K comme Kilimandjaro

« Où tu pourras dormiiiiir » chante l’Adrienne – que ne ferait-elle pas pour se délivrer de ses insomnies – et dans la rivière des conseils reçus aucun ne fonctionne.

– Moi je prends un berlingot de lait bien sucré et je dors comme un bébé, dit tante Simone.

– Je me couche, je prends un magazine et le repos vient tout seul, dit l’ami Philippe, qui s’endort paisiblement sur un article scientifique concernant le dernier virus à la mode ou la planète engorgée de déchets.

– J’ai arrêté de manger le soir et je m’en porte beaucoup mieux, fait l’amie en remontant son châle genre bohème autour de son joli cou marmoréen.

Le jeûne, elle y croit.

Ce n’est pas l’avis de tout le monde, se souvient l’Adrienne:

Ensuite, les gens faits vinrent à s’apercevoir que le jeûne les irritait, leur donnait mal à la tête, les empêchait de dormir. On mît ensuite sur le compte du jeûne, tous les petits accidents qui assiègent l’homme à l’époque du printemps, tels que les affections vernales, les éblouissements, les saignements de nez et autres symptômes d’effervescence qui signalent le renouvellement de la nature. De sorte que l’un ne jeûnait pas, parce qu’il se croyait malade, l’autre parce qu’il l’avait été ; et un troisième parce qu’il craignait de le devenir

Mais que serait la vie sans ses petites aspérités 🙂

Prenez bien soin de vous! 

***

texte écrit pour Olivia Billington – merci à elle! – avec les mots imposés suivants: berlingot – repos – engorger – rivière – virus – bohème – marmoréen – aspérité – vernal.

La citation en bleu est de Brillat-Savarin, La physiologie du goût, éd. 1825, p.247.

K comme krapoverie (19)

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Nous irons au grenier des anges,
tremper notre plume d’oie dans l’encrier aux couleurs du temps.

Nous irons dans la maison bleue,
voir le jardin où poussent les orangers et les fruits de la passion.

Nous irons dans l’hémisphère sud,
admirer le ciel bleu ardoise et les baobabs grandeur nature.

Mais je n’irai pas dans ta vie privée,
comme tu n’iras pas dans la mienne,
sauf cette petite part,
que nous voudrons bien laisser voir.

***

Merci à Joe Krapov pour les consignes suivantes:

Dix noms ou groupes de mots sont dictés par l’animateur. Les écrivant.e.s ont mission de les intégrer dans un texte plutôt poétique dont les verbes seront, si possible, au futur simple. Les dix noms sont ceux de boutiques rennaises ou l’on peut se procurer des cadeaux ou des éléments de décoration : Le Grenier des anges – L’Encrier – Les Orangers – Grandeur nature – Hémisphère Sud – La Maison bleue – Passion – La Plume d’oie – Couleurs du temps – Vie privée – Bleu ardoise

K comme Kilimandjaro

devoir de lakevio du gout_22.jpg

Ils ont pris l’avis d’autres personnes ayant déjà tenté l’expérience.
Ils ont acheté tout le matériel nécessaire.
Ils se sont un peu entraînés.
Pas assez, sans doute.
Mais ils étaient jeunes et confiants.

Ils ont consulté la météo.
Décidé des meilleures dates.
Discuté.
Tranché.
Posé leurs congés.

Ils ont vérifié une dernière fois qu’ils avaient bien tout ce qu’il fallait.
Coché leurs listes.
Senti monter l’adrénaline.
Le grand moment est arrivé.

Ils ont fermé la porte de la maison derrière eux.

Et installé leur tente dans le jardin, pour huit jours de vie sauvage.

***

Pour le 22e devoir du Goût, que je remercie: Je sais bien pourquoi je suis là, au bord de cette route et ce qui m’y a amené mais vous ? Qu’est-ce qui a fait que vous y êtes ? Dites-le, avec ou sans fleurs mais dites-le…

K comme Kamel

Autant vous le dire tout de suite, il y a deux ou trois trucs que l’Adrienne n’a pas appréciés.

Tout d’abord, l’amalgame qui est fait entre Meursault (le narrateur) et Camus (l’auteur) et les « omissions » essentielles dans l’histoire de l’Etranger pour la faire entrer dans son moule à lui:

« A sa sortie de prison, l’assassin écrit un livre qui devient célèbre où il raconte comment il a tenu tête à son Dieu, à un prêtre et à l’absurde. » (p.63)

Ensuite, cet anonymat englobant que l’auteur incrimine chez Camus (« les Arabes »), il le pratique constamment lui-même, par exemple en disant de sa victime: « ce n’était qu’un Français. » (p.87) ou en utilisant le terme « les roumis ».

Bref, le narrateur de Meursault, contre-enquête exprime sa colère – tout en s’en défendant à plusieurs reprises – et réclame justice, comme si Meursault n’avait pas été condamné à mort.

Après, bien sûr, il y a l’intéressant exercice de style à mettre Meursault et le narrateur de cette contre-enquête en parallèle et en miroir: la relation avec la mère, les lieux (Alger, Oran, Marengo), l’indifférence, l’existence vide et absurde, les similitudes jusque dans de très nombreux détails (jusqu’au crime) ainsi que des citations de Camus qu’il peut être amusant de repérer.

Juste un exemple parmi une foule d’autres: « Ce furent comme deux coups brefs frappés à la porte de la délivrance » (p.95) qui fait référence à « Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur. » chez Camus.

Haroun, comme Meursault, boit des cafés et passe le dimanche – dans son cas, le vendredi – à observer les gens depuis sa terrasse. A eu une Meriem / Marie dans sa vie. N’a pas de figure paternelle. A un voisin qui bat sa femme / son chien. Fait un travail de bureau. Etc.

Mais à lire la deuxième partie du texte, on dirait bien que le parallélisme Meursault-Moussa (ou Haroun) n’est qu’un jeu pour cacher l’essentiel du propos, qui est une critique virulente de l’Algérie d’aujourd’hui, du fanatisme religieux, et une grosse déception à cause de toutes les occasions manquées de réaliser dans ce pays le rêve de l’indépendance:

« Regarde bien cette ville, on dirait une sorte d’enfer croulant et inefficace. Elle est construite en cercles. Au milieu, le noyau dur: les frontons espagnols, les murs ottomans, les immeubles bâtis par les colons, les administrations et les routes construites à l’Indépendance; ensuite les tours du pétrole et leur architecture de relogements en vrac; enfin, les bidonvilles. Au-delà? Moi j’imagine le purgatoire. Les millions de gens morts dans ce pays, pour ce pays, à cause de lui, contre lui, en essayant d’en partir ou d’y venir. » (p.127)

••

toute l’info et lectures des premières pages sur le site de l’éditeur, Actes Sud.

K comme Karé… quoi?

sakare

L’Adrienne marchait d’un pas vif dans la rue des Francs-Bourgeois quand tout à coup une main a saisi la sienne. Une charmante vendeuse en tablier clair voulait observer ses ongles 😉

– Que faites-vous, pour vos ongles? demande-t-elle avec un accent tout à fait exotique.
– Ben… rien, comme vous voyez. Je les coupe juste, rit l’Adrienne.
– Vous connaissez la marque Sakaré?
– Pas encore…

Ce qui était une demi-vérité, puisqu’elle pouvait bien voir ce nom marqué sur l’uniforme de la vendeuse. De plus, c’était trompeur: ça pouvait laisser supposer qu’elle avait envie de la connaître. Mais ce genre de vendeuse ne s’arrête pas à ces détails et parle juste pour parler.

– J’ai quelque chose pour vous, dit-elle en tenant toujours la main de l’Adrienne, venez je vais vous montrer.

Et voilà qu’elle l’attire – qu’elle la tire – à l’intérieur d’une boutique tout en noir et or. Où elle entreprend le polissage d’un des ongles de la main qu’elle tenait toujours. Dans un flot de paroles pour expliquer la supériorité du machin qu’elle utilisait – il y avait même « poudre de diamants », c’est dire la qualité 😉

– Que faites-vous pour vos cuticules? demande-t-elle du ton d’un médecin à un patient légèrement attardé.
– Ben rien, répond l’Adrienne, c’est grave (docteur)?
– Non, non, c’est très bien, il ne faut surtout pas les couper!

Les couper, voilà une idée qui n’était encore jamais venue à l’Adrienne, qui après le polissage a dû admirer le brillant de son ongle avant qu’il ne reçoive encore d’autres « soins » avec des huiles « spéciales ».

Par bonheur les ongles d’à côté n’étaient pas jaloux 😉

– Voilà! dit la jeune femme très satisfaite de son travail, ça va rester comme ça pendant au moins une semaine. Même si vous faites des vaisselles, des lessives ou du jardinage.
– Formidable! dit l’Adrienne, qui s’est dépêchée de sortir de la boutique pour rire à son aise, munie de deux échantillons « parce que c’est vous » 😉 et d’un ongle brillant mais unique.

***

petites conclusions de cette histoire: d’abord qu’il faut plaindre des vendeuses obligées de faire ce genre de racolage et ensuite qu’il ne faut rien croire de ce qu’elles disent. Par exemple, ça n’a pas tenu une semaine, comme c’était promis 🙂

La photo vient du site de Sakaré et ceux qui veulent lire quelques avis peuvent aller voir et .

K comme krapoverie

Hexamètres pas miam!

Venu à Amsterdam
Ecouter José van Dam
Il a fait un ramdam
Quand devant la webcam
D’une boutique Eram
Il a vomi l’édam
Sur les pieds d’un quidam
Au passage d’un tram…
Non ce n’est pas très glam!

***

Ce 18e ‘K comme krapoverie’ a été écrit d’après cette consigneAEV 1920-04 Logorallye des mots qui se terminent par « m »

Merci Joe Krapov!

K comme Karel

DSCI7547

A l’expo à la banque Nationale de Belgique, Building a dialogue, qui se termine ce week-end (le 15 septembre), l’Adrienne a photographié cette œuvre de Karel Dierickx (1940-2014).

Selon le catalogue, son titre est ‘De droefheid van het wachten‘ (La tristesse de l’attente) et elle date de 1991.

Sur le site consacré à l’artiste, on trouve exactement le même tableau de 105 cm sur 85, mais avec un titre et une date différents: ‘Landschap‘ (Paysage), 2006.

Si vous voulez contrôler vous-même jusqu’en détail si la photo ci-dessus, prise le 30 août à l’expo, correspond à celle du site, c’est ici: https://kareldierickx.be/Werk-op-doek