D comme Daudet

Facteur, c’est moi qui vous le dis, c’est un beau métier! Et je peux le savoir, je l’exerce depuis plus de quinze ans.

Bien sûr, je sais ce que vous allez me répondre, que parfois on apporte de mauvaises nouvelles! Mais est-ce que ça compte en regard de tout le reste?

Non, je vous le dis et le redis: il n’y a qu’à voir avec quel bonheur et quelle impatience on est reçu, partout où on va.

Les concierges nous aiment. Les retraités nous aiment. Et là ce joli paquet que je tiens à la main, c’est pour monsieur Maurice.

Il y a au moins une fois par mois une belle enveloppe à l’encre violette qui vient tout droit d’Eyguières et qui sent bon la Provence.

M’est avis que la Mamette de monsieur Maurice, elle y met quelques brins de lavande!

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Texte écrit pour le Jeu 81 de Filigrane – merci à elle! – sur le thème des Lettres de mon moulin, d’Alphonse Daudet.

C comme cyclamens

Chaque année à la fin de l’été, l’Adrienne ne manque pas de tomber en arrêt – et en amour – devant le parterre de cyclamens sous le hêtre pourpre.

Et de le prendre en photo, encore et encore 🙂

Il était donc temps de vous le faire partager et pourquoi pas, d’en faire une bannière…

Bel automne à vous tous!

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Photo prise le 22 septembre dernier

B comme Beaucarne

« J’arrive tout couvert encore de rosée », dit ce gros menteur qui a tout simplement rapporté des fruits et des fleurs de chez l’arabe au coin de la rue.

Ah! c’est qu’il a toujours été fort en paroles, le bougre!

Et je te prends, et je te jette, et je te bastonne, et je te quitte et puis je reviens te faire les yeux doux…

Ah! Il sait tourner des compliments, quand il veut obtenir quelque chose!

Et vos yeux si beaux, gnagnagna…

Le pire, c’est que ça marche, ses tissus de mensonges!

Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.

Tu parles, Charles!

Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches

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Texte écrit pour le 139e devoir de Monsieur le Goût – merci à lui – qui proposait ceci, basé sur Green, de ce gros menteur de Paul Verlaine:

D’après vous, qu’est-ce qui m’a poussé, à voir cette toile, à vous proposer un devoir ? Oui, comme la semaine dernière, c’est une toile d’Émile Friant. Celle-ci m’a particulièrement interpellé. Pourquoi ? Je vous le dirai lundi. Mais vous ? Que vous a-t-elle inspiré ? Ce qui serait vraiment bien, c’est que vous commenciez votre explication par :
« J’arrive tout couvert encore de rosée »
Et que vous la finissiez par :
« Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches. »

Adrienne rêve de voyage

« Le premier hôtel de l’espace ouvrira en 2025 », lit l’Adrienne éberluée, vendredi dernier.

Pour elle, ces choses-là en sont restées au stade « On a marché sur la lune » avec Tintin (en couleurs) puis avec Armstrong (en noir et blanc) et à part ça elle aimerait bien qu’on laisse la lune tranquille.

Elle ne veut pas savoir ce que ça va coûter – en dollars et en énergie – ni quelle sorte de gens se sont mis sur la liste pour ce tourisme spatial.

Elle ne veut pas savoir à quoi ils s’y occuperont pour passer le temps – lire des Tintin? regarder A space odyssey? – s’il y aura une piscine, un jacuzzi, un restaurant gastronomique…

Elle veut continuer à rêver aux étoiles et se dire que le petit Prince est là, quelque part 🙂

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Merci à Joe Krapov pour l’image et la consigne!

Premier!

Dans une de ces nombreuses écoles où Madame a été réaffectée, il y avait deux Rita au secrétariat, et ce qui faisait beaucoup rigoler – elles les premières – c’est que l’une s’appelait Van Boven (d’en haut) et l’autre Van Beneden (d’en bas)

Alors quand Madame a vu sur le site d’Ostende qu’un certain Pierre-Joseph Van Beneden avait fondé le premier laboratoire et le premier aquarium destinés à l’étude de la biologie marine, en 1843, elle a d’abord pensé aux deux Rita avant de s’intéresser à Pierre-Joseph 🙂

Qui pourtant vaut plus que la peine qu’on le sorte de l’oubli!

Comme disent dédaigneusement nos voisins hollandais, vous les Belges, vous ne savez pas vous vendre 😉

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L’illustration (source ici, où on peut voir aussi un portrait du monsieur) montre l’emplacement de cet institut, au 19e siècle, sur l’Oosteroever d’Ostende, dans l’huîtrière de la famille Valcke-Deknuyt.

Z comme zébré

L’Adrienne l’autre jour a failli se faire écraser alors qu’elle était au beau milieu d’un passage zébré.

Écrasée par une ambulance 🙂

Oui, riez. Parions qu’à vous aussi ça rappelle un sketch de Raymond Devos 😉

Presque écrasée et copieusement injuriée par le chauffeur qui a tenu à s’arrêter pour exprimer ses doutes au sujet de ses facultés mentales et visuelles (et c’est là qu’est le rapport avec la canne blanche du monsieur de l’illustration ;-))

L’Adrienne pensait – peut-être à tort – que vu qu’elle était déjà à mi-chemin du passage zébré et que l’ambulance n’avait pas mis sa sirène, elle pouvait finir de traverser.

A tort ou à raison, elle ne le sait pas, en fait.

Et vous?

Y comme Y a qu’à pédaler!

A l’amie qui lui envoie un extrait d’émission télé répondant à la question « comment économiser sur le chauffage », l’Adrienne répond « Donc, y a qu’à pédaler », vu que la dernière recommandation consistait en l’acquisition d’un petit engin permettant de pédaler-pour-se-réchauffer alors qu’on est assis à travailler à son bureau.

Vous aussi, probablement, en avez marre de ce genre de conseils, tous bons à jeter, car soit vous les appliquez déjà depuis longtemps, soit ils sont plus ridicules qu’efficaces.

En Italie aussi on s’est bien gaussé du Corriere della sera quand on y a relayé la « recette » d’un prix Nobel pour cuire les pâtes sans se ruiner en gaz: ça s’appelle la « cottura passiva« , ce qui veut dire qu’on éteint le gaz dès l’ébullition. Et qu’on met le couvercle.

Bon, c’est vrai que les pâtes se ramollissent quand on les laisse dans l’eau, mais essayez et vous verrez: le résultat n’est pas top top.

Comme disait un des lecteurs, si tu gardes deux ou trois rigatoni en bouche pendant assez longtemps, ils finissent aussi par se ramollir…

Bref, les ventes de vêtements chauds montent déjà en flèche alors que d’habitude on arrive aux soldes de janvier avec des rayons encore pleins, à cause de l’hiver trop doux qui n’a incité personne à aller au portemonnaie.

Et l’électricien qui doit venir installer une nouvelle prise chez l’Adrienne ne trouve pas une minute pour le faire: depuis l’été il passe sa vie sur les toits à installer des panneaux solaires.

D’où le choix de l’illustration, une des (très) rares photos du père pendant la guerre de 40, avec son vélo… et avec son manque de tout, nourriture et charbon 😉

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Pour ceux qui comprennent l’italien, il y a aussi Stefania qui vous explique comment économiser l’énergie en utilisant une couverture: vous arrêtez le gaz à mi-cuisson, vous emballez votre casserole dans une couverture – elle recommande celle en grosse laine tissée bien serré, qui vous vient de votre grand-mère – et votre préparation continue à se préparer toute seule 😉
ça marche pour tout, dit-elle, sauf les haricots secs et les pois chiches.

X c’est l’inconnu

Elle a envoyé une photo par google photos et l’Adrienne n’a pas réussi à l’ouvrir, malgré toutes les étapes effectuées pour se faire admettre puis reconnaître par l’engin qui finit par lui envoyer un message tout fiérot annonçant qu’il a bloqué quelqu’un qui essayait de se faire passer pour elle.

Bref.

Le seul message accompagnant la photo était « Noi și nepotelul« , nous et notre petit-fils, donc on devine ce qu’on n’a pas pu voir, une heureuse grand-mère, un heureux grand-père, et un petit garçon blond âgé de quatre ans qu’ils ne voient que deux ou trois semaines par an.

Et bien tout ça est beau et triste à la fois, comme d’avoir une amie à deux mille kilomètres dont on ne sait pas si on la reverra un jour.

W comme warm

La conférence avait lieu à la « Maison espagnole » et pour la première fois – sans doute pas la dernière par les temps qui courent – le mail précisait de penser à prendre des vêtements chauds (« voorzie warme kledij« ).

Finie l’époque où on allumait le chauffage pour un événement qui ne dure finalement que quelques heures. Aujourd’hui, on en fait l’économie 😉

Pendant la pause café, l’Adrienne en a profité pour faire le tour des salles et de leur décor Louis XV et XVI quand une dame en arrêt devant un poêle à bois a été prise d’un tel coup de nostalgie qu’il fallait apparemment qu’elle s’en ouvre à la première venue:

– Ah! « zo gezellig« ! c’était tellement mieux! ça chauffait si bien!
– Oui, fait l’Adrienne, on cuisait si on se tenait trop près et on avait froid si on était à côté de la porte 😉
– Oh! non! non! il faisait toujours bien chaud chez ma grand-mère!

Alors l’Adrienne s’est souvenue que la grand-mère de la chapellerie devait toujours avoir au moins 27° dans son séjour, qui était une grande pièce, avec un passage ouvert vers la cuisine, qu’on chauffait donc en même temps…

– C’est vrai, admet l’Adrienne, le « feu continu » chez mes grands-parents, ça chauffait bien. Mais celui-ci, à mon avis, est un feu à bois.

La dame n’a pas voulu la croire alors la question est pour vous: à votre avis, ce poêle fonctionnait-il au bois ou au charbon?

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photo prise dans ma ville le 24 septembre dernier

V comme village

Le dimanche après-midi on s’offre un cruchon chez Firmin, tous les quatre, et Edmond apporte le journal.

Il est le seul à savoir lire alors on compte sur lui pour nous dire les nouvelles du monde.

On ne comprend pas tout, ça parle surtout de gens et de pays qu’on ne connaît pas, mais on écoute et on s’intéresse.
Et puis ça fait passer le temps.

On a bien senti dès le début que l’Émile était fort nerveux, même s’il prétendait que non, il n’arrêtait pas de se tortiller sur le banc pour voir la route, comme s’il guettait quelqu’un ou quelque chose…

Edmond s’est arrêté de lire et a doucement posé sa main sur son bras:

– C’est aujourd’hui que ta fille revient de Paris, peut-être? il lui a demandé, mais l’Émile a fait la sourde oreille.

Poings serrés.
Mâchoires serrées.

Sa fille a trouvé du travail à la capitale, il en était bien fier d’ailleurs, quand elle est partie, pourtant il n’aime pas qu’on en parle.

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Merci à Monsieur le Goût pour son 183e devoir:

Cette toile d’Émile Friant m’a frappé car elle me dit quelque chose.
Mais quoi ? La discussion semble animée autour de ce pichet de vin.
Sur quoi peut-elle bien porter ?