T comme tendance

C’est depuis 2020 que l’église gothique est en travaux divers, à commencer par une nouvelle toiture, et aujourd’hui on en arrive aux finitions.

Comme la tendance est à l’authenticité et au retour à l’état d’origine, des spécialistes sont venus étudier les traces des peintures anciennes et autres grimoires afin de pouvoir restituer le plus exactement possible la décoration intérieure… gothique.

Il y a une semaine, l’Adrienne a pu « jeter un œil » dans une des chapelles latérales où ce travail de décoration est terminé.

Et bien vous savez quoi? ça la laisse dubitative.

Elle a beau se dire « c’était comme ça, avant! », ça ne la convainc qu’à moitié.

Exactement comme si vous remettiez en technicolor les temples grecs, sous le même prétexte.

Mais tout ça sans doute est affaire d’habitude: ne trouve-t-on pas merveilleux les murs des villas de Pompéi, Oplontis, Stabiae, avec leurs fresques colorées?

Bref, faudra s’y faire.

N comme Nicolas

Dès que Madame a découvert Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny, elle a été fan inconditionnelle, comme le savent tous ses élèves.

TOUS. 🙂

Ces savoureuses petites histoires offrent toujours deux niveaux de lecture: celui de l’enfance racontée avec « naïveté » et celui de l’adulte que les auteurs critiquent – avec une ironie légère et une très juste observation de leurs inconséquences, petites lâchetés, petites manies et grandes contradictions.

Bref, une fan.

Ce qui fait qu’elle a un jour fait le déplacement à Paris pour voir une expo Sempé, ce qui lui a permis de connaître d’autres aspects du talent de ce dessinateur.

Il n’a malheureusement pas la vie éternelle.
Pas plus que le regretté Goscinny.

Reste leur œuvre.

Et ça, c’est bien.

Y comme il y a…

Il y a ceux qui laissent leurs détritus et ceux qui les ramassent.

Il y a ceux qui allument les feux de forêts et ceux qui s’efforcent de les éteindre.

Il y a ceux qui font de leur mieux dans leur coin et ceux qui pensent que ça ne sert à rien.

Il y a ceux qui prédisent des catastrophes imminentes et ceux qui ne veulent toujours pas croire qu’il y a un problème.

Et ces derniers temps il y a ceux grâce à qui on peut juger de la reconnaissance universelle d’une œuvre, d’un artiste: c’est à un de ses tableaux qu’ils iront coller la paume de leur main.

Dans le top trois il y a Jan Van Eyck (illustration ci-dessus), Vincent Van Gogh (ici) et Sandro Botticelli (ici).

I comme imitation

Vous voyez cette citation sur l’art qui doit imiter la nature?

Non, Boileau n’est pas mort.

Même si le romantisme, le cubisme, le surréalisme et tous les autres -ismes sont passés depuis lors 😉

L’art doit imiter et plaire.
L’art doit imiter pour plaire.

***

La photo représente une partie d’un serpent et a été prise le 27 juin dernier, au parc près de chez ma mère.

U comme uncanny

Il y avait un mot qui revenait plusieurs fois dans l’exposé, un mot que l’Adrienne ne connaissait pas: uncanny.

Bien sûr, dans le contexte on pouvait deviner que ça signifiait quelque chose comme ‘étrange’, ‘bizarre’, ‘inattendu’, un brin mystérieux.

C’était à Tate Modern où il y a en ce moment une expo sur le surréalisme, Surrealism beyond borders, et en effet, l’intérêt de l’expo consiste principalement en cet ‘au-delà des frontières’ puisqu’on y découvre des artistes d’un peu partout dans le monde et même d’endroits où on ne croyait pas – dans notre profonde ignorance – que le surréalisme y avait fait des émules.

Donc au lieu d’être déçue de n’y avoir vu qu’un seul Magritte – très ‘uncanny‘, ce train à vapeur qui sort de la cheminée du salon 😉 – l’Adrienne a été contente de pouvoir noter des tas de noms inconnus, du Mozambique, de Haïti, du Japon…

D’accord, on ratisse large, la dame qui a vu une tête étrange dans ce rocher de Ploumanac’h n’y a vu que ce que tout le monde y voit et tout le monde photographie, que ce soit en 1936 ou en 2022: une tête étrange 😉

***

photo prise à l’expo au Tate Modern: Eileen Agar, Rockface, 1936 (Ploumanac’h)

Z comme zut!

– Ah zut! s’est exclamée l’Adrienne en apprenant il y a quelque peu la mort de Miss.Tic.

Et comme une sorte d’hommage elle est allée voir tout ce qu’elle pouvait trouver sur les œuvres laissées ça et là par l’artiste sur les murs de Paris.

– Encore une bonne raison d’aller à Paris, a-t-elle soupiré.

Elle a eu envie de dire un deuxième zut – un bien gros, bien fort – quand elle a appris la cause de ce décès qu’elle juge prématuré.
Sale maladie!

D’ailleurs au moment où elle écrit ce billet, juste après la parution du devoir de lakévio du Goût, on est vendredi matin et c’est le jour anniversaire d’une mort encore bien plus prématurée.

Alors c’est tout naturellement que l’Adrienne a lâché un troisième zut, en retournant chez Monsieur le Goût pour faire un copier-coller du lien vers son blog, et qu’elle a vu qu’entre-temps il avait ajouté dix mots imposés.

Zut et flûte.

Crotte zut flûte

***

Merci à Monsieur le Goût pour l’image et les consignes:

Miss Tic, que vous connaissez sûrement, est morte il y a quelques jours.
J’ai vu pour la première fois ses traces sur les murs de mon quartier il y a près de cinquante ans. J’avais été frappé par ce pochoir. Et vous ?
Ce qui serait gentil, ce serait que vous y mettiez les mots suivants :

Mathématique
Papillon
Coquelicot
Terre
Soleil
Branche
Équation
Somme
Produit
Égal

P comme patrimoine

L’église romane Saint-Bertin (1147) à Poperinge, détruite en 1436 dans la guerre qui opposait les Anglais à Philippe le Bon (la Flandre était bourguignonne) a été réédifiée en style gothique et agrandie: elle a la forme typique des églises halles.

Fortement endommagée en 14-18 et en 40-45, sa dernière rénovation date de 1970.

L’Adrienne ces dernières semaines ne peut pas voir un bâtiment, une peinture, un arbre, une maison… sans penser à la possibilité qu’une bombe vienne l’anéantir.

On se souvient de ce qu’on a ressenti – presque planétairement – quand Notre-Dame-de-Paris avait le toit en feu.

Comment imaginer le malheur de l’Ukraine face à l’exode, les morts, la destruction totale?

***

photo prise à Poperinge le 9 mars dernier.

Lviv a une cathédrale-halle datant de 1360-1493.
Patrimoine mondial.


Alles van waarde is weerloos écrivait le poète néerlandais Lucebert, « tout ce qui a de la valeur est sans défense ».

O comme organisation

L’organisation des salles est thématique, précise-t-on au musée de Flandre, à Cassel.

En effet, il y a une salle avec de belles natures mortes – l’Adrienne aime celles du début du 17e siècle (1), dans lesquelles chenilles, papillons, mouches ou guêpes montrent le début de la fin annoncée de toute chose vivante – ou la salle avec les géants, Reuzepapa et Reuzemama (2) et des peintures rappelant le carnaval, et puis il y a la salle de la photo ci-dessus.

Au centre, Het Schijtmanneke, le bonhomme en train de déféquer joyeusement, une terre cuite polychrome anonyme.
Dans le coin, un tas de « lingots d’or » empilés, œuvre de Leo Copers, en résine et laque (2004) dont le titre est Geen gezeik, iedereen rijk (3), une allusion à un slogan d’un parti hollandais qui promettait la richesse à tous (iedereen rijk). Le slogan a plus de quarante ans aujourd’hui mais se retrouve encore beaucoup, par dérision, par exemple dans la presse.

Enfin, il y a un tableau représentant saint Christophe et un autre où on voit une (future) mariée en pleurs, fermement tenue par deux hommes qui vont la mener de force jusqu’à l’autel, alors qu’elle les supplie de ne pas le faire.

Bref, dans cette salle-ci l’Adrienne s’est bien creusé la tête pour trouver quel fil thématique reliait les œuvres présentées 🙂

Si vous avez une idée, n’hésitez pas à la partager!

***

(1) il y a deux beaux tableaux de Roelandt Saverij (1576-1639) peints au tournant du siècle.

(2) littéralement le papa géant et la maman géante

(3) le mot gezeik montre bien l’origine hollandaise du slogan, en Flandre on dirait plutôt gene zever ou geen gezever, ce qu’on pourrait traduire poliment par « pas de bla bla » et moins poliment par « assez déconné ».

M comme Maître

Dans sa biographie de Pieter Bruegel l’Ancien, Leen Huet consacre une bonne vingtaine de pages à l’intéressant personnage de son maître, Pieter Coecke van Aelst – van Aelst, donc originaire d’Alost, en Flandre orientale – son maître et aussi son beau-père puisque Bruegel a épousé sa fille Mayken.

C’est un précédent billet consacré à cet ouvrage qui avait fait suggérer à Nicole 86 d’aller à Cassel, au Musée de Flandre.
C’est en effet dans ce musée qu’on peut voir l’œuvre ci-dessus, attribuée à Pieter Coecke van Aelst (1502-1550): une Sainte Trinité, huile sur bois.

Un personnage intéressant et un homme doué dans différents domaines artistiques – peinture, gravure, sculpture, architecture, tapisserie, vitraux – et aussi auteur et traducteur.

En plus du néerlandais et du français, il connaissait l’italien et a appris le turc lors de son séjour à Istanbul.
C’est l’époque de Süleyman Ier et ce voyage est une véritable gageure, vu que l’empire ottoman est à peu près constamment en guerre avec un ou plusieurs monarques occidentaux et s’étend jusqu’aux portes de Vienne.

De ce voyage il rapporte une série de dessins qui lui ont permis de réaliser des gravures sous le titre Mœurs et façons des Turcs. Elles sont d’une telle qualité et précision qu’elles ont pu servir de référence de l’état des lieux au 16e siècle pour des travaux d’archéologues contemporains.

Quand il revient de Constantinople, on est en 1534. Dix ans plus tard il quitte Anvers pour Bruxelles et c’est là que Pieter Bruegel rejoint son atelier.

Mais ça, c’est une autre histoire 🙂

F comme fleur

C’est une fleur qui n’est pas une fleur, un ovule, une femme qui lit, le bleu de la nuit, des oiseaux dans le ciel, un vase, une libellule, une étoile au firmament… mais aussi un grillage.

Bref, c’est une illustration d’Isabel Bouttens, photographiée dans la ville de l’Adrienne, et choisie tout spécialement pour ce jour du 8 mars.

« L’art est l’ultime forme de l’espoir », a noté Gerhard Richter dans un texte pour l’expo Documenta 7 en 1982, traduit par Catherine Métais Bürhendt.
C’est la citation du mois, affichée à l’académie de musique: « Kunst is een hogere vorm van hoop« .

L’original allemand dit: « Die Kunst ist die höchste Form von Hoffnung« , l’art est la forme la plus haute/extrême d’espoir.