R comme refrains

En quittant Ostende dans le brouillard, mercredi dernier, on aperçoit une inscription qu’on n’avait pas remarquée avant. Elle est en patois ostendais, « zeg nie toet ziens« , ne dis pas au revoir.

– Kèskecèksa? se demande l’Adrienne en route vers la gare.

Un premier indice de réponse se trouve dans sa situation, entre l’Oosteroever, le quartier des pêcheurs, du port de pêche et de la criée aux poissons, et le « vistrap » où les épouses vendent la pêche de la nuit précédente.

Ostende a eu au siècle dernier deux dames, femmes, filles, sœurs de pêcheurs qui ont joui d’une belle notoriété locale comme chanteuses de « Oostendse levensliederen« , la chanson réaliste aux thèmes liés à la mer et à Ostende.

D’où cette petite phrase extraite de l’une d’elles.

Juste derrière, si vous agrandissez la photo, vous pouvez voir les notes des premières mesures du Plat pays de Jacques Brel, qui commence par les mots « Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague… »

Si quelqu’un veut une traduction, il n’a qu’à demander 😉

C’est une déclaration d’amour à son homme qu’elle appelle « son capitaine de la marine » même s’il n’en a ni les galons, ni le képi à dorures.

Le plat pays dans la version de Pierre Rapsat:

J comme jitterbug

De l’enfance à aujourd’hui, l’Adrienne n’a jamais réussi à être « de son temps », et certainement pas en ce qui concerne les goûts musicaux.

D’abord parce que pendant sa petite enfance, elle n’a entendu que les chansons de l’époque de son grand-père, qui était jeune entre les deux guerres.
Et un passage de la 6e symphonie de Beethoven qui annonçait le début de l’émission quotidienne « voor boer en tuinder » au moment du repas de midi.

Ensuite, à l’adolescence, elle n’entendait que les émissions qu’aimait le père, grand amateur de la musique jazzy américaine qu’il avait découverte après la seconde guerre mondiale.
Et le dimanche, avec sa chorale, il perpétuait l’art du chant grégorien.

Meilleure Amie a voulu faire un peu son éducation à l’époque où elle n’écoutait que Vivaldi et Tchaïkovski, malheureusement pour la mise à jour, Meilleure Amie aimait ce qu’aimait son grand frère, qui avait huit ans de plus qu’elles.

Et ainsi de suite.

De sorte qu’aujourd’hui encore, quand une ancienne élève lui parle d’Ed Sheeran, la stupide Adrienne répond « Ed qui? » et sert sa pirouette habituelle: « tu sais, moi, en dehors de Mozart, je ne connais rien » 🙂

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écrit pour le Défi du samedi où Walrus proposait la vidéo ci-dessus en illustration du mot proposé, jitterbug. Merci à lui!

Stupeur et tremblements

Comme chaque mois, ça se bouscule aux portillons pour la rubrique ‘stupeur et tremblements’ et cette fois le gagnant est dans un message reçu avant-hier.

On y proposait une ‘place’ gratuite à un concert en streaming en échange d’un petit service: allumer sa caméra et participer à un test de reconnaissance faciale qui permettrait d’améliorer la reconnaissance d’émotions.

Afin, y expliquait-on, de mesurer l’émotion suscitée chez le public et de la ‘renvoyer’ au chef d’orchestre, à ses musiciens et au public.

Vous qui connaissez l’Adrienne, vous aurez deviné qu’elle a poliment décliné l’offre.

D’ailleurs moi aussi je la connais et je sais que pendant ce concert, là devant son ordi, il lui aurait été impossible de rester tranquillement à fixer sa caméra: elle aurait joué à des jeux de patience en ligne, serait allée se faire un petit café, aurait été commenter quelques blogamis… bref sûrement pas le genre d' »émotions » qui font plaisir à voir au chef d’orchestre 😉

F comme fa

Hier l’Adrienne réfléchissait à un billet F comme Fa, dans lequel elle vous expliquerait son petit souci de casting à la chorale: non, elle n’est pas vraiment une soprano mais le chef pense que si 🙂

Alors elle qui n’arrive qu’à peine à chanter le fa dans « judicandus » devrait arriver jusqu’au la dans « homo reus« . Mission impossible, donc.

Blijven oefenen, a rigolé un ténor quand elle a dit qu’elle n’atteindrait jamais ce sol et ce la. Blijven oefenen, continuer à s’entraîner, a-t-il répété, hilare, comme si l’exercice allait y changer quelque chose, mais bon, elle a ri aussi.

Et puis dans sa boîte aux lettres elle a trouvé un courrier de la police.

Pour lui signifier que son figuier (appelé « struik« , « buisson », alors qu’il est déjà plus haut que son toit ;-)) a des branches qui envahissent le trottoir: « het voetpad is bijna volledig overwoekerd« .

Dangereux, ça!
Et une invasion du domaine public, « inname van het openbaar domein » en plus!

Bref, le billet du jour serait plutôt F comme figuier.

Ou tout autre mot en F qui vous viendrait à l’esprit après la lecture de ce billet 😉

X c’est l’inconnu

Beethoven - Een Biografie - Jan Caeyers - (ISBN ...
source ici

Le problème du biographe, explique Jan Cayers dans son prologue, c’est que le temps qui passe efface de nombreuses traces, de sorte que l’information dont on dispose est un peu le fruit du hasard de ce qui a survécu.

Par exemple le biographe de Beethoven ne dispose que de deux mille lettres sur les dix mille qu’il a reçues de ses divers correspondants. Imaginez l’info manquante!

Mais en plus de cela, dans le cas de Beethoven, il y a le problème de la falsification des sources, chose dont s’est rendu coupable un certain Anton Felix Schindler.

Devenu sourd, Beethoven avait toujours sur lui un de ses petits « carnets de conversation » sur lesquels ceux qui voulaient s’adresser à lui notaient ce qu’ils avaient à lui dire ou à lui demander.

On sait depuis longtemps que Schindler avait détruit des pages de ces carnets mais ce qu’on a découvert seulement dans les années 1970, grâce aux recherches des criminologues de l’université Humboldt, c’est qu’entre 1840 et 1845 – donc vingt ans après la mort de Beethoven – de nombreuses annotations dans ces carnets avaient été ajoutées. Par Schindler.

Ce qui fait que tout un tas d’informations sur lesquelles les biographes s’étaient basés pendant plus de cent cinquante ans pouvaient passer à la trappe.

Et que du coup on s’est mis à douter d’à peu près tout ce que Schindler a raconté sur le musicien.

Il faut donc, conclut Jan Cayers, repartir de zéro, c’est-à-dire des sources fiables et confronter toutes les autres entre elles: les journaux des années 1798 à 1865, la correspondance de Beethoven, les passages authentiques de ses « cahiers de conversation », son Tagebuch, les notes et souvenirs de ses amis, comme Franz Gerhard Wegeler ou Ferdinand Ries.

Bref, l’Adrienne s’est attaquée à la lecture de ce pavé de six cents pages, histoire de savoir ce qui est le mythe et ce qui est la réalité 🙂

W comme Watts

Aucune description de photo disponible.

Quand le grand-père voyait un chanteur maltraiter son micro et hurler dedans, il soupirait que de son temps, « ils avaient de la voix et pas besoin de tout ça ».

– Sauf Tino Rossi, relevait mini-Adrienne, lui qu’elle entendait régulièrement susurrer et dont elle savait que le grand-père avait toujours été un peu jaloux, parce que grand-mère l’admirait tant 😉

– Sauf Tino Rossi, c’est vrai, disait-il.
– Oui, mais il chantait bien! réaffirmait grand-mère.

Quand les chanteurs montaient sur scène en T-shirts ou maillots de corps, le grand-père s’énervait que « de son temps, on avait plus de respect pour le public » et « qu’on prenait la peine de s’habiller ».

Alors depuis toujours, quand l’Adrienne voit un chanteur, elle se demande ce qu’aurait dit son grand-père 🙂

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(excellent) dessin de Hugues Hausman sur son compte fb.

V comme vie

L’Adrienne paiera-t-elle sa folle témérité en reprenant une vie « normale » 😉

Elle retourne au restaurant avec des amis, les reçoit chez elle sans masque, reçoit des câlins de petit Léon.

En septembre, la chorale reprendra le jeudi soir, le yoga le lundi matin, les cours du soir ‘en présentiel’.

Elle ira au théâtre et au concert.

Par contre, le voyage en Grèce, qui devait avoir lieu en octobre, est annulé.
Remis à 2022, sine die.

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Alles komt goed, ‘tout va s’arranger’, affichait cette ancienne élève au début de la pandémie.
Et non, elle n’est pas brocanteuse, elle fait de la pâtisserie 😉