J comme jazz

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Non, le jazz n’est pas la musique préférée de Madame.

Oui, certaines formes la rendent nostalgique des soirées radio avec son père, grand amateur de cette musique qui pour lui était venue d’Amérique avec les libérateurs. Mais ce n’est pas ce qu’elle va écouter spontanément.

Sauf bien sûr quand il s’agit d’un ancien élève. Alors Madame est fan et présente parmi les premiers, le cœur battant comme si elle était sa mère 😉

Le jeune guitariste barbu est arrivé en Belgique tout petit, avec ses parents, qui voulaient offrir un avenir meilleur à leurs deux fils. Meilleur que dans leur Kosovo natal.

Ce jeune guitariste barbu était excellent élève, fort en tout, maths, sciences, langues. Ses parents exigeaient des résultats et le voyaient promis à une belle carrière de médecin ou d’ingénieur.

Il n’a pas été simple pour eux d’accepter qu’il se dirige vers le Conservatoire de musique.

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H comme histoire

Je compte sur toi pour les précisions historiques, tu le sais, n’est-ce pas! dit-elle à la dame qui a travaillé toute sa vie à la bibliothèque communale mais est historienne de formation.

Ce soir Wim nous fera un petit exposé sur l’architecture gothique, dit-elle un autre lundi, vu qu’on a la chance d’avoir un architecte parmi nous…

Non mais hé ho! on est venus ici pour avoir un cours sur l’histoire de la musique, s’insurge mentalement l’Adrienne.

C’est à ce moment-là que la prof se tourne vers elle:

Tu voudras bien nous faire un petit cours sur la langue d’oc et la langue d’oïl, lundi prochain? Et tu nous parleras d’Aucassin et Nicolette? Et des troubadours?

Vous croyez que ça intéresse quelqu’un? a répondu l’Adrienne.

Non mais hé ho!

P comme pentimenti

ensor cabine de bain

C’est un tout petit tableau, il ne fait qu’à peine 22 cm sur 17, son support n’est qu’un simple carton et non une toile, c’est une des premières oeuvres de James Ensor.

Nous sommes en juillet 1876, l’artiste est né en avril 1860, il n’a donc que 16 ans quand il peint cette cabine de plage.

Il me semble qu’on ne peut qu’admirer la maîtrise qu’il a déjà de la lumière et des couleurs du ciel, du sable et de la mer. Si j’avais un appartement à Ostende, c’est ce genre de reproduction que j’accrocherais au mur, et ces couleurs-là que je choisirais pour la déco. Ce en quoi je ne serais sûrement pas très originale 🙂

C’est à propos de cette petite oeuvre que j’ai revu un mot que je n’avais plus entendu depuis longtemps, pentimento, pentimenti au pluriel. Il signifie regret, repentir, remords, dans son sens courant et en peinture il s’emploie pour désigner cette sorte de retouche effectuée par le peintre qui change d’idée en cours de réalisation. On repeint par-dessus le vase, le modèle ou un détail du tableau pour le déplacer, le changer ou le faire disparaître.

Mais bien sûr, pour les amis de Mozart, le mot pentimento ne peut que faire penser au « Pentiti, scellerato! Pentiti!« , repens-toi, scélérat, adressé par le Commandeur à don Giovanni (vers 4’28 »)

M comme Mozart et la Monnaie

Voilà plusieurs années que la sagesse budgétaire obligeait l’Adrienne à se priver d’opéra, alors vous imaginez quelles longues et intenses cogitations ont été nécessaires avant de prendre cette grande décision: l’achat d’un billet pour l’irrésistible ami Mozart, dont la Monnaie met en scène, en ce début de saison, l’opéra Die Zauberflöte.

« Nog zes keer slapen« , dit-on par chez nous aux petits enfants qui attendent impatiemment saint Nicolas. « Nog zes keer slapen » et l’Adrienne sera installée dans les ors et les velours de sa Monnaie préférée 🙂

***

« Nog zes keer slapen » peut se traduire littéralement par « dormir encore six fois ».

Et pour nous changer des merveilleuses vocalises de la Reine de la Nuit ou des langueurs de Pamino (Dies Bildnis ist bezaubernd schön…), voici Papageno et Papagena qui projettent de faire beaucoup de petits papageno/a 🙂

 

H comme Hubert Haddad

H.Haddad

Madras la nuit – poix et goudron. L’air a une épaisseur d’huile. Une puissante odeur de putréfaction chargée de poussière et de cendres animales s’infiltre sous l’épiderme, dans la gorge et les bronches. A Jérusalem, pendant des années, chaque dimanche, il avait traversé un marché arabe sous un soleil nimbé d’étincelles. Les crieurs d’agrumes le saluaient. La foule s’ouvrait avec des froissements d’étoffe. Les éclats de voix se répondaient, proches et lointains. On s’apostrophait du fond des temps. On plaisantait et riait d’un étage à l’autre de la tour de Babel. C’était avant la multiplication des attentats, avant le mur. Yitzhak Rabin n’avait pas encore été assassiné par un juif orthodoxe. On pouvait espérer un règlement pacifique du conflit. […] Dans l’accalmie, tout laissait augurer un apaisement, une ouverture, quelque chose de miraculeux. Rien n’est advenu que violence, rancune et spoliation.

Hubert Haddad, Premières neiges sur Pondichéry, éd. Zulma, 2017, p.9-10 (incipit)

Voilà comment l’auteur nous happe dès la première page et voilà une très belle lecture qui s’annonce, avec de nombreux fils entre le passé et le présent, un foisonnement d’odeurs, de couleurs, de musiques diverses, et une histoire qui se répète malheureusement d’un continent à l’autre.

On se promet d’y aller doucement pour savourer les 178 pages. On sent que ce sera trop court.

La photo de couverture, toute l’info et les critiques parues sont ici sur le site des éditions Zulma.

22 rencontres (10 bis)

Quand la prof de piano rassemble tous ses élèves pour un petit concert, l’Adrienne est bien forcée de redevenir Madame: il y a là la sœur de Ruben, la maman de Casper et Raf, le papa de Julie, la maman de Chloë et celle de Justine, le père de Charles…

Cette année, il y a aussi Audrey et Madame a tout de suite reconnu ses bouclettes, ses yeux bleus, son nez tout fin, sa taille menue. Il y a bien quinze ans pourtant mais elle est de celles qu’on n’oublie pas.

– Vous vous rappelez tout ça? s’étonne Audrey quand Madame et elle échangent quelques souvenirs de ses 15-16 ans et des horribles gamins qui peuplaient sa classe.

Madame ose à peine lui dire qu’elle se souvient même de la place où elle était assise. Rang du milieu, banc du milieu. Seule, attentive. Après, tous les garnements qui s’étaient moqués d’elle pendant le trimestre lui demandaient ses notes de cours, à l’approche des examens.

– Tu es toujours aussi stressée? lui demande Madame en voyant ses gestes nerveux et la moiteur de ses mains qu’elle essaie de frotter à sa jupe. Toujours aussi perfectionniste?

– Vous vous souvenez aussi de ça? rit Audrey.