22 rencontres (4.5)

Madame revenait du cimetière quand elle a croisé Lise qui s’y rendait.

C’était un beau dimanche froid de début janvier et toutes deux avaient apparemment eu cette même envie, d’aller dire bonjour à une Tantine bien-aimée.

Mortes trop tôt, comme tous ceux auxquels on tient, mais dans le cas de Lise, c’était vraiment beaucoup trop tôt. A-t-on idée d’envoyer un mal incurable à une maman de trois jeunes enfants?

Bref, Lise et Madame ne s’étaient pas vues depuis l’avant-covid et avaient deux ou trois choses à se raconter.

Et c’était bien.

Madame est contente d’avoir pris la bonne résolution de marcher au moins une heure par jour en 2022: elle pourra faire encore plus de belles rencontres 🙂

X c’est l’inconnu

Quand à l’âge de quatre ou cinq ans mini-Adrienne découvre que des fillettes comme elle peuvent mourir, ainsi que leur maman aussi jeune que la sienne à ce moment-là – trente ans – ça la fait beaucoup, beaucoup réfléchir.

Toutes sortes de réflexions qui reposent sur des « Et si…? »

Et si les petites sœurs de son papa n’étaient pas mortes?
Elle aurait deux tantines de plus!

Et si la petite Ivonne n’était pas morte?
Le grand-père ne se serait pas remarié.
Mais alors sa Tantine ne serait pas née?
Et le grand-père aurait peut-être eu d’autres enfants avec Ivonne?
Les fillettes mortes auraient grandi, se seraient mariées, auraient eu des enfants?
ça lui ferait des tas de cousins?

Aujourd’hui l’Adrienne ne peut s’empêcher de recommencer les supputations avec les « Et si…? »

Et s’il n’y avait pas eu ce covid au même moment que les premiers symptômes graves du cancer?
Et si la Tantine n’avait pas été une vraie dure à cuire, une de ces femmes qui ne courent pas chez le médecin au moindre bobo? Qui se disent « ça passera » et « ce ne sera rien »?

Etc. Vous imaginez sûrement tous les « Et si…? » possibles.

Ne lui dites pas que c’est un petit jeu absurde: elle le sait.
Mais elle y joue quand même 😉

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sur la photo, mini-Adrienne s’entraînant au planking, entourée par sa mère, sa Tantine de 15 ans et la maman de la Tantine.

Wagon de train pour l’éternité

D’abord il faut savoir de qui il s’agit, c’est ici.

Puis se rappeler qu’il y a eu ces problèmes-.

Avant de comprendre de quoi il retourne.

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J’avais pensé ne pas en parler mais il y a eu hier des commentaires – tout à fait innocents, je n’en veux à personne – qui font que je me résous à vous le dire tout de même.

Elle n’est plus, ma Tantine.

Je vous embrasse, prenez bien soin de vous.

C comme cimetière

C’était un premier novembre un peu différent, au cimetière, puisqu’on avait deux ou trois raisons de plus de s’y rendre.

D’abord évidemment aller dire bonjour au grand-père paternel, à la petite Ivonne et aux deux petites sœurs du papa.

Visite d’autant plus « nécessaire » que l’Adrienne sait qu’elle est la seule à le faire, désormais.
Sa mère est à 850 km, la tantine trop malade, et aucun autre des sept petits-enfants ne s’y rend jamais.

Mais en ce premier novembre, il y avait plus: des guides de la ville étaient présents pour donner un mot d’explication sur les monuments les plus « intéressants » et des musiciens et chanteurs avaient installé leur sono sous une tente, avec des chaises pour ceux qui voudraient s’asseoir pour les écouter.

Bref, c’était bien.

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Sur la photo ci-dessus, une tombe réalisée par l’architecte art nouveau, Victor Horta. On reconnaît ses courbes et ses motifs floraux, ici les pavots, pour le sommeil (éternel).
Il n’a donc pas seulement été l’architecte de Bruxellois, comme le ferait croire le reportage ci-dessous 🙂

Et pour ceux qui ont le temps, une émission de 58 minutes sur France Culture 😉

Ni stupeur ni tremblements

Ni stupeur ni tremblements – même si les sujets n’en manquent pas, comme chacun sait – mais de l’émerveillement et de la gratitude pour les roses de septembre et pour cet être humain d’exception qu’était Julos Beaucarne.
Puisqu’il faut désormais parler de lui au passé.

Mini-Adrienne n’avait qu’une dizaine d’années, ne connaissait de Victor Hugo qu’Après la bataille, que son grand-père avait appris lors de « ses années d’université », comme il disait par plaisanterie, dans un village wallon tout proche, alors que les écoles primaires flamandes de la ville étaient fermées par les Allemands, pendant la guerre de 14-18.
Il le récitait encore par cœur cinquante ans plus tard.

Elle ne connaissait pas non plus Julos Beaucarne.
Mais elle a tout de suite adoré cette chanson:

Photo prise à Alden-Biesen le week-end dernier, le jour de sa mort.

D comme dernières paroles

Pour célébrer l’anniversaire de la libération de la ville, le 3 septembre 1944, des véhicules d’époque arrivaient sur la grand-place samedi après-midi, juste au moment où l’Adrienne et petit Léon la traversaient.

Alors vous la connaissez, elle a voulu donner un mini-cours d’histoire – 3 septembre 44, libération, soldats anglais… – mais petit Léon avait d’autres choses en tête.

Pour la cinquième fois au moins depuis qu’ils avaient quitté la maison, il dit:

– Je peux vous poser une question?

Car on peut être poli et très curieux à la fois 😉

Bien sûr, l’Adrienne répond toujours oui.

– Qu’est-ce qu’il a dit, avant de mourir, votre papa?
– Ben… tu sais, il était très malade, il n’a plus dit grand-chose…
– Oui mais il a dit quoi, avant de mourir?
– Rien, en fait… à quelles sortes de choses tu t’attendais?
– Et bien par exemple « je t’aime très fort » ou « tu vas beaucoup me manquer ».

Comme il était un peu difficile de lui expliquer que ce n’était pas vraiment le genre de la maison, elle lui a simplement dit:

– Tu sais, si tu as un papa qui te dit des choses comme ça, fais-lui un gros bisou dès que tu es rentré chez toi!

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photo prise hier dans ma ville, avec un close-up sur l’insigne de la brigade Piron, en hommage à l’oncle André.

W comme Watts

Aucune description de photo disponible.

Quand le grand-père voyait un chanteur maltraiter son micro et hurler dedans, il soupirait que de son temps, « ils avaient de la voix et pas besoin de tout ça ».

– Sauf Tino Rossi, relevait mini-Adrienne, lui qu’elle entendait régulièrement susurrer et dont elle savait que le grand-père avait toujours été un peu jaloux, parce que grand-mère l’admirait tant 😉

– Sauf Tino Rossi, c’est vrai, disait-il.
– Oui, mais il chantait bien! réaffirmait grand-mère.

Quand les chanteurs montaient sur scène en T-shirts ou maillots de corps, le grand-père s’énervait que « de son temps, on avait plus de respect pour le public » et « qu’on prenait la peine de s’habiller ».

Alors depuis toujours, quand l’Adrienne voit un chanteur, elle se demande ce qu’aurait dit son grand-père 🙂

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(excellent) dessin de Hugues Hausman sur son compte fb.

T comme Tuniques bleues

Chaque fois qu’on apprend la mort d’un artiste, ça fait un coup, et peut-être ce coup est-il encore plus durement ressenti quand il s’agit d’un amour de jeunesse, comme dans le cas de Raoul Cauvin et de ses nombreuses, merveilleuses, hilarantes créations.
Toujours empreintes d’une sorte de tendresse et d’un grand humanisme.

Oui, mini-Adrienne était fan des Tuniques bleues.

Mais aussi de l’Agent 212, du Vieux bleu, de Cédric, de Pauvre Lampil

C’étaient les pages des albums Spirou qui ont été le plus lues et relues.

Alors on ne peut que dire un grand merci aux enchanteurs des jeunes de 7 à 77 ans, et plus.

Inauguration du rond-point Cauvin dans sa ville natale, Antoing, en juin 2013

Extrait d’interview en novembre 2014