22 rencontres (1 ter)

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Madame et sa mère étaient attablées chez le traiteur italien dans le but d’y savourer un cappuccino quand quatre personnes sont venues s’installer à côté d’elles. Un couple de grands-parents, une jeune femme et une ravissante petite fille d’environ trois ans.

– Tiens, se dit Madame, je connais ce monsieur.

Alors elle lorgne le plus discrètement possible vers la jeune femme à côté d’elle. Mais bien sûr! c’est Anissa! Son papa est toujours aussi maigre et sec, plus encore peut-être qu’il y a dix ans, et sa moustache un peu plus grise.

Anissa n’a quasiment pas changé et Madame voit avec plaisir comment elle s’occupe de sa petite fille, une mini-Anissa remuante et mignonne à croquer, qui prend entre de délicats petits doigts aux ongles minuscules laqués de fuchsia, un petit pain que sa maman a tartiné de confiture. Parce qu’on peut aussi venir chez le traiteur italien pour y prendre son petit déjeuner.

Madame s’interroge: va-t-elle engager la conversation avec Anissa ou continuer à écouter les papotages de sa mère? Elle opte pour la deuxième solution.

Rentrée chez elle, elle trouve un message d’Anissa: Chère Madame, je crois que vous ne m’avez pas reconnue mais j’étais bien contente de vous revoir.

Question existentielle

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La première fois que mini-Adrienne a été punie, elle avait quatre ou cinq ans et jouait à ‘tikkertje‘ (1).

Une partie de la cour était mouillée parce que les femmes de ménage y avaient déversé leurs seaux et tout ne s’était pas écoulé.

Par conséquent, sœur Josiane avait interdit de poser le pied sur la partie humide.

Mais comment voulez-vous jouer à ‘tikkertje‘ et faire attention à la flaque tout en courant pour échapper à votre poursuivant?

Mini-Adrienne a vu trop tard qu’elle approchait de la zone interdite, a fait le plus grand bond dont elle soit capable, au-dessus de la flaque… mais hélas, sœur Josiane surveillait l’endroit. Mini-Adrienne a dû finir la longue récréation debout au milieu de la cour, sans bouger.

La honte.

Depuis ce jour-là, elle s’interroge beaucoup sur les punitions. Leur utilité. Leur bien-fondé. Sur le pouvoir et l’abus de pouvoir de celui qui les donne. Sur la honte et le sentiment d’injustice ou de révolte de celui qui les reçoit.

C’est sans doute pour ça que pendant toute sa carrière de prof, elle a toujours cherché à s’en passer.

***

(1) je crois qu’en français ça se dit ‘jouer à chat’, corrigez-moi si je me trompe.

Racontez-nous une histoire de pas sage, demandait le Goût-des-autres, qui a courageusement repris les devoirs de Lakévio. Merci à lui!

K comme Keeping up appearances

Défi 569, merci Walrus!

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Pourquoi leurs parents avaient-ils donné à l’aînée un prénom français et à la cadette un anglais? Et quelle importance, puisque Laurence appelait Priscilla “Lala” et Priscilla appelait Laurence “Lolo”? 

À dix-huit ans, Priscilla a déclaré qu’elle voulait faire des études d’institutrice, choix que tous ont applaudi, les parents, la grande sœur, les profs.

– Priscilla, avait coutume de dire Lolo, elle est si intelligente que même rien qu’en dormant sur ses cours, elle les connaîtra par cœur !

Et puis, au début des vacances d’été, Priscilla a disparu. Volatilisée.

Ne me faites pas chercher, avait-elle écrit à sa sœur, je vais bien et vous donnerai bientôt des nouvelles.

Ce que personne ne savait, c’est que depuis des semaines elle entretenait une correspondance internet avec un jeune Anglais et qu’elle était partie le rejoindre. Comme ça, avec juste une valise.

– Et tes études d’institutrice? a demandé Madame, comme si c’était la chose la plus importante.

– Je les ferai en Angleterre ! a répondu Priscilla. Ce que Madame n’a pas cru, bien sûr.

Entre-temps, elle était déjà mariée et installée dans la maison de ses beaux-parents, qui étaient charmants et l’adoraient, disait-elle.

Ce n’est que quelques mois plus tard que Laurence a enfin pu rendre visite à sa sœur et se faire une opinion sur ce jeune Onslow qu’elle avait épousé.

– Et maintenant, a dit Lolo, viens avec moi !

Quand elles sont arrivées en ville, Laurence leur a mis à toutes les deux un gant de ménage en plastique jaune sur la tête.

– On fait la fête ! a dit Lolo. On n’a pas pu enterrer ta vie de jeune fille, on va le faire maintenant ! C’est ma tournée !

– Je ne peux pas, a répondu Priscilla. Je suis enceinte.

Alors Laurence a bu toute seule.

22 rencontres (22 bis)

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C’est le 12 juillet que Madame a reçu le message ci-dessous, qui lui permet de conclure en beauté sa rubrique « 22 rencontres »:

Met vreugde kan ik u meedelen dat ik dit jaar geslaagd en gunstig gerangschikt ben voor het toelatingsexamen van geneeskunde. Ik kan mijn droom nu echt waarmaken.

Gentille Kato est heureuse d’annoncer que cette fois elle a non seulement réussi l’examen d’entrée en médecine mais qu’elle est si bien classée qu’elle est sûre de pouvoir enfin réaliser son rêve.

Madame en est évidemment très heureuse aussi et elles ne manqueront pas de se sauter au cou la prochaine fois qu’elles se voient 🙂

R comme Rules

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Dans le ‘college‘ où enseigne l’amie, ces quelques points essentiels du règlement sont affichés partout, à l’intérieur et à l’extérieur de chaque local.

Rien que de très normal, direz-vous, et en effet dans l’école de l’Adrienne on considère ces mêmes règles comme étant les plus importantes: arriver à l’heure, pas de vestes ni de couvre-chefs en classe, éteindre et ranger le smartphone, ni manger ni boire dans les locaux, se montrer respectueux en paroles et en actions et bien sûr: faire de son mieux pour réussir et utiliser ses propres capacités.

Sauf une: le port du badge.

Ce qui, au vu de ce qu’on a constaté partout lors de ce voyage, doit probablement être motivé par le souci sécuritaire: pas de badge? alors tu es suspect et ta place n’est pas ici!

D’ailleurs, devinez quel est le premier adjectif utilisé par l’école pour faire sa pub sur son site?

SAFE 🙂

safe, friendly, inclusive, rural

V comme vraie vie

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Quelle est votre expérience avec la restauration rapide? demande Madame.

Fadi essaie d’esquiver la consigne: « La première fois que je suis allé au McDo, j’étais très jeune. Si jeune que je ne me le rappelle même plus. »

Brecht a été dévoyé par sa grand-mère. Plus d’une fois! « Les premières fois que je suis allé au McDo, c’était avec mon frère et ma grand-mère. »

Killian aime le McDo. Pourtant, écrit-il, « les tables ne sont jamais  propres et c’est pour ça qu’on va manger dehors. Les serveuses ne sont ni polies ni souriantes et il arrive qu’on t’apporte des frites froides. »

Pour Noa, c’est lié aux souvenirs de vacances: « On partait en voyage et on râlait pendant des heures, ma sœur et moi, pour aller au McDo. Dès que le repas était fini, on allait jouer sur la plaine de jeux. »

« La première fois que je suis allé au McDo », écrit Matthias, « je l’ai aimé, parce que j’étais très petit et naturellement, des frites et des hamburgers, c’était mon truc. »

Yorrick rime avec catégorique: « Je n’aime pas la restauration rapide, elle n’a pas été inventée pour être bonne! Je préfère aller dans un restaurant italien. »

« J’ai de bons souvenirs du McDo », écrit Leo, « même si ça ne concerne pas vraiment la nourriture. J’adorais les jeux qu’il y avait là, c’est dommage que je sois trop grand pour y jouer maintenant. Avec mon frère et ma cousine, on s’amusait comme des fous! »

« La première fois », raconte Lotte, « j’avais 14 ou 15 ans et c’était avec des amies qui connaissaient déjà tous les menus mais moi je ne savais pas quoi prendre, alors j’ai pris un McFlurry et c’était vraiment dégoûtant. Je n’y suis plus jamais retournée. »

Casper est reconnaissant envers sa mère: « Je suis très content que ma mère m’interdise d’aller plus de deux fois par an au McDo. Je déteste cette nourriture. En plus, les serveurs ne sont jamais contents et je trouve que la clientèle est souvent bizarre. »

Tim se souvient que la première fois qu’il est allé au McDo, il était enthousiaste. « Mais j’étais petit, alors, et j’aimais tout. Maintenant quand on y va c’est avec les copains, après les examens. Je n’aime pas l’odeur. Les serveurs n’ont pas d’émotions. Quand je mange trop, je me sens malade. »

Emile préfère aller chez Yves, à la friterie, parce que les serveurs du McDo oublient ce qu’il a demandé et lui apportent des choses qu’il n’a pas commandées. « Mais la première fois, j’avais cinq ans et c’était pour mon anniversaire, j’adorais ça, surtout la plaine de jeux! »

Lennert veut bien concéder que « c’est vrai, ce n’est pas de la gastronomie, la clientèle est souvent un peu marginale, ce n’est pas  très propre » mais il va continuer à y aller parce qu’il aime ça 🙂

Maxim remercie ses parents de lui avoir appris à apprécier « une nourriture saine et équilibrée. Ça fait au moins trois ans que je n’ai plus mis les pieds dans un McDo et je dois dire que ça ne m’a pas manqué! »

***

Madame espère qu’Adeline Dieudonné ne lui en voudra pas de lui avoir emprunté son titre. Elle a beaucoup aimé, comme le lion de la couverture, jeter un œil curieux sur « la vraie vie » de ses élèves. Qu’ils en soient remerciés 🙂

U comme ultimes perles

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C’est avec le plus grand sérieux que J raconte comment le roi Laios et la reine Jacotte sont allés consulter l’oracle de Delphes.

–  Jacotte? a failli dire Madame, mais elle s’est retenue parce qu’elle devait se mordre trop fort les lèvres pour ne pas rire.

Qu’A précise que Charles d’Orléans s’est vêtu de broderie parce qu’il fait chaud.

Qu’Y révèle qu’il y a une chute dans cette histoire mais qu’on ne la voit qu’à la fin.

Que T estime que Victor Hugo met des fleurs bizarres sur la tombe d’une fille, surtout que le houx vert, ça pique.

M reste lui aussi très sérieux quand il déclare prudemment à propos de l’Ode à Cassandre: « C’est un poème, je pense… »

Et Madame, quant à elle, a eu beaucoup de mal à garder son sérieux en entendant d’aussi jolies perles.

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