T comme throwback

Hier matin c’était le moment de montrer sa dentition au professionnel qui s’en occupe depuis 1980 – oui, il a dépassé l’âge de la retraite mais il continue à soigner ses habitués – et allez savoir pour quelle raison l’Adrienne lui dit:

– Il va falloir que je consulte, je perds la mémoire.

Lui ça l’a fait rire.

– Je connais quelqu’un qui trouve ça très pratique, il oublie toutes les choses désagréables et ne se souvient que des bonnes!

Justement, en arrivant devant la porte du dentiste, l’Adrienne avait vécu le contraire: un « throwback » au moment exact où en se trouvant devant cette même porte, elle avait eu un appel de son cousin pour lui annoncer le décès de la Tantine.
Celle qui a juste quinze ans sur la photo ci-dessus.

Alors ce « throwback » d’hier remplace le billet qui était prévu pour aujourd’hui et qui aurait dû s’appeler « T comme truth decay« . La traduction du néerlandais « waarheidsverval« .

Un nouveau mot que l’Adrienne a appris lors d’une conférence donnée la semaine dernière par le directeur de l’institut Hannah Arendt, venu parler dans sa petite ville des problèmes de polarisation et de la mise en doute conséquente de ce qui est vrai, prouvé, étayé, mesuré, une tactique avérée de tous les partis extrémistes, semer le doute, polariser, faire perdre confiance dans les institutions…

Si vous comprenez le néerlandais, voici un article récent de sa main, sur la polarisation et « le grand remplacement ».

Stupeur et tremblements

C’est un article de l’Américain Douglas Rushkoff qui a paru en septembre dernier, quelques jours avant la sortie de son livre, et malgré le-temps-qui-passe l’Adrienne n’arrive pas à sortir de sa stupeur.
Et de ses tremblements.

Même si, bien sûr, on le sait et on ne s’en étonne pas, que les super-riches tentent l’impossible pour se protéger d’une éventuelle apocalypse, de quelque origine qu’elle soit, climatique, atomique, sociétale ou causée par un virus.

Ce n’est pas nouveau.
Mais tout de même, des choses ont changé depuis les bunkers de la guerre froide.
En pire, évidemment 😉

Vous aussi, sans doute, lirez avec une stupeur croissante le questionnement de ces cinq multimillionnaires qui ont invité l’auteur pour qu’il les aide avec quelques questions du genre: quand je serai dans mon bunker, comment faire pour que les hommes armés enrôlés pour me défendre ne se retournent pas contre moi?

Et où serai-je le plus en sûreté, en Alaska ou en Nouvelle-Zélande?

Alors quand on leur propose une autre forme de solution, bien meilleure pour la planète et pour ses habitants, plus sûre pour eux aussi et qui leur coûtera bien moins cher, ils ne sont pas intéressés.

Non, créer des « fermes modèles » qui prévoiraient de la nourriture pour le plus grand nombre, en autarcie, ça ne les intéresse pas.
Alors qu’on pourrait en mettre partout sur la planète et diminuer du même coup un certain nombre de risques qu’ils veulent fuir dans leur bunker…

Ils préfèrent s’isoler.

Avec leur milice, leur piscine et leur bowling.

Question existentielle

La petite école où Madame s’occupe de deux enfants chaque mardi est un bâtiment vétuste: vieux radiateurs individuels, fenêtres à simple vitrage, tout absolument tout y a des odeurs d’autrefois et bien sûr d’où devraient venir les moyens de moderniser, n’est-ce pas, on a déjà besoin de tous les fonds disponibles pour qu’il y ait des ordinateurs, des jeux éducatifs et tant d’autre matériel scolaire, ou pour payer les factures d’énergie.

Dès la première fois, Madame avait évidemment observé les toilettes: elles sont à l’image du reste et il ne faut en jeter la pierre à personne. C’est comme ça: l’école fait ce qu’elle peut.

Quarante ans passés comme prof après toutes les autres années passées comme élève suffisent amplement pour savoir que le problème est complexe et reste un problème.

Même si dans l’école de Madame les toilettes des années 1950 ont été complètement rénovées, combien de fois le personnel d’entretien n’est-il pas venu se plaindre…

On fournit du papier hygiénique en suffisance?
Un rigolo en profite pour boucher les WC.
Il y a de beaux lavabos avec savon et papier?
Un autre rigolo fabrique une pâtée pour boucher les éviers.
Ou exprime sa créativité par des graffitis sur les murs ou les portes.
Etc.

A l’occasion de ce 19 novembre, qui est – Madame vient de l’apprendre – la journée mondiale des toilettes, une nouvelle enquête a été réalisée pour savoir pourquoi tant d’enfants se retiennent d’aller aux toilettes dans leur école.

Il s’agit de 7 enfants sur 10, en Belgique.
Une enquête similaire en France parlait de 8 enfants sur 10 et les causes sont toujours les mêmes: vétusté, manque d’intimité, de propreté, de temps…

P comme Prof et Poète

Il est décédé cette année à l’âge de 42 ans, le 22-02-2022, de cette maladie qui souvent ne pardonne pas.
Il était prof et poète, le journal De Morgen publiait ses vers chaque jour de la semaine.

Le poème ci-dessous fait partie de ses derniers publiés, c’était au mois de janvier, P* n’avait pas encore envahi l’Ukraine.
Pourtant le titre est Poetin & co, Poutine et compagnie.

Zo is ’t altijd al gegaan
en zo zal het altijd blijven –
wat historici beschrijven,
wat er in de krant zal staan.

Mannen met een hart van steen
en een ruimbemeten ego
spelen laconiek Stratego
met de wereld om hen heen.

Winnaars, machtig en infaam,
die de spelregels verzinnen
of omzeilen om te winnen.
De verliezer heeft geen naam.

(Stijn De Paepe, Dagvers – « le vers du jour, frais du jour » qui paraissait quotidiennement dans le journal De Morgen – celui-ci a comme titre Poetin & co et a paru le 29 janvier 2022)

Ci-dessous l’Adrienne fait une tentative de traduction:

Il en a toujours été ainsi
et ce sera toujours ainsi –
ce que les historiens décrivent,
ce qu’il y aura dans le journal.

Des hommes au cœur de pierre
et à l’égo surdimensionné
jouent un Stratégo, laconiques,
avec le monde autour d’eux.

Des gagnants, puissants et infâmes,
qui inventent les règles
ou les contournent pour vaincre.
Le perdant n’a pas de nom.

Stupeur et tremblements

C’est avec stupéfaction que l’Adrienne lit le titre de l’article: Les bébés ont déjà de la suie dans leurs poumons et leur cerveau avant leur naissance.

Pour ceux qui lisent le néerlandais, Nog voor de geboorte hebben baby’s al roet in longen en hersenen.

Combien d’études, combien de preuves faudra-t-il encore avant de passer à l’action pour la santé de cette planète et de ses habitants?

E comme excellent!

Excellente nouvelle! s’exclame l’Adrienne en lisant un article du Corriere annonçant qu’une ligne de train va bientôt relier Bari (Puglia) à Zeebrugge.

Deux mille kilomètres environ, quarante-huit heures de voyage.

C’est tout ce qu’elle a pu trouver comme info pour le moment, ni prix, ni parcours précis, ni haltes prévues, « la linea più lunga d’Europa » disent-ils fièrement, mais apparemment c’est pour le transport de marchandises. De Zeebrugge on peut continuer vers le Royaume-Uni ou l’Irlande et depuis Bari vers d’autres ports de la Méditerranée, en Grèce, Albanie, Turquie.

Voilà ce que l’Adrienne attend depuis longtemps, à force de regarder les documentaires « Viaggio nella bellezza » et de noter sur des feuillets tous les lieux de fouilles archéologiques qu’elle voudrait visiter…

Comme ils disent « è certamente un’esperienza di altri tempi« . A condition d’y rajouter quelques wagons de voyageurs…

Il faut juste craindre que l’avion reste encore et toujours moins cher: ces dernières semaines, les offres pour Barcelone à 16 € ou New York à 335 € refleurissent allègrement.

Y comme Y a qu’à pédaler!

A l’amie qui lui envoie un extrait d’émission télé répondant à la question « comment économiser sur le chauffage », l’Adrienne répond « Donc, y a qu’à pédaler », vu que la dernière recommandation consistait en l’acquisition d’un petit engin permettant de pédaler-pour-se-réchauffer alors qu’on est assis à travailler à son bureau.

Vous aussi, probablement, en avez marre de ce genre de conseils, tous bons à jeter, car soit vous les appliquez déjà depuis longtemps, soit ils sont plus ridicules qu’efficaces.

En Italie aussi on s’est bien gaussé du Corriere della sera quand on y a relayé la « recette » d’un prix Nobel pour cuire les pâtes sans se ruiner en gaz: ça s’appelle la « cottura passiva« , ce qui veut dire qu’on éteint le gaz dès l’ébullition. Et qu’on met le couvercle.

Bon, c’est vrai que les pâtes se ramollissent quand on les laisse dans l’eau, mais essayez et vous verrez: le résultat n’est pas top top.

Comme disait un des lecteurs, si tu gardes deux ou trois rigatoni en bouche pendant assez longtemps, ils finissent aussi par se ramollir…

Bref, les ventes de vêtements chauds montent déjà en flèche alors que d’habitude on arrive aux soldes de janvier avec des rayons encore pleins, à cause de l’hiver trop doux qui n’a incité personne à aller au portemonnaie.

Et l’électricien qui doit venir installer une nouvelle prise chez l’Adrienne ne trouve pas une minute pour le faire: depuis l’été il passe sa vie sur les toits à installer des panneaux solaires.

D’où le choix de l’illustration, une des (très) rares photos du père pendant la guerre de 40, avec son vélo… et avec son manque de tout, nourriture et charbon 😉

***

Pour ceux qui comprennent l’italien, il y a aussi Stefania qui vous explique comment économiser l’énergie en utilisant une couverture: vous arrêtez le gaz à mi-cuisson, vous emballez votre casserole dans une couverture – elle recommande celle en grosse laine tissée bien serré, qui vous vient de votre grand-mère – et votre préparation continue à se préparer toute seule 😉
ça marche pour tout, dit-elle, sauf les haricots secs et les pois chiches.

W comme warm

La conférence avait lieu à la « Maison espagnole » et pour la première fois – sans doute pas la dernière par les temps qui courent – le mail précisait de penser à prendre des vêtements chauds (« voorzie warme kledij« ).

Finie l’époque où on allumait le chauffage pour un événement qui ne dure finalement que quelques heures. Aujourd’hui, on en fait l’économie 😉

Pendant la pause café, l’Adrienne en a profité pour faire le tour des salles et de leur décor Louis XV et XVI quand une dame en arrêt devant un poêle à bois a été prise d’un tel coup de nostalgie qu’il fallait apparemment qu’elle s’en ouvre à la première venue:

– Ah! « zo gezellig« ! c’était tellement mieux! ça chauffait si bien!
– Oui, fait l’Adrienne, on cuisait si on se tenait trop près et on avait froid si on était à côté de la porte 😉
– Oh! non! non! il faisait toujours bien chaud chez ma grand-mère!

Alors l’Adrienne s’est souvenue que la grand-mère de la chapellerie devait toujours avoir au moins 27° dans son séjour, qui était une grande pièce, avec un passage ouvert vers la cuisine, qu’on chauffait donc en même temps…

– C’est vrai, admet l’Adrienne, le « feu continu » chez mes grands-parents, ça chauffait bien. Mais celui-ci, à mon avis, est un feu à bois.

La dame n’a pas voulu la croire alors la question est pour vous: à votre avis, ce poêle fonctionnait-il au bois ou au charbon?

***

photo prise dans ma ville le 24 septembre dernier