Z comme Zibaldone

Si l’Adrienne avait connu le mot à l’époque, elle aurait pu appeler son blog « zibaldone« , c’est-à-dire fouillis, mélanges, un peu de tout.

C’est ce qui relève de la lecture en amont des billets – momentanément jusqu’en 2013 – auxquels elle s’efforce de remettre des tags dans le vain espoir de retrouver plus facilement ce qu’on cherche, chaque fois qu’on cherche…

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Comme on dit en néerlandais, door de bomen het bos niet meer zien, on voit des arbres mais pas la forêt.

Pour le mot ‘zibaldone‘, le dictionnaire Garzanti donne 1.miscellanea letteraria, mélanges littéraires et 2.scritto, discorso disordinato, fouillis et désordre, donc 🙂

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F comme Francis, coiffeur philosophe (successeur)

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Dans une salle, je tombe sur un buste d’Epicure. […] Avec le sac à dos et le bâton, je dois ressembler à un pèlerin arrivé à destination. Un gardien s’approche, me demande si je suis un admirateur. Il ajoute tout de suite que lui en est un, Epicure est son préféré. 

In una stanza incontro il busto di Epicuro. […] Con lo zaino e il bastone devo sembrare un pellegrino giunto a destinazione. Si avvicina un custode, chiede se sono un ammiratore. Subito aggiunge che lui sì, Epicuro è il suo preferito. 

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source wikipedia

Il a la quarantaine, les cheveux lui tombent sur le front, coupés à la façon de ceux de la statue. Dans les environs du musée, un coiffeur est spécialisé en coiffures philosophiques. 

« Il vous fait la barbe et les cheveux à l’Epicure, à la Socrate, les boucles à la Cicéron. Allez-y de ma part, il vous fera une ristourne. » 

Nei paraggi del Museo un barbiere si è specializzato in capigliature filosofiche. 

« Vi fa barba e capelli all’Epicuro, alla Socrate, i ricci alla Cicerone. Ci andate a nome mio, vi fa lo sconto. » 

Erri De Luca, La natura esposta, Feltrinelli 2016, page 74 

traduction de l’Adrienne

N comme natura, nature et naturel

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Le narrateur est un homme de soixante ans qui vivote en vendant l’été aux touristes les quelques oeuvres qu’il fabrique l’hiver à l’aide de pierres et de morceaux de bois qu’il trouve dans la montagne. Dans sa jeunesse, il a suivi une formation d’artiste, de sculpteur. 

La montagne, il la connaît par cœur. Lui et deux autres villageois servent de passeurs à des réfugiés jusqu’au moment où l’un d’eux, devenu écrivain à succès, fait de cet homme humble et discret un héros: dans une interview, il raconte son parcours de réfugié et révèle que ce passeur qui l’a aidé, a pour habitude, après avoir guidé des réfugiés, de leur restituer la somme qu’ils ont payée pour le voyage. 

Malheureusement, cette révélation, qui lui fait une belle publicité partout ailleurs, lui rend la vie impossible dans son village, qu’il est contraint de quitter. 

C’est ainsi qu’il arrive sur la côte napolitaine où, après avoir proposé ses services de sculpteur-restaurateur dans plusieurs églises et chapelles, il reçoit finalement la tâche de rendre à un Jésus crucifié sa nudité d’origine. 

*** 

C’est donc là, à la page 26, que le sens du titre « nature exposée » est expliqué: 

« Come puoi vedere, si tratta di un’opera degna di un maestro del Rinascimento. Oggi la Chiesa vuole recuperare l’originale. Si tratta di rimuovere il panneggio. » 

Osservo la copertura in pietra diversa, sembra ben ancorata sui fianchi e sulla nudità. Gli dico che a rimuovere, si danneggia inevitabilmente la natura. 

« Che natura? » 

La natura, il sesso, dalle parti mie la nudità di uomini e di donne la chiamamo così. 

Erri De Luca, La natura esposta, Feltrinelli 2016, p.26-27

*** 

source de la photo et infos sur le site de la Feltrinelli 

traduction française chez Gallimard

« Comme tu peux le voir, il s’agit d’une œuvre digne d’un maître de la Renaissance. Aujourd’hui, l’Église veut récupérer l’original. Il faut enlever le drapé. » 

J’observe la couverture en pierre différente, elle semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis que si on l’enlève, on va forcément endommager la nature. 

« Quelle nature? » 

La nature, le sexe, par chez moi la nudité des hommes et des femmes on l’appelle comme ça. 

(traduction de l’Adrienne) 

Pour lire les premières pages en français, c’est ici

*** 

C’est alors que je me suis souvenue que dans notre dialecte flamand aussi, on emploie ce mot-là – mais par dérision – pour la nudité: « zijn naturel » comme synonyme humoristique pour « naakt » (donc nu)

G comme grand nettoyage

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Quand l’Adrienne est venue s’installer dans sa petite maison en ville, il y a quatre ans, elle a décidé d’être très vigilante sur l’ordre et la propreté. Fini, le bureau encombré de paperasses. Fini, le grenier rempli de trucs dont on n’a apparemment pas l’utilité, puisqu’on peut les y laisser vingt ans sans y toucher. Fini le livre perdu parce qu’on ne sait plus à qui on l’a prêté. 

Or, vous qui connaissez l’Adrienne, vous savez ce qu’il en est cool 

Le grand atlas routier Michelin Italie a mystérieusement disparu, le grenier se remplit même de boites vides, en vue du prochain déménagement, on n’est jamais assez prévoyant tongue-out et le bureau est ce qu’il a toujours été. 

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été initiée, dès son plus jeune âge, à l’ordre et à la propreté: la mère de l’Adrienne n’a pas eu besoin de ce genre de posters pour être convaincue qu’on ne mettait jamais assez tôt la loque à poussières dans les mains d’une fille. 

Mais il faut croire que comme pour la soupe, le dégoût de ce qui a été durement imposé lui est resté… à cette sacrée tête de mule! 

*** 

L’image est d’une amie italienne sur fb 

Pour l’âge de 2 à 3 ans, on dit que l’enfant peut ranger ses jouets, mettre la table (apparecchiare), enlever les poussières (spolverare) et mettre les vêtements sales dans le panier à linge. 

A six-sept ans, il peut balayer (spazzare), vider le lave-vaisselle, plier les serviettes éponge, préparer une salade, ranger les chaussettes. 

H comme Hajar

Fin août, à l’accueil des nouveaux inscrits, Madame a eu l’occasion de faire étalage de ses rudiments d’italien: Hajar et sa maman, en plus de l’arabe, maîtrisent le mieux cette langue. 

Hajar est née au Maroc mais à cause du travail de son papa, elle a été scolarisée en Italie. D’où la famille est venue pour s’installer en Belgique, il y a trois ans, toujours pour les mêmes raisons. Côté flamand, ce qui veut dire que pour la poursuite de sa scolarité, Hajar a dû apprendre vite, vite le néerlandais. Pas évident de réussir de bonnes études dans ces conditions. 

Sa prof de néerlandais a demandé à chacun de préparer quinze questions d’interview, des questions ouvertes permettant d’apprendre des choses nouvelles sur les condisciples. Puis-je vous demander d’y jeter un rapide coup d’œil (1), demande-t-elle à Madame, qui travaille dur du dictionnaire pour lui répondre cool 

Pour ses questions, elle n’a eu qu’une seule source d’inspiration, l’enfance, la petite enfance. Voilà, se dit Madame, une jeune fille bien nostalgique de son paradis perdu… 

Ton enfance a-t-elle été heureuse? Quels ont été les bons côtés? Tu as passé ton enfance dans cette ville-ci ou ailleurs? Selon toi, quels sont les aspects positifs ou négatifs, d’avoir grandi ici (ou là où tu as grandi) ? 

Quels seraient les trois mots clés pour définir ton enfance? Pourquoi ces trois mots-là? 

Quel était ton jeu préféré? 

Est-ce que tu as parfois eu envie de revenir en arrière? ou de ne jamais grandir? Pourquoi?

Quel était le métier de tes rêves, quand tu étais petit(e)? Pourquoi? 

Tu vois des différences entre ton enfance et celle des enfants d’aujourd’hui? Si oui, lesquelles? 

etc. 

Madame se demande comment ses questions auront été reçues par les camarades de classe et devine, ici et là, ce que Hajar y aurait répondu elle-même… 

*** 

(1) « volevo chiederle se fosse possibile darci una leggera occhiata », faudra que Madame retienne l’expression, « un léger coup d’œil » cool  

Y comme Y a qu’à demander!

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Chaque matin au petit déjeuner, Monsieur et Madame vous répètent que ces chaleurs sont exceptionnelles, du jamais vu, et que dès demain la température va baisser. 

Chaque matin. 

Puis vous vous dites qu’à force d’attendre au lendemain, votre semaine de vacances italiennes sera passée et que vous n’aurez pas vu les deux musées de la ville. 

Vous décidez donc d’y aller après la pause de midi (qui dure jusqu’à 17.00 h., ici c’est déjà presque le sud tongue-out

Surprise! la porte est fermée. Vous étiez pourtant très fière de l’avoir trouvée parce qu’elle ne correspond pas à ce qui est marqué sur le dépliant offert aux touristes par la ville. 

Vous vous rendez donc quatre rues plus loin à l’autre musée, qui est aussi l’office de tourisme. 

– Vous voulez voir le musée Cassioli? Mais c’est tout simple, il n’y a qu’à demander et quelqu’un vous y accompagnera. 

Vous payez un billet combiné pour les deux musées et une dame munie d’un gros trousseau de clés retourne avec vous pour vous ouvrir et attendre patiemment que vous ayez fait votre tour des peintures exposées. 

Heureusement, c’est vite fait, car on y voit principalement ce genre de croûtes: Cesare Maccari, Leonard de Vinci en train de peindre la Joconde  

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Ça vous laisse donc du temps pour la promenade. 

Vous vous dites que c’est le moment de faire le « percorso dei mulini » qui longe la rivière au nord-est de la ville. 

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Le départ est tout à fait charmant et vous vous enfoncez avec délices dans un peu de verdure, grappillant ici et là les premières mûres. 

Puis vous tombez sur ça: tous les sentiers d’accès sont barrés. Vous aimeriez savoir pourquoi… 

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Là aussi, il suffisait de demander: l’explication est un peu défraîchie – elle date du 20 janvier dernier – mais on réussit encore à en déchiffrer l’essentiel: 

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Le sentier est fermé depuis le 20 janvier parce qu’un malheureux y a trouvé la mort et que la municipalité craint que des curieux ne viennent sur les lieux (tale fatto potrebbe suscitare la curiosità della cittadinanza inducendo le persone a visitare il luogo dell’ accaduto) 

W comme wagon de train

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La veille, l’Adrienne avait omis de lire les petites lettres: le train de 09.23 h. ne roulait que les « giorni festivi » et on était jeudi. 

Assise sur un des bancs, elle a vu arriver l’homme pressé. Pantalon, chemise blanche, chaussures fermées, pour porter ça par 36° il faut être Italien. 

– Encore une demi-heure d’attente, dit-il en soupirant. C’est beaucoup trop long! Autant y aller en voiture. 

– C’est vrai que vous y serez plus vite, mais alors vous aurez le problème du parking… 

– Oh! un parking, ça se trouve! ce n’est pas un problème! 

C’est là qu’on se demande pourquoi il avait songé au train. 

– Non vraiment, je ne vais pas attendre une demi-heure, j’y vais en voiture. Je vous emmène? 

– J’ai déjà pris mon billet, dit l’Adrienne, comme si ces 3,50 € étaient un argument valable. 

– Dommage! ça m’aurait fait de la compagnie… on aurait bavardé… 

L’Adrienne est bien embêtée d’avoir eu une prudente grand-mère qui lui a inculqué de ne jamais suivre un monsieur, quoi qu’il offre tongue-out 

Il tourne encore un peu en rond sur le quai, ôtant et remettant ses lunettes de soleil, regardant cette entêtée qui préfère perdre une heure au lieu de profiter de l’agrément de son auto et de sa conversation. 

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Dans le train, l’entêtée a redit des tas de fois: « Che bellezza » 

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à gauche, à droite, à l’aller et au retour, « che bellezza! » 

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tout en essayant de prendre des photos tongue-out