Il fallait que ça arrive…

Juste après avoir fêté son dixième anniversaire, le blog d’Adrienne sur skynet est obligé de se chercher une nouvelle demeure: ce sera donc WordPress. 

Merci à tous ceux qui continueront à venir et bienvenue aux nouveaux 🙂

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Question existentielle

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Qu’est-ce que je vais lui répondre, si elle me demande « Tout s’est bien passé? » au moment de lui remettre la clé, se tracasse l’Adrienne, des heures à l’avance.

Est-ce que je vais lui dire que j’ai entendu ronfler le type d’à côté, toute la nuit? Entendu des gens discuter le coup dans le couloir ou prendre des douches à minuit passé? Elle n’y peut rien!

Est-ce que je vais lui faire part de mon étonnement sur la différence de 12 € entre le prix annoncé et le prix payé? Elle me dira que c’est un problème de taxes qui ont augmenté.

Est-ce que je vais lui signaler les deux ou trois petites choses qui attendent une main bricoleuse, lampe déglinguée, fil électrique sorti de sa gaine, bout de plinthe détaché du mur?

Mais l’Adrienne s’est tracassée pour rien: la question « Tout s’est bien passé? » ne lui a pas été posée.

***

Par contre, elle aurait mieux fait de réfléchir à sa valise, ainsi elle n’aurait pas dû constater, trois heures plus tard, qu’elle avait oublié sa robe rouge et quelques menus achats dans la penderie de la chambre 403.

P comme plancher et Picomtal

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C’est en s’extasiant sur les beautés de ce tableau de Caillebotte que l’Adrienne est tombée sur un bouquin qui l’utilise pour sa couverture. Du moins en partie, puisqu’il y a trois « raboteurs » de plancher sur le tableau.

Ainsi, de fil en aiguille, elle tombe sur une de ces merveilleuses actions du hasard: un historien en vacances arrive dans une maison d’hôtes dont on a refait une partie du parquet. Et sous certaines lattes, on a découvert des bouts de planches sur lesquelles le menuisier de l’époque (1880-81) a écrit une ou deux phrases. On en a trouvé ainsi 72.

Ça peut sembler peu, 72 phrases, pour en extraire un récit de vie de tout un village mais ça a suffi, grâce aux noms, aux dates, à un tas de sources vérifiables.

Comme l’explique l’auteur dans sa conférence (en lien ci-dessous), Joachim Martin, le menuisier de 1880, écrit en toute franchise une sorte de testament sur sa vie: il sait qu’il ne sera lu que dans une centaine d’années, quand il faudra refaire le plancher, et que tous ceux qu’ils mentionnent seront morts. Comme lui-même, d’où la phrase clé mise en couverture du livre.

Vidéo de la conférence donnée par l’historien à l’Ecole nationale des Chartes. Je cite:

Les écrits laissés par les gens du peuple sont rares, d’où l’intérêt de cette source totalement inédite, que constituent les 72 phrases laissées par un menuisier des Hautes-Alpes sous le plancher qu’il était en train de poser au château de Picomtal en 1880-1881. Une fois les phrases transcrites, l’enquête a pu commencer. Elle a révélé qui était le personnage qui avait ainsi voulu livrer son témoignage à la postérité, mais aussi dans quel environnement il évoluait. Sachant qu’il ne sera pas lu avant cent ans, il se livre et n’épargne personne dans le village, offrant une peinture acérée des mœurs de son temps. Conférence de Jacques-Olivier Boudon, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université, donnée à l’École des chartes, le 19 mars 2018, dans le cadre du cycle «Les grandes voix». 

Photo et plus d’info sur le site de la maison d’édition Belin.

S’il est vrai qu’un plancher n’a qu’une durée de vie de cent ans, conclut l’Adrienne, celui de l’étage devra être refait en 2022. Qui sait ce qui s’y trouvera 🙂

O comme organisation

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Imaginez. Vous êtes Chilienne. Vous vivez au Chili. Vous parlez espagnol. Plus un peu d’anglais et un petit peu de français.

Imaginez que vous ayez l’idée de vous rendre à un festival de musique qui a lieu en Belgique. Sí! Bélgica! Dans un patelin perdu comptant 1073 âmes et pour le reste surtout quelques vaches et des moutons.

Imaginez combien d’avions et de trains vous devrez prendre pour y arriver. 

Imaginez que vous ayez une deuxième bonne idée, et que vous choisissiez une auberge de jeunesse pour y loger pendant la durée du festival. Située à une douzaine de kilomètres du festival et à cinq kilomètres de la gare la plus proche. 

Imaginez qu’en plus on soit le 15 août. Vous voulez acheter un ticket de bus mais la petite gare est fermée. Et de toute façon, il n’y a plus de bus. Il y en a peu en journée et plus aucun dès le soir. 

Comment irez-vous à votre auberge? à pied? et à ce festival? En taxi, si vous réussissez à trouver un numéro de téléphone et à convaincre un chauffeur de vous y amener. Mais il est exclu qu’il vienne vous reprendre aux petites heures sur les lieux du festival pour pour ramener à votre auberge. Lui, la nuit, comme le cantonnier de Fernand Raynaud, il dort.

Bref, au fil de la conversation avec un(e) autochtone, vous vous rendez compte que vous avez accumulé les bonnes idées.

Alors que vous auriez pu choisir de loger sur place, il y a le camping du festival, qui loue des tentes tout équipées, des plus simples aux plus luxueuses, ou choisir un des nombreux hôtels et B&B des environs, qui ont un accord avec le festival pour organiser des services de ‘shuttle bus’.

***

photo d’une copine vache dans mon vert paradis d’il y a cinq ans.

 

 

 

L comme Langestraat

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C’est en cherchant tout autre chose que l’Adrienne a découvert ce mur peint au bout de la Langestraat (se traduit par rue Longue), du côté du quai Montgomery.

On dirait que l’artiste s’est inspiré (inspirée? Gaia est peut-être un pseudo féminin) du thème de l’expo de l’hiver dernier, The Raft/Het Vlot avec ce gilet de sauvetage géant, rempli de terreau où poussent des anémones, sur fond de mer et de ciel.

C’est alors qu’on se dit qu’il faudra encore revenir bien souvent pour voir toutes les oeuvres de 2018 – The Crystal Ship, info ici et info sur l’artiste (Gaia) ici. Son site perso ici. Où on finit par trouver le mot qui permet de conclure que Gaia est un homme:

« Gaia grew up in New York City and is a 2011 graduate of the Maryland Institute College of Art with a Bachelor in Fine Arts. His studio work, installations and gallery projects have been exhibited throughout the world most notably The Baltimore Museum of Art, Rice Gallery in Houstonand Palazzo Collicola Arti Visive in Spoleto and the Civil and Human Rights Museum in Atlanta. His street work has been documented and featured in several books on urban art, including Beyond the Street: The 100 Leading Figures in Urban Art, (Berlin, 2010) and Outdoor Gallery (New York, 2014). Gaia was listed as a 2015 Forbes 30 Under 30 in Art and Style recipient in Art and Style and was a Fullbright beneficiary to study and paint in New Delhi on behalf of the State Dept. Gaia lives and works in Baltimore, Maryland, but spends a majority of his time painting murals across the world and has produced works in all six habitable continents. »

 

 

K comme Klaagzang

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Un intellectuel hollandais a écrit un best-seller et réalisé une série de documentaires dont le message peut se résumer à cette simple question: puisque ce monde va de mal en pis, pourquoi se battre encore pour les idéaux des Lumières?

Ce qui fait réagir le philosophe flamand Maarten  Boudry – et à juste titre. Il est en effet facile de faire un collage de tout ce qui va mal dans le monde. Facile aussi de dire qu’autrefois tout allait tellement mieux. 

C’est oublier, argumente Maarten Boudry, que ces années 1960-1970 auxquelles l’auteur fait allusion comme son âge d’or de l’insouciance, ont connu la guerre au Vietnam, les attentats de l’IRA, de l’ETA, du groupe Baader-Meinhof. C’est oublier que la pauvreté extrême a globalement fort reculé sur notre planète depuis lors. Que les statistiques montrent une forte baisse de la violence. Que le nombre de pays démocratiques a augmenté.

Un de ses confrères hollandais a publié une réaction similaire, dans laquelle il démontre, chiffres à l’appui, à quel point la santé publique a augmenté pour toute la planète, à quel point les diverses inégalités ont baissé. 

Précisément grâce à l’implication d’hommes et de femmes qui croyaient en ces valeurs des Lumières que l’on voudrait aujourd’hui prétendre mortes. 

Ne plus y croire, voilà donc le vrai danger.

***

Klaagzang (le titre du billet) peut se traduire par ‘lamentations’, ‘jérémiades’.

Avec encore une photo de mon vert paradis perdu il y a cinq ans, et bien sûr le monde tournait bien mieux à ce moment-là 🙂