Stupeur et tremblements

723f2-belg

L’Adrienne croyait qu’on parle la même langue, en Flandre et aux Pays-Bas, et que cette langue s’appelle le néerlandais.

La langue de l’école, de la télévision, des journaux, de la littérature…

Ce n’est pas l’avis de la carissima nipotina. Elle est allée en stage de yoga, y était entourée de Hollandais, et a été fort étonnée de presque les comprendre.

– Parfois je devais leur demander de répéter, me dit-elle, parce qu’ils employaient un mot que je ne connaissais pas.

Voilà qui étonne l’Adrienne, « quel mot, par exemple? » demande-t-elle. Mais la nipotina est incapable de s’en souvenir.

– Et moi, ajoute-t-elle, quand je parlais, ils me comprenaient relativement bien. Quoique… pas toujours… et pourtant, je faisais des efforts!

Il faut savoir que la nipotina est une fière Ostendaise et qu’elle trouve son dialecte si savoureux, si supérieur en beauté à tous les parlers de la terre, qu’elle l’utilise presque exclusivement.

La suite de cette histoire, c’est un beau dialogue de sourds, entre une Adrienne qui essaie d’argumenter sur le sens de l’histoire, exemple italien à l’appui, où la langue s’unifie de plus en plus entre le nord et le sud, l’école et les médias jouant leur rôle, et une nipotina qui croit tout le contraire, comme s’il y avait dérive des continents entre la Flandre et les Pays-Bas, et que notre langage de part et d’autre s’éloigne de plus en plus.

Publicités

Stupeur et tremblements

5419a-dyn003_original_61_101_pjpeg__3fec6c33c707e9b7c189a79210ff9cca

L’Adrienne tapotait tranquillement un des ordis de la bibliothèque d’Ostende, ainsi que trois personnes en face d’elle, quand la dame à droite a demandé à la cantonade:

– Où est-ce que je dois introduire ma carte d’identité?

Son voisin ne lui a pas répondu. Il n’a pas quitté son écran des yeux. C’est l’autre dame, celle à gauche, avec son foulard, qui a pris la peine de lui expliquer comment introduire ses coordonnées à l’écran.

– Chez nous à Bruges il faut introduire la carte d’identité, a répété la dame de droite, qui malgré son âge avancé et sa blondeur ne voulait pas passer pour une cyberignare.

A partir de ce moment-là, elle qui n’avait cessé de faire de grands « chut!!! » à deux autres personnes qui osaient parler entre elles, est devenue intarissable. Qu’elle était Brugeoise et que là les ordis fonctionnaient mieux qu’à Ostende, où elle ne trouvait même pas comment accéder à son gmail. Il a fallu l’aider et lui montrer comment ‘scroller’. Qu’elle était veuve depuis vingt ans et qu’il y a huit jours, elle avait « rencontré quelqu’un ». Qu’elle était sûre « qu’internet le savait déjà », vu qu’elle recevait des publicités ciblées pour couples. 

L’Adrienne écoutait ça mi-amusée, mi-stupéfaite, quand tout à coup le monsieur s’est mis à vitupérer. Qu’il était Anversois, qu’il en avait marre d’Ostende, que les Ostendais étaient tous des ploucs (« achterlijke, lompe boeren« , il a dit) et qu’après huit années passées à la côte, il allait retourner à Anvers.

C’est à ce moment-là que l’Adrienne a failli s’étrangler de rire et d’indignation mélangées et a décidé qu’il était temps d’aller prendre un cappuccino.

Cinq minutes plus tard, alors qu’elle attend son café au bar, l’Adrienne est abordée par la dame au foulard:

– C’est vous qui étiez là-haut avec nous aux ordis… Vous êtes Ostendaise? Vous êtes Ouest-Flamande?

Les réponses négatives l’ont soulagée. Puis elle a ajouté:

– Vous savez ce qu’il m’a dit quand je lui ai répondu « alors vous devez comprendre comment moi je me sens quand j’ai du mal à être acceptée, parce qu’on me croit ‘différente’ ou venue d’ailleurs? »

Non, l’Adrienne ne réussit pas à le deviner…

– Que lui et moi, ce n’est pas du tout pareil!

Si ‘lomp’ se traduit par ‘grossier’, ‘lourdaud’, jugez vous-mêmes à qui l’épithète convient le mieux dans cette histoire 🙂

 

 

O comme organisation

5dd16-dyn009_original_600_399_pjpeg_2634699_c5b3ccab88db2a222d21dd234cfc740b

Imaginez. Vous êtes Chilienne. Vous vivez au Chili. Vous parlez espagnol. Plus un peu d’anglais et un petit peu de français.

Imaginez que vous ayez l’idée de vous rendre à un festival de musique qui a lieu en Belgique. Sí! Bélgica! Dans un patelin perdu comptant 1073 âmes et pour le reste surtout quelques vaches et des moutons.

Imaginez combien d’avions et de trains vous devrez prendre pour y arriver. 

Imaginez que vous ayez une deuxième bonne idée, et que vous choisissiez une auberge de jeunesse pour y loger pendant la durée du festival. Située à une douzaine de kilomètres du festival et à cinq kilomètres de la gare la plus proche. 

Imaginez qu’en plus on soit le 15 août. Vous voulez acheter un ticket de bus mais la petite gare est fermée. Et de toute façon, il n’y a plus de bus. Il y en a peu en journée et plus aucun dès le soir. 

Comment irez-vous à votre auberge? à pied? et à ce festival? En taxi, si vous réussissez à trouver un numéro de téléphone et à convaincre un chauffeur de vous y amener. Mais il est exclu qu’il vienne vous reprendre aux petites heures sur les lieux du festival pour pour ramener à votre auberge. Lui, la nuit, comme le cantonnier de Fernand Raynaud, il dort.

Bref, au fil de la conversation avec un(e) autochtone, vous vous rendez compte que vous avez accumulé les bonnes idées.

Alors que vous auriez pu choisir de loger sur place, il y a le camping du festival, qui loue des tentes tout équipées, des plus simples aux plus luxueuses, ou choisir un des nombreux hôtels et B&B des environs, qui ont un accord avec le festival pour organiser des services de ‘shuttle bus’.

***

photo d’une copine vache dans mon vert paradis d’il y a cinq ans.

 

 

 

07-39

18-08-03 (4)

La première photo que Maurice Antony a prise le matin du 5 juillet 1939 est celle de cet atelier où des femmes et des jeunes filles, assises sur de longues banquettes de bois, passent des heures à peler les crevettes rapportées de la pêche nocturne.

Natif d’Ypres, Maurice Antony a photographié sa ville jusqu’à sa destruction complète à la guerre de 14-18. Après la guerre, ses photos ont représenté une documentation de grande valeur pour la reconstruction, vu que les habitants avaient fait le choix de la rebâtir en gardant le plus possible ce caractère moyenâgeux qu’elle avait su conserver jusque-là.

Après la guerre de 14-18, il s’installe à Ostende et à partir de ce moment-là, il fixe son regard de photographe sur la vie de sa nouvelle cité: la mer, les familles de pêcheurs, les bateaux… ce qui donne aujourd’hui une riche collection de documents très éclairants sur la vie des (petites) gens d’Ostende pendant les années 20 et 30.

Comme ces éplucheuses de crevettes à la veille de la seconde guerre mondiale et de nouvelles destructions.

A voir encore (gratuitement) sur la digue d’Ostende jusqu’au 21 août, Nieuwe Koninklijke Gaanderijen.

 

K comme krapoverie

gent draak

Le dragon doré, qui se trouve depuis 1377 tout en haut du beffroi de Gand, vient d’être pourvu d’une installation qui lui permettra de cracher, chaque soir vers 22.30 h., une longue langue de feu. Plus de douze mètres de feu pour une bête qui en fait quatre et demi. Pas mal. 

gent draak vuur

La machin a été testé le 4 juillet et approuvé par une foule nombreuse. L’article d’où vient cette seconde photo titre qu’après 199 ans, le dragon crachera de nouveau du feu. On peut aussi y voir des photos de l’installation.

Tout ça en vue des ‘Gentse feesten‘, les fêtes de Gand, que la ville organise pour la 175e fois. Une édition d’anniversaire, donc, raison pour laquelle on a eu cette idée pyromaniaque 🙂

Avis aux amateurs, Joe Krapov, ça commence aujourd’hui et se poursuit tous les jours jusqu’au dimanche 22 juillet… et tout est gratuit, même les WC 🙂 

source de la photo en début de page: wikimedia commons

7000

100dagen (2)

Le mardi 3 et le mercredi 4 juillet ont eu lieu les examens d’entrée organisés – et imposés – par la Communauté flamande pour les jeunes qui désirent entamer des études de médecine ou de dentisterie. Mardi 5700 candidats en médecine – seul le millier supérieur aura accès aux études de leur choix – et mercredi 1227 candidats en dentisterie. Au total donc près de 7000 jeunes rassemblés dans une des immenses salles du Heysel.

Parmi eux, bien sûr, comme chaque année, quelques élèves de Madame et même si elle n’est pas leur mère, elle ne cesse d’y penser et en perd le sommeil.

Surtout pour sa chère fée Clochette, une de ses élèves « friandise« , qui a tellement la vocation que Madame est prête à lui confier sa précieuse santé d’iatrophobe.

Mais Madame, sa fée Clochette, les autres candidats et leurs parents devront encore attendre jusqu’au 12 juillet après 14.00 h. pour avoir les résultats. 

B comme boer

DSCI6268

Au détour d’un chemin, Madame a la surprise de voir ce grand portrait où un de ses anciens élèves rassure les passants en leur disant de ne pas se faire de soucis, que demain comme aujourd’hui il s’occupera de les nourrir. 

Madame ne savait pas que boer Fré la nourrissait mais elle voit avec plaisir qu’il est toujours heureux de son choix et que lui qui était premier en tout, à l’école, ambitionne d’être aussi le premier dans son métier 🙂