W comme wearables

Un des beaux côtés du métier de prof de FLE aux 16-18 ans, c’est qu’on peut (faire) lire en classe absolument tout ce qu’on veut.
Du moment que ça permet d’exercer les cinq compétences.

Or, tout, absolument tout peut s’y prêter.

C’est ainsi que Madame, dans les années 1990, s’était amenée en classe avec un article intitulé « Le textile intelligent« .

On y prédisait que bientôt notre chemise enverrait notre bulletin de santé à notre médecin et que sur la manche de notre veste, nous aurions un clavier intégré.

Cette semaine, un autre article lui a rappelé ces prédictions: on y disait que bientôt le téléphone portable disparaîtrait du paysage et serait remplacé par un ‘wearable‘. Mot pour lequel il faudra donc de toute urgence trouver un bon équivalent français, parce que « technologie mettable » ça ne va pas le faire.

Et la même semaine, c’est une banque qui faisait sa pub pour des ‘wearables‘ avec lesquels on pourrait directement payer nos achats. Bague, montre, bracelet ou porte-clé ‘intelligents’ remplacent la carte bancaire.

Alors qu’il y a des gens qui en sont encore à faire leurs virements avec papier et stylo, parce que le ‘home banking’, ce n’est pas leur truc.

Vers une société à combien de vitesses nous dirigeons-nous, se demande l’Adrienne.

U comme ukase

– Voilà, lui dit-elle, ma lettre de démission.

Et elle sortit fièrement du bureau.

Dommage pour la classe de 4e Latine, de véritables élèves friandises, pourtant logés dans un cagibi sans fenêtres où deux lampes donnaient une clarté funèbre sur les boiseries sombres, et où chacun avait le nez collé au dos de l’autre, ou au tableau, par manque d’espace.

Oui, dommage pour eux. Elle les aimait.

Mais elle ne regretterait aucun des collègues et toute la gamme de leurs hypocrisies, sur au moins trois ou quatre octaves: du premier au dernier, tous des quiches et des chiffes molles dont la principale habileté consistait à ramper devant le directeur, à gober aveuglément chaque ukase, chaque exigence, chaque notice sortie de son esprit pervers et manipulateur.

Car c’était un pervers, même s’il était oint des saintes huiles de la prêtrise.

Ah! quel bonheur de l’avoir bravé et d’avoir quitté ce zoo (in)humain!

U heeft heel wat noten op uw zang, juffrouw! lui avait-il dit en guise d’adieu.

Et elle avait souri pour répondre un simple « Ja« .

Ah! quel bonheur de marcher dans la lumière mordorée du soir qui tombe et de se dire: Plus jamais!

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: habileté – démission – lampe – notice – quiche – dommage – nez – durable – mordoré – gober – octave – huile – zoo.

L’expression « veel noten op zijn zang hebben » veut dire ‘exiger beaucoup’ mais ici il l’employait probablement avec le sens ‘avoir la grosse tête’.

Merci à Annick SB d’avoir permis grâce à ses mots de raconter une des pires expériences de ma (merveilleuse) vie de prof 🙂

T comme traduire

L’équilibriste

Une enfance entière
à jouer l’équilibriste
Le long des trottoirs
sans se douter
que la vie restant
consisterait à avancer
au beau milieu
des larges allées
qui longent le vide

Thomas Vinau, sur son blog, le 16 février

Vous qui passez régulièrement, vous savez qu’il a déjà été question quelques fois de Thomas Vinau et des envies qui prennent l’Adrienne de traduire ses poèmes.

Cette fois elle s’y est prise bien à temps pour demander et recevoir l’autorisation de le faire.

Et pour être tout à fait honnête, ce n’était pas une question de temps.

C’est une question d’audace 😉

Bref, elle a enfin osé demander et voici ce que ça donne en néerlandais:

De koorddanser

Een volle kindertijd
Koorddanser spelen
Langs de voetpaden
Zonder te vermoeden
Dat de rest van het leven
Eruit zou bestaan
Voort te gaan
Te midden van brede paden
Langs de afgrond.

Stupeur et tremblements

Il vient d’avoir douze ans et depuis sa première année primaire, il s’occupe de programmation grâce à Coderdojo.

Il réalise d’année en année de « petites » inventions: un petit robot qui vous prévient que vous n’avez pas bu assez d’eau dans la journée, un autre qui scanne la voiture pour s’assurer que vous n’y oubliez ni le chien, ni le bébé, celui qui prévient lorsqu’un enfant tombe à l’eau dans votre étang ou votre piscine, celui pour un ami diabétique, permettant de se débrouiller tout seul pour lire son taux de sucre. Et même un système de gestion des absences pour son école en temps de covid.

Bref, un petit garçon heureux et créatif, qui n’a qu’une envie, dit-il, inventer des choses utiles pour aider les gens.

Cette forme d’intelligence suscite évidemment la plus grande stupeur admirative chez l’Adrienne, pour qui le plus grand exploit technologique récent a été l’autre jour de réussir à ouvrir dans le bon ordre les deux robinets permettant de régler la pression de l’eau pour sa chaudière au gaz.
Et de se pincer le doigt jusqu’au sang.

Ci-dessous une autre vidéo de Mauro à ses débuts, il y a quatre ans, avec sa petite sœur dans le rôle de l’assistante pour démontrer sa première invention, une barrière électronique qui s’ouvre avec un badge.

« En ik heb het helemaal zelf geprogrammeerd« , je l’ai entièrement programmé seul, dit-il fièrement du haut de ses huit ans, en avril 2017.

On lui souhaite de pouvoir garder la science heureuse encore longtemps.

22 rencontres (16 ter)

69ème devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Gout_69.jpg

A seize ans, Simon était le plus grand casse-cou de toute l’école. Ce qui n’est pas peu dire: si vous rassemblez une centaine de garçons de cet âge, il y a de la concurrence.

Son truc, c’était le BMX. Un vélo spécialement conçu pour faire toutes sortes d’acrobaties, comme de se projeter d’un coup sur une balustrade ou n’importe quel autre ‘obstacle’ en ville.

Vous comprenez que le FLE ne l’intéressait pas.
Pas le temps.
Dans le garage de ses parents, il avait installé son propre skatepark et s’entraînait, s’entraînait, s’entraînait.

Alors évidemment, les rues en pente, les murets, les parapets, les marches d’escalier, quel formidable terrain de jeu pour le free style!

– Tu ne devrais pas porter un casque? te protéger les genoux? les coudes? s’inquiétait Madame, à qui il avait envoyé un petit film pour démontrer son savoir-faire.

Mais Simon riait.

Bref, depuis que Madame s’intéressait à ses acrobaties, il condescendait à faire un petit effort en FLE.

– Mais franchement, Madame, à quoi ça va me servir?

Elle l’a revu, des années plus tard, dans un train.

Devinez quoi?

Il avait son BMX 🙂

***

Je ne sais pas si vous aimez les toiles de Maurice Utrillo. Quant à moi, je les aime. Elles m’inspirent toujours quelque chose. Et vous ? Aurez vous quelque histoire à raconter lundi, ayant cette toile pour support à votre imagination ?

R comme reine

– Ici?
– Un sanatorium, vous êtes sûre?
– Pourquoi avoir choisi cet endroit?
– Moi je pensais que ça n’existait qu’en Suisse!

Madame de B*** tenait son auditoire comme une conférencière de talent, qui sait distiller l’information, la proposer par petites touches en ménageant des effets de surprise.

Elle avait déjà mentionné son enfance passée dans le domaine, son père médecin, la belle villa dans le parc, à l’entrée, où la famille avait habité.

Même les deux hommes en bottes Aigle, tenue waterproof multipoches, jumelles et guide de la faune et de la flore – qu’ils connaissaient pourtant par cœur – n’en perdaient pas une miette, tout en ayant l’air d’admirer les arbres et de suivre les vols d’oiseaux.

– Mais certainement! Certainement qu’il y avait un sanatorium ici! Inauguré en 1924… Tout comme pour la Suisse, on pensait que le grand air, la nature, permettraient la guérison des malades.

Dans le petit groupe autour d’elle, aucun n’était né ni avant ni pendant la guerre, aucun n’avait connu de tuberculeux ni de loin ni de près, sauf au cours d’histoire littéraire, quand ils avaient lu un texte de Paul Van Ostaijen, mort à 32 ans dans un sanatorium près de Dinant.

– Et là, là était le pavillon des enfants…

Alors, dans le beau faux silence de la forêt, au moment où chacun avait mille pensées se bousculant dans la tête – tuberculose? enfants? contagion? guérison? … – Madame de B*** posa une béquille contre un tronc, sortit de son sac un grand portefeuille de maroquin d’où elle extirpa une vieille photo en noir en blanc.

Elle la fit passer de main en main.

On pouvait y voir, installée sur une terrasse couverte, une jeune femme allongée sous une couverture rayée, un homme moustachu, debout à côté de la chaise longue, en blouse blanche, les mains derrière le dos, et une dame avec un bibi des années 1920, penchée vers la malade et conversant avec elle.

– Vous voyez? fit Madame de B*** et tous sentaient la fierté dans sa voix. L’homme en blanc, c’est mon père. Et la dame en visite, c’est la reine Elisabeth.

***

écrit en réponse à la question 5 d’Annick SB (merci à elle): Pourquoi avoir choisi cet endroit?

Le défi du 20

Il y avait ces picotements.

Dans les mains, les doigts surtout.
Toute la peau des dix doigts.

Voilà, se dit l’Adrienne, j’ai attrapé une allergie!
Mais à quoi?

Comme elle avait justement mangé quelques mandarines, alors qu’elle n’en avait plus mangé depuis des mois, depuis l’hiver dernier, en fait, elle s’est dit que ça devait être ça.

Surtout qu’elle les avait achetées bio et en mangeait même la peau. C’est excellent, mixé et ajouté aux céréales du matin.

Bref, elle a décidé que ce ne pouvait être que ça: la malédiction des mandarines!

Impensable d’imaginer que le fauteur de trouble pourrait être le morceau de chocolat noir quotidien 🙂

***

écrit pour le Défi du 20 février, avec deux mots en M proposés par Soène: mandarine et malédiction

Question existentielle

Vous broyez du noir, vous avez le cœur tout cabossé et une folle envie de câlins et de douceur?
Vous ne voulez pas vous jeter sur le rayon pâtisserie ni vous faire plaisir en dégustant un chocolat chaud bien crémeux?
Tout cela vous semble trop suranné?
Vous préférez vous jeter sur votre tablette ou votre téléphone « intelligent »?

Enfants! Prenez garde aux baobabs!

Prenez garde à ce qui se cache sous ce bel emballage!
Car bientôt ce seront les algorithmes qui prescriront vos comportements.

***

écrit pour les Plumes d’Émilie – merci Émilie! – avec les mots imposés:

broyer – douceur – cabosse – tablette – noir – emballage – suranné – fou/folle – déguster – câlin – chaud – prescrire – pâtisserie – plaisir.

P comme patience

Patientia vincit omnia, écrit l’amie qui attend ces jours-ci l’arrivée du premier bébé chez son fils aîné.

La patience, la persévérance et la passion, voilà ce qui aura été plus que nécessaire à cet adepte (1) du Rubik’s cube pour réaliser sa Mona Lisa!

Dans sa jeunesse, l’Adrienne s’est essayée à ce cube en se demandant ce qu’on pouvait y trouver d’amusant.

La réponse lui est enfin donnée 🙂

(1) ce jeune garçon en a fait d’autres, on en parle ici.