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Des amis, des inconnus, sont accourus avec leurs raclettes et leurs torchons – vocabulaire belge, on est en Belgique – et l’ont aidée à se débarrasser de la boue, puis de tout ce qui était abîmé, cassé, invendable.

– Cette fois, dit-elle à chacun, c’est le coup de grâce. J’arrête le magasin. J’arrête tout!

Elle venait de traverser une longue période covid, magasin fermé, les articles pour la cuisine et les articles cadeaux n’ayant pas été jugés essentiels.
D’ailleurs, les fêtes de mariage, d’anniversaires et autres avaient aussi été annulées ou reportées. Qui avait eu besoin d’acheter des cadeaux?

Puis des voisins, des clients, avaient exprimé leur sympathie et l’espoir que les commerces rouvriraient dans le quartier sinistré.
Déjà la pharmacienne s’y préparait, dans deux containers loués.

Alors, quand les caméras de la télévision sont repassées, une dizaine de jours après les dégâts, elle était en train de disposer sur un rayon toute une collection de moulins à poivre.

– Oui, dit-elle, mi-souriante, mi-fataliste, je vais rouvrir quand même.

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écrit pour la photo proposée par Walrus au défi du samedi 674 – merci à lui! – et inspiré par une dame courageuse vue à la télé.

X c’est l’inconnu

Elle entre dans le restaurant sans masque et crie de loin à sa collègue:

– J’y suis pas allée! Je devais y aller ce matin mais j’y suis pas allée!

Elle traverse deux fois la salle à grands pas, en gesticulant:

– Un vaccin fait en un an! Et on sait même pas ce qu’il y a dedans!

Comme si elle savait ce qu’il y a dans le coca qu’elle boit par litres.
Bref.

– Et en plus, ça va dans ton ADN!

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photo prise à Anhée, le long de la Meuse et du chemin de fer, lundi dernier.

Stupeur et tremblements

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Mercredi au réveil, l’Adrienne trouve un message inquiet venu du Chili.

Là-bas, Ethel a vu d’une façon ou d’une autre les ravages causés par les inondations dans une grande partie de la Belgique.

Ethel, l’Adrienne ne l’a vue que deux fois, il y a trois ans.
Mais elle n’a pas oublié.
Oui, c’est beau.

C’est beau aussi de voir cette immense vague de solidarité à travers tout le pays.
Ces gens qui s’organisent pour aller porter des vêtements, des vivres, aller aider à nettoyer, offrir un toit aux sinistrés, une étable ou une prairie pour les animaux, verser des sous à la Croix-Rouge.

L’Adrienne est heureuse de voir que tous les jours la liste des initiatives s’allonge et que tout le pays y participe.

Chacun s’accorde à dire que ça fait du bien d’apporter sa petite pierre à l’édifice.
Qu’on le ressent comme une nécessité.

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De politieke context van ons land maakt ook de golf van solidariteit met voornamelijk Waalse regio’s op dit moment zo opmerkelijk. Verbazend veel Vlamingen sprongen de voorbije dagen in de bres voor hun Waalse landgenoten. ‘Het is niet omdat rechts-nationalistische partijen aan de macht zijn, dat Vlamingen over het algemeen separatistisch zijn. Bevragingen tonen elke keer weer aan dat maar een heel kleine minderheid daarvan wakker ligt. Dat idee dat Vlamingen anti-Waals zijn, is een politieke constructie. Dat blijkt nu weer heel duidelijk.’

source De Standaard, jeudi 22 juillet 2021.

Le contexte politique de notre pays rend la vague de solidarité avec des régions principalement wallonnes tout à fait remarquable. Un nombre étonnamment élevé de Flamands ont sauté à la rescousse de leurs compatriotes wallons. « Ce n’est pas parce que des partis de la droite nationaliste sont au pouvoir que les Flamands sont séparatistes. Les sondages montrent chaque fois que ça ne préoccupe qu’une faible minorité d’entre eux. L’idée que les Flamands sont anti-wallons est une construction politique. C’est ce qui apparaît ici une fois de plus. » (dit Paul Verhaeghe, professeur de psycho-analyse à l’université de Gand, traduction de l’Adrienne)

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En illustration, la même vache qui avait orné le billet pour Ethel.

R comme reconnaître

Ce sont de petites photos carrées aux bords dentelés.
Elles doivent dater d’avant novembre 1952, puisque le 26 de ce mois-là, le grand-oncle Julien, père du marié, est décédé à l’âge de 54 ans.

On le voit ici entouré de son épouse et de leurs deux fils, l’aîné qui s’est marié en grand tralala ce jour-là et le cadet, qui a « enlevé » son amoureuse pour l’épouser à Gretna Green.

Bientôt il n’y aura plus personne pour savoir qui se trouve sur cette série de 15 photos: déjà l’Adrienne a du mal à en reconnaître quelques-uns, les frères et sœurs de son grand-père paternel sont presque tous morts avant sa naissance, et il y a fort à parier que les petits-enfants des jeunes mariés de 1950 en soient encore moins capables qu’elle.

Pourtant, suite aux terribles inondations qui ont dévasté de nombreuses communes belges, l’Adrienne s’est de nouveau posé la question de savoir ce qu’elle devrait « sauver » avant tout, si ça lui arrivait et si elle en avait le choix.

Et comme les autres fois où elle y a réfléchi, elle a conclu que c’est une triste chose de perdre la mémoire de la famille.

Comme disait la maman de cet élève dont la maison a brûlé: tout le reste peut se remplacer.

Stupeur et tremblements

Chaque mois, la rubrique Stupeur et tremblements se remplit d’elle-même et le choix est difficile.

Le gagnant du jour est un Républicain texan du nom de Louie Gohmert, qui a suggéré le 8 juin dernier qu’on pourrait peut-être régler la question du réchauffement climatique en changeant légèrement l’orbite terrestre.

No comment 🙂

Pour ceux qui veulent tout savoir sur la question, c’est ici.

A comme à l’avance

Oublions pour une fois le Carpe diem et réjouissons-nous à l’avance de ce qui nous attend demain – inch’Allah, disait grand-mère Adrienne, mais dans son patois flamand – la première vaccination!

– Peut-être bien, écrit-elle à Monsieur Filleul, que je pourrai être présente au baptême du petit Jean-Baptiste, finalement!

Bon, d’accord, il ne s’appelle pas Jean-Baptiste, mais avouez qu’il aurait pu 🙂

Stupeur et tremblements

Week van de Straat
source ici

D’accord, les murs ne tremblent (presque) plus, depuis que la rue a été complètement refaite et les plaques de béton remplacées par de l’asphalte.

Mais la circulation y est toujours aussi dense, plus que jamais, même, et probablement la plus dense de toute la ville.

C’est ce que l’Adrienne supputait déjà, rien qu’en voyant les statistiques des contrôles de vitesse par la police: quand ils sont de faction dans sa rue, ils ont – en un même laps de temps, suppose-t-elle – vu passer environ le double de voitures et de camions que lors de contrôles dans n’importe quel autre endroit.

Mais là, grâce à cette initiative, elle va en avoir le cœur net: il s’agissait de compter scrupuleusement tout ce qui passait dans la rue, jeudi entre 17.00 et 18.00 h., quart d’heure par quart d’heure. Une vaste enquête bien suivie dans toute la Flandre, comme on peut le voir sur la carte.

Entre 17.00 et 17.15 h. sont passés 225 autos/motos, 24 camionnettes, 11 camions, 3 cyclistes, 2 bus et 4 piétons.

Entre 17.15 et 17.30 h. sont passés 203 autos/motos, 19 camionnettes, 10 camions, 4 piétons, 3 bus et 1 cycliste.

Entre 17.30 et 17.45 h. sont passés 204 autos/motos, 17 camionnettes, 7 camions, 4 cyclistes, 3 bus et 2 piétons.

Entre 17.45 et 18.00 h. sont passés 184 autos/motos, 12 camionnettes, 5 camions, 2 bus et aucun cycliste ni piéton.

Or ici, ce n’est pas une « autostrade », c’est une rue entre une double rangée de petites maisons ouvrières parmi lesquelles il y a aussi une petite école de quartier.

Et pas de passage zébré: les enfants et leurs parents, nous ont dit les responsables de la ville, n’ont qu’à prendre l’autre sortie. A plus de cinq cents mètres.

N comme nom de fleur

Elle porte un nom de fleur et a été envoyée chez Madame par ce discret bouche-à-oreille des quelques-uns qui savent qu’elle a le syndrome de Topaze 😉

Dans un mois à peu près Fleur aura son dernier examen de FLE et ce serait bien qu’elle le réussisse, vu qu’elle ambitionne d’entamer des études universitaires à la rentrée prochaine.
De celles où il n’y a pas l’ombre d’une heure de français au programme, ça va sans dire 😉

– Tu as parfaitement le droit de ne pas aimer le français, lui dit Madame, à qui elle vient de confier qu’elle traîne ce boulet depuis des années, mais plus lourdement encore ces deux dernières, avec plus de ‘distanciel’ que de ‘présentiel’ et des profs malades qui n’ont souvent pas été remplacés.

« Weyts wil honderden extra leerkrachten aanwerven« , le ministre flamand de l’éducation veut engager des centaines de profs supplémentaires, titrait le journal mardi dernier.

Et ça a bien fait rire Madame (mieux vaut rire que pleurer, la grimace est plus belle, disait son père) vu que depuis des années on ne réussit même plus à trouver des remplaçants pour certaines matières et qu’il y a de moins en moins de jeunes qui s’inscrivent dans les formations de prof.

Mais apparemment le journaliste n’est pas au courant de ce problème et ne lui a pas demandé de quel chapeau de prestidigitateur il sortira ses 2540 nouveaux profs.

Au parc, tout va bien, une maman cane ‘promène’ ses dix canetons, comme on peut le voir sur la photo en haut du billet, prise le premier mai.