Adrienne aime Gaston

DSCI6721

Les quelques jours passés chez mon frère m’ont permis de me replonger avec délices dans les vieux albums de notre enfance.

Cette planche de Gaston résume bien tout ce que j’ai toujours aimé chez lui – avec tendresse, oserais-je dire – cette façon d’être dans sa bulle et de jouir tranquillement de la vie, sans aucun conformisme.

Avec une mention spéciale pour ses inventions gastronomiques qui me font rire depuis bientôt quarante ans. 

Publicités

B comme Burger

18-07-17 (25bis)

– Pour ces huit jours, a déclaré la mère de l’Adrienne dès le premier soir, j’ai décidé de ne me priver de rien. 

Ça a un peu étonné l’Adrienne, qui n’a jamais eu l’impression que sa mère se privait de quelque chose, et ça l’a encore plus étonnée quand elle a vu ce que ça signifiait concrètement:

– J’ai envie d’un hamburger avec des frites, a-t-elle dit.

Elle a trouvé les frites un peu grosses et la salade un peu chaude.

C’est là que l’Adrienne a pensé: « Rien n’est parfait, soupira le renard. »

Mais elle s’est tue, bien sûr.

I comme internats chic

– C’est un thé suisse, me dit ma mère en souriant, les yeux brillants. 

Je n’avais jamais rien goûté d’aussi suave. Chaude et moelleuse dans la bouche, finement parfumée, la boisson que m’offrait l’hôtesse de l’air était une surprise que ma mère semblait ravie de me voir découvrir. Debout à côté de son chariot, l’hôtesse acquiesçait à la définition du « thé suisse », souriait elle aussi de toutes ses dents, belle et blonde comme sur les réclames, avec des traits épais et doux, premier contact merveilleux avec ma future terre d’adoption, celle où tout était toujours propre, et dont à Istanbul chacun parlait avec un respect qui confinait à la timidité: sur les rives du Bosphore, Isviçre, la Suisse, avait la consonance d’un mot magique. Le thé suisse n’était rien d’autre que du thé au lait, bien sûr. 

Metin Arditi, Dictionnaire amoureux de la Suisse, Plon 2017, p. 289-290, Internats chic.

suisse.jpg

C’est à Metin Arditi, un Suisse d’adoption comme il le dit dans l’extrait ci-dessus, qu’a été confiée la tâche de rédiger ce dictionnaire. Il le fait de façon très personnelle, en y insérant son vécu et de nombreux extraits de ses œuvres. Par exemple, cet extrait vient de « La chambre de Vincent« , un court récit autobiographique. D’autre part, il le fait de façon très « guide touristique », allant même jusqu’à proposer une bonne adresse où manger tongue-out 

source de la photo et information ici, chez Plon et merci aux amis suisses qui m’ont offert le livre kiss  

Suite de l’article « Internats chic » le mois prochain?

Première fois

père,vie quotidienne,ça se passe comme ça

Dans la famille de L’Homme, tuer sa nourriture n’a jamais causé d’états d’âme: canards, poulets, faisans, lapins, lièvres, cochons, agneaux passaient à la casserole, sans avoir, assurait-on, eu le temps de s’en rendre compte. 

L’Adrienne se satisfaisait de cette assertion mais détournait la tête. 

Aux grandes occasions, c’était l’Homme aussi qui plongeait les homards et les crabes la tête la première dans le court-bouillon. 

Depuis que l’Adrienne fête Noël et/ou Nouvel An avec sa carissima nipotina, elle se trouve devant ce dilemme: la nipotina ne conçoit pas ces fêtes sans homard et l’Adrienne ne se voit pas tuer elle-même sa nourriture. 

Pendant quelques années, elle les a commandés chez un traiteur. Ça n’a pas trop changé la donne: en contemplant la bête couchée dans son assiette, l’Adrienne se disait que très probablement sa mort aurait été plus douce – c’est-à-dire plus prompte – si elle avait eu le courage de s’en occuper elle-même. 

Comme cette année, pour la première fois. 

– C’était une bien brave bête, disait son père en se léchant les doigts. 

*** 

photo de l’été 2004 

 

 

T comme Tarataboum Tsoin Tsoin

fromages belges.jpg

Les fromages belges? Des fromages belges

Je ne sais pas combien de producteurs de fromages belges ont participé au concours World Cheese 2017, je sais juste que la Belgique y a remporté 22 médailles. Tarataboum tsoin tsoin. 

La France et les Pays-Bas 18 médailles. La Suisse 55. L’Italie 109. 

Et comme dans l’air du catalogue de Don Giovanni, les Espagnols sont gagnants tongue-out 

 

X c’est l’inconnu

DSCI5738.JPG

– Il y a un ingrédient mystère dans ce petit dessert, dit la gentille Delfine en apportant une assiette surprise ornée de sa bougie d’anniversaire. A vous de le trouver! 

Alors l’Amie et l’Adrienne dégustent à la petite cuiller et trouvent le spéculoos, le chocolat, le caramel, la banane, le fromage frais… et cette petite mousse au milieu, peu sucrée, au goût de… au goût de… 

De quoi, au fait? 

L’Amie est une ancienne collègue, à la retraite depuis sept ans déjà. Elle voyage beaucoup. Elle a passé septembre et octobre chez elle et s’embarque pour les Philippines la semaine prochaine. 

– Toi, dit-elle, tu sais ce que tu as fait de septembre et d’octobre. Mais moi? qu’en ai-je fait? c’est passé, c’est tout ce que je sais. 

Et autres considérations philosophiques sur le temps qui passe. 

– On reviendra ici, dit l’Amie.

Wagon de train pour Paris

DSCI5728.JPG

L’Homme est d’Ostende et vient d’une famille où on appelle « poisson frais » uniquement celui qui a été pêché dans la nuit d’avant. Par les petits bateaux qui sortent en mer le soir et rentrent avec leur pêche à l’aube. 

Tout le reste n’est pas digne de se retrouver sur leur table, c’est juste bon pour ces malheureux qui vivent à l’intérieur du pays. Ceux-là ne savent pas ce que c’est, du poisson frais. 

L’Homme n’a fait qu’une exception: c’est quand un « restaurant de la mer » s’est ouvert à Louvain. L’Homme et l’Adrienne avaient vingt et un ans et la bourse plate, mais chaque événement se devait d’être fêté par un repas aux odeurs exclusivement maritimes, chez l’Ami Michel. 

Si un jour vous allez à Paris, dit l’Ami Michel, il faut aller chez l’Ami Louis. C’est en son honneur que j’ai appelé mon resto l’Ami Michel. Il faut y aller pour l’ambiance et pour le foie gras. 

Alors ils y sont allés. 

Ils ont vu la petite salle vieillotte. Les chaises inconfortables. Les prix prohibitifs. Le personnel de salle, uniquement masculin et à leurs yeux de vingt ans, des papys. 

Ils ont vu entrer, petit à petit, les autres clients. Ils ont vu que comparés aux belles dames en manteaux de fourrure, aux hommes apparemment célèbres et fortunés, eux deux faisaient tache. Comme le disait l’Homme à cette époque, « c’est nous qui devrions être enquêteurs Michelin ou Gault&Millau, on n’en a ni l’âge ni le look ». 

Ils ont vu avec ébahissement comment les papys en veste blanche lançaient de loin et avec une infaillible dextérité les lourds manteaux de vison sur les rayonnages placés au-dessus de la tête des dîneurs, tout le long du mur. 

Ils ont été impressionnés par la façon dont le maître d’hôtel a quasiment choisi le menu à leur place: une assiette de foie gras pour deux, de l’agneau, des fraises des bois, alors que l’Homme et l’Adrienne prétendaient ne pas avoir envie de dessert. Vous imaginez ce que ça coûte, une coupelle de fraises des bois, dans un tel lieu parisien, en plein hiver? Surtout pour des gens qui ont des fraises des bois dans la nature près de chez eux… 

Bref, pour ce qui est du foie gras, l’Ami Michel avait raison: l’assiette prévue à l’époque pour une personne comptait onze belles tranches, que l’Homme et l’Adrienne se sont partagées équitablement. 

Comme c’était il y a plus de trente ans, l’Adrienne a été fort surprise de voir que l’établissement fonctionnait toujours, même si aujourd’hui la ration de foie gras pour une personne se limite à deux tranches. Tout le reste, semble-t-il, est resté pareil: clientèle huppée, prix à tomber à la renverse, visons volant vers les patères… 

https://www.simonsays.fr/l-ami-louis-est-il-le-plus-mauvais-bistrot-au-monde-suite

La photo ci-dessus est un détail d’une des photos de murs parisiens (Sébastien Jacquet)