Z comme zut!

– Ah zut! s’est exclamée l’Adrienne en apprenant il y a quelque peu la mort de Miss.Tic.

Et comme une sorte d’hommage elle est allée voir tout ce qu’elle pouvait trouver sur les œuvres laissées ça et là par l’artiste sur les murs de Paris.

– Encore une bonne raison d’aller à Paris, a-t-elle soupiré.

Elle a eu envie de dire un deuxième zut – un bien gros, bien fort – quand elle a appris la cause de ce décès qu’elle juge prématuré.
Sale maladie!

D’ailleurs au moment où elle écrit ce billet, juste après la parution du devoir de lakévio du Goût, on est vendredi matin et c’est le jour anniversaire d’une mort encore bien plus prématurée.

Alors c’est tout naturellement que l’Adrienne a lâché un troisième zut, en retournant chez Monsieur le Goût pour faire un copier-coller du lien vers son blog, et qu’elle a vu qu’entre-temps il avait ajouté dix mots imposés.

Zut et flûte.

Crotte zut flûte

***

Merci à Monsieur le Goût pour l’image et les consignes:

Miss Tic, que vous connaissez sûrement, est morte il y a quelques jours.
J’ai vu pour la première fois ses traces sur les murs de mon quartier il y a près de cinquante ans. J’avais été frappé par ce pochoir. Et vous ?
Ce qui serait gentil, ce serait que vous y mettiez les mots suivants :

Mathématique
Papillon
Coquelicot
Terre
Soleil
Branche
Équation
Somme
Produit
Égal

22 rencontres (4.8)

Madame a revu Machteld et son frère Steven. Ils étaient ses élèves dans les années nonante. Ils avaient des parents charmants et étaient des élèves exemplaires.

Elle a été émue par Wouter, qui a la même démarche et la même mèche de cheveux bruns qui lui retombe sur le front, à cinquante ans comme à quinze, l’unique année où elle a été prof de FLE en troisième.

Elle a bien observé le jeune homme qui accompagnait Ans et elle a pensé que c’était sûrement bon signe qu’il soit là, à ses côtés, en ce jour.
« J’ai enfin rencontré quelqu’un avec qui je me vois faire ma vie. Il s’appelle Sam. », avait dit Ans le mois précédent, et Madame en avait été très heureuse pour elle.

Bref, Madame était d’enterrement samedi dernier et c’est toujours triste de revoir des gens dans ces conditions-là.

Premier

source ici (récap en 70 titres lors de ses 70 ans)

Le premier, c’était beau-papa.
Au téléphone, belle-maman exultait:

– C’est positif, a dit le docteur, donc tout va bien!

Elle avait compris ce que tout proche aime comprendre: les tests sont positifs, donc c’est bon.
Mais bien sûr, en jargon médical « positif » veut dire mauvais.

Jusqu’à aujourd’hui l’Adrienne ne comprend pas comment le médecin, qui a dû assister à une explosion de joie, lui aussi, vu que belle-maman avait l’émotion explosive, comment il n’a pas rectifié le tir.

Le premier, donc, c’était beau-papa.
Après, bien sûr, il y en a eu beaucoup, beaucoup d’autres.
De toutes les sortes.
Des rapides-fulgurants et des sournois-faux jetons, qui te font croire « en rémission » pour t’anéantir plus fort après des opérations et des thérapies qui te mettent le peu de vie qui te reste complètement à l’envers.

Bref, c’est à lui l’Ostendais et à tous ceux qui ont suivi que l’Adrienne a pensé, père, oncle, tantes, amies, élèves… après avoir entendu la triste nouvelle qu’Arno avait succombé, lui aussi, malgré ses efforts pour rester en vie.

Question existentielle

Il y a de ces choses que l’Adrienne ne comprendra jamais.

Une des principales est celle-ci: comment peut-on continuer à agir en faveur de la vente (très) libre d’armes à feu dans la plupart des États des Etats-Unis quand on voit des chiffres comme ceux-ci: chaque jour plus de 110 Américains sont tués par balle – chaque année il y a environ 350 morts accidentelles avec une arme à feu trouvée par un enfant, qui s’en sert comme d’un jouet – chaque année plus de 18 000 enfants et adolescents sont tués ou blessés par balle.

Les armes à feu sont la première cause de mortalité pour la tranche d’âge de 1 à 19 ans.

***

Et à part ça? Nowruz mubarak!
!نو روز مبارک
A l’arrivée du printemps, la communauté perse fête le Nouvel An, comme l’explique le très américain petit Iranien de la vidéo 🙂
Dans la ville de l’Adrienne aussi, ça se fête avec un repas, de la musique et de la poésie.

P comme patrimoine

L’église romane Saint-Bertin (1147) à Poperinge, détruite en 1436 dans la guerre qui opposait les Anglais à Philippe le Bon (la Flandre était bourguignonne) a été réédifiée en style gothique et agrandie: elle a la forme typique des églises halles.

Fortement endommagée en 14-18 et en 40-45, sa dernière rénovation date de 1970.

L’Adrienne ces dernières semaines ne peut pas voir un bâtiment, une peinture, un arbre, une maison… sans penser à la possibilité qu’une bombe vienne l’anéantir.

On se souvient de ce qu’on a ressenti – presque planétairement – quand Notre-Dame-de-Paris avait le toit en feu.

Comment imaginer le malheur de l’Ukraine face à l’exode, les morts, la destruction totale?

***

photo prise à Poperinge le 9 mars dernier.

Lviv a une cathédrale-halle datant de 1360-1493.
Patrimoine mondial.


Alles van waarde is weerloos écrivait le poète néerlandais Lucebert, « tout ce qui a de la valeur est sans défense ».

N comme notes

Chimamanda et notre Amélie ont un point commun, en plus d’être femmes et auteurs: elles ont perdu leur papa en pleine pandémie, n’ont pas pu être présentes aux derniers instants et ont écrit un livre sur cette immense perte.

Chez notre Amélie, c’est un beau livre hommage qui raconte l’enfance et la jeunesse de son père, Premier sang.

Chez Chimamanda, c’est un livre sur le chagrin de la perte, Notes on grief (source de la photo et info ici), Notes sur le chagrin (en traduction chez Gallimard, premières pages à lire ici)

Un petit livre – une bonne demi-heure de lecture – dans lequel tous ceux qui ont perdu quelqu’un d’essentiel se reconnaîtront, de bout en bout.

D comme dernière

113ème devoir de Lakevio du Goût

– Je vous ai prévu cette table-là, ça vous convient?
– C’est parfait, dit la plus âgée des deux, qui s’installe le dos au mur: elle aime bien voir la salle et tout ce qui s’y passe. Ce qu’elle ne manque pas de communiquer à sa commensale: ça donne de la conversation.

– Tu as vu la dame toute seule sur la banquette? fait-elle dès qu’on leur a apporté l’apéritif.
– Ben non, je devrais me retourner, ça ne serait pas poli.
ça doit être fort triste d’aller toute seule au restaurant.
– Surtout si les autres te dévisagent tout le temps comme tu le fais depuis dix minutes, répond la plus jeune.
– Je ne la dévisage pas! Je la vois, c’est tout!

Entrée, plat principal, dessert, la dame seule en est déjà au café et si elle a l’ouïe fine, elle a dû entendre au moins cinq ou six fois les mêmes réflexions à son propos, venant de la vieille dame d’en face:

– C’est tout de même triste, d’aller seule au restaurant!
– ça fait, dit la plus jeune, que si tu es seule, tu dois rester chez toi?

– C’est quand même triste de manger seule! répète-t-elle encore au moment de l’addition.
– Ah vous voulez parler de la dame qui était là? fait la patronne en montrant la place désormais inoccupée. Son mari et elle venaient tous les vendredis. C’est la première fois qu’elle revient depuis qu’elle est veuve.

***

Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne, alors qu’il est en plein dans les cartons du déménagement 🙂

Cette toile de Joseph Lorusso me pousse à me poser quelques questions. Dont celle-ci : Que fait cette femme, là, dans ce café ?

« Il y en a toujours un des deux qui reste le dernier » disait grand-mère Adrienne, et elle ne savait pas ce qu’elle devait souhaiter. La mère, elle, savait, et ne cessait de le clamer haut et fort à son mari: « C’est à espérer que tu partes avant moi, tu serais perdu sans moi. »

22 rencontres (4.5)

Madame revenait du cimetière quand elle a croisé Lise qui s’y rendait.

C’était un beau dimanche froid de début janvier et toutes deux avaient apparemment eu cette même envie, d’aller dire bonjour à une Tantine bien-aimée.

Mortes trop tôt, comme tous ceux auxquels on tient, mais dans le cas de Lise, c’était vraiment beaucoup trop tôt. A-t-on idée d’envoyer un mal incurable à une maman de trois jeunes enfants?

Bref, Lise et Madame ne s’étaient pas vues depuis l’avant-covid et avaient deux ou trois choses à se raconter.

Et c’était bien.

Madame est contente d’avoir pris la bonne résolution de marcher au moins une heure par jour en 2022: elle pourra faire encore plus de belles rencontres 🙂

X c’est l’inconnu

Quand à l’âge de quatre ou cinq ans mini-Adrienne découvre que des fillettes comme elle peuvent mourir, ainsi que leur maman aussi jeune que la sienne à ce moment-là – trente ans – ça la fait beaucoup, beaucoup réfléchir.

Toutes sortes de réflexions qui reposent sur des « Et si…? »

Et si les petites sœurs de son papa n’étaient pas mortes?
Elle aurait deux tantines de plus!

Et si la petite Ivonne n’était pas morte?
Le grand-père ne se serait pas remarié.
Mais alors sa Tantine ne serait pas née?
Et le grand-père aurait peut-être eu d’autres enfants avec Ivonne?
Les fillettes mortes auraient grandi, se seraient mariées, auraient eu des enfants?
ça lui ferait des tas de cousins?

Aujourd’hui l’Adrienne ne peut s’empêcher de recommencer les supputations avec les « Et si…? »

Et s’il n’y avait pas eu ce covid au même moment que les premiers symptômes graves du cancer?
Et si la Tantine n’avait pas été une vraie dure à cuire, une de ces femmes qui ne courent pas chez le médecin au moindre bobo? Qui se disent « ça passera » et « ce ne sera rien »?

Etc. Vous imaginez sûrement tous les « Et si…? » possibles.

Ne lui dites pas que c’est un petit jeu absurde: elle le sait.
Mais elle y joue quand même 😉

***

sur la photo, mini-Adrienne s’entraînant au planking, entourée par sa mère, sa Tantine de 15 ans et la maman de la Tantine.