K comme Kroniek

Une autre lecture qui avait été conseillée à cette fameuse cinq-centième de la TGL dont il était question hier, c’est L’Intranquillité de Pessoa mais à sa bibliothèque communale, l’Adrienne a trouvé le livre ci-dessus et rien ne pouvait mieux lui convenir que ce titre qui parle du temps qui passe 😉 et qui commence par un point commun qu’elle a avec l’auteur – et qu’ont de nombreux enfants, probablement – faut juste espérer que ça s’arrête là, les points communs, parce que le type était quand même assez fou.
Plus fou que l’Adrienne, ose-t-elle penser!

Ik heb van kleins af aan de behoefte gehad mijn wereld te verrijken met fictieve persoonlijkheden, zorgvuldig door mij geconstrueerde dromen die met een fotografische helderheid voor mijn geestesoog verschenen en door mij tot in het diepst van hun ziel begrepen werden. Toen ik nog maar vijf jaar oud was – een eenzaam maar niet ongelukkig kind – kreeg ik al gezelschap van figuren uit mijn dromen: een Kapitein Thibeaut, een Chevalier de Pas en anderen die ik nu vergeten ben. Ik herinner me ze vaag of helemaal niet meer, hetgeen tot de dingen in mijn leven behoort die ik het meest betreur.

Fernando Pessoa, Kroniek van een leven dat voorbijgaat, Van Oorschot, Amsterdam, 2020, p.7 (incipit) – ou ‘chronique d’une vie qui passe’, textes rassemblés et traduits par Michaël Stoker.

Tout petit déjà j’avais besoin d’enrichir mon univers de personnages fictifs, de rêves soigneusement construits que je voyais aussi nettement que des photos et que je comprenais du fond de l’âme. Je n’avais que cinq ans – un enfant solitaire mais pas malheureux – quand j’avais déjà la compagnie des figures nées de mon imagination: un Capitaine Thibeaut, un Chevalier de Pas et d’autres que j’ai oubliés. Je m’en souviens vaguement ou pas du tout, ce qui est une des choses de ma vie que je regrette le plus. (traduction de l’Adrienne)

K comme Kardamyli

Tout avait commencé à cause des femmes.

Elles avaient dû lire dans leurs magazines féminins que la mode était aux voyages entre amis et s’étaient convaincues les unes les autres de tous les avantages, comme celui de pouvoir louer une grande villa avec piscine et de partager les frais à trois ménages.
De partager les corvées courses, repas, vaisselle.
Des arguments de ce genre, qui omettent évidemment d’évoquer les problèmes de promiscuité ou de salle de bains, soit occupée, soit dévastée.

– Toi qui hurles déjà quand j’oublie d’abaisser la lunette des toilettes… avait-il tenté, mais Anne lui avait tout de suite coupé la parole, avec cette mauvaise foi qu’elle pouvait avoir dans ce genre de discussion:
– T’inquiète! On sera en vacances, on sera zen et d’ailleurs: on sera trois contre trois!

Et en effet, ils étaient zen – surtout les femmes, il n’avait jamais vu la sienne aussi ‘zen’ que cet été-là! – et trois contre trois: elles étaient parties toute la journée à leurs activités, faisaient du yoga sur la plage, allaient au massage et autres c…ries du genre – se faisait-il masser, lui? et par des éphèbes, en plus! – pendant que les hommes faisaient mollement un peu de tennis ou de piscine en attendant l’heure de l’apéro et des grillades.

Vous les voyez, là? sur la terrasse de leur blanche villa grecque à regarder la mer à six heures du soir? à attendre que les épouses reviennent de leur cours de planche à voile? ou était-ce de la plongée, ce jour-là?

Il n’en sait rien, tout ce qu’il sait c’est que les moniteurs sont toujours des gars bronzés aux boucles brunes, taillés comme des Adonis de la tête aux pieds et tout ce qu’il y a entre les deux.

Et que lui, d’un ‘commun accord tacite’ – comment cela s’est-il fait? il n’en sait rien! – se trouve avec les deux autres maris qui semblent bien contents de ce partage.

***

Kardamyli se trouve sur la côte sud du Péloponnèse, images ici. Merci à monsieur le Goût pour son 127e devoir de lakévio:

Ce tableau d’Aldo Balding vous inspire-t-il quelque chose ?
Quant à moi je me demande ce que font ces trois hommes.
On verra bien lundi ce qui sort de nos cogitations…

K comme Kapodistrias

Vous vous demandez sans doute ce que c’est que ce truc sur la photo et ça ne vous aidera probablement pas de savoir qu’il se trouve à droite de la porte d’entrée de l’église Saint-Spyridon, à Nafplio, la première capitale du pays (jusque fin 1834).

Il s’agit de la marque laissée par l’impact de balles lors de l’assassinat, à l’automne 1831, du premier gouverneur de la Grèce indépendante, Ioannis Kapodistrias.

Un homme tout à fait remarquable si on en juge par sa carrière et ses idées, qui était en train de mener le tout jeune État indépendant vers une modernité qui ne plaisait pas au chef de clan des Mani, une péninsule où depuis des siècles on tenait à sa ‘liberté de mouvement’ et où aujourd’hui encore la famille des assassins présumés est vénérée.

Beaucoup sont convaincus aujourd’hui que les assassins n’étaient pas ceux que l’on croit, mais qu’il faut y chercher la main des deux puissances étrangères auxquelles Kapodistrias tenait tête: la France et l’Angleterre, qui se sont dépêchées d’imposer leurs volontés après la mort du chef d’État.

Dans les mois qui ont suivi, elles ont par exemple imposé aux Grecs un roi d’origine germanique.

Apparemment une mode de l’époque 😉

K comme klontje

Il avait déjà été question ici de faire de l’eau potable avec de l’eau de mer et hier l’Adrienne découvre un nouveau projet du genre: le grand fabriquant de sucre belge va utiliser les 70 à 75 % d’eau de la betterave à sucre pour en faire de l’eau potable.

Dix mille foyers pourraient ainsi être desservis en « eau de betterave » 🙂 d’ici 2024.

Voilà qui rend l’expression « zo klaar als een klontje« (1) encore plus vraie, puisque l’équivalent en français est « clair comme de l’eau de roche »!

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(1) een klontje, c’est le mot exact pour le morceau de ‘sucre dur’, celui qui se dissout parfaitement sans laisser de résidu dans le fond de la tasse, une invention belge, paraît-il.

Article en néerlandais ici, avec une autre vidéo.

K comme Kees

– Vous permettez que je vous demande ce que vous faites dans la vie? s’enquit la dame du B&B en s’adressant à l’homme assis une table plus loin.
– Mais je vous en prie!

C’est ainsi qu’à sept heures du matin, en prenant son petit déjeuner, l’Adrienne a eu droit à tout le curriculum du type – un Hollandais qui s’appelle Kees, ça ne s’invente pas! (1) – ainsi que celui de la dame du B&B, de son mari, de ses parents et de ses beaux-parents 🙂

***

photo de « room with a view » prise le 8 mars après le coucher du soleil – le carré bleu gris à peine perceptible au bord en bas à gauche, c’est le toit de la vaillante chtite auto de l’Adrienne 🙂

(1) en patois flamand, Kees veut dire fromage – mais bien évidemment ce n’est pas la véritable étymologie de ce prénom très très hollandais 😉

K comme Kiki et Fifi

En Belgique, depuis 1998, il est obligatoire de faire enregistrer son chien. Il reçoit ainsi sa propre « carte d’identité », DogID.

L’animal est pucé, ce qui est un outil formidable pour rendre à son maître un chien perdu, et il entre dans les statistiques, ce qui nous ramène au petit refrain « les grandes personnes aiment les chiffres » 😉

Sauf que cette fois, ce qui a fait sourire – et un peu s’étonner – l’Adrienne, c’est le palmarès des noms donnés aux chiens de 2021: les Kiki et Fifi sont détrônés au profit de noms plus « humains » comme Luna, un prénom très en vogue en Flandre ces dernières années pour les petites filles, et Max.

RikskeFikske

Ci-dessus, le Fifi le plus connu des petits Flamands des années 60 jusqu’à aujourd’hui: un article du 7 février dernier titrait « Natuurgebied ziet Fifi niet graag komen« , les parcs naturels n’aiment pas les chiens – Pour les chiffres relatifs à la Flandre, combien de chiens, quelles races etc. voir l’article.

K comme krapoverie

Il me vient une idée!

– Monsieur l’ogre, pourriez-vous vous occuper de la maison des voisins? Merci.

Et c’est ainsi que la musique s’est arrêtée 🙂

***

écrit pour la consigne de Joe Krapov – mille fois merci – qui demandait d’utiliser deux des formules suivantes et une illustration au choix:

– Pour ne pas perdre le Nord
– Moi je t’offrirai la Belgique
Il me vient une idée
– C’est ici qu’on cherche fortune
– Un amour de Mouloudji
– Meilleurs vœux
– Rêver
– Bercer
– Le marché de Cherbourg
La musique s’est arrêtée

K comme Kerst

108ème Devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Goût_108.jpg

Forte récompense à qui retrouvera l’enfant de sexe masculin né dans une étable de Bethléem à l’époque du recensement. Adresser tout renseignement à Hérode.gmail.com

Saison d’ouverture de la chasse le 15 septembre: cet abri ne sera pas disponible pour les parturientes entre le 15 septembre et le 31 mars. Merci de votre compréhension!

Avis aux non-fumeurs: le briquet ou les allumettes sont indispensables pour allumer correctement l’encens. Veuillez respecter les précautions d’usage et lire attentivement la notice.

Si vous lisez cette affiche, c’est qu’il est déjà trop tard: le père putatif, la mère vierge et l’enfant nouveau-né sont partis pour le soleil d’Égypte. Ils ne reviendront qu’à la mort d’Hérode prévue en l’an 4 avant Jésus-Christ.

Prière de ne pas déranger l’âne et le bœuf ni de leur jeter des cacahuètes.

Attention danger : chute de poussières d’étoile. Informer immédiatement la NASA si vous en êtes témoin.

Zone exclusivement réservée aux bergers entre le 25 décembre et le 6 janvier, date à laquelle elle est réservée au passage des mages.

Le propriétaire de l’étable est prié de la laisser en l’état afin qu’on puisse en faire un écomusée et lieu de pèlerinage pour les siècles des siècles. Amen.

Les parents de la petite Marie ont la profonde joie de vous annoncer le mariage de leur fille avec Joseph de la tribu de Juda. Étant donné les mesures sanitaires, la cérémonie a eu lieu dans la plus stricte intimité.

Appel aux bonnes volontés: recherchons d’urgence peintres, sculpteurs et musiciens pour immortaliser la scène.
Écrivains s’abstenir.

***

merci à Monsieur le Goût pour son devoir n°108

Cette porte de grange ou d’étable, va savoir, me rappelle quelque chose ces temps-ci. Je profite après le début de l’Avent avant Noël, pour vous suggérer de fait un sujet en complément des fêtes. Elle m’inspire évidemment une histoire. Plus exactement un dévoiement.
Mais à vous ? Vous lira-t-on lundi ?

Et merci à Joe Krapov pour cette consigne:

Rédigez un avis à afficher dans la rue, dans une bibliothèque, aux toilettes, au travail, dans un cimetière, dans une forêt, dans un bureau de vote, etc.
Quelques embrayeurs :
Forte récompense à qui…
Saison d’ouverture de…
Avis aux non-fumeurs
Si vous lisez cette affiche, c’est qu’il est déjà trop tard…
Prière de ne pas déranger les…
Attention danger : chute de…
Zone exclusivement réservée aux…
Le propriétaire de la…
Les parents de la petite…
Appel aux bonne volontés…

K comme kiosque

Il existe quelques cartes postales un peu déteintes et floues, sur lesquelles on peut voir l’ancien kiosque à musique, avec ses ferronneries tarabiscotées qui sentaient bon l’an dix-neuf cents.

Où bourgeois et ouvriers emmenaient leur famille le dimanche, après la messe, l’estaminet et le rôti, pour écouter une des fanfares locales ou l’harmonie des pompiers. On y entendait flonflons ou conversations et les unes ne nuisaient pas aux autres.

Puis sont venues les années soixante, celles qui détiennent le record du maniement de la bétonneuse: les édiles estimaient le vieux kiosque trop fragile et l’ont instamment remplacé par du « neuf » et du « solide ».

Seulement voilà, depuis qu’il est en briques et béton, on n’y joue plus de musique. Cet espace rond, surélevé, chapeauté, est devenu le lieu d’amusement de la jeunesse qui s’y adonne – sainement et intensément – au panna, street free style ou street soccer.

***

Merci à Joe Krapov pour cette krapoverie plus folle encore que d’habitude 🙂

2021-10-23 - Nikon 65

Cette photo représente la façade du cinéma « Ciné Manivel » à Redon (Ille-et-Vilaine).

L’animateur ignore quel sens ont ces lettres colorées. Pour chercher à le comprendre il a soumis ce groupe MUEITDASMNEENTIN à un générateur d’anagrammes.

Moyennnant quoi il vous demande d’écrire  un texte qui parle

– soit de cinéma
– soit de bateaux dans un port
– soit d’une usine désaffectée
– soit de la ville de votre enfance

en y insérant au moins dix mots de cette liste :

amendement – amenuisée – amenuisent – amnistiée – amusement – antenniste – antiémeute – antiennes – antimites – antisémite – asinienne – attendîmes – attendues – atténuées – attiédies – démenaient – démenâmes – démenâtes – démentaient – démentais – démentait – démentant – démentent – démenties – démentîmes – démentîtes – démettais – demi-teinte – demi-teintes – déminaient – déminâmes – déminâtes – démunîmes – démunîtes – dénattées – déniaient – déniaisée – déniaisement – déniaisent – densément – dénuement – destinaient – destinait – destinant – destinent – destituai – destituée – déteintes – détenaient – détenante – détenantes – détenants – détiennent – détiennes – diminuâmes – diminuant – diminuâtes – diminuées – diminuent – édentaient – édentâmes – édentâtes – éditaient – émiettais – émiettâmes – éminentes – emmenaient – emmenâtes – endémisme – endettais – endettâmes – enduisaient – enduisait – enduisant – enduisent – entendaient – entendais – entendait – entendant – entendante – entendent – entendîmes – entendîtes – entendues – entêtâmes – estaminetestimaient – estudiantin – estudiantine – étasunien – étasunienne – étendaient – étendîmes – étendîtes – étudiaient – étudiâmes – étudiante – étudiantes – étudiants – étudiâtes – identités – immanente – immanentes – immanents – immédiate – immédiates – immédiateté – immédiatetés – immédiats – immensité – imminente – imminentes – imminents – immunisant – immunisante – immunisât – immunisée – immunisent – immunités – inanimées – inattendu – inattendue – inattendues – inattendus – indemnisa – indemnisant – indemnisât – indemnise – indemnisé – indemnisée – indemnisent – indemnité – indemnités – indiennes – induisant – induisent – inséminant – inséminât – inséminée – inséminent – insinuant – insinuante – insinuent – instamment – instituée – intendant – intendante – intendantes – intendants – intensément – intensité – intentais – intentâmes – intentées – intestine – intimâmes – intimâtes – intimement – maintenue – maintenues – maintenus – maintienne – maintiennes – maintiens – maintient – maintînmes – maintîntes – mandement – mandements – maniement – maniements – médiatise – médiatisé – médiatisée – médiatisent – médisaient – médisante – méditaient – méditâmes – méditante – méditantes – méditants – méditâtes – médiumnité – médiumnités – médusaient – médusante – mendiaient – mendiâmes – mendiante – mendiantes – mendiants – mendiâtes – mentaient – midinette – midinettes – minaudent – minutaient – minutâmes – minutâtes – mutinaient – mutinâmes – mutinâtes – néantisée – niaisement – nuisaient – nuitamment – numismate – sainement – saintement – sédimenta – sédimentai – sédimentait – sédimentant – sédimentât – sédimente – sédimenté – sédimentent – sentaient – sentiment – situaient – suintaient – suintante – suintement – teintâmes – tendaient – tendineuse – tendinite – tendinites – tennisman – tennismen – tétanisée – tièdement – timidement – tunisienne – unanimement – unanimisme – unanimiste – unanimité – usinaient

K comme Klaplong

HET EILAND KLAPLONG 'Wat doet u hier?' roepen ze. 'Dit is een onbewoond eiland.' 'En wat doet u hier dan?' antwoord ik., SASKIA VANDERSTICHELE
source ici

Suite à un gros problème de santé, un journaliste a décidé de refaire l’expérience qui avait déjà été réalisée séparément par deux écrivains hollandais en 1971: vivre complètement seul pendant une semaine.
L’expérience de « l’île déserte ».

Bien sûr, il fallait d’abord en trouver une: c’est une sorte de banc de sable sur la Meuse, îlot boisé dont on ne sait trop s’il appartient à la Belgique ou aux Pays-Bas, qui lui a finalement été désigné par un bénévole de Natuurpunt – l’équivalent en Flandre de Natagora en Wallonie – et où en principe on n’a pas le droit de séjourner.
D’ailleurs le « camping sauvage » est interdit sur tout le territoire du pays.

Bref, il a baptisé son « île » Klaplong – pneumothorax, le mal qui lui est tombé dessus et l’a envoyé aux urgences, où il s’est promis de réaliser cette expérience, si son poumon s’en sortait – il en a pris « possession » à la manière des conquistadores espagnols, en lui donnant un nom et en y plantant un drapeau.

Blanc, le drapeau, comme on peut le voir sur la photo.

Il y a vécu sous la tente, en compagnie de castors, et tout se passait bien jusqu’à une nuit où son poumon l’a de nouveau fait souffrir.
Panique à bord, d’autant plus que la batterie de son portable était à plat.

Conclusion de l’expérience: ce qu’il avait voulu fuir – la bureaucratie avec ses nombreux règlements et interdits, l’espèce humaine avec toutes ses opinions qu’elle assène constamment – lui a finalement manqué.

Article ici.