B comme bramer

« La pensée n’est peut-être qu’une bizarrerie de la nature offerte à une espèce, comme elle fait ces bois de ruminants rares ou disparus que l’on voit dans les muséums : armes ou parures si curieusement étendues, bouclées ou spiralées, ou si rameuses qu’elles sont plus nuisibles encore qu’inutiles à l’animal qu’elles couronnent.

Pourquoi pas ? Pourquoi non ? Notre tête est chargée de questions et d’idées qui se prennent dans l’enchevêtrement de la forêt des faits, et nous retient embarrassés, orgueilleux de l’être, condamnés à bramer des poèmes et des hypothèses, – fiers et désespérés. »

Une citation de Paul Valéry – in Mauvaises pensées et autres, publié en 1942 – que l’Adrienne se devait de partager avec vous: elle n’est sûrement pas la seule à avoir la tête ‘chargée de questions et d’idées’.

‘Embarrassés et orgueilleux de l’être’, voilà exactement la conclusion du bon bramin, une lecture hautement recommandable 🙂

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La photo de Vincent Héquet vient de chez Bricabook, il y a quelques années (2015!), mais vous aurez saisi le rapport – à l’époque ça m’avait fait penser à monsieur de Montespan 😉

Si vous choisissez la version PDF du livre de Paul Valéry, la citation ci-dessus se trouve en page 5.

Adrienne jubile

Non, ça ne lui avait pas plu du tout, à l’Adrienne, quand d’un seul coup d’œil sur le bureau, Berthe avait décrété:

– Moi aussi je suis bordélique.

Bon, on peut s’entendre sur le vocabulaire, elle a dit « ik ben ook slordig » et ‘slordig‘ peut se traduire par négligeant, désordonné, pas soigneux

Mais là n’est pas la question.

Ce qui n’a pas plu à l’Adrienne, c’est cette conclusion pour le moins hâtive, alors que tout le reste de la maison est parfaitement rangé et que sur le bureau, le désordre n’est qu’apparent.

Bref.

Aujourd’hui l’Adrienne jubile: elle vient de lire que la gourou du rangement a déclaré:

« Ma maison est en bazar, mais la façon dont je passe mon temps est la bonne pour moi à ce moment-là, à cette étape de ma vie. Jusqu’à présent, j’étais une professionnelle du rangement, donc je faisais de mon mieux pour garder ma maison bien rangée à tout moment. J’ai en quelque sorte renoncé à cela, dans un bon sens pour moi. »

Si vous avez un doute, allez voir vous-mêmes 🙂 

Première fois

Dites à l’Adrienne qu’elle prenne son courage et son automobile – un zeugme par jour, en forme toujours – pour aller visiter l’expo sur l’Égypte au musée de Mariemont!

Sinon, ce sera comme les fois précédentes, hésiter, tergiverser et pouf! l’expo est terminée.

Ou une pandémie arrive, enrichissant notre vocabulaire et nos façons de nous occuper seuls dans notre coin.

Bref, ce serait une chouette première fois 🙂

Dernière suggestion

Depuis quelque temps, WP cherche à stimuler la rédaction de billets de blog en faisant quotidiennement une suggestion de thème.

La suggestion est toujours proposée sous forme de question et la dernière, celle d’hier donc, était celle-ci:

« Que feriez-vous si vous gagniiez au loto? »

– Je vous offrirais un Bescherelle, a répondu l’Adrienne 🙂

Z comme zoo

L’homme est un animal comme les autres, Hubert en est convaincu depuis longtemps, et ses heures passées sur une chaise du parc ne font que le conforter dans cette opinion.

Il procède à ce qu’il appelle « de petites expériences » et trouve éminemment jouissif d’avoir « toujours raison ».

Par exemple en ce moment, il a baptisé l’expérience – tout à fait personnelle et pas le moins du monde académique – « L’habit fait le moine ».

Elle consiste à adapter sa tenue afin de capter l’attention d’un semblable.

Comme lui, vous aurez sûrement remarqué que le promeneur de chien a facilement une conversation avec un autre promeneur de chien. Il va se prouver qu’on peut étendre la constatation à tous les domaines qu’on veut.

Vous le voyez donc ici, chaussé de sneakers de la fameuse marque aux trois bandes, avec un pantalon de jogging léger et respirant et un T-shirt de running qui évacue bien la transpiration: les initiés ne manqueront pas de saisir au premier coup d’œil tous ces détails importants.

Oui, il a pensé à tout!

A la main, il ne tient pas de livre, mais des prospectus richement illustrés d’articles de sport.
Sur l’accoudoir, une serviette jaunâtre supposée avoir servi à essuyer sa transpiration…

– Vous savez, dit la petite dame au chapeau bleu à côté de lui, pour les joggeurs, ce n’est pas le bon moment de la journée.
Et puis, ils ne s’asseyent pas: ils courent.

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Écrit pour le devoir 151 de Monsieur le Goût – merci à lui – qui propose cette aquarelle avec la consigne suivante:

Cette toile d’Adela Burdujanu montre l’allée d’un parc un jour de printemps. Ce doit être l’approche du printemps qui me dit que cette toile ferait un chouette « Devoir de Lakevio du Goût ». C’est du moins ce qui m’a poussé à vous le proposer. Nous avons tous, j’en suis sûr, quelque chose à dire sur la fin de l’hiver ou les premiers soleils « efficaces ». Nous avons tous un jardin ou un parc préféré, celui qui nous a vus, assis si ce n’est « avachis » sur une chaise. Nous avons alors, soit un livre sur les cuisses, soit, comme disait Lakevio « L’œil balayant ». Le regard attaché à un texte ou à l’affût d’un spectacle intéressant ou attendrissant. Je le sais, vous avez toutes et tous quelque chose à dire sur une allée de parc à l’orée du printemps.

Y comme Y aller (ou pas)

Rien de plus compliqué que les prépositions.

Par exemple, avec les noms géographiques.

Madame commence par expliquer le plus simple: pour les villes, c’est toujours ‘à’.
Sauf que certaines villes ont un article, comme Le Caire ou Le Mans, alors bien sûr ça vous donne l’article contracté, n’est-ce pas?
Par exemple: Je vais au Mans.

Bien.

Voyons ensuite les noms de pays.
Il y en a de deux sortes: les féminins (la Belgique, la France, l’Italie…) et les masculins (le Danemark, le Portugal, le Maroc…).
Si c’est féminin, on dit ‘en’: en Belgique, en France, en Italie.
Si c’est masculin, on dit ‘au’: au Danemark, au Portugal, au Maroc.

Bien.

Mais comment savoir si un nom de pays est masculin ou féminin?
Observez la colonne des noms de pays féminins, qu’est-ce que vous constatez?
Et dans la colonne des noms de pays masculins?
Oui! bien vu! les féminins se terminent tous par -e!
Et les masculins par une consonne ou une voyelle autre que -e: le Congo, le Kenya, le Venezuela.

Madame respire un grand coup: ici arrive le moment où il faut à nouveau détruire l’espoir des chers petits qui penseraient que pour une fois la matière est gérable, claire et nette.

Il y a les exceptions.

On peut avoir un nom de pays qui se termine par -e mais qui est quand même masculin, comme le Mexique: donc on va au Mexique.
Il y a des noms de pays masculins pour lesquels on emploie quand même ‘en’ et pas ‘au’ parce qu’ils commencent par une voyelle: en Afghanistan, en Iran, en Iraq.

Ici et là sur les bancs on commence à suer.

Mais c’est quand on passe aux ‘travaux pratiques’ que ça se corse – c’est le cas de le dire – parce que jusqu’ici Madame a sciemment omis de parler du problème des îles.

– Ah! les îles! fait-elle de son air le plus théâtral. Là c’est la pagaille. Tout est possible: ‘à’, comme pour les villes (à Madagascar, à Cuba, à Chypre), ‘en’ pour certaines îles qui sont des mots féminins (en Corse, en Crète, en Sicile) et ‘au’ pour le masculin, comme les Seychelles, les Maldives… Mais attention! c’est pluriel! il faut écrire ‘aux’.

Ouf, on a fait le tour de la question.

Et chaque année, sans surprise – ou très peu – Madame entend les mêmes noms de pays ou de villes qui reviennent quand elle demande aux élèves lesquels ils aimeraient visiter un jour et lesquels ils préfèrent éviter 🙂

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Écrit selon cette consigne de Joe Krapov, merci à lui: Lieux aimés ou détestés

Lister cinq lieux ou endroits du monde réel ou évoqués dans des fictions (cinéma, livres, BD…)
– où vous n’êtes jamais allé·e et ne désirez absolument pas aller ;
– où vous êtes déjà allé·e et où vous n’avez aucune intention de retourner ;
– où vous n’êtes jamais allé·e et où vous iriez bien volontiers. 
Cela vous fait quinze possibilités de textes à développer ou à assembler comme bon vous semble.

Photo prise lors d’une visite d’expo à Bruxelles.

X c’est l’inconnu

La ville avait décidé que le centre historique deviendrait piétonnier mais le soir l’endroit était bien mort, bien désert: sans commerces, sans cafés ni restaurants, sans touristes.

L’unique passant s’effrayait du bruit de ses propres pas sur les pavés et de leur écho le long des hauts murs de pierre.

Les gens restaient tous derrière leurs volets clos dès que la nuit tombait.
Clos et silencieux.

Il n’y avait qu’une seule exception: une belle demeure ancienne, du côté de l’église gothique, était toujours richement éclairée et par ses volets ouverts, toute une partie de la rue s’en trouvait illuminée.

Marie y passait chaque soir et s’y arrêtait un moment.
On pouvait généralement entendre de la musique: du piano, du violoncelle, parfois accompagnés d’un violon.

Comme ça provenait de l’étage, il était impossible de voir qui jouait.

Elle aurait bien aimé savoir.

Elle attendait un moment mais jamais elle n’a pu apercevoir une silhouette ni distinguer le son d’une voix masculine ou féminine.

Puis un jour ces volets-là aussi sont restés fermés et la maison silencieuse.

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Photo de Fred Hedin pour l’atelier 424 de Bricabook et un zeugme final pas franchement réussi mais que je laisse quand même 😉

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Pour ceux qui préfèrent un autre style de chute, on pourrait imaginer ceci:

Puis un jour ces volets-là aussi sont restés fermés et ne laissaient plus filtrer que la faible lueur de deux ou trois bougies.

– Tiens, s’est dit Marie, ils ont subi le choc de la facture d’électricité!

(avouez que celle-ci s’imposait :-))

W comme Wat?

Peut-être n’était-ce pas une si bonne idée de passer tout l’après-midi et toute la soirée de samedi dernier à copier, coller, classer et relire tous les messages que l’Adrienne et sa Tantine se sont envoyés par Messenger depuis janvier 2013.

Dix ans de vie qu’elle a relus avec plaisir, avec émotion et qui bien sûr lui ont fait passer une nuit blanche 😉

Mais sans regrets.

Il y avait là-dedans des petites choses de 2013 et de 2014 qu’elle s’est empressée de communiquer aux deux petites-filles de la Tante, les aînées de ses cinq petits-enfants.

Après le décès de leur grand-mère, elles avaient eu peur d’oublier tous les souvenirs qu’elles avaient gardés d’elle, et la Tantine elle-même écrivait en 2013 qu’elle espérait vivre au moins encore cinq ans, pour que les plus jeunes de ses petits-enfants aient huit ans, l’âge requis, selon elle, pour avoir de vrais souvenirs de quelqu’un.

L’Adrienne ne cesse de dire aux grands-parents autour d’elle combien il est important de faire passer leurs souvenirs, d’écrire leur récit de vie pour leurs petits-enfants, et par bonheur, elle a réussi à en convaincre la Tantine: sa fille et sa petite-fille ont reçu d’elle un cahier, un cahier qui leur est très précieux, leur seul regret est que la Tantine y ait commencé trop tard, quand elle était déjà malade.

Alors mardi dernier, en voyant cet article, l’Adrienne ne pouvait qu’applaudir: on y propose une liste de questions auxquelles répondre pour servir de fil, de guide, d’idées de transmission de son récit de vie à ses petits-enfants.

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Ci-dessous, parmi les 70 questions, celles commençant par le mot interrogatif « wat? » – celle en gras a été choisie comme titre de l’article.

Quel était ton endroit favori de la maison de ton enfance?
Qu’est-ce que tes parents t’ont appris?
Comment étaient tes parents?
Quelles sortes de choses as-tu conservées et pourquoi?
Tu avais quelles sortes d’amis?
Quel était ton style de vêtements?
Comment étais-tu quand tu étais enfant? adolescent? jeune adulte?
Qu’est-ce qui t’a vraiment formé, et qui?
Quelle était ta vision de l’amour quand tu étais ado?
avec quelles attentes?
Qu’est-ce que tu crois, qu’est-ce que tu trouves important?
Qu’est-ce que tu as voulu transmettre à tes propres enfants?
Quelle est la chose la plus courageuse que tu aies jamais faite?
Quelle est la chose que tu n’oublieras jamais?
Qu’est-ce que tu voudrais que les gens sachent de toi?

V comme Vrouw

Une autre des chansons proposées par Joe Krapov est une chanson enfantine d’origine hollandaise.

Ce texte aujourd’hui nous interpelle plus que lorsque nous avions huit ans – quoique… mini-Adrienne était déjà un peu féministe à l’époque 😉 mais apparemment on le fait toujours chanter aux petits Hollandais.

Comment expliquer en peu de mots où ça coince?

D’abord, c’est une question de vocabulaire.
Pour désigner une femme, le mot en néerlandais est vrouw.
Ici on emploie le mot wijf, qui est un synonyme à connotation fortement péjorative.

Ensuite on fait rimer oude wijven avec kijven: les vieilles femmes, que font-elles? criailler, se disputer, faire des reproches…
Plus jamais, jure le charretier, je n’emmènerai des vieilles au marché!

Il décide de ne plus emmener que des jeunes filles: elles sont gaies et chantent 🙂

U comme l’année du U

Ulysse? Urbain? Uriel? se dit l’Adrienne en voyant le titre de l’article annonçant que pour les chiens et chats « de race », l’année 2023 sera celle des noms en U.

Alors vous la connaissez, elle a voulu savoir ce que les sites spécialisés proposaient, et elle n’a pas été déçue 😉

A titre d’exemple, pour ceux que ça intéresse, voici les premiers rencontrés pour les chiens et pour les chats: vous constaterez que les mêmes noms reviennent et sans doute que si vous allez sur d’autres sites, vous retrouverez encore les mêmes propositions.
Le « copillage » est une des joies d’internet.

Et oui, il y a des propositions qui ont fait froncer les sourcils de l’Adrienne – d’accord, ils se froncent facilement 😉 – comme Uzi, le nom du fusil-mitrailleur préféré de la mafia, ou des noms de marques comme Umbro, Unox ou Urgo, et même Ukraine et Unesco.

Et Ufuk, à votre avis, comment faut-il le prononcer?

🙂

Bref, ci-dessus encore une fois Chien Parfait et ci-dessous Chats Chéris, entre chiens et chats, l’Adrienne ne choisit pas 🙂