J comme jazz

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Non, le jazz n’est pas la musique préférée de Madame.

Oui, certaines formes la rendent nostalgique des soirées radio avec son père, grand amateur de cette musique qui pour lui était venue d’Amérique avec les libérateurs. Mais ce n’est pas ce qu’elle va écouter spontanément.

Sauf bien sûr quand il s’agit d’un ancien élève. Alors Madame est fan et présente parmi les premiers, le cœur battant comme si elle était sa mère 😉

Le jeune guitariste barbu est arrivé en Belgique tout petit, avec ses parents, qui voulaient offrir un avenir meilleur à leurs deux fils. Meilleur que dans leur Kosovo natal.

Ce jeune guitariste barbu était excellent élève, fort en tout, maths, sciences, langues. Ses parents exigeaient des résultats et le voyaient promis à une belle carrière de médecin ou d’ingénieur.

Il n’a pas été simple pour eux d’accepter qu’il se dirige vers le Conservatoire de musique.

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R comme rogntudju!

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M’enfin! qui a mis son tag sur les fesses de mon copain Gaston?

Le nom d’un fou s’écrit partout, disait mon père pour se moquer de ceux qui souffraient de cette forme de narcissisme…

Photo prise à Bruxelles le 13 juillet dernier.

 

Adrienne n’aime pas les roses blanches…

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C’est le premier week-end de juillet. Parfois, le père a réussi à se libérer la veille, alors la famille prend la route le vendredi. Réveil à trois heures du matin, départ vers quatre heures, selon le degré de difficulté du puzzle pour tout caser dans la voiture. A commencer par les piquets et la toile de tente, modèle familial, avec grand auvent, table, sièges, réchaud, matériel de couchage, de cuisine, le coffre est grand mais rempli à ras bord. Faut bien pousser pour le refermer.

Sur la banquette arrière, il faut caser le fils, la fille, deux valises de vêtements et les pulls pour la fraîcheur du soir. A côté du conducteur, la mère, avec à ses pieds le casse-croûte du midi. Pour ce trajet-là, mille kilomètres en direction du sud, la gamine n’a pas besoin de lire la carte, le père et elle connaissent la route par cœur. Et ce jour-là, quand le père tient le volant, il ne le lâche plus: on n’a qu’à ajuster ses besoins à ceux de la bagnole et faire pipi la fois où on s’arrête pour faire le plein.

La route est longue et il faut occuper le petit frère. On joue à compter les voitures blanches. On joue au jeu de l’alphabet. On joue à apprendre par cœur les numéros des départements français. On chante tout son répertoire de chansons. Jusqu’à cet inévitable moment où la mère exige qu’on lui chante « Maman c’est toi la plus belle du monde », façon Luis Mariano, et après celle-là, ça ne peut pas rater, elle veut entendre « C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman… »

Pitié! non! pas celle-là! 

***

Tableau et consignes chez Lakévio, qui nous demandait expressément: « Oubliez, s’il vous plait, Berthe Sylva ou Tino Rossi. Pas de drame, ici ! Au gué, vivent les roses sous la tonnelle! Un petit tour à Bagatelle ? Enivrez-vous d’odeurs. Saisissez l’heure ! Revenez lundi avec un joli bouquet d’idées !« 

G comme gabegie

Le père chante dans une chorale de copains, ce qui signifie, selon la mère, qu’il ne suit la messe que de très loin, là-haut dans le jubé, où – elle en est sûre – il préfère papoter avec l’organiste plutôt qu’écouter le sermon du curé. 

– Mais qu’est-ce que tu en sais, répond-il en haussant les épaules.

– Je le sais parce que je vous entends! On vous entend bavarder jusqu’en bas!

– Ça, dit le père, c’est José.

C’est vrai que l’ami José a une voix de stentor, alors que le père maîtrise l’art du chuchotement.

Deux ou trois dimanches dans l’année, le père est obligé de suivre la messe sans les copains: c’est quand la famille est en vacances au camping en France. Ces matins-là, le père, la mère, le fils et la fille sont toujours parmi les premiers arrivés et si assidument présents dans les premiers rangs, année après année, que le curé de la paroisse a demandé à la mère de bien vouloir faire la première lecture.

– Mais je suis Belge! a répondu la mère, comme s’il y avait un rapport.

– Et alors? a dit le curé, vous êtes Belge mais vous savez lire, je suppose?

Alors la mère a accepté, l’honneur de la patrie était en jeu. 

Puis quand venait le moment de la quête, le père faisait rire la fille en lui chuchotant chaque fois cette petite phrase, au moment où il lui remettait la piécette à déposer dans le panier:

– Et ne pas tout dépenser en même temps, hein!

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les mains du père, dernier chapon, dernier Noël avant la maladie

 

 

 

Adrienne et les archéologues

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L’Adrienne est passionnée d’archéologie depuis ses douze ans, depuis que les cours d’histoire lui ont mis en tête des rêves de Mésopotamie, d’Egypte ancienne, de Grèce et de Rome. 

Ceux qui viennent ici depuis assez longtemps le savent, elle a eu l’idée, à seize ans, d’en faire son métier mais a été ramenée à de plus justes réalités par la sentence paternelle: « si tu crois que tu vas pouvoir gagner ta croûte avec ça! » 

Bien sûr, l’archéologie reste une passion, c’est toujours un article en rapport avec ce sujet-là que l’Adrienne lira prioritairement, une destination de vacances, un choix pour une visite d’expo. 

Depuis quelques années, l’Adrienne a la chance de pouvoir vivre sa passion de près, dans sa propre ville. Grâce aux accords européens signés à Malte en 1992, tous les travaux d’infrastructure doivent être précédés d’une recherche archéologique en vue de préserver ce patrimoine. Selon la nature des travaux prévus, on va soit mettre au jour soit répertorier et conserver en sous-sol les données archéologiques. 

C’est ainsi que petit à petit, au fil des chantiers, se dessine l’histoire de sa ville, depuis l’âge de bronze. 

Oui, c’est passionnant! Mais l’Adrienne est bien contente d’enseigner le FLE à ses élèves et que ce soient d’autres qui se cassent les reins et se  gèlent les doigts en creusant la terre… merci mesdames et messieurs les archéologues, merci papa! 

***

photo 1 prise dans ma ville le 8 février 
les plus grands froids sont encore venus après… 

archéologie,histoire

merci aussi à ceux qui creusent à la petite cuiller et au pinceau sous 40° à l’ombre 

Sagalassos, août 2016

X comme xérès

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Il y aurait toute une étude sociologique à faire sur l’évolution de la mode dans les apéritifs. 

Ainsi, même mon père qui ne jurait que par les produits de l’œnologie française – et qui en avait une connaissance encyclopédique -, a fini par introduire chez nous quelques articles extérieurs à la France. D’abord le porto, suivi rapidement par le xérès, qui doit avoir fait son apparition vers la fin des années septante. 

Les premières bouteilles de Jerez fino muy seco sont arrivées dans de jolies boîtes en bois vernissé, portant les armoiries de leurs propriétaires. 

Elles ont servi à des rangements divers, il y en a une que ma mère utilise encore comme boite à couture. 

Sic transit etc. tongue-out 

*** 

merci à Walrus qui a proposé ce mot au Défi du samedi et qui m’a permis de raviver mes souvenirs de Pedro Domecq… 

source de la photo ici

W comme wagon de train

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Nous étions loin de l’été mais dans le Midi un joli printemps fleuri était déjà bien installé. Quand on nous a annoncé « Narbonneuh! Narbonneuh! Tout le monde descend! » nous avons pu prendre le petit déjeuner à de longues tables installées au soleil. 

Depuis ce jour-là, nous n’avons plus dit autrement le nom de cette ville qu’en imitant l’accent de l’homme qui nous y a accueillis. 

Nous avions passé la nuit dans le train, compartiment couchettes pour six personnes que nous occupions à cinq parce qu’il était impensable que grand-mère Adrienne quitte sa maison. 

La voiture paternelle avait été remisée dans un wagon ad hoc et récupérée dans l’Aude… pour aller où? Je ne sais plus! 

C’est bien un comble de se souvenir de tous les détails du voyage en train – par exemple dans quel ordre nous nous étions déshabillés et couchés pour que l’intimité de chacun soit préservée au maximum, qui avait quelle couchette et qu’il y avait du papier blanc sur la table du petit déjeuner – mais de ne pas se souvenir de la véritable destination du voyage. 

Une chose est sûre, ce n’était pas l’Aude et après le petit déjeuner pris au soleil, nous avons tout de suite quitté Narbonneuh.