7 questions

Si tu appelles ton restaurant vietnamien Le cyclo-pousse, pourra-t-on te reprocher ton esprit colonialiste?
Et si tu n’engages que des serveuses aux yeux bridés?

Si le prof de gym demande aux filles de faire le poirier, est-il un voyeur?
Et s’il les aide en leur tenant les mollets, est-il un pédophile?

Si j’aime ce bruit étrange et beau, vibrant et unique, profond et sensible, qui sort du violoncelle de Yo-Yo Ma, suis-je élitiste?
Ou pédante?

Et si j’ai des envies d’île déserte, suis-je misanthrope?

Au fond, dit Edward Albee, on n’aime pas le bonheur. On tricote soi-même son désespoir, on se donne un mal pour ça ! (1)

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écrit pour L’Agenda ironique de mai d’après les consignes de Laurence: intégrer au texte la citation « Un bruit étrange et beau » ainsi que les trois mots suivants: cyclo-pousse – île – poirier.

Merci Laurence!

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(1) in Délicate balance, trad. Matthieu Galey, Éd. Robert Laffont

A comme annonce

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Samedi vers midi et demi, on sonne à la porte.
C’est la voisine.

– Vous pourriez me prêter votre mixeur? Ma sœur est là et je lui ai fait de la soupe et maintenant je ne peux même pas la lui mixer!

Pas grave, a envie de dire l’Adrienne. La soupe mixée est encore moins bonne que la non mixée 😉
Mais elle s’est tue, évidemment, et est allée chercher son mixeur, qu’elle a eu en cadeau de mariage et qui a surtout servi à faire de la mayonnaise 😉

– Il se peut, dit la voisine, que vous entendiez parfois de la musique un peu forte…

Derrière le masque qu’elle a mis à la hâte, l’Adrienne se mord la langue.
La voisine a-t-elle oublié qu’on entend tout, les conversations, les jurons, les cris, tout?
On le lui a bien dit, pourtant?

– Mais voilà, poursuit-elle, on va se marier le 4 juin…
– Ah! Félicitations!
– Merci, vous serez invitée, bien sûr. Mais voilà, mon mari chante et on est en train de choisir la musique…

Il chante? cet homme qu’on entend tousser horriblement nuit et jour et qui a une voix de papier émeri?
Et que jamais jamais jamais on n’a entendu chanter, en quatre mois?

Bref.

De wonderen zijn de wereld nog niet uit.

Qui vivra jusqu’au 4 juin verra (et entendra)

Adrienne chante

Il n’y a pas de raison, s’est dit l’Adrienne, d’arrêter de s’exercer, quand on est privé de prof et de chorale.

Le chant est en effet considéré comme étant hautement propagateur de virus, même en plein air.
Alors depuis quelques mois l’Adrienne s’amuse avec Iris et Vahn.

Et comme dit le copain Montaigne, « s’en servira qui voudra » 🙂

Z comme zut!

Zut! se dit l’Adrienne en entendant le flot de muzak envahir la maison.
Il est temps d’intervenir.

On ne peut empêcher ses voisins d’avoir certains goûts musicaux mais on peut essayer de leur faire baisser le son.

Elle prend donc sa plume la plus diplomatique pour écrire sur un ton guilleret « vous aurez sans doute déjà remarqué vous aussi à quel point le mur entre nous est fin ».
Mais non, la voisine ne l’avait pas encore remarqué, et pour cause, l’Adrienne mène une vie de souris – et même moins bruyante encore.

« Moi j’entends tout ce que vous dites, répond l’Adrienne, je comprends juste un peu moins bien quand c’est Monsieur qui parle, à cause de son dialecte gantois. »
Ce dernier détail devant servir à convaincre tout à fait la voisine que oui, zut et flûte, l’Adrienne entend tout!

« Même, ajoute-t-elle, que je me sentais fort mal à cause de ça, comme un voyeur. »

Parce que c’est régulièrement reality TV chez les nouveaux voisins.

Bref, la voisine remercie de l’avoir prévenue et conclut par un « On en tiendra compte à l’avenir! »

Quant à savoir quand c’est, « l’avenir », la question reste ouverte: ils continuent à crier dans leur téléphone et à parler si haut et si fort, alors qu’ils ne sont que deux dans la maison, que l’Adrienne – zut et flûte – continue de tout entendre.

Mais au moins elle n’a plus l’impression de faire du voyeurisme 🙂

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et douze minutes de Mozart pour se remettre les oreilles à l’endroit 🙂

écrit pour le Défi du samedi n°648 – merci Walrus!

H comme humeur

Quand dimanche dernier Monsieur Nouveau Voisin a repris dès le matin sa scie, sa perceuse et son marteau pour la huitième journée consécutive – à quoi peut-il bien les utiliser dans une maison qui vient d’être refaite à neuf de bas en haut, on se le demande – bref dimanche dernier donc, l’Adrienne a décidé d’être d’une bonne humeur INOXYDABLE.

Alors elle s’est coupé les ongles et a ouvert son piano.

Après presque un an, oui oui.

Ce qui fait qu’il a fallu recommencer par les toutes premières leçons, les toutes petites pièces d’il y a quatre ans.

Mais c’était chouette 🙂

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Tania reconnaîtra le somptueux piano, qui ne ressemble en rien au petit Roland blanc de l’Adrienne 😉

7 petites notes de musique

La chorale s’appelle Saint-Ambroise ce qui fait qu’elle a deux fêtes coup sur coup, une pour la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, le 22 novembre, et une le 7 décembre, pour Saint-Ambroise.

Qui n’est pas, comme le dit wikisaitout, le patron des apiculteurs: dans la ville de mini-Adrienne, il est le patron de tous ceux qui vivent de l’industrie textile.

C’est-à-dire à peu près de tout le monde jusque dans les années 1970.

Répétition le vendredi soir et messe le dimanche matin, le père de mini-Adrienne est un des membres les plus assidus.

Très fier, aussi, que sa chorale perpétue les traditions et connaisse pour chaque dimanche de l’année les chants grégoriens appropriés.

C’est tout un vocabulaire que la petite écoute sans comprendre. Les deux mots les plus mystérieux sont le propre et l’introït. Elle a le goût des mots mystérieux 🙂

Assise sur l’inconfortable chaise de paille, elle lève les yeux vers le jubé, et écoute son père sans le voir.

Elle reconnaît la voix d’Yvan, le ténor, et juste derrière, le baryton paternel. Elle est heureuse.

On ne dira jamais assez les vertus de la musique et les merveilles qu’on peut faire avec sept petites notes.