O comme ogre

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

– Tu me racontes une histoire? fit la petite.

Avec ses boucles blondes éparses sur l’oreiller et son nounours contre sa joue, il la trouva une fois de plus terriblement attendrissante.

Il ne cessait de s’étonner comment lui, un grand échalas tout pâle, tout maigre, avait réussi ce prodige: de bonnes joues roses, des petits bras dodus, tout ce petit corps adorablement potelé.
Une merveille, oui.

– Mais pas une histoire de cave, précisa-t-elle. ça me fait trop peur, la cave.
– D’accord, d’accord, fit-il, je chercherai autre chose pour ce soir.

Il prit le livre magique, celui qui répond quand on lui parle et auquel il manque toujours la fin des histoires. Comme tous les soirs, il se prit la tête dans la montgolfière qui servait de mobile au-dessus du lit de l’enfant.

Elle rit:
– Tu oublies toujours comme tu es grand.
– Une histoire avec une grenouille, ça te va? demanda-t-il.
– Il y a un ogre dans cette histoire?
– Je ne crois pas…
– La maîtresse a dit que ça n’existe pas les ogres.
– Ah! ben… si la maîtresse le dit!

La petite endormie et le livre refermé, il se rendit à la cave, ouvrit le congélateur et en sortit la blondinette précédente pour son repas du lendemain.

***

Merci à Joe Krapov pour ses consignes – le jet des dés a donné le 10 (échalas), le 8 (cave), le 7 (livre), le 5 (montgolfière) et le 4 (grenouille)

B comme brol

Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien.

– Je ne suis pas née chez les zoulous, quand même! fait Cindy en hachant le céleri.

Et comme toujours, sa célérité est en rapport avec son degré d’énervement.

– Franchement? il est alcoolo, ce type? Ou alors complètement fêlé?

Mme de B*** est heureuse que Cindy soit rentrée de ses vacances au camping en Bretagne et s’est assise dans la cuisine pour ne rien rater de sa conversation: un solo de Cindy, c’est bien plus rigolo que n’importe quelle émission à la télé.

– Faut dire aussi que ma copine Hélène – vous savez, celle que j’appelle toujours Label Hélène parce qu’elle se coiffe comme Marilyn et qu’elle s’appelle Lebeau?
– Je vois très bien, fait Mme de B***, qui sourit maintenant tout à fait devant tant de logique.
– Et bien, je lui ai dit, à Hélène, c’est pas parce que les boissons et les petits fours sont gratuits qu’on m’y reverra, à un vernissage! « Merveilleux talent de coloriste » qu’ils disaient sur la brochure! Faut oser le dire, hein! Mon Matteo, à cinq ans, il faisait mieux!
– Faut l’envoyer à l’académie, cet enfant, fit Mme de B***

***

sur la photo ci-dessus, « Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien« , source ici.

Gilbert Jullien – Coquelicots (1990)

Merci à Joe Krapov pour ses tableaux et consignes qui ont permis d’ajouter un épisode au feuilleton de Mme de B*** – réponse à la question 23, Avez-vous passé de bonnes vacances? – et de réutiliser le mot brol, qu’on affectionne particulièrement:

Les tableaux ci-dessus figurent sur des invitations à des vernissages d’exposition. Choisissez-en un. Racontez ce qui se passe à cette soirée à laquelle vous assistez ou partez-parlez du tableau que vous avez sous les yeux pour divaguer à votre façon.

Vous avez obligation de placer le mot « zoulou » dans votre texte et d’insérer au moins six mots de la liste ci-dessous :

à la queue-leu-leu – à vau l’eau – alcoolo – Apollo – avili – awélé – balafon – balafré – balatum – Belle Hélène – Billy the Kid – branlant – calamar – calame – calamité – célericélérité – cilice – colloque – colonie – colophane – coloquinte – coloriste – diligence – diligent – diligenter – Dolomites – Dolorès – échalas – élément – Éléonore – Éléphant – falafel – fêlé – filiforme – folle eau – gala – Galatée – galaxie – guili-guili – héler – hologramme – holorime – Honolulu – hululer – illico – Impala – Killy – koala – Kuala-Lumpur – l’as-tu lu – Lili – Lilliputien – lolo – loulou – Lulu – malabar – maladie – Marilyn – Mêlé – Mêlé-cass’ – mélèze – milicien – militaire – militant – mollo – Mouloudji – On nous loue – Pelléas et Mélisande – Philippines – pili-pili – Polo – polochon – pulluler – rigolo – Scala de Milan – scélérat – scolopendre – Sélénite – silicium – silicone – solotélé – Télémaque – Télérama – télescope – téléski – Thalassa – thalasso – Toulouse – ukulélé – vêler – vilipender – violoniste – zélé – zoulou

T comme Thomas de la Fuente

Quand Thomas de la Fuente a écrit Les Amusements de Muley Bugentuf, roi du Maroc, il avait déjà publié, dans un tout autre genre, Mes dix-huit métempsycoses, histoire de mes existences depuis l’an 184.

Dans un style déjanté, il s’y moquait des gens qui croient tout savoir sur tous les sujets, que ce soit un chanteur yéyé des années soixante, un Chinois à pousse-pousse de l’entre-deux-guerres ou de ce que peut ressentir le bébé au moment de sa naissance.

Dans Les Amusements, on retrouve cette même imagination à gogo, bien que ce soit dans un contexte fort différent.

Nous sommes à la cour de Muley (ou Moulaÿ) Bugentuf, roi du Maroc allergique au couscous, un problème qui, comme vous le verrez, aura ses conséquences sur l’Histoire (celle avec un grand H)

Toute l’info ici et .

H comme heures exquises

Constater au réveil qu’on a bien dormi
Prendre le café avec une amie qui est à 1500 km
Rire
Recevoir un message, une carte, une lettre
Entendre des chants d’oiseaux, une belle musique
Rire
Voir des amis et fêter une amitié au restaurant
Rencontrer un(e) ancien(ne) élève
Rire
Marcher dans la nature
S’installer confortablement pour un bon livre, un bon film
Rire
Aimer les enfants des autres
être heureuse quand après de longues explications le petit s’écrie « ça a fait ding ding dans ma tête! J’ai compris! C’est facile, en fait! »
Et rire.

***

écrit d’après la consigne suivante de Joe Krapov, qu’on remercie vivement d’avoir repris les krapoveries!

Le Sel de la vie

Vous étiez en vacances ou vous êtes resté·e chez vous cet été. Vous avez vécu ces deux derniers mois des moments que vous n’avez pas volés.

A l’instar de Françoise Héritier, listez donc sous la forme d’une liste de verbes à l’infinitif suivis de leurs compléments ceux dont vous vous souvenez et qui pourraient constituer, selon vous, le sel de la vie.

K comme krapoverie

« Aujourd’hui la dernière fois que… »

La dernière fois qu’il n’y aura pas de krapoverie sous prétexte de vacances.

En tout cas, on l’espère!

Vivement septembre et que l’ami Joe Krapov revienne à des choses plus krapoviennes que ce faux jeu oulipien!

Auquel il excelle, évidemment, vu qu’il se fiche pas mal du règlement 🙂

***

photo prise à Bruxelles samedi dernier où Bozar était fermé mais en compensation on recevait ce message optimiste, ‘tout n’est pas encore perdu!

K comme krapoverie

Quand l’Adrienne était petite fille, en rentrant de l’école, malgré le poids du cartable et la longueur du trajet à faire, elle allait régulièrement jusqu’au gros ruisseau qui traverse sa ville, dans le but d’observer sa couleur du jour.

Généralement il était bleu marine, violet ou brun: la teinturerie en amont utilisait son eau pour les rinçages.

Puis la teinturerie a cessé ses activités, comme bon nombre d’usines textiles de la région.
L’eau est redevenue claire.
De nouvelles plantes ont colonisé ses berges.

L’usine désaffectée est devenue académie de musique et centre culturel.
Les abords, un parc.
Les bassins de la teinturerie, des étangs à nénuphars et poissons rouges.

Et le ruisseau, ses roseaux, ses herbes folles, un enchantement pour les grenouilles et les canards.

Ainsi que pour le héron 🙂

***

merci à Joe Krapov pour sa consigne du 8 juin:

1. lister les endroits où, au cours de votre vie, vous vous êtes trouvé·e au bord de l’eau (mer, rivière, lac, piscine, etc.).

2. Dans cette liste, prenez un lieu et racontez en détail, à la manière d’un chapitre d’autobiographie, ce qui vous est arrivé ou ce que vous avez ressenti.

K comme krapoverie

Tout était en l’air au château de M**l*ns*rt. Dupont et Dupond, le capitaine et Tintin, allaient et venaient, montaient et descendaient l’escalier, couraient dans les corridors, heurtaient, Nestor, dérangeaient le professeur Tournesol, cherchaient Milou. Bianca Castafiore et Irma soupiraient devant toute cette agitation, qu’elles ne partageaient pas, habituées qu’elles étaient aux séances d’habillage, de maquillage et à l’effervescence des plateaux de cinéma; elles étaient assises dans un salon qui donnait sur le chemin d’arrivée et pouvaient voir que chevaux, calèches et figurants étaient déjà en place.

De minute en minute, Tintin ou un de ses amis passait la tête à la porte et demandait :

« Eh bien ! toujours pas de nouvelles de Milou ?

– Rien de ce côté, répondait le Rossignol milanais sans même regarder.

Elle était plongée dans un magazine, assez satisfaite de la façon dont le journaliste avait repris ses mots sur l’art et le travail: mon travail, c’est de l’art, lui avait-elle dit, et la rédaction avait choisi de mettre cette petite phrase en gros titre, accompagné d’une photo de son meilleur profil.

Oui, elle était satisfaite.

Finalement, le seul à n’avoir pas été à la hauteur, c’était son violoncelliste.

Mais elle en avait l’habitude.

***

écrit d’après la consignes de Joe Krapov, Problèmes.
Merci à lui!

Les fans de la Comtesse auront reconnu l’incipit des Vacances, le livre préféré de l’Adrienne quand elle avait onze ans 🙂

D comme demi-sel

Du beurre de missel? se dit mini-Adrienne. Décidément, les grandes personnes ont de drôles d’idées!

Il faut dire que depuis l’infarctus du grand-père, le sel est banni de la cuisine de grand-mère Adrienne et heureusement pour le beurre, au lieu de le mettre au garde-manger baignant dans de l’eau et du sel, maintenant il y a un frigidaire qui ronronne dans son coin.

Il faut jeter tout ce bric-à-brac, avait décrété la mère de mini-Adrienne, qui avait fait entrer chez elle tout le « confort moderne » que grand-mère n’acceptait qu’au compte-gouttes.

Les deux avant-bras tendus devant elle, elle tenait « du vieux brol » dont il fallait se débarrasser de toute urgence, mais auquel grand-mère tenait, comme cet allume-gaz « qui marche toujours très bien! ».

Pendant ce temps-là, mini-Adrienne faisait des aller-retour entre la cuisine où se chamaillaient les grandes personnes et la pièce de devant, où était installé le lit de grand-père.

Lui qui n’avait jamais été un lève-tard (ni un couche-tôt) passait désormais ses journées entières sous l’épais couvre-lit de satin bordeaux, que grand-mère appelait une courtepointe, et ne se nourrissait plus que de soupe et de pilules.

Lui qui avait toujours été le boute-en-train, à rire, à chanter, à raconter des blagues, ouvrait à peine la paupière et ne parlait qu’en chuchotant.

Il lui faut du calme, beaucoup de calme! avait dit le médecin, et mini-Adrienne prenait cette injonction tellement à cœur qu’elle ne marchait plus que nu-pieds, de peur de déranger le sommeil de grand-père.

Chaque jour qui passe est un jour de gagné, avait dit le médecin.

***

Écrit suivant une consigne de Joe Krapov, que je remercie: il fallait utiliser au moins cinq mots de cette liste

aller-retourallume-gaz – avale-tout – avant-bras – bon enfant (adj.) – boute-en-trainbric-à-brac – casse-gueule – chauffe-la-couche – ci-devant – clic-clac – compte-gouttes – compte-tours – coq-à-l’âne – curriculum vitae – demi-sel – dessous de table – dessus de lit – dos d’âne – emporte-pièce – ex-voto – faire-part – fox-trot – fric-frac – garde-manger – gnangnan (adj) – hold-up – jean-foutre – knock-out – lèche-cul – lève-tard – no man’s land – nu-pieds – ouï-dire – panaris – pancréas – Paris-Brest – pare-brise – pare-balles – perce-neige – pète-sec – petit-nègre – pianoforte – porte-parole

K comme krapoverie

Albert ce matin-là avait le teint verdâtre.
Mal dormi.
Mal réveillé.
Et en retard pour le boulot.

Il hâtait le pas tout en sachant que ça ne servirait à rien: impossible de rattraper le temps perdu.

A moins…

L’envie lui vint de prendre un de ces vélos.
Avec ça, il se faufilerait parmi le trafic, les travaux, les encombrements et arriverait, avec un peu de chance, pile-poil à l’heure.

Ne lui avait-on pas piqué un vélo, il y a bien longtemps, quand il était étudiant?
Alors?
Il avait bien droit à une petite revanche, non?
Surtout en ce cas de force majeure!

Tout en marchant le plus vite qu’il pouvait, il observait la rangée de vélos.
Trop petit.
Trop mauvais état.
Trop bien cadenassé.
Trop fille…

Bah! se résigna-t-il, tant pis.

Illustrant ainsi, en un seul début de matinée, deux fables de la Fontaine 🙂

***

texte écrit d’après cette consigne de Joe Krapov – merci à lui – proposant des aquarelles de John Salminen.

Adrienne s’amuse

« Il faut être absolument moderne! » s’écria-t-il. Et joignant le geste à la parole, il prit la plume et écrivit:

Depui ui jour, j’avé déchiré mè botine
O cayou dè chemin. J’antré a Charlerwa
– O Cabarè Vèr: je demandé dè tartine
Du beur é du janbon ki fu a mwatyé frwa.

« Pas mal! Pas mal du tout! Et absolument moderne! » fit-il, content de lui. Donc il continua:

Byieneureu, j’alongé lè janb sou la table
Verte: je contanplé lè sujè trè nayif
De la tapiseri. – Et se fu adorable,
Kan la fiy o téton énorm, o zyeu vif,

Il hésita un peu sur le ‘byieneureu’ mais se dit que de toute façon, la poésie était pour les ‘happy few‘, alors il poursuivit en tirant la langue – il n’avait que seize ans, après tout:

– Cèl-là, se nè pa un bézé ki l’épeur –
Ryeuze, m’aporta dè tartine de beur,
Du janbon tièd, dan zun pla coloryé,

Il commençait à bien maîtriser son orthographe moderne et c’est d’une plume jubilatoire qu’il traça le dernier tercet:

Du janbon roz é blan parfumé d’une gous
D’ay, – é m’anpli la chop imans, avèk sa mous
Ke dorè un rèyon de soley aryéré.

***

écrit suivant les consignes de Joe Krapovwho else? 🙂

Qu’il en soit remercié!

Le poème de Jean Nicolas Arthur est à lire ici.

Photo prise à Ostende (ya kèk zané), la tête de ce personnage de BD a quelque chose d’Arthurien, non?