Y comme Y a qu’à pédaler!

A l’amie qui lui envoie un extrait d’émission télé répondant à la question « comment économiser sur le chauffage », l’Adrienne répond « Donc, y a qu’à pédaler », vu que la dernière recommandation consistait en l’acquisition d’un petit engin permettant de pédaler-pour-se-réchauffer alors qu’on est assis à travailler à son bureau.

Vous aussi, probablement, en avez marre de ce genre de conseils, tous bons à jeter, car soit vous les appliquez déjà depuis longtemps, soit ils sont plus ridicules qu’efficaces.

En Italie aussi on s’est bien gaussé du Corriere della sera quand on y a relayé la « recette » d’un prix Nobel pour cuire les pâtes sans se ruiner en gaz: ça s’appelle la « cottura passiva« , ce qui veut dire qu’on éteint le gaz dès l’ébullition. Et qu’on met le couvercle.

Bon, c’est vrai que les pâtes se ramollissent quand on les laisse dans l’eau, mais essayez et vous verrez: le résultat n’est pas top top.

Comme disait un des lecteurs, si tu gardes deux ou trois rigatoni en bouche pendant assez longtemps, ils finissent aussi par se ramollir…

Bref, les ventes de vêtements chauds montent déjà en flèche alors que d’habitude on arrive aux soldes de janvier avec des rayons encore pleins, à cause de l’hiver trop doux qui n’a incité personne à aller au portemonnaie.

Et l’électricien qui doit venir installer une nouvelle prise chez l’Adrienne ne trouve pas une minute pour le faire: depuis l’été il passe sa vie sur les toits à installer des panneaux solaires.

D’où le choix de l’illustration, une des (très) rares photos du père pendant la guerre de 40, avec son vélo… et avec son manque de tout, nourriture et charbon 😉

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Pour ceux qui comprennent l’italien, il y a aussi Stefania qui vous explique comment économiser l’énergie en utilisant une couverture: vous arrêtez le gaz à mi-cuisson, vous emballez votre casserole dans une couverture – elle recommande celle en grosse laine tissée bien serré, qui vous vient de votre grand-mère – et votre préparation continue à se préparer toute seule 😉
ça marche pour tout, dit-elle, sauf les haricots secs et les pois chiches.

T comme Taalgrens

Frontière linguistique, taalgrens, c’est un mot que le père de l’Adrienne détestait: il ne voulait pas l’entendre. Il voulait en nier l’existence. Ou plutôt: continuer à croire que les francophones apprendraient le néerlandais et les Flamands le français.

A Bruxelles le week-end dernier, l’Adrienne a pu constater que cette frontière est bien réelle: lors de la visite du Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles, le groupe néerlandophone ne connaissait aucun nom de ceux donnés aux diverses salles du bâtiment.

Même le guide avait dû se renseigner pour savoir qui était Amélie Nothomb, qu’il appelait systématiquement Nathalie Nothomb (vous imaginez à quel point l’Adrienne a dû se retenir pour ne pas le corriger ;-)) et en entrant dans la salle Maurane il demande à la cantonade:

– Quelqu’un ici connaît Maurane?
– Oui, fait l’Adrienne.

Apparemment, il ne voulait pas la croire:

– Ah bon? et c’est quoi? un peintre?
– Une chanteuse.

Le type avait ses idées sur la frontière linguistique et culturelle et aurait aimé qu’elles soient entièrement partagées. Confirmées.

Que José van Dam soit inconnu, passons, mais Philippe Gelück et son Chat?

Puis le groupe arrive dans la salle Eddy Merckx, que tout le monde connaissait, évidemment.

Et là son réflexe territorial lui fait dire:

– Je ne sais vraiment pas pourquoi ils ont choisi Eddy Merckx: il est Flamand! Il y a tout de même aussi de grands sportifs wallons?
– Ben oui, a dit quelqu’un, Justine Hénin.

Bref, une journée du patrimoine fort instructive.

Il aurait été intéressant de faire l’exercice inverse et d’accompagner un groupe francophone en visite au parlement flamand.

Photos prises à Bruxelles aux Journées du Patrimoine le 17 septembre dernier.

Questions existentielles

Madame est allée voir sa « doctoresse » préférée, celle qui est une charmante ancienne élève à qui elle a délégué la responsabilité de veiller à ce qu’elle ne meure pas du même mal que son père.

– Je compte sur toi, lui a-t-elle dit.

Même si évidemment il faudra bien qu’elle meure de quelque chose.

Puis c’est la secrétaire qui s’est occupée d’elle et comme une des questions était « vous prenez des drogues? » Madame n’a pu s’empêcher d’éclater de rire et – vous la connaissez – de s’étonner:

– Est-ce que vraiment vous pensez que les gens vous répondent la vérité, quand vous leur posez ce genre de questions?

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Bref, le plus beau de l’histoire, c’est que ces questions sont inutiles: la prise de sang révèle tout.

Y comme y en a encore

Quand y en a plus, y en a encore, disait le père de l’Adrienne, généralement comme trait d’humour quand par exemple il fallait « finir un plat » ou quand une corvée était interminable, genre épluchage de crevettes grises.

Ici, après l’Anisette, Felicia, Cornelia et Penelope, vous voyez Sweet Juliet.

Une autre rose à la fois belle, solide et parfumée que l’Adrienne avait dans son jardin d’autrefois.

Celle-ci a été repérée dans le jardin de Glyndebourne le 18 juin dernier.

Reconnaissable entre toutes elle aussi 🙂

T comme Tour de France

La liste des départements, en dernière page du guide rouge Michelin, était encore parfaitement alphabétique: le 59, c’était le Nord.

C’est le premier que mini-Adrienne ait su et il a été le déclencheur pour avoir envie de connaître tous les autres.

Le 59, dans les années septante :-), n’était pas une destination de vacances: des amis des grands-parents leur avaient vanté l’énoooorme grand magasin Auchan, son assortiment et ses prix imbattables.
Grand-père et grand-mère ont donc décidé d’y aller voir par eux-mêmes.
En effet, c’était grand, mini-Adrienne s’y est perdue encore plus facilement que sur la plage de Middelkerke.

En route pour le repas d’anniversaire du grand-père dans le sud du pays, on traversait Givet, 08, Ardennes.
Une incongruité dans le tracé de la frontière dont bien sûr les Français avaient profité pour y coller leur centrale nucléaire 😉

Pour les vacances, le père ne connaissait qu’un pays qui vaille: la France.
Ce qui fait que mini-Adrienne y a connu un tas de premières fois.

Première syncope vers quatre ans à Éguilles (13).
Oui, elle s’en souvient encore.

Premier bol de framboises à la crème, probablement la même année, à Artemare, dans l’Ain (01).
Inoubliable!

Première crème de marrons dans la Drôme (26) à Die.
Première et dernière fois, d’ailleurs 😉

Deux fois frôlé la noyade, la première fois à huit ans dans la baie du Mont-Saint-Michel (50) – la marée remonte au galop et la plage est immense – la deuxième fois quelques années plus tard, dans l’Atlantique (Landes, 40) – il y a de vicieux tourbillons en certains endroits et il ne faut jamais surestimer ses capacités de nageuse.

Première fois une escalade dans les Pyrénées, grâce à monsieur Ferranet, qui était basque (64).

Première fois du camping sous la tente, en Ardèche (07).

Et la première fois que mini-Adrienne a vu Paris – à condition de ne pas compter ce jour où dans le smog au-dessus de la ville, elle a aperçu au loin, depuis le périphérique, la pointe de la tour Eiffel – la première fois sur du pavé de Paris, c’était un retour de vacances où le père avait pris une mauvaise bifurcation et s’était retrouvé dans le centre (75).

Vous imaginez probablement l’ambiance qu’il y avait dans la voiture à ce moment-là 😉

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Merci à Joe Krapov pour l’illustration et les consignes:

1)
Listez dix villes de France de dix départements différents, qui apparaissent ou non sur la carte ci-dessous, et dans lesquelles vous êtes déjà allé·e. Dites quand c’était, ce que vous y avez fait d’original ou racontez une courte anecdote, pas plus d’une phrase, à leur sujet.

2) [facultatif]
Ensuite passez la feuille à votre voisin·e. Qui devra romancer ces éléments de votre vie ou dresser un portrait de vous, de manière fictionnelle, à partir d’eux. Ou faire ce qu’il ou elle veut à partir de ça !

I comme intime

Agriculture | Pierre Rabhi, le respect de la Terre
source ici

Ni pendant son enfance, ni à l’adolescence, jamais mini-Adrienne n’a tenu de journal intime.

Par contre elle a écrit plusieurs romans (LOL).

Et pendant les vacances en famille, elle tenait un journal fort complet sur le séjour: l’itinéraire détaillé avec les kilométriques et l’horaire, les visites culturelles, les repas avec tout le menu, les occupations des journées, que ce soit la baignade en rivière ou les courses au super U, et quelques considérations propres à l’âge de la chroniqueuse.

Chaque été, un cahier.

Une écriture qu’elle croyait appartenir au domaine de l’intime jusqu’au jour où elle a découvert son cahier entre les mains paternelles: le choc!

Par bonheur, elle ne disait jamais que du bien de lui, aucun mal de sa mère, aucune plainte concernant le petit frère.

Ce n’était donc pas non plus un journal intime 😉

***

Mais elle y parle chaque année du monsieur de la photo ci-dessus que le père a parfois fait poser, au marché, derrière l’étal de fromages de chèvres.

Tellement la famille était fan 🙂

Malheureusement c’est dans les albums de la mère, à 850 km d’ici.

Sans quoi vous auriez pu voir qu’à l’époque, il portait des chemises blanches 🙂

X c’est l’inconnu

Quand à l’âge de quatre ou cinq ans mini-Adrienne découvre que des fillettes comme elle peuvent mourir, ainsi que leur maman aussi jeune que la sienne à ce moment-là – trente ans – ça la fait beaucoup, beaucoup réfléchir.

Toutes sortes de réflexions qui reposent sur des « Et si…? »

Et si les petites sœurs de son papa n’étaient pas mortes?
Elle aurait deux tantines de plus!

Et si la petite Ivonne n’était pas morte?
Le grand-père ne se serait pas remarié.
Mais alors sa Tantine ne serait pas née?
Et le grand-père aurait peut-être eu d’autres enfants avec Ivonne?
Les fillettes mortes auraient grandi, se seraient mariées, auraient eu des enfants?
ça lui ferait des tas de cousins?

Aujourd’hui l’Adrienne ne peut s’empêcher de recommencer les supputations avec les « Et si…? »

Et s’il n’y avait pas eu ce covid au même moment que les premiers symptômes graves du cancer?
Et si la Tantine n’avait pas été une vraie dure à cuire, une de ces femmes qui ne courent pas chez le médecin au moindre bobo? Qui se disent « ça passera » et « ce ne sera rien »?

Etc. Vous imaginez sûrement tous les « Et si…? » possibles.

Ne lui dites pas que c’est un petit jeu absurde: elle le sait.
Mais elle y joue quand même 😉

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sur la photo, mini-Adrienne s’entraînant au planking, entourée par sa mère, sa Tantine de 15 ans et la maman de la Tantine.

I comme Isabelle

Ne demandez pas à l’Adrienne pourquoi mercredi matin en allant en ville elle avait précisément ce refrain-là aux lèvres.
Pensait-elle à son père, dont c’était la chanteuse préférée, ou était-elle simplement heureuse de ce matin froid et bleu, rouge et or?
Les voies musicales sont impénétrables 😉

H comme humour

« L’humour est un genre difficile », disait le père et mini-Adrienne était bien d’accord !

Il y avait par exemple un comique comme Sim, qui faisait mourir de rire son petit frère avec ses grimaces et ses déguisements en vieille dame ratatinée, mais elle, pas du tout.

Par contre, il y avait deux chansons de lui qu’ils braillaient avec bonheur, surtout celle où la rime avec « hélicon » permettait d’utiliser plusieurs fois un mot interdit par la mère.

« Faut pas caler, c’est con-traire aux traditions » hurlaient-ils en duo avec le chanteur.

Un autre refrain auquel ils se joignaient avec allégresse, c’était « Ah ! bon Dieu ! Que c’est embêtant d’être toujours patraque ! Ah ! bon Dieu ! Que c’est embêtant, je ne suis pas bien portant ! »

Et vous qui connaissez mini-Adrienne, vous avez déjà deviné qu’elle s’était fait un devoir d’apprendre par cœur tous ces mots dont elle ignorait souvent le sens, mais qui l’enchantaient : j’ai la rate qui se dilate, le pylore qui se colore, l’épigastre qui s’encastre…

Bref, il a fallu ce défi 688 pour qu’elle puisse situer l’épigastre 🙂

Alors qu’est-ce qu’on dit ?

Merci, Maître Walrus !

D comme dernières paroles

Pour célébrer l’anniversaire de la libération de la ville, le 3 septembre 1944, des véhicules d’époque arrivaient sur la grand-place samedi après-midi, juste au moment où l’Adrienne et petit Léon la traversaient.

Alors vous la connaissez, elle a voulu donner un mini-cours d’histoire – 3 septembre 44, libération, soldats anglais… – mais petit Léon avait d’autres choses en tête.

Pour la cinquième fois au moins depuis qu’ils avaient quitté la maison, il dit:

– Je peux vous poser une question?

Car on peut être poli et très curieux à la fois 😉

Bien sûr, l’Adrienne répond toujours oui.

– Qu’est-ce qu’il a dit, avant de mourir, votre papa?
– Ben… tu sais, il était très malade, il n’a plus dit grand-chose…
– Oui mais il a dit quoi, avant de mourir?
– Rien, en fait… à quelles sortes de choses tu t’attendais?
– Et bien par exemple « je t’aime très fort » ou « tu vas beaucoup me manquer ».

Comme il était un peu difficile de lui expliquer que ce n’était pas vraiment le genre de la maison, elle lui a simplement dit:

– Tu sais, si tu as un papa qui te dit des choses comme ça, fais-lui un gros bisou dès que tu es rentré chez toi!

***

photo prise hier dans ma ville, avec un close-up sur l’insigne de la brigade Piron, en hommage à l’oncle André.