R comme repos!

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Quel silence, la nuit, depuis que les travaux à la rue ont atteint la maison de l’Adrienne, rendant toute circulation impossible!

Quel calme monacal succède à la tonitruante symphonie des jours, ce mélange étrange de cris d’enfants – miracle quotidien des voix suraigües poussées à l’extrême sans qu’elles ne se cassent – et du bruit des camions, des remorques, des bennes, des chenilles qui compromettent l’intégrité des murs de la maison – combien de fois déjà n’ont-ils pas tremblé, au point que l’Adrienne craint de les voir se fissurer ou s’écrouler…

Et pour ceux ou celles ayant le culte de la propreté, l’autre prix à payer c’est la couche de poussière de terre et de sable, épaisse comme le doigt, qui s’accumule chaque jour et s’infiltre jusque dans les armoires de la cuisine.

Rien n’est parfait, soupira le renard 🙂

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écrit pour les Plumes d’Asphodèle reprises par Emilie – que je remercie – avec les mots imposés suivants: SILENCE – BRUIT – DOIGT – SYMPHONIE – DISCRETION – CALME – MOUCHARDER – MONACAL – MIRACLE –  plus trois en bonus que vous utiliserez si cela vous en dit : CULTE – CRI – COMPROMETTRE

L’Adrienne ayant reçu une éducation très stricte, elle n’a évidemment pas utilisé ‘moucharder’ 🙂

photo prise dans ma rue le 9 septembre

20 ans

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Bien des fois déjà l’Adrienne a dû vous parler de cette histoire de soupe qui a terni toute sa petite enfance.

Une anecdote qui pourrait servir de symbole à la faillite de ce genre d’éducation: obligée de finir l’assiette, même froide, enfermée dans le kot aux murs bleu turquoise – grand-mère Adrienne avait badigeonné les toilettes, la cave et le kot avec la même peinture à la chaux – mini-Adrienne s’est juré que quand elle serait grande…

Et elle a tenu parole.

Pendant vingt ans, à contrecœur et avec dégoût, elle a avalé sa soupe, l’ornement obligatoire de la gastronomie domestique flamande: jamais ne s’en est servie comme projectile, jamais n’a froissé l’amour-propre de la cuisinière.

Mais sur son ardoise mentale, elle traçait une barre, une par jour, qui la rapprochait de la venue de son prince sur son cheval blanc, celui qui la délivrerait.

Qui lui permettrait de jeter aux orties de l’histoire ce triste fleuron de l’art culinaire.

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Ecrit sur mon canapé le vendredi 13 à quatre heures pour 13 à la douzaine avec les mots imposés: soupe – ternir – faillite – ortie – ornement – projectile – froisser – turquoise – ardoise – prince – canapé – et le thème était: vingt.

Photo d’une famille flamande – celle du grand-père maternel – élevée à la soupe quotidienne. 

Question existentielle

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Maintenant que le jardin de l’Adrienne – après le passage d’un jardinier, oui il a fallu casser la tirelire – est à peu près nu comme un ver, pourquoi maintenant les voisines ne viennent-elles pas sonner à sa porte pour la remercier et la féliciter 😉

Bon, la question n’en est pas une – d’ailleurs on n’y a pas mis de point d’interrogation – on connaît la réponse.

Pourtant on pourrait se la poser: pourquoi est-ce plus facile – pour certains en tout cas – de réclamer récriminer se plaindre exiger maugréer se lamenter protester râler rouspéter… que de faire un sourire au jour et au monde?

Et là, vous l’aurez remarqué, il y a un point d’interrogation 🙂

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photo prise mardi dernier

O comme obsédé

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« Obsédé sexuel » disait le petit frère, qui avait le chic de rapporter de la cour de l’école – ou des réunions de louveteaux, dans ce cas-ci – les termes les plus choisis.

Parfois le père essayait mollement un « Tu sais au moins ce que ça veut dire? »

Parfois la mère s’insurgeait: « Arrête avec ça! C’est vulgaire! »

Peine perdue: il allait falloir d’autres tactiques.

Par exemple, s’attaquer au nerf de la guerre:

« Dorénavant, tu mettras un franc dans cette tirelire chaque fois que tu diras un vilain mot », dit la mère, qui avait dû trouver ce conseil dans son magazine féminin.

Mais au bout de quelques jours, quand il disait une grossièreté, la mère faisait la sourde oreille et le père continuait de lire son journal.

Peut-être que si on ne réagit plus, ça s’arrêtera tout seul? ont-ils dû penser.

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écrit pour le Défi du samedi avec le thème imposé: obsédé!

Merci Walrus 🙂

N comme No Man’s Land

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Que voulez-vous la grille était ouverte
Que voulez-vous la cour était déserte
Que voulez-vous la place était offerte
Que voulez-vous il est resté inerte
Que voulez-vous c’était une triste découverte

Pourtant tout était là rien n’avait changé les murs les fenêtres les classes la salle des fêtes la salle de gym la salle d’étude le secrétariat tout était là

Sauf les trois grands platanes de la cour.

Que voulez-vous autrefois elle était verte.

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Devoir de Lakevio du Goût N° 8 – merci à lui!

Cet homme est-il désolé par la vision de cette usine vidée de son âme ? À moins qu’il ne se demande déjà comment il va aménager le lieu pour lui redonner vie… D’après vous ? Racontez-nous ce que vous dit cette image.

Inspiré du poème de Paul Eluard, Couvre-feu (in Poésie et Vérité, 1942)

M comme Monsieur Météo

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Le week-end dernier, Belle-Maman d’Ostende aurait encore eu raison: il a fait un temps magnifique à la côte belge (1), alors que les météorologies nationale et webinesques ne parlaient que de pluie pour tout le pays.

– Les nuages de pluie, disait belle-maman, le vent de la mer les souffle jusqu’à Bruges. C’est là-bas qu’il pleut. Pas à Ostende. (2)

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(1) comme le montre cette photo prise dimanche dans le kiosque à musique, dans le parc Léopold.

(2) où on aime tant les Brugeois qu’on dit « zie je van Brugge? zet je vanachter » (tu es de Bruges? va t’asseoir dans le fond)armand pien 1

Nous qui étions de « l’intérieur du pays » (3), nous avions plutôt l’impression contraire. Nous soupçonnions Armand Pien (4) d’avoir des accointances avec le secteur Horeca côtier chaque fois qu’il annonçait qu’il ferait beau à la mer.

Luigeniere! (Menteur!) criait mon grand-père, que ça n’empêchait pas d’écouter chaque jour fidèlement le bulletin météo d’Armand Pien et d’exiger un silence religieux pour ne pas en perdre une miette. 

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(3) pour Belle-Maman, il y avait deux sortes de gens: ceux de la côte (van de kust) et ceux de l’intérieur du pays (van het binnenland), qui ne savent pas ce que c’est du poisson frais ni ce que c’est du vent.

(4) notre Monsieur Météo de la télévision flamande de 1953 à 1990, voir la photo ci-dessus en noir et blanc. Célèbre en Flandre pour y avoir introduit le mot ‘straalstroom‘, (jet-stream en bon franglais) et pour ses bulletins météo toujours présentés avec humour et pédagogie.

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