R comme retour au musée

 

 

Deux jours à Ostende, c’est aussi l’occasion de remettre timidement les pieds dans une expo, comme celle organisée régulièrement à la maison Spilliaert.

L’occasion de voir chaque fois d’autres œuvres, dont la plupart proviennent de collections privées, offrant ainsi une occasion unique de les admirer. Comme celle-ci, des Baigneuses dans le parc, une aquarelle de 1920. Aux couleurs et au sujet infiniment plus frivoles que ce qu’on a l’habitude de voir chez l’ami Léon 😉

L’expo en cours devait normalement ouvrir le 15 mars dernier, pile au moment où toute la vie sociale et culturelle a pris fin pour trois mois, et se terminer le 7 juin, pile au moment où les activités reprennent tout doucement.

Elle a heureusement pu être reportée et l’Adrienne était là, à l’ouverture de la porte, à onze heures du matin… avec seulement deux autres personnes, masques et gel y compris 😉

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Toute l’info sur l’expo ici et un beau catalogue avec info et quelques autres œuvres peu connues ici.

M comme maillot

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Elle a pris le premier train du matin. Avec de trop nombreux bagages pour trois jours de villégiature à la mer et aux pieds des chaussures dont elle sait pourtant qu’elles lui font mal.

Mais ce n’est pas à quarante ans qu’elle va abandonner son souci d’élégance. Voyez la savante coiffure crantée qui a coûté une grosse demi-heure d’efforts à sa coiffeuse, hier soir, et qui l’a empêchée de bien dormir cette nuit, de peur de l’abîmer!

Quand elle est arrivée à l’hôtel, elle était épuisée par le voyage. Deux correspondances. Deux lourdes valises. Et quelle idée de s’être chargée d’un volume si épais! Comme si elle pouvait en venir à bout en trois jours! Il doit bien peser un kilo, lui aussi. Deux mille cinq cent quatre-vint-dix-huit pages…

Enfilons vite ce maillot, se dit-elle, et allons à la plage.

Il ne fallait même pas ouvrir les valises: elle l’avait rangé dans une poche latérale.

Et pourtant…

Et pourtant, la plage, elle ne l’a pas vue.

Car au moment où elle était enfin prête, dans son maillot neuf, l’orage, un de ces gros orages d’été a éclaté.

Alors elle s’est affalée tristement sur le bord du lit… allait-elle rester là, à lire les Misérables, ou bousiller sa belle coiffure en sortant se baigner sous la pluie?

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Texte écrit pour le 43e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie, selon les consignes suivantes:

J’aime Hopper et son génie de l’étrangeté de la banalité. « Hotel Room » me le démontre et me pose la question : Que fait-elle donc, si peu vêtue, assise l’air si peu intéressé par son livre ? J’entrevois plusieurs cas. Et vous ? Qu’en aurez-vous dit lundi ?

Elle m’a fait penser à ces belles dames bien coiffées qui réussissent à nager en gardant la tête parfaitement au-dessus de l’eau et se mouillent à peine la nuque pour ne pas gâcher leur mise en plis 🙂

M comme maillot et M comme misérable(s) 😉

 

F comme fallait pas

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Alice est dans la serre pour tuteurer ses tomates. Pulvériser une décoction d’ail sur ses poivrons. Pas de mildiou, cette année, ni sur les tomates, ni sur les aubergines… c’est peut-être grâce à ces deux ou trois vitres brisées. L’air circule bien et la température reste bonne.

Alice passe beaucoup de temps dans sa serre. Les voisins ne s’en étonnent pas. C’est du travail, tous ces légumes. Parfois Alice en partage quelques-uns autour d’elle. Ça fait toujours plaisir, même si on se récrie « ô! fallait pas! ».

Et ça permet de faire une causette.

Ne croyez pas qu’il ne se passe rien dans ces belles rues aux grandes maisons et aux beaux jardins.

Ainsi par exemple, ce dont tout le monde parle en ce moment, ce sont ces lettres anonymes qui sont arrivées chez quelques personnes. Alice n’en a pas reçu, mais – dit-elle – ça ne saurait tarder, il n’y a pas de raison qu’elle y échappe, n’est-ce pas!

Alice se sent bien dans sa serre. Elle voit et entend beaucoup de choses. A ça aussi ils sont utiles, les deux ou trois trous à cause des vitres brisées.

Les gens parlent, vont, viennent.
Alice a tout vu, tout entendu.
Celui qui va au bout de son jardin pour téléphoner. Celle qui… Ceux qui…
Elle a tout retenu, tout recoupé, c’est comme un puzzle.
Mais en plus excitant.

Alors le soir, pour jouer au corbeau, ce n’est pas la matière qui lui manque…

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Merci à Monsieur le Goût pour ce 42e devoir de Lakevio du Goût: Qui est-elle ?
Existe-t-elle ? Que fait elle là ? À vous de le dire lundi…

Premier juin

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Nadège, comme dirait son père, elle n’a pas inventé le fil à couper le beurre.

Mais elle a des jambes magnifiques.

Et c’est là qu’elle peut s’avérer utile, surtout si vous lui mettez sa petite robe jaune, celle avec les épaules dénudées. 

Vous l’emmenez à votre partie de golf.

Vous lui montrez où elle doit se tenir.

Et sur un signe convenu, elle soulève sa petite robe, esquisse une élégante pirouette… 

Nadège, ses jolies jambes et sa petite robe jaune, on n’a rien trouvé de mieux pour déconcentrer l’adversaire au moment suprême.

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Merci à Monsieur Le Goût pour ce 41e devoir de Lakevio du Goût:

Je suis sûr que comme vous le soupçonnez à regarder cette toile de Sir John Lavery, le plus grand danger du golf reste le coup de « put »… Vous direz lundi ce que vous pensez de la partie qui se joue sur cette toile…

U comme un homme et une femme

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On se serait presque cru à un enterrement, toutes les femmes étaient en noir. Pourquoi s’imagine-t-on plus élégante en noir? Mystère! Seuls les grands décolletés prouvaient que l’occasion était festive.

Robert avait rejoint Marlène sur la causeuse, et visiblement elle aurait préféré quelqu’un d’autre. Elle le toisait tout en réchauffant son porto dans la main. C’est un des nombreux points sur lesquels elle n’était pas d’accord avec Marc. Depuis qu’il suivait des cours d’œnologie, il ne prétendait plus servir le porto qu’entre 10 et 14°. Mais quitter Marc pour commencer une histoire avec Robert? Il ne pouvait en être question!

Il y avait même un peu de commisération dans ce regard qu’elle portait sur lui, et sur ce verre qu’il penchait dangereusement. Il va finir par verser son xérès sur son pantalon, se dit-elle. Qu’était-il en train de lui raconter? Elle avait complètement perdu le fil…

Mais là, juste derrière lui, assise sur le tabouret du piano, il y avait Sibylle.

Ah! Sibylle!
Ses courbes, ses bouclettes, son joli rire…

Il serait peut-être temps de suivre sa véritable inclination.

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écrit pour le 40e devoir de Lakevio du Goût – merci Monsieur Le Goût! – avec la consigne suivante: 

Mais que diable peut-il bien lui raconter ? Où veut-il en venir. Qu’attend-elle ? Que pense-t-elle de sa ballade ? À l’instant je n’en sais rien. Grâce à vous j’espère en savoir plus lundi sur ce que vous inspire cette toile d’Aldo Balding.

Et vu que dernièrement c’était la journée lgtb, l’inspiration était toute trouvée 🙂

P comme physique

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Elle entrouvre la porte de son cagi-bibi et se tourne vers sa fille qui s’apprête à sortir:

– Mets tomenteux et tes gants fourrés, il fait frisquet ce matin!

– Frisquet? avec ce ciel tout bleu et ce grand soleil?

– Ah! ce n’est pas parce qu’il n’y a aucun nuage qu’il fait tout de suite nyctanthe degrés, ma petite! Allez, fais ce que je te dis! Gypaète toujours raison, peut-être?

– Si, maman, si… Mais arrête de te faire du nourrain pour moi, je suis une grande fille!

Elle fait la moue, la grande fille, et fronce le trait noir qui lui sert de sourcil. Elle avait justement envie de légèreté et de robe à fleurs… Tant pis.

Sa mère la regarde s’éloigner.

Ah! quelle belle plante! soupire-t-elle.

Ah! se dit-elle pour la millième fois, j’ai bien fait! J’ai vraiment bien fait de choisir Auguste pour l’alimentaire et Ernest pour la procréation.

Quelle belle plante!

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Ecrit à la façon de Jean Tardieu – Un mot pour un autre – pour le 39e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie, avec cette consigne: Cette femme attend, mélancolique. À quoi pense-t-elle ? Dans votre histoire il y aura ces dix mots : Bibi – Légèreté – Trait – Tomenteux – Envie – Nourrain – Gypaète – Nyctanthe – Physique – Nuage.

I comme instantané

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Ils allaient du côté de la prairie, là où le vent de la mer garde le paysage libre des fumées des manufactures.

Non pas qu’ils aient conscience de la relative pureté de l’air ni de son importance pour la santé. Mais ils y étaient à l’aise, relativement seuls.

Les mères n’aimaient pas trop qu’ils traînent de ce côté-là, à cause de la falaise.

Il y avait déjà eu des accidents, des glissades fatales, des chutes malencontreuses qu’on se racontait dans les familles pour en avertir les petits enfants.

« Un malheur est si vite arrivé », disait la mère de Tom, et elle savait de quoi elle parlait.

Mais Tom s’en inquiétait fort peu, d’être la prochaine victime d’un coup du sort pour les siens, et c’est toujours lui qui tournait le dos au précipice, se tenait au bord du bord, faisait fi du danger.

En bas, la mer roulait ses vagues, sur le sentier, George roulait sa bille entre ses doigts sans se décider à la lancer. Puis il gronda:

– Enlève-toi de là, Tom! Tu te tiens trop près des billes!

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Texte écrit pour le 38e devoir de Lakevio du Goût. Merci!

En cherchant chez Harold Harvey une œuvre qui au moins m’inspirerait pour le « devoir de Lakevio du Goût », j’ai vu celle-ci. Elle a immédiatement attiré mon attention car elle est liée à un souvenir qui aujourd’hui me fait sourire mais qui m’a terriblement mortifié et frustré quand est survenu l’évènement. Je suppose que vous aussi aurez quelque histoire à raconter à propos d’enfants, de jeu de billes ou simplement de campagne…

W comme William

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La dernière fois que j’ai rencontré William, c’était à la réception de nouvel an.

Il était comme d’habitude fort entouré, fort recherché, et Marina ne pouvait détacher ses yeux de lui.

Marina, en janvier, avait le ventre encore tout plat mais elle gardait la main dessus et tenait bien en évidence son jus d’orange dans l’autre, comme pour clamer à la face du monde qu’elle était enceinte.

Il est vrai que William ne passe pas inaperçu dans ce genre de réunion, comme partout ailleurs, en fait. On ne peut que le remarquer. D’abord par sa haute taille, ensuite par son look. Ça a toujours été comme ça.

Ce soir-là par exemple, il avait des lunettes noires. Or, si on connaît William, on sait que ce n’est pas pour cacher un œil amoché. A mon avis, ça lui a surtout permis d’observer les autres tout en faisant semblant d’écouter ce qu’on lui raconte.

Je suis passé plusieurs fois avec mon plateau pour lui proposer un verre de champagne, qu’il a chaque fois refusé d’un geste hautain. Je suppose qu’il avait vu l’étiquette des bouteilles.

En tout cas, ce qui m’a bien fait rigoler, c’est de voir chez lui ce même début de calvitie dont il se moquait tant chez moi, quand j’ai commencé à perdre mes cheveux, sur les deux côtés du front.

Ce n’est que justice! me suis-je dit.

Et puis, c’est bien normal, finalement, puisque nous sommes frères.

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Tableau et consignes de ce 36e devoir de Lakevio du Goût – merci Monsieur Le Goût!:

La soirée est agréable.
Trois hommes et une femme semblent passionnés par leur conversation.
Sur quoi peut-elle bien porter ?
Racontez donc cette conversation et les répliques qu’elle vous a inspirées.

E comme Escono!

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Dans un billet du 2 avril, Alessandro Gilioli répond à la question posée dans son titre: Perché i vecchi escono? Pourquoi les vieux sortent-ils?

A lui ainsi qu’à ses amis et connaissances, il semble qu’il y ait surtout « des vieux » dans les rues italiennes. « Des vieux » sans but précis, sans l’excuse d’un chien ou d’une course à faire.

Pourquoi?

A cause de la solitude ou du (trop) petit espace de vie? Par manque de connexions et autres joies d’internet? Parce qu’ils tiennent à leur journal papier quotidien et ont ainsi l’excuse de se rendre au kiosque?

Selon lui, ce serait parce qu’ils sont vieux, précisément, et ne se verraient plus aucun avenir dans lequel se projeter. Ils n’ont que le passé et le présent, dit l’auteur, alors ils ne veulent pas qu’on le leur vole, ce présent.

Et c’est là que l’Adrienne n’est pas du tout d’accord!

Tous les « vieux » qu’elle connaît – non, pas seulement sa mère 😉 – n’estiment pas leur vie terminée et prennent toutes les précautions nécessaires.

Même s’ils aiment sortir pour une petite balade quotidienne: c’est précisément parce qu’ils misent sur le futur et veulent garder la forme.

Pas parce qu’ils s’ennuient faute de N*tfl*x.

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Merci à Monsieur le Goût pour ce 33e devoir de Lakévio du Goût: Peu de monde, très peu de monde dans cette rue qui descend du Sacré-Cœur vers la place Saint-Pierre. Je peux vous le dire, lectrices chéries, cette rue faite d’escaliers est la rue Paul Albert. Mais où va cette femme qui les descend sous la pluie ? Quel devoir ou quelle aventure la mène ? Qu’est-ce qui la pousse à sortir alors que, dans tout le pays, chacun est appelé à rester chez soi ? Si vous avez une idée, nous la lirons tous avec plaisir, intérêt ou le cœur serré, c’est selon. Mais nous la lirons lundi puisque désormais, c’est « l’école à la maison »…