N comme Nostracarlos

Quand Carlos et ses Indiens passaient à la radio, mini-Adrienne et son petit frère chantaient à tue-tête en tournant autour de la table. Ils connaissaient les paroles par cœur et gesticulaient au rythme de

Dans vingt ans, les copains,
On sera tous des Indiens !
On aura des plumes partout autour du cou !
On ira en Amérique
Pour leur flanquer la panique !
On recommencera la conquête du Far-West !
Le petit frère, nourri des westerns du grand-père adorateur de John Wayne, y croyait dur comme fer, si bien que mini-Adrienne, prise d’un doute, a demandé à son père:
– Tu crois que c’est vrai?
– Quoi, vrai?
– Ce qu’il dit, Carlos.
– Ça m’étonnerait, dit le père.
Et il s’est replongé dans son journal.

C comme cri du corps

Voilà une paire de jours que l’Adrienne passe du lit au fauteuil et du lit au lit, comme les vieux de Brel. Perte totale, l’Adrienne. Alors elle s’est décidée à écouter les cris de son corps et à se reposer. Pas même capable de lire, de faire des mots croisés ou de regarder la télé. Bérézina.

Mais cet après-midi il y a Berthoise qui l’invite à un petit jeu auquel elle ne peut résister, vu que c’est Berthoise qui le demandé héhé.

Quatre emplois que vous avez faits dans votre vie.

– jusqu’à ses 18 ans, un jour par an l’Adrienne était vendeuse de casquettes à la braderie: c’est elle qui tenait le stand sur le trottoir devant la chapellerie des grands-parents paternels
– de ses 16 à 18 ans elle a fait un job de vacances dans une institution pour aveugles, ça commençait tôt le matin – préparer les petits déjeuners et aider certains à assortir leurs vêtements ou à trouver la prise pour leur rasoir – et ça finissait tard le soir parce qu’il fallait aussi s’occuper de servir des boissons à la cafétéria
– dès son entrée dans sa belle-famille, elle a fait beaucoup de baby-sitting, généralement de deux ou quatre enfants à la fois pendant que leurs parents étaient en vacances
enfin, la grande affaire de sa vie a été son métier de prof de FLE 🙂

Quatre films que vous regarderiez encore et encore.

1.Fantasia, en souvenir de son père qui trouvait que c’était le plus beau des Disney
2.Singing in the rain, pour les scènes hilarantes comme dans la vidéo ci-dessus
3.The sound of music, pour chanter d’un bout à l’autre en admirant les alpages
4.The great Dictator, ou un autre Chaplin

Quatre lieux où vous êtes allé(e) en vacances.

– en numéro 1, la côte belge, Knokke-le-Zoute avec grand-mère Adrienne puis Westende
– en numéro 2, la France en famille, à peu près toutes les provinces et régions parce que le père ne voulait pas aller en vacances ailleurs: Alsace, Normandie, Bretagne, Bourgogne, châteaux de la Loire, Morvan, Provence, Sud-Ouest, Alpes, Pyrénées, Ardèche, côte Atlantique…
– en numéro 3, l’Italie. Toute l’Italie 🙂
– en numéro 4, en dehors de l’Europe le plus beau voyage a été la Nouvelle-Zélande.

Quatre endroits où vous avez vécu.

L’Adrienne n’a été domiciliée qu’en 3 endroits différents: la ville où elle est née, la ville côtière de ses beaux-parents (parce qu’elle s’est mariée en étant encore étudiante et qu’un « kot » ne peut être un lieu de domiciliation) et le village où elle avait trouvé la maison de ses rêves au milieu d’un parc naturel.
Mais elle a aussi vécu quatre ans à Louvain pour ses études.

Quatre choses que vous faites chaque fois que vous allez sur le net.

1.vérifier les mails
2.en jeter quelques-uns qu’on n’a pas demandés et répondre à d’autres
3.s’occuper du blog et aller sur quelques blogamis
4.jouer à des jeux en ligne

Quatre endroits où vous aimeriez être en ce moment.

1.ici même
2.à la mer, parce qu’il y fait un peu moins chaud qu’ici
3.et c’est tout

Quatre personnes à qui vous allez refiler le bébé : le fera qui voudra 🙂

Adrienne mémérise

C’est grâce à grand-mère Adrienne et à la chicorée De Lelie

 projet 52,photo,adrienne,souvenir d'enfance

que l’Adrienne dispose de toute une gamme de petits mouchoirs, rose tendre, jaune clair, parme, vert d’eau…

de sorte que l’Adrienne – depuis toujours – prend bien soin d’assortir le mouchoir aux chaussettes

comme elle assortit les chaussures au sac, le foulard à la robe, les gants à l’écharpe.

Or que vient-elle d’apprendre?

Assortir les couleurs, c’est mémériser.

mémé

Si vous ne connaissiez pas encore le mot, lisez l’article d’où vient cette photo. Où on reproche – en gros – à la star d’avoir le look de l’âge qu’elle a.

Alors qu’elle a poussé le souci du détail jusqu’à harmoniser les couleurs de sa tenue à celles du décor 🙂

Vous pouvez bien sûr, comme l’Adrienne, continuer à accorder soigneusement les couleurs, en vous disant que « La mode, c’est ce qui se démode » et que par conséquent d’ici peu votre manie de mémé sera du dernier chic.

Il suffit, disait le père de l’Adrienne, de laisser pendre un vêtement assez longtemps dans ta garde-robe. Un jour ou l’autre, tu pourras le ressortir.

Nulle ne met ce conseil mieux en pratique 😉

P comme poliment et prudemment

DSCI7353

Combien de fois l’Adrienne a eu la question, ces derniers jours: Vous étiez déjà venue en Angleterre? Votre maman a déjà vu l’Angleterre? Votre neveu a déjà visité l’Angleterre?

Chaque fois il faut essayer de répondre prudemment pour ne pas froisser les sentiments nationaux. Le plus facile, c’est quand il s’agit de l’Adrienne:

– Oui, il y a eu ce voyage scolaire à Londres, quand elle était en cinquième (en Première), des voyages dans la région de Canterbury, comme prof, avec les élèves de quatrième (la Seconde), un autre séjour à Londres avec Monsieur Mari et bien sûr Bradford, dans le Yorkshire, il y a plus de douze ans, chez l’amie qui se marie ces jours-ci.

Mais comment expliquer poliment à un fier sujet de Sa Majesté pourquoi sa mère n’a jamais mis les pieds en Angleterre – sauf un aller-retour d’un jour Ostende-Douvres avec les beaux-parents de l’Adrienne – malgré l’envie qu’elle en avait?

Car pour le père il n’y avait qu’une destination possible, c’était la France. L’Angleterre, il ne voulait pas y mettre les pieds, sous prétexte que « quand c’est chaud c’est de la bière et quand c’est froid c’est de la soupe ».

Et Monsieur Neveu? Après ses cours d’anglais au lycée et ses deux ans d’anglais en faculté de Droit, il n’est toujours pas capable de comprendre ni de parler cette langue. Il est venu en Angleterre pour un séjour linguistique dans une famille où probablement l’échange de connaissance des langues s’est fait dans l’autre sens, vu qu’il n’en a rien retiré.

– Il ne faut pas compter sur lui pour acheter un billet de train, dit la mère, qui a potassé son mini-dictionnaire d’anglais en vue de ce voyage, histoire de remettre à jour ses connaissances acquises en secondaire, au début des années 1950.

***

photo prise depuis la terrasse du cottage de tante Ginny à Runswick Bay, avec la silhouette reconnaissable de la falaise en forme de tête de crocodile.

N comme n’en jetez plus

N’en jetez plus, la cour est pleine, disait le père de l’Adrienne chaque fois qu’il y avait le moindre compliment dans l’air.
Qu’aurait-il dit, pense l’Adrienne en nettoyant sa boite à SPAM, comme chaque jour à la façon du petit Prince débarrassant sa planète des envahissantes pousses de baobabs, qu’aurait-il dit en lisant ce commentaire signé Ignited Labs G Force Review:

My wife and i felt so thankful Chris could conclude his preliminary research while using the ideas he acquired from your very own web page. It is now and again perplexing just to always be giving for free guidelines which usually some other people may have been making money from.
And we also recognize we now have the writer to give thanks too for that.
The main explanations you have made, the simple blog menu, the relationships your site make it easier to Promote – it is mostly extraordinary, and it’s really leading our son in addition to the family reckon that the situation is thrilling, which is very serious. Thanks for all the pieces!

Heureusement, l’Adrienne a lu la Fontaine et sait que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute 🙂

Mais que ne vont pas inventer, de nos jours, les démarcheurs pour casinos en ligne ou les vendeurs de pilules pour la soif… de virilité!

W comme wolken

DSCI7312

Isa a peint le bleu du ciel.

Elle a dessiné des nuages blancs et doux comme du coton.

De sa plus belle écriture, elle a tracé un joli message pour son papa: Papa, ik ben in de wolken voor jou! (1)

Puis elle a signé son œuvre.

Le vendredi avant la fête des pères, la peinture était sèche et le cadeau prêt à être emporté à la maison pour être offert au papa le jour J.

Et puis… et puis il s’est passé quelque chose. Qui a fait que le joli travail a été abandonné sur le seuil d’une maison vide, juste à côté de l’école.

***

(1) l’expression en néerlandais ‘in de wolken zijn’ veut dire ‘être aux anges’, être très heureux.

L comme liberté

DSCI7309 (2)

Mini-Adrienne a quatorze ans et trois mois. Elle passe une quinzaine de jours de vacances à la côte belge avec sa mère, son petit frère et son petit cousin. Comme chaque année au 15 août, pendant que les papas travaillent. La maman du petit cousin travaille aussi. C’est eux qui ont un appartement à la mer.

Le 15 août vient le papa. Il offre un tour en cuistax et prend quelques photos. Il faut longuement poser au soleil 🙂

Quatorze ans et trois mois. C’est un mois d’août particulièrement beau et ensoleillé, on est à la plage tous les jours, on se lie d’amitié avec d’autres. Des « grands » qui acceptent de jouer à toutes sortes de jeux avec le petit frère, le petit cousin.

Puis un jour une dame s’extasie:

– Comment? elle n’a que quatorze ans, votre fille? je croyais qu’elle en avait dix-sept!

Pas très futée, la dame, pas très fine psychologue, elle s’enferre dans ses convictions, elle insiste lourdement.

Quatorze ans et trois mois. C’est la dernière fois que l’Adrienne – qui n’est donc plus une mini – a joui d’une relative liberté.

Pas besoin de tchador ni de foulard: on peut très bien s’en passer et obtenir le même résultat.

***

texte inspiré par le thème des Impromptus littéraires, Quatorze ans et demi.