D comme decolletéportemonnee

decolletéportemonnee

Il est toujours amusant de constater comme nos voisins hollandais aiment les mots français, voyez ce « decolletéportemonnee » que le journal flamand a appelé « boezembeugel », ce qui veut dire à peu près la même chose 🙂

On y apprend que cette mini-pochette à mettre à l’intérieur d’un bonnet de soutien-gorge a obtenu le prix du public fin 2012 mais apparemment il n’est que pleinement commercialisé depuis peu.

Le mot a intégré le dictionnaire après avoir remporté 15 % des voix pour désigner le néologisme de l’année. La pochette est juste assez grande pour contenir une carte bancaire ou quelques billets, permettant de sortir en boîte et de danser sans avoir à se soucier d’un sac à main.

Bien, bien, me dis-je, mais je doute que ce soit vraiment invisible sous un léger vêtement, et certainement au moment de sortir discrètement mes sous de mon décolleté 🙂 

Et surtout, comme je fais sans sac à main, pour les clés de la maison? le carnet? le stylo? le mouchoir? le téléphone? 

info article et source de la photo © Hemaontwerpwedstrijd.nl    ici.

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Question existentielle

anuna

Elle a 17 ans, est en Terminale dans une petite ville du nord du pays et le 5 janvier elle a lancé ce mois-ci un appel aux écoliers belges: séchons les cours chaque jeudi pour aller manifester à Bruxelles. 

Spijbelen voor het klimaat! Brossen voor de bossen! (1)

A sa propre stupéfaction, elle a constaté que le jeudi suivant son appel, le 10 janvier, 3000 écoliers avaient rejoint la capitale pour manifester.

Jeudi dernier, ils étaient 12 500, selon les chiffres officiels de la police.

Parmi cette foule exubérante et colorée, quelques élèves de Madame.

Ils ne sont pas fous, ces jeunes: ils placent les adultes – leurs parents, leurs profs, la direction de leur école et finalement aussi leur gouvernement – devant le fait accompli, les obligeant ainsi à prendre parti, à se déclarer: Pour ou contre? Approuver ou désapprouver? Soutenir ou blâmer? Autoriser ou interdire? Applaudir ou punir?

Bien sûr qu’ils n’ont pas le droit de sécher les cours. Mais s’ils manifestaient le mercredi après-midi ou le samedi, quel en serait l’impact dans la presse et sur les dirigeants? Il y a eu 75 000 manifestants en un seul jour pour le climat le 2 décembre dernier, est-ce que ça a fait bouger quelque chose? Voilà ce que cette jeune fille répond. Et elle a raison, bien sûr.

Bien sûr que ces (très) jeunes sont des enfants de leur siècle, qu’ils en sont déjà à leur troisième smartphone, ont déjà pris l’avion au moins vingt fois, sont à tout point de vue dans la (sur)consommation, en un mot que leur empreinte écologique personnelle est des plus désastreuses. C’est à nous de les convaincre que toutes ces « petites choses » (à leurs yeux) font une vraie différence.

Ce qu’ils demandent, ce sont des réorganisations structurelles, globales, efficaces et ambitieuses. Inscrites dans les lois et les accords internationaux. 

On verra bien ce qu’ils diront quand ils le sentiront dans leur confort, leur mobilité, leurs loisirs, leur quotidien… et leur porte-monnaie.

Ou celui de papa-maman, qui pour le moment se déclarent très fiers de leurs manifestants 🙂

source de l’image ici et un article sur le sujet chez Daardaar (traduit du néerlandais)

(1) ‘brossen’ et ‘spijbelen’ sont deux mots qui signifient ‘sécher les cours’, de bossen = les bois

Z comme Zeebrugge

Zeebrugge port gets ready for Brexit

Zeebrugge is Brexit proof, peut-on lire sur de grands affichages le long du port. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement, Brexit proof, se demande l’Adrienne, à un moment où on ne sait pas encore quelles seront les modalités de ce Brexit?

Dans un article du 7 décembre, un journaliste du Guardian se pose la même question. Vous le lirez si ça vous intéresse.

L’aspect le plus comique de la chose, ce sont ces Britanniques qu’il interviewe sur leur vote pour ou contre le Brexit, à l’époque. Comme ce chauffeur de camion qui fait le trajet Zeebrugge-Hull depuis toutes ces années et qui a voté pour le Brexit, dans l’idée que ‘ça ne passerait pas’ parce que si ça passait, ça ruinerait son boulot ( » I never thought it would pass. Brexit could wreck my job »).

Ou comme cette touriste de 71 ans qui a voté pour le Brexit mais revient d’une visite au marché de Noël à Bruges. Elle aussi est persuadée que ça ne changera rien puisque de toute façon “People will still want their fun, won’t they?”

K comme Knokke

knokke petit prince

Il faudra que l’Adrienne se rende à Knokke-Heist, un de ces soirs, pour aller admirer son héros favori, le si pertinent Petit Prince 🙂

Sur un parcours de trois kilomètres dans la cité balnéaire, huit installations lumineuses retracent son voyage et ses rencontres sur les diverses planètes qu’il visite. D’autres belles photos (et explications) ici (oeuvre de Tom et Lien Dekyvere, un duo d’artistes de Flandre Occidentale) et ici (oeuvre du studio de design multimédia ENESS, de Melbourne)

 » J’ai sélectionné à chaque fois un bout de l’histoire, puis j’ai cherché une œuvre qui y correspondait ou demandé à un artiste d’en créer une « , explique le curateur, Jean-Pierre Deschepper, dans son interview.

Je crois bien que le 22 décembre, l’Adrienne sera dans le tram d’Ostende à Knokke 🙂

source de la photo et infos ici.

B comme bloemen

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« Dank u voor die bloemen » disait le pape Jean-Paul II chaque année à Pâques, et après lui son successeur également, rivalisant tous deux de multilinguisme.

La petite phrase est devenue si célèbre en Flandre et aux Pays-Bas qu’elle y est utilisée à tout propos. Surtout dans le mode comique.

Aussi, en se promenant dans Ostende dont tous les espaces verts sont ornés de chrysanthèmes blancs, violets et parme, l’Adrienne ne peut que penser « dank u voor die bloemen« 

Même si, paraît-il, le pape actuel remercie les généreux donateurs de fleurs en italien

photo prise le 2 novembre

Stupeur et tremblements

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L’Adrienne croyait qu’on parle la même langue, en Flandre et aux Pays-Bas, et que cette langue s’appelle le néerlandais.

La langue de l’école, de la télévision, des journaux, de la littérature…

Ce n’est pas l’avis de la carissima nipotina. Elle est allée en stage de yoga, y était entourée de Hollandais, et a été fort étonnée de presque les comprendre.

– Parfois je devais leur demander de répéter, me dit-elle, parce qu’ils employaient un mot que je ne connaissais pas.

Voilà qui étonne l’Adrienne, « quel mot, par exemple? » demande-t-elle. Mais la nipotina est incapable de s’en souvenir.

– Et moi, ajoute-t-elle, quand je parlais, ils me comprenaient relativement bien. Quoique… pas toujours… et pourtant, je faisais des efforts!

Il faut savoir que la nipotina est une fière Ostendaise et qu’elle trouve son dialecte si savoureux, si supérieur en beauté à tous les parlers de la terre, qu’elle l’utilise presque exclusivement.

La suite de cette histoire, c’est un beau dialogue de sourds, entre une Adrienne qui essaie d’argumenter sur le sens de l’histoire, exemple italien à l’appui, où la langue s’unifie de plus en plus entre le nord et le sud, l’école et les médias jouant leur rôle, et une nipotina qui croit tout le contraire, comme s’il y avait dérive des continents entre la Flandre et les Pays-Bas, et que notre langage de part et d’autre s’éloigne de plus en plus.

Stupeur et tremblements

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L’Adrienne tapotait tranquillement un des ordis de la bibliothèque d’Ostende, ainsi que trois personnes en face d’elle, quand la dame à droite a demandé à la cantonade:

– Où est-ce que je dois introduire ma carte d’identité?

Son voisin ne lui a pas répondu. Il n’a pas quitté son écran des yeux. C’est l’autre dame, celle à gauche, avec son foulard, qui a pris la peine de lui expliquer comment introduire ses coordonnées à l’écran.

– Chez nous à Bruges il faut introduire la carte d’identité, a répété la dame de droite, qui malgré son âge avancé et sa blondeur ne voulait pas passer pour une cyberignare.

A partir de ce moment-là, elle qui n’avait cessé de faire de grands « chut!!! » à deux autres personnes qui osaient parler entre elles, est devenue intarissable. Qu’elle était Brugeoise et que là les ordis fonctionnaient mieux qu’à Ostende, où elle ne trouvait même pas comment accéder à son gmail. Il a fallu l’aider et lui montrer comment ‘scroller’. Qu’elle était veuve depuis vingt ans et qu’il y a huit jours, elle avait « rencontré quelqu’un ». Qu’elle était sûre « qu’internet le savait déjà », vu qu’elle recevait des publicités ciblées pour couples. 

L’Adrienne écoutait ça mi-amusée, mi-stupéfaite, quand tout à coup le monsieur s’est mis à vitupérer. Qu’il était Anversois, qu’il en avait marre d’Ostende, que les Ostendais étaient tous des ploucs (« achterlijke, lompe boeren« , il a dit) et qu’après huit années passées à la côte, il allait retourner à Anvers.

C’est à ce moment-là que l’Adrienne a failli s’étrangler de rire et d’indignation mélangées et a décidé qu’il était temps d’aller prendre un cappuccino.

Cinq minutes plus tard, alors qu’elle attend son café au bar, l’Adrienne est abordée par la dame au foulard:

– C’est vous qui étiez là-haut avec nous aux ordis… Vous êtes Ostendaise? Vous êtes Ouest-Flamande?

Les réponses négatives l’ont soulagée. Puis elle a ajouté:

– Vous savez ce qu’il m’a dit quand je lui ai répondu « alors vous devez comprendre comment moi je me sens quand j’ai du mal à être acceptée, parce qu’on me croit ‘différente’ ou venue d’ailleurs? »

Non, l’Adrienne ne réussit pas à le deviner…

– Que lui et moi, ce n’est pas du tout pareil!

Si ‘lomp’ se traduit par ‘grossier’, ‘lourdaud’, jugez vous-mêmes à qui l’épithète convient le mieux dans cette histoire 🙂