Les derniers

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Ils ne sont plus très nombreux, mais il en reste quelques-uns, de ces petits bateaux de pêche qui partent d’Ostende en soirée et rentrent au port le matin avec les crevettes grises et un peu de poisson.

Les meilleures crevettes grises, surtout si le pêcheur en maîtrise bien la cuisson, qui se fait immédiatement sur le bateau.

L’Adrienne admire ces hommes et ces femmes, ces quelques familles qui poursuivent la tradition malgré toutes les difficultés. 

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La première photo que Maurice Antony a prise le matin du 5 juillet 1939 est celle de cet atelier où des femmes et des jeunes filles, assises sur de longues banquettes de bois, passent des heures à peler les crevettes rapportées de la pêche nocturne.

Natif d’Ypres, Maurice Antony a photographié sa ville jusqu’à sa destruction complète à la guerre de 14-18. Après la guerre, ses photos ont représenté une documentation de grande valeur pour la reconstruction, vu que les habitants avaient fait le choix de la rebâtir en gardant le plus possible ce caractère moyenâgeux qu’elle avait su conserver jusque-là.

Après la guerre de 14-18, il s’installe à Ostende et à partir de ce moment-là, il fixe son regard de photographe sur la vie de sa nouvelle cité: la mer, les familles de pêcheurs, les bateaux… ce qui donne aujourd’hui une riche collection de documents très éclairants sur la vie des (petites) gens d’Ostende pendant les années 20 et 30.

Comme ces éplucheuses de crevettes à la veille de la seconde guerre mondiale et de nouvelles destructions.

A voir encore (gratuitement) sur la digue d’Ostende jusqu’au 21 août, Nieuwe Koninklijke Gaanderijen.

 

7 mai, 127e jour

lakévio98

Il se tient au bord des rochers ocre, au soleil levant, le regard fixé sur l’horizon. Depuis l’hiver dernier, il attend qu’une occasion se présente. Une occasion de quoi, il ne sait pas. 

Il pense à un bon titre pour son prochain roman, comme si les vagues ou le large allaient le lui souffler. Chaque matin, tout lui a faussé compagnie, même l’envie de vivre.

Des mots, des idées lui traversent la tête sans que rien ne lui semble valoir la peine d’être retenu. Il se trouve sur la pente glissante entre rêve et réalité. La réalité ne l’intéresse pas, le rêve lui échappe.

Il lui semble voir son éditeur, assis derrière son bureau chargé de papiers et de livres, tournant le dos aux larges baies vitrées donnant sur le ciel au-dessus de la ville. L’immeuble secoué par le vent craque comme un vieux paquebot. Il lui semble revivre ses dimanches soirs de retour au pensionnat, avec leurs odeurs tristes et froides.

Au bout d’un certain temps, à force de fixer l’étendue d’eau se dissolvant dans le bleu du ciel, il ne sait plus s’il dort, s’il rêve, s’il est vraiment là, s’il va perdre l’équilibre, s’écrouler, tomber, s’enfoncer dans l’eau. Il ne sait plus si c’est un dimanche ou un lundi. Il se dit qu’il n’a plus trois ans à vivre.

***

tableau et consignes (thème imposé: la mer) chez Lakévio, que je remercie!

D comme Doggerland

Doggerland

Le dix avril dernier, le navire Belgica est parti pour une expédition archéologique des fonds marins du Doggerland, vaste territoire qui, comme le montre la carte ci-dessus, réunissait la Grande-Bretagne au continent européen jusqu’à ce qu’un tsunami, associé à la montée progressive du niveau de la mer, l’engloutisse définitivement vers 6500 avant J.-C. 

Comme des bateaux de pêche remontent parfois des restes préhistoriques – os de mammouths, outils et ossements humains – les scientifiques des universités de Gand (en Belgique) et de Bradford (dans le Yorkshire) veulent établir la carte de ce territoire – on peut y voir le lit d’anciens fleuves, par exemple – et espèrent y trouver des renseignements sur des activités humaines d’avant la dernière époque glaciaire, il y a dix mille ans. 

A peu près 🙂

N’est-ce pas vertigineux? 

source de la photo (carte) – article De Standaard – article Le Vif

J comme Jaune

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– Vous cherchez quelque chose? demande un jeune homme gentiment dépenaillé. 

L’Adrienne lui rend son sourire. Elle a toujours eu un faible pour les grands maigres mal coiffés tongue-out 

– Vous avez-vu celui-là? demande-t-il en montrant l’oeuvre de Sam Scarpulla qui orne le sol de l’Achturenplein. 

– Oui, oui! dit-elle, j’ai vu! Je cherche Jaune

ostende,expo,peinture

– Jaune? Il est là! et il montre une sorte de sombre café où on peut voir trois autres hommes tout aussi gentiment dépenaillés qui cassent la croûte ensemble. 

– Oh! je ne voudrais pas le déranger! s’exclame-t-elle tout en maudissant sa timidité. 

C’est ainsi que l’Adrienne a failli rencontrer une vedette de la bombe aérosol. Sa vedette préférée tongue-out 

Et les ‘petits hommes jaunes‘, elle les regarde avec encore plus de sympathie qu’avant… 

ostende,expo,peinture

Jaune à l’étalage de l’expo Crystal Ship, rue de l’Yser

ostende,expo,peinture

ostende,expo,peinture

photo 1: une peinture de Jaune sur une des pierres de soubassement de l’Office du tourisme

photo 2: idem, Achturenplein

H comme hédonisme

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Que font là tous ces pigeons, se demande l’Adrienne en les voyant attendre patiemment dans l’herbe entre le supermarché et le bassin des yachts. 

Ils attendent des humains illettrés. 

Sur la plaque il est marqué: Défense de nourrir les pigeons. 

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Les baraques à poisson installées à vie (?) le long du quai font dans l’hédonisme économico-littéraire. Des rimes chez Lima: « Bij Lima is alles prima« , chez Lima tout est excellent. Et un beau chiasme chez Gino (photo ci-dessus), avec parallélisme, antithèse, et la rime riche en plus. Hélas toute cette belle rhétorique disparaît presque entièrement avec la traduction: Celui qui cherche ne connaît pas Gino, celui qui connaît Gino ne cherche pas. 

CQFD. 

Et le petit Robert ajoute que l’hédonisme en économie « est une conception selon laquelle toute activité économique repose sur la poursuite du maximum de satisfactions. » (p.831 de l’édition de 1973). Celle de 2018 ajoute (p.1123): « avec le moindre effort. » 

Ce qui, entre hédonistes soit dit, va de soi.

E comme Ensor

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On a laissé quelques mètres de dunes devant la petite église Notre-Dame-aux-Dunes (je traduis Onze-Lieve-Vrouw ter Duinen) et son cimetière aux allures irlandaises où des jonquilles fleurissent dans l’herbe d’où sort par endroits une vieille croix de granit. 

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C’est ici qu’est enterré le peintre ostendais James Ensor. L’histoire de la petite église sur cet emplacement est une succession de ravages et de reconstructions depuis le 11e siècle: Maximilien d’Autriche en 1485, la guerre de 80 ans en 1601, la guerre de succession d’Espagne en 1706, des guerres de succession entre l’Autriche et Louis XV entre 1744 et 1748, la guerre de 1914-18. 

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Un cimetière, une église, on pourrait croire que la plaque « interdit aux chiens » est superflue. Et en quelque sorte, elle l’est: un homme promenait son rottweiler entre les tombes et les jonquilles, une dame était assise dans l’église et y faisait la causette avec son épagneul.