Adrienne se souvient

Combien d’années ont passé depuis la dernière fois que l’Adrienne a entendu son père chanter ce Rorate coeli, difficile à dire, mais de gros, gros paquets d’eau ont coulé sous les ponts, depuis.

Et pourtant!

A la première note elle se retrouve dans l’ambiance de ces célébrations du temps de l’Avent, avec le froid de l’église, la dureté des chaises, les odeurs d’encens, les bougies qu’on allume… et ces voix d’hommes venant du jubé, lieu mystérieux où la petite fille n’a jamais eu le droit de monter.

Bon anniversaire à tous ceux qui sont nés un 2 décembre 🙂

Z comme ZEN

Heureusement que Madame, après deux mois de cours de tai chi, a plus ou moins appris comment se tenir longuement debout sans avoir le dos en compote en moins d’un quart d’heure, parce que dans la grande salle où les « gamins » qu’elle a eus en classe – enfin, pas tous, mais deux ou trois quand même – tapaient sur des marimbas et d’autres trucs qui font un boucan d’enfer, il n’y avait pas de chaises.

Bref, Madame est restée debout une heure et demie pour applaudir Simon – lui, elle savait qu’il serait là – mais à sa grande joie aussi L***, celui dont personne ne croyait qu’il était capable d’un effort soutenu, à commencer par ses propres parents…

Et là elle peut voir que oui: un effort soutenu et une concentration intense, non seulement pendant le concert d’hier mais certainement pendant de longues années pour arriver à ce résultat 😉

– Est-ce que vous pourriez lui parler, disaient ses parents alors qu’il avait seize ans, il veut changer de filière mais nous on pense que c’est par paresse, alors on n’est pas d’accord.

Donc le gamin avait dû convaincre Madame de sa motivation pour qu’à son tour Madame puisse convaincre les parents…

Qui étaient là aussi, bien sûr, pour applaudir leur fils au concert d’hier.

– Je suis vraiment contente de voir et d’entendre jouer L***! leur dit Madame.

Et elle ne peut s’empêcher d’ajouter:

– Et vraiment contente de savoir qu’il avait la bonne motivation pour changer de filière, puisqu’il poursuit dans ce domaine, comme il l’avait dit!

Il fait des études de Business Management, donc oui, passer en filière économique était une bonne idée.

***

photo prise hier au concert et L*** est dans le flou à l’avant-plan mais ne vous étonnez pas, c’est voulu 😉

Y comme y a de la joie

Le programme annonçait une ambiance de cabaret berlinois des années 30 et au centre culturel de la ville, on y avait adapté la scène et l’espace pour le public, qui pouvait s’installer à de petites tables, commander une boisson et écouter la musique à la lueur des bougies.

L’Adrienne a passé un bon moment avec Stravinsky et Kurt Weill mais aussi avec ces deux chansons d’Erik Satie, La Diva de l’Empire et Je te veux, même si avec Satie on est bien avant les années 30 et pas à Berlin 😉

7 rôles

Au 19e siècle comme aujourd’hui, le jeune artiste n’a pas trente-six possibilités pour se faire un nom: le moyen par excellence pour se faire connaître, c’était déjà les concours.

C’est ainsi que le tout jeune Georges Bizet – il n’a que dix-huit ans – participe au concours d’opérettes organisé par Jacques Offenbach et remporte le premier prix pour une composition en un seul acte, qui n’a besoin que de quatre chanteurs et d’un pianiste, mais qu’il appelle tout de même « opéra comique »: c’est le Docteur miracle, une bouffonnerie dont le livret use de tous les stratagèmes du genre, amours contrariées, scènes d’a parte, déguisements, caricature.

Quatre jeunes chanteurs belges l’ont dépoussiéré, ce Docteur miracle, et viennent le présenter dans de petites salles de province, avec une grande économie de moyens et de personnes: outre les quatre chanteurs et le pianiste, il y a le metteur en scène et le type qui règle le son et la lumière.

L comme lalalalalala

C’est grâce au concert du groupe Jiraan puis à leur CD Sirto que l’Adrienne a découvert ce chant traditionnel bulgare.

Elle a évidemment cherché les paroles et même tenté de les apprendre mais elle se contente généralement de chanter lalalalala.

Depuis des semaines 🙂

Elle ne peut malheureusement pas vous le faire écouter dans la magnifique version de Jiraan vu que ce n’est pas disponible parmi les vidéos qu’ils proposent sur leur site.

Elle ne vous le montre pas non plus dans la version Sylvie Vartan émotionnée par son retour en Bulgarie, la qualité du film et du son est trop mauvaise.

Reste celle-ci, avec des sous-titres en anglais, grâce auxquels vous comprendrez que ce n’est pas seulement le petit air qui plaît à l’Adrienne 🙂

Oui, qu’elle est belle, la forêt.

Espérons qu’on puisse continuer à en parler au présent.

U comme Universel

Ce qu’il y a de bien, au Grote Post, c’est qu’on peut s’y installer pour déguster des crevettes fraîchement pêchées de la nuit, fraîchement épluchées, qu’on peut y rester aussi longtemps qu’on veut, que le personnel est gentil et qu’on y trouve de la lecture.

Par exemple, la brochure de la saison culturelle ostendaise, où le chanteur belgo-portoricain Gabriel Rios Flore – il est arrivé de son Puerto Rico natal à Gand à l’âge de 17 ans – dit ceci:

« Pour moi la Belgique était exotique et je trouvais les gens intéressants. Les Belges sont réservés, quand ils n’ont rien à dire, ils se taisent généralement. Et ça, pour quelqu’un qui vient d’Amérique latine, c’est im-pos-si-ble. »

La chanson ci-dessous permet de conclure au moins deux choses: l’universalité de l’être humain (« je ne suis pas d’ici ni de là-bas ») et la différence de prononciation quand on est de « là-bas » et pas ibérique 😉

Repéré un peu tard, alors que ce billet-ci était programmé, voici tout de même le 132e devoir de Monsieur le Goût – merci à lui de poursuivre pendant les vacances, je n’osais pas y compter.

Elle avait attaché ses cheveux et mis ce qu’elle avait de plus sombre, optant même pour le total look noir dans l’idée que c’était chic et que ça mettrait en valeur la blancheur éblouissante de sa nuque dans l’arrondi du décolleté.

Lui trouvait de plus en plus agaçant cette manière qu‘elle avait de s’accrocher à son bras et de lui chatouiller la joue avec ses cheveux sous prétexte de lui glisser quelques mots à l’oreille.

Espérait-elle vraiment qu’il succombe à son charme ?

Quel charme, d’abord ?

Il trouvait ces bas noirs d’un goût douteux, surtout en ce juillet caniculaire, et l’odeur de son parfum le révulsait. Elle avait dû vider tout le flacon, elle empestait l’air autour d’elle.

Il devrait le savoir, pourtant, que c’est imprudent d’accepter un rendez-vous organisé par sa sœur – « Tu verras, elle va te plaire ! Vous avez tellement de choses en commun ! » – et cette visite au musée, qui normalement lui procure un kaléidoscope d’impressions et de sensations de joie et de bien-être, lui était pesante et interminable.

***

Les mots imposés étaient: attacher – sombre – éblouissant – kaléidoscope – agaçant – douteux – imprudent – succomber – révulser – stellaire

H comme histoire musicale

Dominique nique nique chantait mini-Adrienne à une époque où les moins de vingt ans ne connaissaient pas encore le terme argotique, devenu si banal aujourd’hui qu’on peut entendre une jeune maman parlant de sa fille de dix mois: « Elle a complètement niqué sa robe! »
*soupir*

Réflexe de prof, sans doute, Madame aurait préféré entendre « Elle a sali sa robe » ou « sa robe est bonne à jeter » et toutes les gradations entre ces deux.

Misère de la langue française! Petit frère s’est bien adapté et dit désormais lui aussi « Donne-lui pas ça! », histoire de se fondre dans le décor ambiant.

Fatalement, les oreilles de l’Adrienne ont tinté toute la journée, à cette fête avec 120 personnes 😉

Solécisme, c’est comme ça que ça s’appelle, quand on emploie de manière fautive une forme grammaticale existante.
Mais bien sûr on a gardé le silence. On n’a pas fait sa prof 😉

La faute à qui ou à quoi, si tous là-bas disent « mets-toi pas là! » au lieu de « ne te mets pas là »? Pourquoi de telles erreurs alors que c’était parfaitement à la portée des petits Flamands de Madame?

Si vous avez une idée, n’hésitez pas à le dire 🙂

Écrit pour l’Agenda ironique de juillet 2022.

Chaque paragraphe commence par une des sept notes de musique, dans l’ordre, et il y a les mots imposés: silence, soupir et portée.

T comme téléphonez-mi

Mini-Adrienne était en visite avec le petit frère et les parents chez des amis de ceux-ci qui avaient un fils de son âge.
Pas encore dix ans à l’époque.

Un fils que les parents aimaient mettre en valeur de toutes sortes de façons, ce qui étonnait toujours beaucoup la petite.

– Vous voyez, disait la mère du petit Christian, il ne réussit pas à dire correctement le mot ‘décalcomanie’ mais il vous dit la formule de Mary Poppins d’une seule traite.

Et en effet, il en a tout de suite fait la démonstration.
Jusqu’à trois fois: Supercalifragilisticexpidélilicieux!

Il savait aussi chanter et a choqué mini-Adrienne en lui chantant « J’aime les filles« .
Qu’elle ne connaissait évidemment pas, et il faut croire qu’à pas-dix-ans elle avait déjà des idées bien arrêtées sur l’exclusivité en amour 😉

Bref, c’est au petit Christian et à son refrain « téléphonez-moi/téléphonez-mi » qu’elle a pensé en voyant l’arrière d’une fourgonnette anglaise sur laquelle on pouvait lire la question suivante: « How is my driving? » accompagnée d’un numéro de téléphone pour les plaintes et/ou les félicitations.

***

Et pour boucler la boucle: ce « how is my driving? » est… une décalcomanie.
Mais on peut supposer qu’aujourd’hui le petit Christian réussit à mieux dire ce mot-là que supercalifragilimachin 🙂

O comme Opéra

Photo de Joonas ku00e4u00e4riu00e4inen sur Pexels.com

Vous vous souvenez de ces trois rendez-vous ratés avec Mozart pour cause d’éternelle pandémie? Ces trois opéras avec Da Ponte que l’Adrienne attendait avec joie et impatience depuis des mois? Le 5 février 2020 elle y croyait encore et quelques jours plus tard tout était annulé.

Vous vous souvenez aussi de son émotion en avril dernier, quand elle a constaté qu’il suffirait de sauter par-dessus le Channel pour assister à des réjouissances mozartiennes?

Et bien c’est fait: elle a écouté les conseils épicuriens (« on ne vit qu’une fois » a dit Mme Chapeau), pris un passeport international, pris le train, et la voilà prête à partager avec vous ce soir même un grand moment festif, un verre de bulles qui pétillent à la main 🙂

Merveilleuses retrouvailles pour un plaisir immense et éphémère qu’est le spectacle vivant!

***

Merci à Émilie d’avoir repris ses Plumes avec – sous le thème des retrouvailles – les mots imposés suivants:

EMOTION, PARTAGER, FESTIF, REJOUISSANCE, RENDEZ-VOUS, IMPATIENCE, SE SOUVENIR, JOIE, VERRE, PETILLER, EPICURIEN, ETERNEL et EPHEMERE.