Il fallait que ça arrive…

Juste après avoir fêté son dixième anniversaire, le blog d’Adrienne sur skynet est obligé de se chercher une nouvelle demeure: ce sera donc WordPress. 

Merci à tous ceux qui continueront à venir et bienvenue aux nouveaux 🙂

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T comme terrain d’entente

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Tu verras, tu ne le regretteras pas! C’est exactement ce que tu cherches! La vraie maison de famille, de celles qui se transmettaient autrefois de génération à génération, avec son grenier plein de souvenirs, son cellier, ses hautes fenêtres aux volets de bois, un vrai perron avec des vasques de fleurs, un jardin bien aménagé, avec de grands arbres et une belle allée tout autour… Le rêve!

Et le prix, je t’ai dit le prix, n’est-ce pas que c’est renversant, tout ça pour une somme finalement dérisoire, ça ne se trouve que dans ces coins de province où on ne se rend pas compte de la vraie valeur marchande d’une aussi belle demeure!

Et l’intérieur! Ah! l’intérieur! tout est encore authentique, du sol au plafond! Les tomettes anciennes, les moulures, les boiseries, les baignoires aux pieds de lions, tout je te dis! Moi quand je l’ai vu, j’en suis restée muette! Je te le dis en confiance, faut pas hésiter, téléphone tout de suite au notaire pour lui signifier ton accord. Tu imagines que ça te passe sous le nez?

Non, elle n’imaginait pas. L’affaire a été vite conclue.

Vingt ans bientôt que personne n’en voulait, de cette baraque. Surtout depuis qu’on savait quelles intentions avait la commune concernant les terrains des alentours…

Si tu réussis à la refiler à quelqu’un, avait dit Maître P***, je t’offre 15% sur la vente. Rubis sur l’ongle.

***

Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

Stupeur et tremblements

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L’Adrienne croyait qu’on parle la même langue, en Flandre et aux Pays-Bas, et que cette langue s’appelle le néerlandais.

La langue de l’école, de la télévision, des journaux, de la littérature…

Ce n’est pas l’avis de la carissima nipotina. Elle est allée en stage de yoga, y était entourée de Hollandais, et a été fort étonnée de presque les comprendre.

– Parfois je devais leur demander de répéter, me dit-elle, parce qu’ils employaient un mot que je ne connaissais pas.

Voilà qui étonne l’Adrienne, « quel mot, par exemple? » demande-t-elle. Mais la nipotina est incapable de s’en souvenir.

– Et moi, ajoute-t-elle, quand je parlais, ils me comprenaient relativement bien. Quoique… pas toujours… et pourtant, je faisais des efforts!

Il faut savoir que la nipotina est une fière Ostendaise et qu’elle trouve son dialecte si savoureux, si supérieur en beauté à tous les parlers de la terre, qu’elle l’utilise presque exclusivement.

La suite de cette histoire, c’est un beau dialogue de sourds, entre une Adrienne qui essaie d’argumenter sur le sens de l’histoire, exemple italien à l’appui, où la langue s’unifie de plus en plus entre le nord et le sud, l’école et les médias jouant leur rôle, et une nipotina qui croit tout le contraire, comme s’il y avait dérive des continents entre la Flandre et les Pays-Bas, et que notre langage de part et d’autre s’éloigne de plus en plus.

22 rencontres (13 bis)

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Il a tourné le coin de la rue et a marché vers Madame. Il avait ce même sourire qu’autrefois, la même coupe de cheveux qu’à ses 16 ans, courtes bouclettes blondes, allure sportive, bien dans ses baskets.

Il tenait à la main une jeune fille aux longs cheveux bruns. Une de celles dont Madame a eu en classe le père, une tante, un oncle et qu’elle a en classe cette année.

Ils avaient l’air si heureux, tous les deux.

C’est là que Madame s’est réveillée, d’un seul coup, le cœur battant. Et qu’elle a tout de suite décidé de prendre sa plus jolie plume:

Chère Madame B

Cette nuit j’ai rêvé de François…

Je l’ai vu, parfaitement vu dans mon rêve, à l’âge qu’il avait quand il est devenu mon élève. 

Peut-être que ce rêve est dû à l’approche du 18 septembre.
Peut-être est-ce parce qu’au bout de seulement deux semaines de classe, j’ai déjà parlé de lui à deux élèves.
Peut-être est-ce parce que l’agencement du local 215 est de nouveau comme « en son temps ».

Quoi qu’il en soit, il est dans ma tête et dans mon cœur pour toujours, comme vous tous.

Je vous embrasse et j’espère que vous allez bien.

François, 19 ans depuis douze ans…

R comme Raoul Servais

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Cette phrase photographiée au Mu.Zee d’Ostende à l’expo consacrée à Raoul Servais dit: « Les mythes et les légendes sont les meilleurs moyens de s’endormir et ils ont été inventés par ceux qui souffrent d’insomnies. » 

Ça m’a bien fait rire, parce que depuis mon plus jeune âge, j’utilise un moyen semblable pour entrer au pays des songes: la tête sur l’oreiller, les yeux fermés, je me raconte des histoires…

Celles à l’eau de rose sont les plus efficaces 😉

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Question existentielle

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Le billet aurait tout aussi bien convenu sous la rubrique ‘stupeur et tremblements’ mais sans doute Madame n’a-t-elle pas voulu attendre jusqu’au 23 pour vous faire part de son dernier sujet de stupéfaction.

Vendredi dernier, les élèves sont priés de s’exprimer sur leurs points forts, sur ce qui les intéresse, sur ce qui a motivé leur choix d’études.

– Moi, dit l’unique latiniste de la classe, je n’aime pas le latin.

Madame ouvre de grands yeux:

– Tu as choisi de rester en latin mais tu n’aimes pas le latin?

Voilà, c’est ça, elle a bien compris. Le latin l’emmerde mais bon, autant faire ça qu’autre chose.

Du côté de ceux qui ont choisi les maths fortes combinées avec les sciences – le top du top des filières fortes en pays flamand – il y a un autre champion de la motivation:

– Moi, je n’aime rien.

– Rien? dit Madame, avec un reste d’espoir dans la voix. Tu as choisi les maths fortes et les sciences mais tu n’aimes ni les maths ni les sciences?

– C’est ça, dit-il.

– Mais en dehors de l’école, s’inquiète-t-elle, il y a des choses que tu aimes?

La réponse se fait attendre quelques secondes de trop au goût de Madame:

– Oui, le sport…

– Et…?

– Le sport et… (on sent qu’il cherche, qu’il cherche, qu’il se rend compte que ce serait bien s’il pouvait nommer une deuxième chose) … et le sport.

P comme pentimenti

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C’est un tout petit tableau, il ne fait qu’à peine 22 cm sur 17, son support n’est qu’un simple carton et non une toile, c’est une des premières oeuvres de James Ensor.

Nous sommes en juillet 1876, l’artiste est né en avril 1860, il n’a donc que 16 ans quand il peint cette cabine de plage.

Il me semble qu’on ne peut qu’admirer la maîtrise qu’il a déjà de la lumière et des couleurs du ciel, du sable et de la mer. Si j’avais un appartement à Ostende, c’est ce genre de reproduction que j’accrocherais au mur, et ces couleurs-là que je choisirais pour la déco. Ce en quoi je ne serais sûrement pas très originale 🙂

C’est à propos de cette petite oeuvre que j’ai revu un mot que je n’avais plus entendu depuis longtemps, pentimento, pentimenti au pluriel. Il signifie regret, repentir, remords, dans son sens courant et en peinture il s’emploie pour désigner cette sorte de retouche effectuée par le peintre qui change d’idée en cours de réalisation. On repeint par-dessus le vase, le modèle ou un détail du tableau pour le déplacer, le changer ou le faire disparaître.

Mais bien sûr, pour les amis de Mozart, le mot pentimento ne peut que faire penser au « Pentiti, scellerato! Pentiti!« , repens-toi, scélérat, adressé par le Commandeur à don Giovanni (vers 4’28 »)