H comme Herzmuskelschwäche

C’est la recherche généalogique qui a fait apprendre ce mot à l’Adrienne et c’est la vue du mot ‘Mauthausen’ à propos du grand-père de Thomas Gunzig qui le lui a tout à coup rappelé. En plus de la mort toute récente, le 31 mai, de madame Andrée Geulen.

Herzmuskelschwäche: Herz veut dire cœur, muskel, c’est évidemment muscle et Schwäche signifie faiblesse.

C’est ce mot-là que l’on trouve le plus souvent sur la fiche de décès des résistants torturés à mort par la Gestapo: faiblesse du muscle cardiaque.

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Pour ceux qui en veulent un exemple, voir par exemple cette page du site Mémorial de Mauthausen

Adrienne se réjouit

De nombreuses découvertes archéologiques récentes ont réjoui l’Adrienne, qui lit ces articles-là en priorité 🙂

D’abord un article du 28 mai à propos d’un site maya avec palais et pyramides – plus de détails ici – puis un autre, le 31 mai, sur la découverte en Égypte, à Sakkara, de nombreux sarcophages et statues de bronze.

Parmi les découvertes les plus importantes, il y a celle de la tombe d’Imhotep, l’architecte déifié.
Les contributeurs de wikisaitout vont avoir du boulot, au moment d’écrire ce billet on peut encore y lire « sa tombe n’a pas été retrouvée » 😉

Maintenant il reste juste à espérer que l’un ou l’autre pays voisin n’ait pas l’idée d’envoyer des tanks et des bombes pour ratiboiser toutes ces merveilles, comme l’a récemment suggéré le ministre russe Lavrov, qui suppose que si on « interdisait le français en Belgique », c’est exactement ce que feraient les Français: venir zigouiller du Belge.

Mais vous l’aurez sûrement entendu vous aussi, amis français, il paraît que ça a passé au JT sur vos chaînes télé.

Et non, un tel raisonnement édifiant ne pouvait pas attendre jusqu’au 23 et la rubrique Stupeur et tremblements

R comme réduflation

Voilà encore un nouveau mot découvert ce mois-ci dans le titre d’un article, « La « réduflation », la stratégie des marques pour duper les consommateurs » et dans le chapeau on explique qu’il s’agit de « Réduire la taille d’un emballage (et donc son contenu), mais continuer à le facturer au même prix: tel est le principe de la « réduflation ». »

Bref, rien de bien nouveau, on dupe le consommateur depuis l’invention de la société de consommation.

Et peut-être même avant 😉

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Photo prise le 3 mai dernier d’un monument dans un village grec – j’avoue que le rapport avec le texte est très faible, même s’il existe, en tout cas dans ma tête 😉
Sur ce côté de la stèle sont citées les guerres, à commencer par Troie, Marathon, Thermopyles, Salamine, Plataea, etc. jusqu’à Kresna, en 1913.
Je n’ai pas photographié les autres faces, celle-ci me suffisant comme beau mélange de mythologie et d’histoire 😉

O comme Orlov

Si le nom de la famille princière russe Orlov vous fait penser à une recette de veau, c’est tout à fait normal et correct, puisque c’est le cuisinier français du prince Alexeï Fiodorovitch Orlov qui en est le créateur.

Mais ceux dont il est question pour leur rôle en Grèce, ce sont les deux oncles et le père d’Alexeï: l’oncle Grigori, amant de Catherine II pendant une dizaine d’années, l’oncle Alexeï et le cadet, son père, Fiodor.

Ces trois-là ont été mandatés par Catherine II pour réaliser son « rêve grec« .

Et qu’y voit-on?

Des choses malheureusement bien connues, qui s’appellent par exemple « annexion de la Crimée » ou les prétextes d' »aide aux frères orthodoxes », de « nécessité » et de « devoir historique » pour agrandir son territoire vers l’ouest et jusqu’à la mer Noire: Géorgie, Moldavie, Roumanie, Grèce.
Le rêve d’un grand empire byzantin.

Qu’y voit-on aussi?

Qu’il ne faut pas attendre notre siècle pour qu’une défaite militaire soit appelée une réussite totale par celui (ou celle) qui a déclenché les hostilités.

Pour ceux qui veulent tout savoir sur l’expédition grecque des frères Orlov, c’est ici.

Si la grande Catherine y a trouvé quelque avantage, ce n’est pas le cas des Grecs, qui ne lui avaient rien demandé et qui ont eu à subir, dans les décennies suivantes, jusqu’à leur indépendance en 1829, les représailles des Ottomans.

K comme Kapodistrias

Vous vous demandez sans doute ce que c’est que ce truc sur la photo et ça ne vous aidera probablement pas de savoir qu’il se trouve à droite de la porte d’entrée de l’église Saint-Spyridon, à Nafplio, la première capitale du pays (jusque fin 1834).

Il s’agit de la marque laissée par l’impact de balles lors de l’assassinat, à l’automne 1831, du premier gouverneur de la Grèce indépendante, Ioannis Kapodistrias.

Un homme tout à fait remarquable si on en juge par sa carrière et ses idées, qui était en train de mener le tout jeune État indépendant vers une modernité qui ne plaisait pas au chef de clan des Mani, une péninsule où depuis des siècles on tenait à sa ‘liberté de mouvement’ et où aujourd’hui encore la famille des assassins présumés est vénérée.

Beaucoup sont convaincus aujourd’hui que les assassins n’étaient pas ceux que l’on croit, mais qu’il faut y chercher la main des deux puissances étrangères auxquelles Kapodistrias tenait tête: la France et l’Angleterre, qui se sont dépêchées d’imposer leurs volontés après la mort du chef d’État.

Dans les mois qui ont suivi, elles ont par exemple imposé aux Grecs un roi d’origine germanique.

Apparemment une mode de l’époque 😉

I comme Ioannis

C’est tout à fait par hasard que la petite troupe visitait le village natal du grand poète de la résistance grecque, Yannis Ritsos, le jour anniversaire de sa naissance.

Pour lire quelques-uns de ses poèmes en traduction française, voir ici et ici.

En 1936, il écrit Épitaphe (ΕπιτάφιοςEpitáfios) après des affrontements sanglants avec la police.
C’est la photo de cette mère pleurant son fils qui l’a incité, dit-il, à écrire ce chant d’appel à l’unité.
Le 4 août de cette année-là, un général fasciste prend le pouvoir après un coup d’État et la persécution des opposants, dont Iannis Ritsos, commence.
Résistant pendant la guerre, il est ensuite emprisonné au cours de la guerre civile qui a suivi.
Il n’est libéré qu’en 1952.

Pour ceux qui comprennent l’allemand:

C comme Chio

L’anglais de Jef est si mauvais qu’il a du mal à comprendre le guide. Mais comme il a sa fierté, il préfère se moquer de l’accent du guide et prétendre que c’est de sa faute s’il n’y comprend rien.

– Désolé, fait le guide, ça fait deux ans que je n’ai plus parlé l’anglais, ces derniers temps je n’ai eu que des groupes de touristes turcs.

Puis il reprend le fil de ses explications, où les Ottomans interviennent beaucoup, au cours des siècles, et rarement en bien.
Destruction par-ci, massacres par-là, même si parfois le sale boulot est exécuté par des mercenaires qui se paient sur la population.

Nihil novi sub sole.

Il en vient incidemment à parler des tensions actuelles, à propos des îles grecques que les Turcs réclament.

– Moi je suis natif de l’île de Chio, explique-t-il.

Et là, bien sûr, on connaît la suite

Pour lui, pour sa famille, c’est du concret, jusqu’à la génération de ses grands-parents.

Alors pendant que les autres finissent de déguster leur vin, l’Adrienne lui pose la question qui lui trotte dans la tête depuis le début:

– Mais alors à vous, personnellement, qu’est-ce que ça vous fait de montrer et de raconter tout ça à des groupes de touristes turcs? et eux, comment ils y réagissent?

Bref, pour ce qui le concerne, vous le devinez aisément.

Et les Turcs?

– Il y a deux possibilités, explique-t-il. Soit ce sont des intellectuels, d’Istanbul par exemple, et ils « comprennent ».
Soit ce sont les autres. Et pour ceux-là, tout ici leur appartient: ils considèrent que ça fait partie de la grande Turquie.

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photo des coquelicots: en Grèce aussi, les « poppies blow »

Z comme Zemlinsky

Il y avait un concert classique dans la petite ville de l’Adrienne, elle y est allée, évidemment.

Le Quatuor Zemlinsky – un quatuor tchèque du nom du compositeur autrichien qui a été actif à Prague de 1911 à 1927 – a offert un merveilleux moment de grâce pendant lequel l’Adrienne a eu beaucoup, beaucoup de mal à ne pas penser tout le temps à un autre nom en Z qui lui ressemble très fort et qui est, vous l’aurez deviné, celui du président ukrainien.

Bref, un Z comme Zorba, ce sera pour une autre fois 😉

N comme noix

Comme tout le monde, à l’école primaire l’Adrienne avait appris où se situait « le grenier à blé » de l’Europe mais ces derniers jours on peut lire par-ci par-là que ce grenier à blé a bien d’autres choses à offrir.

Oui continuons à en parler au présent.

Les fabricants de biscuits et les brasseurs craignent un manque de miel, l’agro-alimentaire est en manque d’huile de tournesol, la liste s’allonge quotidiennement.

Un petit tour sur wikisaitout apprend ceci, que sans doute nombre d’entre vous savaient déjà:

En 2018, l’Ukraine :

  • C’était le cinquième producteur mondial de maïs (35,8 millions de tonnes), face aux États-Unis, à la Chine, au Brésil et à l’Argentine ;
  • C’était le huitième producteur de blé (24,6 millions de tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de pomme de terre (22,5 millions de tonnes), dépassé seulement par la Chine et l’Inde ;
  • C’était le premier producteur mondial de tournesol (14,1 millions de tonnes) ;
  • C’était le septième producteur mondial de betterave à sucre (13,9 millions de tonnes), qui est utilisée pour produire sucre et éthanol ;
  • C’était le septième producteur mondial de orge (7,3 millions de tonnes) ;
  • C’était le septième producteur mondial de colza (2,7 millions de tonnes) ;
  • C’était le 13e producteur mondial de tomates (2,3 millions de tonnes) ;
  • Était le cinquième producteur mondial de chou (1,6 million de tonnes), face à la Chine, à l’Inde, à la Corée du Sud et à la Russie ;
  • C’était le 11e producteur de pomme (1,4 million de tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de citrouille (1,3 million de tonnes), dépassé seulement par la Chine et l’Inde ;
  • C’était le sixième producteur mondial de concombre (985 000 tonnes) ;
  • C’était le cinquième producteur mondial de carotte (841 000 tonnes), face à la Chine, à l’Ouzbékistan, aux États-Unis et à la Russie ;
  • C’était le quatrième producteur mondial de pois séchés (775 000 tonnes), seulement dépassé par le Canada, la Russie et la Chine ;
  • C’était le septième producteur mondial de seigle (393 000 tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de sarrasin (137 000 tonnes), seulement dépassé par la Chine et la Russie ;
  • C’était le sixième producteur mondial de noix (127 000 tonnes) ;
  • Produit 4,4 millions de tonnes de soja ;
  • Produit 883 000 tonnes de oignon ;
  • Produit 467 000 tonnes de raisin ;
  • Produit 418 000 tonnes de avoine ;
  • Produit 396 000 tonnes de pastèque ;
  • Produit 300 000 tonnes de cerise.

L’Adrienne a évidemment surtout été interpellée par ces tonnes de noix, parce que les noix, ça pousse sur des arbres, et qu’il est plus facile de réensemencer une terre pour qu’elle produise du blé, de l’orge, des tournesols… que de replanter des noyers et d’attendre vingt ans qu’ils offrent leur production.

On ne peut pas mieux dire que Prévert, quelle connerie, la guerre.

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photo souvenir de l’été dernier et des excellentes fraises de Wépion

Pour ceux que ces questions agricoles intéressent, deux articles sur RFI ici (1e partie) et ici (2e partie), une analyse qui date de 2019.

F comme Frans

Quand Frans est rentré chez ses parents, à Vilvorde, son père ne l’a pas reconnu:

« In de tuin keek vader wantrouwend naar de clochard met verwilderde haardos, ongeschoren, het aangezicht vol puisten en verbrand van de zon, een vest over de schouders als een vogelschrik, de broekspijpen in franjes, de schoenzolen met koorden aan de voeten gebonden, nog slechts 45 kg van de 65 kg bij vertrek. »

Dans le jardin, mon père regardait avec méfiance ce clochard aux cheveux hirsutes, pas rasé, couvert de pustules, brûlé par le soleil, sa veste sur les épaules comme un épouvantail, le bas du pantalon en loques, les semelles des chaussures attachées au pied avec de la ficelle et qui ne pesait plus que 45 kg des 65 qu’il pesait au départ. (p.230, traduction de l’Adrienne)

Ce n’est qu’au moment où le garçon, la gorge nouée, a balbutié « vader » que son père l’a reconnu.

Mêmes témoignages chez tous les autres à leur retour:

« Maar Jozef, zijde gij dat wel? » (p.301)
C’est bien toi, Jozef? (16 ans)

Lui-même ne se rendait pas compte du changement: en trois mois, il n’avait pas eu l’occasion de se regarder dans un miroir. Vêtements en loques, lui aussi, mais surtout fort amaigri: il ne pesait plus que 58 kg, il en pesait 79 en quittant la maison.

La mère de Gustaaf (17 ans) ne le reconnaît pas et lui assène un terrible: « Tu n’es pas mon fils! »

Pour tous, le retour signifie d’abord prendre un bain, pendant que les parents font brûler dehors les vêtements pleins de vermines diverses.

C’est en sortant du bain que Jef (19 ans) constate combien de kilos il a laissé dans la douce France: il ne lui en reste que 52.

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Karel Strobbe, Pieter Serrien, Hans Boers, Van onze jongens geen nieuws. De dwaaltocht van 300.000 Belgische rekruten aan het begin van de Tweede Wereldoorlog, éd. Manteau, 2015, 357 p. (traduction du titre: Pas de nouvelles de nos garçons. L’odyssée de 300 000 recrues belges au début de la deuxième guerre mondiale)