X c’est l’inconnu

Photo de Expect Best sur Pexels.com

Avez-vous déjà pensé à émigrer? demande le journaliste à l’auteur Stefan Hertmans.

Ce à quoi il répond: « Zeer geregeld. Wat rest er van onze vriendelijkheid en onze social skills? In Nederland en Frankrijk maakt men grapjes in de wachtrij bij de bakker. In Vlaanderen staart ieder voor zich uit. » Très souvent. Que reste-t-il de notre amabilité et de nos compétences sociales? Aux Pays-Bas et en France, on raconte des blagues en faisant la queue chez le boulanger. En Flandre, chacun regarde devant soi.

C’est même pas vrai! s’insurge l’Adrienne.

Qui jouit de la conversation amicale chaque fois qu’elle fait la queue quelque part dans sa petite ville.

Ou qui est la première à lancer une blague, comme l’autre jour chez le libraire-marchand de journaux.

Il faut dire qu’il y avait un début d’énervement dans la longue queue quand elle est arrivée: une vieille dame était venue échanger un bon-cadeau contre un livre dont elle ne connaissait ni le titre ni le nom de l’auteur 😉

– J’aurais peut-être le temps de faire un aller-retour jusque chez moi pour tondre ma pelouse, a réagi l’homme devant l’Adrienne après qu’elle avait lancé la première vanne.

Bref, ça a bien rigolé.

***

Non mais hé ho, Stefan!
Viens donc migrer dans ma Flandre à moi, ici c’est déjà un peu le Suuuud 🙂

T comme Thimoty

Người thợ lau kính tại Bỉ tri ân bằng cách vẽ tên cố NS Chí Tài
source de la photo ici

Un article récent avait attiré l’attention de l’Adrienne: son titre disait qu’apprendre de nouvelles choses rendait heureux. Mais l’info la plus importante, pour elle, c’est qu’il faut laisser tomber l’idée de vouloir être bon, très bon, et même le meilleur.

Non, disait l’expert, il faut apprendre juste pour le plaisir d’apprendre, sans s’inquiéter du résultat.

Or comme chacun sait, avec la pandémie il fallait se trouver de nouveaux hobbys pour occuper un surplus de « temps libre ».

Et c’est ce qu’a fait ce laveur de vitres (Flandre Orientale): vu que probablement il avait moins de demandes, il pouvait s’amuser à dessiner des motifs, des logos, des personnages dans la mousse savonneuse sur les fenêtres.
Puis le mettre sur Tik Tok.
Encore plus générateur de buzz que youtube.
Et très vite être repris dans ces fameux algorithmes, garantie de succès.
Puisque d’autres inoccupés passent leur temps sur ce genre de plate-forme.

Il a aujourd’hui des milliers d’abonnés, des « like » par millions, et vous « dessine » ce que vous lui demandez.

Bref, oubliez ce que disait l’article: devenir bon, très bon, le meilleur dans ce que vous entreprenez, c’est tout de même important 😉

P comme Ptyx

Bruxelles, Albertine, photo de l’Adrienne

Place à la librairie Ptyx pour ce chouette texte faisant référence à vous savez quoi:

« Rarement le mot « poésie » et ses dérivés auront été autant à la mode. Une vocifération prétendument émancipatrice, un discours suintant l’emphase et le nationalisme, l’extatique récitation de lieux communs face caméra : la moindre revendication, la moindre supplique à vocation idéologique, sous prétexte qu’elle est médiée par le langage, est maintenant vendue comme ressortant du poétique. Rarement telle surenchère sémantique aura été si peu en rapport avec l’objet qu’il prétend nommer. La « poésie » est partout, la poésie nulle part. En « armant » leurs « luttes » des pâles ersatz d’une poésie réduite à ses clichés et aux seuls principes de la communication actuellement en vogue – format court, visuel, sonore, ludique, punchline – ces « combattants » du poétique parviennent à ridiculiser leurs combats (ça on s’en tamponne gentiment) et à donner de la poésie, pour ceux qui n’en connaissent rien, l’image d’un outil niais et inféodable à peu de frais à quelque « cause » que ce soit (ça c’est chez nous plus sensible). Tout entier dévolu à « étreindre par le langage » l’opprimé, le racisé, le féminin, le lombric ou le coquelicot, le poète guérillero en oublie que la poésie est avant tout chose esthétique (et non pas « belle », ni « jolie », ni « subjective »). Las de cette dilution de l’αίσθησιs (le grec, c’est toujours classe) dans tout ce à quoi on cherche bêtement à la forcer, nous avons décidé de ne plus consacrer ce blog, ces prochaines semaines, qu’à l’expression sans apprêt de textes poétiques qui comptent. Fi des étendards. Place à la poésie. »

La librairie Ptyx se trouve rue Lesbroussart, 39 à 1050 Bruxelles (Ixelles)

M comme mule

« Ach! » disait-il, « Ach! allège ton almanach, les concerts sont annulés.
Tu ferais chanteur ambulant? Mime sur le bitume?
Tu vas finir au bloc! Partir en bombe!

Je sais que la scène te botte, que tu es arrivé en bout de ligne, que tu n’as plus de quoi payer ta boulangère, ton camembert…

Tu veux arrêter à toi tout seul le char de l’État?
Ton royaume pour un cheval?
Tu es à un cheveu de prendre la culotte (*)?
Tu en as marre des combines?
Tu veux de nouveau donner des coups de collier, vivre des coups de feu? Tu veux que cesse cette descente aux enfers?

Que veux-tu que je te dise?

Reviens en septembre… »

(*) ne pas pouvoir faire face à une situation difficile.

***

Merci à Joe Krapov qui propose d’insérer au moins dix mots de la liste ci-dessous dans un texte qui parlera de la poste, des timbres, des lettres, des facteurs, des cartes postales, du courrier électronique ou de tout autre chose.

Ach  – Allégé  – Almanach  – Ambulant  – Arête de poisson  – Babillarde,  – Bafouille  – Bidou  – Bitume  – Blanchir une batterie  – Bloc  – Boite à cocus  – Bombe (partir en)  – Botte  – Boulangère  – Boulisterie  – Bout de ligne  – Brêmard  – Brigades  – Burelage  – Cabine  – Cage à poules  – Califs  – Camembert  – CharCheval  – Chevalet  – Cheveu  – Cocotte  – Collier et étiquette  – Combine  – Contrerembour  – Côté  – Coupage-piquage  – Coup de collier  – Coup de feu  – Courir la poste  – Culotte  – Dentelure  – Dépêches  – Dépêche close ou directe  – Dépiautage  – Descente

et là je me suis arrêtée parce que ça faisait déjà 18 mais il y a encore

Distri  – Double toile  – Écluser  – Embrigadé  – Entier postal  – Être au pair  – Être descendu  – Faire gare  – Fausse  – Feuille 12  – Filante  – Gogneuse  – Haut le pied  – Jésus  – Lanterneau  – Liasse  – Libourne  – Maximaphilie  – Mignonnette  – Mondaine  – Mougeotte  – Mule  – Nénette  – Odontomètre  – Ordre de service  – Pacha  – Passe  – Peau de lapin  – Petit bleu  – Philatélie  – Piéton  – Pneu  – Pochée  – Ponton  – Postier  – Poulain  – Pyjama  – Rayon de distribution  – Rebuts  – Rembour  – Remonte  – Restes  – Rouge  – Route  – Sauterelle  – Sédentaire  – Surnuméraire  – Tilbury  – Timbre à date  – Tirer la toile  – Trempolino  – Trousse-couilles  – Tubiste  – Tuer le courrier  – Valise  – Voyage  – Zinc 

I comme imagination

Si vous pensiez comme l’Adrienne qu’on avait touché le fond le jour où on a décrété qu’il fallait avoir la peau de la même couleur que celle de l’auteur qu’on se propose de traduire, évidemment vous vous trompiez.

Excès d’optimisme, disons.

Dans les semaines qui ont suivi, d’autres voix se sont mêlées au débat.
Pour l’élargir, oui oui 😉

Par exemple, pour jouer le rôle du homo dans un film, il faut veiller à ce que l’acteur soit homo.
On ne parle pas du cas inverse, vu qu’alors de nombreux acteurs se retrouveraient sans boulot.
Ni bien sûr de toutes les autres questions que ça soulève.

Mais la palme – si on peut dire – vient d’être remportée par la branche américaine du vénérable Pen International.
Vous savez, cette institution qui garantissait le droit à l’imagination en littérature?

« We defend the imagination and believe it to be as free as dreams« , nous prenons la défense de l’imagination et croyons qu’elle est libre comme le rêve, « We believe the imagination accesses all human experience, and reject restrictions of time, place, or origin« , nous croyons que l’imagination peut accéder à toutes les expériences humaines et nous rejetons des restrictions de temps, de lieu ou d’origine.

Et c’est là, Mesdames et Messieurs, que les plus woke de la branche américaine ont trouvé à redire.

Bref, allez voir ici si ça vous intéresse: d’un petit bond allègre on passe d’imagination à mensonge puis de mensonge à racisme-sexisme-fascisme.

C’est absolument fascinant de perversité.

F comme file

Photo de cottonbro sur Pexels.com

La presse l’avait annoncé pendant le week-end de Pâques: dès le mardi 6 avril, les Belges de 18 ans et plus pourraient s’inscrire sur une liste d’attente, de sorte que s’il reste quelques doses de vaccin en fin de journée, on puisse les appeler pour leur en donner une.

Que rien ne se perde.

Excellent principe!

D’ailleurs à ce propos l’Adrienne avait eu un échange assez musclé – courtois mais ferme – avec un des responsables politiques de sa ville, un jour qu’il faisait sa pub en vantant l’excellente organisation du centre de vaccination.

Il lui avait alors certifié et juré ses grands dieux qu’aucune dose ne se perdait, qu’en fin de journée elles étaient données aux bénévoles, à la police, aux pompiers…

D’accord, avait dit l’Adrienne, mais quand ceux-là aussi seront tous vaccinés?

Bref, le gouvernement a dû se faire la même réflexion et a fini par installer la fameuse liste d’attente qu’il refusait auparavant.

Vous devinez la suite: mardi, vers dix heures et demie, l’Adrienne se rend sur le site ad hoc pour s’inscrire. Elle y apprend qu’elle est le numéro 261 321 et qu’il y a 183 432 personnes avant elle dans la file d’attente.

Et ça, rien que pour la Flandre!

Le temps d’écrire ce billet, environ une demi-heure, il y avait encore 177 201 personnes dans la queue.

Si ça vous amuse, vous pouvez calculer le nombre d’heures qu’il faudra avant qu’elle reçoive ses dix minutes pour s’inscrire sur la liste 🙂

***

ajout de ce midi, une belle illustration signée Kroll:

Dernière fois?

photo qui n’a rien à voir 🙂

Chaque année à la même époque, l’Adrienne exprime le même wishful thinking: pourvu que ce soit la dernière fois qu’on passe à l’heure d’été!

Un souhait qui semblait devenir de plus en plus réalisable, vu que désormais chacun s’accorde à dire que les raisons pour lesquelles ce changement d’heure avait été décidé, à l’époque, s’avèrent totalement infondées et qu’au contraire même, c’est néfaste pour l’environnement comme pour l’humain.

Bref, l’Adrienne adhère totalement à l’Alliance internationale pour une heure naturelle 🙂

***

ah oui! le blog vient d’entrer dans l’âge bête, il a eu 13 ans le 28 mars dernier – et non, aucun rapport avec la photo, les vaches sont des animaux intelligents 🙂

Z comme Zingaretti

« Montalbano trahit Livia! »

Voilà tout ce que les millions de téléspectateurs semblent avoir compris et retenu dans cet ultime épisode montré sur la RAI le 8 mars dernier.

On peut en effet y voir le célèbre commissaire tomber sous le charme d’Antonia, une nouvelle collègue, au point de faire sentir à Livia – son éternelle « fidanzata » qui vit en Ligurie alors que lui est en Sicile – que ce serait peut-être le moment de « lasciarci ».

Tollé général – surtout du côté féminin, paraît-il – et grosse déception sur cette « trahison ».
Comment a-t-il pu?
Et en plus, au téléphone!

Sans doute aurait-il dû prendre deux jours de congé et sauter dans un avion Palermo-Genova pour le lui dire en face 🙂

D’où la conclusion du Corriere: « Camilleri replicherebbe che Montalbano è un romanzo giallo, non di fantascienza. »

Camilleri, l’auteur des romans policiers, répondrait qu’il s’agit d’une histoire policière, pas de science-fiction 😉

H comme horribilis

A l’époque des faits, l’Adrienne s’était retenue d’en parler.
Trop proche.
Trop concernée.
Trop horrifiée.

En classe, jusqu’à il y a un peu plus d’un an, elle a toujours eu des élèves de toutes les confessions.
Des athées et des musulmans.
Des catholiques plus ou moins convaincus.
Des orthodoxes grecs. Russes.
Une famille juive.
Elle en oublie sûrement.

En classe chaque année elle faisait lire Voltaire.
Et chaque année ce beau poème d’Abdellatif Laâbi: Les tueurs sont à l’affût.

Puis hier matin elle lit que tout cet horrible engrenage qui a conduit à l’assassinat d’un prof français a été mis en branle à cause d’un mensonge.

Qu’une gamine de 13 ans a menti à son père.

Et que c’est sur la base de ce mensonge que tout le battage est parti.

Jusqu’à ce que mort s’en suive.

***

Enseigner l’esprit critique, qui fait qu’on vérifie, qu’on réfléchit, qu’on ne saute pas sur la première rumeur venue… Il n’y a rien de plus difficile.