7 autrefois

On voit ces jours-ci refleurir des passe-temps d’autrefois.
Pour se préserver de la giboulée coronavirienne, on reste chez soi.
Mais qu’y fait-on, quand tous les jours de la semaine sont des dimanches?

On se remet à la broderie des feuilles de cognassier, comme Albertine?
A l’aquarelle ou à l’herbier?

On joue au jardin avec les enfants et on leur montre ce bon vieux jeu du zébu, comme Adalbert?

On bichonne son potager et on redécouvre les légumes oubliés, par exemple ces merveilleuses feuilles de riboulaine, que ce soir on servira en crêpes, comme Arnolphe?

On accouche à domicile, parce que l’hôpital fait peur, comme Adolphine?

Une seule chose est sûre: « en de boer, hij ploegde voort« , exactement comme dans le tableau de Bruegel qui représente soi-disant la chute d’Icare: le paysan poursuit le labour, quoi qu’il arrive.

Icarus Van Buuren.jpg

source de l’image ici – participation à l’agenda ironique d’avril, suivant les consignes de Carnets paresseux, que je remercie:

voilà une poignée d’images, empruntées au Spécimen des caractères d’affiches, vignettes et fleurons des fonderies et stéréotypie de François-Nicolas Gromort. Ce qu’on en fait ? on en choisit au moins trois, au plus tant qu’on veut, on les range dans un sens ou dans un autre et on raconte l’histoire qu’elles racontent, en suivant l’ordre des images. Poème, rébus, conte, chanson, feuilleton en X épisodes, on peut faire tout ce qu’on veut tant qu’on ne perd pas le fil et qu’on s’arrête bien le dimanche 26 avril. Agenda ironique oblige, une goutte de calendrier, un soupçon de temps qui passe et une pointe d’ironie seront bienvenues. Et puis quelques mots imposés – qu’on pourra oublier ou contourner – giboulée, zébu, cognassier et riboulaine (ce qu’il veut dire, celui-là ? ça sera l’occasion de l’inventer).

 

 

 

 

 

 

E comme Escono!

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Dans un billet du 2 avril, Alessandro Gilioli répond à la question posée dans son titre: Perché i vecchi escono? Pourquoi les vieux sortent-ils?

A lui ainsi qu’à ses amis et connaissances, il semble qu’il y ait surtout « des vieux » dans les rues italiennes. « Des vieux » sans but précis, sans l’excuse d’un chien ou d’une course à faire.

Pourquoi?

A cause de la solitude ou du (trop) petit espace de vie? Par manque de connexions et autres joies d’internet? Parce qu’ils tiennent à leur journal papier quotidien et ont ainsi l’excuse de se rendre au kiosque?

Selon lui, ce serait parce qu’ils sont vieux, précisément, et ne se verraient plus aucun avenir dans lequel se projeter. Ils n’ont que le passé et le présent, dit l’auteur, alors ils ne veulent pas qu’on le leur vole, ce présent.

Et c’est là que l’Adrienne n’est pas du tout d’accord!

Tous les « vieux » qu’elle connaît – non, pas seulement sa mère 😉 – n’estiment pas leur vie terminée et prennent toutes les précautions nécessaires.

Même s’ils aiment sortir pour une petite balade quotidienne: c’est précisément parce qu’ils misent sur le futur et veulent garder la forme.

Pas parce qu’ils s’ennuient faute de N*tfl*x.

***

Merci à Monsieur le Goût pour ce 33e devoir de Lakévio du Goût: Peu de monde, très peu de monde dans cette rue qui descend du Sacré-Cœur vers la place Saint-Pierre. Je peux vous le dire, lectrices chéries, cette rue faite d’escaliers est la rue Paul Albert. Mais où va cette femme qui les descend sous la pluie ? Quel devoir ou quelle aventure la mène ? Qu’est-ce qui la pousse à sortir alors que, dans tout le pays, chacun est appelé à rester chez soi ? Si vous avez une idée, nous la lirons tous avec plaisir, intérêt ou le cœur serré, c’est selon. Mais nous la lirons lundi puisque désormais, c’est « l’école à la maison »…

Adrienne parle aux objets

Vous l’aurez remarqué, ce qui fleurit le mieux, c’est l’humour au temps du corona et c’est très bien. 

Une des petites phrases rencontrées au tout début du confinement disait que parler aux objets, quand on est seul à être confiné, c’est tout à fait normal.

Que ça ne devient inquiétant que si les objets vous répondent.

L’Adrienne parle aux objets depuis toujours. Ça commence même dès le matin, comme dans ce poème de Paul Van Ostaijen, Marc groet ‘s morgens de dingen (Le matin, Marc dit bonjour aux choses) que tous les petits enfants apprennent par cœur à l’école.

En tout cas les petits enfants du temps où l’Adrienne l’était 😉

Dag ventje met de fiets op de vaas met de bloem

ploem ploem
dag stoel naast de tafel
dag brood op de tafel
dag visserke-vis met de pijp
en
dag visserke-vis met de pet
pet en pijp
van het visserke-vis
goeiendag
Daa-ag vis
dag lieve vis
dag klein visselijn mijn
Par bonheur, jusqu’à présent, aucun objet ne lui a répondu 🙂
***

source de l’image ici et des vidéos d’humour belge au temps du corona à voir ici:

https://www.rtbf.be/embed/m?id=2617291&autoplay=0

merci à Joe Krapov pour sa consigne: Les objets confinés se confient

C’est entendu, vous êtes confiné·e chez vous. Mais vous n’êtes pas seul·e. Tous les objets qui vous entourent le sont eux aussi et depuis plus longtemps que vous. Faites-les parler ! Que peuvent nous raconter votre réfrigérateur, le fétiche arumbaya à l’oreille cassée offert par votre oncle Augustin, le miroir magique, le canapé ou la pendule du salon, l’étagère à rouleaux de papier hygiénique (non, quand même pas !) à propos de votre maison, de leur propre vie et de votre tournage en rond « sous leurs yeux » ? Objets inanimés, avez vous donc une âme ? La réponse, cette semaine, sera définitivement « oui »!

 

Premier avril

Zaterdag 28 maart

Taratata! dit le cyclotouriste, personne, dans les mesures du corona, n’a rien dit sur la distance qu’on pouvait parcourir, avec le vélo!

Ce n’est pas un poisson d’avril mais c’est une blague qui résume bien l’actualité belge – peut-être encore plus du côté de la Flandre, grande région de cyclotouristes, de coureurs cyclistes, et autres pratiquants de la petite reine s’autoproclamant « Flandrien » avec ce qu’il faut d’orgueil modeste 😉

En effet, ici toutes les courses ont été annulées – même ce monument de kermesse sportive qu’est le Tour des Flandres – et les membres des nombreux groupes de cyclotouristes sont obligés de rouler tout seuls.

Par bonheur pour eux, les ministres n’ont pas limité leur terrain de jeux à un kilomètre autour du domicile 😉

source de l’image ici.

Last Post

Chaque soir de l’année, peu avant huit heures, tout trafic est arrêté sous la porte de Menin, à Ypres.

Au premier coup du carillon de vingt heures, quelques membres du corps de pompiers d’Ypres sonnent le Last Post.

Chaque soir depuis 1928, en l’honneur des 54 896 soldats tombés en cet endroit pendant la guerre de 14-18.

Parfois la cérémonie est plus importante, comme on peut le voir sur ces vidéos.

Elles ont toujours lieu en présence de public, souvent fort nombreux. Mais toujours dans le recueillement total. En silence et sans applaudissements.

Alors par ces temps de corona, que fallait-il faire?

La cérémonie a toujours lieu, mais avec un seul trompettiste.

Et sans public.

Ce qui fait que la vidéo ci-dessus, prise le 10 mars, est une des dernières « normales ».

L’image contient peut-être : plein air

photo de Jan Callemein, seul et sans public.

U comme une mère

Une mère pète un câble.

Au deuxième jour de « confinement ».

Elle n’en peut déjà plus.

Quatre enfants et deux ordi, chaque enfant reçoit des tas de tâches de la part des profs et elle n’en peut plus, dit-elle.

Pour moi le problème ce n’est pas les deux ordi pour quatre enfants – qui en plus ont chacun leur GSM sur lequel ils passent la journée, dit-elle.
Apparemment pas à travailler pour l’école.

Le problème n’est pas non plus que le prof de sa fille fasse sa vidéo-conférence à huit heures du matin: qu’est-ce qui l’empêche d’exiger de sa fille de se lever aux heures habituelles? Puisqu’on nous conseille de garder une bonne hygiène de vie et de continuer à bien structurer nos journées. Au lieu de passer la journée à manger, comme font ses enfants. A ce qu’elle dit 😉

Pour moi, la phrase-clé de sa frustration est celle-ci: « Now our children will find out how dumb we are« .

Or, aucun prof ne veut que les parents fassent le travail à sa place.
Aucun.
Au contraire même.

Si l’élève a des questions, c’est au prof qu’il doit les poser.
S’il a besoin d’aide, c’est au prof qu’il doit s’adresser.

Le prof a absolument besoin de ce feed-back pour faire du bon travail.

Ceci étant dit, la vidéo est hilarante 🙂

Et je ne peux m’empêcher de me demander quel coup de gueule elle pousserait si les profs n’essayaient pas, par tous les moyens, de continuer leur enseignement!

 

Stupeur et tremblements

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Jeudi dernier, en revenant de chez le marchand de légumes, l’Adrienne a pu admirer un tableau de rue que jusqu’à ce jour elle n’avait pu observer que dans le sud de l’Italie.

Une femme était à sa fenêtre ouverte, au premier étage de sa maison, et faisait la causette avec un homme sur le trottoir.
Ne manquait que le panier attaché à une corde pour descendre le porte-monnaie et remonter quelques courses, à la mode napolitaine.

Nous sommes donc – au moment de la rédaction de ce billet – dans une sorte de confinement un brin moins strict qu’en France (on ne doit pas rédiger et signer notre propre Ausweis) mais beaucoup plus strict que chez nos voisins du nord, qui préfèrent une autre tactique, celle de l' »immunité collective ».

D’où la place de ce billet dans la rubrique stupeur et tremblements, vu que l’immunité collective ne peut être atteinte qu’à condition d’infecter plus de 60% de la population.

Avec les « dommages collatéraux » qu’on imagine pour les hôpitaux, les soignants… et le chiffre des décès.

Sans compter que les spécialistes ne sont même pas sûrs que cette immunité s’installe.

Bref, ça ressemble à l’histoire de l’apprenti sorcier.
Version cynique.
Vu que ceux qui ont décidé de cette stratégie feront certainement tout ce qu’il faut pour mettre leurs bien-aimés à l’abri.
En confinement.

Voir un article (parmi beaucoup d’autres) sur cette controverse ici.

***

Merci à Monsieur Le Goût pour ce 31e devoir de Lakevio du Goût.

Elle est comme nous. Elle est à sa fenêtre. Que souhaite-t-elle ? Que pense-t-elle ? Comme nous est-elle confinée, prisonnière, recluse ? Dites lundi ce que vous pensez à partir de cette toile de Salvador Dali.