L comme Louise et Xavier

18-11-02 (5)

L’Ostendais Xavier Tricot peut se vanter d’avoir été très ami avec Louise Bourgeois, jusqu’à la mort de celle-ci.

En 2006 il lui a consacré une expo pour son 95e anniversaire, Un salon pour Louise Bourgeois. Il y confrontait des oeuvres de l’artiste franco-américaine à d’autres qu’elle avait choisies, pour ses affinités ou son admiration envers leur auteur.

Au fil de ces longues années d’amitié, Xavier Tricot a ainsi pu collectionner un nombre d’oeuvres de Louise Bourgeois, comme celles avec des messages d’amitié, des questions ‘existentielles’ et autres clins d’œil qu’elle lui envoyait pour ses anniversaires ou avec ses vœux de nouvel an. 

Toutes ces oeuvres ainsi que le reste de sa vaste collection, Xavier Tricot les a léguées au musée de sa ville qui en expose une partie en ce moment aux Venetiaanse Gaanderijen.

L’expo est ouverte jusqu’au 20 janvier 2019 et gratuite mais les photos sont interdites. On m’a permis de prendre celle-ci, où on voit Xavier Tricot dans la maison de James Ensor à Ostende. Elle se trouve en ouverture de l’expo et est l’oeuvre du photographe Henri Cartier-Bresson, comme on peut le voir dans sa dédicace.

Publicités

M comme météo

lakévio116

Ce n’est pas parce qu’on est promeneuse de chien qu’on doit manquer de style. Aussi, chaque fois qu’elle sort Blacky, Sally veille à sa propre toilette, y compris les gants et la pochette assortie.

Blacky étant lui-même un chien très Upper East Side, il a toujours la laisse et le collier dans les tons choisis par Sally, comme aujourd’hui ce vert émeraude.

Une chance, se dit Sally en passant devant l’hôtel The Mark, que ma patronne soit une dame qui a du goût, aussi bien pour ses vêtements et accessoires que pour son chien.

Car ses lectures et ses séances au cinéma la portent à croire qu’à force de se promener dans les beaux quartiers, vêtue avec élégance et accompagnée d’un chien sortant de chez le coiffeur, elle finira par rencontrer ‘la bonne personne’. Un homme qui aura la trentaine, du goût et un appartement avec vue sur Central Park.

Quelle surprise, ce lundi d’octobre, de se trouver presque nez à nez avec sa patronne! Sally en est toute saisie! Par bonheur, Blacky fixait une congénère et était pressé de poursuivre la promenade. Sa patronne est passée sans les remarquer: la pluie opportune, l’homme et le taxi requéraient toute son attention.

Mais quelle frayeur, quelle horreur et la fin de tous ses espoirs si sa patronne l’avait vue porter son imperméable rose, sa pochette émeraude, ses gants assortis et même ses escarpins!

Jamais plus Sally ne retrouverait un aussi bon job, si elle avait le malheur de le perdre. Non seulement sa patronne et elle ont du bon goût et la même taille mais aussi la même pointure.

***

photo et consignes chez Lakévio qui demandait de ne pas écrire d’histoire de mari, maîtresse ou amant, ce que je n’avais de toute façon pas l’intention de faire 🙂

P comme pentimenti

ensor cabine de bain

C’est un tout petit tableau, il ne fait qu’à peine 22 cm sur 17, son support n’est qu’un simple carton et non une toile, c’est une des premières oeuvres de James Ensor.

Nous sommes en juillet 1876, l’artiste est né en avril 1860, il n’a donc que 16 ans quand il peint cette cabine de plage.

Il me semble qu’on ne peut qu’admirer la maîtrise qu’il a déjà de la lumière et des couleurs du ciel, du sable et de la mer. Si j’avais un appartement à Ostende, c’est ce genre de reproduction que j’accrocherais au mur, et ces couleurs-là que je choisirais pour la déco. Ce en quoi je ne serais sûrement pas très originale 🙂

C’est à propos de cette petite oeuvre que j’ai revu un mot que je n’avais plus entendu depuis longtemps, pentimento, pentimenti au pluriel. Il signifie regret, repentir, remords, dans son sens courant et en peinture il s’emploie pour désigner cette sorte de retouche effectuée par le peintre qui change d’idée en cours de réalisation. On repeint par-dessus le vase, le modèle ou un détail du tableau pour le déplacer, le changer ou le faire disparaître.

Mais bien sûr, pour les amis de Mozart, le mot pentimento ne peut que faire penser au « Pentiti, scellerato! Pentiti!« , repens-toi, scélérat, adressé par le Commandeur à don Giovanni (vers 4’28 »)

E comme Ensor

18-08-18 (4)

« Une étrange justesse de vision s’émanait de cette oeuvre suggestive des silences de la maison, des douceurs, de la causerie, des molles détentes d’un mutuel abandon, dans la paix d’une chambre close où la filtration du jour extérieur, bluté à travers des rideaux, émettait comme un fin poudroiement de clarté. »

Voilà ce qu’écrit Camille Lemonnier en 1887 à propos de ce tableau de James Ensor, Après-midi à Ostende (1881), photographié en août dernier au Mu.Zee d’Ostende.

J’aime quand les écrivains parlent de tableaux qu’ils ont aimés 🙂

Ci-dessous, le Salon bourgeois de la même année 1881 me semble presque encore mieux convenir à la description faite par Camille Lemonnier, mais peut-être est-ce tout simplement parce que la photo est d’un peu meilleure qualité…

18-08-18 (5)

B comme bonjour!

lakévio110

Juillet et août semblent éternels

Quand on s’ennuie sur une plage,

Qu’on fait des siestes sous l’ombrelle

Ou qu’on peaufine son bronzage.

Mais quand on change de manuel,

Quand le jardin devient bocage,

Le bureau un souk, un bordel,

L’école le seul paysage,

Au milieu des congés annuels,

Elle frise le surmenage.

***

Dizain en octosyllabes écrit pour le devoir de Lakévio qui demandait des rimes croisées en -el et en -age.

Comme le premier septembre tombait un samedi, c’est ce matin que les petits Belges reprennent le chemin de l’école.

T comme Telmo & Miel

 18-08-18 (12)

Ostende, Nieuwpoortsesteenweg, un beau « mural » de Telmo et Miel, un duo Hollandais.

L’Adrienne ayant incidemment appris que le peintre Léon Spilliaert est enterré à la Stuiverstraat, elle a marché des tas de kilomètres, trouvé un énorme cimetière, arpenté quelques allées de tombes du début des années 50 et a fini par trouver celle qu’elle cherchait.

Plus, en cours de route, encore quelques beaux murs peints.

18-08-18 (17)

Autoportrait du Belge Matthew Dawn avec la couronne en papier pour se moquer de la très relative notoriété acquise en peu de temps grâce à son art.

 

P comme plancher et Picomtal

plancher de j

C’est en s’extasiant sur les beautés de ce tableau de Caillebotte que l’Adrienne est tombée sur un bouquin qui l’utilise pour sa couverture. Du moins en partie, puisqu’il y a trois « raboteurs » de plancher sur le tableau.

Ainsi, de fil en aiguille, elle tombe sur une de ces merveilleuses actions du hasard: un historien en vacances arrive dans une maison d’hôtes dont on a refait une partie du parquet. Et sous certaines lattes, on a découvert des bouts de planches sur lesquelles le menuisier de l’époque (1880-81) a écrit une ou deux phrases. On en a trouvé ainsi 72.

Ça peut sembler peu, 72 phrases, pour en extraire un récit de vie de tout un village mais ça a suffi, grâce aux noms, aux dates, à un tas de sources vérifiables.

Comme l’explique l’auteur dans sa conférence (en lien ci-dessous), Joachim Martin, le menuisier de 1880, écrit en toute franchise une sorte de testament sur sa vie: il sait qu’il ne sera lu que dans une centaine d’années, quand il faudra refaire le plancher, et que tous ceux qu’ils mentionnent seront morts. Comme lui-même, d’où la phrase clé mise en couverture du livre.

Vidéo de la conférence donnée par l’historien à l’Ecole nationale des Chartes. Je cite:

Les écrits laissés par les gens du peuple sont rares, d’où l’intérêt de cette source totalement inédite, que constituent les 72 phrases laissées par un menuisier des Hautes-Alpes sous le plancher qu’il était en train de poser au château de Picomtal en 1880-1881. Une fois les phrases transcrites, l’enquête a pu commencer. Elle a révélé qui était le personnage qui avait ainsi voulu livrer son témoignage à la postérité, mais aussi dans quel environnement il évoluait. Sachant qu’il ne sera pas lu avant cent ans, il se livre et n’épargne personne dans le village, offrant une peinture acérée des mœurs de son temps. Conférence de Jacques-Olivier Boudon, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université, donnée à l’École des chartes, le 19 mars 2018, dans le cadre du cycle «Les grandes voix». 

Photo et plus d’info sur le site de la maison d’édition Belin.

S’il est vrai qu’un plancher n’a qu’une durée de vie de cent ans, conclut l’Adrienne, celui de l’étage devra être refait en 2022. Qui sait ce qui s’y trouvera 🙂