N comme nondidjou!

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C’était mercredi soir. Le téléphone sonne. L’Adrienne décroche, se disant que c’est probablement sa mère.

– Bonsoir, c’est Iris, pour un travail de fin d’année j’aimerais vous poser quelques questions.

A ce moment-là, bien sûr, l’Adrienne redevient Madame et coopère avec la gentille étudiante.

– J’aimerais savoir dans quoi vous trouvez la consolation en cas de deuil…  

Voilà un bien curieux hasard, se dit l’Adrienne, qui se trouve précisément à la veille d’un enterrement. Qui pense tout de suite à F***, dont depuis dix ans rien ne la console. A ses grands-parents. A son père. 

Bref, la fine mouche à l’autre bout du fil a tôt fait de mener la conversation sur les chemins du Seigneur…

– Ce n’est pas pour un travail de fin d’études, lui dit l’Adrienne un peu fâchée de s’être fait avoir pendant cinq bonnes minutes, c’est pour me convertir que vous m’appelez!

– Oui, répond la prénommée Iris, qui ne peut tout de même pas mentir jusqu’au bout.

Sa religion devrait en tout cas le lui interdire.

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L comme [elle]

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C’est la dernière photo que j’ai prise d’elle. Un peu traficotée façon Joe Krapov amateur 😉

Je la connais depuis que je suis née. Façon de parler. C’est plutôt elle qui me connaît depuis que je suis née.

Meilleure amie de ma mère. Ces dernières années, leur amitié s’est effilochée. Mais pas la mienne. Je ne suis pas ma mère 😉

J’admire comme dans sa chambre de malade, elle continuait à s’intéresser à tout. J’admirais sa mémoire prodigieuse, que je n’ai pas. Et ses belles mains aux ongles soigneusement laqués.

J’apprécie que jamais, jamais elle ne disait du mal des autres. Pas même de ma mère, de ses humeurs, de sa défection.

De ta maman, dis-je à son fils le jour de son décès, dimanche dernier, je n’ai que de bons souvenirs.

De ta maman, ai-je dit à son fils hier soir, je peux faire une longue liste de « je me souviens… »: il n’y aura que de jolies choses.

Y comme y être

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Y être.

Y être comme tous ces autres qui ont également estimé devoir être là et qui sont pour la plupart beaucoup plus âgés qu’elle: dix ans, vingt ans de plus.

Y être, et reconnaître des gens d’autrefois. De cette première école où on a fait ses premières armes et où elle était aussi.

Y être en manteau rouge entre tous ces autres qui ont choisi le noir, le gris foncé, le bleu marine.

Y être et écouter les textes et la musique que la famille a choisis pour elle.

Y être et être émue.

On a son petit-fils en classe.

H comme hier soir

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Première fois que je retournais dans la maison où son mari et ses enfants doivent désormais vivre sans elle. Nous avons parlé d’elle, de lui, des enfants. Nous avons regardé des photos. D’elle, de lui, des enfants.

C’était bien.

C’était indispensable.

***

photo prise avec elle un beau soir d’automne

V comme vie

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Grâce à une amie devenue grand-mère, l’Adrienne a pu tenir un bébé dans ses bras. Peu de choses – y en a-t-il d’autres, d’ailleurs? – sont aussi merveilleuses que cette sensation-là. 

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De jeunes vies aussi dans l’étang du parc, où maman cane veille avec vigilance sur ses dix remuants canetons. Bonheur de voir, une semaine plus tard, qu’ils sont toujours dix. 

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Enfin, intense activité coassante dans le ruisseau à côté de l’académie de musique, où les amours grenouillères sont aussi bruyantes que productives. 

C’est un beau cadeau, la vie, se dit l’Adrienne, le cœur lourd pour une amie morte. 

 

G comme Gotlib

Dimanche dernier, j’étais tranquillement chez moi à tapoter l’ordi quand la nouvelle est arrivée sur le blog de Pierre Maury. Il titrait: « Gotlib, fini de rire. » 

Ça a tout de suite jeté un froid et j’aurais bien aimé me réchauffer aux vieux albums Pilote, avec sa Rubrique-à-brac, sa coccinelle, ce bon vieux Newton, et tous les autres délirants personnages. 

Malheureusement, mon frère habite à 850 kilomètres.

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source Télérama 13-03-2014

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