V comme vérité

91ème devoir de Lakevio du Gout

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J’écrirai des poèmes
pour dire que le feu brûle
et que le chien s’endort

je dirai qu’il fait beau
que la joie est dans le silence autour de nous
le bonheur à portée de la main

il ne faut pas avoir peur des mots
il faut savoir
que la pomme est douce partagée en deux

et dire oui du fond des mains
à la colline aux arbres aux chemins
à ces doigts qui m’apprennent patiemment
à écrire la vérité.

Jean Brianes, Poèmes I, 1964, in Poèmes et poèmes, éd. Flammarion, 2012, p. 45.

***

merci à Monsieur le Goût pour son tableau et ses consignes:

Cette toile de Peter Mǿnk Mǿnsted, parfaitement de saison, me semble montrer une entreprise courante. On dirait bien une invitation au bal, peut-être une demande en mariage. Qu’en pensez-vous ? Qu’en dites-vous ? À lundi, si vous n’êtes pas sur une plage quelconque pleine d’eau, de sable, de monde et de cris. Bref, là où il est impossible de penser à quoi que ce soit d’autre qu’à la chance qu’a eue Siméon le Stylite…

Question existentielle

90ème devoir de Lakevio du Goût.

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Vous aviez vingt-cinq ans et vous aviez trouvé la maison de vos rêves: une petite bâtisse juste bonne à abattre – mais ça, vous ne le saviez pas encore – au milieu de nulle part.
Oui, même dans la Flandre bétonnée, ça existe encore.

Un sentier bordé d’hémérocalles menait au bosquet, des noisetiers ombrageaient idéalement la pelouse, un grand pommier offrait ses fruits.
Vous aviez trouvé votre paradis.

L’intérieur aussi, pourtant plus que vétuste, vous enchantait, avec ses boiseries, ses carrelages usés et un grand âtre où vous projetiez de faire de belles grillades.
Souvent vous avez été heureux de l’avoir, par un matin frais ou une froide soirée d’entre-saison.

Dix ans plus tard, cette maison construite de ses propres mains par un ancien combattant de 14-18 pour y loger sa future épouse, ne tenait plus debout que par habitude.
Vous avez dû vous résoudre à passer du charme de l’authentique à la solidité du moderne.
Bien isolé et avec un minimum d’éléments polluants.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que vous vous êtes séparés de l’âtre, mais il vous fallait rester logique avec vos convictions.

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne:

Vous aimez les cheminées ? Vous aimez l’odeur du bois qui brûle ? Vous aimez les flammes dansantes quand elles sont la seule source de lumière de la pièce ?
Vous aimez tout cela ? Ou pas dut tout… Alors dites ce que vous inspire cette toile de Childe Hassam qui vous rappelle ce que vous aimez ou détestez. Ou ce qu’elle ne vous inspire pas.

D comme découvertes

88ème Devoir de Lakevio du Goût.

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Souvent Mme de B*** se disait qu’elle devrait mettre de l’ordre dans ses papiers.

A commencer par les vieilles photos de famille et le courrier échangé entre ses parents à l’époque de leurs fiançailles.
Mettre des noms et des dates au verso des photos, établir un arbre généalogique…

Chaque fois qu’elle s’y mettait, elle n’arrivait pas à terminer la tâche: trop de photos étalées, la table à débarrasser pour l’heure du repas et cet « à quoi bon » qui la prenait parfois: tout ça n’intéressait pas ses deux fils et elle se demandait lequel de ses quatre petits-enfants serait prêt à accueillir les archives familiales.
Aucun des deux garçons, ça, elle en était sûre.

Elle sortit du placard de sa chambre la boite à chaussures où étaient classés le courrier et les photo de l’oncle Joseph. Un oncle de sa mère, celui qui l’avait toujours fait rêver d’Amérique.

Né en 1883 et parti tout jeune au-delà de l’océan d’où il envoyait régulièrement une photo pour montrer à sa famille qu’il allait bien: ces photos avaient fasciné au moins trois générations, pour diverses raisons.

D’abord pour les audaces vestimentaires des Américaines. Comme celle-ci, qui date de 1913 et où on voit la jeune femme qui n’hésite pas à montrer ses genoux. En 1913, en Europe, les dames portent encore des robes jusqu’à terre. Même à la plage.

Mme de B*** possède un cliché pris vingt ans plus tard à la côte belge, où on voit sa mère en long maillot rayé.
Et les hommes, exactement comme l’oncle Joseph, avec le canotier, les chaussures blanches, le costume de toile claire… et la fine canne en bambou.

Par contre, malgré toutes ses recherches, un point est resté obscur: impossible de découvrir dans quel secteur, dans quelle sorte de métier ou fonction, l’oncle Joseph a gagné les sous qui lui ont permis de revenir au pays vivre de ses rentes, alors qu’il n’avait même pas quarante ans.

***

écrit en réponse à la question 20 du jeu d’Annick SB, « Mais au fait, c’est quoi votre ministère? » et pour le tableau proposé par Monsieur le Goût:

Bonne ou mauvaise nouvelle ? Qu’en pensez-vous ?

7 choses

84ème devoir de Lakevio du Goût.

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Heureusement, écrit l’Adrienne à Monsieur le Goût, qu’il y a une question concrète à laquelle répondre, parce que ce tableau n’inspire rien, si ce n’est peut-être une envie de parodier les quatre filles du docteur March 😉

« Connue dans le monde entier », dit Monsieur le Goût.
Peut-être. Mais de combien de gens?
Si l’Adrienne la connaît, c’est évidemment grâce à Apollinaire.

A seize ans, elle a voulu savoir qui était cette Marie qui avait tant fait souffrir le poète après leur rupture amoureuse.

Elle n’a pas trop aimé ces tableaux, tous un peu pareils, avec des trous noirs à la place des yeux et de vaporeuses robes aux tons pastel.

Puis l’histoire s’est répétée: si ses élèves ont entendu le nom de Marie Laurencin, c’est parce que Madame, après la lecture du Pont Mirabeau, leur racontait quel lien le poème avait avec la biographie du poète.

Longtemps elle a blâmé cette Marie d’avoir fait souffrir le pauvre Wilhelm.
Jusqu’à ce qu’elle lise quelque part que Marie s’était lassée, au bout de cinq ans, des nombreuses infidélités du poète.

***

Cette artiste est connue dans le monde entier. Parfois vue avec admiration. Parfois avec détestation. Mais vous ? Qu’avez-vous à dire de Marie Laurencin ?
Que vous laisse-t-elle comme souvenir ?

Dernièrement

83ème devoir de Lakevio du Goût.

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Samedi dernier, le miracle a finalement eu lieu.

D’abord il y avait eu la maladie.
Grave.
Le diagnostic.
Les hospitalisations.
Les chimio.
Les complications diverses.

Puis s’y était imbriquée la pandémie.
L’interdiction de se voir dans un lieu clos.
La fermeture des lieux publics.
Ni cafés, ni restaurants.

Deux années entières où il y avait toujours un obstacle.

Jusqu’à samedi dernier.

L’Adrienne et sa tantine ont enfin pu s’asseoir ensemble sur une terrasse, à l’ombre d’un parasol, prendre un café et bavarder.

La tantine a toujours mille choses à raconter… et une petite envie de vin blanc 🙂

***

Cette toile d’Aldo Balding m’a interpellé, curieux que je suis. Mais que se racontent ces deux femmes ? Attentive est l’une, certes. Mais que dit l’autre ? À lundi.

T comme trésor

82ème devoir de Lakevio du Goût

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Garée devant la fenêtre de l’Adrienne, il y avait une camionnette portant la marque d’une firme d’alarmes de sécurité.

Quelques heures plus tard, elle y était toujours: ce n’était donc pas quelqu’un venu déposer son enfant à la petite école d’en face.

– Mais qui, se demandait-elle, qui dans cette rue aux très modestes maisons ouvrières, collées les unes aux autres, où on entend quasiment respirer le voisin, où tout le monde a toujours vu tout le monde, qui pourrait ressentir le besoin d’une alarme? Qui a chez lui des trésors susceptibles d’intéresser le cambrioleur?

Elle a eu la réponse dans les minutes qui ont suivi: de l’autre côté du mur a résonné un piwiwi piwiwi piwiwi (etc ad libitum).

Les voisins, évidemment!

– Les aboiements de leurs deux chiens ne leur suffisent donc pas! a maugréé l’Adrienne.
– Et bien tu vois, a fait la Gioconda dans son cadre, moi ça me fait bien rigoler.

***

Mais pourquoi diable, sourit-elle ? Je crois que je le sais. Je n’y ai pensé que récemment mais ça me tracassait depuis si longtemps. Et vous, d’après vous ?
Pourquoi Lisa Gherardini a-t-elle cette amorce de sourire, retenu, si mystérieux que la question de la raison de ce sourire naissant traverse les siècles depuis la Renaissance ?

K comme krapoverie

Albert ce matin-là avait le teint verdâtre.
Mal dormi.
Mal réveillé.
Et en retard pour le boulot.

Il hâtait le pas tout en sachant que ça ne servirait à rien: impossible de rattraper le temps perdu.

A moins…

L’envie lui vint de prendre un de ces vélos.
Avec ça, il se faufilerait parmi le trafic, les travaux, les encombrements et arriverait, avec un peu de chance, pile-poil à l’heure.

Ne lui avait-on pas piqué un vélo, il y a bien longtemps, quand il était étudiant?
Alors?
Il avait bien droit à une petite revanche, non?
Surtout en ce cas de force majeure!

Tout en marchant le plus vite qu’il pouvait, il observait la rangée de vélos.
Trop petit.
Trop mauvais état.
Trop bien cadenassé.
Trop fille…

Bah! se résigna-t-il, tant pis.

Illustrant ainsi, en un seul début de matinée, deux fables de la Fontaine 🙂

***

texte écrit d’après cette consigne de Joe Krapov – merci à lui – proposant des aquarelles de John Salminen.

H comme haar

Il y avait comme un air de griserie dans le parc, dimanche matin. Depuis la veille, les terrasses étaient ouvertes et on voyait des gens installés sous les parasols, bien sagement espacés avec un maximum de quatre par table.

D’autres marchaient pressés, un bouquet de fleurs à la main, pour une épouse, une maman.

Bref, un air de fête.

Madame avait décidé de s’offrir un cappuccino à la terrasse d’une ancienne élève que son Bac+5 en sociologie n’avait pas empêchée de se lancer dans la reprise d’un café.
Juste avant la pandémie.
Vous comprenez donc la sympathie de Madame.

Il faisait un temps à lunettes de soleil, aussi se promenait-elle en jupette et sandalettes.
Erreur fatale.

– Tu me reconnais avec le masque? demande-t-elle à Marie, puisque ça fait tout de même une paire d’années qu’elles ne se sont plus vues.
U bent geen haar veranderd! (1) répond-elle.

Ce qui a beaucoup fait rire Madame, parce que si quelque chose a bien changé, ce sont ses cheveux, qui ont cessé d’être courts.

Le cappuccino ressemblait à un latte – avec la pandémie, Marie n’a pas eu l’occasion d’exercer ses talents de barista – mais la conversation était fort agréable.

C’est au moment de payer que Madame a compris que le temps chaud lui avait été fatal: son portefeuille et sa carte de banque étaient restés dans la poche de son manteau.

Par bonheur, il lui restait un billet de 5 €.

Sans cela, le geste de sympathie aurait dû s’appliquer en sens inverse 🙂

***

(1) littéralement, l’expression en néerlandais se traduit par « vous n’avez pas changé d’un cheveu » (haar = cheveu)

Merci à Monsieur le Goût pour ses consignes:

M. Caillebotte n’a pas peint que le pont de l’Europe, la gare Saint Lazare, des « racleurs de parquet » ou les trottoirs parisiens. Non, il a peint aussi de la verdure. Et pas que celle de sa propriété d’Yerres. Je vous soumets cette toile qui me prouve que là où je me suis promené il y a peu était beaucoup plus touffu il y a 150 ans qu’aujourd’hui. Les bancs n’ont cependant pas changé. Que vous dit cette toile ? Un souvenir de parc bien loin de celui-ci apparaît dans ma cervelle noyée dans son habituel « cafouillon » matinal…

V comme vie parisienne

78ème Devoir de Lakevio du Goût

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Quand on vient du Louvre, qu’on s’est baladé dans les Tuileries et qu’on se dirige vers le Petit Palais, on passe forcément par Concorde.

Si pour faire un peu plus court – car le touriste à Paris n’a aucun mal à faire ses dix mille pas par jour – on essaie de traverser la place de la Concorde, au lieu d’en faire tout le tour, on risque sa vie à chaque pas.

Pour ce qui est du trafic, on est mieux à Rome qu’à Paris: non pas qu’il y ait moins de voitures, mais les chauffeurs italiens ont le chic de vous laisser slalomer entre eux sans vous rendre sourds à coups de klaxon ni vous insulter en paroles et en gestes obscènes.

If you go to Rome, do as the Romans do, disait la mère de Muanza.

Ce n’est pas seulement vrai au sens figuré 😉

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Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne:

Pivoine m’a suggéré cette image. Elle l’a aimée. Je vous la soumets. Comme nombre d’entre nous, elle aime les aquarelles de John Salminen. J’espère qu’après avoir suggéré celle-ci, elle se donnera la peine de nous soumettre à son tour le fruit de ses pensées. Je vous ai quelquefois parlé de cette fontaine. Elle a retenu l’attention de John Salminen, de Pivoine et de votre serviteur qui a déjà tartiné sur le sujet. Mais à vous, que dit-elle ? Quels souvenirs vous rappelle-t-elle ? Racontez à votre tour vos pérégrinations dans le dédale de votre mémoire.

Question existentielle

77 ème Devoir de Lakevio du Goût

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Elle, ce qu’elle aime, ce sont les gens.
Les regarder vivre.
Observer leurs gestes, leurs mimiques.

Mais combien de temps peut-on faire durer un milk-shake à la banane?

Elle craint le moment où toutes les tables seront prises.
Quand le serveur aura cet air pincé pour lui signifier qu’elle abuse. Ou qu’il faut consommer davantage.

Elle, ce qu’elle aime, c’est s’installer à une terrasse pour observer les gens.

Avec du papier et des crayons.

***

Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne:

Elle fait une drôle de tête… Est-elle indécise face au menu ? Est-elle indécise sur la conduite à tenir ? Est-elle triste ou en colère ?
J’espère en savoir plus lundi. À vous de jouer !