G comme Galindo

C’est parfois par d’étranges chemins qu’on apprend des choses.

D’abord, si on s’appelle Adrienne, c’est en se trompant. Vous trouvez un livre italien signé Gioconda Belli: pas un moment vous ne soupçonnez qu’il puisse s’agir d’une traduction ni qu’avec un nom pareil l’auteur soit hispanophone.

Bref.

La pergamena della seduzione, titre original El pergamino de la seducciòn, raconte le destin de Jeanne de Castille, une de ces (trop nombreuses) femmes que les hommes de leur entourage ont traitées de ‘folles’ pour pouvoir plus aisément s’en débarrasser.

Bref.

Dans le roman apparaît le personnage (historique) de Beatriz Galindo et c’est là qu’on se dit une fois de plus qu’il faut revoir les préjugés sur la place des femmes au moyen âge.

Exclues de l’université jusqu’à la fin du 19e siècle, interdites d’apprentissage du latin, certaines ont apparemment pu faire l’exception, comme Beatriz Galindo, à l’époque charnière entre Moyen Age et Renaissance, professeur à l’université de Salamanca et si experte en latin qu’on l’appelait La Latina 🙂

H comme Halimi

C’est une chose que l’Adrienne a toujours trouvée bizarre, qu’en France une femme prenne le nom de son mari.
Sans garder trace de son nom de naissance.
Et encore plus bizarre qu’elle puisse le garder après un divorce.

C’est aussi ce qu’a vécu Gisèle Halimi, qui ne s’appelle donc pas Gisèle Halimi 😉

Mais quel destin!
Quelle femme!

Une de celles qui ont droit à toute notre reconnaissance.

***

Un bel entretien ici, avec tant de choses reconnaissables sur le vécu d’une petite fille, alors que nous ne sommes ni du même pays, ni de la même génération.

E comme Elles

Un journaliste de la presse locale interviewe le bourgmestre de la ville. Comme c’était le quatre mai, journée internationale des pompiers, il a longuement fait l’éloge du corps de pompiers.

Les éloges et les remerciements sont évidemment des exercices périlleux, on risque toujours d’oublier quelqu’un et d’en froisser d’autres.

Mais l’Adrienne ne peut s’empêcher de rapprocher cela des chiffres qu’elle venait de voir et qui concernaient ceux qui s’étaient révélés indispensables durant cette crise.

Ceux, ou plutôt celles, puisque les statistiques montraient que les caissiers sont à 90% des caissières, les aides-soignants à 90% des aides-soignantes, les infirmiers des infirmières, etc. jusqu’au personnel des garderies d’enfants et le personnel d’entretien.

Tout ça, bien sûr, on ne le sait que trop bien depuis sept ou huit semaines. Comme on sait également que ce sont les catégories les plus exposées aux risques de contamination qui sont les moins bien rémunérées et les moins bien considérées socialement.

Sauf en ce moment où on les applaudit tous les soirs.

Puis venait l’ultime question de l’interview, sur ce que serait – selon lui – l’après.

Le bourgmestre a fait un gros soupir, « ik vrees dat we snel in onze oude plooien zullen terugvallen« . Je crains qu’on ne retombe très vite dans nos anciennes habitudes.

Question existentielle

Mardi soir, l’Adrienne était en train de baguenauder sur fb quand tout à coup – floushhh! – une amie remplace sa photo de profil par une tache noire.

L’Adrienne pense évidemment tout de suite à un grand malheur, un deuil, un proche est victime du coronamachin… Mais non.

Il s’agissait d’une de ces actions qui fleurissent constamment sous diverses formes et pour des sujets diversement importants. Cette fois c’était pour lancer une alerte contre les violences faites aux femmes.

Justement ce jour-là au téléphone, l’Adrienne et une ancienne collègue devisaient à propos de la réouverture – ou non – des écoles.

Et l’argument numéro 1, pour les rouvrir, elles étaient bien d’accord là-dessus, ce ne sont pas les cours manqués, les savoirs qui ne seront pas acquis, le retard pris sur le programme… Rien de tout cela.

Mais c’est de donner un havre de paix aux enfants qui ont un parent violent à la maison.

Ce serait bien si on pouvait parler net et voir cette réalité en face.

***

Un excellent article sur le sujet ici (il parle pour la Belgique et date de novembre dernier) – c’est aussi de cet article que provient la photo d’illustration, 21 victimes entre janvier et novembre 2019. Un article parmi d’autres pour la France ici et TV5Monde ici.

N comme nom d’une pub!

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– Pour fêter ta convalescence, je te fais un clafoutis aux griottes, annonce-t-elle en se ceignant de son tablier.

On était encore à l’époque de la publicité Babette je la lie, je la fouette et l’Homme vivait dans un hôtel cinq étoiles. Il trouvait ça parfaitement normal.

C’est bien sûr au moment où elle a une couche de beurre et de farine sur les mains que sonne le téléphone.

– Tu décroches? fait-elle à l’homme en essayant de surmonter le vacarme de l’électro-ménager et de la neuvième symphonie de Beethoven réunis.

Peine perdue: voilà que le chien rentre de sa promenade avec Muanza – ou est-ce le contraire – et qu’il ajoute encore sa turbulence au tableau. Ainsi que plus de trois grains de poussière… mais l’aspirateur aussi Babette en fait ce qu’elle veut.

– Tu as l’air d’aller mieux, dit Muanza à l’homme qui gît dans le canapé. Enfin, ajoute-t-il prudemment, en comparaison d’hier.

– Je risque de survivre, soupire l’Homme, qui affectionne les expressions abstruses.

***

Ecrit pour 13 à la douzaine, que je remercie, avec les mots imposés suivants: 1 grain 2 téléphone 3 turbulence 4 couche 5 farine 6 publicité 7 abstrus 8 griotte 9 vacarme 10 rentrer 11 comparaison 12 étoile et le 13e pour le thème : convalescence

Photo de Chien Parfait encore tout jeunot mais déjà avec ses longs poils et pattes à poussières 🙂

Stupeur et tremblements

Saudische mannen en vrouwen kunnen voortaan door dezelfde deur restaurant binnenkomen

Il est de ces titres dans le journal qui vous flanquent à terre de saisissement: « Saudische mannen en vrouwen kunnen voortaan door dezelfde deur restaurant binnenkomen. » Les Saoudiens, hommes et femmes, peuvent désormais entrer au restaurant par la même porte.

Il y avait donc des portes séparées selon le sexe? se demande cette naïve d’Adrienne.

Ben oui.

Et qu’on ne se réjouisse pas trop vite: dans les bâtiments officiels – école, hôpitaux… – la ségrégation n’est pas encore abolie.

De toute façon, l’Adrienne aurait dû savoir: ce même jour elle avait une fois de plus signé une pétition d’Amnesty International pour ce genre de « délit »: 

Waleed Abu al Khair est un éminent défenseur des droits humains et avocat saoudien. Il est l’avocat du blogueur saoudien Raif Badawi. Le 6 juillet 2014, Waleed Abu al Khair a été condamné par le Tribunal pénal spécial à une peine de 15 ans de prison assortie d’une interdiction de voyager subséquente de 15 ans. Il a été jugé coupable d’avoir « désobéi au souverain et cherché à lui ôter sa légitimité », « insulté le pouvoir judiciaire et remis en cause l’intégrité des juges », « créé une organisation non autorisée », « nui à la réputation de l’État en communiquant avec des organisations internationales » et « rédigé, enregistré et envoyé des informations troublant l’ordre public ». Cette condamnation est une punition pour ses activités pacifiques de défense des droits humains.

Waleed Abu al Khair subit des actes de torture physique et psychologique en détention. Lors de son arrestation, il a été placé à l’isolement et privé de sommeil en étant constamment exposé à une lumière vive. Le 26 novembre 2019, il a été à nouveau placé à l’isolement à la prison de Dabhan à Djedda, et il est maintenant détenu au secret, sans aucun contact possible avec son avocat et ses proches, ce qui l’expose à un risque accru de torture et mauvais traitements. Il observe une grève de la faim depuis le 29 novembre pour protester contre les mauvais traitements qui lui sont infligés.

Pour ceux que ça intéresse, la suite ici.

Source de l’article et de la photo ici.

H comme hommes

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Photo de Pixabay sur Pexels.com

« Les hommes ne trouvent plus le chemin vers la classe » (Mannen vinden de weg naar de klas niet meer), titrait le journal d’hier.

L’article donnait quelques chiffres: à l’école primaire, en Flandre, 63.551 femmes sont au travail pour seulement 8.943 hommes et dans le secondaire 49.440 femmes pour 27.291 hommes.

Rien de bien nouveau, en fait, et l’Adrienne s’étonne que la presse ou la politique s’en étonnent.

De même qu’on constate, année après année, une défection des jeunes pour le métier, on le remarque encore plus du côté masculin. Il en a déjà été question ici par le passé: les rares fois où un élève de Terminale envisageait de devenir prof, il fallait d’abord en convaincre ses parents. Ce qui ne réussissait pas toujours, malheureusement.

Pas assez bien considéré, pas assez bien rémunéré: rares sont les parents qui applaudissent quand leur fils leur annonce qu’il a la vocation-prof 😉

Bref, rien n’a changé depuis ce billet de 2014, H comme humour ministériel, et on pourrait refaire le même aujourd’hui.

C’est tout de même bizarre – bizarre? vous avez dit bizarre? – que les ministres successifs n’arrivent pas à trouver comment enrayer cette évolution 😉

T comme Tyler

Il paraît que tous les livres d’Anne Tyler se déroulent au sein de familles au sens large – de celles où il y a une pièce rapportée ou comme dans celui-ci, trois enfants d’un précédent mariage du mari.

Au centre se trouve une femme, bien évidemment, ici elle s’appelle Rebecca, a cinquante-trois ans et n’est subitement pas trop contente de ce qu’elle est devenue.

Elle a abandonné ses études pour épouser un homme qui avait déjà trois petites filles et six ans plus tard elle était veuve avec quatre enfants. Maintenant que les quatre filles sont mariées et qu’elle est plusieurs fois grand-mère, elle se demande si elle a fait les bons choix.

Que serait-elle devenue si elle avait épousé son amoureux, Will, qu’elle a laissé tomber du jour au lendemain sans explications, pour épouser en quinze jours un divorcé avec trois enfants?

Elle qui aimait le calme, la lecture, les études, n’a plus ouvert un livre ni même lu un article un peu sérieux et vit entourée de gens, sans avoir une minute à elle.

Rebecca décide donc de se donner une seconde chance de « faire le bon choix » et recontacte Will, l’amoureux éconduit trente-cinq ans plus tôt…

Le livre a fait l’objet du téléfilm visible ci-dessus (2004) avec Blythe Danner, Peter Fonda, Faye Dunaway, Jack Palance… Il est extrêmement fidèle au texte, sauf sur un point: Rebecca, dans le livre, est une femme qui a un grave problème de surpoids. Mais l’actrice est mince comme un fil.

anne tylerLire le premier chapitre ici.

 

C comme challenge

lakévio110

Vous l’aurez sans doute aussi remarqué, on dit de moins en moins ‘défi’ et de plus en plus ‘challenge’ 🙂

Celui que par chez nous on propose pour le mois d’avril, c’est comme l’an dernier à la même époque « dertig dagen zonder klagen« : essayer de vivre tout un mois sans se plaindre.

Dans l’hebdo féminin que lit ma mère, on incite ces dames à un challenge maison propre et bien rangée: « en 21 jours, nous allons faire souffler un vent de fraîcheur dans votre habitat« .

D’où le choix de l’illustration qui a servi de consigne un jour chez lakévio 😉