Il fallait que ça arrive…

Juste après avoir fêté son dixième anniversaire, le blog d’Adrienne sur skynet est obligé de se chercher une nouvelle demeure: ce sera donc WordPress. 

Merci à tous ceux qui continueront à venir et bienvenue aux nouveaux 🙂

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P comme peur

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– Que peut-elle bien faire encore au-dehors, dans ce noir? se demandait Katie O’Hagan en rentrant chez elle pieds nus à quatre heures du matin.

La réponse à sa question semblait se trouver dans le bout incandescent de la cigarette que la vieille voisine, assise sous son porche, tenait entre deux doigts. Sauf pour ceux qui la connaissent bien, ce qui n’est pas le cas de Katie O’Hagan ni d’aucune autre personne de l’avenue:  la vieille dame n’a jamais fumé de sa vie et n’a pas l’intention de s’y mettre.

Katie ne pouvait pas s’expliquer pourquoi cette femme lui faisait peur. C’est le cœur battant qu’elle rentra chez elle, avec un mélange d’inquiétude et de soulagement qu’elle referma sa porte à clé et monta se coucher.

Enfin! la voie est libre, se dit la vieille dame en écrasant la cigarette contre sa semelle.

Elle avait deux bonnes heures devant elle pour faire ce qu’elle avait à faire. Elle rentra, farda ses joues et ses lèvres, avec minutie; puis, ayant gagné la rue, marcha au hasard.

***

Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie: 

– Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : « Que peut-elle bien faire encore au-dehors, dans ce noir ? » Emprunt à Jean et sa divine Ondine.

– Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : « Elle farda ses joues et ses lèvres, avec minutie; puis, ayant gagné la rue, marcha au hasard. » Emprunt à François et sa Thérèse D.

– Entre les deux, casez ce que vous voulez !

O comme oriflamme

Quand l’Adrienne quitte un couple d’amis vendredi soir, ils l’accompagnent jusqu’à la rue, la voiture, la boite aux lettres. 

L’ami attend un paquet, dit-il. Avec impatience.

L’Adrienne rigole, tu l’auras bien à temps, ton anniversaire n’est que le 20.

Ah mais c’est que justement, ce n’est pas pour son anniversaire, le paquet aurait dû arriver pour la fête des Pères, donc le 10. Or, il n’est toujours pas là et plusieurs fois par jour, l’ami va vérifier sa boite aux lettres, comme si ça faisait avancer plus vite son schmilblick.

L’Adrienne ne demande rien mais on finit par le lui dire: l’ami attend un drapeau.

Russe.

Parce que lui, à l’occasion du Mondial, ne va pas pavoiser aux couleurs belges, mais au blanc-bleu-rouge horizontal.

Il envisage même l’installation d’un mât.

Promis, vous aurez la photo 🙂

N comme nouvel épisode

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Gemma se balance nerveusement sur son siège, le regard dans le vide. Dehors, des murs ternes de brique sombre, où les gouttières ont laissé des traînées noirâtres, et dedans, un papier peint défraîchi que devraient égayer deux ou trois photos champêtres, vieux puits à margelle fleurie, champ de blé avec coquelicots…

Tout en dévorant distraitement sa collation, il lui vient l’idée farfelue de laisser là le gros trousseau de clés, de partir sans prévenir personne, guidée uniquement par ses envies, sans contrainte aucune. Fini d’être le jouet de ses supérieurs, la marionnette dont on tire les fils…

Partir ! Partir avec Muanza ! Au diable les lois, les papiers, les interdits, les complications infinies ! La vie pourrait être si simple, si on le voulait…

***

Le personnage de Gemma est déjà apparu ici.

Ecrit pour Treize à la douzaine avec ces 13 mots imposés: 1 guider 2 farfelu 3 champ 4 marionnette 5 prévenir 6 gouttière 7 siège 8 collation 9 brique 10 terne 11 trousseau 12 margelle et le 13ème pour le thème: contrainte. 

M comme Modiano

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Est-ce juste moi ou d’autres ont-ils la même expérience: on lit un nouveau Modiano et on a l’impression d’être plongé dans la suite (ou le début) d’un même et unique livre, quel que soit le titre qu’on a en main. C’est en tout cas ce que je me suis dit dès les premières pages de Souvenirs dormants, dès l’incipit en fait: 

Un jour, sur les quais, le titre d’un livre a retenu mon attention, Le Temps des rencontres. Pour moi aussi, il y a eu un temps des rencontres, dans un passé lointain. A cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer: il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. La pente était glissante.

Patrick Modiano, Souvenirs dormants, Gallimard 2017, p.9 (incipit)

Vertiges, peurs, rencontres de hasards, déambulations dans les rues de Paris, qu’on s’imagine forcément en noir et blanc, en hiver et la nuit, personnages inquiétants, ou pour le moins très bizarres, appartements miteux, hôtels interlopes, et toujours des noms, des numéros de téléphone, des agendas, des rendez-vous manqués… Ça doit être sa marque de fabrique 😉

Le narrateur est-il l’auteur? Il donne de nombreux indices autobiographiques qui le font croire, mais cette question, finalement, est sans intérêt. Comme quand Woody Allen se met en scène dans ses propres films, et joue toujours le même genre de personnage.

Une dernière remarque: à la fin du livre il retrouve un roman qu’il a lu « vers la fin des années soixante » (page 102): il s’agit de Tempo di Roma

Je trouve qu’il aurait pu y ajouter le nom de l’auteur, Alexis Curvers. Ne serait-ce que par simple politesse envers un confrère.

***

la phrase la plus hilarante est celle-ci: « Bien que je ne sois pas très doué pour l’introspection… » (page 73)

photo ci-dessus et interview de l’auteur chez son éditeur Gallimard

L comme lettre 4

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Très chère sœur P. 

Quand j’ai appris que vous étiez en dépression et que vous disiez ne plus rien attendre que la mort, j’ai absolument voulu vous rendre visite. Je ne sais pas si j’ai bien fait. Je ne sais pas si ça vous a remonté le moral. Mais il fallait absolument que je vous dise tout le bien que je pensais de vous depuis de si nombreuses années. 

Vous étiez une institutrice hors pair. Une pédagogue née. Vous aviez l’enthousiasme, la conviction, l’amour. Vous incarniez vos valeurs, alors nous voulions les faire nôtres. Moi, en tout cas, j’y aspirais. 

Cette année-là, nous avons accueilli en classe les premiers enfants « immigrés ». Vous nous avez annoncé la venue d’une petite Italienne. Pour vous y préparer, vous aviez acquis un dictionnaire traducteur. Qui était toujours posé bien en évidence sur le coin de votre bureau mais que vous n’avez jamais ouvert. Simplement, il était là. 

Dès l’arrivée de la petite, vous avez fait en sorte que nous comprenions bien toutes, que ne pas connaître notre langue n’était pas synonyme de bêtise: vous l’avez invitée au tableau pour qu’elle nous y démontre ses prouesses en calcul. Vous nous avez appris à chanter Fra Martino, le Frère Jacques italien, que vous nous faisiez chanter à peu près tous les jours, peut-être à chaque fois que vous voyiez passer une ombre sur la petite figure d’Antonia, qui sait? 

Vous avez réussi à la faire passer dans la classe supérieure avec nous toutes, bel exploit que la collègue qui avait la sœur d’Antonia sous son aile n’a pas pu réaliser. 

Je vous aime et je vous admire. 

*** 

écrit pour le Marathon d’écriture 2018 

Fra Martino, campanaro,
Dormi tu? Dormi tu?
Suona le campane!
Suona le campane! 
Din don dan, din don dan. 

Publié dans L

K comme katagélophobie

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Pourquoi joue-t-on parfaitement ses petites pièces au piano quand on est tranquillement chez soi et pourquoi ça se passe déjà moins bien devant le prof?

Pourquoi ça se déglingue encore plus dès qu’un autre auditeur se présente et pourquoi cela devient-il mission impossible – pour cause de mains qui tremblent comme si elles tenaient un marteau-piqueur – quand on se retrouve avec un véritable public?

Bref, l’Adrienne, petit arbre perdu dans une forêt de pros, n’a pas assuré et rien n’arrive à l’en consoler, pas même un article sur le sujet (voir ici).

J comme je (dé)bloque

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Comme le petit Prince sur la planète, il faut faire régulièrement la toilette de son blog. Chez WordPress, ça s’appelle les « commentaires indésirables ».

Alors parfois, comme le petit Prince devant la naissance d’une nouvelle brindille, on ne sait pas encore si ce sera une rose ou un baobab.  

« My family members every time say that I am killing my time here at net, but I know I am getting experience daily by reading such nice content. »

Bloquer ou débloquer?

Il me semble que sous ce parfum de rose se cache un baobab 🙂