N comme neveu

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EL NIPOTINO

Je suis le Narrateur, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le neveu d’Adrienne à la villa abolie :
Ma seule tante est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Voilà le pastiche qui convient, me semble-t-il, après la lecture du résumé et des premières pages du livre d’Armel Job: Une femme que j’aimais.

Ci-dessous le résumé par la maison d’éditions Laffont:

Un secret qui ne passe pas

Chaque week-end, Claude, jeune homme au tempérament solitaire et à la vie un peu terne, rend visite à la seule personne qu’il aime rencontrer, sa tante Adrienne, qui habite une belle villa à la campagne. Adrienne a cinquante-cinq ans, elle est veuve, elle ne sort pratiquement jamais de chez elle. Mais sa douceur, sa beauté fascinent Claude, comme tous les hommes qui ont un jour croisé son regard.
Un samedi, Adrienne évoque un secret qui depuis toujours pèse sur son cœur. Elle voudrait le confier à Claude, qui refuse de l’entendre. Quelques semaines plus tard, il la trouve gisant sur le carrelage de la villa, morte. Accident ? Meurtre ?… Alors, seulement, Claude se met en quête de la confidence qu’il n’avait pas voulu recevoir. Cette quête va le mener sur les traces du passé d’Adrienne, chaque rencontre lui suggérant une réponse que remet en question la suivante…
Sur un rythme de thriller psychologique qui entraîne le lecteur de fausse piste en fausse piste jusqu’à la révélation finale, un magnifique portrait de femme où Armel Job explore avec le talent qu’on lui connaît les paradoxes de l’âme humaine, de la dévotion à la haine.

On peut lire les premières pages ici.

 

***

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Ces deux-là font quand même une drôle de tête, même s’ils nous tournent le dos, ça se voit, ça se sent, ça se sait. Que diable arrive-t-il ? Faites-nous part de ce que vous en pensez lundi, demande Monsieur Le Goût, dont c’est la 30e consigne ce lundi. Merci à lui!

En voyant ce tableau je me suis dit que la femme aurait mieux fait de ne jamais se teindre en blonde, si au bout de quatre ou six mois elle a changé d’avis – ou si sa coiffeuse est morte – et qu’elle a oublié de boutonner sa robe dans le dos. Ou qu’elle a perdu le bouton et eu la flemme d’en recoudre un autre 😉

Et je me suis demandé pourquoi tous ces gens qu’on voit sur la plage portent les mêmes vêtements blancs… pour ramasser des coquillages?

N comme No Man’s Land

devoir de lakevio du gout No8.jpg

Que voulez-vous la grille était ouverte
Que voulez-vous la cour était déserte
Que voulez-vous la place était offerte
Que voulez-vous il est resté inerte
Que voulez-vous c’était une triste découverte

Pourtant tout était là rien n’avait changé les murs les fenêtres les classes la salle des fêtes la salle de gym la salle d’étude le secrétariat tout était là

Sauf les trois grands platanes de la cour.

Que voulez-vous autrefois elle était verte.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 8 – merci à lui!

Cet homme est-il désolé par la vision de cette usine vidée de son âme ? À moins qu’il ne se demande déjà comment il va aménager le lieu pour lui redonner vie… D’après vous ? Racontez-nous ce que vous dit cette image.

Inspiré du poème de Paul Eluard, Couvre-feu (in Poésie et Vérité, 1942)

G comme Goût des autres

devoir de Lakevio du Gout.jpg

Elle a mis la boule à thé
Dans la théière
Elle y a versé
L’eau chaude
Elle a regardé
L’horloge
Trois minutes
Pour le thé
Pas une de plus
Elle a posé la théière
Sur un plateau
Avec un œuf mollet
Tout chaud
Elle a choisi
Deux belles mandarines
Elle a sorti
Le lait du frigo
Puis s’est assise
Prise d’un doute

Et tout en surveillant
Les aiguilles de la montre
Le menton appuyé sur la paume
Et le coude appuyé sur le genou
Elle s’est mise à rire
Doucement

Il ne boit pas de thé!

***

Pour ce devoir n°7 de Lakévio, le Goût propose: Comme Ron Hicks, qui l’a surprise, je me demande ce qui a attiré de façon si vive l’attention de cette jeune femme.
D’ici lundi j’aurai regardé autour d’elle et je vous dirai ce qu’elle a vu.
Et pensé…

Vous aurez vu les similitudes avec le Déjeuner du matin de Prévert, en version moins triste 🙂

D comme diable!

Devant les toilettes, l’Adrienne a un petit moment d’hésitation: doit-elle prendre la porte de gauche ou celle de droite?

Qu’auriez-vous fait à sa place?

Malgré toute sa sympathie pour le capitaine Haddock, et bien que les deux personnages représentés soient du sexe masculin, elle a opté pour l’ange 🙂

Toute la déco de la petite brasserie Faubourg Saint-Antoine à Schaarbeek est tintinophile: une belle collection de parodies et de pastiches qu’on a envie d’admirer un à un comme dans un musée. Une belle ode aux personnages de Hergé, pleine de clins d’œil et d’humour.

– Cette déco a causé des problèmes au propriétaire du resto, raconte Tania.

Et bien sûr, on n’est pas étonnée de l’apprendre…

Vous non plus, probablement.

DSCI7560

Première…

Fabian Perez CENISIENTAS OF THE NIGHT

– Antigone! Mais qu’est-ce que tu fais là, à fumer sur le balcon à quatre heures du matin!

– Je veux être la première à voir le soleil se lever, aujourd’hui.

– Tu n’es vraiment pas raisonnable.

– Va te recoucher, Ismène. Tu serais moins belle, demain.

***

Photo et consignes chez Lakévio – tableau de Fabian Pérez – Cendrillons de la nuit

 

F comme Flaubert

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C’était une de ces choses d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du jupon grand siècle, des falbalas de velours et de soie, de la montgolfière et des vieux rideaux défraîchis, une de ces lampes en pied dont la laideur muette est le meilleur des émétiques. Large, haute et renflée de baleines, elle commençait par un boudin circulaire; puis s’alternaient, séparées par des cordons dorés, des bandes de velours grenat et de soie vieux rose imprimée de motifs beige et bruns; venait ensuite une façon de couronne, le tout reposant sur des pieds en ferronnerie verdâtre tarabiscotée avec à mi-hauteur une table ronde en verre gravé de fleurs et d’arabesques, où pendait le fil avec l’interrupteur et la prise électrique.

La chose trônait bien en vue entre un faux canapé Chesterfield et un fauteuil plus récent, évoquant vaguement un transatlantique.

Le visiteur qui entrait pour la première fois dans le salon en recevait comme un coup de poing entre les deux yeux.

***

Ecrit pour l’agenda ironique de mars d’après la consigne suivante:

Le thème : Lampadaire – composer un texte (prose ou poésie – long ou court) sur cet « objet » urbain (ou pas) dans le genre qu’il vous plaira (fantastique, utopique, commun, journalier, romantique, animalier … ou même un lampadaire perdu sur la planète Mars)

Et pour « faire » bonne mesure, quatre mots imposés :
– Chesterfield
– Émétique
– Atlantique
– Évocateur

(vous pouvez les placer dans le désordre ou l’ordre et même en faire des anagrammes ou les triturer selon votre bon vouloir).

***

Les lecteurs reconnaîtront sans doute l’incipit de Madame Bovary, avec la description de la casquette du pauvre Charles – source de la photo ici.

K comme krapoverie

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Pierre de Ronsard (1524-1585) – Ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

source: https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/pierre_de_ronsard/mignonne_allons_voir_si_la_rose

Consignes chez Joe Krapov

C’est le titre d’un livre très intéressant de Bernard Friot, joliment illustré par Hervé Tullet, publié aux Editions de La Martinière. On y est incité à écrire un poème par jour à partir d’une petite consigne. L’animateur en propose sept. A chacune et à chacun d’écrire le nombre de poèmes qu’il souhaite dans le temps d’écriture imparti (une heure)

Poème impératif : toutes les phrases de ton poème seront au mode impératif ;

Mignonne, viens vite voir!
Viens au jardin, là, tout de suite.
Regarde cette rose!
Rappelle-toi, ce matin, comme elle était belle…
Et regarde-la maintenant.
Constate les dégâts du temps.
Tires-en tes conclusions.
Aime-moi tout de suite!

Poème négatif : écris un poème utilisant diverses formes de négation ;

Mignonne, ne ferme pas les yeux sur la réalité.
Tu ne seras pas toujours belle.
Il n’est pas loin, le moment où je ne te désirerai plus.
Tout comme plus personne ne s’intéresse à une rose sans pétales.
Alors ne perds pas de temps et ne me dis plus non.

Poème futuriste : tous les verbes conjugués seront au futur ;

Mignonne, tu verras, on ira au jardin, on admirera les jolies fleurs, je te baratinerai juste un peu, je te ferai des compliments sur ton joli teint et je t’intimerai à me laisser bientôt, très bientôt, admirer ta carnation nacrée de tout près jusque dans tes plis les plus intimes…

Ajoute de nouveaux verbes au dictionnaire. C’est facile : choisis des noms ou des adjectifs et conjugue-les ; 

Allons mignonner,
Toi et moi vespréer.
Allons naturer,
Toi et moi fleuronner
Avant de décrépiter.

Écris un poème qui répond à la question « Quel temps fait-il aujourd’hui ?

Mignonne, ce matin il y avait un beau soleil pour la saison. Cependant pour la soirée on annonce de gros nuages et des températures en forte baisse. Les dernières roses du jardin en souffriront mais nous deux pourrions nous réfugier sous l’édredon.
Ensemble.

 

J comme Je le lis chez ma coiffeuse

On a rarement rencontré quelqu’un d’aussi bien informé. Sur ce qu’il faut manger ou pas pour devenir centenaire en gardant la ligne et la santé. Sur les amours des stars. Même si on sent le mépris dans sa voix quand incidemment le sujet est abordé.

Mais jamais on n’a rencontré quelqu’un d’aussi bien informé sur le Gotha. On sent que les généalogistes n’auraient plus rien à lui apprendre. Que ces articles-là sont passés à la loupe. Que la réputation du magazine et du journaliste dépendent d’un petit rien, d’une vétille, d’une erreur de jugement, de date, de légende sous une photo. Les écueils sont si nombreux.

On sait depuis longtemps qu’elle est incollable sur le sujet. On pourrait la croire dans l’intimité des rois et des reines, même de celles et ceux qui sont morts depuis deux siècles. On sait lesquels ont sa sympathie, et en quoi ils l’ont méritée. On sait aussi en quoi certains – le plus grand nombre, en fait, comme tous les Grimaldi et la plupart des Windsor – ont démérité.

Et quand on lève un sourcil étonné en entendant une nouvelle diatribe à l’adresse d’une malheureuse princesse qu’on peut à peine situer, arrive la classique petite phrase clôturant le sujet:

– Je l’ai lu chez ma coiffeuse. 

***

D’après une consigne de Joe Krapov, que je remercie: Ecrire comme Philippe Delerm.
L’auteur de « La première gorgée de bière » a publié récemment « Et vous avez eu beau temps ? » 

Il applique la même recette dans ce recueil : chaque texte ne contient pas plus de quarante lignes. L’auteur écrit au présent et use et abuse du pronom « on » et de phrases courtes pour raconter des événements de la vie quotidienne. Dans ce style-là vous écrirez deux ou trois petits textes dont le titre sera choisi dans cette liste :

Et vous avez eu beau temps ? – Renvoyé de partout – Je le lis chez ma coiffeuse – N’oubliez pas… – Je me suis permis – Et tu n’as rien senti venir ? – Il faudrait les noter – Il n’a pas fait son deuil – Un jour peut-être vous jouerez là, vous aussi – Tais-toi, tu vas dire des bêtises – C’est pas pour nous – Et prends-toi quelque chose – Là on est davantage sur… – J’te joue d’l’harmonica – En même temps je peux comprendre – Vous êtes un type dans mon genre – C’est grâce au collectif – Abruti, va ! – Chez nous c’est trois – Tiens, rends-toi utile – Nous allons vous laisser – On l’a déjà vu dans quoi, déjà ? – C’est juste insupportable – Où sont les enfants ? – Il aimait ça le Monopoly – Je sais pas ce qu’on leur a fait aux jeunes – On était bien sous la couette – On peut peut-être se tutoyer ? – Ça finit quand ? – Je préfère Gand à Bruges – Ça pousse et ça nous pousse – Ils n’articulent plus maintenant – C’est pas pour dire mais – J’dis ça, j’dis rien – Pour être tout à fait honnête avec vous. – Oui, mon brave Milou – Ne rentre pas trop tard, ne prends pas froid ! – Vous me flattez – Tu n’as pas lu « Au-dessous du volcan » ?

H comme Himmel! mon zébu!

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Après la pagaille

Mon sniper, ce barjo au sourire si doux,
Suivi d’un seul clébard qu’il aimait entre tout
Pour sa queue en panache et pour sa couleur paille,
Parcourait à vélo, un beau soir de pagaille,
Le parking des limos sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
Un PDG victime de banqueroute
Ne sachant plus du tout comment gagner sa croûte,
Râlait, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait: « A l’aide! à l’aide par pitié! »
Mon barge, ému, arrêta son vélo fidèle.
Une gourde de rhum pendouillait à sa selle,
Après un coup bien placé, c’est sans renâcler
Que de la limo neuve on lui confia les clés.
Le pauvre PDG, sans moyen de transport,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Voulut se suicider en criant: « Caramba! « 
Il se rata mais une bagnole flamba.
Ce n’était certainement pas un bon début.
« Je te laisserai mon vélo », dit mon zébu. 

*** 

idée de Jean Tardieu, Un mot pour un autre  ici 

poème de Victor Hugo ici 

pour le Défi du Samedi, Z comme zébu. 

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F comme film

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Arrive à ce moment de l’extérieur un bruit beaucoup plus net et proche que les autres : un trot de cheval sur les pavés de la ruelle, qui paraît s’arrêter au pied même de la maison de John. Celui-ci tend l’oreille et perçoit un bref dialogue entre deux voix de femmes, en arabe. Il éteint son projecteur et va jusqu’à la fenêtre d’où lui semblent venir ces sons qui l’intriguent. En se penchant, il aperçoit une cavalière aux cheveux blonds, dont il ne voit pas le visage, qui exécute une demi-volte pour redescendre la ruelle. Vêtue d’un costume de fantaisie, vaguement marocain, il s’agit visiblement d’une Européenne. Le spectateur pensera ensuite que cette jeune femme pouvait être Leïla, et plus tard la Gradiva. 

Arrive à ce moment de l’extérieur un bruit de pas et une voix masculine qui annonce sa venue: c’est le laitier. Adrienne laisse ses épluchures de pommes de terre, se lève et lui tend le poêlon tout prêt sur la cuisinière pour qu’il y verse le litre quotidien. La monnaie aussi est déjà toute prête sur le coin de la table mais ça n’empêche pas les phrases rituelles, combien je vous dois et le temps qu’il fait. Le Westminster sonne onze heures et demie. 

John retourne à sa table et remet son projecteur en marche. Les nouvelles images sont la suite des précédentes, mais maintenant se mêlent aux chevaux et cavaliers de plus en plus fréquentes représentations féminines, comme si elles se trouvaient induites par l’apparition de Leïla sur sa monture dans la ruelle nocturne (sous l’éclairage incertain d’un lampadaire, municipal ou appartenant au portail de la bâtisse où habite John). Ces dessins et peintures prennent même un caractère progressivement érotique et, dans ce cas, le regard de John s’y attarde plus longuement. Cet effet culmine avec la reproduction, totale ou partielle, d’une « Mort de Sardanapale » par Delacroix. 

Adrienne retourne à sa table et termine d’éplucher les pommes de terre jusqu’à ce qu’elles baignent toutes dans l’eau d’une casserole émaillée. Verte. La soupe qui a bouilli emplit l’arrière-cuisine de sa buée et de son odeur. Dans le poêlon, une peau épaisse et jaunâtre se forme sur le lait frémissant. Adrienne le retire prestement du feu au premier bouillon et va le déposer à la cave, d’où elle revient avec une boîte de petits pois et carottes. Elle met le couvert pour quatre personnes. Dans son cadre en faux bois, une Joconde de carton sourit légèrement. 

Alain Robbe-Grillet, C’est Gradiva qui vous appelleciné-roman, éd. Minuit, 2002, pages 10-12. 

*** 

un carrelage de l’époque d’Adrienne: photo prise dans le souterrain d’une belle maison de 1908, à Ostende, Euphrosina Beernaertstraat 148 
photo et info ici