G comme groseilles

Le premier travail de vacances que sa mère lui donnait, c’était aussitôt les cahiers d’écolière fermés: la cueillette des groseilles.

Un travail long, fastidieux, qui cassait le dos.
Les groseilliers du jardin familial étaient nombreux et il fallait les dépouiller un à un jusqu’à la dernière petite grappe.

Oui, la mère venait contrôler.

Chaque fois qu’il y en avait un bassin de deux kilos – et l’expérience aidant, l’Adrienne n’avait même plus besoin de balance pour savoir si le compte y était – il fallait se rendre à la cuisine pour passer à l’étape suivante: la confection de gelée.

Chaque année il y avait ainsi plus de pots de confiture qu’on ne pouvait en manger, de sorte qu’au bout d’un certain temps, elle devenait intartinable, il fallait la couper au couteau.

Tout le mérite en revenait à la poudre magique Pec Impérial.

Dans son petit jardin de ville, l’Adrienne a planté deux groseilliers et un cassissier: juste ce qu’il faut pour agrémenter ses petits déjeuners en fruits frais 🙂

Jamais au grand jamais vous ne la verrez faire ni manger des confitures 😉

P comme proverbe

« De aanhouder wint« , se dit l’Adrienne en rentrant chez elle toute contente.

Le proverbe néerlandais signifie que le gagnant est celui qui persévère.
Et de la persévérance, il en a fallu!
Pendant plus de sept ans 🙂

Voici les faits: dans la rue de l’Adrienne habite un Vlaamse Leeuw qui a apparemment très mal pris, au moment où elle est venue s’installer dans sa maison-en-ville, qu’elle refuse d’adhérer à son club de surveillance du quartier.

Or, comme il habite quelques maisons plus loin, que tous deux passent beaucoup à pied, qu’il prend souvent l’air à sa porte ou qu’il promène son chien, ils sont amenés à se croiser presque chaque jour.

Chaque fois l’Adrienne le salue, chaque fois il reste de marbre.
Au point qu’elle a failli se décourager.
Au bout de sept ans.

Et puis miracle, mercredi dernier, allez savoir pourquoi, il soulève un coin de sa bouche en réponse à son bonjour.

ça doit être sa façon de sourire.

L’Adrienne en tout cas trouve que l’événement vaut la peine d’être raconté 😉

***

En illustration pour Lazuli Biloba si elle passe par ici, la photo du yakushimanum qui fleurissait ponctuellement à chacun de mes anniversaires, dans le jardin d’autrefois 😉

Le rapport?

Son petit nom est Grumpy 🙂

L comme leçon

Mais Madame! où aviez-vous la tête quand vous avez planté votre clématite! déclare E*** avec le sérieux du professionnel de l’horticulture.

Puis il explique:

– La clématite est une plante grimpante. Ce qui veut dire qu’elle a besoin d’un support.

Il poursuit son exposé avec de grands gestes:

– Ici, elle pend sur le trottoir… et elle va pendre de plus en plus!

Hélas Madame le sait bien.
Que la clématite est une plante grimpante à laquelle il faut un support assez haut.
Et qu’en effet elle n’a pas réfléchi quand elle l’a plantée là, à côté une clôture qui fait à peine un mètre.

– Tu as raison, dit-elle. Tu as entièrement raison.

Et elle rit aux éclats.

ça faisait bien longtemps qu’on ne lui avait plus fait la leçon 🙂

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la photo de la clématite date de juin 2017.

O comme odonata

Photo de Tarikul Raana sur Pexels.com

Jeanne prend sa tasse de café pour la boire au jardin. 

Cette année, le seringat n’a pas été taillé. 
Les narcisses sont défleuris. 

Sur la pelouse transformée en garrigue par plusieurs étés de sécheresse, elle trouve le ballon de son petit voisin. La haie de houx est devenue trop dense pour qu’il s’y aventure et apparemment l’idée de venir sonner à sa porte ne lui est pas venue. 

– Faudra qu’on se refasse un scrabble, lui et moi, se dit-elle. 

Dès qu’on aura droit à la grande libération du « comme avant », grâce aux vertus conjuguées des vaccins et des premiers antiviraux annoncés. 
Et même si ce masque fera désormais partie de l’habillement « ordinaire », quelle importance! 

C’est alors qu’elle aperçoit la première libellule. 

– Tout n’est donc pas perdu, sourit-elle. 

Et un kaléidoscope d’images de bonheurs futurs défile devant ses yeux.

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écrit pour Treize à la douzaine avec les mots imposés suivants: 1 seringat 2 tasse 3 vertu 4 ballon 5 dense 6 garrigue 7 habillement 8 idée 9 kaléidoscope 10 libération 11 libellule 12 narcisse 13 scrabble.

En titre j’ai mis odonata, c’est-à-dire libellule.

M comme moineau

Toute contente, l’Adrienne, de voir ce moineau posé sur la clôture des framboisiers, dimanche dernier.

Il faudrait qu’elle lui trouve de quoi nicher, l’an prochain, parce que le voisin a enlevé de son mur – désormais nu et blanc – le revêtement derrière lequel un couple avait élevé ses petits, l’été dernier.

Tout savoir sur nos moineaux?

C’est ici!

F comme figues

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

Mercredi vers dix heures du matin, on sonne à la porte de l’Adrienne.

En allant ouvrir, elle se demande quelle sorte de vendeur de calendrier elle va trouver, mais elle se trompe: il y a là un homme avec un petit garçon – pourquoi n’est-il pas à l’école, celui-là? – qui lui demande si le figuier dans le jardinet contre le mur de la maison est à elle – ben oui, à qui serait-il donc? – et s’il peut cueillir quelques figues pour son gamin – un enfant déjà fort grassouillet, mais soit, mieux vaut une poignée de figues qu’un sachet de chips.

– Elles ne sont pas mûres, elles ne mûrissent plus, dit l’Adrienne, je ne crois pas que vous en trouverez de bonnes à manger.

Mais il a tout de même été voir, a enjambé la petite clôture, piétiné le romarin et pris quelques fruits pour son fils qui les a dévorés sans tarder.

Et voilà, se dit l’Adrienne en refermant sa porte, voilà pourquoi il n’y a plus de figues mûres sur l’arbre, des passants passent et se servent.

Ça fait déjà quelques semaines qu’il n’y a plus de figues mûres, sauf du côté de la porte de la cuisine, où le passant qui passe risquerait d’être pris en flagrant délit 😉

U comme urticant

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

Les années précédentes l’Adrienne ne l’avait pas remarqué – il est vrai qu’au fil des ans la récolte devient plus conséquente, donc aussi le temps passé sous le feuillage – mais après la première grosse cueillette de figues, elle avait des rougeurs sur les bras et le décolleté, avec ce genre de démangeaisons comme après un bain d’orties.

Donc ces dernières semaines, elle met un pull manches longues, boutonné jusqu’au menton, avant de s’aventurer entre les branches de son arbre, alors qu’il faisait 30° à peu près tous les jours.

– Et dire, soliloque l’Adrienne, que selon la Genèse c’est avec des feuilles de figuier qu’Adam et Eve ont dû couvrir leur nudité…

Voilà un dieu bien cruel!

N comme nature, nature!

La Retraite sentimentale - Colette - Folio

À travers les allées rompues sous la vigne vierge qui tend vers nous ses avides crochets, je l’emmène jusqu’au jardin d’en bas, terrasse chaude, étroit jardin de curé où je soigne mes fleurs communes, phlox que le soleil violace, aconits dont le bleu se délaie, soucis ronds et vermeils comme des mandarines, beaux œillets d’Inde en velours marron et jaune comme des frelons, nichés au petit fer, serrés dans leur calice qui éclate… Le long de l’espalier, un rideau de rosiers défend le pied des pêchers et des abricotiers et je caresse des yeux, en passant, les abricots déjà mûrs, chair lisse que le soleil rehausse de grains de beauté noirs.

Colette, La retraite sentimentale, titre qui clôt la série des Claudine, p.150 – d’autres larges extraits à lire ici. – source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici.

Colette est toujours au mieux de sa forme quand elle parle de nature, de jardins, de fleurs, de fruits ou d’animaux 🙂

Stupeur et tremblements

Déjà dans le « jardin d’avant », l’Adrienne s’efforçait de respecter au maximum le bien-être écologique: pas de pesticides, uniquement des engrais naturels, du compost, la rotation des cultures en quatre parcelles…

Avec des plans de jardinage de plus en plus compliqués au fil des ans s’il fallait aussi tenir compte des légumes qui apprécient la compagnie de certains autres ou au contraire la détestent. Ceux qui aiment la présence de tagètes ou de capucines. Ceux qui détestent les glaïeuls 😉 Mettre les rangs d’oignons à côté des carottes ou du persil, pas auprès des fèves, des pois ou des haricots…

Maintenant qu’elle n’a plus qu’un petit jardin de ville, la situation est différente. Mais la volonté de respecter la nature est toujours intacte.

Alors l’idée lui est venue de se lancer dans la permaculture.

Il existe de nombreux tutoriels sur le sujet et des tas de vidéos pour aider pas à pas ceux qui sont désireux de « monter une planche » pour y cultiver des fraisiers ou des tomates. Mais s’il s’agit du concept total pour le jardin, il vaut mieux faire appel à un spécialiste.

L’Adrienne en a trouvé un pas loin de chez elle et l’a contacté pour lui expliquer son souhait et sa situation.

– Je vous recontacte dès la fin du confinement, lui a-t-il répondu.

De sorte que début juillet, elle a reçu une offre.

Le spécialiste s’occuperait de faire son plan de jardin et proposait un premier rendez-vous pour en discuter, prendre les mesures, vérifier l’ensoleillement etc.

Mais là où l’Adrienne a failli tomber à la renverse, c’est en voyant le prix de ce premier rendez-vous, au bas du feuillet:

Le prix de cette visite et de la rédaction du rapport de visite s’élève à 450 EUR HTVA, soit 544,50 EUR TVAC, dont 50% seront payés à la signature de la présente offre pour accord et dont le solde sera dû à la remise du rapport de visite.
Deux fois.
Deux fois elle l’a lu et relu, espérant qu’il y avait un zéro en trop.
Une fois la stupeur passée, elle a poliment répondu au spécialiste que si déjà la première visite coûtait plus de cinq cents euro, elle se rendait bien compte que la permaculture n’était pas faite pour un budget comme le sien.
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les photos ci-dessus sont du « jardin d’avant », sauf les deux premières avec la mâche, les tomates cerises et les figues, qui sont du jardin actuel.

G comme Grand-Père

ça se passe comme ça,vie quotidienne

Le jardin de grand-mère Adrienne, c’était un bout d’herbe qu’on appelait « den bliek » parce que c’est là qu’autrefois – bien avant la naissance de mini-Adrienne – on faisait sécher le linge.

Tout autour il y avait des fleurs et des arbustes qui mettaient de la couleur en toute saison. C’est dans une des vasques de sa grand-mère que mini-Adrienne mettait ses pépins de pomme ou ses noyaux de cerise à germer. La culture des pépins de pommes était la plus gratifiante.

Dans un coin, près du kot où étaient rangés les outils de bricolage et de la ferraille rouillée – qu’on utilisait pour bleuir l’hortensia – il y avait l’objet de toute la ferveur de grand-père: la gloriette où il faisait pousser une clématite violet foncé.

Chaque printemps les jeunes pousses étaient précieusement attachées par un petit fil aux tubes de métal, et mini-Adrienne passait le travail en revue, pour voir si rien n’avait été oublié. C’est comme ça qu’à six ans, on se croit utile.

C’est toujours au moment où les pépins de pomme avaient donné des plantules de dix à trente centimètres que grand-mère les arrachait sans état d’âme et pour mini-Adrienne il était fort dur d’admettre qu’effectivement, ces petites vasques n’étaient pas l’endroit idéal pour y faire pousser des arbres fruitiers.

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Ecrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: 1 fil 2 admettre 3 ferveur 4 revue 5 gloriette 6 herbe 7 cerise 8 trente 9 ferraille 10 penaud 11 vasque 12 reconstruire et le 13e pour le thème : naissance
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photo de ma clématite, toute pareille à celle de mon grand-père, et qui fleurit mon jardinet depuis juin 2014