major n’avouerait son émotion, qu’il ira tout à l’heure noyer dans une bonne bière belge.

Une Mort subite, par exemple.

(vous aurez compris, chers lecteurs, que la tentation est trop forte et qu’il fallait la placer, celle-là 🙂 )

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photo d’illustration ci-dessus prise sur le site du musée d’Ypres In Flanders Fields

Image illustrative de l’article In Flanders Fields

Par John McCrae — Scan of McCrea’s In Flanders fields and other poems, obtained from archive.org, converted to PNG and B&W, slight rotation, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9677477

Le poème a paru en décembre 1915 et a été écrit suite à la deuxième bataille d’Ypres, au printemps de 1915, là où pour la première fois les Allemands ont utilisé l’arme chimique. L’inspiration directe en est probablement la mort d’un ami de l’auteur, le 2 mai 1915.
John McCrea n’a pas survécu à la guerre non plus, il est décédé en janvier 1918.

In Flanders Fields (Dans les champs de Flandre – traduction de l’Adrienne) 

Dans les champs de Flandre poussent les coquelicots
Entre des rangs et des rangs de croix
Qui marquent notre place; et dans le ciel
Les alouettes volent, et continuent de chanter courageusement
Alors qu’on les entend à peine, en bas au milieu des canons.

Nous sommes les morts. Il y a quelques jours
Nous vivions, sentions l’aurore, voyions le soleil couchant,
Aimions et étions aimés et maintenant nous gisons
Dans les champs de Flandre.

Reprenez notre combat avec l’ennemi:
De nos mains qui faiblissent nous vous remettons
Le flambeau; qu’il soit vôtre, et portez-le bien haut.
Si vous manquez à votre parole envers nous qui mourons
Nous n’aurons pas de repos, même si poussent les coquelicots
Dans les champs de Flandre.

***

écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: truculent – exagérer – anecdote – borborygme – tentation – cirque – coquelicot

Merci Olivia!