Stupeur et tremblements

Il ne se passe pas de semaine sans qu’on puisse lire de tristes nouvelles sur un de nos mammifères marins trouvé mort avec dans le ventre des kilos de plastique.

Une étude récente de la WWF démontre que l’homme aussi, sans le savoir, ingère environ cinq grammes de plastique par semaine. Ce qui équivaut au poids et à la taille d’une carte de banque. Ou au poids et à la taille d’un stylo bille

Chaque semaine.

Mais là n’est pas la cause principale de stupéfaction chez l’Adrienne – sur cette planète, qui pourrait encore dire, de nos jours, ne pas être au courant de cette pollution? – non, le plus stupéfiant, c’est que son magazine place un tel article dans son supplément « week-end » sous la rubrique « culinaire ».

Bon appétit!

R comme Regine Beer

Sans doute est-ce suite aux élections de mai dernier, ces temps-ci plus qu’à l’ordinaire me revient en mémoire le témoignage de Regine Beer.

Nous étions des écolières de seize ans quand cette dame est venue nous raconter son histoire. Elle s’en faisait un devoir, disait-elle, car elle appartenait aux « derniers témoins« . Alors elle témoignait, même s’il lui en coûtait. Même si d’école en école, elle devait raconter 1500 fois les mêmes faits et probablement répondre aux mêmes questions.

Qu’elle ait produit sur moi une grande impression, nul doute, puisque jusqu’à aujourd’hui je me souviens de son nom, bien que je ne l’aie plus rencontré par la suite.

Une belle grande dame, qui avait décidé de survivre et de ne pas se laisser entraîner vers la haine, même pas envers ses bourreaux. Qui a passé sa vie à être positive et à aimer l’humanité.

Mais qui a, jusqu’à la fin, dû vivre avec ses démons – images et souvenirs de ce qu’elle avait vécu – qui lui causaient régulièrement des phases de dépression. Comme, on le sait, à d’autres survivants des camps.

Une anecdote en particulier m’est restée. Elle s’insurgeait contre le gaspillage et nous disait qu’elle était incapable de jeter un pot de yaourt dont elle n’aurait pas consciencieusement léché le couvercle et raclé toutes les parois. Elle avait eu trop faim – à son retour des camps et de la marche forcée, elle ne pesait plus que 31 kilos – et il y avait encore, sur cette terre, trop de gens qui avaient faim, disait-elle, pour que nous puissions jeter de la nourriture.

Peut-être que ce détail-là m’est resté parce que c’était exactement le discours de ma grand-mère Adrienne et que je l’avais déjà fait mien.

En tout cas, chaque matin depuis lors je pense à Regine Beer en léchant consciencieusement le couvercle de mon yaourt et en raclant soigneusement le petit pot 🙂

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source de la photo ici, qui montre Regine Beer l’année de sa déportation – née le 5 novembre 1920 et arrêtée le 3 septembre 1943. Elle est décédée en mars 2014.

P comme pétitions

Mercredi, midi dix. L’Adrienne reçoit un message dont le titre la surprend beaucoup, il commence par « Grâce à vous… »

Non, se dit l’Adrienne, ce n’est pas grâce à moi. Quarante mille Belges ont signé cette pétition. L’UCL s’est mobilisée. Deux cents personnes ont protesté devant l’ambassade du Nicaragua à Bruxelles.

C’est grâce à tous ces gens qu’Amalia Coppens est libérée.

Mais ça fait tout de même plaisir de savoir que les pétitions, ça peut aider.

Parfois, on en douterait…

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La photo vient du site d’Amnesty international, Belgique francophone.

 

H comme heureux évènement (bis)

Il y avait déjà eu une naissance dans la famille des éléphants en février et ce 8 juin un deuxième bébé est arrivé.

La maman s’est débrouillée toute seule, dit le soignant, le bébé a très vite réussi à se mettre sur ses quatre pattes et les autres femelles forment un solide cercle de famille. Tout va donc très bien.

Faudra que l’Adrienne finisse par aller faire un tout à Pairi Daiza 🙂

Longue vie à cette jolie – et touchante – petite bête!

article ici.

 

D comme délation

Carré noir (MNAM).jpg

Celui-là même, qui depuis cinq ans est à la tête du parti d’extrême droite ayant fait son meilleur score aux dernières élections, celui-là même est cet ancien président d’un groupement d’étudiants ayant appelé les écoliers à dénoncer leurs professeurs tenant en classe des propos « de gauche ».

A l’époque il y a eu un tollé général et il a dû mettre une sourdine.

Mais comme toujours, c’est à force de répéter des atrocités qu’elles finissent par passer.
Son prédécesseur avait déjà lancé l’idée en 1989 et on peut lire ici que nos voisins du nord viennent de la reprendre en ce joli printemps de 2019. 

Carré noir, de Kasimir Malevitch

 

Stupeur et tremblements

zola J'accuseMonsieur le ministre,
À ma très grande surprise, vous m’avez adressé la semaine dernière un courrier pour m’annoncer que vous me décerniez le grade de chevalier des arts et lettres.
Je vous remercie de cette délicate attention, mais j’ai bien peur de devoir refuser cet « honneur ».
Déjà, spontanément, je n’ai jamais été très excité par les médailles. Pierre Desproges disait « les décorations, c’est la libido des vieux ». Je me plais à penser que je n’en suis pas encore là. Il y a cependant des distinctions plus réjouissantes que d’autres, et celle-ci a l’inconvénient, monsieur le ministre, d’être remise par un représentant politique.
Or, comment accepter la moindre distinction de la part d’un gouvernement qui, en tout point, me fait honte ?
Car oui, il s’agit bien de honte.
J’ai honte de ce que votre gouvernement fait des services publics, au nom du refus dogmatique de faire payer aux grandes entreprises et aux plus grosses fortunes les impôts dont elles devraient s’acquitter. « il n’y a pas d’argent magique » martèle votre leader. Il y a en revanche un argent légal que monsieur Macron refuse d’aller chercher pour ne pas déplaire à ceux qui ont financé sa campagne.
J’ai honte, lorsque j’entends monsieur Castaner s’indigner que l’on puisse « s’attaquer à un hôpital », comme il l’a fait récemment, alors que c’est bien votre gouvernement qui fait le plus de mal aux services de santé, et pas trois gilets jaunes qui cherchent à se mettre à l’abri au mauvais endroit. J’ai honte de ce gouvernement qui en supprimant l’ISF, a divisé par deux les ressources des associations qui prennent à leur charge les plus faibles, les plus démunis, les laissés pour compte, à la place de l’état.
J’ai honte lorsque votre gouvernement refuse d’accueillir l’Aquarius et ses 160 réfugiés qui demandent de l’aide, et encore plus honte lorsque monsieur Castaner, encore lui, accuse les ONG qui tentent par tous les moyens de sauver des vies d’être « complices » des passeurs.
J’ai honte lorsque je vois la police « escorter » les militants de Génération Identitaire après leur coup de com’ au col de Briançon pour les « protéger » contre les militants favorables à l’accueil des réfugiés. Certains de ces derniers furent d’ailleurs interpelés, alors que tous les membres de Génération Identitaire sont rentrés chez eux fêter leur coup de publicité.
J’ai honte de votre politique indigne d’accueil des migrants, et en particulier des mineurs isolés. Le gouvernement auquel vous appartenez a accéléré le rythme des expulsions, voté l’allongement à 90 jours de la période de rétention pour les étrangers en situation irrégulière. De la prison, donc, pour des personnes n’ayant commis aucun crime, hommes, femmes, enfants, nouveaux-nés. Pendant ce temps, des préfets plusieurs fois condamnés pour non respect du droit d’asile sont maintenus en poste.
Pour de sordides calculs électoraux, le gouvernement auquel vous appartenez foule aux pieds tous les principes philosophiques et moraux qui sont à la base de la constitution et de l’histoire de ce pays, et passe à côté du sens de l’Histoire. Soyez certain que l’Histoire s’en souviendra.
J’ai honte de l’incapacité de ce gouvernement à prendre en compte l’urgence écologique, qui devrait pourtant être le seul sujet à vous préoccuper vraiment. En dehors d’effets d’annonce, rien dans les mesures prises depuis deux ans n’est à la hauteur des enjeux de notre époque. Ni sur la sortie des énergies fossiles, ni sur le développement du bio, des énergies renouvelables ou la condition animale. Votre gouvernement reste le loyal service après-vente des lobbies, de l’industrie agroalimentaire, des laboratoires, des marchands d’armes…
J’ai honte, monsieur le ministre, de ce gouvernement mal élu ( le plus mal de la l’histoire de la cinquième république) qui ne tient plus que par sa police ultra violente.
J’ai honte de voir, depuis des mois, partout en France, éclater des yeux, exploser des mains ou des visages sous les coups de la police, de Notre Dame des Landes aux Champs-Elysées, à Toulouse, Biarritz, Nantes. Le monde entier s’alarme de la dérive sécuritaire de votre gouvernement, de l’utilisation abusive d’armes de guerre dans le maintien de l’ordre, mais vous, vous trouvez que tout va bien.
Je pense à Maxime Peugeot, 21 ans, et à sa main arrachée par une grenade dans un champ de Notre Dame des Landes. Qu’est-ce qui pouvait bien menacer à ce point la sécurité de la France, dans ce champ à vache du bocage breton, pour qu’on en arrive à faire usage d’une telle violence ? 2500 gendarmes, une opération de guerre à plusieurs millions d’euros menée pour détruire une trentaine de cabanes en bois (« il n’y a pas d’argent magique »…) et procéder à une dizaine d’expulsions… Je pense à Lola Villabriga, 19 ans, défigurée à Biarritz par un tir de LBD que rien ne justifiait et qui vit désormais avec des plaques d’acier dans la mâchoire, alors que c’était sa première manifestation. Je cite deux noms, mais vous le savez sûrement, ils sont aujourd’hui des centaines. Suivez le travail de David Dufresne si le sujet vous intéresse.
Comme vous le voyez, nous avons peu de points communs, politiquement. Et dans un monde où les distinctions culturelles seraient remises par le milieu culturel lui-même, sans intervention du politique, j’aurais accepté celle-ci avec honneur et plaisir. Mais il n’y a pas de geste politique qui ne soit aussi symbolique, et je sais déjà que si un jour j’atteins l’âge avancé où on prend son pied à exhiber ses breloques, j’aurais bien peu de plaisir à me rappeler que celle-ci me fut remise par le représentant d’un gouvernement dont j’aurais si ardemment souhaité la chute et la disgrâce.
Passons malgré tout une bonne journée,
Je crois qu’il faut beaucoup de courage – plus une bonne dose de colère et de talent – pour refuser ces honneurs et écrire un nouveau « J’accuse »
La lettre est un peu longue, je me demande si les personnes concernées l’auront lue jusqu’au bout… et surtout quelles suites elles y donneront.
source de l’illustration ici

I comme Isère, misère!

Béline a gardé la doudoune et le duvet. Elle a horreur d’avoir froid et ce matin, avec le temps qu’il fait, elle aurait préféré rester près du feu.

Et elle a dû quitter la maison si tôt qu’elle a à peine eu le temps de déjeuner, alors évidemment elle a des vertiges et en route elle a dix fois frôlé la catastrophe. Elle espère qu’elle ne devra pas prendre ces risques chaque matin, dorénavant!

Mais voilà son copain Panurge qui arrive dans la cour! Elle s’empresse d’aller froufrouter de son côté, du sirop plein la voix en s’adressant à lui, comme dans un film d’amour qu’elle a vu l’autre soir.

Et lui, le pauvre, dans un vieux réflexe machiste, se dit « J’emballe, j’emballe sec! Cette nana, elle est à moi, je le sens, ça va marcher comme sur des roulettes! »

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Ecrit pour Les Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots imposés suivants: DUVETHORREUR – AIMER – TEMPS – FEU – FROUFROUTER – VERTIGE – SIROP – FROID – FRÔLER – FILM – ROULETTE – RISQUE – RÉFLEXE

Emilie a rajouté six mots à la collecte.  On pouvait laisser de côté les trois derniers (ci-dessus en italiques). Mais j’ai fait la totale 🙂 

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On a parlé de l’Isère dans nos quotidiens de Flandre, pour cette affaire du plus haut comique…

Voir les articles en français ici et ici, deux exemples parmi des tas d’autres.

J’ai surtout aimé les prénoms des élèves à quatre pattes, j’espère qu’il y avait parmi eux une Béline, en hommage à Molière 🙂