I comme indécis

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Chez les parents de Souleyman, il y a une fenêtre de chaque côté de la porte d’entrée.

Sur celle de droite, une grande affiche est collée, vantant une candidate « verte ».

Sur celle de gauche est accrochée la souriante binette d’un candidat « rouge ».

Ils sont donc au diapason de beaucoup de gens que Madame rencontre ces temps-ci et qui lui disent:

– Cette fois, je ne sais vraiment pas pour qui voter!

Or, les élections communales et provinciales sont prévues pour dimanche prochain.

Par contre, ceux qui n’ont pas hésité un seul jour à trouver la réaction qui convenait au coup fumant de Banksy, ce sont nos amis surréalistes belges.

Je sais, c’est un pléonasme 🙂

La photo ci-dessus fleurissait sur les réseaux sociaux dès le lendemain.

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G comme géographie domestique

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Où se retire-t-on pour avoir un moment à soi? la chambre, le bureau, le fauteuil, la terrasse, le jardin?

La réponse se trouve dans une enquête très sérieuse réalisée en Grande-Bretagne: selon celle-ci, un tiers des hommes se réfugient dans la salle de bains, contre seulement un cinquième des femmes.

Pour ceux que ça intéresse, c’est ic: The Independent

Ça m’a bien fait rire parce que ça m’a rappelé mon grand-père, qu’on avait interdiction absolue de déranger, le matin après le petit déjeuner, quand il se retirait aux toilettes avec son journal.

Chose que lui seul avait le droit de faire, parce que – disait ma mère – c’est très mauvais de rester assis longtemps sur les toilettes.

Lui seul et aussi le petit frère, qui avait des intestins se mettant en branle dès qu’il était question d’aider à la vaisselle. Il revenait toujours au moment exact où tout était propre et rangé.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai encore des doutes sur le bien-fondé de l’argument maternel 🙂

***

photo prise à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose

O comme ombre et lumière

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C’est ainsi qu’il les aime, jeunes et inexpérimentées, ne se plaignant de rien, trouvant naturelles toutes ses exigences concernant la pose, trop heureuses d’avoir été élues, flattées d’y voir un hommage à leur beauté.

Car belles, elles le sont. Les traits fins, l’œil clair, les cheveux un peu fous dans un savant coiffé décoiffé. Il aime particulièrement le contraste d’une peau très blanche et des cheveux sombres. De l’œil très bleu souligné par une belle arcade sourcilière noire.

Pour celle-ci, il a choisi d’accentuer ce contraste en lui faisant mettre cet ample lainage rouge vif. La pomme à côté semble bien fade mais elle n’est là que pour donner une clé de plus à ceux qui n’auraient pas encore compris qu’elle représente l’Eve éternelle. 

– C’est ta faute aussi, lui dit-il ce soir-là alors qu’elle pleurniche sur le divan de son atelier. Tu n’as qu’à pas être si belle.

***

tableau et consignes chez Lakévio – présenter la femme comme une Eve ne pouvait que me faire penser au dernier en date à n’avoir pas pu « résister à la tentation », l’artiste flamand Jan Fabre.

F comme Frei

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« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. »

Eric Vuillard, L’ordre du jour, Actes Sud, 2017, incipit.

Vögler, Krupp, Siemens, Opel, vingt-quatre noms que l’auteur définit comme le « nirvana de l’industrie et de la finance » (p.18) ont répondu à l’invitation de Goering et le lundi 20 février 1933 rencontrent au Reichstag Goering et Hitler à qui ils offriront l’argent nécessaire pour financer sa victoire aux élections du 5 mars.

Ces vingt-quatre représentent « BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken » (p.25). « Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien, nos radio-réveils, l’assurance de notre maison, la pile de notre montre. » (p.25)

Jusqu’en 1944, ce « nirvana de l’industrie » a utilisé comme main-d’oeuvre des déportés de camps de concentration. Chez Krupp, « leur espérance de vie était de quelques mois. Si le prisonnier échappait aux maladies infectieuses, il mourait littéralement de faim (…) La guerre avait été rentable. » (p.145) Comme Bayer à Mauthausen ou BMW à Dachau, « Tout le monde s’était jeté sur une main-d’oeuvre si bon marché. (…) Sur un arrivage de six cents déportés, en 1943, aux usines Krupp, il n’en restait un an plus tard que vingt. » (p.146)

Et l’auteur conclut: « Ne croyons pas que tout cela appartienne à un lointain passé. Ce ne sont pas des monstres antédiluviens, créatures piteusement disparues dans les années cinquante (…) Ces noms existent encore. Leurs fortunes sont immenses. » (p.147) 

Le hasard d’une autre lecture du moment me le confirme: « Pendant que les balles crépitent, les contrats se signent sous les tentes. »

Alain Mabanckou, Le sanglot de l’homme noir, Fayard 2011, p.173.

En illustration, une photo prise au Mu.Zee d’Ostende, dans l’expo consacrée au génial Raoul Servais. L’inscription en néerlandais est le premier slogan utilisé par le parti d’extrême-droite en Flandre. L’oeuvre date de 2005 et a comme titre Rhapsodie en brun

 

K comme Klaagzang

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Un intellectuel hollandais a écrit un best-seller et réalisé une série de documentaires dont le message peut se résumer à cette simple question: puisque ce monde va de mal en pis, pourquoi se battre encore pour les idéaux des Lumières?

Ce qui fait réagir le philosophe flamand Maarten  Boudry – et à juste titre. Il est en effet facile de faire un collage de tout ce qui va mal dans le monde. Facile aussi de dire qu’autrefois tout allait tellement mieux. 

C’est oublier, argumente Maarten Boudry, que ces années 1960-1970 auxquelles l’auteur fait allusion comme son âge d’or de l’insouciance, ont connu la guerre au Vietnam, les attentats de l’IRA, de l’ETA, du groupe Baader-Meinhof. C’est oublier que la pauvreté extrême a globalement fort reculé sur notre planète depuis lors. Que les statistiques montrent une forte baisse de la violence. Que le nombre de pays démocratiques a augmenté.

Un de ses confrères hollandais a publié une réaction similaire, dans laquelle il démontre, chiffres à l’appui, à quel point la santé publique a augmenté pour toute la planète, à quel point les diverses inégalités ont baissé. 

Précisément grâce à l’implication d’hommes et de femmes qui croyaient en ces valeurs des Lumières que l’on voudrait aujourd’hui prétendre mortes. 

Ne plus y croire, voilà donc le vrai danger.

***

Klaagzang (le titre du billet) peut se traduire par ‘lamentations’, ‘jérémiades’.

Avec encore une photo de mon vert paradis perdu il y a cinq ans, et bien sûr le monde tournait bien mieux à ce moment-là 🙂

H comme Hubert Haddad

H.Haddad

Madras la nuit – poix et goudron. L’air a une épaisseur d’huile. Une puissante odeur de putréfaction chargée de poussière et de cendres animales s’infiltre sous l’épiderme, dans la gorge et les bronches. A Jérusalem, pendant des années, chaque dimanche, il avait traversé un marché arabe sous un soleil nimbé d’étincelles. Les crieurs d’agrumes le saluaient. La foule s’ouvrait avec des froissements d’étoffe. Les éclats de voix se répondaient, proches et lointains. On s’apostrophait du fond des temps. On plaisantait et riait d’un étage à l’autre de la tour de Babel. C’était avant la multiplication des attentats, avant le mur. Yitzhak Rabin n’avait pas encore été assassiné par un juif orthodoxe. On pouvait espérer un règlement pacifique du conflit. […] Dans l’accalmie, tout laissait augurer un apaisement, une ouverture, quelque chose de miraculeux. Rien n’est advenu que violence, rancune et spoliation.

Hubert Haddad, Premières neiges sur Pondichéry, éd. Zulma, 2017, p.9-10 (incipit)

Voilà comment l’auteur nous happe dès la première page et voilà une très belle lecture qui s’annonce, avec de nombreux fils entre le passé et le présent, un foisonnement d’odeurs, de couleurs, de musiques diverses, et une histoire qui se répète malheureusement d’un continent à l’autre.

On se promet d’y aller doucement pour savourer les 178 pages. On sent que ce sera trop court.

La photo de couverture, toute l’info et les critiques parues sont ici sur le site des éditions Zulma.

Les derniers

sinforosa y martin

Avant-hier, un magazine flamand parlait de ce village espagnol déserté depuis une trentaine d’années et où un couple d’octogénaires continue d’habiter, avec 25 chats, 3 chiens, quelques poules pondeuses, quelques lapins.

On peut voir une série de photos ici.

Apparemment, ces braves gens reçoivent la visite de journalistes et de photographes au moins une fois tous les deux ans: la photo ci-dessus vient d’un article qui a paru en 2014, et celui-ci a paru en 2016.

On y raconte qu’ils vivent sans eau courante – Sinforosa va laver à la fontaine comme autrefois – sans électricité, sans tout ce qui fait le confort moderne. Depuis quelques années, un panneau solaire leur permet d’alimenter quelques ampoules pour un éclairage électrique. Ils ont un téléphone portable mais s’ils veulent l’utiliser, ils doivent d’abord monter jusqu’au point culminant du village.

Ils sont heureux, disent-ils, de jouir d’une bonne santé et espèrent pouvoir rester « le plus longtemps possible » dans leur village. Ils n’ont d’autre montre que le cadran solaire, ils vont se coucher quand ils sont fatigués, dit Sinforosa, mangent quand ils ont faim – et ce qu’ils veulent, ajoute-t-elle finement 😉

Je suppose que ces divers articles de presse leur font en même temps une publicité et leur amènent des curieux et des touristes, comme cette dame qui écrit en commentaire (sous l’article de 2014 donné en lien ci-dessus) qu’elle a été bien reçue et qu’il faut vraiment y aller:

Hemos estado en el pueblo 3 o cuatro veces. Es precioso. El pueblo con mas gatos que personas. Nos hablo de el un amigo de Vistabella y la primera vez hemos cogido el camino entre las montañas que une Vistabella de Estrella. La mitad lo hicimos andando al lado del coche que tocaba todos los baches del camino. Sinforosa nos abrio amable la iglesia y nos enseño un pedrusco debajo del que guardaba las llaves. Por si volveremos algun dia y no hay nadie… No nos conocia de nada !! Todo parecia perdido en el tiempo… La vuelta nos enseñaron el otro camino hacia Mosqueruela. Era incomparable mejor. Hemos vuelto despues de unos años y todo seguia igual. Salvo que Sinforosa tenia una pierna escayolada en Vilafranca y Martin estaba solo. Algunas casas estaban ya reformadas… Es precioso ! Teneis que verlo !

Nous sommes allés trois ou quatre fois dans ce village. C’est magnifique. Un village avec plus de chats que de gens. C’est un ami de Vistabella qui nous en a parlé et la première fois nous avons pris le chemin de montagne qui relie Vistabella à Estrella. On a parcouru la moitié en marchant à côté de la voiture, à cause des nids-de-poule. Sinforosa nous a gentiment ouvert l’église et nous a indiqué la grosse pierre sous laquelle elle gardait les clés. Pour le jour où on viendrait et qu’il n’y ait personne. Alors qu’elle ne nous connaissait ni d’Eve ni d’Adam! Tout paraissait perdu dans le temps… Au retour ils nous ont indiqué un autre chemin vers Mosqueruela. Il était incomparablement meilleur. Nous y sommes retournés après quelques années et tout était pareil. Sauf que Sinforosa avait une jambe dans le plâtre, à Vilafranca, et que Martin était seul. Quelques maisons avaient déjà été restaurées. C’est merveilleux! Il faut y aller!

Traduction de l’Adrienne