F comme fière

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Une collègue amie organise aujourd’hui une fête sur le thème « Hats and boots ».

L’Adrienne est bien contente de pouvoir porter fièrement un des chapeaux de son père.

Il a été difficile de décider lequel 🙂 mais le choix s’est finalement arrêté sur un Sylph gris foncé ou un John Howarth & Co noir.

Ha! si papa il savait ça, tralala 🙂

photo prise à Bruxelles, foire des antiquaires, oeuvre de Folon.

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P comme prétentieux

Ça ne rate jamais: vous lisez ou entendez ‘prétentieux’ et vous pensez ‘ne me parle pas de Grenoble’.

Zézette m’apporte des oranges, les poulets c’est moi qui les surveille et ma Viva Sport 37 améliorée 39 fait du 210 pour rentrer à Marseille…

Si vous poursuivez le jeu d’association d’idées, ‘assiette’ mène à Prévert (parce qu’ils ont leur assiette derrière la tête), ‘buvard’ à Bouvard, ‘apostrophe’ à Pivot et ‘opéra’ à la Castafiore.

Quand en classe vous utilisez le mot ‘multiplication’, vous ne manquez jamais d’ajouter mentalement ‘des pains et des poissons’, à tel point que vous craignez qu’un jour vous le direz à voix haute.

‘Trier’ c’est pour les lentilles, la chose la plus fastidieuse que vous ayez faite de votre vie – sans compter la lourde responsabilité si quelqu’un se cassait une dent sur un minuscule caillou qui vous aurait échappé – pensum auquel vous avez dû vous soumettre lors d’un séjour dans la zone d’origine contrôlée de la lentille verte du Puy.

Et puis, vu que c’est la saison, ‘renifler’ vous fait penser au petit cousin qui avait tout le temps des rhumes mais qui, à cinq ans, ne savait pas encore se moucher le nez: on lui disait ‘souffle!’ et il soufflait par la bouche, évidemment. Il souffle comme une forge, disait le père. Au fait, ‘pression’ est pour le père, ce n’est pas un mot qui fait penser au travail ni au stress, mais à la bière, que le père refusait si elle sortait d’une bouteille.

‘Écharpe’, bien sûr, c’est pour grand-mère Adrienne. Sa grande étole de laine, on l’a portée si longtemps qu’on a fini par l’user et la trouer, ce qui a bien fait plaisir à la mère:

« Tu vas enfin pouvoir jeter cette horreur! »

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: 1 assiette 2 buvard 3 apostrophe 4 écharpe 5 trier 6 renifler 7 opéra 8 multiplication 9 prétentieux 10 pression 11 option 12 forge et le 13e pour le thème : saison

J comme jazz

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Non, le jazz n’est pas la musique préférée de Madame.

Oui, certaines formes la rendent nostalgique des soirées radio avec son père, grand amateur de cette musique qui pour lui était venue d’Amérique avec les libérateurs. Mais ce n’est pas ce qu’elle va écouter spontanément.

Sauf bien sûr quand il s’agit d’un ancien élève. Alors Madame est fan et présente parmi les premiers, le cœur battant comme si elle était sa mère 😉

Le jeune guitariste barbu est arrivé en Belgique tout petit, avec ses parents, qui voulaient offrir un avenir meilleur à leurs deux fils. Meilleur que dans leur Kosovo natal.

Ce jeune guitariste barbu était excellent élève, fort en tout, maths, sciences, langues. Ses parents exigeaient des résultats et le voyaient promis à une belle carrière de médecin ou d’ingénieur.

Il n’a pas été simple pour eux d’accepter qu’il se dirige vers le Conservatoire de musique.

Adrienne n’aime pas les roses blanches…

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C’est le premier week-end de juillet. Parfois, le père a réussi à se libérer la veille, alors la famille prend la route le vendredi. Réveil à trois heures du matin, départ vers quatre heures, selon le degré de difficulté du puzzle pour tout caser dans la voiture. A commencer par les piquets et la toile de tente, modèle familial, avec grand auvent, table, sièges, réchaud, matériel de couchage, de cuisine, le coffre est grand mais rempli à ras bord. Faut bien pousser pour le refermer.

Sur la banquette arrière, il faut caser le fils, la fille, deux valises de vêtements et les pulls pour la fraîcheur du soir. A côté du conducteur, la mère, avec à ses pieds le casse-croûte du midi. Pour ce trajet-là, mille kilomètres en direction du sud, la gamine n’a pas besoin de lire la carte, le père et elle connaissent la route par cœur. Et ce jour-là, quand le père tient le volant, il ne le lâche plus: on n’a qu’à ajuster ses besoins à ceux de la bagnole et faire pipi la fois où on s’arrête pour faire le plein.

La route est longue et il faut occuper le petit frère. On joue à compter les voitures blanches. On joue au jeu de l’alphabet. On joue à apprendre par cœur les numéros des départements français. On chante tout son répertoire de chansons. Jusqu’à cet inévitable moment où la mère exige qu’on lui chante « Maman c’est toi la plus belle du monde », façon Luis Mariano, et après celle-là, ça ne peut pas rater, elle veut entendre « C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman… »

Pitié! non! pas celle-là! 

***

Tableau et consignes chez Lakévio, qui nous demandait expressément: « Oubliez, s’il vous plait, Berthe Sylva ou Tino Rossi. Pas de drame, ici ! Au gué, vivent les roses sous la tonnelle! Un petit tour à Bagatelle ? Enivrez-vous d’odeurs. Saisissez l’heure ! Revenez lundi avec un joli bouquet d’idées !« 

G comme gabegie

Le père chante dans une chorale de copains, ce qui signifie, selon la mère, qu’il ne suit la messe que de très loin, là-haut dans le jubé, où – elle en est sûre – il préfère papoter avec l’organiste plutôt qu’écouter le sermon du curé. 

– Mais qu’est-ce que tu en sais, répond-il en haussant les épaules.

– Je le sais parce que je vous entends! On vous entend bavarder jusqu’en bas!

– Ça, dit le père, c’est José.

C’est vrai que l’ami José a une voix de stentor, alors que le père maîtrise l’art du chuchotement.

Deux ou trois dimanches dans l’année, le père est obligé de suivre la messe sans les copains: c’est quand la famille est en vacances au camping en France. Ces matins-là, le père, la mère, le fils et la fille sont toujours parmi les premiers arrivés et si assidument présents dans les premiers rangs, année après année, que le curé de la paroisse a demandé à la mère de bien vouloir faire la première lecture.

– Mais je suis Belge! a répondu la mère, comme s’il y avait un rapport.

– Et alors? a dit le curé, vous êtes Belge mais vous savez lire, je suppose?

Alors la mère a accepté, l’honneur de la patrie était en jeu. 

Puis quand venait le moment de la quête, le père faisait rire la fille en lui chuchotant chaque fois cette petite phrase, au moment où il lui remettait la piécette à déposer dans le panier:

– Et ne pas tout dépenser en même temps, hein!

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les mains du père, dernier chapon, dernier Noël avant la maladie

 

 

 

Adrienne et les archéologues

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L’Adrienne est passionnée d’archéologie depuis ses douze ans, depuis que les cours d’histoire lui ont mis en tête des rêves de Mésopotamie, d’Egypte ancienne, de Grèce et de Rome. 

Ceux qui viennent ici depuis assez longtemps le savent, elle a eu l’idée, à seize ans, d’en faire son métier mais a été ramenée à de plus justes réalités par la sentence paternelle: « si tu crois que tu vas pouvoir gagner ta croûte avec ça! » 

Bien sûr, l’archéologie reste une passion, c’est toujours un article en rapport avec ce sujet-là que l’Adrienne lira prioritairement, une destination de vacances, un choix pour une visite d’expo. 

Depuis quelques années, l’Adrienne a la chance de pouvoir vivre sa passion de près, dans sa propre ville. Grâce aux accords européens signés à Malte en 1992, tous les travaux d’infrastructure doivent être précédés d’une recherche archéologique en vue de préserver ce patrimoine. Selon la nature des travaux prévus, on va soit mettre au jour soit répertorier et conserver en sous-sol les données archéologiques. 

C’est ainsi que petit à petit, au fil des chantiers, se dessine l’histoire de sa ville, depuis l’âge de bronze. 

Oui, c’est passionnant! Mais l’Adrienne est bien contente d’enseigner le FLE à ses élèves et que ce soient d’autres qui se cassent les reins et se  gèlent les doigts en creusant la terre… merci mesdames et messieurs les archéologues, merci papa! 

***

photo 1 prise dans ma ville le 8 février 
les plus grands froids sont encore venus après… 

archéologie,histoire

merci aussi à ceux qui creusent à la petite cuiller et au pinceau sous 40° à l’ombre 

Sagalassos, août 2016