U comme uncanny

Il y avait un mot qui revenait plusieurs fois dans l’exposé, un mot que l’Adrienne ne connaissait pas: uncanny.

Bien sûr, dans le contexte on pouvait deviner que ça signifiait quelque chose comme ‘étrange’, ‘bizarre’, ‘inattendu’, un brin mystérieux.

C’était à Tate Modern où il y a en ce moment une expo sur le surréalisme, Surrealism beyond borders, et en effet, l’intérêt de l’expo consiste principalement en cet ‘au-delà des frontières’ puisqu’on y découvre des artistes d’un peu partout dans le monde et même d’endroits où on ne croyait pas – dans notre profonde ignorance – que le surréalisme y avait fait des émules.

Donc au lieu d’être déçue de n’y avoir vu qu’un seul Magritte – très ‘uncanny‘, ce train à vapeur qui sort de la cheminée du salon 😉 – l’Adrienne a été contente de pouvoir noter des tas de noms inconnus, du Mozambique, de Haïti, du Japon…

D’accord, on ratisse large, la dame qui a vu une tête étrange dans ce rocher de Ploumanac’h n’y a vu que ce que tout le monde y voit et tout le monde photographie, que ce soit en 1936 ou en 2022: une tête étrange 😉

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photo prise à l’expo au Tate Modern: Eileen Agar, Rockface, 1936 (Ploumanac’h)

Z comme zut!

– Ah zut! s’est exclamée l’Adrienne en apprenant il y a quelque peu la mort de Miss.Tic.

Et comme une sorte d’hommage elle est allée voir tout ce qu’elle pouvait trouver sur les œuvres laissées ça et là par l’artiste sur les murs de Paris.

– Encore une bonne raison d’aller à Paris, a-t-elle soupiré.

Elle a eu envie de dire un deuxième zut – un bien gros, bien fort – quand elle a appris la cause de ce décès qu’elle juge prématuré.
Sale maladie!

D’ailleurs au moment où elle écrit ce billet, juste après la parution du devoir de lakévio du Goût, on est vendredi matin et c’est le jour anniversaire d’une mort encore bien plus prématurée.

Alors c’est tout naturellement que l’Adrienne a lâché un troisième zut, en retournant chez Monsieur le Goût pour faire un copier-coller du lien vers son blog, et qu’elle a vu qu’entre-temps il avait ajouté dix mots imposés.

Zut et flûte.

Crotte zut flûte

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Merci à Monsieur le Goût pour l’image et les consignes:

Miss Tic, que vous connaissez sûrement, est morte il y a quelques jours.
J’ai vu pour la première fois ses traces sur les murs de mon quartier il y a près de cinquante ans. J’avais été frappé par ce pochoir. Et vous ?
Ce qui serait gentil, ce serait que vous y mettiez les mots suivants :

Mathématique
Papillon
Coquelicot
Terre
Soleil
Branche
Équation
Somme
Produit
Égal

P comme patrimoine

L’église romane Saint-Bertin (1147) à Poperinge, détruite en 1436 dans la guerre qui opposait les Anglais à Philippe le Bon (la Flandre était bourguignonne) a été réédifiée en style gothique et agrandie: elle a la forme typique des églises halles.

Fortement endommagée en 14-18 et en 40-45, sa dernière rénovation date de 1970.

L’Adrienne ces dernières semaines ne peut pas voir un bâtiment, une peinture, un arbre, une maison… sans penser à la possibilité qu’une bombe vienne l’anéantir.

On se souvient de ce qu’on a ressenti – presque planétairement – quand Notre-Dame-de-Paris avait le toit en feu.

Comment imaginer le malheur de l’Ukraine face à l’exode, les morts, la destruction totale?

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photo prise à Poperinge le 9 mars dernier.

Lviv a une cathédrale-halle datant de 1360-1493.
Patrimoine mondial.


Alles van waarde is weerloos écrivait le poète néerlandais Lucebert, « tout ce qui a de la valeur est sans défense ».

O comme organisation

L’organisation des salles est thématique, précise-t-on au musée de Flandre, à Cassel.

En effet, il y a une salle avec de belles natures mortes – l’Adrienne aime celles du début du 17e siècle (1), dans lesquelles chenilles, papillons, mouches ou guêpes montrent le début de la fin annoncée de toute chose vivante – ou la salle avec les géants, Reuzepapa et Reuzemama (2) et des peintures rappelant le carnaval, et puis il y a la salle de la photo ci-dessus.

Au centre, Het Schijtmanneke, le bonhomme en train de déféquer joyeusement, une terre cuite polychrome anonyme.
Dans le coin, un tas de « lingots d’or » empilés, œuvre de Leo Copers, en résine et laque (2004) dont le titre est Geen gezeik, iedereen rijk (3), une allusion à un slogan d’un parti hollandais qui promettait la richesse à tous (iedereen rijk). Le slogan a plus de quarante ans aujourd’hui mais se retrouve encore beaucoup, par dérision, par exemple dans la presse.

Enfin, il y a un tableau représentant saint Christophe et un autre où on voit une (future) mariée en pleurs, fermement tenue par deux hommes qui vont la mener de force jusqu’à l’autel, alors qu’elle les supplie de ne pas le faire.

Bref, dans cette salle-ci l’Adrienne s’est bien creusé la tête pour trouver quel fil thématique reliait les œuvres présentées 🙂

Si vous avez une idée, n’hésitez pas à la partager!

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(1) il y a deux beaux tableaux de Roelandt Saverij (1576-1639) peints au tournant du siècle.

(2) littéralement le papa géant et la maman géante

(3) le mot gezeik montre bien l’origine hollandaise du slogan, en Flandre on dirait plutôt gene zever ou geen gezever, ce qu’on pourrait traduire poliment par « pas de bla bla » et moins poliment par « assez déconné ».

M comme Maître

Dans sa biographie de Pieter Bruegel l’Ancien, Leen Huet consacre une bonne vingtaine de pages à l’intéressant personnage de son maître, Pieter Coecke van Aelst – van Aelst, donc originaire d’Alost, en Flandre orientale – son maître et aussi son beau-père puisque Bruegel a épousé sa fille Mayken.

C’est un précédent billet consacré à cet ouvrage qui avait fait suggérer à Nicole 86 d’aller à Cassel, au Musée de Flandre.
C’est en effet dans ce musée qu’on peut voir l’œuvre ci-dessus, attribuée à Pieter Coecke van Aelst (1502-1550): une Sainte Trinité, huile sur bois.

Un personnage intéressant et un homme doué dans différents domaines artistiques – peinture, gravure, sculpture, architecture, tapisserie, vitraux – et aussi auteur et traducteur.

En plus du néerlandais et du français, il connaissait l’italien et a appris le turc lors de son séjour à Istanbul.
C’est l’époque de Süleyman Ier et ce voyage est une véritable gageure, vu que l’empire ottoman est à peu près constamment en guerre avec un ou plusieurs monarques occidentaux et s’étend jusqu’aux portes de Vienne.

De ce voyage il rapporte une série de dessins qui lui ont permis de réaliser des gravures sous le titre Mœurs et façons des Turcs. Elles sont d’une telle qualité et précision qu’elles ont pu servir de référence de l’état des lieux au 16e siècle pour des travaux d’archéologues contemporains.

Quand il revient de Constantinople, on est en 1534. Dix ans plus tard il quitte Anvers pour Bruxelles et c’est là que Pieter Bruegel rejoint son atelier.

Mais ça, c’est une autre histoire 🙂

F comme fleur

C’est une fleur qui n’est pas une fleur, un ovule, une femme qui lit, le bleu de la nuit, des oiseaux dans le ciel, un vase, une libellule, une étoile au firmament… mais aussi un grillage.

Bref, c’est une illustration d’Isabel Bouttens, photographiée dans la ville de l’Adrienne, et choisie tout spécialement pour ce jour du 8 mars.

« L’art est l’ultime forme de l’espoir », a noté Gerhard Richter dans un texte pour l’expo Documenta 7 en 1982, traduit par Catherine Métais Bürhendt.
C’est la citation du mois, affichée à l’académie de musique: « Kunst is een hogere vorm van hoop« .

L’original allemand dit: « Die Kunst ist die höchste Form von Hoffnung« , l’art est la forme la plus haute/extrême d’espoir.

7 à voir

Poperinge

C’est demain que sur le conseil de Nicole86 l’Adrienne se rendra à Cassel.
En premier lieu pour le musée situé dans le Landshuys et pour une promenade de découverte.

Vu qu’elle aura fait la route, elle en profitera pour visiter aussi Poperinge. Il y a le musée du houblon, la Talbot House, le cimetière militaire de Lijssenthoek. Les halles, les églises, l’hôtel de ville, les parcs…

Et puis, c’est dans le coin aussi, sur la frontière franco-belge, qu’il y a la maison d’enfance de Marguerite Yourcenar, au Mont-Noir. Il y a un petit musée à Sint-Jans-Cappel.

Voilà, voilà.

R comme repos

source ici

L’hiver de 1888, Vincent est en mauvaise santé et décide de quitter Paris pour trouver un peu de chaleur: il prend le train pour Arles d’où il envoie cette lettre à son frère, dès son arrivée, le 21 février:

Mon cher Theo,

Durant le voyage j’ai pour le moins autant pensé à toi, qu’au nouveau pays que je voyais.

Seulement je me dis que plus tard tu viendras peut-être toi-même souvent ici. Il me semble presque impossible de pouvoir travailler à Paris, à moins que l’on n’ait une retraite pour se refaire, et pour reprendre son calme et son aplomb. Sans cela on serait fatalement abruti. […]

Arles ne me semble pas plus grand que Breda ou Mons.

Avant d’arriver à Tarascon j’ai remarqué un magnifique paysage d’immenses rochers jaunes, étrangement enchevêtrées des formes les plus imposantes.

Dans les petits vallons de ces rochers étaient alignés de petits arbres ronds au feuillage d’un vert olive ou vert gris, qui pourraient bien être des citronniers.

Mais ici à Arles le pays paraît plat. J’ai aperçu de magnifiques terrains rouges plantés de vignes, avec des fonds de montagnes du plus fin lilas. Et les paysages dans la neige avec les cimes blanches contre un ciel aussi lumineux que la neige, étaient bien comme les paysages d’hiver qu’ont fait les Japonais.

Voici mon adresse:
Restaurant Carrel,
30 Rue Cavalerie, Arles.
(Département Bouches du Rhône).

Je n’ai encore fait qu’un petit tour dans la ville, étant plus ou moins esquinté hier soir. » (source ici.)

La chaleur, il la trouve en ce mois d’août 1888:

« Maintenant nous avons une très glorieuse forte chaleur sans vent ici, qui fait bien mon affaire. Un soleil, une lumière, que faute de mieux je ne peux appeler que jaune, jaune soufre pâle, citron pâle or. Que c’est beau le jaune! Et combien je verrai mieux le nord.

Ah, je souhaite toujours que le jour viendra où tu verras et sentiras le soleil du midi. »

C’est exactement à ce moment-là qu’il a peint cette « petite étude d’une halte de forains, voitures rouges et vertes », où l’on voit en avant-plan une grande flaque de cette lumière jaune pâle sur le sol, qui prend la moitié du tableau.

Et il conclut:

« Vivre à peu près en moines ou ermites avec le travail pour passion dominatrice, avec résignation [renoncement] du bien-être. La nature, le beau temps d’ici, cela c’est l’avantage du Midi mais je crois que jamais Gauguin [ne] renoncera à la bataille parisienne, il a cela trop au cœur et croit plus que moi à un succès durable. »

Lettre de Vincent à son frère Théo, le 13 août 1888, source ici. Les mots sont soulignés dans le texte par Van Gogh.

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Merci à Monsieur le Goût pour son 114e devoir!

D comme droit dans le mur

Quand Madame a rencontré D*** dans le couloir de l’école, il y a trois ans, il lui a tenu un discours enthousiaste sur l’intelligence artificielle.

On avait bien tort d’en avoir peur, disait-il.

Madame ne demandait qu’à le croire, malgré de gros doutes : comme c’est le domaine d’expertise de D*** et qu’il était précisément venu en parler devant une classe de maths-sciences pour l’encourager dans cette voie, qu’il venait de monter sa propre boîte et que ça marchait du tonnerre, elle supposait qu’elle pouvait lui faire confiance et peut-être laisser ses peurs au vestiaire.

Mais : surprise ! Voilà que trois ans plus tard, il a changé de ton.

Sa boîte marche toujours du tonnerre, c’est lui qui a des doutes. Ou des peurs.

« Il va falloir improviser pour atténuer les conséquences négatives », dit-il aujourd’hui.

Il n’a rien perdu de sa fascination pour les technologies de pointe mais désormais si vous lui parlez du danger de Big Brother, il ne minimise plus le problème : entre-temps, on connaît des exemples d’États qui n’ont pas hésité à utiliser les nouvelles technologies pour surveiller leur population.

– La seule parade que nous ayons, dit-il, c’est de ne pas utiliser partout et tout le temps notre smartphone.

Mais nous devons surtout nous inquiéter de l’impact dans le domaine du travail : les robots actuels sont programmés pour travailler avec l’humain et faire des tâches assez simples, répétitives ; les robots sur lesquels on travaille pour l’avenir remplaceront l’humain. C’est dans la logique de l’évolution de l’industrialisation depuis le 19e siècle.

– Combien d’ouvriers faut-il pour un métier à tisser ? demandait un ami du grand-père à mini-Adrienne.
Et c’était une colle : à l’époque, chaque tisserand avait déjà la responsabilité de quatre machines. Puis huit, puis seize.
Aujourd’hui c’est un homme pour toute une salle.

Le but est que le robot puisse faire tout ce que fait l’humain, au moins aussi bien que lui et de préférence mieux que lui.

– On devrait pouvoir faire une pause, poursuit-il, pour réfléchir aux conséquences dans tous les domaines. Mais il n’y aura pas de pause, évidemment.

Aucun État ne peut se permettre de prendre du retard dans cette course.

Course vers quoi ?

Ça, c’est une autre question 😉

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L’illustration montre l’ordinateur qui programme les mouvements du robot – Texte inspiré par le Défi du samedi 701 où Walrus – merci à lui – proposait le mot ‘robot’.

Déjà, peut-on lire ici, grâce à l’IA, un petit passage chez l’ophtalmo peut en même temps prédire si on a un risque cardiaque 🙂

Pour ceux que la question de l’IA intéresse, un article-débat tout récent ici.

Ci-dessous, une photo prise à la gare d’Ostende le 19 janvier : l’artiste pose une question de plus en plus réaliste 😉

Z comme zoo

L’Adrienne a trouvé assez rigolo d’apprendre que la grille monumentale du zoo de New York soit l’œuvre d’une fonderie bruxelloise, plus précisément celle de Molenbeek: la Compagnie des Bronzes de Bruxelles à Molenbeek-Saint-Jean, aujourd’hui musée.

Vous vous souvenez sûrement de ce que pensait de la capitale belge le président précédent et dans le cas d’une fonderie le mot « hellhole » pourrait presque se justifier 😉

Le site du musée ici.