B comme bibliothèque

bib

Lucette Desvignes se posait la question hier, accroche-t-on encore des poissons de papier dans le dos des gens, le premier avril? Essaie-t-on encore de leur faire croire une farce?

Il est vrai qu’on ne voit plus de poissons dans les cours d’école mais un tas d’instances, les journaux, la radio et de plus en plus d’entreprises s’amusent à essayer de berner de manière plus ou moins humoristique.

Comme nos bibliothèques en région flamande, qui annonçaient pour le premier avril que désormais les livres ne seraient plus classés selon l’alphabet mais d’après leur couleur.

Un petit aperçu des meilleures idées ici.

Même la police d’Anvers y est allée de son scoop en montrant sa toute nouvelle brigade féline 😉

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D comme Défi du samedi

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C’est l’ami Walrus qui tient la boutique tout seul depuis déjà un bon bout de temps. Chaque semaine il propose un mot, en suivant l’ordre alphabétique.

Pour le défi 548, il était arrivé à la lettre U et a proposé unijambiste.

Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter avec un mot pareil, s’est demandé l’Adrienne, comme à peu près chaque semaine 🙂 puis elle a vu le commentaire de Walrus qui expliquait que dans sa région, « pour vous convaincre de prendre un deuxième verre, on vous dira : On ne va pas sur une jambe ! »

Alors l’Adrienne évidemment a tout de suite répondu que dans sa région aussi, et c’est ainsi que lui est revenue en mémoire l’anecdote suivante:

« Op één been kan je niet staan! » (1) disait le père de l’ami Luc.

Or, il avait une jambe de bois.
Adolescent à l’arrivée des Allemands en mai 1940, il avait eu une jambe arrachée par une des rares bombes tombées sur notre petite ville.
Comme on voit, c’était un homme qui avait de l’humour.
Sa femme aussi, d’ailleurs, sans le vouloir.
Quand on sonnait à sa porte trop tard à son goût, elle disait, en parlant de son mari:
 » Désolée, il est déjà démonté » (2)
 
(1) l’équivalent flamand de ce qu’explique Walrus, en Belgique « pour vous convaincre de prendre un deuxième verre, on vous dira : On ne va pas sur une jambe !« 
(2) « Hij ligt gedemonteerd »
Alors si ça vous dit, samedi prochain c’est V vomme vernaculaire 🙂
Photo de Pete Johnson sur Pexels.com

Première fois

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Dimanche est annoncée la première des « classiques de printemps », traduction littérale de ‘lenteklassiekers‘ ou ‘voorjaarsklassiekers‘, mots qui désignent les courses cyclistes ayant leur place fixe chaque année dans le calendrier.

Des panneaux et des affichages préviennent les habitants et les automobilistes que dimanche certaines rues seront livrées au passage des champions en maillot et qu’ils devront aller garer leur quatre roues ailleurs.

Et c’est bien la première fois qu’aucune de ces courses ne passera par la rue de l’Adrienne. Pas même la course mère et reine, le Tour des Flandres. Qui passera, rassurez-vous, juste à côté. Et même trois fois. Quand on a trois collines qu’on appelle ‘berg’, on se doit d’y envoyer suer les coureurs. Surtout si en plus il y a de gros pavés sur quelques tronçons spécialement préservés pour ces occasions-là.

Bref.

Bref, l’Adrienne peut commencer à croire gentil voisin à longue barbe grise, qui lui a prédit l’autre jour que les travaux commenceraient bientôt. En mars. Ou après mars. Ce qui a beaucoup fait rire l’Adrienne, qui a failli se mettre à chanter « ou à la Trinité! ou à la Trinité! »

Mais elle s’est retenue. Son gentil fumeur de cigares n’aurait pas compris 🙂

T comme tussentaal

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Samedi matin, l’Adrienne a failli s’étrangler dans son café en lisant cette question existentielle typiquement flamande: dois-je élever mon enfant dans la langue néerlandaise standardisée? Cette langue, argumente l’auteur de l’article, n’existe pas puisque personne ne la parle.

Toute sa vie déjà l’Adrienne – et avec elle tous les Flamands – ont été confrontés à cette question de la koinè: faut-il imiter la façon de parler hollandaise? faut-il bannir les mots typiquement flamands?

Depuis toujours, la réponse à ces questions a été: oui! Un oui virulent: il n’y a qu’une norme, c’est le néerlandais de la Hollande. Donc on est élevés à coups de ‘ne dites pas… mais dites’ et on se sent ‘mal dans sa langue’, infériorisés, à vie.

Pourtant, quand on rencontre des Hollandais, on se rend compte qu’eux non plus ne parlent pas la koinè… Chaque région a ses accents et ses typicités lexicales, pas seulement en Flandre. Mais le Hollandais le fait sans le moindre complexe, apparemment.

Des générations de profs ont enseigné à des générations de petits Flamands qu’il faut dire ‘jij bent’ et non ‘gij zijt’, ‘ham’ et pas ‘hesp’, ‘schooletui’ et pas ‘pennenzak’. La liste est longue, très longue, et donne surtout le sentiment que dès qu’on ouvre la bouche, on commet des impairs.

Ces mots imposés ‘d’en haut’ servent souvent à égayer les repas de famille, quand les enfants organisent un petit concours pour tester les adultes sur leur savoir fraîchement acquis avec leurs instituteurs. Mais dans la vie courante, personne ne les utilise. Si chez le boucher on disait ‘een plakje ham’, il n’est pas certain qu’il comprenne qu’on veut une tranche de jambon.

Bref, la question continue de donner des débats houleux, à forte charge émotionnelle, débats dans lesquels les arguments deviennent très vite ad hominem.

C’est pourtant une question essentielle, car si les Flamands maîtrisent la koinè tout en ne l’utilisant pas, que doivent faire les nouveaux arrivants, de plus en plus nombreux, à qui on apprend la langue standard mais qui se rendent très vite compte qu’elle ne leur est que peu utile dans la vie quotidienne?

***

source de l’illustration ici sous le titre ‘Le Flamand adore son dialecte mais ne le parle presque plus‘ la ‘tussentaal‘ a remplacé les dialectes, une sorte de koinè pour la Flandre – un autre article sur le sujet ici et une étude sur le cas des jeunes de Flandre Occidentale ici.

Stupeur et tremblements

Rien qu’en lisant le journal de mardi ou mercredi derniers – c’est juste un exemple – il aurait été possible d’alimenter la rubrique ‘stupeur et tremblements‘ pour de nombreux mois. Des tas de choses tristes, horribles ou désolantes. Et parfois les trois à la fois.

L’Adrienne a décidé de ne pas en parler. N’est-ce pas que c’est courageux 😉 

Elle a décidé de montrer l’arrivée des premières cigognes à Planckendael lundi dernier, le 18 février, où elles retrouvent les nids de l’an dernier plus un certain nombre de nouveaux qui ont été aménagés cet hiver. Désormais elles ont donc 67 nids à leur disposition, ce qui devrait suffire pour les cent trente oiseaux attendus.

Une vingtaine de cigognes sont arrivées en début de semaine et on en attend encore cent dix autres. Elles reviennent d’Espagne ou du sud de la France. Celles qui ont traversé la Méditerranée pour passer l’hiver au Maroc ne sont attendues que pour avril.

Souhaitons-leur bonne route… et un bel été en Belgique! 

D comme decolletéportemonnee

decolletéportemonnee

Il est toujours amusant de constater comme nos voisins hollandais aiment les mots français, voyez ce « decolletéportemonnee » que le journal flamand a appelé « boezembeugel », ce qui veut dire à peu près la même chose 🙂

On y apprend que cette mini-pochette à mettre à l’intérieur d’un bonnet de soutien-gorge a obtenu le prix du public fin 2012 mais apparemment il n’est que pleinement commercialisé depuis peu.

Le mot a intégré le dictionnaire après avoir remporté 15 % des voix pour désigner le néologisme de l’année. La pochette est juste assez grande pour contenir une carte bancaire ou quelques billets, permettant de sortir en boîte et de danser sans avoir à se soucier d’un sac à main.

Bien, bien, me dis-je, mais je doute que ce soit vraiment invisible sous un léger vêtement, et certainement au moment de sortir discrètement mes sous de mon décolleté 🙂 

Et surtout, comme je fais sans sac à main, pour les clés de la maison? le carnet? le stylo? le mouchoir? le téléphone? 

info article et source de la photo © Hemaontwerpwedstrijd.nl    ici.

Question existentielle

anuna

Elle a 17 ans, est en Terminale dans une petite ville du nord du pays et le 5 janvier elle a lancé ce mois-ci un appel aux écoliers belges: séchons les cours chaque jeudi pour aller manifester à Bruxelles. 

Spijbelen voor het klimaat! Brossen voor de bossen! (1)

A sa propre stupéfaction, elle a constaté que le jeudi suivant son appel, le 10 janvier, 3000 écoliers avaient rejoint la capitale pour manifester.

Jeudi dernier, ils étaient 12 500, selon les chiffres officiels de la police.

Parmi cette foule exubérante et colorée, quelques élèves de Madame.

Ils ne sont pas fous, ces jeunes: ils placent les adultes – leurs parents, leurs profs, la direction de leur école et finalement aussi leur gouvernement – devant le fait accompli, les obligeant ainsi à prendre parti, à se déclarer: Pour ou contre? Approuver ou désapprouver? Soutenir ou blâmer? Autoriser ou interdire? Applaudir ou punir?

Bien sûr qu’ils n’ont pas le droit de sécher les cours. Mais s’ils manifestaient le mercredi après-midi ou le samedi, quel en serait l’impact dans la presse et sur les dirigeants? Il y a eu 75 000 manifestants en un seul jour pour le climat le 2 décembre dernier, est-ce que ça a fait bouger quelque chose? Voilà ce que cette jeune fille répond. Et elle a raison, bien sûr.

Bien sûr que ces (très) jeunes sont des enfants de leur siècle, qu’ils en sont déjà à leur troisième smartphone, ont déjà pris l’avion au moins vingt fois, sont à tout point de vue dans la (sur)consommation, en un mot que leur empreinte écologique personnelle est des plus désastreuses. C’est à nous de les convaincre que toutes ces « petites choses » (à leurs yeux) font une vraie différence.

Ce qu’ils demandent, ce sont des réorganisations structurelles, globales, efficaces et ambitieuses. Inscrites dans les lois et les accords internationaux. 

On verra bien ce qu’ils diront quand ils le sentiront dans leur confort, leur mobilité, leurs loisirs, leur quotidien… et leur porte-monnaie.

Ou celui de papa-maman, qui pour le moment se déclarent très fiers de leurs manifestants 🙂

source de l’image ici et un article sur le sujet chez Daardaar (traduit du néerlandais)

(1) ‘brossen’ et ‘spijbelen’ sont deux mots qui signifient ‘sécher les cours’, de bossen = les bois