U comme umami pour tous?

Le rayonnement de la gastronomie française fait partie des priorités d'Emmanuel Macron.

Il y a dans cette histoire quelque chose que l’Adrienne n’a pas compris et elle compte sur vous pour le lui expliquer 😉

Elle l’a d’abord vu dans la presse flamande: Frankrijk wil af van ‘elitair’ gastronomisch imago. Ce qui donne en traduction: la France veut se débarrasser de son image gastronomique ‘élitiste’.

Il est déjà intéressant de remarquer que le mot ‘elitair/élitiste’ a été placé entre guillemets. Il semble supposer que les produits culinaires français ne soient pas à la portée de tous.

Or, si on lit bien l’article (voir lien ci-dessous vers les communiqués français) il s’agit plutôt de faire connaître (i.e. de vendre) les produits français sur les marchés étrangers:

« Nous avons raté la ‘world food’, c’est-à-dire le produit que l’on peut trouver partout », a insisté le responsable, assurant vouloir rendre accessible les produits français « au plus grand nombre » […] « 

Faut-il donc comprendre que, tout comme on peut trouver partout dans le monde des pizzerias « napolitaines », du fast-food américain ou des sushi bars « japonais », ainsi que de quoi se confectionner ces plats « typiques » chez soi, on devrait disposer de la même chose pour une « spécialité » française?

Et si oui, laquelle sera ainsi dénaturée pour plaire au plus grand nombre?

article en français et source de l’image ici.

T comme trompe-l’œil

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En passant devant une pâtisserie de Whitby, les nouveaux mariés ont eu une soudaine envie de sucre. 

– Et toi, qu’est-ce que tu veux? a demandé l’amie.

L’Adrienne a scruté l’étalage où des tas de gâteaux  inconnus d’elle rivalisaient de beauté mais aucun ne lui faisait envie. Le sucre, elle s’en passe facilement.

Elle s’est finalement laissé tenter par la prometteuse couleur brune d’un de ces machins ronds, en bas à droite de la photo (qui date de début juillet).

– Ça s’appelle un jap, dit la vendeuse. A chocolate jap.

L’Adrienne, persuadée de mordre dans une somptuosité chocolatée, a été bien déçue: sous les vermicelles et la couche de crème, il n’y avait que du biscuit sec et le tout ne contenait que très peu de cacao.

On en revient donc toujours à la sagesse du grand-père, We reizen om te leren, on voyage pour apprendre 😉

 

V comme vraie vie

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Quelle est votre expérience avec la restauration rapide? demande Madame.

Fadi essaie d’esquiver la consigne: « La première fois que je suis allé au McDo, j’étais très jeune. Si jeune que je ne me le rappelle même plus. »

Brecht a été dévoyé par sa grand-mère. Plus d’une fois! « Les premières fois que je suis allé au McDo, c’était avec mon frère et ma grand-mère. »

Killian aime le McDo. Pourtant, écrit-il, « les tables ne sont jamais  propres et c’est pour ça qu’on va manger dehors. Les serveuses ne sont ni polies ni souriantes et il arrive qu’on t’apporte des frites froides. »

Pour Noa, c’est lié aux souvenirs de vacances: « On partait en voyage et on râlait pendant des heures, ma sœur et moi, pour aller au McDo. Dès que le repas était fini, on allait jouer sur la plaine de jeux. »

« La première fois que je suis allé au McDo », écrit Matthias, « je l’ai aimé, parce que j’étais très petit et naturellement, des frites et des hamburgers, c’était mon truc. »

Yorrick rime avec catégorique: « Je n’aime pas la restauration rapide, elle n’a pas été inventée pour être bonne! Je préfère aller dans un restaurant italien. »

« J’ai de bons souvenirs du McDo », écrit Leo, « même si ça ne concerne pas vraiment la nourriture. J’adorais les jeux qu’il y avait là, c’est dommage que je sois trop grand pour y jouer maintenant. Avec mon frère et ma cousine, on s’amusait comme des fous! »

« La première fois », raconte Lotte, « j’avais 14 ou 15 ans et c’était avec des amies qui connaissaient déjà tous les menus mais moi je ne savais pas quoi prendre, alors j’ai pris un McFlurry et c’était vraiment dégoûtant. Je n’y suis plus jamais retournée. »

Casper est reconnaissant envers sa mère: « Je suis très content que ma mère m’interdise d’aller plus de deux fois par an au McDo. Je déteste cette nourriture. En plus, les serveurs ne sont jamais contents et je trouve que la clientèle est souvent bizarre. »

Tim se souvient que la première fois qu’il est allé au McDo, il était enthousiaste. « Mais j’étais petit, alors, et j’aimais tout. Maintenant quand on y va c’est avec les copains, après les examens. Je n’aime pas l’odeur. Les serveurs n’ont pas d’émotions. Quand je mange trop, je me sens malade. »

Emile préfère aller chez Yves, à la friterie, parce que les serveurs du McDo oublient ce qu’il a demandé et lui apportent des choses qu’il n’a pas commandées. « Mais la première fois, j’avais cinq ans et c’était pour mon anniversaire, j’adorais ça, surtout la plaine de jeux! »

Lennert veut bien concéder que « c’est vrai, ce n’est pas de la gastronomie, la clientèle est souvent un peu marginale, ce n’est pas  très propre » mais il va continuer à y aller parce qu’il aime ça 🙂

Maxim remercie ses parents de lui avoir appris à apprécier « une nourriture saine et équilibrée. Ça fait au moins trois ans que je n’ai plus mis les pieds dans un McDo et je dois dire que ça ne m’a pas manqué! »

***

Madame espère qu’Adeline Dieudonné ne lui en voudra pas de lui avoir emprunté son titre. Elle a beaucoup aimé, comme le lion de la couverture, jeter un œil curieux sur « la vraie vie » de ses élèves. Qu’ils en soient remerciés 🙂

Le bilan du 20

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Comme le Petit Frère passe une semaine en Belgique, avec son épouse et Monsieur Neveu, c’est la fête tous les jours et l’Adrienne a pu y participer dimanche dernier 🙂

Prière d’admirer ce dessert aussi beau que bon!

Il manque juste une petite touche orange sur le devant de l’assiette, dévorée avant que l’Adrienne ait l’idée de faire une photo 🙂

E comme excédé!

person holding octopus

Excédé et écœuré, voilà ce qu’il était.

Exaspéré de voir de malheureux crustacés systématiquement surcuits.
Effaré par l’odeur de ces poulpes alors qu’on était en bord de mer.
Énervé par ce fromage râpé qu’on retrouvait sur tant de plats qui n’en demandaient pas. Ces sauces lourdes et cette rondelle de tomate incongrue, superflue, fadasse, qui garnissait toutes les assiettes, accompagnée de sa demi-feuille de salade.
Et ce parfum entêtant des lys que la patronne mettait partout, empêchant de humer correctement les vins, les mets…

Alors sous le coup de l’émotion, après une nuit d’insomnie, il a rendu son tablier.

– Désolé, a-t-il dit au chef et à son épouse, je m’appelle Etchebest, pas Dieu-le-Père.

Photo de Elle Hughes sur Pexels.com
écrit pour Désir d’histoires (Olivia Billington, que je remercie) avec les mots imposés suivants: lys – insomnie – fromage – superflu – désolé – crustacé – poulpe – émotion.

Z comme zou! on jette!

farinade

M. et Mme L ont un hôtel-restaurant sur la place du marché dans une petite ville du Midi, juste devant le jeu de boules sous les platanes et à côté du bar des Sports.
Mme L est une fille du Sud à l’accent charmant, toujours frileuse, toujours son petit cardigan. Dès qu’elle n’a plus ses 27°, elle accueille la famille en disant « Il fait frisquet, aujourd’hui, hein! ».
M. L est aux fourneaux et ne se montre jamais en salle. Lui est Auvergnat, alors il présente parfois une spécialité de sa région d’origine, comme la farinade. 
Le père s’est pris d’amitié pour eux, qui sont pourtant à l’opposé de tout ce qu’encensent à l’époque ses chers Gault et Millau. 
Le chef est aux antipodes de la « nouvelle cuisine », la sienne est certes faite de bons produits du terroir, mais généreuse et sans fioritures. Madame n’a rien de ces « charmantes patronnes » qui ne sont que façade et faux sourires; elle a son franc-parler et sourit rarement. 
D’ailleurs justement, elle n’a pas envie de rire: ces messieurs du Gault&Millau ont écrit sur son établissement. Et de quoi ont-ils parlé? Ni de son charmant accueil, ni de la bonne cuisine de son mari: ils ont déploré qu’il y ait « des hordes d’enfants » dans son restaurant. Et – ô horreur! – des touristes hollandais.
Vous vous rendez-compte? dit-elle au père. Mais qu’est-ce que je dois faire, moi? Interdire les enfants? Interdire les Hollandais?
Alors le père s’est dit que finalement, le Gault&Millau, ce n’était pas une bible non plus.

***

texte écrit pour le marathon d’écriture 2019
source de la photo et recette de la farinade ici.

Y comme y a pas photo!

Cioccolata-calda

La petite famille est partie de la maison à quatre heures du matin.
Vers sept heures, premier arrêt: Reims.
Vers neuf heures, deuxième arrêt: Chaumont. Il faut prendre de l’essence.
Après vient ce que le père appelle ‘la traversée du désert’: la Bourgogne en plein midi, dans une voiture surchauffée. Le père désormais ne s’arrête plus. Le thermos de café est vide. La bouteille d’eau est vide. Vous boirez quand on sera arrivés, dit-il. Leur seule chance de salut, leur seul espoir, c’est que peut-être il aura lui aussi une petite envie de faire pipi. Traverser Lyon est un cauchemar et le père est très tendu. Les enfants se taisent. La mère dort.
Enfin! voilà la Drôme et l’hôtel aux murs de crépi blanc. La salle est sombre et fraîche. Le repas fort quelconque. Le père se sent trahi par son Michelin et désormais il ne fonctionnera plus qu’au Gault&Millau, sa nouvelle bible.
– Du bortsch? ronchonne-t-il. Ils vont nous servir du bortsch? Je ne viens pas en France pour manger du bortsch!
Grâce à Fernand Raynaud, son « Fromage de Hollande » et son « pourquoi pas du couscous canadien, tant que vous y êtes? », il arrivera à en rire.
– Comme dessert, dit le garçon, nous avons une spécialité, c’est la crème Mont-Blanc.
– C’est quoi, la crème Mont-Blanc, demande mini-Adrienne, qui s’imagine des félicités chocolatées.
Hélas, c’était une purée de marrons.

***

texte écrit pour le marathon d’écriture 2019
la photo est celle de la cioccolata calda qui a déjà servi à illustrer un autre billet 🙂

W comme wagon de train pour l’enfance

artemare
Pour mini-Adrienne, le souvenir le plus ancien concerne madame B, une gentille vieille dame qui avait un hôtel dans le département de l’Ain. 
C’est là que mini-Adrienne, alors âgée de trois ans, a reçu un jour comme dessert des framboises avec de la crème fouettée.
De la crème fouettée, s’est étonnée mini-Adrienne, qui croyait que ce sort était réservé aux méchants dans les contes.
La mère n’était pas trop d’accord que la petite se fasse une orgie de framboises à la crème: 
– C’est gras! répétait-elle au père d’un air de blâme. Et c’est beaucoup trop! Elle va être malade! 
Mais le père a dû voir que mini-Adrienne était au septième ciel de la béatitude gastronomique et ne lâcherait pas son bol… On le lui a laissé et là, sur la terrasse couverte de l’hôtel de madame B, elle a dégusté ses premières framboises et sa première crème fouettée. Ça ne s’oublie pas, voyez Amélie Nothomb, née à deux ans et demi par la grâce du chocolat belge 🙂
Ah! chère madame B! quelle merveilleuse idée elle avait eue là! Reconnaissance éternelle!
Plus jamais mini-Adrienne n’a mangé de framboises sans avoir une pensée émue pour madame B: elles ont cette saveur mythique du souvenir d’enfance et de l’interdit maternel.
photo: carte postale ancienne en vente sur e-bay
texte écrit pour le marathon d’écriture 2019

V comme vent!

mère poulard

Le premier voyage dont le petit frère se souvienne, c’est dans la baie du Mont-Saint-Michel. Il se souvient qu’il était si petit que sa mère lui donnait son bain quotidien dans le bidet. Il venait d’avoir trois ans.
Mini-Adrienne, qui a cinq ans de plus, a évidemment un tas d’autres souvenirs de ce voyage. De la plage immense où la marée peut être si brusque et imprévisible qu’elle engloutirait facilement deux petits enfants. Du Mont qu’on n’a pas visité parce que le père a dit qu’on irait le voir un jour qu’il fait mauvais, et qu’il a fait beau tout le temps. De la grande chienne noire Gita qui l’accompagnait spontanément en promenade. C’est parce que tu n’arrêtes pas de la caresser, dit le père. De la voix de monsieur R, l’hôtelier, qui est montée en volume quand le père a prononcé le nom de la mère Poulard. Mini-Adrienne ne savait pas qui était cette dame mais elle a clairement entendu monsieur R s’exclamer et répéter plusieurs fois: « La mère Poulard! c’est du vent! c’est du vent! je vais vous en faire, moi, de la mère Poulard! »
C’est ce soir-là que la famille a soupé (1) d’une omette qu’il a fallu trouver mirifique 🙂

Texte écrit pour le marathon d’écriture 2019

(1) j’ai décidé de faire dans la couleur locale pour ce marathon et de dire septante pour soixante-dix ou souper pour dîner 🙂

source de la photo ici (site de la Mère Poulard)

M comme manque

Sur les vols Icelandair, on a la possibilité de passer le temps à regarder des films, des documentaires, des séries télévisées. Chacun sur son petit écran encastré dans le siège devant soi. Plus de conversation, plus de lecture.

A l’aller, l’Adrienne a consciencieusement admiré tous les documentaires sur l’Islande.

Au retour, elle a eu l’occasion de voir quatre des cinq épisodes de Kokkaflakk, une émission dans laquelle le chef Ólafur Örn Ólafsson va rendre visite à un chef islandais installé à l’étranger: Paris, Berlin, New York… et un petit patelin belge: Ypres.

Le format est des plus classiques: on suit le parcours du chef, il montre un pan de sa vie privée et professionnelle dans sa patrie d’accueil, il fait goûter sa cuisine à Ólafur Örn Ólafsson, qui trouve évidemment tout fabuleux 🙂

Ses questions aussi sont (forcément) à peu près les mêmes pour chacun, jusqu’à la question finale:

– Qu’est-ce qui te manque le plus, ici?

Si vous croyez que le jeune chef installé à Paris avec son chien pour unique compagnon va dire ‘ma famille’ ou ‘mes amis’, vous vous trompez. Il répond: la nature. Après, on le voit se promener avec son toutou-nez-plat-courtes-pattes dans un des bois parisiens.

Même question et même réponse pour le New-New-Yorkais ou le Berlinois – ça ne fera pas plaisir aux Berlinois, qui trouvent leur ville si verte et si aérée – « la nature! ».

Et le Belge d’adoption, que dit-il?

Qu’il est parfaitement heureux en Belgique 🙂

Brave cœur! Faudra que l’Adrienne aille découvrir son resto 🙂

souvenir

photo de décembre 2015, le chef, son épouse (belge) et l’aînée de leurs deux enfants – photo de Faye Pynaert, source ici.