22 rencontres (16 ter)

69ème devoir de Lakevio du Goût

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A seize ans, Simon était le plus grand casse-cou de toute l’école. Ce qui n’est pas peu dire: si vous rassemblez une centaine de garçons de cet âge, il y a de la concurrence.

Son truc, c’était le BMX. Un vélo spécialement conçu pour faire toutes sortes d’acrobaties, comme de se projeter d’un coup sur une balustrade ou n’importe quel autre ‘obstacle’ en ville.

Vous comprenez que le FLE ne l’intéressait pas.
Pas le temps.
Dans le garage de ses parents, il avait installé son propre skatepark et s’entraînait, s’entraînait, s’entraînait.

Alors évidemment, les rues en pente, les murets, les parapets, les marches d’escalier, quel formidable terrain de jeu pour le free style!

– Tu ne devrais pas porter un casque? te protéger les genoux? les coudes? s’inquiétait Madame, à qui il avait envoyé un petit film pour démontrer son savoir-faire.

Mais Simon riait.

Bref, depuis que Madame s’intéressait à ses acrobaties, il condescendait à faire un petit effort en FLE.

– Mais franchement, Madame, à quoi ça va me servir?

Elle l’a revu, des années plus tard, dans un train.

Devinez quoi?

Il avait son BMX 🙂

***

Je ne sais pas si vous aimez les toiles de Maurice Utrillo. Quant à moi, je les aime. Elles m’inspirent toujours quelque chose. Et vous ? Aurez vous quelque histoire à raconter lundi, ayant cette toile pour support à votre imagination ?

M comme Modiano

Devoir de Lakevio du Goût No 68

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« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »

Bien sûr on se souvient de Dora Bruder, de l’enquête du narrateur, cinquante ans après les faits, et on pourrait rejouer ce triste doublé-dédoublé, comme le négatif d’une photo d’autrefois, en repensant à une petite fille de 1970 qui prépare sa fugue, elle aussi.

Elle sait que le moment idéal n’est pas « un jour de froid et de grisaille« , mais que ces jours-là viendront, et qu’il faut les prévoir.

Elle n’a pas douze ans mais elle sait que la vraie solitude ne peut être pire que celle qu’elle vit.

Elle se revoit à la minute exacte où elle regarde par la fenêtre de sa chambre et se rend brusquement compte que là, derrière le bosquet, derrière la colline, il y a une grand-route et juste après, il y a sa grand-mère.

C’est la minute exacte où elle sait que son projet n’est pas « en suspens« : elle ne fuguera pas.

***

Cette toile de Pissarro vous inspire-t-elle ? Je l’espère, dit Monsieur Le Goût. Le mieux serait que vous commençassiez ce devoir par :
« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »
Et que vous le terminassiez par :
« Je vais laisser cette lettre en suspens… »

F comme femmes

Est-ce que les femmes doivent être nues pour entrer au Metropolitan Museum ?

Femme séductrice, déesse ou diablesse, elle ne manque pas dans nos musées et notre histoire de l’art, mais comme sujet – non comme artiste – et de préférence nue.

Telle cette Maja desnuda proposée ce lundi par Monsieur le Goût.

Les clichés sexistes sur la place des femmes dans l’art ne manquent pas, tenons-nous-en à celui-ci, qui est de Gustave Moreau et tout à fait représentatif:

« L’intrusion sérieuse de la femme dans l’art serait un désastre sans remèdeQue deviendra-t-on quand des êtres […] aussi dépourvus du véritable don imaginatif viendront apporter leur horrible jugeote artistique avec prétentions justifiées à l’appui ? » source ici.

En France, l’école des beaux-arts est devenue mixte en 1897 mais les femmes n’avaient pas accès aux ateliers ni aux concours. De plus, leurs cours étaient payants alors qu’ils étaient gratuits pour les hommes. Et seuls le portrait, le paysage ou la nature morte leur étaient autorisés.

« Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égal, et c’est tout ce que j’aurais demandé. Car je sais que je les vaux. » Berthe Morisot, 1890.

source ici.

Sophie Calle, Le Mari, 1995 (source ici)

U comme une partie de pêche

65ème Devoir de Lakevio du Goût

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Il avait fallu une longue préparation, mais ça y était.
Elle ne pouvait s’empêcher de sourire en pensant aux tonnes de diplomatie déployée pour que Georges-Henri finisse par croire que l’idée venait de lui.
Deux jours à la campagne, au terme desquels elle se déciderait peut-être à lui dire oui.
Car il voulait « officialiser », disait-il.

***

Georges-Henri redresse le dos et relance sa ligne.
Quelle importance si le poisson mord ou pas!
La seule chose qu’il souhaite, c’est que sa belle ondine lui dise oui.
Car – qui l’eût cru? – il lui est venu des idées de mariage.
Demain, il en est sûr, au retour de leur petite escapade en amoureux, elle acceptera de devenir sa femme.

***

Quelle chance, se dit-elle en feuilletant le journal qu’elle fait semblant de lire, quelle chance que Georges-Henri ait accepté de donner un jour de congé à cette brave Ernestine!
A quoi ça tient, tout de même, la réussite d’une entreprise, tous ces détails à ajuster, tout ce puzzle à mettre en place…
Elle soupire.
A cette heure, Valentin doit être en train de terminer.
Elle espère qu’il n’aura rien oublié de ce qu’elle veut emporter, rien laissé traîner ni éveillé aucun soupçon.

Ah! quelle belle vie ils auront, Valentin et elle, avec les meubles et les bibelots de Georges-Henri!

***

En voyant « Le pêcheur à la ligne » de Renoir, m’est venue une question. 
Mais que peuvent-ils bien penser, l’un et l’autre. Ou l’un ou l’autre. L’une ? L’autre ? Tentez donc de pénétrer leurs pensées d’ici lundi.

P comme pas ce qu’on croit

64ème devoir de Lakevio du Goût

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Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador. 

Il s’est vite avéré que malgré ses airs de Bogart, il ne savait parler que de voitures.

Elle était comme Lauren, elle en retira qu’il n’avait que l’aspect d’un brave, avec l’entrain facile d’un commis voyageur.

***

désolée, l’idée ne m’est venue que cette nuit, à cause de l’organe abîmé de Bogart et Bacall, à force de vouloir prendre une voix « sexy »… et sans doute un peu aussi à cause de la cigarette 😉

Je vous propose de dire ce que vous inspire cette toile de Mr Vettriano.
Une histoire qui commencerait par :
« Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador. »
Et qui finirait par :
« Elle en retira qu’il n’avait que l’aspect d’un brave, avec l’entrain facile d’un commis voyageur. »

I comme il était une fois…

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Il était une fois les années nonante (1).

Il y avait une station-service à chaque coin de rue et les marques ne se battaient pas à coups de rabais: il fallait attirer le client – ou sa femme, ou ses enfants – en offrant des cadeaux.

Et des publicités télévisées rigolotes.

***

(1) en belge dans le texte

Merci à Monsieur le Goût pour son 63e devoir de Lakevio du Goût:

Hopper avait-il quelque prescience de ce qui nous arrive ? Que pouvait-il imaginer en peignant ce carrefour vide ? En avez-vous une idée ? D’ici lundi vous l’aurez écrit j’espère.

C comme chanter sous la pluie

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Le crépuscule teignait les arbres et le trottoir de violet.

C’était du plus bel effet mais personne n’en profitait: la rue était vide et lui, entre le bord abaissé du capuchon de sa veste de cuir et le bord du masque, ne voyait qu’à peine devant lui.
Même pas assez pour éviter les flaques.

Le cou enfoncé dans les épaules, il marchait d’un bon pas, le pantalon déjà complètement mouillé et les chaussures prenant l’eau.

Quelle importance? Il allait sonner au numéro 65, la porte s’ouvrirait, il monterait trois étages et déballerait le contenu du sac au dos.

Et du sachet rose.

Il serait bien reçu 🙂

***

Merci à Monsieur le Goût pour son 62e devoir de Lakevio du Goût:

C’est la rentrée… Eh oui ! Alors, pour commencer « le deuxième trimestre » si important, celui qui décide de la classe que vous rejoindrez l’an prochain je vous propose cette aquarelle de John Salminen. Parlez-moi de ce lieu, de cet homme, de ce que vous pensez. À lundi.

L comme L’heure, c’est l’heure

61ème devoir de Lakevio du Goût

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Allons bergers partons tous
L’heure nous appelle.
Couvre-feu! on met les pouces!
Faites pas les rebelles.

Une amende c’est bien lourd
Pour se geler dans ce faubourg.
Courons z’au z’au z’au
Courons plus plus plus
Courons au plus vite.
Écourtons la visite.

C’est de saison et Rembrandt, qui savait sûrement qu’on resterait coincé pour Noël avait déjà prévu de bafouer les consignes en matière de « gestes barrière ».
La preuve.
Néanmoins, pour ce dernier devoir du premier trimestre de l’année scolaire 2020-2021, une histoire sur le fameux et si peu suivi « message de Noël » serait bienvenue.

En 7 phrases

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En rentrant dans l’appartement, elle l’a tout de suite vu.
Alors elle a jeté le sac et l’écharpe pour se précipiter à la cuisine.
Et vite, vite remettre de l’eau dans le vase.

– Pourquoi tu laisses ces fleurs mourir de soif? demande-t-elle à sa mère.
– Oh! elles sont déjà presque fichues! Et demain, c’est le jour des poubelles, alors…

Depuis ce jour-là, elle ne lui offre plus que des chocolats 🙂

***

Merci à Monsieur le Goût pour ce 60e devoir de Lakevio du Goût:

D’après vous, que font cette tasse et ce sac, abandonnés là, comme si la hâte avait saisi sa propriétaire ? Vous aurez bien une idée d’ici lundi, non ? Cette toile d’Adeline Goldminc-Tronzo devrait vous inspirer.