7 composantes

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Sept composantes pour le dessert du repas d’adieu (ne cherchez pas sur la photo, elle n’a rien à voir, l’Adrienne n’a pas eu la présence d’esprit de sortir son appareil lors de ce dernier événement):

* pour sa mère: bonbon à l’abricot, crémeux de chocolat blanc, ganache à l’abricot, gelée au romarin, mousse au miel, crumble à l’abricot rôti et meringue.

* pour l’Adrienne: crème de mascarpone, ganache à la pêche, crémeux au champagne, mousse à l’estragon, crumble à la pêche, verveine et atsina cress.

* enfin, un second dessert pour sa mère, vu l’importance de l’événement: mousse de fraises au fromage blanc, crémeux à la bergamote, mousse de bergamote, gelée de fraise, gelée de rhubarbe, crumble à la fraise et à la rhubarbe.

– Je n’aurai pas besoin de manger, ce soir, a conclu sa mère.

X c’est l’inconnu

Une bible bien plus ancienne que l’ouvrage signé Tante Léa  est également en possession de l’Adrienne qui ne sait plus du tout – mais alors vraiment plus du tout – comment elle est arrivée chez elle.

Elle date de 1906 et s’intitule en toute simplicité 🙂 L’Art de bien manger suivi de l’Art de choisir les vins et de les servir à table et d’un chapitre spécial, orné de figures explicatives sur le découpage. 

« Le tout recueilli et annoté par Edmond Richardin ».

On y trouve les aphorismes de Brillat-Savarin, une préface d’André Theuriet, des reproductions d’estampes expliquées par Gustave Geffroy…
Bref, vous n’avez qu’à lire la page de garde sur la photo ci-dessus et vous saurez tout 🙂 On peut même le lire en ligne sur Gallica.

Parmi les luxueux menus cités en fin de volume, voyons celui offert au prince Tenicheff (1844-1903) le premier janvier 1900 à l’Elysée Palace Hôtel

Huîtres natives.
Hors-d’oeuvre à la russe.
Crème Windsor.
Consommé Chevreuse.
Truite au bleu sauce mousseline.
Selle de chevreuil grand veneur.
Chasse royale.
Salade Palace.
Parfait de foie gras au porto.
Fonds d’artichauts au velouté.
Bombe 1900.
Corbeille de friandises.
Dessert.

L’ouvrage, en plus de son origine inconnue, ne dit pas ce qu’est la crème Windsor, le consommé Chevreuse, la chasse royale, la salade Palace… ni d’où les huîtres sont natives… justifiant ainsi triplement la place de ce billet sous le titre X c’est l’inconnu 🙂

U comme une heure et demie

Les plats du terroir, que ce soit en Belgique ou ailleurs, sont généralement de ceux qui ont besoin de mijoter longuement au coin du feu.
De ceux qu’on pouvait laisser accrochés dans l’âtre pendant qu’on allait travailler aux champs.

Ainsi en est-il des carbonnades, qui nécessitent au moins une heure et demie de cuisson. En tout cas selon Tante Léa 😉
Sur le Net on peut en trouver qui mentionnent une heure trois quarts.
Ou comme dans la vidéo ci-dessus, dans la version d’Alain Ducasse, qui la met deux heures au four.

Et qui reçoit des tas de commentaires parce que dans sa version, seule la bière est belge 😉

Ci-dessous une version plus « authentique », avec un ingrédient que certains jugent indispensable: les tranches de pain d’épices tartinées de moutarde forte.

Par contre, dans nos chaumières on ne les servait pas avec des frites, mais avec des pommes de terre nature.

T comme Tante Léa

Jour après jour, le départ définitif de la mère de l’Adrienne se prépare:

– Est-ce qu’il y a des livres de ton père qui t’intéressent? demande-t-elle.

Bien sûr qu’ils l’intéressent! Elle les prendrait bien tous, si elle avait la place pour les mettre. Mais il faut se raisonner. En prendre deux ou trois. Mettons cinq ou six et n’en parlons plus 😉

En donnant la préférence à ceux qui ont vraiment compté pour le père.

Comme celui de l’illustration, qui a dû être un de ses tout premiers achats d’homme marié: Menus et recettes de Tante Léa, paru aux éditions de la Libre Belgique en 1959.

Deux choses frappent tout de suite à la lecture de l’introduction de cette bible de plus de six cents pages.

D’abord, qu’elle s’adresse uniquement à un public féminin:

« […] notre but a été d’essayer de procurer à [nos] lectrices un recueil de conseils pratiques répondant aux mille problèmes que se posent journellement les maîtresses de maison. » (p.7)

Ensuite, que les familles étaient sans doute plus nombreuses à l’époque:

« L’indication précise des ingrédients nécessaires, chaque plat étant calculé pour six personnes. » (p.7)

Enfin, on remarque aisément que la page qui a été le plus consultée est celle des carbonnades flamandes 🙂

Viande de bœuf 3/4 de kg, 1/4 de kg d’oignons, 50 gr de beurre, 1 tranche de lard gras, une demi-bouteille de bière de ménage, 2 morceaux de sucre, une tranche de pain, une cuillerée à soupe de moutarde, thym, laurier, sel et poivre. (p.161)

Le défi du 20

Fromage aux artisous du Velay.JPG

De son échoppe émanait une odeur féroce de cave, de moisissure et de paille.

– Vous voulez goûter? dit-elle en tendant de la pointe du couteau un bout de fromage à la croûte d’un gris noirâtre.

Pouvait-on refuser?
Ça n’en avait pas l’air.
On dégusta donc le fromage avec sa croûte, ses moisissures et ses artisons.

– Alors, qu’est-ce que vous en dites? Il est pas bon, peut-être?

– Délicieux! Excellent! répondit-on en essayant de ne pas penser aux petites bêtes qui grouillaient.

Parce qu’il était clair qu’une autre réponse n’aurait pas été tolérée.

– Je vous en emballe un?

C’est là qu’on a espéré que les petites bêtes supporteraient bien le voyage en voiture et qu’on pourrait faire revivre cette merveilleuse expérience à d’autres innocents 🙂 

***

Pour le Défi du 20 avec les mots imposés par Lisamax: fromage et féroce.

Source de l’image ici.

U comme umami pour tous?

Le rayonnement de la gastronomie française fait partie des priorités d'Emmanuel Macron.

Il y a dans cette histoire quelque chose que l’Adrienne n’a pas compris et elle compte sur vous pour le lui expliquer 😉

Elle l’a d’abord vu dans la presse flamande: Frankrijk wil af van ‘elitair’ gastronomisch imago. Ce qui donne en traduction: la France veut se débarrasser de son image gastronomique ‘élitiste’.

Il est déjà intéressant de remarquer que le mot ‘elitair/élitiste’ a été placé entre guillemets. Il semble supposer que les produits culinaires français ne soient pas à la portée de tous.

Or, si on lit bien l’article (voir lien ci-dessous vers les communiqués français) il s’agit plutôt de faire connaître (i.e. de vendre) les produits français sur les marchés étrangers:

« Nous avons raté la ‘world food’, c’est-à-dire le produit que l’on peut trouver partout », a insisté le responsable, assurant vouloir rendre accessible les produits français « au plus grand nombre » […] « 

Faut-il donc comprendre que, tout comme on peut trouver partout dans le monde des pizzerias « napolitaines », du fast-food américain ou des sushi bars « japonais », ainsi que de quoi se confectionner ces plats « typiques » chez soi, on devrait disposer de la même chose pour une « spécialité » française?

Et si oui, laquelle sera ainsi dénaturée pour plaire au plus grand nombre?

article en français et source de l’image ici.

T comme trompe-l’œil

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En passant devant une pâtisserie de Whitby, les nouveaux mariés ont eu une soudaine envie de sucre. 

– Et toi, qu’est-ce que tu veux? a demandé l’amie.

L’Adrienne a scruté l’étalage où des tas de gâteaux  inconnus d’elle rivalisaient de beauté mais aucun ne lui faisait envie. Le sucre, elle s’en passe facilement.

Elle s’est finalement laissé tenter par la prometteuse couleur brune d’un de ces machins ronds, en bas à droite de la photo (qui date de début juillet).

– Ça s’appelle un jap, dit la vendeuse. A chocolate jap.

L’Adrienne, persuadée de mordre dans une somptuosité chocolatée, a été bien déçue: sous les vermicelles et la couche de crème, il n’y avait que du biscuit sec et le tout ne contenait que très peu de cacao.

On en revient donc toujours à la sagesse du grand-père, We reizen om te leren, on voyage pour apprendre 😉

 

V comme vraie vie

Afficher l’image source

Quelle est votre expérience avec la restauration rapide? demande Madame.

Fadi essaie d’esquiver la consigne: « La première fois que je suis allé au McDo, j’étais très jeune. Si jeune que je ne me le rappelle même plus. »

Brecht a été dévoyé par sa grand-mère. Plus d’une fois! « Les premières fois que je suis allé au McDo, c’était avec mon frère et ma grand-mère. »

Killian aime le McDo. Pourtant, écrit-il, « les tables ne sont jamais  propres et c’est pour ça qu’on va manger dehors. Les serveuses ne sont ni polies ni souriantes et il arrive qu’on t’apporte des frites froides. »

Pour Noa, c’est lié aux souvenirs de vacances: « On partait en voyage et on râlait pendant des heures, ma sœur et moi, pour aller au McDo. Dès que le repas était fini, on allait jouer sur la plaine de jeux. »

« La première fois que je suis allé au McDo », écrit Matthias, « je l’ai aimé, parce que j’étais très petit et naturellement, des frites et des hamburgers, c’était mon truc. »

Yorrick rime avec catégorique: « Je n’aime pas la restauration rapide, elle n’a pas été inventée pour être bonne! Je préfère aller dans un restaurant italien. »

« J’ai de bons souvenirs du McDo », écrit Leo, « même si ça ne concerne pas vraiment la nourriture. J’adorais les jeux qu’il y avait là, c’est dommage que je sois trop grand pour y jouer maintenant. Avec mon frère et ma cousine, on s’amusait comme des fous! »

« La première fois », raconte Lotte, « j’avais 14 ou 15 ans et c’était avec des amies qui connaissaient déjà tous les menus mais moi je ne savais pas quoi prendre, alors j’ai pris un McFlurry et c’était vraiment dégoûtant. Je n’y suis plus jamais retournée. »

Casper est reconnaissant envers sa mère: « Je suis très content que ma mère m’interdise d’aller plus de deux fois par an au McDo. Je déteste cette nourriture. En plus, les serveurs ne sont jamais contents et je trouve que la clientèle est souvent bizarre. »

Tim se souvient que la première fois qu’il est allé au McDo, il était enthousiaste. « Mais j’étais petit, alors, et j’aimais tout. Maintenant quand on y va c’est avec les copains, après les examens. Je n’aime pas l’odeur. Les serveurs n’ont pas d’émotions. Quand je mange trop, je me sens malade. »

Emile préfère aller chez Yves, à la friterie, parce que les serveurs du McDo oublient ce qu’il a demandé et lui apportent des choses qu’il n’a pas commandées. « Mais la première fois, j’avais cinq ans et c’était pour mon anniversaire, j’adorais ça, surtout la plaine de jeux! »

Lennert veut bien concéder que « c’est vrai, ce n’est pas de la gastronomie, la clientèle est souvent un peu marginale, ce n’est pas  très propre » mais il va continuer à y aller parce qu’il aime ça 🙂

Maxim remercie ses parents de lui avoir appris à apprécier « une nourriture saine et équilibrée. Ça fait au moins trois ans que je n’ai plus mis les pieds dans un McDo et je dois dire que ça ne m’a pas manqué! »

***

Madame espère qu’Adeline Dieudonné ne lui en voudra pas de lui avoir emprunté son titre. Elle a beaucoup aimé, comme le lion de la couverture, jeter un œil curieux sur « la vraie vie » de ses élèves. Qu’ils en soient remerciés 🙂

Le bilan du 20

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Comme le Petit Frère passe une semaine en Belgique, avec son épouse et Monsieur Neveu, c’est la fête tous les jours et l’Adrienne a pu y participer dimanche dernier 🙂

Prière d’admirer ce dessert aussi beau que bon!

Il manque juste une petite touche orange sur le devant de l’assiette, dévorée avant que l’Adrienne ait l’idée de faire une photo 🙂

E comme excédé!

person holding octopus

Excédé et écœuré, voilà ce qu’il était.

Exaspéré de voir de malheureux crustacés systématiquement surcuits.
Effaré par l’odeur de ces poulpes alors qu’on était en bord de mer.
Énervé par ce fromage râpé qu’on retrouvait sur tant de plats qui n’en demandaient pas. Ces sauces lourdes et cette rondelle de tomate incongrue, superflue, fadasse, qui garnissait toutes les assiettes, accompagnée de sa demi-feuille de salade.
Et ce parfum entêtant des lys que la patronne mettait partout, empêchant de humer correctement les vins, les mets…

Alors sous le coup de l’émotion, après une nuit d’insomnie, il a rendu son tablier.

– Désolé, a-t-il dit au chef et à son épouse, je m’appelle Etchebest, pas Dieu-le-Père.

Photo de Elle Hughes sur Pexels.com
écrit pour Désir d’histoires (Olivia Billington, que je remercie) avec les mots imposés suivants: lys – insomnie – fromage – superflu – désolé – crustacé – poulpe – émotion.