Qu’est-ce que c’est que ça?

Ça ne fait que quelques centimètres, c’est en ivoire, et la photo a été prise au musée des Beaux-Arts de Tournai.

Si vous savez ce que c’est ou si vous avez envie de proposer la solution du schmilblick, allez-y!

Vous n’aurez la réponse que lundi parce que l’Adrienne est partie complètement à l’est du pays avec sac au dos et sans PC 😉

Bon week-end à vous tous!

H comme Horta

Colloque_FR_01.jpg

C’était le plein été quand l’Adrienne a reçu un mail du musée Horta pour annoncer qu’il était à nouveau accessible au public et même qu’il y aurait une expo et un colloque.

Ah! ce n’était pas l’envie qui manquait, mais allez donc faire des projets pour le 18 septembre, quand on est en juillet et que tous les experts vous prédisent que ce sera le grand moment de la deuxième vague…

Alors vous tergiversez, vous pesez le pour et le contre, et vous finissez par vous dire que vous seriez plus sage de rester chez vous.

Et puis un beau dimanche vous décidez que non, y en a marre, vous voulez retourner au musée.
Aller à Bruxelles.
Et même prendre des trains 😉

C’est fou comme on peut vivre dangereusement dès qu’on décide d’aller voir une expo 😉

***

Info et photo sur le site du musée Horta.

Stupeur et tremblements

Il y a plus fort encore que la banane scotchée au mur et vendue à 120 000 dollars: c’est le musée des œuvres invisibles, le MONA, à New York (précision sans doute inutile ;-)).

Les visiteurs sont priés de lire le carton avec le nom ou la description de l’oeuvre, par exemple Red Square (2011), puis de regarder un mur nu, tout blanc, et de faire travailler leur imagination.

Comme pour cette autre oeuvre qui s’appelait « Fresh Air » et qui a été vendue (?) 10 000 dollars en 2011, l’année du lancement du « musée ».

Ce qui revient à dire que vous achetez l’air que vous respirez – qu’il soit frais ou non – et qu’un petit carton en est la preuve.

Bref, on dirait bien qu’avec l’oeuvre invisible, on a atteint le dernier stade d’une démarche artistique de l’immatérialité, entamée dans les années 1960.

***

Si le but est de faire travailler l’imagination, se dit l’Adrienne, je préfère lire un livre 😉

Dernières nouvelles belges

Les 10 plus beaux châteaux de Wallonie

© Sven Ehmer

Le saviez-vous? La Belgique compte le plus grand nombre de châteaux au kilomètre carré. En Wallonie, des dizaines de châteaux sont donc recensés, allant de la forteresse médiévale à la demeure de plaisance. (source F.A.)

LES 10 PLUS BEAUX CHÂTEAUX DE WALLONIE

1. LE CHÂTEAU DE REINHARDSTEIN

Situé dans les Hautes Fagnes et surplombant la vallée de la Warche, le château de Reinhardstein fut laissé à l’abandon pendant près de 150 ans. En 1965, la forteresse fut entièrement rénovée au cours d’un chantier de 18 mois pour devenir le lieu que l’on peut visiter aujourd’hui. Le château est ouvert au public pour des visites, des initiations au tir à l’arc et des expositions. Des événements sont également organisés en ses murs, notamment la fête médiévale annuelle.

  • Ouvert tous les jours en juillet et août. Visites guidées toutes les heures, de 11h à 16h.
  • Prix: 9 euros/adulte, 7 euros/enfant, étudiant ou senior. Gratuit pour les enfants de moins de 5 ans.
  • Chemin du Cheneux, 50 – 4950 Ovifat.
  • Site web.

2. LE CHÂTEAU DE WALZIN

Dans le Condroz namurois, au sommet d’un pic rocheux, se dresse le château de Walzin. Ce dernier appartient à des propriétaires privés et n’est donc pas ouvert au public. Mais la vue du site vaut à elle seule le détour! Vous pouvez admirer la forteresse lors d’une descente en kayak de la Lesse ou au détour d’une promenade qui relie le château de Vêves à celui de Walzin.

3. LE CHÂTEAU DE VÊVES

C’est à Celles, en province de Namur, que se trouve le château de Vêves. Classé au Patrimoine exceptionnel de Wallonie, il fut entièrement restauré entre 1969 et 1979. Il est composé de cinq admirables tours ainsi que d’une remarquable galerie à colombage, lui donnant cet air de château sorti d’un conte de fées. D’ailleurs, les enfants peuvent se déguiser en princesse ou chevalier pour la visite.

  • Ouvert tous les jours de 10h à 17h pendant les vacances scolaires. Uniquement les week-ends et jours fériés pendant l’année.
  • Prix: 8 euros/adulte, 5 euros/enfant.
  • Route de Furfooz, 3 – 5561 Celles.
  • Site web.

4. LE CHÂTEAU DE BELOEIL

Surnommé « le Versailles belge », le château de Beloeil est entouré de douves et de splendides jardins. Reconnu comme Patrimoine exceptionnel Parcs & Jardins de Wallonie, le jardin à la française s’étend sur 25 hectares et est entretenu selon les plans originaux de 1664.

  • Exceptionnellement fermé jusqu’à nouvel ordre.
  • Prix: 10 euros/adulte, 5 euros/enfant, gratuit pour les enfants de moins de 6 ans.
  • Rue du Château, 11 – 7970 Beloeil.
  • Site web.

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Another day, another view… #Belgium 🎼🎬

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5. LE CHÂTEAU DE SENEFFE

Ce château à l’architecture néoclassique est aujourd’hui le Musée de l’Orfèvrerie de la Fédération Wallonie-Bruxelles et un lieu d’exposition. Le domaine s’étend sur pas moins de 22 hectares, qui abritent une orangerie, un théâtre néoclassique, une volière et des jardins. Ces derniers sont reconnus au Patrimoine exceptionnel Parcs & Jardins en Wallonie.

  • Musée ouvert tous les jours, de 10 à 18h. Sauf les lundis non fériés.
  • Le parc et les jardins sont ouverts tous les jours de l’année, sauf en cas d’intempéries, de 8 à 20h d’avril à septembre et de 8 à 18h d’octobre à mars.
  • Prix du musée: 6 euros/adulte, 8 euros/étudiant, gratuit pour les enfants de moins de 12 ans. Accès gratuit au parc et aux jardins.
  • Rue Lucien Plasman, 7-9 – 7180 Seneffe.
  • Site web.

6. LE CHÂTEAU D’HÉLÉCINE

Situé dans le Brabant wallon, ce château néoclassique du 18ème siècle est désormais un espace de réception, un centre de séminaires et abrite le MiaBw (musée d’interprétation archéologique du Brabant wallon). Les 30 hectares du parc du château sont quant à eux ouverts au public pour se balader et flâner. En été, des activités familiales y sont organisées.

  • Parc ouvert tous les jours de 8h à 21h30. Accès gratuit.
  • Rue Armand Dewolf, 2 – 1357 Hélécine.
  • Site web.

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Yeah! Le soleil était au rendez-vous cet après-midi ☀️😎 Aujourd'hui, Jour 2 de congés, on a été se balader en famille au @chateaudhelecine 1h de route de chez nous mais sincèrement, ça vallait la peine. Un grand lac, des châteaux gonflables gratuits, des structures de jeux extérieurs, etc. (les photos suivront aussi en story et prochainement sur mon blog). Et vous, belle journée ? . #tourisme #belgique #visitwallonia #wallonie #visitbelgium #mamanblogueuse #family #famille #holiday #vacances #fun #congé #mumlife #viedemaman #parents #enfants #blogbelge #kidsactivity #kidsmodel #love #rodzina #mojecorki #polishgirl #activitepourenfant #summer #vivelete #chateaudhelecine

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7. LE CHÂTEAU DE LA HULPE

Ancienne propriété du comte Solvay, le château de La Hulpe est situé au cœur d’un domaine classé au Patrimoine exceptionnel de Wallonie. Il est désormais un lieu de réception, tandis que ses jardins sont ouverts au public. Trois promenades d’environ 5 km sont en effet disponibles toute l’année gratuitement afin de découvrir le domaine.

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Castelinho

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8. LE CHÂTEAU DE FREŸR

C’est à Hastière, dans la province de Namur, que le château de Freÿr vous ouvre ses portes. Classée au Patrimoine exceptionnel de Wallonie, la demeure est ouverte au public afin qu’il découvre son intérieur raffiné et cosmopolite. Ses jardins, classés au Patrimoine exceptionnel Parcs & Jardins en Wallonie, ont été inspirés par le travail du jardinier Le Nôtre.

  • Ouvert du mardi au dimanche et jours fériés, de 11h à 17h (juillet et août). Ouvert uniquement les week-ends et jours fériés en avril, mai, juin, septembre et octobre. Fermé de novembre à mars.
  • Prix; 8,5 euros/adulte, 7 euros/étudiant et senior. Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans.
  • Freÿr, 12 – 5540 Hastière.
  • Site web.

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Suite de mon voyage au «Pays des vallées ». Le château de Freyr se refait une beauté au bord de la Meuse. Également classé au patrimoine majeur de Wallonie. . Namur/Dinant Belgique 🇧🇪 . . . #belphenomenal #ig_belgium #travel_belgium #houses_phototrip #alluring_villages #divine_villages #travel_drops #kings_villages #ig_europa #mybestcityshots #travellingthroughtheworld #living_europe #divine_worldplaces #alluring_journey #hello_worldpics #travelworld_addiction #living_destinations #living_europeofficial #infinity_hdr #europeanarchitecture #hello_rooftops #castles_oftheworld #castellidelmondo #castlemypassion #castellinelmondo #NamurMaBelle #mtnamurdinant #dinanttourisme #lavieestbelge

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9. LE CHÂTEAU D’ATTRE

Construit en 1752, le château d’Attre séduit avec ses façades en grès local, pierre calcaire et briques enduites, typiques du néoclassicisme. Son parc, classé au Patrimoine exceptionnel de Wallonie, abrite une grotte artificielle de goût pré-romantique nommée « le Rocher ».

  • Ouvert les samedis, dimanches et jours fériés de 13h à 18h en juillet et août. Ouvert les dimanches et jours fériés de 14h à 18h d’avril à octobre.
  • Prix pour le parc et le château: 7,50 euros/adulte, 6,50 euros/étudiant et senior, 5 euros/enfant de 6 à 12 ans.
  • Prix pour le parc: 4,50 euros/adulte et 3,50 euros/enfant de 6 à 12 ans.
  • Avenue du Château, 8 – 7941 Attre.
  • Site web.

10. LE CHÂTEAU DE MODAVE

C’est dans le Condroz que se trouve le château de Modave, classé au Patrimoine Majeur de Wallonie. La forteresse fut détruite au milieu du 17ème siècle et entièrement restaurée. Seul son donjon date du Moyen Âge. La visite se fait avec un audioguide, compris dans le prix de la visite. Les jardins sont quant à eux en accès libre, mais vous pouvez télécharger sur le site web des commentaires audio pour réaliser une balade guidée.

  • Ouvert tous les jours de 10h à 18h, du 1er avril au 15 novembre. Fermé le lundi (sauf jour férié, ou en juillet et août).
  • Prix: 9 euros/adulte, 7 euros/senior, 4 euros/étudiant. Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans.
  • Accès gratuit aux jardins. Commentaires de la promenade disponibles ici.
  • Rue du Parc, 4 – 4577 Modave.
  • Site web.

 

Et de tous ces beaux châteaux, l’Adrienne n’en a vu qu’un seul, c’est celui de Beloeil 🙂

R comme retour au musée

 

 

Deux jours à Ostende, c’est aussi l’occasion de remettre timidement les pieds dans une expo, comme celle organisée régulièrement à la maison Spilliaert.

L’occasion de voir chaque fois d’autres œuvres, dont la plupart proviennent de collections privées, offrant ainsi une occasion unique de les admirer. Comme celle-ci, des Baigneuses dans le parc, une aquarelle de 1920. Aux couleurs et au sujet infiniment plus frivoles que ce qu’on a l’habitude de voir chez l’ami Léon 😉

L’expo en cours devait normalement ouvrir le 15 mars dernier, pile au moment où toute la vie sociale et culturelle a pris fin pour trois mois, et se terminer le 7 juin, pile au moment où les activités reprennent tout doucement.

Elle a heureusement pu être reportée et l’Adrienne était là, à l’ouverture de la porte, à onze heures du matin… avec seulement deux autres personnes, masques et gel y compris 😉

***

Toute l’info sur l’expo ici et un beau catalogue avec info et quelques autres œuvres peu connues ici.

E comme enchifrené

Le poème de John McCrae

– Faut pas exagérer, râle le Major. Ce n’est pas parce que j’ai la voix un peu enrouée qu’il faut me regarder de cet air soupçonneux!

Il oublie que lui qui est habituellement si truculent et plein d’anecdotes savoureuses, s’exprime en ce moment par borborygmes et a constamment la larme à l’œil.

– Et puis c’est à cause de tout ce cirque, aussi! grogne-t-il en montrant les enfants venus fort nombreux d’Outre-Manche, tous avec leur poppy épinglé sur leur uniforme scolaire.
Tous sages et recueillis.

Pour rien au monde le Major n’avouerait son émotion, qu’il ira tout à l’heure noyer dans une bonne bière belge.

Une Mort subite, par exemple.

(vous aurez compris, chers lecteurs, que la tentation est trop forte et qu’il fallait la placer, celle-là 🙂 )

***

photo d’illustration ci-dessus prise sur le site du musée d’Ypres In Flanders Fields

Image illustrative de l’article In Flanders Fields

Par John McCrae — Scan of McCrea’s In Flanders fields and other poems, obtained from archive.org, converted to PNG and B&W, slight rotation, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9677477

Le poème a paru en décembre 1915 et a été écrit suite à la deuxième bataille d’Ypres, au printemps de 1915, là où pour la première fois les Allemands ont utilisé l’arme chimique. L’inspiration directe en est probablement la mort d’un ami de l’auteur, le 2 mai 1915.
John McCrea n’a pas survécu à la guerre non plus, il est décédé en janvier 1918.

In Flanders Fields (Dans les champs de Flandre – traduction de l’Adrienne) 

Dans les champs de Flandre poussent les coquelicots
Entre des rangs et des rangs de croix
Qui marquent notre place; et dans le ciel
Les alouettes volent, et continuent de chanter courageusement
Alors qu’on les entend à peine, en bas au milieu des canons.

Nous sommes les morts. Il y a quelques jours
Nous vivions, sentions l’aurore, voyions le soleil couchant,
Aimions et étions aimés et maintenant nous gisons
Dans les champs de Flandre.

Reprenez notre combat avec l’ennemi:
De nos mains qui faiblissent nous vous remettons
Le flambeau; qu’il soit vôtre, et portez-le bien haut.
Si vous manquez à votre parole envers nous qui mourons
Nous n’aurons pas de repos, même si poussent les coquelicots
Dans les champs de Flandre.

***

écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: truculent – exagérer – anecdote – borborygme – tentation – cirque – coquelicot

Merci Olivia!

C comme Celtes

casque celte

– Ce casque, raconte le responsable de l’expo, trônait sur le bureau du directeur du musée, à Bucarest. Et ceci, lui ai-je demandé, on pourrait l’avoir, pour notre expo? – Ça pourrait se discuter, a répondu le directeur.

Et en effet, ça s’est discuté: en échange de ce prêt, la Belgique (le musée gallo-romain de Tongres, in casu) va offrir à la Roumanie une restauration pour ce bel objet, unique en son genre, et qui en a bien besoin. Ce bleu que vous voyez, c’est une sorte de plastique (plexiglas) sur lequel on a collé les fragments métalliques bien abîmés.

Ce casque de fer et de bronze fait partie du mobilier funéraire de la tombe du « guerrier de Ciumești », en Transylvanie, la région où la plupart des Celtes se sont installés entre 320 et 175 avant notre ère.

Il est surmonté d’un faucon dont les ailes peuvent bouger: si le guerrier marche, elles se soulèveront et s’abaisseront, comme il sied à des ailes d’oiseau. On peut voir le mécanismes des charnières.

Dans la tombe, parmi les autres objets, il y avait la cotte de maille, une invention celte, et des jambières de belle taille, qui permettent d’évaluer que l’homme qui les a portées mesurait entre 1,80 et 1,90 m. Si on y ajoute la hauteur du casque, il devait être une apparition assez impressionnante 😉

C’est d’ailleurs ce qu’affirme Diodore de Sicile, un contemporain de Jules César et d’Auguste, dans le livre V de sa Bibliothèque historique:

Κράνη δὲ χαλκᾶ περιτίθενται μεγάλας ἐξοχὰς ἐξ ἑαυτῶν ἔχοντα καὶ παμμεγέθη φαντασίαν ἐπιφέροντα τοῖς χρωμένοις, ὧν τοῖς μὲν πρόσκειται συμφυῆ κέρατα, τοῖς δὲ ὀρνέων ἢ τετραπόδων ζῴων ἐκτετυπωμέναι προτομαί.

Leurs casques d’airain sont garnis de grandes saillies et donnent à ceux qui les portent un aspect tout fantastique. A quelques-uns de ces casques sont fixées des cornes, et à d’autres des figures en relief d’oiseaux ou de quadrupèdes.

source de l’image ici et lire tout Diodore ici.

B comme batraciens

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Dans son dialogue de Phaedon, Platon fait dire à Socrate « je suis persuadé que la terre est au milieu du ciel et de forme sphérique, elle n’a besoin ni de l’air, ni d’aucun autre appui pour s’empêcher de tomber, mais que le ciel même, qui l’environne également, et son propre équilibre suffisent pour le soutenir ; […] De plus, je suis convaincu que la terre est fort grande, et que nous n’en habitons que cette petite partie qui s’étend depuis le Phase jusqu’aux colonnes d’Hercule, répandus autour de la mer comme des fourmis ou des grenouilles autour de marais : et je suis convaincu qu’il y a plusieurs autres peuples qui habitent d’autres parties semblables […] »

Pour ceux que ça intéresse, on peut lire tout le Phaedon ici.

Le Phase se trouve à l’est de la mer Noire et les Colonnes d’Hercule à l’ouest de la Méditerranée.

Les statuettes (photo prise à Tongres) de type « Tanagra » viennent de Kallatis et Istros, actuellement territoire roumain au bord de la mer Noire, anciennes colonies grecques, comme on l’apprend à l’expo Dacia Felix, en ce moment à Tongres. 

Ce qui m’a amusée, c’est cet ancêtre de notre mot ‘batracien’ βατράχους et l’image de nos activités humaines tout autour des mers, comme des fourmis et des grenouilles: 

 τι τοίνυν, ἔφη, πάμμεγά τι εἶναι αὐτό, καὶ ἡμᾶς οἰκεῖν τοὺς μέχρι Ἡρακλείων στηλῶν ἀπὸ Φάσιδος ἐν σμικρῷ τινι μορίῳ, ὥσπερ περὶ τέλμα μύρμηκας ἢ βατράχους περὶ τὴν θάλατταν οἰκοῦντας

O comme On voit…

2019-10-30 (23)

« On voit comme on veut voir; c’est faux; cette fausseté constitue l’art. »

La citation d’Edgar Degas orne un mur de l’expo au musée d’Orsay. Elle date du 17 mai 1891. Il me semble qu’elle convient parfaitement à ce tableau photographié à l’expo, Deux hommes et deux danseuses (vers 1880).

Sur le site du musée, on la retrouve dans un autre contexte: 

Au début de l’automne 1890, Degas fait en compagnie du sculpteur Bartholomé un voyage qui le mène des portes de Paris jusqu’au cœur de la Bourgogne. Parvenu à Diénay, chez son ami le graveur Georges Jeanniot, il profite de l’atelier de celui-ci pour réaliser ses premiers monotypes en couleurs. Ce procédé de gravure permet, par impression, d’obtenir un exemplaire unique d’une oeuvre. Degas reporte alors sur la planche le souvenir des paysages entrevus. « Bartholomé, précise Jeanniot, était stupéfait de lui voir dessiner les paysages comme s’il les avait encore sous les yeux. […] l’on voyait peu à peu surgir sur la surface du métal un vallon, un ciel, […] des ornières pleines d’eau de la récente averse, des nuages orangés fuyant dans un ciel mouvementé, au-dessus de la terre rouge et verte ». Ici, le profil inégal d’une colline aux tons violacés se détache sur un ciel zébré de hachures. Le sol semble, quant à lui, labouré d’une brosse vigoureuse.

Lors de conversations avec Ludovic Halévy, Degas donne la source de ses « paysages imaginaires » : « Je me tenais à la portière des wagons, et je regardais vaguement. Ça m’a donné l’idée de faire des paysages ». Mais alors qu’Halévy suggère qu’il s’agit là d' »états d’âme », Degas réplique sèchement, récusant un « langage si prétentieux », que ce ne sont que des « états d’yeux ». L’audace technique, l’étrangeté de cette vision qui n’est d’aucun temps et d’aucun lieu distingue Degas parmi les paysagistes de son temps. En 1891, il avait prévenu : « On voit comme on veut voir ; c’est faux ; et cette fausseté constitue l’art ».

Un beau pendant à ces témoignages se trouve sur le site FranceArchives:

Paradoxes ! Dans l’imaginaire collectif, Degas est le peintre des danseuses, des champs de courses et des cafés, des nus, le peintre de la « vie moderne », le représentant d’un courant esthétique impressionniste qui privilégiait la peinture sur le motif, alors qu’il ne cessa de travailler en atelier, de mémoire ou d’imagination. Degas n’improvisait pas. L’aventure impressionniste stricto sensu, qu’il a certes toujours accompagnée, ne dura que quelques années (huit expositions de 1874 à 1886). Degas peint ses derniers pastels vers 1910 – soit quinze ans d’une oeuvre tardive encore mal connue, marquée par des « orgies de couleurs » et la simplification du dessin. « On voit comme on veut voir ; c’est faux ; et cette fausseté constitue l’art », affirme celui qui n’aura cessé d’aller de l’avant, vers les avant-gardes du XXe siècle.

Pour ceux que ça intéresse, la suite ici.

On voit comme on veut voir… et ça s’applique fort bien au tableau en tête du billet, n’est-ce pas Berthoise 😉

Un article éclairant sur la réalité des petites danseuses ici: https://www.francemusique.fr/opera/derriere-l-oeuvre-de-degas-la-terrible-realite-des-danseuses-de-l-opera-57214

 

L comme Laure

2019-10-29 (5)

Cette jolie dame s’appelle Laure Sallambier et elle est la mère d’Honoré (de) Balzac.

Sur ce site on peut lire un bout de biographie assez éclairante:

Le 20 mai 1799, à Tours, naît Honoré de Balzac. Son père, Bernard-François Balssa (ayant transformé son patronyme en Balzac) né en 1746 à la ferme de La Nougayrié dans le Tarn, était fils de laboureurs. Après être monté à Paris et avoir rempli diverses fonctions dans l’administration royale, il avait sous la Révolution adhéré aux idées nouvelles et fini par être nommé directeur des vivres de la 22ème division militaire à Tours. Sa jeune mère, Anne-Charlotte-Laure Sallambier, née en 1778, était issue d’une famille de petits bourgeois parisiens faisant commerce de draperie et autres articles de mercerie. Balzac en garda le souvenir en faisant de M. Guillaume, dans La Maison du Chat-qui-pelote, un maître drapier de la rue Saint-Denis et de la cousine Bette, l’héroïne de l’un de ses derniers romans, une ouvrière en passementerie.

L’enfant fut mis en nourrice à Saint-Cyr-sur-Loire comme sa sœur Laure née le 20 septembre 1800 avec qui il noua des relations de confidence et de complicité qui ne se démentirent pas au fil des ans. Il y resta à peu près quatre années, ne regagnant le domicile de ses parents qu’au début de 1803. Devenu adulte, Balzac a interprété cet éloignement de manière sévère, prétendant n’avoir été que « l’enfant du devoir » et avoir été mal aimé voire haï par sa mère (Lettre à Mme Hanska du 17 octobre 1842). De ce fait, les mauvaises mères abondent dès les romans de jeunesse puis dans La Comédie humaine.

Pour ceux que ça intéresse, la suite ici.

Dans cette fameuse lettre du 17 octobre 1842 à Ève Hanska, il écrit ceci:

Madame de B… (1) a été ma mère, et Dieu, en me la retirant, m’a bien frappé, car si vous saviez ce qu’est ma mère!… C’est à la fois un monstre et une monstruosité ! Dans ce moment, elle est en train de tuer ma sœur, après avoir tué ma pauvre Laurence et ma grand’mère. Elle me hait pour bien des raisons; elle me haïssait avant que je fusse né. Mais, pour vous la peindre d’un seul trait, voici le dernier mot qu’elle a dit. Elle sait tout ce qu’est Gavault (2) pour moi, et elle a dit : « Oh! si j’allais voir M. Gavault, en deux heures je le mettrais contre mon fils! » Aussi, ne vous étonnez jamais si, quelque jour, vous me voyez dire à mon Ève de ne la voir qu’en cérémonie, une fois par mois, pour cinq minutes. Ma mère a un masque qui est effrayant. Je viens de voir ma sœur, qui est dans le plus fâcheux état, avec une de ces inflammations de femme qui obligent à se mettre entre les mains de Lisfranc (3) et qui sont causées par des peines morales chez les âmes tendres. Or, ma mère abreuve ma sœur de scènes cruelles pour le cœur, depuis un an. Moi, j’ai failli rompre avec ma mère; ce serait une nécessité. J’aime mieux continuer à souffrir. C’est une plaie que rien ne peut guérir. Nous l’avons crue folle. Nous avons consulté le médecin qui est son ami depuis trente-trois ans, et il nous a répondu : « Hélas! elle n’est pas folle, elle est méchante! » En 1822, mon père me dit que je n’aurais pas dans la vie de plus cruelle ennemie que ma mère; madame de B… m’avait dit de ne jamais la voir. Mais ma mère s’est ruinée sans avoir jamais voulu prendre mes conseils; je lui dois du pain, et tant que je ne le lui aurai pas assuré, je ne puis pas secouer les lois sociales et naturelles, quoiqu’elle ait tout rompu. Voilà, dans tous mes malheurs, le plus grand Elle ne nous pardonne pas ses fautes. Il faut vous bien aimer pour vous verser au cœur ces terribles confidences!… Ma mère est l’auteur de tous mes maux, et aujourd’hui encore elle me calomnie, elle me donne des intrigues fausses, elle me marie tous les quinze jours ! Non, ne parlons plus de cela.

(1) Laure de Berny
(2) Maître Gavault, l’avoué de Balzac, qui le traite plus en ami qu’en client
(3) Jacques Lisfranc de Saint-Martin, médecin, chirurgien

Dans une autre lettre à Ève Hanska (1846) il parle de son enfance :

« Je n’ai jamais eu de mère ; aujourd’hui, l’ennemi s’est déclaré. Je ne t’ai jamais dévoilé cette plaie ; elle était trop horrible, et il le faut le voir pour le croire. Aussitôt que j’ai été mis au monde, j’ai été envoyé chez un gendarme, et j’y suis resté jusqu’à l’âge de quatre ans. De quatre à six ans, j’étais en demi-pension et à six ans et demi, j’ai été envoyé à Vendôme, j’y suis resté jusqu’à quatorze ans, en 1813, n’ayant vu que deux fois ma mère. De quatre à six ans, je la voyais les dimanches. Enfin, un jour, une bonne nous a perdus, ma sœur Laure et moi ! Quand elle m’ a prise chez elle, elle m’a rendu la vie si dure qu’à dix-huit ans, en 1817, je quittais la maison paternelle et j’étais installé dans un grenier, rue Lesdiguières, y menant la vie que j’ai décrite dans La Peau de Chagrin. J’ai donc été, moi et Laurence, l’objet de sa haine. Elle a tué Laurence, mais moi je vis, et elle a vu mon adoration pour elle se changer en crainte, la crainte en indifférence ; et aujourd’hui elle en est arrivée à me calomnier… »

***

photo prise à la maison de Balzac, rue Raynouard – pastel oeuvre anonyme (vers 1798, donc elle a vingt ans – Honoré naît en 1799)

On peut lire ici les lettres de Balzac à Madame Hanska, publiées de manière posthume sous le titre ‘Lettres à l’étrangère