R comme roses

C’est fin mai déjà que l’Adrienne a vu fleurir sa toute première rose, du rosier Anisette planté à l’automne dernier.

Belle fleur légèrement rosée, parfum très agréable, plus même que son nom ne l’indique 🙂
Tout est donc bien.

A Charleston House l’Adrienne est tombée en arrêt devant une autre rose qu’elle a tout de suite reconnue et appelée par son petit nom:

– Felicia!

L’inoubliable parfum de Felicia!

Felicia faisait partie de la petite collection de rosiers anciens que l’Adrienne avait achetés chez Lens, pour son jardin d’autrefois.

Quel bonheur de pouvoir y remettre le nez 🙂

Photo prise le 18 juin à Charleston House.

Où il y avait aussi les copines de Felicia, Cornelia et Penelope 🙂

F comme férule

Ces dames croyaient que c’était du fenouil mais vu que ça n’avait aucune odeur anisée, l’Adrienne a fait une petite recherche – les habitués de la zone méditerranéenne n’en auraient pas eu besoin 😉 – il s’agit de la ferula communis, une plante spectaculaire par sa taille et sa floraison jaune vif, qu’on peut voir partout sur les pentes rocheuses en grimpant jusqu’au site de Mystras.

Ce ne sont pas les jolies fleurs qui manquent en cette saison et on en voit de toutes les formes et de toutes les couleurs, principalement de belles inconnues (inconnues pour l’Adrienne) et d’autres belles sauvages qu’on sème en annuelles dans nos jardins.

Si quelqu’un sait comment s’appelle celle-ci, qu’il le dise 🙂

Je comme je-veux-tout-savoir

– Pourquoi vous avez mis toutes les fleurs dans le même vase ? demande petit Léon en déposant son sac sur la table de la cuisine.

L’Adrienne ne sait pas tout de suite quoi répondre : aurait-elle dû séparer les asters des lys ? mettre les chrysanthèmes dans un autre pot que les mufliers ?

– Ben… c’est comme ça que je les ai reçues… toutes ensemble… tu trouves que ce n’est pas beau ?

– Si, c’est beau. Vous avez reçu ça de qui ?

Le ton est inquisiteur. Les sourcils froncés.
Petit Léon, c’est comme un mari jaloux.
Vous êtes allée où ? demande-t-il quand elle s’est absentée le week-end.
Vous avez vu qui ?

– Bon, fait l’Adrienne, on n’est pas là pour causer de fleurs, montre-moi ton journal de classe !

Curieuzeneuzemosterdpot !

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Une expression de chez nous pour désigner celui qui fourre son petit nez de curieux partout, jusque dans le pot à moutarde 😉

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photo prise dans le parc d’Ostende le 22 octobre dernier.

Ni stupeur ni tremblements

Ni stupeur ni tremblements – même si les sujets n’en manquent pas, comme chacun sait – mais de l’émerveillement et de la gratitude pour les roses de septembre et pour cet être humain d’exception qu’était Julos Beaucarne.
Puisqu’il faut désormais parler de lui au passé.

Mini-Adrienne n’avait qu’une dizaine d’années, ne connaissait de Victor Hugo qu’Après la bataille, que son grand-père avait appris lors de « ses années d’université », comme il disait par plaisanterie, dans un village wallon tout proche, alors que les écoles primaires flamandes de la ville étaient fermées par les Allemands, pendant la guerre de 14-18.
Il le récitait encore par cœur cinquante ans plus tard.

Elle ne connaissait pas non plus Julos Beaucarne.
Mais elle a tout de suite adoré cette chanson:

Photo prise à Alden-Biesen le week-end dernier, le jour de sa mort.

P comme proverbe

« De aanhouder wint« , se dit l’Adrienne en rentrant chez elle toute contente.

Le proverbe néerlandais signifie que le gagnant est celui qui persévère.
Et de la persévérance, il en a fallu!
Pendant plus de sept ans 🙂

Voici les faits: dans la rue de l’Adrienne habite un Vlaamse Leeuw qui a apparemment très mal pris, au moment où elle est venue s’installer dans sa maison-en-ville, qu’elle refuse d’adhérer à son club de surveillance du quartier.

Or, comme il habite quelques maisons plus loin, que tous deux passent beaucoup à pied, qu’il prend souvent l’air à sa porte ou qu’il promène son chien, ils sont amenés à se croiser presque chaque jour.

Chaque fois l’Adrienne le salue, chaque fois il reste de marbre.
Au point qu’elle a failli se décourager.
Au bout de sept ans.

Et puis miracle, mercredi dernier, allez savoir pourquoi, il soulève un coin de sa bouche en réponse à son bonjour.

ça doit être sa façon de sourire.

L’Adrienne en tout cas trouve que l’événement vaut la peine d’être raconté 😉

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En illustration pour Lazuli Biloba si elle passe par ici, la photo du yakushimanum qui fleurissait ponctuellement à chacun de mes anniversaires, dans le jardin d’autrefois 😉

Le rapport?

Son petit nom est Grumpy 🙂

L comme leçon

Mais Madame! où aviez-vous la tête quand vous avez planté votre clématite! déclare E*** avec le sérieux du professionnel de l’horticulture.

Puis il explique:

– La clématite est une plante grimpante. Ce qui veut dire qu’elle a besoin d’un support.

Il poursuit son exposé avec de grands gestes:

– Ici, elle pend sur le trottoir… et elle va pendre de plus en plus!

Hélas Madame le sait bien.
Que la clématite est une plante grimpante à laquelle il faut un support assez haut.
Et qu’en effet elle n’a pas réfléchi quand elle l’a plantée là, à côté une clôture qui fait à peine un mètre.

– Tu as raison, dit-elle. Tu as entièrement raison.

Et elle rit aux éclats.

ça faisait bien longtemps qu’on ne lui avait plus fait la leçon 🙂

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la photo de la clématite date de juin 2017.

Derniers jours de vacances

Pour la troisième fois de la semaine, l’Adrienne était en route pour le bureau du syndic – il faudra que demain elle vous fasse un billet pour vous relater ses premières expériences avec un syndic de copropriété – bref en route pour le centre ville elle choisit de passer par le parc.

Peu de monde en route en ce vendredi assez tôt dans la matinée, sauf deux petits enfants que l’Adrienne tout de suite tient à l’œil car elle a comme une prémonition qu’il vont piétiner les cyclamens en pleine floraison sous le grand hêtre pourpre.

Et vlan, dès que la petite fille (sept ans, peut-être) y pose le pied, l’Adrienne fait sa Madame et lui dit:

– Attention les fleurs!
Avec apparemment juste ce qu’il faut de sévérité pour être promptement obéie.

– Tu ne les trouves pas belles? lui demande l’Adrienne en souriant.

Oh si! ils les trouvent bien belles, la petite sœur et le grand frère (8 ou 9 ans? pas dix, en tout cas), qui se met à expliquer qu’à la maison ils ont des roses merveilleuses, avec du rouge, du jaune et même du noir alors l’Adrienne se montre admirative pour ces fleurs incroyablement drapeau belge.

– Et elles sentent bon aussi? demande-t-elle.

Oui, bien sûr qu’elles sentent bon aussi.

Alors l’Adrienne, tant qu’à faire sa Madame, y va à fond avec la question à zéro franc:

– Vous êtes contents de retourner bientôt à l’école?

Oh oui! fait la petite sœur.
Moi pas tellement, dit le gamin.

Alors il explique qu’il s’appelle El A***i et que dès qu’il y a une bagarre à la récré, c’est son nom qu’on crie, même s’il est tranquillement à discuter avec deux ou trois gars « de sa famille ».

– Ah ça c’est embêtant, fait l’Adrienne, je comprends… ce n’est pas chouette.

Puis il explique qu’il traîne cette réputation de son école précédente, d’où il a été renvoyé.

– Mais là, demande l’Adrienne, tu as envie de t’en défaire? Tu veux que ça cesse? Tu n’as pas un prof à qui tu peux en parler?

Si, bien sûr, mais c’est peine perdue, il l’a déjà essayé.

– En septembre tu changes de classe, tu auras un nouveau prof, tu devrais lui dire tout de suite tes bonnes intentions, ça ferait un effet très positif, crois-moi!

Bref, quand ils se sont quittés l’Adrienne avait le cœur pris et regrettait de ne pas avoir demandé nom complet, adresse de l’école et tout le toutim, qu’elle se mêle un peu de cette affaire 😉

devoir de Lakevio du Goût_46.jpg
et premier devoir de Lakevio organisé par Monsieur Le Goût (merci!)

Il a allumé une cigarette parce qu’il commençait à s’énerver à force de lui dire et redire sa façon de voir, tandis qu’elle restait aussi impassible et froide que la pierre sur laquelle ils étaient assis.

Pourquoi, nom de nom, ne réagissait-elle pas?
Comment savoir s’il l’avait convaincue?
Si elle comprenait et acceptait ses arguments?

On aurait dit qu’elle avait même cessé de respirer.

– Je comprends, finit-elle par dire, que tu ne veux pas et ne voudras jamais d’enfant.

Ce n’est qu’alors, en se penchant pour écraser sa cigarette sur le sol, qu’il aperçut la robe rose de la petite fille dans l’embrasure de la porte.

Depuis quand était-elle là?
Qu’avait-elle entendu et compris de leur conversation?

N comme nature, nature!

La Retraite sentimentale - Colette - Folio

À travers les allées rompues sous la vigne vierge qui tend vers nous ses avides crochets, je l’emmène jusqu’au jardin d’en bas, terrasse chaude, étroit jardin de curé où je soigne mes fleurs communes, phlox que le soleil violace, aconits dont le bleu se délaie, soucis ronds et vermeils comme des mandarines, beaux œillets d’Inde en velours marron et jaune comme des frelons, nichés au petit fer, serrés dans leur calice qui éclate… Le long de l’espalier, un rideau de rosiers défend le pied des pêchers et des abricotiers et je caresse des yeux, en passant, les abricots déjà mûrs, chair lisse que le soleil rehausse de grains de beauté noirs.

Colette, La retraite sentimentale, titre qui clôt la série des Claudine, p.150 – d’autres larges extraits à lire ici. – source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici.

Colette est toujours au mieux de sa forme quand elle parle de nature, de jardins, de fleurs, de fruits ou d’animaux 🙂