D comme decolletéportemonnee

decolletéportemonnee

Il est toujours amusant de constater comme nos voisins hollandais aiment les mots français, voyez ce « decolletéportemonnee » que le journal flamand a appelé « boezembeugel », ce qui veut dire à peu près la même chose 🙂

On y apprend que cette mini-pochette à mettre à l’intérieur d’un bonnet de soutien-gorge a obtenu le prix du public fin 2012 mais apparemment il n’est que pleinement commercialisé depuis peu.

Le mot a intégré le dictionnaire après avoir remporté 15 % des voix pour désigner le néologisme de l’année. La pochette est juste assez grande pour contenir une carte bancaire ou quelques billets, permettant de sortir en boîte et de danser sans avoir à se soucier d’un sac à main.

Bien, bien, me dis-je, mais je doute que ce soit vraiment invisible sous un léger vêtement, et certainement au moment de sortir discrètement mes sous de mon décolleté 🙂 

Et surtout, comme je fais sans sac à main, pour les clés de la maison? le carnet? le stylo? le mouchoir? le téléphone? 

info article et source de la photo © Hemaontwerpwedstrijd.nl    ici.

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Stupeur et tremblements

flat earth society

C’est chez Liborio Butera, le 15 décembre dernier, que j’ai appris le mot et la chose: i terrapiattisti, ceux qui croient mordicus que la terre est plate. Aujourd’hui encore, oui.

Le 16 janvier, les Cafards relayaient sur leur blog un article de l’Express où il était question de la préparation d’une croisière en bateau dans le but de prouver que la terre est plate et entièrement bordée d’une sorte de mur de glace.

Ils ont leur site, la Flat Earth Society, et sont fiers d’être ce qu’ils appellent eux-mêmes « la voix de la raison ». Ils ont leur merchandising, bien sûr, et une ahurissante page wiki pour prouver, par exemple, par quelle conspiration on essaie de faire croire aux gens que la terre est ronde.

Bien. Bien, bien.

Ça donne évidemment très envie de se moquer, et je ne serai pas la dernière à m’esclaffer d’un ‘comment est-ce possible!’

Puis je relis ce que Liborio reprend d’un copain qui dit ceci (je résume un peu):

« Ils sortent toujours du lit avec le même pied et du même côté. Changent de trottoir pour un chat noir. Ne passent jamais sous une échelle. Se touchent les parties génitales quand passe un corbillard. Font une dépression quand ils cassent un miroir. Lisent l’horoscope. Jettent une pièce par-dessus l’épaule dans la fontaine de Trevi. Mangent des lentilles le dernier jour de l’an. Accrochent des fers à cheval au mur et une queue de blaireau dans leur auto. N’ouvrent jamais un parapluie dans la maison. Jettent du sel sur le bord de la fenêtre ou derrière le dos, à table. Font un vœu devant une étoile filante. Et bien sûr se moquent des terrapiattisti. »

On risque toujours d’être la risée de celui qui se croit plus malin que nous, c’est vrai. Mais quand même…  ça va fort, chez la Flat Earth Society. Très fort.

Juste un exemple: « Antarctica is sealed off from the rest of the world by ‘red tape’ […] that make exploration of Antarctica virtually impossible for anyone. »

CQFD 🙂

Question existentielle

anuna

Elle a 17 ans, est en Terminale dans une petite ville du nord du pays et le 5 janvier elle a lancé ce mois-ci un appel aux écoliers belges: séchons les cours chaque jeudi pour aller manifester à Bruxelles. 

Spijbelen voor het klimaat! Brossen voor de bossen! (1)

A sa propre stupéfaction, elle a constaté que le jeudi suivant son appel, le 10 janvier, 3000 écoliers avaient rejoint la capitale pour manifester.

Jeudi dernier, ils étaient 12 500, selon les chiffres officiels de la police.

Parmi cette foule exubérante et colorée, quelques élèves de Madame.

Ils ne sont pas fous, ces jeunes: ils placent les adultes – leurs parents, leurs profs, la direction de leur école et finalement aussi leur gouvernement – devant le fait accompli, les obligeant ainsi à prendre parti, à se déclarer: Pour ou contre? Approuver ou désapprouver? Soutenir ou blâmer? Autoriser ou interdire? Applaudir ou punir?

Bien sûr qu’ils n’ont pas le droit de sécher les cours. Mais s’ils manifestaient le mercredi après-midi ou le samedi, quel en serait l’impact dans la presse et sur les dirigeants? Il y a eu 75 000 manifestants en un seul jour pour le climat le 2 décembre dernier, est-ce que ça a fait bouger quelque chose? Voilà ce que cette jeune fille répond. Et elle a raison, bien sûr.

Bien sûr que ces (très) jeunes sont des enfants de leur siècle, qu’ils en sont déjà à leur troisième smartphone, ont déjà pris l’avion au moins vingt fois, sont à tout point de vue dans la (sur)consommation, en un mot que leur empreinte écologique personnelle est des plus désastreuses. C’est à nous de les convaincre que toutes ces « petites choses » (à leurs yeux) font une vraie différence.

Ce qu’ils demandent, ce sont des réorganisations structurelles, globales, efficaces et ambitieuses. Inscrites dans les lois et les accords internationaux. 

On verra bien ce qu’ils diront quand ils le sentiront dans leur confort, leur mobilité, leurs loisirs, leur quotidien… et leur porte-monnaie.

Ou celui de papa-maman, qui pour le moment se déclarent très fiers de leurs manifestants 🙂

source de l’image ici et un article sur le sujet chez Daardaar (traduit du néerlandais)

(1) ‘brossen’ et ‘spijbelen’ sont deux mots qui signifient ‘sécher les cours’, de bossen = les bois

B comme Behrouz Boochani

behrouz

Le livre de l’année 2018, dit l’auteur de l’article, prof de littérature à l’université de Louvain (KUL), a été écrit par un demandeur d’asile prisonnier depuis 2013 sur l’île de Manus: No Friend but the Mountains, par Behrouz Boochani, journaliste, diplômé en sciences politiques et réfugié kurde d’Iran.

Un livre et un témoignage d’autant plus importants que bon nombre de nos politiciens d’Europe et des Etats-Unis admirent et promeuvent la ‘solution finale’ trouvée par les autorités australiennes dans le traitement des migrants essayant d’atteindre leurs côtes… 

© Asylum Seeker Resource Centre – source de la photo et article en néerlandais ici

article de Jasmine Caye (en français) ici

article en anglais (The Guardian) ici

Z comme Zeebrugge

Zeebrugge port gets ready for Brexit

Zeebrugge is Brexit proof, peut-on lire sur de grands affichages le long du port. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement, Brexit proof, se demande l’Adrienne, à un moment où on ne sait pas encore quelles seront les modalités de ce Brexit?

Dans un article du 7 décembre, un journaliste du Guardian se pose la même question. Vous le lirez si ça vous intéresse.

L’aspect le plus comique de la chose, ce sont ces Britanniques qu’il interviewe sur leur vote pour ou contre le Brexit, à l’époque. Comme ce chauffeur de camion qui fait le trajet Zeebrugge-Hull depuis toutes ces années et qui a voté pour le Brexit, dans l’idée que ‘ça ne passerait pas’ parce que si ça passait, ça ruinerait son boulot ( » I never thought it would pass. Brexit could wreck my job »).

Ou comme cette touriste de 71 ans qui a voté pour le Brexit mais revient d’une visite au marché de Noël à Bruges. Elle aussi est persuadée que ça ne changera rien puisque de toute façon “People will still want their fun, won’t they?”

Stupeur et tremblements

On fera de vous «une classe bien sage»

13 DÉC. 2018 PAR       BLOG : LE BLOG DE JÉRÔME FERRARI

Dans un texte lu le 13 décembre, dans le cadre d’une soirée consacrée à la question des dérives autoritaires, l’écrivain Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012, revient sur les violences policières qui ont émaillé les mobilisations des « gilets jaunes », les interpellations préventives et les images de l’arrestation des lycéens de Mantes-la-Jolie.
mantes

Le dimanche 2 décembre, j’ai traversé le 8ème arrondissement pour me rendre à Orly. Sur le boulevard Haussmann, il y avait encore quelques barrières de chantier empilées, de grands panneaux de contreplaqués sur les vitrines et je n’ai pas pu retirer de liquide, au désespoir du chauffeur de taxi, parce que les distributeurs automatiques avaient été cassés. Pour un lendemain de guerre civile, c’était quand même assez décevant. Je ne suis pas journaliste mais il me semble que Paris n’offrait qu’une ressemblance assez lointaine avec Beyrouth en 1982 ou Vukovar en 1991 et ne pouvait, avec la meilleure volonté du monde, faire figure de candidat sérieux à l’illustration du chaos. Bien sûr, il y a eu des dégradations et des pillages – de la violence, donc. C’est vrai. Un article paru sur le site du Monde le 12 décembre nous donne d’ailleurs une idée claire du niveau de cette violence. Qu’on en juge :

Mais, en fin d’après-midi, une horde de pilleurs défonce la vitrine de la petite boutique et la pille sous les yeux de voisins terrifiés et de badauds sidérés. Plusieurs d’entre eux filment la scène avec leur smartphone. Une voisine s’interpose, en se faisant passer pour la gérante : « Dégagez. Dégagez. Je suis la propriétaire de la boutique », hurle-t-elle, tout en filmant les pilleurs avec son téléphone. Les derniers pilleurs décampent.

La férocité de la horde qu’une voisine terrifiée mais heureusement armée d’un smartphone suffit à faire décamper donne évidemment le frisson. Cet extrait est assez révélateur de la modération sémantique dont font preuve les médias quand il s’agit de décrire les manifestations – et encore n’ai-je pas cité les éditorialistes des chaînes d’info continue. Pour avoir une idée de leur virtuosité à manier l’hyperbole répugnante, il suffit de consulter le blog de Samuel Gontier qui s’inflige quotidiennement le spectacle des Barbier, Giesbert et Elkrief avec une abnégation confinant à la sainteté.

Peut-être vivons-nous dans une société si apaisée que le moindre débordement, la moindre incivilité nous apparaissent comme insupportables.

Nous serions saisis d’horreur à la vue d’une poubelle en flammes. Notre délicate sensibilité nous ferait voir un émule de Pol-Pot dans chaque pilleur de magasin de souvenirs. Nous n’aurions foi que dans les vertus du dialogue raisonnable et fraternel pour résoudre les conflits politiques. Après tout, nous vivons dans une belle et grande démocratie qui garantit à chacun le droit de s’exprimer sans recourir à la violence.

Cette explication charitable est évidemment fausse, et pas seulement fausse mais odieuse et indécente. Car la violence bien réelle de la police n’émeut pas grand monde sur les plateaux de télévision – je parle ici, je le précise parce qu’il faut bien que les mots signifient de temps en temps quelque chose, de mains arrachées et d’orbites fracturés, pas de la vandalisation d’un distributeur automatique. Pourtant, de très nombreux témoignages et des vidéos attestent de manière incontestable que les bien-nommées forces de l’ordre ont systématiquement eu recours aux matraquages, aux tirs de flash-balls et aux grenades de désencerlement alors même qu’elles ne faisaient face à aucune menace immédiate. Y a-t-il ici matière à sidération ?

« La République a le droit de se défendre », justifie Bruno Dive, de Sud-Ouest. « Ça se fait dans le cadre de l’État de droit, de la justice, certifie l’“économiste” Nicolas BouzouDonc y a aucun problème. »

C’est ainsi que, depuis des semaines, l’euphémisme répond systématiquement à l’hyperbole dans une dialectique particulièrement abjecte qui n’a pas d’autre but que de justifier a priori la disproportion de la riposte de l’État.

Le message est très clair : votre colère, vos revendications, votre simple velléité de manifester constituent une violence intolérable qui justifie les interpellations préventives. Entre vos mains, des fioles de sérum physiologique, des masques de protection, des pétards dont l’usage est déconseillé aux moins de douze ans deviennent des armes d’une « dangerosité manifeste ». Entre les mains des policiers, le LBD 40 et la grenade GLI-F4 sont des jouets inoffensifs et, bien sûr, éminemment républicains. Si une vieille dame est blessée chez elle par l’explosion d’une lacrymogène et décède le lendemain d’un arrêt cardiaque sur la table d’opération, il ne faut donc pas s’étonner que le procureur de Marseille affirme sans rire qu’il n’y a aucun lien entre les deux événements. Je ne doute pas que dans l’exercice quotidien de son métier, il fasse un usage aussi prudemment sceptique du principe du causalité.

La violence qui vous touche n’est pas une violence, elle n’existe pas, elle n’est rien.

Vous ne comprenez pas qu’on ne veut que votre bien. Vous ne comprenez pas grand-chose, en vérité. Il faut tout vous expliquer, faire preuve de pédagogie, comme avec les enfants parce que vous êtes des enfants. Mais vous prenez tout mal. Quand le président dit qu’en traversant la rue, il vous trouve du travail, c’est juste une maladresse, ou c’est trop subtil pour vous, peu importe que, par contraposée, cette phrase signifie exactement : si vous ne trouvez pas de travail, c’est que vous ne vous êtes même pas donné la peine de traverser la rue, que vous êtes donc des branleurs, des feignasses incapables de faire des efforts pour vous en sortir. Et si vous êtes rétifs à la pédagogie, on vous punira, comme on punit les enfants, c’est-à-dire, si j’ai bien compris, en vous faisant vous agenouiller en ligne face à un mur, les mains derrière la tête et en filmant votre humiliation. On fera de vous « une classe bien sage ». Et puis ça vous fera un souvenir, ainsi que le remarque avec une admirable humanité celle qui fut jadis la candidate de gauche à l’élection présidentielle.

Je crains de m’être un peu trop laissé aller à des considérations morales. Il faudrait peut-être conclure sur un plan strictement pragmatique. Après tout, ces pratiques peuvent être à la fois ignobles et efficaces. Le policier qui compare les lycéens de Mantes à « une classe bien sage », réflexion qui sonne à mes oreilles d’enseignant laxiste et paranoïaque comme un reproche ironique, a tout à fait raison : en employant ses méthodes, nous n’aurions jamais affaire qu’à des classes bien sages. Si on pouvait taser les retardataires et les bavards, gazer les plagiaires, ramener les insolents à la raison à coups de flash-balls ou, tant qu’à faire, exécuter pour l’exemple les élèves perturbateurs, nous ferions tous cours dans un silence de cathédrale.

Hélas, la peur n’est pas la paix, la contrainte n’est pas l’autorité, la force n’est pas la justice, l’avilissement n’est pas la sanction. En ayant systématiquement recours à la peur, la contrainte, la force et l’avilissement, le gouvernement ne se montre pas seulement ignoble mais inefficace parce qu’il ne produira que de la haine. Que cette haine soit ou non justifiée est hors de propos : elle est seulement un effet nécessaire de la façon dont le gouvernement conçoit le dialogue social et le maintien de l’ordre.

J’ai un peu honte d’avoir à formuler une conclusion d’une trivialité si consternante. Il n’est évidemment pas difficile de comprendre que si l’on me matraque en me traitant d’imbécile et en affirmant par-dessus le marché que c’est de ma faute, on ne doit pas s’attendre à ce que je m’en trouve tout pétri d’amour et de gratitude. Il faut croire que nos gouvernants ont développé une forme d’intelligence supérieure qui les rend insensibles aux charmes de l’évidence. Voilà qui, je l’avoue, me sidère davantage qu’une vitrine défoncée.

———

Avant d’être publié sur Mediapart, ce texte a été lu par le réalisateur Thierry de Peretti, jeudi 13 décembre, dans le cadre d’une soirée consacrée à la question des dérives autoritaires, soirée à laquelle ont notamment participé Virginie Despentes, Éric Vuillard, Nathalie Quintane, Frédéric Lordon, Corinne Masiero, Marwen Belkaïd, Alain Guiraudie, Mathilde Larrère, Gérard Noiriel, Gérard Mordillat, Guillaume Mazeau et bien d’autres…

https://blogs.mediapart.fr/jerome-ferrari/blog/131218/fera-de-vous-une-classe-bien-sage

 

Question existentielle

Il faut croire que ça correspond à un réel besoin, voici qu’un nouveau métier vient d’être inventé, le « social media-sitter ».

Vous êtes en vacances mais en même temps vous voulez continuer à alimenter vos nombreux réseaux sociaux et réagir en temps réel à tout ce qui s’y passe?

Allez dans un hôtel Ibis suisse et offrez-vous les services d’un (je cite) « influenceur confirmé de la région: nos professionnels d’Instagram préparent les meilleurs posts pour ton profil. Tu pourras profiter de ton séjour en ville sans ton smartphone devant les yeux. »

Voilà, c’est aussi simple que ça. Et non, je n’invente pas, voyez vous-même ici. Vous y trouverez une galerie de photo avec le nom et les spécialités de chaque « influenceur ».

La question que je me pose est la suivante: qui fait appel à ce genre de service? quelle sorte de gens sont à la fois tellement accro et pourtant prêts à céder la main?

La question restera (provisoirement?) sans réponse, voyez vous-même:

« Profite de ton escapade citadine sans le moindre stress numérique. Notre social media sitter s’occupe de ton profil Instagram. Et toi, tu peux partir découvrir la ville en toute tranquillité. Le service «Relax we post» pouvait être réservé du 3 novembre au 2 décembre 2018. »

Apparemment, cette offre était la version ‘test’.

Reste à voir si l’expérience sera poursuivie…