L comme liberté, j’écris ton nom

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C’est le thème de la semaine de la poésie, la liberté. Tous les profs de néerlandais ont fait participer leurs élèves, qui ont écrit de fort jolies choses, souvent drôles, spirituelles, sensées ou vécues. 

Vrijheid.

Puis un midi une élève arrive complètement bouleversée au bureau des coordinatrices.

En état de choc.

Pendant la pause, son père l’a vue passer dans la rue, alors qu’elle allait s’acheter un pain garni. Or elle n’était pas seule: il y avait des garçons. Hé oui, nous sommes une école mixte, ce monsieur devrait le savoir. Mais il s’est mis à vociférer, à traiter sa fille de ‘sale pute’ et à lui promettre la punition qu’elle mérite quand elle rentrerait, ce soir-là.

C’est ainsi que Madame a appris que cette jeune fille reçoit des coups.
Que sa mère reçoit des coups.
Que sa sœur reçoit des coups.

Alors vous comprenez, avec une urgence comme celle-là, et aussi quelques autres, Madame n’a pas eu le temps de répondre aux commentaires, ces derniers jours.

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Première école

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Un soir de janvier, l’Adrienne a eu l’occasion de revoir la première école où elle a pu jouer à la Madame.

Alors elle y a fait le plein de nostalgie heureuse, et malgré l’absence de lumière elle a voulu prendre une ou deux photos, comme celle-ci, dans la plus ancienne partie du bâtiment, qui date de la fin du 19e siècle, la pleine époque du néo-gothique flamand, comme on peut plus ou moins voir à cette cage d’escaliers.

Les marches sont en pierre bleue lustrée et usée par les milliers de pieds qui les ont empruntées pendant cent quarante ans. Au départ, par les pensionnaires, qui accédaient par là à leurs chambrées. Ensuite par les élèves de l’école secondaire, quand les chambres sont devenues les salles de cours de quelques privilégiés, comme le collègue d’histoire 🙂 Et aujourd’hui par les enfants de l’école primaire.

C’est entre ces vieux murs que l’Adrienne a passé les dix premières années de sa carrière de Madame. Elle a été heureuse d’y faire ses premières armes, dans un monde très masculin qui lui plaisait bien. Dans la salle des profs, on ne parlait ni de problèmes avec la femme de ménage, ni d’accouchements tous plus difficiles les uns que les autres, ni de régime miracle.

Le lundi matin on s’y moquait soit du supporter de Bruges, soit de celui d’Anderlecht. On y tapait le carton, on y rigolait, on y parlait souvent haut et fort. Il y avait des camps, des rivalités, et l’Adrienne y a beaucoup observé, beaucoup appris.

C’est ça, la nostalgie heureuse: on n’a pas envie de remonter dans le temps et de tout revivre, mais on est content que cela ait été.

X c’est l’inconnu

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Vous en pensez quoi, de cette fable? demande Madame.

On était dans les années quatre-vingts et les élèves étaient entièrement d’accord avec Jean de la Fontaine: travaillez, prenez de la peine! Prévoyez « une pomme pour la soif »! C’est tellement évident! La morale bourgeoise sortait victorieuse du débat et Madame avait du mal à faire admettre que la pauvreté n’était pas un état que l’on choisissait.

On était dans les années deux mille et le vent avait tourné. Quel affreux personnage, cette fourmi! Quelle femme sans cœur! Quelle dureté pour la pauvre cigale! Elle ne demande pas l’aumône, juste un prêt à rembourser. Sûrement que cette méchante fourmi était bien contente de l’entendre chanter, mais quand il s’agit de débourser… Noppes! Nada! Rien!

Bientôt nous arriverons aux années 2020 et Madame se demande ce que ces élèves-là penseront de la morale bourgeoise, de la chanteuse sans contrat et de la travailleuse non partageuse…

***

Dessin et consignes chez Lakévio, que je remercie: Voici une fable de Monsieur de La Fontaine, que chacun connaît bien. Je vous propose d’en réécrire l’histoire dans un style différent. Nouvelle, Témoignage, Théâtre, Intrigue policière, Biographie, Conte, Publicité… Ou bien, Compte-rendu sportif, Actualité TV, article de presse … Vous avez le choix ! 

T comme tout beau, tout blanc

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Quand il a commencé à neiger mardi matin, Madame était en classe avec ses élèves de cinquième (la Première) et ils ne l’ont remarqué qu’en sortant dans le couloir, à neuf heures et quart. Sans doute parce que la classe était bien éclairée et qu’il faisait encore un peu sombre dehors.

Madame n’a pas été la dernière à s’écrier avec émerveillement « Oh! il neige! » et depuis la récré de mardi à dix heures, toutes les pauses sont désormais très physiques: au lieu de se coller aux radiateurs en grignotant des sucreries, grands et petits se ruent dehors pour des batailles de boules de neige.

Madame aussi a aimé marcher dans la neige, comme sur la photo ci-dessus, prise mercredi matin sur le chemin de l’école.

Il est question d’aller faire du ski de fond en Hautes-Fagnes jeudi prochain avec les 16-18 ans… Les klimaatspijbelaars choisiront-ils la sortie sportive ou le pavé bruxellois?

Les paris sont ouverts 🙂

22 rencontres (16 bis)

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Appelons-les D&D, comme Dupont et Dupond, leur prénom commence par un D et est si spécifique qu’il est impossible à Madame de les nommer ici. 

Quand Madame les voit tous les deux dans le couloir de son bureau, elle a cette exclamation joyeuse, genre Vous, ici? quel bonheur de vous revoir!

Ils expliquent qu’ils ont pris l’initiative de venir présenter leur parcours scolaire et professionnel aux élèves de Terminale électronique-électricité. Car ils ont un message à leur transmettre. Un message positif. Leur propre expérience les y incite.

Madame trouve ça très beau et applaudit des deux mains. Ils papotent longuement autour d’une tasse de café. Quelle merveille de voir ces deux jeunes adultes soucieux d’apporter leur témoignage à la nouvelle génération, alors qu’ils ont une vie si remplie!

Qu’ils reviennent chaque année, s’ils le veulent 🙂

 

R comme résolution

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On comprendra que Sofie, qui revient au travail en ce début de janvier après un long congé de maternité et d’allaitement, a pris un tas de bonnes résolutions à titre privé et professionnel.

Comme elle est persuadée que c’est la même chose pour ses élèves – vu ses deux bébés, elle n’a sans doute pas eu le temps de lire la presse ‘spécialisée’, où il est clairement expliqué comment et pourquoi nous prenons mais n’arrivons pas à tenir nos bonnes résolutions – bref vu son nouvel élan et la nouvelle année, elle attend des élèves qu’ils lui fassent part des leurs.

Sujet de son premier devoir: Mes bonnes résolutions pour 2019.

– Toi, dit Madame, dubitative, à K, son latiniste préféré, en voyant chez lui cette consigne, toi tu en as pris, des bonnes résolutions?

Il secoue la tête négativement:

– Je n’en prends jamais.

– Alors qu’est-ce que tu vas faire? Répondre honnêtement que tu n’en prends pas et expliquer pourquoi?

Il fait encore non de la tête.

– Horreur! dit Madame, tu vas t’en INVENTER?

Sourires de K et du copain qui a entendu la conversation. Lui aussi s’en inventera.

– Ne me fais jamais ce coup-là! rigole Madame.

C’est ainsi que le soir même, K a tapoté un merveilleux devoir dans lequel il explique qu’au lieu donc de se laisser aller au désespoir, il a pris le parti de mélancolie active pour autant qu’il ait la puissance d’activité, ou en d’autres termes qu’il a préféré la mélancolie qui espère et qui aspire et qui cherche à celle qui, morne et stagnante, désespère.

Et il est fier de lui 🙂

***

Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie, et qui propose le devoir d’étoffe, intégrer cet Extrait d’une lettre de Vincent Van Gogh. (Lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh)

« Au lieu donc de me laisser aller au désespoir, j’ai pris le parti de mélancolie active pour autant que j’avais la puissance d’activité, ou en d’autres termes j’ai préféré la mélancolie qui espère et qui aspire et qui cherche à celle qui, morne et stagnante, désespère. »

Question existentielle

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Elle a 17 ans, est en Terminale dans une petite ville du nord du pays et le 5 janvier elle a lancé ce mois-ci un appel aux écoliers belges: séchons les cours chaque jeudi pour aller manifester à Bruxelles. 

Spijbelen voor het klimaat! Brossen voor de bossen! (1)

A sa propre stupéfaction, elle a constaté que le jeudi suivant son appel, le 10 janvier, 3000 écoliers avaient rejoint la capitale pour manifester.

Jeudi dernier, ils étaient 12 500, selon les chiffres officiels de la police.

Parmi cette foule exubérante et colorée, quelques élèves de Madame.

Ils ne sont pas fous, ces jeunes: ils placent les adultes – leurs parents, leurs profs, la direction de leur école et finalement aussi leur gouvernement – devant le fait accompli, les obligeant ainsi à prendre parti, à se déclarer: Pour ou contre? Approuver ou désapprouver? Soutenir ou blâmer? Autoriser ou interdire? Applaudir ou punir?

Bien sûr qu’ils n’ont pas le droit de sécher les cours. Mais s’ils manifestaient le mercredi après-midi ou le samedi, quel en serait l’impact dans la presse et sur les dirigeants? Il y a eu 75 000 manifestants en un seul jour pour le climat le 2 décembre dernier, est-ce que ça a fait bouger quelque chose? Voilà ce que cette jeune fille répond. Et elle a raison, bien sûr.

Bien sûr que ces (très) jeunes sont des enfants de leur siècle, qu’ils en sont déjà à leur troisième smartphone, ont déjà pris l’avion au moins vingt fois, sont à tout point de vue dans la (sur)consommation, en un mot que leur empreinte écologique personnelle est des plus désastreuses. C’est à nous de les convaincre que toutes ces « petites choses » (à leurs yeux) font une vraie différence.

Ce qu’ils demandent, ce sont des réorganisations structurelles, globales, efficaces et ambitieuses. Inscrites dans les lois et les accords internationaux. 

On verra bien ce qu’ils diront quand ils le sentiront dans leur confort, leur mobilité, leurs loisirs, leur quotidien… et leur porte-monnaie.

Ou celui de papa-maman, qui pour le moment se déclarent très fiers de leurs manifestants 🙂

source de l’image ici et un article sur le sujet chez Daardaar (traduit du néerlandais)

(1) ‘brossen’ et ‘spijbelen’ sont deux mots qui signifient ‘sécher les cours’, de bossen = les bois