R comme rions!

Vendredi soir, l’Adrienne était dans le petit centre culturel de sa ville, assise au second rang et bien décidée à passer une paire d’heures à une occupation très saine: rire.

C’est en tout cas ce qu’elle attendait, vu qu’il y avait au programme ce qu’on appelle en bon néerlandais unstand-up comedian‘.

Mais avant de voir la vedette, un autre avait le rôle de Marcel (1) sauf qu’il s’appelait Elias. Les présentations faites, il demande au public s’il a envie d’entendre des blagues ‘pipi-caca’ (2)

L’Adrienne, considérant que ça a peut-être pu l’intéresser vers l’âge de trois ou quatre ans (malheureusement, elle ne s’en souvient pas) et supposant que si Marcel pose une question, il aime qu’on lui réponde, l’Adrienne donc fait non de la tête.

Boudiou de boudiou! si elle avait su, elle se serait retenue et aurait fait comme tous les autres, poker face.

Voilà le Marcel qui l’agresse et ne la lâche plus jusqu’à la fin de la représentation, essayant de faire rire la salle à ses dépens, lui demandant si le caca lui pose problème, comment était son caca du matin, s’étonnant que la question ne la fasse pas rire, etc., etc.

Jusqu’à sa dernière phrase avant de laisser la place au comique pour lequel on était venu.

Bref, il s’en est fallu de peu que l’Adrienne quitte la salle mais vu qu’elle est du genre tenace, elle a préféré attendre que ce soit le Marcel qui s’en aille 😉

***

(1) vous savez bien: chauffe, Marcel chauffe! écoutez Vesoul 🙂

(2) en bon néerlandais: « als jullie het goed vinden, zal ik nu wat pipi-kakamoppen vertellen »

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P comme prétentieux

Ça ne rate jamais: vous lisez ou entendez ‘prétentieux’ et vous pensez ‘ne me parle pas de Grenoble’.

Zézette m’apporte des oranges, les poulets c’est moi qui les surveille et ma Viva Sport 37 améliorée 39 fait du 210 pour rentrer à Marseille…

Si vous poursuivez le jeu d’association d’idées, ‘assiette’ mène à Prévert (parce qu’ils ont leur assiette derrière la tête), ‘buvard’ à Bouvard, ‘apostrophe’ à Pivot et ‘opéra’ à la Castafiore.

Quand en classe vous utilisez le mot ‘multiplication’, vous ne manquez jamais d’ajouter mentalement ‘des pains et des poissons’, à tel point que vous craignez qu’un jour vous le direz à voix haute.

‘Trier’ c’est pour les lentilles, la chose la plus fastidieuse que vous ayez faite de votre vie – sans compter la lourde responsabilité si quelqu’un se cassait une dent sur un minuscule caillou qui vous aurait échappé – pensum auquel vous avez dû vous soumettre lors d’un séjour dans la zone d’origine contrôlée de la lentille verte du Puy.

Et puis, vu que c’est la saison, ‘renifler’ vous fait penser au petit cousin qui avait tout le temps des rhumes mais qui, à cinq ans, ne savait pas encore se moucher le nez: on lui disait ‘souffle!’ et il soufflait par la bouche, évidemment. Il souffle comme une forge, disait le père. Au fait, ‘pression’ est pour le père, ce n’est pas un mot qui fait penser au travail ni au stress, mais à la bière, que le père refusait si elle sortait d’une bouteille.

‘Écharpe’, bien sûr, c’est pour grand-mère Adrienne. Sa grande étole de laine, on l’a portée si longtemps qu’on a fini par l’user et la trouer, ce qui a bien fait plaisir à la mère:

« Tu vas enfin pouvoir jeter cette horreur! »

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: 1 assiette 2 buvard 3 apostrophe 4 écharpe 5 trier 6 renifler 7 opéra 8 multiplication 9 prétentieux 10 pression 11 option 12 forge et le 13e pour le thème : saison

G comme gabegie

Le père chante dans une chorale de copains, ce qui signifie, selon la mère, qu’il ne suit la messe que de très loin, là-haut dans le jubé, où – elle en est sûre – il préfère papoter avec l’organiste plutôt qu’écouter le sermon du curé. 

– Mais qu’est-ce que tu en sais, répond-il en haussant les épaules.

– Je le sais parce que je vous entends! On vous entend bavarder jusqu’en bas!

– Ça, dit le père, c’est José.

C’est vrai que l’ami José a une voix de stentor, alors que le père maîtrise l’art du chuchotement.

Deux ou trois dimanches dans l’année, le père est obligé de suivre la messe sans les copains: c’est quand la famille est en vacances au camping en France. Ces matins-là, le père, la mère, le fils et la fille sont toujours parmi les premiers arrivés et si assidument présents dans les premiers rangs, année après année, que le curé de la paroisse a demandé à la mère de bien vouloir faire la première lecture.

– Mais je suis Belge! a répondu la mère, comme s’il y avait un rapport.

– Et alors? a dit le curé, vous êtes Belge mais vous savez lire, je suppose?

Alors la mère a accepté, l’honneur de la patrie était en jeu. 

Puis quand venait le moment de la quête, le père faisait rire la fille en lui chuchotant chaque fois cette petite phrase, au moment où il lui remettait la piécette à déposer dans le panier:

– Et ne pas tout dépenser en même temps, hein!

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les mains du père, dernier chapon, dernier Noël avant la maladie

 

 

 

J comme Jean-Claude

Au dernier sommet de Davos, en 2008, à propos des phénomènes qui vont bouleverser l’humanité dans les quinze prochaines années, un futurologue interrogé proposait de n’en retenir que quatre principaux, qui lui semblaient assurés. Le premier est un baril de pétrole à 500 dollars. Le deuxième concerne l’eau, appelée à devenir un produit commercial d’échange exactement comme le pétrole. Nous connaîtrons à la Bourse un cours de l’eau. La troisième prédiction porte sur l’Afrique qui deviendra à coup sûr dans les prochaines décennies une puissance économique, ce que nous souhaitons tous.

Le quatrième phénomène, selon ce prophète professionnel, est la disparition du livre. 

Jean-Claude Carrière, in N’espérez pas vous débarrasser des livres, Entretiens avec Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, menés par Jean-Philippe de Tonnac, LdP biblio essais 2009, p.15

C’est toujours un exercice amusant, de confronter les prédictions d’un futurologue à la réalité. Par exemple le baril de pétrole, pour ceux qui aimeraient savoir, est à 69 dollars au moment de la rédaction de ce billet. Pour les autres prédictions, chacun sait ce qu’il en est.

D’ailleurs Madame fait beaucoup rire ses élèves en leur racontant comment on s’imaginait l’an 2000 quand elle avait dix ans.

L’an 2000, c’est l’année de leur naissance 🙂

Mais la palme de l’humour revient à Umberto Eco, en voici juste deux ou trois exemples:

Le livre est comme la cuiller, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux. Vous ne pouvez pas faire une cuiller qui soit mieux qu’une cuiller. Des designers tentent d’améliorer par exemple le tire-bouchon, avec des succès très mitigés, et la plupart d’ailleurs ne fonctionnent pas. Philippe Starck a essayé d’innover du côté des presse-citron, mais [il] laisse passer les pépins.

Umberto Eco, in N’espérez pas vous débarrasser des livres, Entretiens avec Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, menés par Jean-Philippe de Tonnac, LdP biblio essais 2009, p.17

carrière-eco

Merci pour ce bonheur de lecture!

source de la photo ici

O comme Oremus

défi, souvenir

Ils étaient trois amis qui à seize et dix-sept ans, possédaient déjà une vaste expérience d’enfant de chœur. Ils savaient exactement jusqu’où ils pouvaient aller « trop loin » et ne s’en privaient pas : c’était même une limite qu’ils s’amusaient à transgresser de temps en temps un brin de plus. Sans rien forcer, bien sûr, pour ne pas s’aliéner la sympathie de monsieur le curé. 

La semaine pascale offrait les occasions les plus intéressantes de se divertir, en particulier la messe du samedi soir, celle où on renouvelle ses vœux de baptême. 

Parmi les préparatifs à la sacristie – le bénitier et son goupillon, la grande croix d’argent et l’encensoir – il y avait aussi ce moment où ils procédaient à un discret tirage au sort pour décider lequel des trois aurait l’immense joie – et la grande responsabilité – de tenir le seau d’eau bénite. 

Le goupillon, une énorme brosse à longs poils noirs, même trempée légèrement dans le seau, déversait une belle ondée sur les fidèles qui restaient stoïques, tête baissée. Il suffisait de peu de choses, enfoncer un peu plus le goupillon, rehausser légèrement le seau au moment du trempage, et c’était la grosse averse. 

Le plus dur alors pour nos enfants de chœur, c’était de garder leur sérieux pendant toute la promenade dans la travée centrale, quand monsieur le curé aspergeait abondamment à gauche et à droite, et que les gens lui présentaient spontanément leur dos en rentrant la tête dans les épaules. 

Après leur passage, il y avait de belles flaques par terre et les porteurs de lunettes sortaient un grand mouchoir pour essuyer leurs verres. 

Seul celui qui marchait devant avec la lourde croix d’argent ratait ce beau spectacle et se promettait que l’an prochain, ce serait son tour de rigoler. 

*** 

écrit pour le Défi du samedi 

E comme écouvillon 

photo prise à Abbeville en novembre 2016

Z comme zlip

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Si le « zlip » ne vous dit rien, c’est que vous ne connaissez pas Cécile Hudrisier, et c’est bien dommage! 

J’aime sa façon de dessiner, j’aime ses découpages souvent minuscules, ses tableautins si précis, colorés et joyeux. 

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J’aime son savoir-faire et sa façon de nous montrer sur son blog comment elle procède, comment l’idée de l’album prend forme, comment l’album lui-même se construit, petit à petit. 

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Et je suis fan, très fan, de son humour « zlip » kiss 

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source photo 1 avec les ponchos et bonnets péruviens ici

source photo 2 l’éléphanteau cycliste ici 

source photo 3 la souricette et les pinces à linge ici 

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Ma dernière série préférée? celle de la préparation du livre de comptines pour chanter l’Afrique, où vous pourrez voir le zèbre qui joue du djembé, le léopard en sarouel et l’hyène en boubou. Adorables!