Défi du 20

coltura nocciole italia
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La publicité italienne garantissait que la pâte à tartiner avait été faite avec des noisettes italiennes.

Et pas – horreur! – avec des turques.

ça a fait sourire l’Adrienne, tant de nationalisme mal placé.
Ou tant de naïveté.

Elle a aussi souri quand la maman de Mohamed et Maryam lui a assuré que pour le Ramadan, son mari sélectionnait lui-même les dattes.
Et bien sûr elles devaient être en provenance directe du Maroc.
Aucun autre pays n’avait de dattes aussi savoureuses que les marocaines.
Il n’y a tout simplement pas de comparaison possible, assurait-elle.

– D’ailleurs, goûtez! Qu’est-ce que vous en dites?

L’Adrienne ne pouvait rien en dire: c’étaient les premières dattes qu’elle mangeait de sa vie.

Lors de courses au Super U dans le fin fond de la France, elle a été frappée par de nombreuses affiches certifiant que la viande était française.
Les œufs français.
Les poulets français.

L’Adrienne a haussé les épaules.

Puis elle s’est rendu compte qu’elle-même vérifiait bien que ses chicons, ses raisins noirs, son chocolat, ses pommes, ses poires, ses pommes de terre, ses asperges… étaient bien belges 🙂

***

écrit pour le Défi du 20 avec les deux mots imposés par Lydia: noisette et naïveté.

Ci-dessous, la journaliste fait passer le test à des politiciens italiens: laquelle des deux noisettes est l’italienne? laquelle est la turque? Et bien sûr tous les nationalistes se sont plantés 😉

M comme margarine

72ème devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_72_4.jpg

La margarine a fait son entrée chez grand-mère Adrienne après l’infarctus de grand-père.

Son médecin n’étant pas le roi des nutritionnistes, il croyait que c’était meilleur pour la santé que le beurre.

C’est à ce moment-là, au milieu des années 60, que le beurre a commencé à devenir un péché dans la famille de mini-Adrienne.

Grand-mère a, toute sa vie durant, continué à préférer le « vrai beurre » – c’était une femme de goût 🙂 – qu’elle n’a plus appelé autrement que « goede boter« , pour bien préciser qu’il s’agissait de vrai « bon beurre ».

Quant à mini-Adrienne, du jour où, sur la table du petit déjeuner, le « goede boter » a été remplacé par une barquette de margarine, elle a préféré s’en passer.

Elle n’a retrouvé le plaisir du beurre qu’au moment d’entrer dans sa future belle-famille.

Chez belle-maman, il était exclu d’utiliser de la margarine.
Son beurre méritait même le nom de « zeer goede boter« , vu qu’il venait directement de la ferme d’en face et des vaches broutant les prés des polders aux alentours.
Ce qui le rendait fort jaune l’été et très pâle l’hiver.

Belle-maman se permettait cependant une seule exception et on peut supposer que la publicité « cuisinez d’or avec Solo » en était responsable: elle avait toujours du Solo dans son frigo, pour préparer ses soles meunière.

En se justifiant chaque fois avec l’argument de la pub: avec Solo, « ça n’attache pas ».

SOLO margarine

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne « margarine »:

« Le beurre frais pour tous. » Ainsi salua-t-on l’arrivée de la margarine après le siège de Paris. Bien sûr, ça ne sert pas qu’à se laver les cheveux même si on fait croire aujourd’hui que c’est excellent pour la santé du cheveu pour peu qu’on lui adjoigne un parfum de rose, la puanteur du monoï et une bonne dose d’optimisme pour en faire la publicité.
Mais je suis sûr que pour beaucoup, la margarine rappelle des souvenirs moins « bio » et diététiques que ceux censés venir à l’esprit aujourd’hui. Ce serait bien si vous en faisiez part à vos camarades de blogs, tous ceux qui ont encore le courage de vous lire et surtout d’écrire…

L comme lichette

Le père, on l’a déjà dit ici, c’est celui qui est passionné de gastronomie et compulse ses bibles culinaires pour en extraire tous les repas de fêtes de la famille élargie: chacun.e compte sur son savoir-faire pour rendre gustativement inoubliables les réveillons, les communions, les anniversaires du filleul et autres réunions autour d’une table.

Dans la cuisine, l’Adrienne a toujours été son son petit second et le voyait peser, mesurer, compter, vérifier.
« La gastronomie est une science exacte », disait-il.

Puis il y a eu belle-maman, qui avait aussi sa réputation de fine cuisinière à tenir.
Qui pesait à peu près.
Oubliait de regarder l’heure.
Prétendait voir quand un mets était prêt.

L’Adrienne souriait et se disait qu’elle avait trouvé là l’exact opposé de son père.

Mais elle se trompait.

Elle s’en est rendu compte le jour où elle a assisté à la confection du cozonac de Nouvel An chez l’amie Violeta, et ça s’est confirmé avec la baklawa.

Oui, il y a une recette, des ingrédients à peser et à mesurer.
Mais on ajoute un peu plus de ceci.
Puis de cela.
Pour compenser.
Parce que c’est devenu trop sec.
Ou trop liquide.
On goûte.
Y a-t-il assez de sucre?
Non, il n’y en a jamais assez 🙂
On en rajoute.
On regoûte.
On fait goûter.
On rajoute.

Et c’est ainsi, que de lichette en tantinet, de soupçon en larme ou en nuage, on devient la reine du pifomètre.

***

écrit pour le Défi du samedi: Lichette, ribambelle et fifrelin.
Merci Maître Walrus!

G comme gastronomie

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Dans sa vie d’épouse-cuisinière, l’Adrienne a farci des légumes et des volailles.
Pour elle, farcir veut dire: remplir de ‘farce’ une cavité.

Dans ses débuts comme prof de FLE, il y avait un manuel dans lequel se trouvait un texte humoristique intitulé « Les macaronis farcis« .
Un homme voulant se défaire de sa trop envahissante cuisinière, au lieu de la renvoyer, lui demande de préparer des macaronis farcis: chaque macaroni, pas plus gros qu’une paille, devait être consciencieusement ‘farci’ de viande hachée menu.
Après cuisson!
Le procédé fonctionne: la cuisinière, excédée, rend son tablier.

Aussi l’Adrienne a-t-elle été bien étonnée d’apprendre que ça existe: le macaroni farci, truffe noire, artichaut et foie gras de canard, gratinés au vieux parmesan.

Sauf que c’est de la triche: ces macaronis sont presque aussi gros et aussi courts que des cannellonis!

Et tout ça, chers lecteurs, parce qu’hier soir Colo me raconte qu’elle a préparé des moules farcies 😉

Et vous, aimerait savoir Colo, que farcissez-vous?

7 composantes

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Sept composantes pour le dessert du repas d’adieu (ne cherchez pas sur la photo, elle n’a rien à voir, l’Adrienne n’a pas eu la présence d’esprit de sortir son appareil lors de ce dernier événement):

* pour sa mère: bonbon à l’abricot, crémeux de chocolat blanc, ganache à l’abricot, gelée au romarin, mousse au miel, crumble à l’abricot rôti et meringue.

* pour l’Adrienne: crème de mascarpone, ganache à la pêche, crémeux au champagne, mousse à l’estragon, crumble à la pêche, verveine et atsina cress.

* enfin, un second dessert pour sa mère, vu l’importance de l’événement: mousse de fraises au fromage blanc, crémeux à la bergamote, mousse de bergamote, gelée de fraise, gelée de rhubarbe, crumble à la fraise et à la rhubarbe.

– Je n’aurai pas besoin de manger, ce soir, a conclu sa mère.

X c’est l’inconnu

Une bible bien plus ancienne que l’ouvrage signé Tante Léa  est également en possession de l’Adrienne qui ne sait plus du tout – mais alors vraiment plus du tout – comment elle est arrivée chez elle.

Elle date de 1906 et s’intitule en toute simplicité 🙂 L’Art de bien manger suivi de l’Art de choisir les vins et de les servir à table et d’un chapitre spécial, orné de figures explicatives sur le découpage. 

« Le tout recueilli et annoté par Edmond Richardin ».

On y trouve les aphorismes de Brillat-Savarin, une préface d’André Theuriet, des reproductions d’estampes expliquées par Gustave Geffroy…
Bref, vous n’avez qu’à lire la page de garde sur la photo ci-dessus et vous saurez tout 🙂 On peut même le lire en ligne sur Gallica.

Parmi les luxueux menus cités en fin de volume, voyons celui offert au prince Tenicheff (1844-1903) le premier janvier 1900 à l’Elysée Palace Hôtel

Huîtres natives.
Hors-d’oeuvre à la russe.
Crème Windsor.
Consommé Chevreuse.
Truite au bleu sauce mousseline.
Selle de chevreuil grand veneur.
Chasse royale.
Salade Palace.
Parfait de foie gras au porto.
Fonds d’artichauts au velouté.
Bombe 1900.
Corbeille de friandises.
Dessert.

L’ouvrage, en plus de son origine inconnue, ne dit pas ce qu’est la crème Windsor, le consommé Chevreuse, la chasse royale, la salade Palace… ni d’où les huîtres sont natives… justifiant ainsi triplement la place de ce billet sous le titre X c’est l’inconnu 🙂

U comme une heure et demie

Les plats du terroir, que ce soit en Belgique ou ailleurs, sont généralement de ceux qui ont besoin de mijoter longuement au coin du feu.
De ceux qu’on pouvait laisser accrochés dans l’âtre pendant qu’on allait travailler aux champs.

Ainsi en est-il des carbonnades, qui nécessitent au moins une heure et demie de cuisson. En tout cas selon Tante Léa 😉
Sur le Net on peut en trouver qui mentionnent une heure trois quarts.
Ou comme dans la vidéo ci-dessus, dans la version d’Alain Ducasse, qui la met deux heures au four.

Et qui reçoit des tas de commentaires parce que dans sa version, seule la bière est belge 😉

Ci-dessous une version plus « authentique », avec un ingrédient que certains jugent indispensable: les tranches de pain d’épices tartinées de moutarde forte.

Par contre, dans nos chaumières on ne les servait pas avec des frites, mais avec des pommes de terre nature.

T comme Tante Léa

Jour après jour, le départ définitif de la mère de l’Adrienne se prépare:

– Est-ce qu’il y a des livres de ton père qui t’intéressent? demande-t-elle.

Bien sûr qu’ils l’intéressent! Elle les prendrait bien tous, si elle avait la place pour les mettre. Mais il faut se raisonner. En prendre deux ou trois. Mettons cinq ou six et n’en parlons plus 😉

En donnant la préférence à ceux qui ont vraiment compté pour le père.

Comme celui de l’illustration, qui a dû être un de ses tout premiers achats d’homme marié: Menus et recettes de Tante Léa, paru aux éditions de la Libre Belgique en 1959.

Deux choses frappent tout de suite à la lecture de l’introduction de cette bible de plus de six cents pages.

D’abord, qu’elle s’adresse uniquement à un public féminin:

« […] notre but a été d’essayer de procurer à [nos] lectrices un recueil de conseils pratiques répondant aux mille problèmes que se posent journellement les maîtresses de maison. » (p.7)

Ensuite, que les familles étaient sans doute plus nombreuses à l’époque:

« L’indication précise des ingrédients nécessaires, chaque plat étant calculé pour six personnes. » (p.7)

Enfin, on remarque aisément que la page qui a été le plus consultée est celle des carbonnades flamandes 🙂

Viande de bœuf 3/4 de kg, 1/4 de kg d’oignons, 50 gr de beurre, 1 tranche de lard gras, une demi-bouteille de bière de ménage, 2 morceaux de sucre, une tranche de pain, une cuillerée à soupe de moutarde, thym, laurier, sel et poivre. (p.161)

Le défi du 20

Fromage aux artisous du Velay.JPG

De son échoppe émanait une odeur féroce de cave, de moisissure et de paille.

– Vous voulez goûter? dit-elle en tendant de la pointe du couteau un bout de fromage à la croûte d’un gris noirâtre.

Pouvait-on refuser?
Ça n’en avait pas l’air.
On dégusta donc le fromage avec sa croûte, ses moisissures et ses artisons.

– Alors, qu’est-ce que vous en dites? Il est pas bon, peut-être?

– Délicieux! Excellent! répondit-on en essayant de ne pas penser aux petites bêtes qui grouillaient.

Parce qu’il était clair qu’une autre réponse n’aurait pas été tolérée.

– Je vous en emballe un?

C’est là qu’on a espéré que les petites bêtes supporteraient bien le voyage en voiture et qu’on pourrait faire revivre cette merveilleuse expérience à d’autres innocents 🙂 

***

Pour le Défi du 20 avec les mots imposés par Lisamax: fromage et féroce.

Source de l’image ici.

U comme umami pour tous?

Le rayonnement de la gastronomie française fait partie des priorités d'Emmanuel Macron.

Il y a dans cette histoire quelque chose que l’Adrienne n’a pas compris et elle compte sur vous pour le lui expliquer 😉

Elle l’a d’abord vu dans la presse flamande: Frankrijk wil af van ‘elitair’ gastronomisch imago. Ce qui donne en traduction: la France veut se débarrasser de son image gastronomique ‘élitiste’.

Il est déjà intéressant de remarquer que le mot ‘elitair/élitiste’ a été placé entre guillemets. Il semble supposer que les produits culinaires français ne soient pas à la portée de tous.

Or, si on lit bien l’article (voir lien ci-dessous vers les communiqués français) il s’agit plutôt de faire connaître (i.e. de vendre) les produits français sur les marchés étrangers:

« Nous avons raté la ‘world food’, c’est-à-dire le produit que l’on peut trouver partout », a insisté le responsable, assurant vouloir rendre accessible les produits français « au plus grand nombre » […] « 

Faut-il donc comprendre que, tout comme on peut trouver partout dans le monde des pizzerias « napolitaines », du fast-food américain ou des sushi bars « japonais », ainsi que de quoi se confectionner ces plats « typiques » chez soi, on devrait disposer de la même chose pour une « spécialité » française?

Et si oui, laquelle sera ainsi dénaturée pour plaire au plus grand nombre?

article en français et source de l’image ici.