K comme Krieg

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Il y a de tout, au musée de Whitby, des fossiles et des squelettes d’animaux préhistoriques, des jouets anciens, des maquettes de bateaux, des souvenirs de James Cook, enfant du pays, et de ses voyages d’exploration en Nouvelle-Zélande et dans le Pacifique, des animaux empaillés, des collections diverses (coquillages, monnaies, maisons de poupées, lunettes, tout ce qu’on peut imaginer).

Et puis il y a cette maquette illustrant le premier avion allemand abattu par la RAF: il s’est écrasé juste à côté d’une ferme, à Whitby.

Deux choses attirent l’attention sur la plaquette explicative: d’abord la date, le 3 février 1940 – l’Adrienne croyait naïvement que pour cette partie de l’Europe, la guerre avait commencé le 10 mai par l’invasion de la Belgique, des Pays-Bas et de la France – ensuite le nom du (futur) héros de la RAF, Peter Townsend, alors âgé de 25 ans.

La maquette représente l’avion écrasé à côté de la ferme, une clôture et un arbre endommagés, le tout sous une légère neige poudreuse.

Ici, the real thing 🙂

K comme krapoveries

– Des fleurs magiques bourdonnaient… bourdonnai-eu-eu-eu-ent… répète-t-il en se penchant au-dessus de l’enfant qui oublie de mettre le verbe au pluriel.

Au mur, la grande horloge décompte les minutes avant le départ vers les féeries du jeudi, chapardages au verger, chasse aux oiseaux, construction de cabanes, palais parmi les ronces.

Et le maître, à quoi rêve-t-il?

Aux palmes académiques. Et aux grands yeux noirs d’Ernestine Muche, la fille du directeur.

***

Consignes chez Joe Krapov, mille mercis! En bleu les consignes de Joe Krapov, en noir les mots utilisés pour parler de Topaze, une pièce de Marcel Pagnol.
Voici quelques mots de Rimbaud : Palmes – idole – éclairs – sang – cascade – féerie – cirque – déluge – ronces – les haleines – verger – lune – les pierreries – la route – la mer et le ciel –yeux noirs – sable – les géantes – oiseau – essaim – couchant – ciment – enfant – tombeau – terrasse – piéton – horlogepalais – cathédrale – parade – départ – éternité – tambour – flamme – glace

1) Il vous est demandé d’écrire un ou plusieurs poèmes en prose incluant dix de ces mots.
2) Vous pouvez aussi écrire quelque chose de plus informel mais – toujours en incluant dix mots – en utilisant un des incipits suivants :

L’automne déjà ! Mais pourquoi regretter un éternel soleil…
Des fleurs magiques bourdonnaient…
C’est elle, la petite morte, derrière les rosiers…
Je suis le savant au fauteuil sombre…
Dans un grenier où je fus enfermé à douze ans, j’ai connu le monde.
L’hiver nous irons dans un petit wagon rose.
Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc

Cette consigne est sortie du Nouveau magasin d’écriture d’Hubert Haddad. Remercions-le à nouveau.

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 011

N.B. Les illustrations viennent du numéro hors série du « Monde » sur Rimbaud:
on peut le retrouver en ligne ici

K comme krapoverie mozartienne

Violon_d'enfant_de_Mozart

Quand l’Adrienne était une petite fille, elle croyait que les grandes personnes en général étaient infaillibles et sa mère en particulier. C’est pourquoi, si à l’âge de dix ans vous lui aviez demandé ce qu’elle pensait de la musique de Wolfgang Amadé, elle aurait répondu « mièvre » et « facile ».

Elle en a encore honte, quand elle y pense, d’avoir un jour adhéré à ces jugements sans avoir entendu rien d’autre que le Rondo alla Turca ou la Kleine Nachtmusik. Il a fallu qu’à dix-sept ans elle découvre ses opéras, puis ses concertos pour piano, pour hautbois, pour harpe… et qu’elle se prenne de passion pour sa musique et d’amitié-pour-la-vie envers l’homme.

Tout, elle aime tout de lui, même ses lettres un brin scatologiques à sa cousine 🙂

Comme chacun sait, le pèlerinage mozartien pose problème: il n’y a pas de tombe où se recueillir. C’est même à peine s’il existe un portrait vraiment ressemblant de l’homme tel qu’il était. Sans mièvrerie et sans facilité.

L’Adrienne a tout de même fini par faire le détour pour se rendre à Salzbourg, la ville qui l’a vu naître et qui exploite à fond ce hasard, heureux pour elle et si malheureux pour lui.

Ne reste au pèlerin mozartien qu’à s’émouvoir devant un minuscule violon d’enfant exposé dans sa maison natale.

Et à écouter sa musique. Bien sûr.

***

Merci à Joe Krapov pour la consigne: jusqu’où pourrait vous pousser votre propre fanitude ? Sur les traces de qui êtes-vous prêt(e) à partir ? Dans quelle ville inconnue rêvez-vous de vous rendre pour cela ? Qu’y ferez-vous ? Qu’explorerez-vous ? Qui rencontrerez-vous ? Que vous arrivera-t-il là-bas ?

Vous pouvez traiter ce sujet comme une fiction et raconter l’histoire à la troisième personne.

K comme Kayıp Zamanın İzinde

verdure

Il avait réussi à se faire inviter pour le café et savourait cette victoire: depuis qu’elle avait épousé le prince, il l’avait un peu perdue de vue… et il en avait perdu le sommeil. Mais ses nuits d’insomnie à chercher par quelle combinaison renouer le contact avaient fini par porter leur fruit. Il aurait dû le savoir que tôt ou tard elle ferait appel à ses connaissances en matière d’art.

– J’ai là une verdure aux oiseaux, lui avait-elle dit, dont je me demande si elle vaut la peine que je la fasse restaurer. Elle est restée longtemps dans une pièce sans rideaux, elle a fort déteint au soleil… Vous pourriez y jeter un œil de connaisseur?

Il jubilait! Il savourait ce moment de sa grande rentrée en fanfare: elle avait de nouveau besoin de lui.

Il jouait sur du velours…

Tout a très vite été réglé, la visite du château et de ses trésors, petits et grands, l’inspection de la verdure et un renouveau de papotage mondain, comme s’il ne s’était pas écoulé deux ou trois années depuis leur dernière rencontre, mais seulement deux ou trois semaines.

Il sortit de là en se vissant le monocle à l’œil droit, après un respectueux baise-main à la princesse.

Ce n’est que le lendemain qu’elle sursauta en trouvant sur la commode Louis XVI un bristol signé Arsène Lupin.

***

écrit pour Les petits cahiers d’Emilie avec les mots imposés suivants:

OISEAU – FANFARE – SOLEIL – RIDEAU – COMBINAISON – VERDURE – CAFÉ – INSOMNIE – RENOUVEAU – VELOURS – SOMMEIL – SURSAUTER – SORTIR – SAVOURER

Le titre est la traduction turque de la Recherche du temps perdu, je n’ai pu résister à la tentation de faire se rencontrer Arsène Lupin et Madame Verdurin, une fois qu’elle est devenue princesse de Guermantes: il me semble que ça s’imposait 🙂

source de l’illustration, verdure d’Audenarde, ici

K comme krapoverie

skeleton hanging on patio

Penser que je pourrais me fondre dans le décor de cette rue, de cette maison banale, c’était une erreur. En France ça aurait peut-être fonctionné, mais aux Etats-Unis on se retrouve très vite à faire ami-ami avec les voisins. Dans mon cas, avec Carol, qui a tout de suite paru sous le porche pour les présentations d’usage. Carol en anorak blanc, avec un capuchon bordé d’une fourrure si blonde, si pâle qu’il était évident qu’aucun animal ne pouvait en avoir de semblable. Carol dont il a fallu tout de suite dompter la curiosité tout en trouvant des explications plausibles à ses nombreuses questions. Sous prétexte que j’étais un homme seul et étranger au pays, elle a tenu à faire avec moi le tour de la maison pour m’aider à m’y installer au mieux et vérifier si tout fonctionnait. De fait, même le téléphone marchait. Etrange pays.

Elle est revenue plus tard pour me présenter à l’autre voisin, un dénommé Witterfield dont je n’ai pas saisi le prénom. Il est chauffeur de taxi et sa femme est serveuse dans un diner, au centre commercial. Ouvert 24 h. sur 24. J’ai tout de suite profité de son taxi pour m’y rendre, histoire de remplir le frigo pour les prochains jours. Il n’était pas minuit quand Witterfield m’a déposé dans Brooklyn devant 237 West. Un de ces centres commerciaux qui sentent la friture et le graillon, où la musique va trop fort et où des jeunes femmes exténuées, dont les cheveux n’ont pas vu de coiffeur depuis des années, vous offrent le sourire sans même vous regarder.

Tôt le lendemain, la diligente Carol m’a envoyé la dame d’en face pour qu’elle fasse mon ménage. Elle est venue au matin, madame Seyerling. J’étais encore en pyjama, pas rasé et d’assez méchante humeur. Moi qui recherchais l’incognito, j’allais finir par fréquenter tout le quartier! Pendant que je me douchais et m’habillais, madame Seyerling a pris possession de la cuisine, préparé du café, des pancakes et du jus d’oranges. Nous avons bavardé. Elle était surtout intarissable sur Carol et sur Witterfield, qu’elle appelait Capitaine, je n’ai pas compris pourquoi mais je trouve que ça lui va bien.

Un soir – le mardi suivant, je crois – le capitaine Witterfield m’a invité à dîner. Je suppose que sa femme était curieuse de faire ma connaissance. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre ni comment refuser un tel honneur – il m’avait dit en pinçant le pouce et l’index contre ses lèvres que son épouse était un fin cordon bleu et qu’il fallait que moi, venu de France, je goûte à sa bonne cuisine.

***

Ecrit selon la consigne de Joe Krapov à l’aide des incipits des quatre chapitres suivants d’un roman de Didier Decoin. Source de la photo: Brett Sayles sur Pexels.com

K comme krapoverie

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Un beau jour, voilà une drôle de façon de parler, comme s’il ne se passait de choses bonnes à raconter que les « beaux » jours… Un beau jour, donc, qui n’était pas si beau que ça et d’ailleurs il faudrait plutôt dire un soir, ou une nuit, mais quelle importance ce genre de détail, barrons-le.

Et croyez-moi, pas besoin de s’endormir près d’un lac ni de voir surgir un aigle noir. Encore une preuve s’il en fallait que ce n’était pas un beau jour, quoi qu’en dise la chanson. Surtout que là aussi c’était la nuit. Enfin peut-être.

Et là, couic ! On se sent mal à l’aise, on frise le #metoo et on n’a pas trop envie de remuer ces choses-là donc on se dit qu’on a encore une raison de plus de détester l’expression si bancale « un beau jour » et qu’on fera bien de la rayer de son vocabulaire, sauf à raconter des contes de fées aux petits enfants.

– Tu peux le prouver ? demande-t-elle quand on lui dit « j’ai des dons de guérisseur » et voilà ce qui arrive à force d’exercer l’esprit critique des enfants, ils ne croient plus à rien dès qu’ils ont six ans, veulent des preuves et des arguments imparables, des pourquoi et des comment, des diplômes et des certificats d’authenticité. Et froncent les sourcils quand on leur débite un conte.

Pas de bol ce jour-là – ou était-ce une nuit – elle est restée insensible à l’imposition des mains, aux incantations, aux pierres chaudes ou froides, les tables n’ont pas tourné et l’esprit n’était point là. En tout cas pas là où il aurait dû être et peut-être même l’avait-on perdu, irrémédiablement.

Comme par hasard, il y avait sa mère, ou sa sœur, à Vesoul ou à Vierzon, à Honfleur ou à Hambourg, mais jamais à Anvers, là où on voulait aller, ce n’est pas trop loin et il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir, on n’a qu’à choisir au hasard. Mais il paraît que le hasard n’existe pas ou que s’il existe, il fait mal les choses.

Moralité: ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on partira n’importe où bras dessus bras dessous en chantant des chansons.

***

merci à Joe Krapov pour la consigne qu’on peut trouver ici. Il faut traiter le sujet « J’ai des dons de guérisseur » et introduire, toutes les cinq minutes une formule tirée avec les dés :

Un beau jour – Et croyez-moi – Et là, couic ! – Tu peux le prouver ? – Pas de bol – Comme par hasard – Moralité

K comme kirkjugarður

cimetière borgarnes

Je me suis demandé ce que ma grand-mère Adrienne en aurait pensé, elle qui disait à chaque fois qu’en voyage on rencontrait un cimetière: « Dat moeten we niet hebben! » (1)

La nipotina et moi, en tout cas, la première fois qu’on a vu un cimetière islandais, on a été fort étonnées de voir les croix tout illuminées comme des sapins de Noël.

Comme on ne voyageait qu’en bus, il m’était impossible de m’arrêter pour prendre une photo, mais je peux vous assurer qu’il y en avait de très jolis le long de la route.

Il paraît qu’on met parfois les lumignons dès que les jours sont plus courts que les nuits, en tout cas on les met pour Noël, et qu’on les y laisse jusqu’en février. Que la tradition est très ancienne, qu’autrefois on le faisait avec des bougies.

Rendre visibles les invisibles… Je me suis dit que ça devait coûter une fortune en bougies, à l’époque, et qu’il est fort heureux que le pays produise tant d’électricité ‘verte’ (ou faut-il dire ‘blanche’ dans le cas d’ l’Islande :-))

Kirkjugarður: c’est là qu’on remarque que l’islandais est une langue germanique qui ressemble parfois étonnamment au néerlandais, où pour ‘le cimetière’ on forme le même mot composé, kerkhof / kirkjugarður, littéralement le jardin (autour) de l’église.

La photo n’est pas de moi, source de l’image ici.

(1) par quoi elle voulait dire: on ne veut pas de ça, on n’a pas besoin de ça!