22 rencontres (4.5)

Madame revenait du cimetière quand elle a croisé Lise qui s’y rendait.

C’était un beau dimanche froid de début janvier et toutes deux avaient apparemment eu cette même envie, d’aller dire bonjour à une Tantine bien-aimée.

Mortes trop tôt, comme tous ceux auxquels on tient, mais dans le cas de Lise, c’était vraiment beaucoup trop tôt. A-t-on idée d’envoyer un mal incurable à une maman de trois jeunes enfants?

Bref, Lise et Madame ne s’étaient pas vues depuis l’avant-covid et avaient deux ou trois choses à se raconter.

Et c’était bien.

Madame est contente d’avoir pris la bonne résolution de marcher au moins une heure par jour en 2022: elle pourra faire encore plus de belles rencontres 🙂

R comme refrains

En quittant Ostende dans le brouillard, mercredi dernier, on aperçoit une inscription qu’on n’avait pas remarquée avant. Elle est en patois ostendais, « zeg nie toet ziens« , ne dis pas au revoir.

– Kèskecèksa? se demande l’Adrienne en route vers la gare.

Un premier indice de réponse se trouve dans sa situation, entre l’Oosteroever, le quartier des pêcheurs, du port de pêche et de la criée aux poissons, et le « vistrap » où les épouses vendent la pêche de la nuit précédente.

Ostende a eu au siècle dernier deux dames, femmes, filles, sœurs de pêcheurs qui ont joui d’une belle notoriété locale comme chanteuses de « Oostendse levensliederen« , la chanson réaliste aux thèmes liés à la mer et à Ostende.

D’où cette petite phrase extraite de l’une d’elles.

Juste derrière, si vous agrandissez la photo, vous pouvez voir les notes des premières mesures du Plat pays de Jacques Brel, qui commence par les mots « Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague… »

Si quelqu’un veut une traduction, il n’a qu’à demander 😉

C’est une déclaration d’amour à son homme qu’elle appelle « son capitaine de la marine » même s’il n’en a ni les galons, ni le képi à dorures.

Le plat pays dans la version de Pierre Rapsat:

Défi du 20

source ici

Paris, Londres, Vienne, Prague, Budapest, Stockholm…

L’Adrienne fait l’inventaire des villes européennes où elle devrait se rendre pour aller y admirer un tableau ou des gravures de Pieter Bruegel l’Ancien.

Et Washington? lui demanderez-vous. Et New York? Et… et… et…

C’est vrai, « il fut un temps » où elle rêvait d’aller dans quelques grands musées nord-américains.
Mais elle a abandonné l’idée.

D’ailleurs, elle devrait commencer par aller à Anvers 😉

***

écrit pour le défi du 20:

Le défi du 20 est chez Passiflore, merci à elle!

Tout savoir sur l’œuvre en photo ci-dessus? Plaustrum belgicum (Le chariot belge) c’est .

Question existentielle

Pieter Bruegel - Huet Leen - (ISBN: 9789463100816) | De Slegte

Du 3 août au 8 septembre 1561 a eu lieu à Anvers la plus grande fête littéraire de son histoire, nous raconte Leen Huet dans sa biographie de Bruegel.

La plus grande, malgré l’absence d’une trentaine de villes ou chambres de rhétorique à cause de l’interdiction d’évoquer tout sujet religieux ou politique dans leurs œuvres poétiques et théâtrales.

Il y avait deux thèmes imposés dont le premier était la question suivante: « Wat stimuleert een mens het meest tot beoefening van de kunsten? » (p.48), qu’est-ce qui nous incite le plus à l’exercice de l’art?

La question reste excellente et mille réponses possibles.

Les trente abstentions de l’époque y ont donné une réponse à leur façon 🙂

P comme paon

Debout sur la clôture, un paon rêvassait.
Pesait le pour et le contre.
J’y vais? j’y vais pas?

Dans l’enclos, des poules blanches picoraient.
Le coq surveillait.

Et le paon? que faisait le paon?
Il rêvassait.
J’y vais? j’y vais pas?

Il finit par se décider à ne rien décider:

– J’irai demain. Aujourd’hui, il y a trop de brouillard.

C’est très surfait, la liberté 😉

***

photo prise dans le brouillard épais du 13 janvier dernier

O comme ogresse

111ème Devoir de Lakevio du Goût

33 best Marc Chalme images on Pinterest | Oil on canvas ...

– Tu crois qu’elle nous voit, la dame d’en face?

***

Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne:

C’est bien parce que j’ai « le sens du devoir » parce que je ne suis pas en état ! J’espère que mon sacrifice ne sera pas vain… J’aime cette toile calme de Marc Chalmé. Néanmoins… Je me demande ce qui traverse l’esprit de ces deux enfants. Bah… On le saura lundi, vous aurez des idées j’en suis sûr…

N comme nonante

Photo de Joonas sur Pexels.com

– C’est bien au numéro 90 que tu habites? demande l’Adrienne à l’amie qui fête son anniversaire ces jours-ci.

Évidemment, vous commencez à la connaître, elle lui pose la question APRES avoir posté la carte de vœux.

***

– Quel orgueil! On dirait bien que tu en es fière! dirait sa mère si elle lui racontait cette anecdote.

Et l’Adrienne qui croyait que l’autodérision est une forme d’humour 🙂

M comme Mander

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source ici

En 1604, deux ans avant sa mort, Karel van Mander, natif de Meulebeke (1) publie pour la peinture flamande ce que Vasari avait fait cinquante ans avant pour l’italienne, de sorte qu’il est aujourd’hui encore une bonne source de renseignements sur les peintres de son temps.

Peintre et poète, il a écrit son œuvre en vers. Comme il y donne aussi des tas de conseils, il y a ce passage amusant où il s’adresse aux jeunes peintres flamands qui s’apprêtent à faire le voyage en Italie (2):

Want Room is de Stadt, daer voor ander plecken
Der Schilders reyse haer veel toe wil strecken,

Car Rome est la Ville, vers laquelle avant toute autre se dirige le voyage des peintres.

Il prévient donc la jeunesse, en s’appuyant sur Pétrarque, que malgré leurs airs polis et gentils, il faut se méfier des Italiens:

Cleyn Herberghen, quaet gheselschap wilt vlieden,
En laet over u niet veel ghelts bespieden,
En u verre reyse verberght oock stille,
Zijt eerlijck en beleeft, vry van gheschille,
[…].
Leert over al kennen des Volcx manieren,
Het goede naevolghen, en vlieden t’quade,
Reyset vroech uyt, en wilt oock vroech logieren,
En om mijden plaghen oft vuyle dieren,
De bedden en lakens slaet neerstich gade:
maer sonderlinghe onthoudt u ghestade
Door lichte Vrouwen worden veel verdorven.
Van lichte Vrouwen, want boven de zonden
Mocht ghy zijn u leven daer van gheschonden.
(3)

Évitez les petites auberges et les mauvaises fréquentations, ne montrez pas tout votre argent, cachez aussi votre destination lointaine, soyez honnête et poli, ne vous disputez pas […]. Apprenez partout les usages locaux, suivez les bons, évitez les mauvais, partez de bon matin et cherchez tôt un logis, et pour éviter les maladies ou la vermine, vérifiez soigneusement les lits et les draps; mais surtout évitez toujours les femmes de mauvaise vie, car en plus du péché elles pourraient vous donner une maladie mortelle.

Karel van Mander, Het Schilder-Boeck waer in voor eerst de leerlustighe Jeught den grondt der Edel Vry Schilderconst in verscheyden deelen wort voorghedraghen, (Le livre de la peinture dans lequel on propose pour la première fois, en différentes parties, à la jeunesse avide de connaissances les fondements du noble et libre art de la peinture), extraits des paragraphes 66, 69 et 70. Traductions de l’Adrienne.

Bref, vous l’aurez compris: l’Adrienne a des envies d’Italie 😉

***

(1) Meulebeke, c’est près de là où habite l’Adrienne. Dans les années 1580, van Mander a dû quitter définitivement son patelin à cause des guerres qui ravageaient la contrée, qui a toujours été le champ de bataille favori des Français, des Espagnols et cette fois-là aussi des Hollandais, sous prétexte de religion.

(2) Il sait de quoi il parle puisqu’il l’a fait lui-même, le voyage, à l’âge de 25 ans, ainsi qu’un séjour à Florence, Terni et Rome, de 1573 à 1577.

(3) ce qui diffère surtout, entre le néerlandais de 1604 et celui d’aujourd’hui, c’est l’orthographe, et ici ou là un mot tombé en désuétude, comme ici ‘vlieden‘ ou ‘gestade‘.

L comme limousine

– Tu as une nouvelle voiture? demande l’amie à qui l’Adrienne ouvre sa porte.

Elle montre le bel exemplaire long et sombre et rutilant garé juste devant et oui, elle est sérieuse: comme chaque fois qu’elle vient et qu’une bagnole est garée devant chez l’Adrienne, elle lui pose cette question:

– Tu as une nouvelle voiture?

C’est ainsi que tous ceux qui passent devant sa maison pensent que les poubelles ou autres choses qui traînent devant chez elle lui appartiennent 😉

Comme le jour où quelqu’un avait déposé (ou perdu?) un matelas sur son bout de trottoir et que sa directrice s’était étonnée, en route pour l’école, de voir ça là, alors que l’Adrienne est tellement « écolo » 😉

K comme krapoverie

Il me vient une idée!

– Monsieur l’ogre, pourriez-vous vous occuper de la maison des voisins? Merci.

Et c’est ainsi que la musique s’est arrêtée 🙂

***

écrit pour la consigne de Joe Krapov – mille fois merci – qui demandait d’utiliser deux des formules suivantes et une illustration au choix:

– Pour ne pas perdre le Nord
– Moi je t’offrirai la Belgique
Il me vient une idée
– C’est ici qu’on cherche fortune
– Un amour de Mouloudji
– Meilleurs vœux
– Rêver
– Bercer
– Le marché de Cherbourg
La musique s’est arrêtée