E comme exnovation

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« Vers une économie durable: les défis de l’exnovation » lit l’Adrienne un matin de juin.

C’est fou le nombre de mots nouveaux qui apparaissent ces temps-ci!

« Des chercheurs de l’IGEAT ont obtenu un financement d’Innoviris pour mener à bien leur projet GOSETE sur l’exnovation en Région bruxelloise, soit les processus de déstabilisation, déclin et abandon des modes de production et de consommation non durables. »

Vivement que Monsieur le Goût revienne de vacances et qu’on puisse amuser nos lundis avec ses tableaux 😉

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article ici. photo du 30 août 2019 (Bruxelles, expo à la Villa Empain)

Z comme zeevonk

Images de Bredene

Ce mois-ci l’Adrienne a encore appris un nouveau mot, zeevonk en néerlandais, et apparemment en français surtout connu sous son nom latin, noctiluca scintillans.

Des photos et des vidéos de merveilleuses vaguelettes d’un bleu fluorescent ont fait le tour de nos réseaux sociaux et journaux, après qu’elles avaient été observées sur la plage de Bredene, près d’Ostende

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Un phénomène relativement neuf dans notre mer du Nord, une autre conséquence – et une preuve, s’il en fallait encore – du réchauffement climatique.

Toute l’info en français ici, avec des explications sur le phénomène et d’autres photos – source des photos et article en néerlandais ici.

W comme wagon de train

Lidewij met 2 treinbegeleiders

Des entretiens à cœur ouvert avec des gens passionnés par leur métier, voilà ce qu’on voit et entend dans ce reportage réalisé sur le trajet qui va d’Ostende à Eupen, une ligne qui traverse donc tout le pays et est une de celles à plus forte affluence… neuf cents passagers en temps normal, à peine trente la première semaine de la phase 1 du déconfinement.

Pendant tout un mois, entre le moment où les entreprises ont pu reprendre le travail in situ et celui où les cafés et restaurants ont rouvert, la journaliste a pris ce même train dans les deux sens, avec chaque fois la même jeune conductrice, les mêmes contrôleurs, le même agent de la sécurité…

Trains quasiment vides au début, donc – avec juste quelques personnes des rares secteurs fonctionnant encore, in casu des infirmières – et qui se remplissent un peu au fil des semaines.

Chaque rencontre est un petit document humain, car comme le disent les contrôleurs dans ce reportage, le masque et les autres mesures mettent de la distance entre les gens et eux – sans compter une certaine peur, en plus, parfois – mais en même temps on ressent qu’il y a un réel besoin de communiquer, de se raconter, de s’épancher même.

Le vieux monsieur qui a mis son masque à l’envers (« ah! c’est pour ça qu’il me glisse tout le temps du nez! »), la dame à déambulateur (qu’elle appelle avec humour sa mercedes décapotable – elle y a d’ailleurs accroché le fameux emblème) qui peut enfin retourner à son appartement à la mer, les amoureux qui ont été séparés deux mois à cause du confinement (« ça fait sept mois qu’on est ensemble, moins deux, donc en fait ça ne fait que cinq »), la jeune étudiante qui va à son examen (mais qui n’a « pas eu le temps d’étudier »), le réfugié guinéen qui rêve de l’Angleterre (où personne, croit-il, ne vit dans la rue comme lui)…

Het leven zoals het is, dit-on chez nous, la vie comme elle est.

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source de la photo et article ici.

 

Stupeur et tremblements

Plazanterikken - Home | Facebook

En quelques endroits du pays, une école primaire ou maternelle à peine rouverte depuis le 8 juin a déjà dû renvoyer tous les enfants dans leur foyer.

Après détection d’un élève présentant l’un ou l’autre symptôme.

Mais il ne faut pas s’inquiéter, c’est une simple mesure de précaution et de toute façon, la contamination est venue de l’extérieur, pas de l’école.

Rassurant, en effet!

Chaque soir de la semaine, une émission consacrée à l’actualité débrouille pour nous l’écheveau des destinations de vacances possibles. Avec l’expert pour rassurer le consommateur et le remettre dans l’avion à destination de la Grèce: on y sera au coude à coude mais l’air est renouvelé en permanence et les filtres sont si performants qu’ils ne laissent passer aucun virus.

C’est formidable!

Si le coude à coude dans l’avion pendant une paire d’heures ne pose aucun problème, demandent quelques anciens élèves actifs dans le secteur culturel, pourquoi n’a-t-on pas pu rouvrir les salles de spectacle, alors qu’elles ont tout adapté en fonction d’une distanciation garantie d’un mètre et demi?

Il est trop tôt pour prendre l’avion, dit une autre experte.

Ik ben ongerust dat dit alles tot doel heeft om zo snel mogelijk terug te keren naar een maatschappij die als ‘normaal‘ beschouwd wordt. Ik maakte me namelijk, eerlijk gezegd, vóór de coronacrisis al wat zorgen over deze maatschappij.

Je m’inquiète (écrit une psychiatre dans une lettre ouverte du 12 juin) que tout soit mis en oeuvre pour un retour rapide ‘à la normale’. En réalité, je m’inquiétais déjà avant la crise du corona, de ce qu’était l’état ‘normal’ de notre société.

Et c’est ainsi que les jours se succèdent avec leur lot infini de stupeurs et de tremblements…

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sur les réseaux sociaux fleurissent des dessins comme celui en illustration, où on se demande pourquoi les salles de concert ne sont pas accessibles alors que les avions peuvent voler avec chaque siège occupé.

Question existentielle

Leidt droogte tot meer Belgische quinoa?

Les séances d’applaudissement et de vénération virtuelle sont à peine terminées – sans avoir toutefois apporté un salaire plus décent aux infirmières – qu’on voit fleurir de nouvelles préoccupations à cause de la sécheresse persistante et du manque d’eau.

Avec parfois une ouverture sur quelque chose de neuf et de positif, comme cette question recevant une réponse affirmative : « Leidt droogte tot meer Belgische quinoa?« , est-ce que la sécheresse fera qu’on cultivera davantage de quinoa en Belgique?

Oui, dit l’article, puisqu’un champ ensemencé en avril n’a pas eu de pluie et les plantules sont allées chercher l’humidité du sol jusqu’à une profondeur de 50 centimètres, alors que nos cultures traditionnelles (la betterave, la pomme de terre…) souffrent énormément…

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texte écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: fleurir – capharnaüm – ouverture – salaire – vénération – sécheresse – manque.

Merci Olivia!

article et source de la photo ici.

L comme Léon

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– J’aime ton prénom, dit Madame au petit garçon qu’elle a devant elle pour la toute première fois. C’était le prénom de mon papa.

Petit Léon est un de ces nombreux enfants qui, bien que son école ait rouvert ses portes, n’y retourne pas.
Parce que les locaux ne sont pas extensibles et qu’il n’y ni locaux ni personnel en réserve pour recevoir tous les élèves en respectant les normes de distanciation. Ils sont 28, dans sa classe.
Parce qu’il faut donner la priorité à tous ceux qui pendant trois mois n’ont rien fait. Ou si peu.
Parce que, comme a dit la maîtresse à la maman du petit garçon, il est bien suivi à la maison et peut donc continuer encore un peu à se débrouiller sans son aide.

Et oui, à la maison, il est bien suivi.

Autour de la table où sont étalés ses devoirs, il y a papa, maman et le grand frère.
Chacun donne son avis sur ce qu’est une « phrase déclarative négative ».
Personne n’est d’accord.
Tout le monde s’énerve.
Petit Léon pleure.

– Je vais devenir folle, dit la maman à Madame. Vous le savez, vous, ce que c’est une « phrase impérative négative »?
– Amenez-le-moi, dit Madame, on va voir ça ensemble.

Après les devoirs, Madame ramène le petit Léon chez lui.

– Ça, c’est mon école, dit-il alors qu’ils passent devant.
– Ça ne te manque pas trop, l’école? demande Madame.
– Si! un peu quand même! fait-il avec une conviction qui dément le « un peu ».

Puis il se lance dans des explications très compliquées de récrés séparées, de réfectoire en plusieurs temps, de circulation comme ceci et comme cela et Madame en conclut une nouvelle fois qu’elle a pu prendre sa retraite juste à temps.

7 mai 2020

Décès de Patrick Nothomb: l’ambassadeur a rejoint son dernier poste

Lettre d’Amélie Nohomb en hommage à son père, décédé au début de la période de confinement:

Paris, le 7 mai 2020

Cher Papa,

Le 17 mars, à 23h30, tu as décidé de partir. Je respecte ta décision. Je te comprends : tu as choisi de mourir chez toi, dans les bras de Maman. Quand j’écris que tu as choisi de mourir, je ne parle pas d’euthanasie, même si ce sujet ne me choque pas. Je pense que tu souffrais profondément du cancer qui te rongeait, que la mort s’est présentée à toi et que tu l’as acceptée, comme on accepte la délivrance.

Donc tu es mort au premier jour du confinement. Cela aussi, je pense que tu l’as décidé. Le confinement, ce n’était pas fait pour toi. Tu étais – non, tu es, je ne  vois pas pourquoi je n’userais pas du présent – tu es un homme incapable de confinement. Il ne s’agit pas de juger le confinement, qui a réussi à beaucoup de gens. Toi, tu n’aurais pas supporté. Tu as toujours aimé l’extérieur, les fêtes, les rencontres. Tu as toujours aimé les autres. Ils te le rendent bien. 

Je ne sais pas ce qu’est la mort. Je ne m’étonnerais pas  que ce soit très différent du confinement. D’une manière qui échappe à notre entendement, j’y verrais volontiers une ouverture illimitée.

Je t’écris une lettre. Tu écrivais beaucoup de lettres, plus remarquables les unes que les autres. La dernière lettre que tu aies écrite de ton vivant, c’était le 11 mars, six jours avant ta mort. Tu l’avais adressée à l’auteur Stéphanie Hochet, dont tu admirais à raison le travail. Tu venais de lire son nouveau roman, Pacifique, le dernier livre qui t’ait enthousiasmé. Tu te montrais dithyrambique parce que tu l’étais. Tu lui disais que son roman était un chef d’œuvre – c’est le mot que tu as employé. Grand connaisseur du Japon, tu lui disais qu’elle avait admirablement compris ce pays. Tu terminais en lui assurant que tu parlerais de son livre autour de toi. Hélas tu n’as pas eu le temps. Alors, je transmets.   

Le confinement, pour moi, c’est ton départ. Je refuse que ce soit ton absence. La mort n’est pas la cessation de l’amour.

Je t’embrasse,

Amélie Nothomb

à lire ici en version manuscrite: https://www.calameo.com/books/002473731666f25e825eb

source de la photo ici

 

E comme être élève en 2020

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Vous le savez, pendant près de trois mois les élèves ont été interdits d’école. Chacun d’entre eux a vécu cela différemment: entre ceux qui ont été heureux de pouvoir faire leur travail scolaire chez eux, à leur rythme, et ceux qui ont galéré pour diverses raisons, il y a toute la gamme.

Vous le savez, dans nos villes d’Europe nous avons des tas d’enfants dont les parents n’ont pas la fibre pédagogique. Ou ne parlent pas la langue de l’école. Ou n’ont pas les moyens d’offrir l’espace ou les outils requis pour réaliser du bon travail-à-la-maison.

– A la maison, dit Imane, c’est impossible de me concentrer.

C’est ainsi que Madame apprend comment ils sont logés. A combien ils vivent. Et qu’Imane est l’aînée.

Elles ont donc rendez-vous dans un local de l’école. Qui, comme vous le voyez sur la photo, a été aménagé selon les règles strictes imposées par le Ministère. La porte du local doit impérativement rester ouverte.

Un peu plus tard, la directrice passe dans le couloir:

– Ah! mais non! ce n’est pas comme ça que vous devez vous mettre!

Madame le sait bien, qu’elle ne pourrait pas s’asseoir à côté d’Imane, même si toutes deux sont masquées.

Mais comment voulez-vous regarder à deux le manuel et les exercices, si vous êtes en vis-à-vis et séparées par le plexiglas?

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photo prise le 29 mai avant l’arrivée d’Imane, on ne voit que les affaires de Madame et tous les produits désinfectants 😉

B comme bonne blague

HOSTIE

C’est jeudi matin, après un moment de stupeur et d’incrédulité, que l’Adrienne a eu son grand, grand premier fou rire de la journée en lisant ce titre de journal: En Flandre occidentale, à la messe, il faudra ‘attraper’ son hostie si on veut communier.

Attraper l’hostie?
Va-t-on la lancer de loin?
La catapulter?
C’est quoi cette blague?

Et bien non, ce n’est pas une blague, même si elle fait bien rire: « bij de communie zullen kerkgangers hun hostie moeten ‘vangen’ » Lors de la communion il faudra attraper l’hostie.

Plus loin dans l’article on explique que le prêtre ne pourra pas déposer l’hostie dans la main du communiant, il devra « la laisser tomber respectueusement »

« Die moeten eerbiedig vallen in de handen van de kerkganger. »

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je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi, une semaine plus tard, j’en ris encore 🙂

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source de l’image ici où on répond à la question que faire si l’hostie tombe à terre.