R comme Rigoni

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En ce premier matin de l’hiver 2018, un petit retour en arrière avec Mario Rigoni (1921-2008) et ses réflexions nostalgiques sur les hivers d’autrefois:

L’inverno è il momento della riflessione, ma anche il momento della sofferenza, specialmente per chi ha tanti anni e ha memorie lontane: quante case, ad esempio, non avevano il riscaldamento? 

L’hiver est le moment de la réflexion mais aussi celui de la souffrance, surtout pour ceux qui comptent de nombreuses années et ont des souvenirs très anciens: combien de maisons, par exemple, n’avaient pas de chauffage?

È anche l’inverno della guerra. E l’inverno della guerra si riempie di memorie. 
L’inverno porta con sé anche le memorie della neve, le grandi sciate. 
È il momento delle riflessioni della vecchiaia e anche la gioia dei bambini quando arriva la prima neve che, con la bocca aperta guardando il cielo, s’impegnano a raccogliere i fiocchi che scendono.

C’est aussi l’hiver de la guerre et il est plein de souvenirs. Il porte en lui des souvenirs de neige et de ski. C’est un moment de réflexion pour la vieillesse et de joie pour les enfants quand arrive la première neige, qu’on regarde le ciel la bouche ouverte en s’efforçant d’attraper les flocons.

L’inverno è anche una tavola grande, dove si sta in tanti e un fuoco che brucia per scaldare. 
È la stagione fatta per leggere anche se oggi la televisione sostituisce in parte questa abitudine oltre a quella del racconto – non ci sono più né la nonna, né gli anziani che narrano storie vissute, sostituiti dalla televisione che racconta storie banali e false.

L’hiver ce sont les grandes tablées et le feu qui brûle pour se réchauffer. C’est la saison idéale pour la lecture, même si aujourd’hui la télévision remplace souvent cette habitude, comme celle des histoires qu’on se raconte – il n’y a plus ni grand-mère ni personnes âgées qui racontent leur vécu, elles sont remplacées par la télé qui raconte des histoires fausses et banales.

Se ci guardiamo intorno, noi anziani ancora vediamo la nostra fanciullezza: le capriole, le corse nella neve, il freddo, il gelo… non importava nulla e si viveva, mentre la fantasia navigava in modo leggero e si caricava di mistero.

Si nous regardons autour de nous, nous les anciens voyons encore notre enfance: les cabrioles et les courses dans la neige, le froid, le gel… ça n’avait aucune importance quand l’imagination galopait avec légèreté et se chargeait de mystère.

In questi anni abbiamo perso tanto.
Non sappiamo più vivere l’inverno come si viveva una volta. Forse la colpa è dei termosifoni e dell’aria condizionata che ci ha fatto perdere il gusto del passare delle stagioni.

De nos jours, nous avons beaucoup perdu. Nous ne savons plus vivre l’hiver comme autrefois. Peut-être est-ce la faute des radiateurs ou de la climatisation, qui nous ont fait perdre le goût du passage des saisons.

Pensate al focolare, in una cucina di montagna qualsiasi (non occorre essere in una famiglia ricca): in tutte le case solitamente c’era almeno un libro dell’infanzia, e ci si metteva vicino al fuoco per leggere e parlare…
L’inverno vissuto in un’altra maniera: quale dei due scegliere?
Certamente è una tradizione che va recuperata, quella della lettura, anche senza il fuoco, ma pensate che tristezza non avere più il fuoco!
Il fuoco è una grande compagnia.

Pensez au foyer, dans n’importe quelle cuisine de montagne (pas besoin d’être une famille riche): dans toutes les maisons il y avait au moins un livre pour enfants et on s’installait près du feu pour lire et discuter…
L’hiver vécu d’une autre manière: laquelle des deux choisir?
Certes, la tradition de la lecture a survécu même sans le feu, mais quelle tristesse de ne plus l’avoir! Le feu tient bien compagnie.

Quando eravamo in Albania (io avevo 18 anni ed ero in guerra) c’era una signora che raccontava le storie dell’Orlando Furioso: era una poetessa e recitava accanto al fuoco l’Orlando Furioso… chissà come l’aveva imparato. Oggi si accende la televisione e chissà se si sa ancora cos’è l’Orlando…
Cerchiamo di liberarci dai nostri condizionamenti e riconquistiamo ciò che ci fa “rivedere le stelle” e non solo in senso metaforico.

Quand nous étions en Albanie (j’avais 18 ans et j’étais sous les armes) une dame racontait les histoires d’Orlando Furioso. Elle était poète et racontait l’Orlando Furioso, à côté de l’âtre… Qui sait comment elle l’avait appris. Aujourd’hui on allume la télé… qui sait encore ce qu’est Orlando…
Nous cherchions à nous libérer de notre condition et à reconquérir ce qui fait « voir les étoiles », et pas seulement dans un sens métaphorique.

Ricordo una notte in Germania, era inverno: che meraviglia! Che silenzio! Un cielo pieno di stelle! Si erano spente tutte le luci e sembrava d’essere tornati indietro non di cinquant’anni, ma di settanta/ottanta.
Nella vostra vita vi auguro almeno un blackout in una notte limpida!

Je me souviens d’une nuit en Allemagne, c’était l’hiver: quelle merveille! Quel silence! Un ciel plein d’étoiles! Toutes les lumières étaient éteintes et il semblait qu’on était retourné en arrière, non pas de cinquante ans, mais de septante ou quatre-vingts ans.
Dans votre vie, je vous souhaite au moins un black-out pendant une nuit claire!

***

On nous promet depuis des mois la réalisation de ce vœu 🙂

Traduction de l’Adrienne. Ce texte et d’autres ici.

N comme naturellement!

Cioccolata-calda

Chaque année, la carissima nipotina interrompt son régime alimentaire strictement ‘no carb’ quand elle passe une semaine en Italie où elle se régale de pizza bianca et de cioccolata calda, ce fameux chocolat chaud italien si épais et onctueux que la cuiller y tient debout.

Il n’y a que cette pauvre naïve Adrienne – et sa carissima nipotina – qui croyait que si la cuiller tient debout dans le chocolat chaud italien, c’est parce qu’on y met plus de chocolat.

Beaucoup de chocolat 😉

Grosse désillusion donc, un soir de la mi-décembre, en découvrant que cette magie provient d’un troisième et insoupçonné ingrédient: la farine.

Beaucoup de farine, autant de farine que de sucre… 

La photo d’illustration et la recette (1) viennent du blog de Naturalmente Stefy, qui les a elle-même reprises de la jeune femme ci-dessous (ou en tout cas repris la recette et ses proportions, mais sans la cannelle): 

Dans les commentaires sous la vidéo, on peut lire que d’autres utilisent la fécule de pommes de terre, la maïzena ou la fécule de riz pour donner sa consistance à la cioccolata calda.

Reste la question existentielle: faut-il dévoiler cette triste réalité à la nipotina ou la laisser flotter sur son nuage chocolaté?

(1) 225 gr de farine complète, 225 gr de sucre de canne et 150 gr de poudre de cacao amer, bien mélanger et mettre 2 cuillers de ce mélange par tasse de lait. Faire bouillir le lait, bien touiller et c’est prêt!

 

M comme mer (turinoise)

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Avant-hier, l’Adrienne a trouvé cette carte postale turinoise envoyée par sa carissima nipotina et il lui a fallu la regarder par deux fois pour bien saisir le message de la photo: il ne fallait pas louper la date marquée dessous: 2029.

L’artiste Andrea Gatti, natif de Turin comme il l’explique sur son site perso, a fait toute une série d’oeuvres sur lesquelles on peut voir des monuments ou lieux historiques sous eau, peuplés uniquement de poissons ou d’autres animaux marins.

En hommage à Ken Marschall, spécialiste du dessin de bateaux en général et du Titanic en particulier…

Au verso, la nipotina explique que la photo l’a d’abord beaucoup fait rire et qu’elle l’a achetée pour son originalité.

Ce n’est qu’après qu’elle s’est rendu compte qu’il s’agissait d’une uchronie très peu humoristique…

Premiers!

Bratislava cityscape view on the old town

Les destinations les plus « vertes » de notre planète, selon quelques critères qui aboutissent en gros à calculer le nombre de m² d’espaces verts par habitant, sont en numéro 1 Reykjavík, en 2 Auckland et en 3 Bratislava.

A quoi j’ajouterais que si on est véritablement écolo ou inquiet pour la planète, on ne prend plus l’avion, ce qui exclut le voyage en Nouvelle-Zélande et sans doute aussi l’Islande. 

Les villes belges du palmarès sont Anvers (33e) et Bruxelles (39e). Les françaises sont Marseille (une belle 11e place, ce qui est un peu mystérieux pour moi, faudra que j’aille y voir ;-)), Paris 45e et Lyon 47e.

La Suisse aussi y figure, bien sûr, avec Berne (8e) et Zurich (22e), ainsi que de nombreuses autres villes européennes, quatre aux Etats-Unis et une au Canada, Toronto (40e) 

Parmi les destinations européennes, il y en a où j’espère encore aller, Prague (6e) et Rome (7e). Berlin, où on sera cet été avec Monsieur Neveu, a la 18e place.

***

menu déroulant à cliquer, avec le classement des 50 villes les plus vertes ici

source de l’article et de la photo ci-dessus (Bratislava) ici

R comme reproche

jeu,fiction

Tout en tirant l’aiguille, grand-mère observe Francesca qui dégonfle et enroule le matelas pneumatique à la force des bras et des genoux. Pas dupe, la nonna, mais elle aime qu’on se plie à l’étiquette: aussi longtemps que Francesca n’est pas mariée, on installera ce matelas à côté de l’entrée chaque fois qu’Antonio passe la nuit sous leur toit. Il vaut juste mieux ne pas venir contrôler au milieu de la nuit s’il y repose.

Un garçon en or, cet Antonio. Aucun reproche à lui faire. Gentil, attentionné, il te porte ton cabas plein de verdure au retour du marché, te fait savourer la meilleure pasta au basilic, te répare un robinet qui goutte.

Elle sait bien, la nonna, qu’on ne peut avoir aucune certitude sur l’issue d’un mariage, mais vraiment, c’est un garçon en or, aucun reproche à lui faire.

Sauf peut-être qu’il est un Capuletti et eux des Montecchi.

Mais on ne va pas, se dit-elle en se calfeutrant encore plus profondément dans son fauteuil, remuer ces histoires anciennes. 

*** 

écrit pour 13 à la douzaine

avec les mots imposés 

1 aiguille 2 étiquette 3 entrée 4 pneumatique 5 basilic 6 certitude 7 force 8 savourer 9 cabas 10 or 11 verdure 12 calfeutrer et le 13e qui donne le thème: reproche 

photo prise à Asciano, été 2017

N comme natura, nature et naturel

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Le narrateur est un homme de soixante ans qui vivote en vendant l’été aux touristes les quelques oeuvres qu’il fabrique l’hiver à l’aide de pierres et de morceaux de bois qu’il trouve dans la montagne. Dans sa jeunesse, il a suivi une formation d’artiste, de sculpteur. 

La montagne, il la connaît par cœur. Lui et deux autres villageois servent de passeurs à des réfugiés jusqu’au moment où l’un d’eux, devenu écrivain à succès, fait de cet homme humble et discret un héros: dans une interview, il raconte son parcours de réfugié et révèle que ce passeur qui l’a aidé, a pour habitude, après avoir guidé des réfugiés, de leur restituer la somme qu’ils ont payée pour le voyage. 

Malheureusement, cette révélation, qui lui fait une belle publicité partout ailleurs, lui rend la vie impossible dans son village, qu’il est contraint de quitter. 

C’est ainsi qu’il arrive sur la côte napolitaine où, après avoir proposé ses services de sculpteur-restaurateur dans plusieurs églises et chapelles, il reçoit finalement la tâche de rendre à un Jésus crucifié sa nudité d’origine. 

*** 

C’est donc là, à la page 26, que le sens du titre « nature exposée » est expliqué: 

« Come puoi vedere, si tratta di un’opera degna di un maestro del Rinascimento. Oggi la Chiesa vuole recuperare l’originale. Si tratta di rimuovere il panneggio. » 

Osservo la copertura in pietra diversa, sembra ben ancorata sui fianchi e sulla nudità. Gli dico che a rimuovere, si danneggia inevitabilmente la natura. 

« Che natura? » 

La natura, il sesso, dalle parti mie la nudità di uomini e di donne la chiamamo così. 

Erri De Luca, La natura esposta, Feltrinelli 2016, p.26-27

*** 

source de la photo et infos sur le site de la Feltrinelli 

traduction française chez Gallimard

« Comme tu peux le voir, il s’agit d’une œuvre digne d’un maître de la Renaissance. Aujourd’hui, l’Église veut récupérer l’original. Il faut enlever le drapé. » 

J’observe la couverture en pierre différente, elle semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis que si on l’enlève, on va forcément endommager la nature. 

« Quelle nature? » 

La nature, le sexe, par chez moi la nudité des hommes et des femmes on l’appelle comme ça. 

(traduction de l’Adrienne) 

Pour lire les premières pages en français, c’est ici

*** 

C’est alors que je me suis souvenue que dans notre dialecte flamand aussi, on emploie ce mot-là – mais par dérision – pour la nudité: « zijn naturel » comme synonyme humoristique pour « naakt » (donc nu)

K comme krapoverie

Bon, d’accord, la plaine du Pô, c’est parfois torride à en devenir fou, c’est parfois envahi par les eaux en crue, c’est souvent noyé de brume, il y a de plus jolis endroits au monde. 

Mais les gens, me direz-vous, comment vivent-ils, comment sont-ils? 

Alors voilà le plus gros problème: il y a ceux qui vont à l’église, s’agenouillent, prient et se fient à leur prêtre et ceux qui agitent le drapeau rouge, lèvent le poing, vocifèrent et se fient à leur maire. 

Et bien souvent ce sont les mêmes.  

***

Consignes chez Joe Krapov, que je remercie!

Vous allez écrire plusieurs petites histoires en quatre phrases.

La première commencera par Bon, la deuxième par Mais,
la troisième par Alors et la quatrième par Et.

On vous demande de raconter ainsi l’histoire des couples célèbres suivants :

Adam et Eve – Astérix et Obélix – L’Auguste et le clown blanc – Bonnie and Clyde – Bouvard et Pécuchet – Don Camillo et Peppone – Dagobert et saint-Eloi – David et Goliath – Dupond et Dupont – Eros et Thanatos – Gault et Millau – Saint-Georges et le dragon – Sherlock Holmes et le docteur Watson – Dr Jekyll et Mr Hyde – Lagarde et Michard – laurel et hardy – Lefèvre et Utile – les frères Lumière – Malet et Isaac – Marx et Engels – Moët et Chandon – Orphée et Eurydice – la grande Ourse et la petite Ourse – Don Quichotte et Sancho Pança – Robinson et vendredi – Roméo et Juliette – Samson et Dalila – Sodome et Gomorre – Stanley et Livingstone – Tarzan et Jane – Tintin et Milou – Tristan et Yseut – Ulysse et Pénélope – Verlaine et Rimbaud – Villeroy et Boch – Voltaire et Rousseau