Z comme Zink

David Van Reybrouck krijgt de Prix du livre européen voor Zink
© Stephan Vanfleteren

Qui d’entre vous a entendu parler de ce petit territoire de 3,44 km² à la frontière entre l’Allemagne et les Pays-Bas/la Belgique, créé neutre en 1816 sous le nom de Moresnet Neutre?

Pas l’Adrienne, en tout cas, jusqu’à ce qu’elle lise le petit essai de David Van Reybrouck, Zink (traduit en français et paru chez Actes Sud) dont voici l’incipit:

Drie weken voor mijn geboorte stierf een man van 68 die de laatste twintig jaar van zijn leven voornamelijk bij het raam had gezeten. Hoestend, rochelend, rokend. Zijn pijp verbrandde meer lucifers dan tabak. Geduldig en vriendelijk schilde hij de aardappels en sneed hij de prei. Het was de zomer van 1971, in het uiterste oosten van België, het gebied dat Duitstalig is. ‘Ik zie hem nog zitten,’ zegt Betty, een van zijn dochters, ‘daar in de hoek.’ Ze wijst naar een stoel bij het raam. Betty is samen met drie van haar oudere broers in het ouderlijk huis blijven wonen. We zitten met zijn allen in de salon, ik met een schriftje op schoot. ‘De laatste jaren kwam hij niet meer buiten. Ik heb hem nooit
anders gekend dan moeizaam ademend,’ zegt ze. De drie grijze broers knikken.

Trois semaines avant ma naissance, un homme de 68 ans, qui avait passé le plus gros des vingt dernières années de sa vie à la fenêtre, mourait. Toussant, crachotant, fumant. Sa pipe a consumé plus d’allumettes que de tabac. C’était l’été de 1971, dans le coin le plus oriental du pays, en Belgique germanophone. « Je le vois encore », dit Betty, une de ses filles, « là dans le coin. » Elle désigne une chaise à la fenêtre. Betty et trois de ses frères aînés vivent encore dans la maison familiale. Nous sommes tous au salon, moi avec un petit carnet sur les genoux. « Les dernières années, il ne sortait plus. Je ne l’ai jamais connu que respirant difficilement », dit-elle. Les trois frères acquiescent.

Langdurig ziek, sedentair bestaan, tamelijk jong gestorven – het lijkt niet te wijzen op een erg bewogen leven. Maar ik heb inmiddels geleerd dat de laatste levensjaren van een mens vaak weinig zeggen over het leven dat eraan voorafging. Zachtmoedige bejaarden blijken soms decennialang onuitstaanbare sujetten te zijn geweest. Bij jovialen komt het gezeik vaak met de jaren. En zelfmoord volgt soms op een leven vol uitbundigheid.

Malade de longue durée, vie sédentaire, mort assez jeune – ça ne paraît pas indiquer une vie très mouvementée. Mais j’ai eu l’occasion d’apprendre que les dernières années de vie ne disent généralement pas grand-chose sur ce qui a précédé. Parfois un doux vieillard a été un personnage exécrable. Un jovial est devenu râleur. Et un suicide termine une vie exubérante.

Maar zelden was het contrast groter dan bij deze vroeg versleten man. In de loop van enkele uren in dat stille huis leer ik dat hij niet alleen elf kinderen, maar ook vijf nationaliteiten en twee identiteiten heeft gehad. Een veelbewogen, maar weinig rooskleurig leven. ‘Mein Leben war von Anfang an ein Leidensweg,’ staat er op zijn doodsprentje, dat zijn dochter voor mij fotokopieert. Er zijn mensen in wier lichamen de geschiedenis zoveel lijnen trekt, krast en kerft, dat stilzitten, zodra het kan, nog de enige optie is.

Mais rarement le contraste aura été aussi grand que chez cet homme prématurément usé. Au cours des quelques heures dans cette tranquille demeure, j’apprends qu’il a non seulement eu onze enfants, mais aussi cinq nationalités et deux identités. Une vie mouvementée et pas très rose. ‘Mein Leben war von Anfang an ein Leidensweg,’ (ma vie a été un calvaire dès le début) lit-on sur son image mortuaire, que sa fille me photocopie. Il y a des gens chez qui l’histoire a tracé tant de lignes sur le corps, griffé, tailladé, que l’immobilité est la seule option, sitôt que possible. (traduction de l’Adrienne)

Bref, moins de soixante pages (quatre-vingts dans la version française :-)) sur l’absurdité des frontières et des décisions prises « en haut lieu » qui se répercutent douloureusement sur la destinée des hommes.

Broyés par l’histoire et victimes « d’être nés quelque part ».

Toute l’info en français sur le site d’Actes Sud.

Ceux qui ont bonne mémoire se souviendront peut-être qu’il a déjà été question du même auteur ici 🙂

D comme dernières paroles

Pour célébrer l’anniversaire de la libération de la ville, le 3 septembre 1944, des véhicules d’époque arrivaient sur la grand-place samedi après-midi, juste au moment où l’Adrienne et petit Léon la traversaient.

Alors vous la connaissez, elle a voulu donner un mini-cours d’histoire – 3 septembre 44, libération, soldats anglais… – mais petit Léon avait d’autres choses en tête.

Pour la cinquième fois au moins depuis qu’ils avaient quitté la maison, il dit:

– Je peux vous poser une question?

Car on peut être poli et très curieux à la fois 😉

Bien sûr, l’Adrienne répond toujours oui.

– Qu’est-ce qu’il a dit, avant de mourir, votre papa?
– Ben… tu sais, il était très malade, il n’a plus dit grand-chose…
– Oui mais il a dit quoi, avant de mourir?
– Rien, en fait… à quelles sortes de choses tu t’attendais?
– Et bien par exemple « je t’aime très fort » ou « tu vas beaucoup me manquer ».

Comme il était un peu difficile de lui expliquer que ce n’était pas vraiment le genre de la maison, elle lui a simplement dit:

– Tu sais, si tu as un papa qui te dit des choses comme ça, fais-lui un gros bisou dès que tu es rentré chez toi!

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photo prise hier dans ma ville, avec un close-up sur l’insigne de la brigade Piron, en hommage à l’oncle André.

Y a-t-il un pilote dans l’avion?

‘Uit de klauwen van de taliban’: foto van huppelend meisje in Melsbroek gaat de wereld rond

L’Adrienne était déterminée à ne pas parler de ce qui se passe là-bas – il y a assez d’autres média pour le faire – mais ce qu’elle a lu vendredi soir l’a tellement choquée qu’il faut qu’elle le dise:

1.dans l’ambassade du Royaume-Uni, à Kaboul, alors qu’on y avait (soi-disant) soigneusement fait disparaître tout document compromettant avant l’évacuation le 15 août, des feuilles traînaient encore par terre, portant les noms et coordonnées complètes d’Afghans ayant travaillé pour les Britanniques. Trois de ces familles n’ont été évacuées qu’après que le Times avait communiqué la chose aux autorités. On est sans nouvelles des autres…

2.Plus fort encore, si possible, du côté des Américains, qui ont tout bonnement communiqué aux taliban des listes avec les noms de citoyens américains et afghans qui ont travaillé pour eux.

D’où la question du titre: y a-t-il un pilote dans cet avion? et si oui, vers quel mur l’envoie-t-il?

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la photo montre une famille afghane à sa descente de l’avion à Melsbroek (Belgique), photo touchante par le bonheur évident de la petite fille sautillante – source ici.

X c’est l’inconnu

source ici

Malgré toutes ses lectures et ses trois visites au musée Magritte, l’Adrienne ne savait pas que de nombreuses œuvres avaient été perdues lors de bombardements à Londres en 1940.

C’est un des aspects intéressants de la visite de la Maison musée Magritte à Jette, où quelques-uns de ces tableaux perdus ont été reconstitués.

Ce musée Magritte est une maison, donc à ne pas confondre avec le musée du même nom situé dans le centre de Bruxelles, confusion qui arrive constamment.

Cette maison de Jette est celle où le couple Magritte est resté le plus longtemps: il en a loué le rez-de-chaussée avec jardin pendant vingt-quatre ans, de 1930 à 1954.

C’est là où le week-end se tenaient les réunions et tablées entre amis surréalistes.
Où il a peint environ la moitié de son œuvre.
Et où on a pu recréer le décor de vie: la couleur des murs, le mobilier, l’atelier dans le jardin…

Bref une visite émouvante et instructive 🙂

Merci aux amis qui ont eu l’idée d’y emmener l’Adrienne!

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En bas de cette page, une petite vidéo de 3 minutes qui montre bien les lieux.

T comme tacot

0115-0025

Il lui aurait bien fait le coup de la panne, mais vu que c’était toujours elle qui conduisait, il allait devoir trouver autre chose.

– Nous sommes arrivés, mon Général, fit-elle en coupant le moteur.
– Merci Kay!

ll soupira.

Une fois de plus, le trajet avait été bien trop court.

source de la photo ici

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écrit pour le Défi 673 du samedi où Walrus – merci à lui! – proposait la photo du tacot ci-dessus, qui m’a fait penser à la deuxième guerre mondiale et au chauffeur féminin du général Eisenhower.

Première sortie

C’est par hasard, lors d’une première sortie estivale à Ostende, que l’Adrienne est tombée sur cette œuvre de Bart Jacobs, exposée dans l’étalage d’un salon de coiffure.

La photo n’en montre qu’un détail: sur chaque coquille Saint-Jacques est peint un des bateaux de pêche d’Ostende et le tout est disposé en forme de crabe.

Renseignement pris, il s’agit d’un projet d’expo avec parcours dans la ville, pour commémorer/relater un de ces nombreux drames de la mer: la disparition d’un bateau de pêcheurs en octobre 1949, alors qu’il était en route vers l’Islande.

Le O.304 Laermans, construit seulement l’année précédente, touche probablement une mine. On ne retrouve jamais aucune trace de l’épave ni des dix hommes à bord.

Le capitaine était un ancien résistant, revenu de déportation. Son timonier s’était mis au service des Britanniques pendant la guerre. Les matelots, des jeunes gens, de jeunes mariés, et deux gamins de 16 et 17 ans.

On comprend la phrase en exergue: « Het schoonste aan gaan varen, is thuis komen« , le plus beau, quand on prend la mer, c’est de rentrer chez soi.

Question existentielle

La citation se trouvait sur un calendrier et voilà des semaines, des mois qu’elle turlupine l’Adrienne.

Elle est prononcée par Orson Welles dans The third man (voir la vidéo ci-dessus) et serait de lui. Graham Greene, auteur du livre, et Carol Reed, réalisateur du film, confirment que Welles pouvait ‘meubler’ ici et là un vide dans le scénario par des phrases de son propre cru.

Soit.

« In Italy, for 30 years under the Borgias, they had warfare, terror, murder and bloodshed, but they produced Michelangelo, Leonardo da Vinci and the Renaissance. In Switzerland they had brotherly love, they had 500 years of democracy and peace – and what did that produce? The cuckoo clock. »

« En Italie, pendant trente ans sous les Borgia, il y a eu la guerre, la terreur, le meurtre et le sang versé, mais le pays a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, il y a eu cinq cents ans d’amour fraternel, de démocratie et de paix – et qu’est-ce que ça a donné? La pendule à coucou. » (traduction de l’Adrienne)

Ne trouvez-vous pas, vous aussi, qu’il y aurait beaucoup à dire là-dessus?

A commencer par la paternité des pendules à coucou, qui seraient originaires de la Forêt Noire.

Ou jetez un œil à l’histoire de la Suisse, qui est bien loin d’avoir été un long fleuve tranquille…

Et pour terminer, examinez la question existentielle que pose Harry Lime en disant cela: est-ce que vraiment l’art et la culture fleurissent mieux sous le despotisme, la guerre et la violence?

R comme résistance

source de la photo ici.

Que ce soit la recherche universitaire ou les documentaires à la télé, on dirait que nos pays se sont toujours plus intéressés aux collaborateurs qu’aux résistants.

De sorte que ces derniers nous sont peu connus, exception faite de quelques-uns.

Ainsi a-t-il fallu attendre que la jeune fille de la photo ait atteint l’âge de 95 ans – et soit décédée – pour lire un bel article de journal sur les exploits réalisés alors qu’elle n’avait que 16 ans. D’ailleurs, les premières phrases de l’article sont significatives à ce propos:

Het duurde even voor het nieuws doorsijpelde dat Janine De Greef (95) op 7 november is overleden in een Brussels rusthuis. Britse en Amerikaanse media pikten dat het eerst op. Voor hen blijft haar naam ­verbonden met het verzet in de Tweede Wereldoorlog, toen De Greef, als zestien­jarige, 320 Britse en Amerikaanse militairen hielp wegsmokkelen, wier vliegtuig ­boven bezet België was neergeschoten.

Il a fallu un peu de temps pour que la nouvelle du décès de Janine De Greef, dans une maison de repos bruxelloise, le 7 novembre dernier, nous parvienne. Les médias britanniques et américains ont été les premiers à le relever. Pour eux, son nom est toujours lié à la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, quand Janine De Greef, alors âgée de 16 ans, a aidé à l’évasion de 320 militaires britanniques et américains après que leur avion avait été abattu au-dessus de la Belgique occupée.

Née en septembre 1925, elle a donc à peine 16 ans quand en 1941 sa famille et elle s’engagent dans le réseau Comète. Ses parents ont fui Bruxelles et sont installés à Anglet (Pyrénées-Atlantiques) d’où ils organisent l’évasion vers l’Espagne, dans ce cas-ci vers le consulat britannique à Bilbao.

On peut voir ici la liste des 320 militaires que Janine a aidés. Ce qui permet de constater qu’il n’y avait pas que des anglo-saxons mais aussi des Polonais, des Canadiens

Au total, le réseau Comète a réussi à sauver environ 800 alliés. Et 155 membres du réseau – dont 55 femmes – ont été fusillés ou sont morts en déportation.

Billet dédicacé à Tania et à sa maman.