P comme pruning shrubs

Voilà des années que l’Adrienne utilise uniquement ecosia comme moteur de recherche et qu’elle croit dans sa promesse: replanter des arbres.

Une ou deux fois au cours de ces années passées, elle a regardé ce genre de vidéo qui fait du bien.

« Pruning shrubs« , tailler les arbustes, c’est pour l’avenir de ses enfants, explique la dame, étant donné que la pluie vient à manquer et que les arbres disparaissent.

Trouver les arbustes de la bonne essence, les élaguer, les marquer pour qu’ils ne soient pas coupés mais qu’ils puissent pousser, offrir leur ombre et leur protection du sol.

Pour de meilleures récoltes maraîchères et la survie de la communauté.

M comme misogyne

L’Adrienne vient de recevoir quelques instructions concernant le voyage en Grèce et ce qui l’a un peu fâchée, c’est de lire que les femmes devront prévoir une jupe longue et un châle pour se couvrir le corps.

Entièrement.

Non, un pantalon ne suffit pas.

Et bien croyez-le ou pas, mais ça fait partie des choses qui l’énervent le plus et elle aimerait bien un jour prendre connaissance d’une religion qui ne considère pas la femme comme un être impur ou un suppôt de satan.

Elle a eu ce premier choc en 1990, dans une église roumaine, quand elle a voulu admirer l’iconostase.
Vivement retenue dans son élan par Violeta, l’amie roumaine: seuls les hommes ont le droit de s’approcher des icônes et du « sanctuaire ».
– Une femme, a-t-elle expliqué comme une chose tout à fait normale, est impure.

Bref, une burqa s’impose.

F comme fleur

C’est une fleur qui n’est pas une fleur, un ovule, une femme qui lit, le bleu de la nuit, des oiseaux dans le ciel, un vase, une libellule, une étoile au firmament… mais aussi un grillage.

Bref, c’est une illustration d’Isabel Bouttens, photographiée dans la ville de l’Adrienne, et choisie tout spécialement pour ce jour du 8 mars.

« L’art est l’ultime forme de l’espoir », a noté Gerhard Richter dans un texte pour l’expo Documenta 7 en 1982, traduit par Catherine Métais Bürhendt.
C’est la citation du mois, affichée à l’académie de musique: « Kunst is een hogere vorm van hoop« .

L’original allemand dit: « Die Kunst ist die höchste Form von Hoffnung« , l’art est la forme la plus haute/extrême d’espoir.

Question existentielle

Une blogamie lui ayant récemment offert ce livre, l’Adrienne s’est reposé une question largement débattue autrefois avec différentes personnes – directement ou indirectement concernées – sur la question du mariage mixte.

– Moi, lui avait dit S*** un jour – et ça l’avait beaucoup choquée – moi je ne veux absolument pas qu’une de mes filles épouse « un Belge ».

Elle disait « un Belge » alors qu’elle-même et tous les siens le sont, mais pour elle prime toujours leur origine tunisienne.

Selon S***, un mariage mixte, ça ne marche pas, parce que « c’est déjà bien assez difficile » entre gens de même culture.

Dans son livre, Cécile Oumhani semble lui donner raison: l’étudiante blonde épousée par Ridha, le Tunisien, se retrouve complètement déboussolée et isolée dans le pays de son mari, où elle doit rester entre les murs de sa maison, alors qu’elle a des diplômes universitaires et un grand appétit de se « rendre utile » en travaillant.

Même vécu, même échec, chez Riad Sattouf dans son excellente série autobiographique en bande dessinée, L’Arabe du futur, où on voit peu à peu le père qui se radicalise, comme on dit aujourd’hui.

D’où la question existentielle du jour: y aurait-il en littérature des exemples de mariages mixtes réussis?
Ou sont-ils tellement sans histoires qu’il est inintéressant d’en faire un livre 😉

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

F comme f…

Ils étaient dix.

Guido avait pris une chaise pour s’y installer à califourchon, comme il l’avait vu faire par son père et son grand-père, là-bas, au village.
Marcello était venu s’asseoir à terre, à côté de lui, les pieds dans la rigole.
Matteo et Alessandro l’avaient imité.
Dans ce pays où ils étaient arrivés après la guerre, on récurait même les trottoirs, leur pantalon du dimanche ne craignait rien.

Peu à peu, d’autres gars s’étaient joints à eux.
Tous avaient le même air tendu.
Ils ne se parlaient pas.
Ils attendaient.
Vêtus de propre, bien coiffés, bien rasés.
Ils arrivaient même en cette occasion à se passer de leur cigarette.

Ils scrutaient le bout de la rue, le carrefour d’où allait surgir l’autocar venu d’Italie, avec à son bord les jeunes épouses que certains, comme Guido, n’avaient plus vues depuis plus de deux ans.

***

Texte écrit pour la photo et la consigne de Filigrane, merci à elle!

E comme Être ici…

Elle a été ici. Sur la Terre et dans sa maison.

Dans sa maison on peut visiter trois pièces. Leur accès est limité par des rubans de velours rouge. Sur un chevalet, une reproduction de son dernier tableau, un bouquet de tournesols et de roses trémières.

Elle ne peignait pas que des fleurs.

Une porte peinte en gris, fermée à clef, menait à un étage où j’imaginais des fantômes. Et quand on sortait de la maison, on les voyait, Paula et Otto, les Modersohn-Becker. Pas des fantômes mais des monstres, en habit d’époque, très kitsch à la fenêtre de leur maison de morts, par-dessus la rue, par-dessus nos têtes de vivants. Un couple de mannequins de cire, d’une laideur bicéphale à la fenêtre de cette jolie maison de bois jaune.

*

L’horreur est là avec la splendeur, n’éludons pas, l’horreur de cette histoire, si une vie est une histoire : mourir à trente et un ans avec une œuvre devant soi et un bébé de dix-huit jours.

Marie Darrieussecq, Être ici est une splendeur, vie de Paula M. Becker, éd. P.O.L, 2016 (incipit)

***

source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur et premières pages à lire ici.

C’est court – ça se lit en une heure et demie à peine – c’est fort, c’est bien documenté et c’est nécessaire: qui connaît Paula Becker?

🙂

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

M comme miroir

104ème devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Goût_104.jpg

Elle cache de ses deux bras ce qu’elle ne veut pas voir.
Arrondit le dos comme pour faire rentrer en elle ce qui lui pousse là, derrière ses deux bras, et qui ne la rend pas du tout heureuse.

Il y a eu ces regards qu’elle na pas aimés.
Il y a eu ce geste, la veille, qu’elle a détesté et qui l’a dégoûtée.
Dégoûtée d’elle-même.
Un geste qui salit les petites filles.

Elle n’a que douze ans et demi mais elle sait que dorénavant, elle devra toujours, toujours, faire attention et se méfier.

***

« À quoi rêvent les jeunes filles » se demandait Alfred de Musset. Je me demande à quoi rêve celle-ci, dessinée par Norman Rockwell. Et vous ? À quoi pensez-vous en voyant son air inquiet ? Dites-le lundi…

Premiers contacts

Les premiers contacts de (la future) Madame avec les directeurs des écoles où elle a sollicité un emploi lui sont restés en travers de la gorge.

Bien calé dans son fauteuil capitonné, l’homme l’avait regardée du haut de sa toute-puissance pour lui déclarer du bout des lèvres:

– Vous êtes sûrement très compétente, mais voyez-vous, les femmes ont si souvent des problèmes de discipline, elles ont du mal à tenir une classe.

Le comble, c’est qu’il n’avait jamais pu le vérifier: son personnel était uniquement masculin.
Ce qu’elle lui a d’ailleurs fait remarquer – qu’avait-elle à perdre? Rien! et ce serait peut-être utile à la prochaine qui se présenterait.

Autre province, même topo.
Sans que le mot femme ne soit prononcé: celui-là se croyait plus malin en parlant de jeunesse ou d’inexpérience.
Mais on avait compris.

Bref, quand (la future) Madame s’est trouvée devant le directeur qui se montrait prêt à l’engager, elle a cru bon de le prévenir:

– Vous êtes bien certain que vous vous voulez engager une femme? Vous n’avez pas peur pour « la discipline »?

La tête du pauvre homme!

Elle en rit encore 🙂

***

texte inspiré par la consigne du défi du samedi où Walrus proposait le mot misogyne.

***

la photo d’illustration vient d’une expo de l’université de Gand où la première étudiante a été inscrite en 1882.

F comme femmes

71ème devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_71.jpg

C’est bien ma veine!

Juste le week-end de Pentecôte, qu’on est quatre jours à la mer, qu’il fait beau, et tout et tout!

Paf!

Moi qui aime tant me laisser porter par les vagues… jouer avec elles comme quand j’étais une gamine…

Évidemment, j’ai mes règles!

***

Le tableau proposé par Monsieur le Goût pour ce lundi m’a rappelé les histoires de ma grand-mère Adrienne et l’énorme progrès réalisé en deux ou trois générations pour rendre les règles un peu moins inconfortables pour les femmes.

***

Pourquoi cet accoutrement si différent ? Pourquoi est-elle là. Pour se baigner ? Pour s’amuser ? Pour regarder les autres ? Pour autre chose ?
Pourtant elle se distingue de tous. Pourquoi ? Si vous le savez, dites le lundi…

F comme femmes

Est-ce que les femmes doivent être nues pour entrer au Metropolitan Museum ?

Femme séductrice, déesse ou diablesse, elle ne manque pas dans nos musées et notre histoire de l’art, mais comme sujet – non comme artiste – et de préférence nue.

Telle cette Maja desnuda proposée ce lundi par Monsieur le Goût.

Les clichés sexistes sur la place des femmes dans l’art ne manquent pas, tenons-nous-en à celui-ci, qui est de Gustave Moreau et tout à fait représentatif:

« L’intrusion sérieuse de la femme dans l’art serait un désastre sans remèdeQue deviendra-t-on quand des êtres […] aussi dépourvus du véritable don imaginatif viendront apporter leur horrible jugeote artistique avec prétentions justifiées à l’appui ? » source ici.

En France, l’école des beaux-arts est devenue mixte en 1897 mais les femmes n’avaient pas accès aux ateliers ni aux concours. De plus, leurs cours étaient payants alors qu’ils étaient gratuits pour les hommes. Et seuls le portrait, le paysage ou la nature morte leur étaient autorisés.

« Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égal, et c’est tout ce que j’aurais demandé. Car je sais que je les vaux. » Berthe Morisot, 1890.

source ici.

Sophie Calle, Le Mari, 1995 (source ici)